‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 290 sur 292 · DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL

Conseil.— Le Père Dominique de la Marche M^ de S* Ovide et Soubras s'étant déchargés sur lui de donner au conseil les éclaircissements nécessaires sur la situation présente des Acadiens.

Il assure que sur les témoignages des missionres qui con-

1. Archives du Ministère de la Marine et des Colonies, — Correspondance générale -Année 1719— V. 4. Fol. 96.

Ce document porte en marge les notes suivantes : ** Porter à MfifP le Régent

** Le Conseil croit que suivant les représentations du Père Dominique de la Marche il convient d'envoyer un nouveau missnalre d'augmentation à la côte de Taoadie en réglant avec le përe de la Marche ce qu'il faudra pour ce missionnre."

^•L. B " L. M. d'." '' Décision de S. A. B., approuvé l'avis du conseil." ''L. k, L. M. d."

194 L£ CAKADA-FRANÇAIB

duisent ces peuples et sur Yen leitareB qu'il en a entre les mains que rien ne peut aller audela de l'attachement qu'ils conservent pour leur religion et leur légitime souverain.

Le conseil est informé des refus qu'ils firent l'année 1714. au général Nicholson de signer en faveur de la couronne d'Angleterre.

Celui qu'ils firent l'année dernière de prêter serment de fidélité au roi d'Angleterre après trois instances différentes de la part du nouveau gouverneur et de fortes menaces de se voir punir sévèrement par le gouverneur général s'ils n'obéissaient, prouve incontestablement leur inflexibilité. M" de S^ Ovide et Soubras ont entre les mains les lettres que le sieur Doucet lieutenant gouverneur du Port Royal a écrit aux missionnaires pour les engager à déterminer leurs peuples a prêter serment et leur généreuse réponse, de plust6t tout abandonner et sacrifier que de donner la moindre atteinte i l'attachement et la fidélité qu'ils doivent à leur religion et à leur roi.

Il est vrai que les accadiens n'ont pas fait les mouvements que l'on attendait d'eux et que par la ils paraissent s'être rendus indignes des grâces de sa M^ par l'inutilité des grandes dépenses et des avances considérables qu'elle avait faites en faveur de leur transmigration.

Le père Dominique n'entreprend point de les justifier en ce point sa conduite jusqu'ici tant à leur endroit qu'envers leurs missionnaires, les lettres qu'il leur a écrit a ce sujet et dont il conserve les copies peuvent suffisamment faire connaître la sinsérité de ses sentiments.

Mais il ne peut se dispenser de rendre témoignage à la vérité.

L'acadie n'a été cédée par le traité de Paix d'Utrecht qu'a des . conventions qui n'ont point été remplies par les anglois.

Par une convention mutuelle entre les deux couronnes le sort des habitans de Plaisance et de l'acadie était égal, avec la permission de se retirer, ils devaient avoir la liberté d'emporter leurs biens meubles et de vendre les immeubles.

Le seing de la reine Anne pour lors régnante en était le garant et révacuatîon de Plaisance en 1714, ou toutes les clauses furent exécutés en est une preuve incontestable.

Nota. — La reine Anne avait accordé ces ordres par reconnaissance de ce que le feu roi avait donné la liberté à un nombre de religionnaires galériens et ils furent envoyés dans le temps à M. de Costebelle, elle en -avait promis de pareils pour les biens que les français avaient a S< Christophle, sa mort a empêché l'exécution de sa bonne volonté.

DocnirÊNTs stjR l'acadie 196

Comme rarmement de 4 vaisseaux bous le commandement de M. de Saujon fut employé toute l'année 1714 a l'évacuation de Plaisance la plus pressante, les accadîenô n'en purent tirer aucun avantage ni secours pour leur transmigration a laquelle la meilleure et la plus grande partie des habitans était pour lors parfaitement disposée.

^J*ais le refus absolu qu'ont toujours fait les gouverneurs anglois de souffrir que les vaisseaux môme du roi vinsent à l'acadie pour transporter ceux qui étaient de bonne volonté, ou, a prêter des agrès pour les bâtiments qu'ils avaient^, construits et qu'ils ont été obligés de vendre aux anglois, la défeifse qui leur a étérfaite depuis de transporter avec eux aucuns befetiaux ni provisions de grains, la douleur d'abandonner leurs biens, héritage de leurs pères, leur travail et celui de leurs enfants, sans aucun remboursement ni dédommagements Toutes ces infractions sont les motifs principaux de l'inaction dans laquelle ils sont demeurés ce qui fait aujourd'hui leur seul crime. Ce fut dans ce sentiment qu'ils firent au mois de May de l'année dernière une députation à M" de 8* Ovide et Soubras pour leur communiquer la réponse qu'ils avaient fait au gouverneur anglois sur les instances réitérées avec menaces de prêter serment de fidélité au ro> d'Angleterre ou de sortir incessamment du pays cette réponse fut qu'ils étaient hors d'état de prêter ce serment parcequ'ils étaient liés a leur légitime souverain par un double lien qu'ils ne pouraient trahir sans par la même devenir suspects au roi d'Angleterre. Qu'a l'égard de leur sortie ils étaient prêts d'évacuer et abandonner leur pays puisqu'il avait plû au roi de le céder, mais que ce ne seroit que lors qu'on les • mettrait en état de le faire sur le même pied et aux mêmes conditions des habitants de Plaisance dont ils avaient pour gage sacré le sceau et la signale de la Reine Anne.

Qu'il n'avait pas tenu a eux qu'ils ne se fussent retirés en 1714 mais que la porte leur avait été fermée par le refus du général Nicholson, qu'ils étaient dans la même résolution et prêts a se retirer sur les terres de la domination de France, mais qu'il fallait qu'on leur fit raison sur la convention mutuelle entre les deux couronnes, ce qu'ils ne pouvaient espérer par le refus actuel qu'on leur faisait de transporter pour leur vie et la subsistance de leurs familles les grains suffisants pour leur nourriture, et leurs bestiaux.

Il n'est rien de plus incontestable que ce dernier mouvement ^ des anglois ne tend qu'a conserver les accadiens sans quoi ce / pays leur serait tout à fait impraticable par raport aux sauvages

196 LE CANADA-F&AKÇAI8

qulls ont tout lieu de redouter s'ils n'avaient par cee habitants un rempart assuré.

Il ne l'est pas moins que les sauvages ne consentiront jamais a leur sortie, ils souffrent avec peine et impatience l'abandon de l'acadie comme d'une terre qui leur appartient et dont ils prétendent n'avoir abandonné aux françois que l'usage et Pusufrit, ils â'en sont expliqués d'une manière forte à M. de S^ Ovide dans une représentation qu'ils lui firent à Canceaule*3 juin de l'année dernière et dont les suites auraient été fâcheuses et tristes pour les anglois sans la prudence et la modération de ce gouver* neur ^

Comme il se trouve plus de 40 familles très considérables dans la partie de l'acadie la plus voisine de l'ile Royalle éloijgnée de près de 20 lieues des autres villages et que ces pau* vres peuples sont destitués de tous secours spirituels malgré le zèle et l'empressement qu'ils ont toujours d'avoir un pasteur pour les conduire dans la voie de leur salut.

Suplie de lui prescrire ce qu'il a à faire pour le soulagement «pirituel de ces pauvres âmes abandonnées qui ne pourront jamais conserver un véritable attachement à la religion et la fidélité qu'ils doivent à leur légitime souverain sans le secours et la présence d'un missionnaire.

Fait et arrêté le 23* may 1719.

Page 1