Archives de la NovréUé-Écosse^ p
en faisant valoir au roi mon maître Thumanité avec laquelle vous aurez traité ses sujets en cette importante occasion." ^
Cependant l'agitation allait toujours croissant panni les Acadiens, qui se croyaient forts de la justice de leur cause. Allaient -ils en venir jusqu'à une révolte ouverte ? Le gouverneur Philipps, qui d'ailleurs n'était pas un homme intraitable, en eut d'assez fortes appréhensions pour comprendre qu'il ne devait pas les exaspérer davantage. Le terme de quatre mois était à la veille d'expirer et il n'avait encore rien obtenu. Il voulut se donner le mérite des concessions en ayant l'air d'accorder par faveur ce qu'il ne pouvait imposer par force, et il annonça qu'il prolongeait le temps fixé pour l'évacuation du pays, en se taisant toutefois sur le reste. Ses officiers les plus expérimentés lui faisaient remarquer que, dans le cas d'une insurrection, la seule paroisse de Port- Royal était en état d'assembler et d'armer
1. Public Record Office, Nova Scotia, Vol. III. Lettre de Saint-Ovide de Bruuillan au général Philipps. Cette pièce d'une importance capitale a été omise dans ]e volume à' Archives de la Nouvelle-Ecosse publié à Halifax. Voir Hoc. mÉDiTs, No XXIX, ç. 126.
La lettre de M. de Brouillan est confirmée par l'extrait suivant des délibélations du Conseil de Marine :
^* L'Acadie n'a été cédée par le traité de paix d'Utrecht qu'à des conventions qui n'ont point été remplies par les anglois.
*'*' Par une convention mutuelle entre les deux couronnes le sort des habi- ^ tants de Plaisance et de l'Acadie étoit égal, avec la permission de se retirer, ^ ils dévoient avoir la liberté d'emporter leurs biens meubles et de vendre les immeubles.
*'*' Le seing de la reine Anne pour lors régnante eu étoit le garant et Tevacuation de Plaisance en 1715, où toutes les clauses furent exécutées, en
est une preuve incontestable
*' Le refus absolu qu'ont toujours fait les gouverneurs anglois de souffrir
que les vaisseaux même du roi vinsent a l'Acadie pour transporter ceux qui
Soient de bonne volonté, ou a prêter des agrès pour les bâtiments qu'ils
«voient construits et qu'ils ont été obligés de vendre aux anglois, la défense
qui leur a été faite depuis de transporter avec eux aucuns bestiaux ni provi-
■ions de grains, la douleur d'abandonner leurs biens, héritages de leurs pères,
I«nr travail et celui de leurs enfanta, sans aucun remboursement ni dédoma-
gement. Toutes ces infractions sont les motifs principaux de l'inaction dans
laquelle ils sont demeurés ce qui fait aujourd'hui leur seul crime. Ce fut dans
ce sentiment qu'ils firent au mois de mai de l'année dernière une députation
àMr de Saint- Ovide et Soubras pour leur communiquer la réponse qu'ils
«voient faite au gouverneur anglois sur les instances réitérées avec menaces de
prêter serment de fidélité au roi d'Angleterre ou de sortir incessamment du
\ P^yB, cette réponse fut qu'ils étoient hors d'état de prêter ce serment parce
I qu'ils étoient liés à leur légitime souverain par un double lien qu'ils ne pou-
I voient trahir sans par là même devenir suspect au roi d'Angleterre. Qu'à
l Té^rd de leur sortie, ils étoient prêts d'évacuer et abandonner leur pays
Vy puisqu'il avoit plû au roi de le céder, mais que ce ne seroit que lorsqu'on les
\ mettroit en état de le faire sur le même pied et aux mêmes conditions des
habitants de Plaisance dont ils avoient pour gage sacré le sceau et la signature
de la reine Anne."— CorweiZ de Marine, année 1719. Vol IV, foL 96.
SERMENT d'allégeance A%
quatre cents hommes en vingt-quatre heures. Dès lors, la garnison, enfermée dans le fort, ne pouvait les empêcher de tout détruire derrière eux, de rompre les digues, brûler les maisons,
granges, moulins, provisions, etc , en un mot, tout ce qui
restait, tandis que leurs familles, aidées des autres habitants, se fraieraient un chemin, avec leurs troupeaux et leurs efifets, jusqu'au bassin des Mines. Là, ils rencontreraient le gros de la population, et rien n'était plus facile ^que de continuer l'œuvre de destruction et de se retirer tous ensemble aux confins de leurs établissements, à Beau-Bassin et à la Baie Verte, en face de l'Ile Saint-Jean, où les Français venaient, cette année-là même, de bâtir un fort et de transporter deux cents familles, avec toutes les provisions et le matériel nécessaire à une colonie. Que deviendrait dans ce cas la petite garnison de Port- Royal, privée de subsistance et harcelée par les Sauvages, quelles Français ne manqueraient pas de soulever avec eux ?
Philipps ne se rendait que trop bien compte de cette éventualité, lorsqu'il envoyait à Londres le rapport de l'ingénieur Mascarène, qui l'indiquait en toutes lettres. ^ Aussijajoutait'-il avec amertume : '* Nous n'avons ici qu'une ombre de gouvernement ; son autorité ne s'étend pas au delà de la portée des canons du fort." 2
Dans une telle situation, il faut bien avouer que le gouvernement de Port- Royal fut fort heureux d'avoir eu à agir avec une population aussi raisonnable et aussi pacifique que les Acadiens, Et qui les avaient formés ainsi, qui les conseillaient, qui les empêchaient de serévolter? C'étaient les missionnaires, ces mêmes missionnaires qu'on accusait d'être les auteurs de tout le mal. Ceux-ci, on le sait, n'auraient eu qu'un mot à dire pour faire lever en masse tous les Acadiens, qui d'ailleurs en avaient plein droit. Ce mot, les missionnaires ne le prononcèrent point. S'il y a un reproche à leur faire, c'est plutôt d'avoir trop prêché la soumission et d'avoir peut-être préparé ainsi les calamités à venir.
La lettre du P. Justinien, au moment de son départ des Mines, est l'expression de la pensée et de la conduite de ses confrères :
*' Je vous prie de me permettre de me retirer à l'Ile Royale, afin que l'on ne m'impute pas les troubles qui pourraient arriver. Je suis et je serai tout à fait éloigné de fomenter le trouble, que je sois loin ou proche; ce n'est pas que i'aie la pensée que nos Français aient envie de remuer. Je leur rendrai toujours cette
1. Archives de la NouveUe-Écosse, Rapport de Mascarène, pp. 39 et suivantes.