‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 28 sur 292 · Pouchot, Mémoirfin · texte numérisé non relu

Pouchot, Mémoirfin

coloniales, et nos pères vaillants, commandés par MM. de Raymond, de St-Ours, de Lanaudière, de Gaspé, sortant du retranchement, fondent sur le flanc de l'ennemi comme une avalanche. En même temps le feu de front redouble. Lévis reçoit deux balles dans son chapeau. Montcalm semble invulnérable, et combat comme le dernier de ses soldats, dont il enflamme le courage jusqu'à l'héroïsme. Enfin, assaillis de face et de côté, décimés et sanglants, les preux écossais reculent ; les deux colonnes anglaises se reforment un peu plus loin, font une tentative au centre contre Royal- Roussillon, et un dernier effort à gauche. Mais ils sont repoussés partout. Deux de leurs régiments se fusillent même dans la fumée, ce qui achève de jeter la confusion au milieu d'eux. A sept heures, toute l'armée d'Abercromby est en pleine retraite vers la Chute. Près de deux mille Anglo- Américains gisent au pied de ces retranchements pourtant si fragiles. Sur la droite, le sol est jonché des cadavres du régiment écossais.

Montcalm dut alors sentir son âme soulagée d'un poids écrasant, et transportée par l'ivresse de la victoire. Accompagné de Lévis, il parcourut nos lignes qui retentissaient d'acclamations délirantes, et. par son ordre, on distribua aux soldats vainqueurs de la bière et du vin. Il était impossible de songer à poursuivre 14,000 hommes, quelque grande que fût leur défaite. Toute la nuit l'armée travailla à perfectionner les retranchements, au cas d'un retour offensif des Anglais. Mais le lendemain, nos éclaireurs rapportaient la certitude que la défaite s'était transformée en déroute, et que l'ennemi avait déjà repris le chemin du lac Saint- Sacrement.

Suivant le rapport ofiiciel d'Abercromby, les Anglais avaient 1945 hommes tués, blessés ou prisonuiers. ^ Nos pertes étaient de 506 hommes tués, blessés ou tombés entre les mains de l'ennemi dans les deux journées du 6 et du 8 juillet. 2

Ainsi donc une poignée de héros, luttant contre des forces six fois plus nombreuses, avaient remporté le plus étonnant des triomphes. La principale armée d'invasion était en fuite. Montcalm et ses soldats avaient payé leur contingent de gloire à la vieille patrie française, et le nom obscur de Carillon s'inscrivait en lettres de feu dans nos fastes militaires. Pour nous cette grande journée fait partie du patrimoine national. Plus d'un siècle s'est écoulé depuis le jour où la Nouvelle-France et la

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