REMARQUES IMPORTANTES
La fin que se propose le Canada-Français, et le bon marché de la souscription qui le met à la portée des ressources les plus modestes, donnent à espérer que Ton voudra bien faire une active propagande en sa faveur. Comme tous les bénéfices sont au profit des abonnés, plus il y aura de ceux-ci, plus ils recevront en compensation du modique montant de la souscription annuelle. L^Administration entrevoit même la possibilité de donner une assez forte prime, dès la première année, si le nombre des abonnés dépasse un certain chifi're qui est loin d'être extravagant.
Les dépenses notables occasionnées par les débuts d'une œuvre aussi considérable font espérer à l'Administration que ceux qui désirent l'encourager dans cette entreprise nationale voudront bien envoyer au plus tôt le montant de leur souscription avec leur adresse écrite d'une manière bien lisible. D'ailleurs comme la première livraison doit paraître au commencement de janvier 1888, l'on comprend que le tirage dépendra nécessairement du nombre des abonnements reçus.
CONDITIONS DE LA SOUSCRIPTION
Pour le Canada et les Stats-Uiils 8 piastres par année.
Pour le Royanme-Unl 10 schelinffs ** "
Pour la France et les autres pasTS de l'Union postale 18 fWtnos " **
Ces sommes sont invariablement payables (ïavance par mandatposte, ou en billets de banque par lettre enregistrée. Chaque abonné est prié de garder avec soin le reçu qu'il retire de la poste lorsqu'il fait enregistrer sa lettre, au moins jusqu'à ce qu'il ait reçu la livraison suivante du Canada-Français, dont la bande imprimée enveloppant chaque livraison contiendra un état de la souscription et en sera le reçu officiel.
Pour tout ce qui regarde l'administration et les abonnements, s'adresser à Mgr T.-E. HAMEL, Gérant du Canada-Français, Résidence : Séminaire de Québec.
Pour les travaux destinés à la Revue, s'adresser : A Québec, à M. l'abbé O.-E. MATHIEU, Séminaire de Québec A Montréal, à M. l'abbé P.-N. BRUCHÉSI, Archevêché.
Notre pays ne manque pas de journaux ; et des hommes bien pensants sont même d'avis qu'il en a trop. Les forces intellectuelles absorbées par la presse sont ainsi trop disséminées, et ne produisent pas toutes Tes œuvres qu'elles pourraient accomplir, si elles se groupaient davantage dans la création et le maintien de quelques puissants moteurs de l'opinion publique.
Mais nous ne croyons pas que notre pays puisse se plaindre de posséder trop de revues, et nous espérons pouvoir démontrer qu'il y a place encore pour une nouvelle publication de ce genre, et qu'elle devra être^bien accueillie tant par ceux qui écrivent que par ceux qui lisent.
Pour ceux qui écrivent, les journaux ont cet inconvénient qu'ils appartiennent à divers partis politiques et sont presque toujours engagés dans des luttes irritantes. Il en résulte que l'écrivain qui, soit par état, soit par goût, vit en dehors de l'arène où se mesurent les combattants, ne peut guère leur donner ses productions sans laisser croire qu'il a telles sympathies ou telles antipathies politiques.
Pour ceux qui lisent, les journaux ont cet autre désavantage qu'on ne peut guère les conserver. Ce n'est pas en parlant d'eux qu'on pourrait dire scripta manent, et la plupart des lecteurs leur appliqueraient avec plus de justesse la première partie de l'axiome : verba volant.
Les revues, au contraire, demeurent. Elles ont la stabilité et la durée du livre ; et si vous leur confiez quelque trésor pour les intelligences, elles le transmettent à la postérité.
Au reste le journal et la revue ont chacun leur rôle différent et peuvent se prêter une assistance mutuelle.
Le journal est une bouche toujours ouverte qui doit improviser chaque jour la parole qui convient. La revue est une voix qui ne fait entendre qu'à des intervalles plus éloignés un enseignement mûri par l'étude et la réflexion.
Le journal est une arme constamment tirée du fourreau, et frappant d'estoc et de taille tantôt pour attaquer l'ennemi, et tantôt pour le repousser. La revue est plutôt un arsenal où l'on
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conserve les drapeaux conquis, ainsi que les vieilles armures que la victoire a illustrées, et où l'on fabrique des armes nouvelles pour les luttes à venir.
Le journal enfin ressemble à un semeur qui jetterait en courant aux quatre vents du ciel une semence plus ou moins choisie, plus ou moins mêlée d'ivraie, et qui n'aurait pas le loisir de moissonner. Mais une revue ne se contente pas de semer ; elle moissonne, elle sépare le froment de l'ivraie, et elle amasse pour les générations à venir de précieuses semences que le vent de l'oubli emporterait.
On comprend dès lors à quel besoin répondra cette Revue que nous fondons, et quel sera son but.
Sans' doute le champ des Sciences, des Lettres et des Arts dans notre jeune pays n'est pas encore très vaste; mais il s'agrandit, et les travailleurs intellectuels deviennent plus nombreux. Or il faut un grenier pour recueillir les moissons nouvelles. Notre Revue sera ce grenier, et nous voulons en ouvrir les portes aussi larges que possible afin que tous les moissonneurs et même les simples glaneurs du domaine intellectuel y puissent apporter les grains, les fruits et les fleurs qu'ils auront recueillis.
En ne regardant qu'au personnel de la direction, on sera peutêtre tenté de croire que notre revue n'est fondée que dans l'intérêt d'une institution qui nous est chère — l'Université Laval. — Mais il ne serait pas juste d'en rétrécir ainsi l'horizon, et de la considérer comme une simple revue universitaire.
Plus vaste sera le domaine de son action, et plus élevées seront ses aspirations, si elle veut porter dignement le nom que nous lui avons donné à sa naissance.
Son nom, il est le même que celui de notre patrie bien-aimée, et si nous la désignons plus spécialement sous ce titre — ^le Canada-Français — c'est parce qu'elle est née au centre de la Province de Québec; c'est parce qu'elle parle une langue qui nous est chère et qui a droit de cité dans toute la Puissance du Canada ; c'est parce qu'elle sera plus particulièrement consacrée au développement et à la glorification d'une race que nous croyons appelée à de brillantes destinées sur la terre d'Amérique.
Œuvre d'union des forces vives d'un jeune peuple, le Canada- Français fait appel à tous les talents, et demande à chacun d'apporter sa pierre au monument qu'il désire élever en l'honneur de la Patrie et de l'Eglise.
L'Eglise et la Patrie seront les deux grands amours de nos cœurs, les deux croyances inébranlables de nos esprits, les deux objets de notre plus entier dévouement. C'est dire que l'autorité
religieuse et Pautorité ci\ile peuvent compter sur notre respect et notre obéissance.
Au point de vue des doctrines, nous nous attacherons à l'immuable vérité, parlant par ses organes autorisés et infaillibles, les Souverains Pontifes.
Notre règle de conduite dans toutes les questions qui touchent au domaine religieux, nous la recevrons donc de l'Eglise, c'est-àdire de ses représentants légitimes auprès de nous, les Evêques, chargés par l'Esprit-Saint de diriger l'Eglise de Dieu.
Les doctrines perverses, l'irréligion et le désordre social trouveront donc en nous des ennemis déclarés ; mais nous nous efforcerons toujours de garder la bienveillance envers les personnes et la justice à l'égard de tous.
Nos pères étaient laboureurs et soldats: ils tenaient d'une main leur charrue et de l'autre leur fusil pour défendre le territoire national contre les envahisseurs. Nous voulons être, dans le domaine des idées, des défricheurs pacifiques, et nous travaillerons à préparer le sol pour les germinations futures. Mais s'il devenait nécessaire de défendre notre œuvre, nos croyances ou nos droits, nous saurions prendre l'arme de la polémique pour nous protéger.
Veut-on savoir maintenant quel sera le champ de nos études, et quel genre de travaux nous recevrons dans le Canada-Français? La réponse est facile. De toutes les branches de l'activité intellectuelle nous n'exclurons qu'une chose : la politique canadienne. En toute autre matière, tout travail recommandable comme fond et comme forme trouvera sa place dans ce recueil.
La théologie, le droit, la médecine, les sciences naturelles, les lettres, les arts, formeront l'immense domaine que les collaborateurs de notre Revue sont invités à exploiter. On comprend cependant que les travaux scientifiques destinés au Canada- Français devront être de ceux qui sont susceptibles d'une forme littéraire, et que nous n'entendons pas enlever aux Revues spéciales les travaux purement techniques.
Avec le concours de nos collaborateurs nous voudrions pouvoir étudier tout particulièrement l'^ le mouvement religieux et les œuvres qu'il enfante dans les diverses parties du monde, 2° le mouvement social et les graves questions économiques qui bientôt peut-être mettront en péril l'avenir des sociétés, S^ le mouvement scientifique et littéraire, et les rapports de la science et de la littérature contemporaines avec la religion.
Pour suivre la voie droite dans ces questions délicates et nouvelles, nos écrivains ne seront pas en peine : ils n'auront qu'à
s'inspirer des grandes vérités proclamées à notre époque par nos illustres pontifes Pie IX et Léon XIII, et marcher à la lumière des flambeaux allumés par ces grandes intelligences assistées du Saint-Esprit.
Œuvre de paix, le Canada-Français respectera les autres races dont les croyances ne sont pas les nôtres. Il prêchera l'union entre les divers éléments nationaux qui se partagent le sol canadien.
Mais on ne saurait le blâmer de porter un intérêt particulier aux groupes français qui ont pris leur place au soleil dans chacune des provinces de la Confédération.
Aux braves Acadiens, qui reconstruisent si courageusement dans les Provinces maritimes un des plus importants pavillons de notre édifice national, aux Canadiens-Français qui dans Ontario, au Manitoba, etjuôqu'aux extrémités de l'Ouest, tiennent haut et ferme le drapeau de leur nationalité, nous faisons donc appel, et nous comptons sur leur concours.
Enfin,notre Revue ne mettra pas en oubli les groupesCanadiens- Français des Etats-Unis. Si des circonstances plus ou moins malheureuses les ont forcés de s'expatrier, ils sont restés Canadiens-Français de cœur, et nous nous intéressons trop à leur sort pour les oublier dans la création d'une œuvre qui désire travailler au progrès de notre race en Amérique.
A côté des trois mouvements que nous avons indiqués plus haut, et sur lesquels nous sollicitons des travaux de tous les esprits cultivés, il y en aura donc un quatrième qui sera encore l'objet de nos études : ce sera le mouvement de la race française dans toute l'étendue de l'Amérique du Nord. Dans la poursuite de ce patriotique dessein nous aurons besoin de l'aide de tous ceux de nos compatriotes qui savent tenir une plume et qui vivent en dehors de notre province. Une telle assistance ne saurait nous être refusée puisqu'il s'agit de l'intérêt même de notre commune nationalité.
Enfin, nous avons lieu d'espérer que nous aurons à communiquer à nos lecteurs, de temps à autre, des correspondances de l'Etranger.
Il nous semble que ce cadre est assez large pour satisfaire les plus exigeants. Et maintenant que nous avons fait connaître notre but, notre programme, nos intentions et nos espérances, il ne nous reste plus qu'à faire des vœux pour que notre œuvre — qui n'est pas une spéculation — rencontre un encouragement qui lui assure une longue vie.
Le Canada-Français vient au monde à une époque mémorable, où la catholicité célèbre avec des transports dej oie le jubilé sacerdotal de Sa Sainteté Léon XIII. C'est une circonstance de bon augure, et .nous sommes heureux de pouvoir déposer, avec les prémisses de notre travail, aux pieds de notre Saint-Père, l'hommage de notre filial amour et de notre dévoûment.
Pour le Comité d'Administration,
A. B. ROUTHIER
DU
CANADA-FEANÇAIS.