Archives de la Nouvelle- JLcosse^ p
justice qu'ils aiment la paix. Mais dans un pays comme celuici, ouvert à tous ceux qui voudraient piller et mal faire, le plus court est d'en sortir promptement quand on n'y prétend plus rien." i
Après deux ans de séjour en Acadie, Philipps qui, avant d'y
arriver, se targuait de tout faire courber sous lui, s'en retourna
^ en Angleterre, découragé, dégoûté de l'apathie de la métropole
' restée sourde à toutes ses représentations, et honteux de n'avoir
rien accompli.
Nous allons voir revenir, sous le régime de son successeur, le Colonel Armstrong, cette éternelle question du serment qui se renouvellera périodiquement jusqu'à ce qu'elle ait amené la destruction finale. Par la faute de ses premiers représentants en Acadie, l'Angleterre avait placé le peuple acadien, et s'était placée elle-même, dans une fausse position, d'où ni l'un ni l'autre ne savaient plus comment sortir. Dès 1720, les oflSciers de la cou- V ,' ronne étaient déjà fatigués de cette question, et se demandaient j s'il ne valait pas mieux en finir par une expulsion totale des ( Acadiens ; mais, en communiquant cette idée au gouvernement ! de la Nouvelle-Ecosse, ils ajoutaient ceci qu'il est essentiel de ^ ! bien retenir :
" Vous ne devez pas entreprendre de les expulser sans un ordre positif de Sa Majesté " (Fowr are not to attempt their removcd withovJt Hia Majesty^a positive order). 2 On sait quel cas le gouverneur Lawrence fit de cette ordonnance si formelle.
Armstrong était un esprit inquiet, mal équilibré, d'un caractère fantasque, tour à tour bénévole et tyran. Il finit par perdre la tête, et se suicida dans un accès de frénésie. Réussir là où ses prédécesseurs avaient échoué, c'était son idée fixe, son ambition ; il y mettait de la vanité. Il prit à tâche de faire prêter, coûte que coûte, le serment d'allégeance aux Acadiens, et se mit à les tourmenter de nouveau à ce sujet. Tous les moyens furent mis en œuvre pour y parvenir : cajoleries, menaces, pénalités, promesses, et jusqu'à de l'argent.
î. Ptiblic Record Office. Nova Seotia. Vol. III. Lettre du P. Justinicii Duraiid au gouverneur PhUipps, 26 mai, 1720. — Voir Doc. inédits, No XXVI, p. 121. Piëoe omise dans le volume d! Archives de la Nouvelle' Ecosse.
Le P. Justinien Durand mourut à Québec, victime de son zèle, en administrant les sacrements à des éauipages attaqués de fièvres contagieuses (1747).