Enseigne de Y^^- Command. le Prince d'Orange
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Deux du Bataillon de Fontenay, et autant deceluy de Saumur, ^ que je commandois comme plus ancien capitaine.
Nous primes des arrangemens en cas d'attaque, et nous conyinmes des signaux que nous ferions, on demanda le point de chaque Pilote, qui differoit peu de celuy du notre qui se trouvoit par les 40. degrés 12. minuttes de lattitude observée et par les 324. dégrés 32. minutes de longitude.
Le 9. il venta dans la matinée grand frais de Nord Ouest, les vents continuèrent dans l'après midy a être de même force, mais ils tombèrent à Ouest. Je relevay ce jour la sur ma carte Plsle Ste. Anne qui me restoit selon Pestime de mon point a l'Est ^ Nord Est distant de 76. lieues, ma latitude observée étant les 36. dégrés 15. minuttes, et 334. degrés 39. minuttes de longitude, ayant cinglé depuis la veille midy jusqu'à midy de ce jour a Est 5. dégrés de Sud, et 69. lieues de chemin.
A cinq heures du soir nous aperçûmes un navire sous le vent a nous qui sembloit faire route pour vouloir nous éviter, le Commandant fit signal au ^ ^S^ Esprit de luy donner chasse, mais la nuit étant survenue, il fit faire par huit coups de canons ceux de la cesser, soit que Le St, Esprit ne les entendit pas, ou qu'il trouva l'occasion trop belle pour la manquer, il ne revint pas, et a sept heures nous vimes le feu de son combat qui dura peu, l'Ennemy luy ayant seulemt. lâché ses batteries de basbord, et de tribord, l'on fit petite voile toute la nuit, et le lendemain a la pointe du jour le St. Esprit nous joignit, ayant sous son écoute sa prise qu'il n'avoit point encore amarinée, nous mismes en panne a sept heures du matin, et l'on envoya abord de l'Anglois qui étoit chargé de toiles, et de fer, et qui faisoit voile pour la Caroline, le Capitaine de ce vaisseau nous dit qu'il étoit Ecossois, et sujet du Prince Edouard, mais n'en n'ayant point de passeport, nous ne luy rendimes point la liberté ; on luy demanda des nouvelles d'Europe, et il nous apprit la mort du Roy d'Espagne et le gain de la bataille de Rocou, pendant que chacun étoit a la chambre du Conseil a l'entendre, je sortis par hazard et fût sur la Dunette pour voirletems, comme j'étoîs près de rentrer, j'apperçus environ à quatre lieues de l'arriére quatre gros Vaisx., je me fis apporter mes lunettes, et je les vis en éfiTet très distinctement, j'en distinguois deux a trois ponts qui faisoient l'avant garde et chassoient sur nous a toutes voiles
1. Je ne trouvay dans ces onze compagnies que 91. hommes en santé.
2. Vaisseaa de transport de 20. canons marchant très bien et Commandé par on maloin.
avec Pavillon, et flammes Ângloises. J'en avertis aussitôt le Commandant qui fit bailler a ceux qui étoient a bord de la prise pour l'amariner, de revenir et de l'abandonner, ne laissant ni anglois ni françois dedans. Des qu'ils furent rembarques, nous primes chasse d'un vent de Ouest Nord Ouest faisant l'Est, et l'on ne perdit point de tems pour faire parer les batteries et prendre les armes au soldat. Nous étions extrêmement attentifs de faire observer avec la flèche \ si les vaisseaux nous gagnoient^ nous les jugeâmes a l'entrée de la nuit a deux lieues, et nous pensâmes que si nous continuions de faire voile au même air de vent, ils nous joindroient avant minuit, cette raison, jointe a celle que nous n'étions pas en état de leur résister, car un seul d'eux nous auroit annéanty, nous firent prendre la résolution de faire signal a la flotte de faire fausse route, Le Prince (V Orange marqua ce signal, en portant pendant deux minutes un feu à Poupe. Le soldat coucha sur le Pont, les armes entre les bras et les canoniers auprès de leur bout feu, mais ces précautions quoique prudentes furent très inutiles, car le lendemain à la pointe du jour, nous ne les aperçûmes plus leur indifférence nous fit un plaisir sensible, car la partie n'etoit point du tout égale.
Le 12. a quatre heures du matin grand vent d'Ouest qui ayant considérablement augmenté, nous obligea de conserver seulem. la grande voile, et la mizaine que nous avions encore beaucoup de peine de porter, il falloit néantmoins, pour ne pas tomber sur les 2 Vigies qui nous restoient au Nord ; pendant toute la nuit, nous fûmes dans cette appréhension continuelle, car malgré ce danger nous fumes contraints de carguer la grande voile a onze heures du soir, un coup de mer nous en rompit l'écoute de Tribord, et nous emporta deux hommes qui étoient sur Passe avant abasbord. a trois heures après minuit le feu St. Elme parut au haut de nos mats, et resta longtems sur le Pont. Ce signe annonce ordinairement la fin de la tempête. En effet a cinq heures du matin, il tomba une abondante pluye qui calma le vent, mais la mer resta toujours extrêmement grosse ce qui fatiguoit considérablement le Vaisseau.
Le 15. Je relevay sur ma carte l'Isle Ste. Marie qui me restoit a l'Est }( Nord Est et à l'Est Nord Est distante de 60. lieues, nous forçâmes pendant tout le jour de voiles pour tacher d'en
1. Instrumt. aveo lequel on prend hauteur. Les anglois ne se servent que du quart de Nonante.
2. C'est ainsi que les hollandois appelent les dangers qui se rencont. a la mer. Ce mot de vigie signifie en leur langue ouvre Toeil.
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avoir connoissance, mais a 7. heures du soir les vents qui devinrent Nord Est nous firent desespérer de revoir cette Isle, ils restèrent ainsy plusieurs jours, ce qui nous forcea de louvoyer bord sur bord, nous eûmes aussy des calmes qui dans toute saison sont très fréquents dans ces parages, pour lors il y fait des chaleurs excessives, et on ne sçauroit s'y baigner, acause de la grande quantité de i Rekîns qui y sont.
Malgré les déffenses qu'on en avoit faittes un matelot de Vaisseau de transport voulu se jeter a la mer, a peine fut il a l'eau qu'il aperçût un Rekin qui le suivit 1res longtems, et qui le coupa par le milieu du corps lorsqu'il parut avoir envie de rentrer a bord.
Il étoit peu nécessaire de tous ces maux pour achever de nous accabler, depuis notre départ de Chibouctouck, il ne s'etoit pas passé un jour que nous n'eussions jette a la mer quatre ou cinq matelots, a peine avions nous assés de ces derniers pour faire la manœuvre, et pour peu qu'il fallut en faire d'un peu difficile, on etoit obligé de sonner la cloche pour faire monter ceux qui se reposoieut, et qui venoient de finir le quart, les Vaisseaux cotiloient bas d'eau, celuy que je montois en faisoit seize pouces par heure, de sorte que c'etoit tout ce qu'on pouvoit faire de la tarir avec deux pompes Royales qui continuellement alloient et pour chacune desquelles, il falloit huit hommes.
Je ne parle point des vivres après un si long voyage, il en étoit peu question ; et ce qui en restoit étoit fort mauvais état, ■
nos malades infiniment plus nombreux que le monde en santé, navoient pour tout remède, et tout aliment, qu' un peu de Ris cuit dans de l'eau, sans sucre ni graisse ni bœure. Ce que nous / appréhendions le plus étoit de nous trouver au milieu des eaux, ^ et d'y périr faute de monde pour manœuvrer. '
Les réflexions que toutes ces choses font faire en pareil cas firent prendre le party a M. de la Boucherie d'assembler un Conseil de tous les Capitaines des troupes de terre, l'on mit donc en panne le 25. et on fit les signaux pour les faire venir abord du Commandant, plusieurs se trouvèrent malades et n'y purent venir ; mais ceux qui s'y trouvèrent, décidèrent, et J'insistay beaucoup sur cet article, que dans la conjoncture présente, tout Port devoit nous être égal, et qu'il falloit faire voile a celuy pour lequel les vents se trouvoient bons. Notre Maitre Pilote qui etoit chef de route et que nous avions admis au Conseil,
1. Poisson monstrueux qui suit les hommes qui se baignent, et qui ne leur donne le coup de dent que quand ils sont prêt a sortir de l'eau.
nous dit que Cadix étoit celuy qui nous convenoit le mieux d'autant plus que les Vents de Nord qui régnoient pour lors étoient bons pour y aller. En conséquence on fit servir et on mit le Cap a l'Est % Sud Est, pendant tout le jour nous fimes cette route, mais a dix heures du soir, une faute de vent nous cassât les voiles sur les mats et devinrent sud, aussitôt toutes les résolutions du Conseil changèrent et nous cinglâmes au Nord.
Décembre. — Le 2. décembre je relevay sur ma carte la Vigie du Cap Finister qui me cestoit au Sud Est deux dégrés Est et distante de 12. lieues, ma latitude observée Nord, étant les 44. degrés 35. minuttes de latitude et 4. degrés de longitude méridien de Tenerif, variation observée 16. dégrés depuis le 29. novembre a midy, jusqu'au midy de ce jour, la route corrigée me valut le Nord Est % Nord et 94. lieues de chemin.
Le 3. il venta jusqu'à la nuit, bon frais d'Ouest, &c.
Le 4. nous ne trouvâmes plus que six Vaisseaux, sans doute que les autres ne purent pas porter la même voilure que nous, ou que pendant la nuit ils ne tinrent pas assés le vent, de sorte que nous n'en avons plus eu de nouvelles, nous ne fumes pas même d'avis, ni de les chercher ni de les attendre. La fin de nos maux approchoit, et nous ne voulions pas perdre de tems a nous en délivrer ; nous n'avions point encore eu fond, et ce ne fut que
Le 6. a dix heures du soir que nous l'eûmes sablegris, coquillages et grains d'orge par les 80. brasses, aussitôt nos Pilotes estimèrent ce fond celuy de Bellelsle, et dirent que nous n'en étions qu'a 20. lieues et qu'elle nous restoit à Est Nord Est et a Ouest Sud Ouest,
Le 7. a quatre heures du soir le Si, Esprit qui chassoit la terre enavant de notre petite flotte fit signal qu'il voyoit onze Vaisseaux et mit en panne, nous fimes porter sur luy, et les distinguâmes parfaitement pour Anglois. Le Commandant fit aussitôt signal de se mettre en ligne, de se préparer au combat et de faire toujours la même route, A dix heures du soir nous nous trouvâmes par le travers des Ennemis qui brûlèrent beaucoup d'amorce sur leur Pont, et allumèrent souvent des feux a leurs manœuvres, ce a quoy nous étions fort attentifs, afin de repetter exactement tous leurs signaux, a Minuit nous sondâmes; et eûmes par les 60. brasses un sable gris très fin et vaseux, a une heure du matin on fit signal de forcer de voiles les Anglois ne comprenant point ce que nous voulions faire, ne changèrent point leurs voilures, ensorte que nous les laissâmes a l'arriére
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de nous. Eux comptant que nous étions au milieu de leur Escadre et qu'au jour ils nous batteroient.
A la pointe du jour il ventoit grand frais du Sud, et par notre estime et par nos observations, nous devions être déjà a terre. En effet nous n'en étions tout au plus qu'a une lieu, mais une brume extrêmement épaisse nous empêcha de la voir, nous mismes en panne a sept heures, et on profita de ce temps pour prendre des Rits dans les huniers.
Un Pilotin qui se trouva le premier sur la vergue, cria terre, aussitôt chacun monte dans les hunes, et nous aperçûmes Belle Isle, a la faveur d'un petit éclaircy. Le St. Esprit s'approcha de nous et nous hailla quil avoit abord de luy un Pilote Costier, et que si le Commandant vouloit, il nousmeneroitce même jour mouiller dans la rade du Port Louis, ou de L'Orient on luy répondit qu'il n'avoit qu'a marquer la route, et qu'on le suivroit, il fit donc servir d'un grand vent du Sud cinglant au Nord X de Nord d'Ouest.
La Brume continua toujours d'être do plus en plus forte, a dix heures nous eûmes cependant un instant de clareté pendant lequel le St. Esprit qui faisoit l'avant garde aperçut l'Isle de ^ Groa sur laquelle il étoit prêt à se perdre avec tous ceux qui le suivoient, il vint tout de suite au vent laissant tomber sa mizaine et sa grande voile, pour se relever de la Coste, tous les Vaisseaux en firent autant. Les habitans de cette Isle nous ayant aperçus dans le danger que nous courions, et ayant entendu notre canon qui tiroit continuellement avec Pavillon de France, a ce signal les femmes coururent aux églises, et les hommes sur le rivage, nous faisant signe avec leurs chapeaux, que nous eussions a nous éloigner, mais nous ne pouvions le faire plus promptement, car la voilure que nous portions, nous faisoit prendre de l'eau par dessus bord. M. de Rotelin qui Commandoit au Port Louis, ayant entendu le bruit continuel de notre artillerie avoit déjà fait sortir des 2 Gabares pour venir a notre secours.
Après avoir combattu jusqu'à une heure après midy entre le naufrage, la vie et la mort, nous parvînmes a doubler les 3 Chats, un seul de nos Vaisseaux s'y endommagea considérablement, mais des Pilotes Costiers qui nous vinrent de toutes parts dans
1. Isle habitée et très fertile située a une lieue et demi en mer visayis le Port du Port Louis.
2. Petits Vaisseaux avec mâts et qui étant plats prennent fort peu d'eau.
3. Rochers qui sont sous TEau et ou il périt toutes les années nombre de batimens.
des chaloupes nous entrèrent dans la rade de cette Ville ou nous fumes mouillés a trois heures après midy.
Dois-je vous exprimer Madame la joye que nous ressentimes lorsque nous vimes les terres de France, et celle avec laquelle nous chantâmes le Tedeum. Après tant de maux, et un si long voyage, revoit on sans émotion sa patrie, et fait on des vœux bien sincères, de ne plus s'exposer a de tels événemens, la suite me l'apprendra mais je doute quelle me le persuade plus fortement que je le suis.
En entrant dans le Port je reconnus le lïgre, la Renommée, et la Palme, je vous ay parlé de ce dernier après la tempête du 14. Septembre, nous l'avions tous cru annéantye, ayant été séparé de la flotte avec seulement quatre jours de vivres, hyer je soupai avec M. ^ Destrahoudal qui commande cette frégatte, il me fit un récit des choses qui seroient incroyables dans la bouche de tout autre. Voicy ce quil me conta, c'est luy qui parle.
Relation du voyage de retour de M. Destrahoudal après
LA tempête du 14. SEPTEMBRE.
'* Aussitôt que je n'apperceus plus la flotte, et après avoir battu quelque tems la mer pour en découvrir des débris, n'ayant connoissance d'aucun Vaisseau, je me fis donner un Etat des vivres qui etoient abord, il ne s'en trouva que pour quatre jours, cela me fit frémir, ayant pour retourner en France, ou atérer en Espagne au moins 35. jours de navigation. Je haranguay pour lors mon Equipage et fit sentir la nécessité qu'il y avoit de se redimer, mes officiers furent les premiers a se taxer, et nous décidâmes, entre nous, que l'on donneroit par jour a chaque homme trois onces de biscuit autant de viande salée, un verre de vin et un verre d'eau, que si, quand on approcheroit de quelque terre, les vents se trouvoient bon, on augmenteroit les vivres, nous passâmes vingt deux jours dans cette situation, après lesquels les vivres se trouvèrent si courtes que je ne faisois donné que la moitié de ce qui avoit été réglé, ce qui mettoit mon monde sur les dents, et luy ôtoit absolument toute force pour pouvoir manœuvrer. L'on avoit déjà mangé tous les animaux qui se trouvoient a bord, et chacun étoit a l'affu pour attraper un rat, d'autres rougeoient les cordages sur le pont, enfin tout n'offroit aux yeux que le plus afireux des spectacles, lorsque les
1. M. Destrahoudal Lieutenant de Vaisseau Commandant la frégatte du Koy la Palme de 10. canons.
Maîtres vinrent me représenter au nom de tout l'équipage qu'il y avoit a bord cinq Anglois prisonniers, qu'il falloit les livrerjau boucher, qu'on les mangeroit.
J'assemblai aussitôt mon Conseil qui décida que si on ne leur accordoit pas ce qu'ils demandoient, ils passer oient aisément 6ur les déffenses qu'on pourroit leur faire, et que la subordination ne leur offcoit pas un frein assés puissant pour se laisser mourir de faim, plutôt que d'en manquer. Je fis donc venir le Maitre boucher a qui j'ordonnay de prendre un des anglois de le lier, de le mettre a fond de calle, et que pendant la nuit, il l'egorgeroit pour a la pointe du jour, en faire une distribution a raison de trois onces par homme, je pris ce party, pour que les cris de ce malheureux n'ep ouventassent pas mes matelots, la terreur etoit déjà assés grande pour éviter tout ce qui pouvoit l'augmenter. Je concevois toute l'horreur d'une telle cruauté, et je ne pou vois m'emp êcher delà tolérer. Je ne dormis point de toute cette nuit et je la passay sur le Pont. Demie heure avant le jour le Pilotin de quart me vint dire que le boucher demandoit de la lumière ^ pour son expédition, je ne sçay par quel heureux pressentiment, je luy ordonnay de luy dire d'attendre le jour, car cette énorme et barbare exécution me répugnoit tellement, que je ne négligeay rien pour éloigner la mort de ce malheureux.
L'Aurore avoit déjà paru près d'un quart d'heure, et le matelot commençoit a murmurer de ce qu'on ne luy tenoit pas parole, lorsque le Gabier crit des barres du Perroquet ou il etoit, ^ Navire, helas dans moins d'une demie minutte je me trouvay, malgré mon peu de force, aux côtés du matelot. J'apperçus en effet a trois lieues sous le vent un bâtiment qui me parut un senod. Je cris aussitôt au Timonier d'arriver, et luy marque l'air de vent, ou il devoit gouverner pour joindre ce Vaisseau a huit heures du matin, nous nous trouvâmes par son travers, il ne s'etoit pas dérangé de sa route par cequ'etant Portugais, il ne craignoit aucune nation, nous l'approchâmes de fort près et on luy bailla de mettre en panne, en même temps nous hissâmes Pavillon françois qne nous assurâmes d'un coup de canon aballe, il mit son canot a la mer, et vinrent abord de nous deux officiers du Vaisseau qui apportèrent beaucolip de paperasses pour nous
1. Jamais a la Mer, on ne donne de la lumière ou quelque feu que ce soit sans la permission du Commandant.
2. C'est ainsi qu'on avertit lorqu'a la Mer on aperçoit quelque chose d'extraordinaire ou des Batimens.
prouver leur neutralité, je dis a l'un d'eux qui parloit françois, que ce n'etoit point a leur liberté que j'en voulois, m ais a leurs vivres, dont il falloit qu'ils me produisissent un Etat juste, en même tems je luy exposay ma situation, dont les deux oflBciers me parurent extrêmement touchés, ils retournèrent a leur bord, et le Capitaine vint au mien demie heure après, accompagné de cinq moutons. Aussitôt que mes soldats et matçlots les aperçurent, ils pensèrent se jetter a la mer pour les aller dévorer, et j'eus toutes les peines du monde, a les empêcher de les enlever, lorsqu'on les embarqua, quoique je fus près des Tireveilles l'épée a la main avec tous mes officiers, et les gardes marines. Le Capitaine Portugais me dit que je pouvois les leur livrer, que nous ne manquerions de rien, je fis donc venir le Commis de l'Aquanbuze, a qui j'ordonnay de les faire cuir devant luy, et d'en faire une exacte repartition, aussi bien que d'un boucaut de biscuit qu'on nous avoit aussy apporté. Une demie heure suffit pour tout cela, car on n'eut pas la patience d'attendre que cette viande fut seulement cuitte, il en auroit été de même do l'Anglois sans cet événement aussi heureux qu'inattendu.
Je proposay a notre Portugais d'entrer dans la chambre du Conseil pour finir nos petitsj arrangemens et profiter des vents qui et oient Nord Ouest, mais il me répondit qu'il avoit auparavant un petit ordre a donner, en effet il s'avance sur le bord, et crie a son patron d'apporter ce qui etoit dans le banc de la Chalouppe, C'etoit plusieurs sortes de viandes froides, du fort mauvais vin que je trouvay parfait et une grande quantité de citrons et d'oranges de Portugal. Je vous laisse a penser de quel air nous donnâmes sur ces mets, cependant par raison nous ne nous livrâmes pas autant que d'autres moins raisonnables et aussy affamés auroient pu faire. Les restes nous servirent pour faire un ample souper.
Après le repas nous convinmes a l'amiable de ce que je prendrois de vivres et cela fut arrêté a vingt deux moutons, y compris ceux que nous avions déjà eu, dix barils de biscuit, huit de bœuf salé douze pièces d'eau, de quatre et six de vin de deux. En outre beaucoup d'oranges, quelques jambons et un petit barril de liqueur qui se trouva, de l'eau de vie toute pure. Je donnay au Capitaine un reçu du tout, il se retira a son bord et mit sous voile, il salua ma fregatte et le Pavillon françois de sept coups de canon, je rendis le salut par trois.
Je fis servir d'un bon vent frais de Nord Ouest, et nous cinglâmes au Nord Est. Ces vents régnèrent fort longtems dans cette partie, et lorsqu'ils varioient, c'etoit seulement jusqu'au
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Sud Ouest passant par l'Ouest, de sorte que onze jours après, nous eûmes connoissance des terres d'Espagne et le 24. octobre a dix heures du matin j'entray dans le port de la Corogne ou le Commandant de la Marine Espagnole nous procura tous les secours dont nous avions besoin.
Le 12. novembre, je remis a la voile, et le 20. j'entray dans ce Port ou l'on me dit que M. le Duc d'Enville is'etoit emparé de PAcadie."
Voila, Madame, ce que' vous me demandié;; de M. Destrahoudal et dont vous avés déjà confusément entendu parler, il fut beaucoup regretté dans la flotte, car on le croyoit perdu, aujourd'huy il a la consolation de se voir plaindre par ceux qui luy avoient accordé des regrets.
Monsieur de la Colombe qui Commandoit ^ L'ilrden^, après s'être battu quatre jours entiers, contre quatre V|iisseaux de la force du sien a mieux aimé se perdre sur les roches de l'Isle de Groa que de se rendre, on a sauvé une partie de son équipage et il a donné sa démission en arrivant en France, Voila un grand officier que l'on perd ; difficilement on le remplacera, il navoit jamais approuvé le projet. Avoit il tort.
M. de Kersein commandant la Renommée a aussy eu un combat des plus vifs sous Bellelsle, on a été obligé de désarmer sa frégatte, aussitôt qu'elle a été arrivée, car elle couloit bas d'eau étant criblée de coups de canons.
Le Mars que M. de Trenel commandoit, et que VAlcide escortoit par ordre de M. Le Commandeur Destrahoudal, en a été séparé par une tempête, les Anglois s'en sont rendus maîtres, près des Isles de Canaries, mais ce n'est pas sans le leur faire bien achetter, car quoiquil n'eut que vingt deux hommes en état de se battre il a soutenu un combat de six heures pendant lequel il a coulé bas une frégatte Angloise de 26. canons, il a été conduit à Lisbonne.
Avant hier le Northumberlandy Le Borée^ le DiamarU, La Megere, le Petit Lyon de Bristol, et la Gironde entrèrent dans la rade de Port Louis. Le premier qui avoit a bord de luy le Cœur de M. Le Duc d'Enville, tiroit de minutte en minutte im coup de canon avec son Pavillon en Berne, et ses manœuvres enpentaine. Lugubre cérémonie qui a rouvert dans nos cœurs une playe qui ne se fermera jamais entièrement. L'on ne perd pas sans regrets,
1. Vaisseau de guerre âh 74. canons, il fut séparé de la flotte par la Tempête du 14. 7bre. et ne la retrouvant pas, il prit le party de revenir en France.
us CANADA-FRANÇAIS
ni douleurs un général aussy fait pour commander et si digne d'être aimé.
Le Pilote qui dans la rade a mouillé le Soréem'ayant pas fait attention que la Mer etoit haute, ce Vaisseau a onze heures du soir lorsque la Marée a baissée, a touché, et est tombé sur le côté ; les canons qui étoient au vent, n'étant arrêtés que par de simples petits Palans, se sont démarés, ont tombés sous le vent, et ont enfoncé les bordages, La mâture s'est déboîtée, et a fait un ravage inconcevable, tous les malades au nombre de cent soixante se sont noyés. Pour le Vaisseau, il n'en est plus question on travaille seulement pour en sauver l'Artillerie, qu'on aura beaucoup de peine a tout avoir.
Il nous manque encore vingt cinq Vaisseaux dont on n'a*point eu aucune nouvelle.
Pour moy je, travaille sans perdre un instant a faire débarquer les malades des Troupes que j'avois sous mon commandement, et je trouve pour cela de grandes facilités auprès de M. ^ Le Directeur de la Comp. de Indes qui me fournit abondamment, et de la meilleure grâce du monde, les matelots, chaloupes canots qui me sont nécessaires. Je suis avec respect, &c.
EXTRACT OF A LETTER FÏIOM M»" AdAMS TO CaPT. StEELE *
Jan 24 1714/15
Annapolis Royal, Jannr 24"» 1714/15 Sir,
I lost the opportunity of writing to you by Alden and Leavis, being then at Mines, we were in hopes hère upon the General's arrivai, he would pay off the garrison and settle the place on a good footing, but on the contrary, put us in the greatest confusion, puU'd down the fforts, Drove away the ffrench, and carry'd away ail the English he cou'd that the place is now almost desolate : In Short if his commission had been to destroy the country, he could not hâve discharg'd his trust to better purpose than he did, he employ'd ail his time hère in pursuing
1. Ces Messieurs de la Oompe. se sont prêtés de la meilleure grâce da monde a nos besoins, ils ont même fait évacuer un de leurs hôpitaux, ou il y avoit beaucoup de malades pour nous le céder.