DEL POZZO
Parisy 18 aviil 1641.
Vos- lettres affectueuses viennent souvent me
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari , et traduite.
consoler. J'en ai reçu deux dans un seul jour, du aS janvier et du i3 mars. L'une et l'autre me prouvent rattachement de V. S. envers moi et les miens. Ma consolation seroit plus grande si je pou vois autrement que par des protestations vous exprimer mes sentiments. J'ai à la vérité l'occasion de vous montrer , par ma promptitude à vous servir , combien je désire le faine dans le petit ouvrage du Baptême de J.-C, qtie vous m'iivez laissé à terminer. Mais ma bonne volonté est interrompue par l'importunité des supérieurs, qui ne me. laissent pas un moment de libre. Toutefois j'espère le terminer cet été. J'achevai de l'ébaucher dès que je fus arrivé, et je commençai celui de M. Giov. Stefano. Je les ferai partir ensemble., s'il plaît à Dieu, par l'occasion la plus favorable. Il se pourroit que, par le moyen du nouveau Noûce, V. S, me fournit quelque occasion bien sûre pour lui envoyer ces deux ouvrages, €t encore- quelque autre chose qui pourra vous être agréable^ si je peux y réussir.
Commandez-moi , je vous prie , dans tout ce où, vous savez que je puis et dois vous servir. Je voils prie avec instance de vouloir bien continuer les soins que vous prenez de ma maison.
A M. DE CHANTELOU
De Pftris y le 3o aTtil 1641.
Monsieur et patron , mardi dernier, après avoir eu rhonneur de vous accompagner à Meudon et y avoir été joyeusement, à mon retour je trouvai que Ton descendoit çn ma cave un muid de vin que vous m'aviez envoyé. Gomme c'est votre coutume de faire regorger ma maison de biens et de faveurs , mercredi j'eus une de vos gracieuses lettres, par laquelle je vis que particulièrement vous désiriez savoir -ce qu'il me sembloit dudit vin. Je l'ai essayé avec mes amis aimant le piot : nous l'avons tous trouvé très^bon , et je m'assure , quand il sera rassis, qu'on le trouvera excellent. Du reste, nous vous servirons à souhait, car nous en boirons à votre santé, quand nous aurons soif, sans l'épargner; aussi -bien, je vois que le proverbe est véritable qui dit, que chapon mangé , chapon lui vient. Mémement hier M. Costage m'envoya un pâté de cerf si grand , que l'on voit bien que le pâtissier n'en a rien retenu sinon les cornek. Je vous assure, monsieur, que désormais je ne manquerai pas, à commencer par le dimanche , de me réjouir comme je fis le dimanche passé , afin, que la semaine suivante soit ce qu'on dit que toute l'année est au pays de
DE poussiir. 37
Cocagne. Je vous suis le plus oblfgé homme du monde', comme aussi je vous suis le plus dévoué serviteur de tous vos serviteurs.
AU MEME
De Paris y le 10 mai i64s«
Monsieur ^ le sie w Adam , étant fort désireux de s'employer au service de S» M. et de Monseigneur de Noyers, m'a prié de vous supplier de vous souvenir de lui et de son logement devant que vous partiez d'ici , puisque mon dit Seigneur vous en a chargé. Il s'est délibéré de vous aller saluer à Ruel, d'autant que hier il ne put avoir l'honneur d'en traiter avec vous. Il vous dira de bouche plusieurs choses touchant la menuiserie qu'il aura à faire. Je vous supplie trèshumblement de l'entendre , et de donner ordre tel que l'on puisse commei^cer à continuer ladite menuiserie de la galerie. Ce que nous en faisons lui et moi, n'est que po^: vous faire souvenir de ce que vous souhaitez , ainsi comme nous croyons.
Votre plus humble serviteur,
AU MEME
De Paris
Monsieur, après avoir mûrement pensé à la proposition que vous me fîtes hier d'aller à Dangu , et de là à Chantilli , j'ai trouvé qu'il étoit impossible d'employer en ce voyage moins de cinq 6u six jours , si d'aventure l'on ne vouloit faire de très-longues journées ; auquel travail , outre la saison qui est chaude , j'aurois peur de ne pouvoir pas résister sans mettre ma santé en compromis. Il y a tant de temps que je suis sédentaire, que je craindrois que ce travail immodéré ne m'incommodât beaucoup, le recevant sans m'y être accoutumé premièrement peu à peu. Vous .savez bien ce qui m'arriva au venir d'Italie ici, pour avoir témérairement entrepris de vous suivre à cheval , vous qui êtes depuis long-temps efadurci à ce genre d'exercice. J'ai' aussi diligemment fait le calcul des choses que j'ai à faire en l'espace de trois semaines, et trouvé que je n'ai pas une seule heure de temps à perdre ; bien au contraire , je ne m'assure pas d'avoir en ce temps-là accompli ce qu'il faut que je fasse. Je vous supplie , si c'est une chose qui soit si nécessaire, au moins de me permettre d'aller commodément et à petites journées; mémement je peux
VOUS aller trouver , s'il vous plaît y aller devant. Si ce n'eû£ été la grande hâte que j'ai de finir aujourd'hui les dessins que vous vîtes hier commencés , je vous aurois été avertir des choses mêmes qui sont contenues en ces quatre lignes , auxquelles je vous prie de donner de bouche un mot de réponse. Je suis e|; serai toute ma vie ,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur ,
- AU MÊME
De Paris , le 3o nai 1641 • -
Monsieur , depuis que vous êtes parti de cette ville, j'ai reçu une lettre de M. le ChevaUer del Pozzo , dans laquelle il témoigne assez com-^ bien vous l'avez obligé, par le présent que vous lui avez fait des portraits de notre Roi très^Chrétien et de Son Éminence. Il les reçut assez mal conditionnés , d'autant que sa caisse fut ouverte par ceux de la poste , et lesdits portraits r^emis si négligemment et si mal roulés , qu'avec grandissime peine on les a pu restaurer : les toiles s'é-
4o L£TTA£S
toient attachéeis avec la peinture en telle façon que particulièrement le champ et les cbeveux ont été ruinés. La faute aura pu être commise premièrement à Paris , là où la caisse a demeuré huit jours ; et ensuite ceux de Lyon et de Rome en auront fait de même. J'ai voulu yous le man* dér , £|fin qu'en envoyant quelque chose à vos amis , vous ne vous fiiez pas à des personnes qui ne portent respect au nom dé Monseigneur De Noyers , ilon plus que si ladite chose avoit été envoyée par une personne des plus ordinaires.
M.. Francesco Angeloni attend la résolution, touchant la dédicace de son Livre , d'autant plus ardemment que Ton sait à la cour de Rome l'occasion qui l'empêche de le publier , et que chacun attend ce qu'un si long retard pourra enfanter. Jl désireroit fort que l'affaire se conclût au plus tôt, car autrement il lui faudra prendre un nouveau parti pour publier ladite œuvre. J'ai entendu qu'il prétendroit à environ mille écus , mais je crois que deux cents pistoles accommoderoient toute son affaire. Je vqus supplie, Monsieur, d'en écrire un mot, afin que ce galant homme soit hors de peine. Je vous supplie aussi de me faire savoir si vous continuez à faire dessiner le sieur Errad , comme le sieur J. Angelo Coipino^ qui vous baise les maips. Quant à moi, je travaille continuellement au tableau de Saint-Germain. J'ai ordonné le compartiment de la galerie , et j'en ai donné les profils et mo-
dénatures. Nous ne trouvons, comme sculpteur, que M. Perlan pour modeler ce qui sera nécessaire ; mais on le guidera le mieux que l'on pourra , afin qu'il puisse seconder nos intentions. Cependant que l'on fera le second pont , je ferai les cartons de dessus les fenéti*es, afin que, in^ continent le stuc fini , Ton y dépeigne ce qui est nécessaire. J'ai espérance que Tceuvre se fera tôt et à peu de firais; je crois aussi qu'elle ne sera pas ingrate : quand il y en aura une partie d'accomplie , je vous écrirai l'effet qu'elle fera. Bientôt je vous enverrai la pensée du firontispice de la grande Bible. Je vous écrirai désormais toutes mes actions , afin que vous voyiez si je m'appliqne diligemment à m'employer aux choses qpe Monseigneur attend de moi. J'ai été aujourd'hui avec M. de Chambrai et le sieur Le Clerc au noviciat des Jésuites, pour voir ce que Ton pourrait faire pour amender le bas*relief que l'on a fait des armes de Monseigneur* J'y apporterai ce qui sera de mon possible , et joindrai mes petites forces avec celles dudit LeClerc , s'il en est besoin, afin que Monseigneur reste servi: nous vous enverrons quelque pensée à ce sujet. Cependant je vous supplie de me continuer l'honneur de vos bonnes graCes, afin que je vive content, priant Dieu qu'il vous rende, monsieur, le plus heureux de tous les hommes.
Votre plus humble et obligé serviteur,
4a LETTRES
AU MEME
De Paris, ce ix juin 1641.
Monsieur , vous m'avez honoré de* trois de yojs lettres, dont les deux dernières sont datées des a et $ }uin.> Par la première , j'ai admiré la vertu et grande hardiesse de M. de Gassion. Mais la sou^ venance que vous avez de l'affaire de M. le Che* vaUer del Pozzo, oblige tout le monde à! croûre que vous êtes le gentilhomme le plus porté- à faire du bien , et à faire des grâces à ceux qui en méritent. Véritablement il ne sauroit vous arriver un plus beau sujet, pour exercer votre vertu et montrer votre crédit, que celui-ci. Tout fraîchement j'ai reçu du Chevalier des lettres par lesquelles il jùe prie de vous faire souvenir de sa juste xause, et de vous engager à la favoriser. Vous aurez sans doute entendu ses raisons, et vous savez si Monseigneur lés prend en considéra^* tion. Je crois qu'il lui sembloit chose peu convenable qu'une pareille faveur du Pape, accordée de mouvement propre à un serviteur effectif du Cardinal son neveu , qui lui est attaché dès le commencement du pontificat , et qui n'a eu jusqu'à maintenant aucune récompense, sinon bien petite , ne reçût pas prpmptement son plein effet ; et qu'il ne trouvoit d'ailleurs aucun empêchement
DE poussipr. 43
à la grà^e reçue, le Chevalier étant snijet onginâire de Savoie, et ayant eu un frère qui servit personnellement le Due de Savoie , mari de Ma* dame , pendant qu'il vécut , en paix et en guerre , et qui y perdit la vie; outre que lui-même a secondé, à Rome y les Ambassadeurs de Savoie de 161 1. Dès cette époque et depuis, il s'est toujours montré très-dévoué aux Ministres de la France et à notre Nation : jusques là qu'au commencement du pontificat , après avoir été appelé au service du palais, il se trouva quelqu^un qui demanda qu'il en fôt exclus, disant qu'il étoit trop Français, et qu'il n'étoit pas convenable de mettre auprès d'un neveu de Pape une personne qui fût tant affectionnée à notr« Nation et bien vue dès Ministres d'icelle ; d'où il manqua peu qu'il ne i^éçût quelque affront. Il semble que ce soit une chose bien dure et peu convenable , qu'une grâce ainsi bien qualifiée ne puisse subsister, mais doive céder à un abbé, lequel, outre qu'il est assez pourvu par les grâces qu'il a reçues en Piémont , peut encore en recevoir de Sa Majesté un si grand nombre d'autres, par le moyen de Son Éminence, puisqu'il est en un pays où les vacances sont opulentes et infinies. Mais si l'on ôte au Chevalier del fqg,zo ce qui si justement lui revient, quand et où peut-il espérer une semblable récompense , étant les occasions rares en Piémont , surtout celles qui joignent l'utilité avec un titre honorable , comme est
Fabbayci de Cavore ; et la durée du pontificat , qui surpasse déjà ce que d^ plusieurs centaines d'années on a vu de plus long, lui.ôtaut Tespé* rance d'un tel bien à venir ? Si 4'ailleurs il insiste sur son droit actuel ^ il est obligé d'ainsi faire ; parce que s'il méprise une grâce à lui faite, si pleine d'a£fection et de bonne volonté du Pape, lequel, après l'avoir honoré, joint des paroles telles qu'il en demeure obligé plus que par le don de l'abbaye , Sa Sainteté même pourroit avoir uix juste prétexte de ne penser jamais plus à lui faire aucune grâce. Je vous assure, Monsieur, que. si le Chevalier del ^ozzo, votre très -affectionné, estime ladite abbaye,. il es^me d'au^ tant plus sa réputation , laquelle est en cela tellement engagée , qu'il ne peut en sortir honorablement que par le succès. Employez -vous donc , Monsieur , pour l'amour d'un si honnête homme, pour une si juste cause, et pour la protection d'un Chevalier qui, toute sa vie, a été si dévoué serviteur de Sa Majesté et de notre Nation. C'est bien une vérité , que le plus grand obstacle qui l'empêche d'être mis en jouissance de la provision de ladite abbaye , vient des recommandations faites d'ici contre lui.
S'il plaît ^ ^Monseigneur de lui donner quelque aide, il conviendra de faire que le Ministre que l'on chargera d'écrire à Turin , pour le service dudit Chevalier et pour la recommandation de ses intérêts, en fasse prévenir M. Francesco-
DE POUSSliPT. 4S
Maria BorgerellOy duquel ou aura toujours connaissance par le moyen des. Pères Jésuites dudit lieu, et qui, selon le besoin, aura soin de tout ce qui sera nécessaire.
Par la vôtre du 5 juin, vous me faites savoir ce que Monseigneur a délibéré de faire pour Ângeloni; je lui écrirai promptement. Je vous remercie' très-affectueUseiflent des faveurs que journellement vous me faites , et de ce qu'il vous plaît me mettre en bonne opinion chez Son Ëminencé : de mon côté, je tâcherai, Monsieur^ de seconder vos efforts. Je vous supplie aussi de me continuer dans les bonnes grâces de M. De Noyers , afin que les obligations que je vous dois n'en aient pas de pareilles.
Il est arrivé en cette ville un jeune peintre , que vous avez désiré voir à Rome : c est celui qui a peint une chapelle dans l'église del/Popolo, là où sont peints ces ornements divins en grisailles, dont la manière vous a {du assez.
Il travaille fort bien à . . . comme
vous en avez vu la preuve ; il m'est venu voir , et s'est offert de servir en ce qu'il sera bon. S'il vous plaît , nous l'arrêterons pour travailler aux ornements de la galerie ; il compose , il est inventif et colore convenablement bien ; c'est bien notre cas. On dit que M. Herman est par le chemin.
Je suis votre obligé serviteur,
P. S. , Moïf beau-frère vous fait très-humble
révérence, et toute la brigade.
AU MÊME. • '
De Paris, ce i6 jain 1641 ••
Monsieur, par la vôtre dii 5 juin, vous me faites savoir que Monseigneur étoit demeuré d'accord de donner deux cents pistoles^ à Paris, pour Angeloni , à quelqu'un qui eût la charge de les recevoir, et que si je voùlois mander à qui il les faudroit délivrer , cela se feroit incontinent. J'ai parié à M. Passard , Auditeur des comptes , et l'ai prié de m'aider en la conduite de la présente affaire. Non 9) avons eu recours à M. Lumagne pour la remise désdites pistoles ; il dit qu'il les fera tenir à Rome, à huit du cent, -pour l'amour dudit Pas-r 8aa*d. Vous en ordonnerez maintenant comme il vous plaira ; mais il seroit nécessaire de savoir st. le Livre se dédie au Roi ou à Monseigneur Iç Cardinal de Richelieu, parce quQ la lettre dédicatoire pour le Roi est assez belle., mais l'autre se pourroit amender, et il conviendroit que ledit Angeloni s'efforçât d'en composer une d'un style phis relevé.
11 seroit nécessaire d'écrire à M. le Chancelier , afin qu'il mît son sceau au privilège du Livre.
li faudroit savoir combien d'exemplaires on veut, et si on les veut reliés ou non. On ne relie pas bien à Rome.
Le jeune homme flamand , dont trop tôt je vous avois fait fête , a été , j'en suis sûr , décoitseâllé par quelque homme de bien de s'arrêter ici; il s'est donc délibéré de partir, pour s'en aller dans son ^ays : nous aurons patiencç.
M. Errad , voyant que vous aviez écrit k M. Jean Ange et fait les offres que vous lui avez faites, et n'ayant pas, comme je crois, ni reçu* les vôtres , ni encore rien su de l'ordre que lui aviez expédié , craignoit . que vous ne fussiez pas assez satisfait des dessins qu'il vous avoit envoyés ; c'est pourquoi il désiroit eu savoir quelque chose. Si vous aviez ces petits travaux agréables, il s'eatimeroit être bien fortuné, tâcheroit de plus en plus de vous satisfaire, et aurmt. l'esprit en repos. Depuis, j'ai reçu une lettre de lui, datée du 8 mai, là où il confesse assez les grandes ôbtigations qu'il vous doit, et la /boQiie volonté qu'il % de vous servir. Il ne faut pas que j'oublie de vous remercier très-humblement de ce qu'il vous a plû que l'on me donnât quinze cents francs, pour ce que je ferai durant mai, juin et juillet, à la grande galerie.
Vous me demandez mon avis touchant l'emploi du sieur Jean Ange : il me semble , puisqu'il ne peut dessiner pour vous qu'à son loisir et com-
modité, qu'il suffira bien de lui payer ses dessins comme vous avez fait étant à Rome.
M. Le Clerc et moi nous vous enverrons chacun une esquisse des armes que Monseigneur veut faire sculpter sur la voûfe de l'église du noviciat des Pères Jésuites. Vous consulterez sur iceux , et vous nous manderez lequel vous plaira le plus : si par hasard Monseigneur y trouvoit quelque difficulté, on tournera à la manière ordinaire, gothique et barbare, en les travaillant seulement mieux que celles qui déjà y étbient faites; on n'attend autre que votre avis, le bossage est prêt. Je vous enverrai la pensée du frontispice de la grande Bible, à via première occasion.^
Si Afonseigneur trouvoit bon d'élite quelque sujet pour le tableau du Noviciat, là où l'on dût avoir occasion de montrer quelque bon trait de peinture, j'en serois bien aise. Voilà, Monsieur, tout ce que j'ai à vous faire savoir pour maintenant : je vous souhaite toutes sortes de conten* tements, et cependant je» demeure le plus humble de vos serviteurs.
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AU MEME
De Paris , 164t.
Monsieur, je suis extrêmement joyeux: de ce qae Monseigneur a choisi pour le tableau de Saint- Germain le sujet de la Sainte-Eucharistie, en là manière que vous me l'écrivez, d'autant qu'il y aura champ pour faire quelque chose de bien; je ne penserai désormais qu'à trouver quelque belle distribution qiii convienne audit sujet.
Vous me mandez que je voie le dessin que le Sieur Dominique a fait pour la voûte de l'escalier de Son Éminence ; je ne l'ai point trouvé dans le paquet que vous m'avez envoyé. J'ai reçii la lettre de faveur pour les habitants de Villères ; vous me permettrez bien de vous en remercier de tout mon cœur. M. de La Planche , Trésorier des bâtiments du Roi, m'a apporté les mesures des tapisseries que Monseigneur a dessein de faire faire : j'aurai rhoiineûr d'en conférer avec vous à votre retour à Paris» Je suis et serai toute ma vie le plus humble de vos serviteurs,
5o Lettres
AU MÊME
De Paris , ce arg juin 1641. '
Monsieur , j'ai écrit à M. le Chevalier del Pô^zo (lu soin qi^ vous prenez de ses intérêts^ et comme mémement vous éte6 résolu de rhotiorer de vos lettres. J'aurois derechef , pat cet ordinaire, écrit au sieur Angeloni de l'état où est son affaire; mais d'autant que nous n'avons pu l'accomplir, je ne lui écrirai pâ$ pour le présent. Puisque le dessin des armes de Moitselgneur lui a plu, j'eil fais un peu de modénature pour donner au sieur Le Clerc , afin que l'exécution s'ensuive plus facilement et ait meilleure grâce. Ignorant la mesure du tableau du Noviciat des Pèreis JésuitiBS, je n'ai pas niéme fait choix du sujet dudit tableau; mais je m'y appliquerai incontinent, d'autant qu'aujourd'hui je finis de mettre ensemble le tableau de la Cène, et pendant qu'il se séchera, je Iravailierai aux cartons de ia grande Galerie, qui va fort bien dieu merci; J'ai fait dtô modèles de cire que j'ai baillés à M. Parla», afin d^ fidre nlodeler les piédestaux dudit ornement de la Galerie. On y poutt^ commencer à dépeindre et dorer incontinent , et je crois infailliblement qu'elle se fera bientôt ; les stucateurs même se vantent , avec l'aide de trois ou quatre autres, de la ren-
DE POUSSI3V. 5j
dré faite /d'un bout à l'autre en cinq ou six ans au plus. Je me dois trouver ce soir, à six heUces, chez M. Mauroy, pour consulter ce qu'il faudra faire pour Taccompagnement de la cheminée de la chambre de Monseigneur avec le plancher. Nous avons aussi reçu de M. De Mauroy deux cents pistoles , et nous avons parlé à M. Bertemer, qui dit qu'on les peut faire te-* nir i Booie en mêmes espèces ; nous n'avons ▼ûulu faire autre chose que de vous en avertir, afin que vous preniez la peine d'en écrire à M. Dulîeu^ s'il en est besoin. Nous attendrons cependant votre ordre, et ferons du reste ce que vous nous commanderez. J'ai vu une lettre ès^mains de M. I^maîre , par laquelle je connois assez le soin que vous avez de moi ; je ne peux attendre autre chose de vous, Monsieur, que du bien et de la consolation, puisqu'il vous plaît de m'aimer. J'oubliois de vous dire que l'on dit que le sieur Herman est arrivé à Fontainebleau.
M. Meslon travaille au frontispice du Virgile , e:t si j'eusse pu vous envoyer l'esquisse de la pensée que l'ai trouvée pour le livre de la Bible , comme je vous avois promis , j'en eusse été con* tent ; mais ce sera pour la première commodité. Il me semble n'oublier rien de ce dont il faut que je vous rende compte, sinon que vous aurez toujours en moi un très-dévoué , très-obligé et
humUe serviteur. :
Sa LETTRES
AU MÊME
De Paris , le a jaillet 1641.
Monsieur, hier je reçus la vôtre du 3o juin, et ce matin le sieur Baron et moi avons été chez M. Dulieu , auquel mémement j'ai donné la lettre que vous lui aviez écrite, touchant l'affaire du sieur François Angeloni.' M. Dulieu a reçu les deux cents pistoles, et a dû les faire tenir le plus sûrement qu'il lui sera possible, ne pouvant toutefois répondre dudit argent, si par malheur celui qui en est porteur venoit à être détroussé ; mais il espère bonf^e issue , d'autant que telles disgrâces arrivent fort rarement ; mémement les courriers de Lyon , n'étant point arrêtés à Gènes comme par le passé , pour le soupçon de la contagion, pourront s'en charger jusqu'à Rome. On n'a tiré aucim reçu dudit sieur DuUeu , d'autant que vous ne nous l'avez pas ordonné.
J'ai aujourd'hui dessiné deux Termes pour la grande Galerie : vous pouvez assurer* à Monseigneur que la peinture d'icélle se fera bien plus tôt que le stuc.
J'emploie quelques heures du soir k lire les vies de saint Ignace et de saint Xavier, pour y trouver quelques sujets pour le tableau du N oviciat; mais je crois qu'il faudra s'arrêter à celui qui nous fut donné par Monseigneur il y a déjà
DE PQUSSIN. 53
long-lemps, J'ai eu la mesuve dudît tableau , mais on ne le {>eut faire entrer dans ma salle, d'autant que le châssis- a quatorze pieds et demi de haur teur; je ne laisserai pas cependant d'eu faire la pensée , et de m'occuper entièrement de tout cç qui cQncerqe le contentement de Monseigneur et le ¥Ôtre ^.vous suppliant , Mônçieur , de me continuer votre boi^ne affection y et de m'bonorer du nom de votre très-bùmble ef très-obligé serviteur.
P. 5. récrirai vendredi au sieur Angéloni.
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris y le a $ juillet 1641.
J'écrirois plus souvent à V. S. si je n'avois la crainte de vous causer de l'ennui, surtout lorsque je n'ai aucune occasion d'employer mes foibles moyens à votre service. Quels qu'ils puissent être , je n'y négligerai rien , continuant de faire comme par le passé, en engageant M. de Chantelou et même M. De Noyers à embrasser vos intérêts. Je vous ai fait savoir tout de suite ce que j'ai pu découvrir, etj'enferois de nouveau souvenir M. de Cbantelou, s'il ne m'avôit marqué, dans sa der-
(i) CeUe lettre est tirée du recueil de Bottari, et traduite. ^
nière lettre, qu^ la chose étoît inutile, et qu'il dlloit lut •même vous envoyer quelque bonne nouvelle. Je ne sais s'il aura exécuté ça promesse, parce qu'il y à depuis ce temps de grandes afimiires» Maintenant que les choses sont en meilleur état^ je lui en écrirai, et je saurai le tout.
Si je suis resté jusqu'à présent sans avoir terminé les objets qui vous concernent et que f ai apportés avec moi, je vous en demande pardon. Je suis fermement résolu d'y employer tout le mois d'août prochain et de ne point faire autre chose. Soyez assuré que si mes forces sont petites, du moins mon attachement à votre personne est très-grand , n'ayant d'autre désir en ce monde que de pouvoir être compté parmi vos plus obligés serviteurs.
Gontiuue&moi , je vous prie, vos bonnes grâces, afin que je puisse vivre content. Je vous salue très-humblement et vous baîse les mains.
A. M. DE CHANTELOU
P> Paris , oe 3 août 164 1.
Monsieur, si je n'eusse bien su les grandes affaires qui, depuis quelque temps, vous ont toujours occupé, je n'eusse pas tardé jusqu'au-
jourd'hui à vous écrire. Maintenant que peut- '
être V0U3 aurez le loisir d^ lire la présente, je vous assqre çl^ ipa meilleure di^po&Hian, grâce à Dieu , et du bon état où sont nos ouvrages,
La grande galerie s'avance fort, et néanmoing il y a fort peu d'ouvriers ; j'ai esp^r^nce qu'à votre retQur vou^ vpus étonnerez de ce que l'on aura i^%. Je me suis occupé $ans,Ge$se à travailler ausc partons, lesquels j^ me suis obligé dé varier sur chaque fenêtre et sur cloaque trmnisau, m'étant résolu d'y représenter ifuie j^uit^ de la vie d'Hercule; matière certes pap^ble d'opcuper un bon dessinateur tout entier , d'autant que lesdits cartons veulent être fsiits en girand et ep petit, pour plpis 4^ commodité des ouvriers, et afin que l'œuvre en devienne meilleure. U &ut métnement que j'inven|;e tous les jours quelque chose de nouveau pour diversifier le relief de stue, autrement il ^(idroit que les hommes demeurassent sans rien flaire; mais vous savez combien le beau temps en 1^ pays ici doit être tenu cher. Toutes ces choses ont été la cause qu'encore je n'ai pu finir le tableau de Saint-Germain, auquel il faut grandement retoucher , pour les effets extraordinaires que l'humidité de l'hiver pas$é y a produits. Mab d'aprèjs l'ordre que de Qouveau Monseigneur m'a donpé de faire le tablesiu du Noviciat des Jésuites pour la fin de novembre , je me suis quand et qu.aud résolu d'y mettre la main et de le faire pour ce temps-là , si mes débiles forces me le permet-
tent : pendant que la toile se préparera, je pourrai retoucher la susdite Cène , au lieu d'aller prendre des divertissements à Dangu ou en d^autres lieux , ainsi que Monseigneur de sa courtoisie m'en a invité. Monsieur , je vous assure , pourvu que j'y puisse résister, que je n*ai point d'autre plaisir que de le servir; là sont mes promenades, mes jeux, mes ébattements et ma délectation; je ine contenterai , pour un jour bu deux , de faire un tout aux environs de Paris, en quelques lieux, pour seulement respirer un peu. J'envoie à Monseigneur l'esquisse du frontispice de la Bible, mais «ans corrections, car devant que de la terminer j'ai désiré que vous l'ayez vue, afin que si, dans la pensée et disposition totale ou particulière des figures, il était besoin d'y altérer quelque chose, vous m'en donnassiez votre avis. La figure ailée représente l'Histoire; elle écrit de la main gauche , afin que la planche la remette à droite: l'autre figure voilée représente la Prophétie; sur le livre qu'elle tient sera écrit Biblia Regia : le sphinx qui est dessus ne représente autre que l'obscurité des- choses énigmatiques : la figure qui est au milieu représente le Père-Éternel , auteur et moteur de toutes les choses bonnes : au surplus l'entière explication vous en sera faite par M. Dufi:*éne. Si vous avez le loisir de vous ressouvenir de votre bon ami, M. le Chevalier del Pozzo, je le poprrois assurer de la continuation de votre bonne amitié ; enfin , monsieur ,
regardez en quoi je pourrois fidèlement vous servir, et croyez que je suis totalement ,
Votre très- humble serviteur,
P. S. Mon frère et toute la compagnie vous baisent très-afFectueusement les mains. Vous me renverrez soigneusement le dessin que je vous envoie , d'autant qu'il me servira à finir celui qui doit être gravé. Je baise très-afïectueusement les mains de toute la maison de Monseigneur.
AU MÊME
De Paris, ce 19 aoîit 164t.
Monsieur, M. de Mauroy désirant que Monseigneur à son retour puisse commodément et avec plaisir habiter sa maison, non - seulement fait diligenter ies.dorures des cheminées, et achever les ornements dçs salles et chambres, mais aussi désireroit faire de même au cabinet; c'est pourquoi je vous envoie ces deux feuilles de papier,, sur la plus petite desquelles sont dessinés la distribution et les compartiments qu'y a faits l'architecte que Dieu bénisse. Mais, pour ce que je ne peux savoir quelle intention il a eue, je me trouve embarrassé lorsque je veux décorer ce cabinet de quelque chose convenable à la personne pour laquelle il a été fabriqué ; car , à en dire la
vérité y il seroit fort propre pour efi faire la boutique d'un petit mercier. Tant y a que je vous envoie la pensée telle que vous la voyez. L'espace A du petit de3sin vous montre la forme de la menuiserie telle qu'elle est réellement ; depuis A jusqu'à B du grand dessin, j'ai figuré ce que l'on y peut faire pour la rendre plus riche. L'ornement C, qui décore la plate-bande, est relevé hors œuvre, comme l'indique le petit dessin X. Pour les espaces marqués D, Monseigneur délibérera, s'il lui plaît , ce qui lui agréera davantage, parce xjue leur forme ronde lès rend propres à recevoir des Prophètes, Sibylles, Apôtres, Empereurs, Rois, Docteurs et Hommes illustres, mémement des devises et sentences. Les autres espaces voisins peuvent être couverts de camaïeux, représentant soit des va$es à l'antique, ou quis ou remplis de fleurs, soit qu/elques petiffis figures faites à plaisir , soit enfin quelques personnages signalés. Dans les espaces F, pu peut faire ce que l'on voudra, le lieu étant un peu plus libre que le reste.
Je voudrons aus^i savoir ce que Monseigneur désire au plafond ; le sieur Dominique s'offre dç If peindre. Il m'a semblé que la corniche man-» quant à la menuiserie 9 il seroit assez à propos d'y en feindre une , avec quelque autre chose qui dimini^ât le cbao^p du pLafopd ; d'autant que si l'on veut peindre au milieu quelque chose qui paroisse s'enfoncer, l'espace de soi-même est
trop grand pour le peu de distance qu'il y a pour le voir. J'ai aussi pensé que ledit ornement devoit correspondre au moins pour les couleurs avec Ta salle, qui se compose de blanc, d'or et de turquin. Si vous avez le tetops commode poUr nous donner réponse, nous chercherons incontinent quelquW qui puisse exécuter le tout aussi-bien qu'il sera possible. Le baron Fouquières est venu me trouver avec sa grandeur accoutumée; il trouve fort étrange que l'on ait mis la main à l'ornement de la grande galerie sans lui en avoir communiqué aucune chose. Il dit avoir un ordre du Roi confirmé par Monseigneur de Noyers, touchant ladite direction , et prétend que les paysages sont l'ornement principal dudit lieu , étant le reste seulement des accessoires. J'ai bien voulu vous écrire ceci pour vous faire rire.
Le tableau de Saint-Germain n'est encore du tout fini , n'ayant pu en avoir le ternes ; tout le reste va bien. Dieu merci. Je prie Dieu, Monsieur, qu'il vous rende très-heureux. Je me recommande à vos grâces et vous baise les mains ^ comme je suiâ ,
Monsieur, Votre très-humble serviteur,
F» S. Toute notre compagnie vous fait révérence.
6o LETTRES
AU MÊME
De Paris, le 23 août 1641.
Monsieur, j'ai reçu la vôtre du ai août avec les dessins de Tornement du cabinet de Mon*seigneur. Sitôt que j'aurai fini de vous écrire la présente, je me rendrai au logis, pour prendre les mesures justement, et ordonner ce qui sera du reste, puisque vous vous en remettez à moi. Je vous remercie avec toute afFection du désir
que vous avez de mon bien et satisfaction touchant le j)ayement de mes travaux; et puisqu'il plaît à Monseigneur , de savoir ce que je désire pour le tableau de la chapelle de Saint- Germain , je vous supplie , après que je vous l'aurai dit , d'en retrancher ce qui semblera de trop : si l'on ne m'en veut donner huit cents écus, je me contenterai de six ou de cinq, car je serai toujours satisfait. Pour celui de Sou Éminence , cent pistoles le payeront bien , mais je ne le peux pas finir aussitôt que je le voudrois; toutefois je ferai mon possible, et tâcherai qu'il soit en son lieu et place pour le retour de Monseigneur le Cardinal. Je communiquerai aussi à M. de Chambrai les choses susdites, afin que Monseigneur en ait encore connoissance de sa part. Vous assurerez aussi Monseigneur qu'avec
DE POUSSIN. 6f
l'aide de Dieu le tableau du Noviciat sera fait pour le temps que Ton me donne : et avec tout cela les autres œuvres qui demandent ma conduite ne laissent pas de s'avancer, étant toujours bien résolu de travailler pour la satisfaction de Monseigneur, à qui je fais de très-profondes révérences, tandis qu'à vous, Monsieur, je demeure perpétueUement obligé.
Votre très-humble serviteur,
P, S, M. le Chevalier del Pozzo vous baise les mains; M. Auvry vous salue dévotieusement et toute notre compagnie.
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
^arîs, 6 septembre 1641.
Je sais bien que Y. S. a fait jusqu'ici quelque estime dç ma sincérité, et peut- être ^st^ce à elle que je dois la bienveillance que vous m'avez toujours portée. C'est pourquoi je yeux continuer de procéder de même , ne voulant point rechercher les choses que ta nature m'a refusées, et au moyen desquelles d'autres peuvent acquérir les bonnes grâces et l'amitié des personnes de votre mérite. Je viens donc , dans cette lettre , vous
(i) CeUe lettre est tirée du Recueil deBottari, et traduite.
6a LETTRES
présenter mes humbles salutations , et vous renouveler les sentiments dont j'ai toujours fait profession à votre égard. Je vous rends compte de mes actions, de mes emplois et de tout ce que je &is; mais je crains qu'après vous avoù* parlé des dessins , des tableaufc et des projets de toute sortei dont je m'occupe, vous ne me reprochiez d'avoir été jusqu'à ce moment sans vous témoigner, par la moindre chose, mon affection et le désir que j'ai et que j'aurai toujours de vous servir.
Ce n'est pas que ma bonne volonté se soit le moins du monde refroidie; au contraire: mais comme j'ai toujours eu beaucoup de confiance dans votre sage discrétion, je me suis un peu tranquillisé l'esprit, en supposant que vous jugeriez bien qu'à mon arrivée ici on m'avoit préparé beaucoup de travaux : et de fait , bien que résolu d'employer tout le mois d'août passé à travailler pour vous , et particulièrement à votre Baptême du Christ dans le Jourdain , il ne m'a pas été possible d'y donner un coup de pinceau*
Je suis encore obligé, outre mes autres travaux ^ de terminer pour le mois de novembre prochain tm grand tableau de seize' pieds de haut, dont M. De Noyers fait présent au noviciat des Jésui*tes, ouvrage riche en figures plus grandes que nature. Il est vrai que, ceci terminé, je pouirai un p<gu respirer et prendre quelques moments pour vous servir. Les nuits vont devenir longues. J'espère alors faire au moins quelques dessins des
sujets que je peindrai et dont je vous ferai part; autrement je croirois n'avoir rien fait.
Je vous prie donc d'user à mon égard de votre indulgence ordinaire et de me rassurer Tesprit. Je vous assure que M. De Noyers vous estime et vous honore, infiniment. Ce que je vous (|'^9 j^ '^ saiis de bonne part* Je prie Dieu qu'il vous comble de bonheur, et qu'il me fasse la grâce de vous revoir chez vous.
MM. de Chantelou et de Chambray vous pfésentent leurs plus humbles salutations.
AU MÊME(i).
Paris y ao septembre 1641.
Je prie V. S. de croire que chaque fois que je mets la i(Dain à la plume pour vous éin*iré, je soupire en rougissant de Ine trouver iti sans pouvoir vous servir. A la vérité, le joug que je me suis imposé m'empêche de vous prouver mon affection comme je le devrois. Mais j'espère le secouer bientôt , pour être libre de me dévouer à votre service. Je travaille sans relâche tantôt à une chose et tantôt à une autre; Je supportérois volontiers ces fatigues , si ce n'est qu'il faiit que
d^s ouvrages, qui demanderoteut beaucoup de
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
temps, soient expédiés tout d'un trait. Je vous jure que si je demeurois long-temps dans ce pays, il faudroit que je devinssie un véritable Strapazzone , comme ceux qui' y sont. Les études et les bonnes observations sur l'antiquité et autres objets n'y sont connues d'aucune manière, et qui a de rinclinatioii à l'étude et à bien faire doit certainement s'en éloigner.
J'ai fait commencer d'après mes dessins les stucs et les peintures dé la grande galerie (du Louvre), mais avec peu de satisfaction (quoique cela
plaise à ces ), parce que je ne trouve
personne pour seconder un peu mes intentions, quoique je fasse les dessids et en grand et en petit. Un jour, si Dieu me prête vie, je vous enverrai l'ensemble de l'ouvrage, espérant le mettre au net dans les soirées d'hiver.
J'ai placé en son lieu le tableau de la Cène de J. C. , c'est-à-dire à la cliapelle de Saint-Germain (en Laye); il a très-bien réussi. Je travaille à Xîelui du Noviciat des Jésuites. C'est un grand ouvrage ! il contient quatorze figures plus grandes que nature; c'est celui qu'on veut que je finisse en deux moi$. Je suis donc forcé de remettre la besogne de votre Baptême à la première commodité que j'aurai. J'espère en votre complaisance et bonté pour moi, biefn sûr que vous m'excuserez. MM. de Chantelou et de Chambray vous saluent de tout leur coçur.
Nicolas POUSSIN.
DE poussin. 6&
A M. DE CHANTELOU
De Paris , le a5 septembre i64i<
Monsieur, j'ai reçu celle du ai septembre dont vous avez bien voulu œ*honorer; je n*y ai trouvé autre que de nouvelles gratifications dont je vous suis extrêmement obligé.^ J'ai pensé qu'il ne séroit point mal à propos de rertiercier Monseigneur de sa libéralité envers moi, par ce peu de lettre ci-inclus dans la vôtre ; mais s'il vous semble que oelà ait peu de grâce d'avoir tant attendu, je vous supplie de suppléer à ma faute et de faire mon excuse.
Je me suis, depuis deux ou trois jours, trouvé fort mal d'une cuisse; mais pour cela je ne laisse pas de travailler pour le Noviciat et pour la galerie ; le mal, grâce à Dieu, se commence à passer. Je vous remercie très - humblement des bonnes nouvelles que vous m'avez mandées ; j'en suis extrêmement réjoui, et prie Dieu que bien sou* vent nous en ayons de semblables , et qu'il vous donne , Monsieur , toute sorte de contentemeiits.
Vôtre très-humble serviteur,
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris, 4 octobre 164t.
J'ai reçu votre obligeante lettre du 3r août, en même temps que celle de M. votre frère. Je dois à l'un et à l'autre une infinité de remerciments pour les marques continuelles que je reçois de leur attachement. La reconnoissance que j'en ai est tôns bornes ^ et je m'étendrois plus longuement en remerciments , mais il m'arrive une lettre de la part de M. de Cbantelou, avec deux copies de Raphaël qu'il me charge de vous envoyer en hâte, le courrier étant prêt à partir.
On m'a apporté ce matin ces deux copies.
Tune de la belle Vierge de Raphaël qui est à Fontainebleau, l'autre de celle qui est dans le cabinet du Roi. Ces deux copies sont bonnes; mais une chose m'a fait beaucoup de peine : en les déroulant , j'ai trouvé que celle de Fontainebleau a été gâtée par la négligence de quelque ignorant. J'étais sur le point de ne pas vous l'euvoyer; mais j'ai vu que le mal pouvoit facilement se réparer. Je ne veux point le faire savoir à M. de Chantelou, cela lui feroit trop de peine.
(i) Otie lettre est tirée dn Recueil de Bottari, et traduite.
Que y. s. agrée donc ce présent comme il est, l'intention de celui qui l'ofire étant excellente. Je crois que cette fois il aura pris de meilleures mesures qu'il ne le fit pour les portraits du Roi et du Cardinal ;
Je me sens quitte d'un grand déplaisir en apprenant que vous voulez bien prendre patience et attendre , avec votre obligeance ordinaire « l'achèvement de votre Baptême.
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AU MÊME (1)
Paris , le SI novembre 1641.
Vos obligeantes lettres m'ont si bien informé des choses que j'ai à faire , que j'espère ne dire ni ne faire chose qui ne vous soit agréable, autant du moins que je le pourrai, laissant en arrière beaucoup d'autres choses. Je vous dirai seulement que j'ai joui jusqu'à présent d'une bonne santé, et que j'ai été très-bien traité, honoré et récompensé. Mes ouvrages ont été extrêmement accueillis. Le Roi et la Reine ont loué le tableau de la Cène^ que j'ai fait pour leur chapelle, jus-
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
qii% dire q|ie la vue leur en étoit aus^i agréable que celle de leurs enfants. Le Cardinal de Riche-^ Ueu a été satisfait des ouvrages que je lui ai faits; il m'en a fait des compliments, et m'a remercié en présence de Monseigneur Mazarin.
Je peins à présent un grand tableau pour . le maitre-autel du nqyiciat des Jésuites; mais je le fais trop à la bâte : sans cela sa composition pourroit le faire réussir. Il sera fini pour Noël. Nousi travaillons assez lentement à la grande galerie ^ jusqu'à ce que M. De Noyers ait pris la résolution de faire entreprendre le tout à la fois et de suite. J'enverrai à V. S. quelques dessins de toutes ces choses, comme je vous l'ai promis; je les ferai cet hiver, car pendant la belle saison cela ne m'auroit pas été possible. Mais actuellement le temps ne me permettant pas de faire autre chose que dessiner ou peindre en petit, ce me sera le moment favorable de travailler pour vous ; du moins , je l'espère ainsi. M. De Noyers me dit Tautre jour qu'il avoit écrit à Madame de Savoye pour en obtenir les originaux de Pirro Ligorio (i), et qu'il s'atleikloit à les recevoir au plus tôt. Il y en a, à ce qu'il dit, quinze volumes, avec un autre traité fort rare de V Origine des armes et du blason. Je vous fais part de ces détails afin que vous me donniez vos ordres , et que si j'y
(i) C'étaient de$ dessins et des descriptions d'antiqiiités.
trouve quelque chose qui soit de votre goût , je puisse, avec ragrément dé M. De Noyers, en tirer quelque copie pour vous.
Du resté, si dans ce pays je peux , en quoi que ce soit , vous être bon à quelque chose , je vous prie d'user librement de raoi, et de mettre à même de vous servir celui qui sera éternellement votre obligé.
AU MÊME (i).
Paris f 17 janTier 164a.
On m'a apporté, il y a quelcjues jours, une lettre de V. S. qui m'a été remise par un ami de M. Bovart, Secrétaire du Marquis de Fontaine- Mareil, ambassadeur à Rome , et le 6 janvier j'ai reçu , par un facteur de la poste de Lyon , un paquet, dans lequel étoient le frontispice et le titre du livre des Hesperides, du P. Ferrari, et quatre feuilles de miniature , représentant un citron coupé de différentes manières , avec l'explication de la formation de ce fruit.
Après avoir baisé la lettre 'de V. S. et l'avoir ouverte, je là lus avec Fattention qu'elle mérite,
tJkm^iy^
(i) Cette lettre est tirée du- recueil de Bettari, et traduites
et lorsque j'eus vu ce qu'elle coatenoit, je me regardai connue très-heureux de ce que vous vou^ liez bien me donner quelquefois 1 occasion, si* non de vous servir, du moins d'employer. pour vous mes foibles moyens.
Mais avant d'entrer plus avant dans l'affaire dont voua m'écrivez, je vous dirai que dernière* ment en faisant vos compliments à M. de Chan<» telou , je lui donnai votre lettre qu'il reçut avec beaucoup de plaisir; et l'occasion se présentant de parler de votre abbaye, il me dit qu'il étoit vrai que M. De Noyers avoit essayé de parler plusieurs fois au Cardinal de cette affaire , mais qu'il n'avait pu rien obtenir de décisif, à cause des lettres écrites d'ici par le Roi et par ledit Cardinal en faveur de Mondino, lesquelles ne permettoient pas qu'on révoquât la première demande ; qu'il n'y avoit pas d'autre moyen de faire obtenir à V. S. ce qu'elle désiroit, que de donner au dit Mondino le premier bénéfice vacant, et que celuici, en conséquence, vous cédât ses prétentions. Il ajouta que le Cardinal Barberino en avoit écrit au Cardinal Mazarin.
Ayant appris tout cela, je priai instamment M. de Chantelou de vous écrire. Il me promit de le faire , et je crois que sa lettre vous arrivera avant la mienne. Je reviens donc à dire qu'après avoir traité secrètement l'affaire du P. Ferrari avec le même M. de Chantelou , et lui avoir tout ex{^i^, je le priai d'aviser à quelque moyen
d'en&ire obUgeaitiment part à M. De Noyers^ sans que quelqu'autre le. sût. G^ eut lieu le I a de ce mois , et le 1 5 M. dç Chantelou me dit que les dispositions étoient favorables. Je lui remis donc tout, ce que vous m'aviez envoyé, excepté là lettre de Y. S. que j'ai fait (x>{Her sans signature, afin qu'où soit pleinement informé de tout. Sitôt que j'aurai quelque nouvelle de cette affaire, je ne manquerai pas de vous en écrire ; mais Dieu veuille que les grandes affaires qu'ils ont à présent ( car le Roi part le a5 de ce mois pour la Catalogne ) ne les empêchent ppint de jeter les yeux sur les choses même les plus curieuses. J'ai fait tout ce que j'ai pu, depuis je ne sais combien de mois , pour faire expédier le privilège du livre d^Angeloni ; mais tous mes soins ont été infructueux. Toutefois j.e crois pouvoir assurer que cela sera pour le premier courrier. Ce que je vous en dis est pour que vous sachiez combien^ il est difficile de faire expédier la moindre affaire. M. de Chantelou a mis dans l'a tête dé M. De Noyers de vous prier de permettre que vos sept sacrements soient copiés par un peintre que je dois, dit-il, désigner. Certainement ce n'est pas moi qui ai donné cette idée. Y. S. fera ce qui lut plaira; mais pour moi je sais bien que je ne sâurois avoir du plaisir à refaire ee que j'ai déjà fait une fois. Les travaux qu'on toe donne ne sont pas d'une telle importance ,' que je ne puisse les laisser pour me mettre à faire de nouveaux des-
siqs poiir des tapisseries , si toutefois on pouvoit s'élever à quelques nobles penséesl A dire vrai, il n'y a rien ici qui mérite qu'on y ait confiance. Je crains de vous ennuyer de mon bavardage.
Continuez-moi , je vous prie , vos bonnes grâces , et aboyez que tant que je vivrai mon plus grand bonheur sera de vous être agréable. Je vous baise les mains.
P. S. Je serois bien aise de connoître quelque moyen sûr de vous faire passer votre petit tableau, lorsqu'il sera fini, avec un petit nombre de dessins et la petite madone pour M. Roccatagliata. Je ne voudrois pas courir le risque de perdre ces objets. J'attends de V. S. quelque renseignement à cet égard.
AU MÊME (i).
Paris, a 4 janvier 164a.
Par Tordinaire dernier j'ai écrit à V. S. que j'avois traité secrètement de l'affaire du père Ferrari avec M. de Chantelou , qui me dit ^ quelques jours après, avoir trouvé M. De Noyers en
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
bonne disposition , mais qu il étoit nécessaire de faire voir à ce seigneur ce que vous en marquiez, afin qu'il fût informé de tout. Je remis donc entre les mains de M. de Chantelou le commencement dudit livre, son frontispice, et les quatre miniatures avec leurs explications^ Je le revis le ao de ce mois : Il me dit qu'on feroit ce que vous et le bon Père désiriez , et que M, De Noyers ordonneroit bientôt la remise de la somme. Il ajouta ^e le Roi avec le Cardinal et toute la cour partant le !i5 pour Lyon, il prendroit sur lui le soin total de cette affaire ; qu'il n'étoit pas besoin que je m'en mélasse davantage, excepté de vous faire savoir en quel état la chose se trouvoit , et de vous avertir que la dédicace de l'ouvrage devoit être faite au Roi. Voilà tout ce que je puis vous écrire pour le moment, bien que j'aie grand sujet de vous remercier des témoignages honorables de votre bienveillance , que je vous prie de continuer à celui qui vous baise respectueusement les mains.
AU MÊME (i).
Paris , 14 mars 164a*
Je ne saurois vous exprimer en aucune ma-
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
74 L£Ttfi£S
nière le plaisir que j'éprouve en recevant les lettres de V. S. Jugeai combien f en éprouve davantage de celles qui m'apprennent que vqus me continuez votre affection. Je les regarde comme une vraie faveur du ciel; car je reconnois trop bien que je n'ai aucun titre à être ainsi aimé de vous, et j'avoue que je ne mérite pas ce bonheur* J'aurois bien plus de contentement si du moins la bonne volonté dont je suis rempli ne se trouvoit pas empêchée par des événements imprévus. Ainsi votre petit tableau du Baptême n'a pu re« cevoir son dernier fini , ayant été arrêté au mo« ment où j'y tràvaillois avec le plus d'ardeur , par un froid subit et si vif, qu'on a de la peine à le supporter, quoique bien vêtu et à côté d'un bon feu. Telles sont les variations de ce climat* Il y a quinze jours la température étoit devenue extrêmement douce : les petits oiseaux commençoient à se réjouir dans leurs chants de l'appa^r rence du printemps; les arbrisseaux poussoient déjà leurs bourgeons; ^t la violette odorante avec la jeune herbe recouvroient la terre qu'un froid excessif avoit rendue , peu de temps auparavant , aride et pulvérulente. Voilà qu'en une nuit un vent de nord excité par l'influence de la lune rousse (ainsi qu'ils l'appellent dans ce pays), avec une grande quantité de neige, viennent repousser le beau temps, qui s'étoit trop bâté, et le chassent plus loin de nous certainement qu'il ne l'étoit eu janvier.
DE poussiir.' jb
Ne vous étonnez donc pas si j'ai abandonné le3 pinceaux ,> car je me sens glacé jusqu'au fond de Tame ; mais sitôt que le temps me le permettra , je me mettrai à terminer votre petit tableau. En attendant Y, S« me fera savoir par quelle voie sûre je le lui- ferai tenir. Honor^«-moi , je vous prie , toujours de vos bonnes grâces*
A M. DE CHANTELOU
De Paris , le ao mars z64a.
Monsieur, M. Salomon Girard, mon cher ami, partant d'ici pour aller en cour, s'est offert, de vous présenter mes très -humbles baise** mains, et, tout ensemble, la présente par laquelle je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire et de m'avoir fait part des belles choses que vous avez vues dans votre voyage. Je m'assure bien de la vérité de ce que vous dites, qu'à cette fois vous aurez cueilli avec plus de plaisir la fleur des beaux ouvrages, qu'autrefois vous n'aviez vus qu'en passant , sans les bien lire. Les choses ès-quelles^ if y a de la perfection , ne se doivent pas voir à la faite , mais avec temps , jugement et intelligence; il ùtni user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire.
Les belles filles que vous avez vues à Nîmes ne vous auront, je m'assure, pas moins délecté l'esprit par la vue que les belles colonnes de la Maison Carrée , vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là. C'est ce me semble im grand contentement, lorsque, parmi nos travaux, y a quelques intermèdes qui en adoucissent la peine : je ne me sens jamais tant excité à prendre de la peine et à travailler, comme quand j'ai vu quelque bel objet. Hélas, nous sommes ici trop loin du soleil pour y pouvoir rencontrer quelque chose de délectable ; mais quoiqu'il ne me tombe rien sous la vue que de hideux , le peu du reste des impressions que jadis j'ai reçues des belles choses, m'a fourni je ne sais quelle idée pour le frontispice de l'Horace, qui peut passer entre les autres petites choses que j'ai dessinées. Je l'ai constitué en main de M. de Chambray votre frère, afin que M. Meslon ne dise pas que je suis la cause du retard de l'accomplissement de vos livres. Quand M. Dufresne m'aura donné le sujet du frontispice du livre des Conciles, j'y travaillerai , ne désirant rien au monde de plus que de VQUS servir. J'aurois aussi écrit à Monseigneur, et l'aurois remercié de l'amitié qu'il ni'a faite de m'avoir écrit de La Charité , si ce n^étoit que je me trouve trop débile et de trop peu d'ornement de paroles pour un personnage si délicat;, je suis obligé de faire donc envers lui comme font les oisons qui partent des' Palus-Méotide pour pas-
DB PoiTssiir. 77
ser le mont Tâurus , craignant les aigles ^ui y habitent. Je vous supplie, Monsieur, 'de tn'en excuser euvers lui , et de l'assurer de ma révérence et de mon dévouement. Je vous envoie une lettre qui vient de Rome , et demeure à jamais votre très- obligé et très-dévoué serviteur.
P. S. Mon frère vous baise humblement les mains , comme font tous ceux de notre brigade.
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris, ^7 mars 164a.
J'apprends par votre réponse que vous devez chercher un moyen sûr de vous faire parvenir votre tableau. Dès que j aurai reçu l'ordre de vous l'envoyer, et que je saurai à qui le remettre , je n'aurai autre chose à faire , après qu'il sera terminé et bien séché , que de prendre les soins que vous m'iudiquez. En attendant, je m'attacherai à ïe conduire à sa perfection le plus qu'il me sera possible. L'inconvénient de la saison et du temps qu'il a fait , comme je vous l'ai écrit, a été cause que je n'ai pu jusqu'à présent l'achever entièrement. Il n'y a plus à finir que
(i) Cetje lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
78 liSTTRES
le Christ et les deux petits Anges , ce qui , j'es* père , aura lieu la semaine prochaine. T^ tableau de M. Roccatagliata sera terminé , j^ l'espère , pour Pâques.
' Je ne puis donner à Y. S. aucune nouvelle de l'affaire du P. Ferrari, parce que je n'ai point eu de lettre de M. de Chantelou depuis son départ de Paris pour Narbonne, quoique, avant son départ, je lui eusse recommandé cet objet avec chaleur. Il me dit qu'il s'y intéressoit tellement , qu'il n'étoit plus nécessaire de lui en' parler. Néanmoins j'en écrirai , et je tâcherai d'apprendre quelle est la résolution de M. De Noyers.
J'ai profité de l'occasion pour dire à M. de Chantelou la difficulté qu'éprouveroient les co^ pies des sept Sacrements comme il l'entend, et je lui ai fait part de l'ofïre que vous avez l'honnêteté de lui faire des dessins coloriés. Je crois qu'il goûtera les raisons que vous donnez. Il se peut, au reste, que cette fantaisie lui soit passée avant que votre réponse lui parvienne. Je ne veux pas vous ennuyer davantage, et je termine celle-ci en vous priant de conserver vos bonnes grâces à votre très-humble , etc.
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AU MÊME (i).
« Paris, le 4 avril 1649.
La dernière lettre dont V. S. m'a honoré me fait très-bien entendre par quelle voie je dois vous adresser le plus sûrement votre tableau. Mais entre tous ces moyens , il me semble que le plus expéditif , et peut-être le plus sûr , seroit de traiter avec quelque courrier de Lyon, en l'engageant à porter le tableau dans sa valise , car je crois que la caisse qui le renfermeroit y pourroit facilement entrer. Vous pourrez en prendre facilement la mesure (puisqu'il est de la* même grandeur que les autres), et vous en entendre avec le courrier. Il faudra prendre cette mesure sur le côté de la toile le plus étroit. Quant à moi, je me fais fort de l'envoyer à Lyon avec toute sûreté, et de l'adresser à un très-galant homme, M.. Yanscore , qui le remettra entre les mains du courrier avec lequel Vous aurez traité. Par cette voie les choses iront un peu lentement, m^iis cela me semble le meilleur parti. Les courriers vont sans empêchement. La voie de la mer, quelquefois fort lente, est sujette à beaucoup de hasards et de périls de la part des corsaires;
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
8o LETTRES
de tels objçls sont souvent guettés par eux. S'il s'offre donc quelque bonne occasion , je ne la manquerai point. Je vous ai écrit où en étoit le susdit petit tableau, et je puis vous assurer que demain je le finis de tout point. Je ne laisserai pourtant pas de le visiter quelquefois , pour voir si j'aurois encore quelque arnélioration à y faire.
J'aurois grand plaisir à m'occuper du sujet des Noces de Thétis et Pelée que V. S. me propose. On ne sauroit en trouver un qui donne matière { à invention plus ingénieuse. Mais la facilité que ces Messieurs ont trouvée en moi est cause que je ne puis me réserver aucun moment, ni pour moi , ni pour servir qui que ce soit , étant employé .continuellement à des bagatelles, comme dessins de frontispices de livres, ou projets d'ornemeiits pour des cabinets, des cheminées, des couvertures de livres et autres niaiseries. Quelquefois ils me proposent de grandes choses; mais à belles paroles et mauvaises actions se laissent prendre les sages et les fous. Ils me disent que ces petits travaux me servept de récréation, afin de me payer en paroles , car on ne me tient nul compte de tous ces emplois de mon tejnps , aussi fatigants que futiles.
A son départ, M. De Noyers me commanda l'exécution d'une Madone à mon goût, afin , ajouta -t -il, qu'on pût dire la Vierge du Poussin, comme on dit la Vierge de Raphaël. Il vouloit que je fisse un tableau pour la chapelle de la
D£ POUSSIIC. 8f
Congrégation des Pères Jésuites; mais vu remplacement étroit et le manque de lumière , on n'y peut rien faire de bon: de manière qu'il parok qu'oa ne sait à quoi m'employer, et qu'on m'a fait venir sans projet arrêté. Je me doute que voyant que je nç fais point venir ma femme , ifs imaginent qu'en me donnant l'occasion de gagner davantage , ils feroient naître en moi le désir de m'en retourner plus tôt. Qu'il en soit ce qu'il voudra, si le but que Je me proposois en venant ici n*est pas complètement rempli, il le sera du moins en partie, et le voyage m'aura été bien payé.
Je reçus Tautre jour une lettre de M. De Noyers^ qui me marque que le Roi consentoit ( car avant le départ je m'étois plaint de toutes les corvées qui me faisoient perdre mon temps), qu'après avoir mis en ordre tout ce qui t^garde la grande Galerie, je prisse pour second M. Lemaire, mon ami, dont Y. S. a deux petits tableaux de ruines, afin que je pusse vaquer librement à l'exécution des dessins et des peintures des sept Sacrements, pour en faire les tapisseries : je ne sais si cela aura son effet. On voit bien en cela qu'ils sont comme ces animaux qui veulent passer tous par où un a passé.
Je suis enchanté de la réponse que vous avez faite à M. de Chantelou, touchant les copies dé vos tableaux ( des sept Sacrements ). Je suis bon à faire du nouveau , et noii à répéter les choses que j'ai déjà faites. On peut juger par là de leur
/'aria en toutes choses : c'est qu'ils s^imaginent par ce moyen gagner beaucoup^ de temps. En définitive^ il est boa que vous possédiez seul ces ouvrages.
A ia première occasion j'écrirai à M. de Chantelou, pour qu'il fasse ressouvenir M. De Noyers de l*affaire du P. Ferrari. Je prie V* $. de m'excuser de mon importunité et de la liberté que je prends de lui écrire avec cette Ëimiliarité. Je sais tout le respect que je lui dois , mais n'ayant nui autre à qui m'ouvrir librement^ je me laisse aller. Je prie le ciel de vous accorder raccom*^ plissement de tous vos désirs , et je vous baise très^espectueusement les mains.
A M. DE CHANTELOU-
. . pe Paris ^ le 7 avril 1643.
Moi^ieur, j'eus dernièrement l'honneur de recevoir une lettre de Monseigneur, datée du a 3 inar$, laquelle, au commencement, contient ces mots exprès : « le génie du Poussin veut agir si Ubrernent que je ne veux pas seulement lui indiquer ce que celui du Roi délire du sien. » Mai^ Monsieur, je n'ai jarnais su ce que Je Roi désiroit
de moi, qui suis son très-hamUe serviteur, et je ne crois pas qti*on lui ait jamais dit à quo^ je suis bon. De plus. Monseigneur me dit que S. M^ sera fort aise que je donne les ordres généraui^ à M. Lemaire, pour (XMiduire sous moi les ou* ▼rages de la grande galerie. Je le ferai volontiers, comme désirant son bien; car s'il peut en ce travail s'amaigrir; du moins il en aura le gain. Mais néanmoins je ne saurois bien> «itendro ce que Monseigneur désire de moi sans grande con<fusion, d'autant qu'il m'est impossible de trar vailler en même temps à des frontispices de livres^ à une Vierge , au tableau de la Congrégation de Saint«Louis, à tous les dessins de la galerie, enfin k des tableatix pour les tapisseries royales. Je n'ai qu'une main> et une débile tête , et ne peux être secondé de personne ni soulagé. Il dit que je pourrai divertir mes belles idées à faire la susdite Vierge et la Purification de Notre-Dame ; c'est la même chose comme quand on me dit: vous finirez un tel dessin k vos heures perdues. Mais revenons à M. Lemaire: s'il est bastanC pour faire ce que je lui dirai, dès aussitôt qu'il le voudra entreprendre , je l'informerai de tout ce qu'il aura à faire; mais je ne veux plus après y mettre la main. Mais s'il faut attendre que j'aie établi un ordre général, ainsi que <iit Monseigneur, il ne me faut donc point parier d'autres emplois; â*iui^ tant, comme j'ai dit plusieurs fois, que c'est tout ce que je peux faire: et quand je serois tota-
lemerit déchargé de cette « besogne , les dessias des tapisseries sont bien* suffisants pour me donner à penser, sans que j'aie besoin d'y entremêler d'autres occupations. Vous m'excuserez , Monsieur, ^i je parle si librement; mon naturel' me contraint de chercher et aimer les choses bien ordonnées , fuyant la confusion , qui m'est aussi contraire et ennemie, comme est la. lumière des obscures ténèbres. Je vous dis ceci confidemmenl, m'assmrant sur la bonté d« votre nature), et parce que vous entraîhei Tesprit de Monseigneur, particulièrement en ces choses- ci. Le sieur Vincent Manciollam'a prié de vous demander s'il devoit venir, comme il lui fut proposé dès f'année passée, pour peindre les tableaux du lambris de la galerie du Louvre; il attend une réponse et l'argent pour son voyage.
Le sieur Angeloni vous supplie très -humblement de lui faire cette faveur, qu'il puisse recevoir quelque lettre touchant l'agrément de sou livre, •afin qu'étant honoré d'icelles, il fasse taire ceux dont k langue téméraire insulteroit jusqu'au ciel même, et qu'il puisse laisser à sa postérité une [weuve éclatante de l'estime qu'il a méritées c'est une grâce que vous lui pouvez faire.
Le bon Ferrari est attendant le commandement; de Monseigneur touchant la dédicace au Roi de son livre des Hespérides; vous en avez donné des espérances assez grandes pour qu'on vous en fasse souvenir. S'il vous plaît, monsieur, me don-
DE POUSSIIf. 3^
ner 4in mot de réponse , v4i^ soulagerez extrême-. TiK^t vôtre serviteur pour vous servir à jamais.
' p. 5.* J'ai entendu dire -quil y d, à N^rbonne, en quelque lieu de ses murailles /un bas-i;el^^f d'excdleate manière; vous vous f^u poiir^et.:i»t former. *
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (r),
ParU, 1$ «triliSia.
Monsieur, dès que votre lettre du i5 mars me fut parvenue , je sus à quoi m'en tenir sur l'envoi des deux petits tableaux , et je m'empressai d^aller voir M. Charles; Intendant du Cardinal Mazaria. Il ne demeuroit plus dans la même maison; mais on m'indiqua son nouveau logement, où Ton me dit qu^il avoit commencé de faire porter quelques meubles, quoiqu'il n^ fut pas encore établi et qu*6n le crût hors de Paris. Lorsqu'il sera de retour, je verrai s'il peut faire ce qu'on diemande. £n attendant. Monsieur, vous aurez reçu la lettre dans laquelle je vous propose un moyen plus sûr et que je ne crois pas éloigné de vos intentions. Néanmoins, si M. Charles me
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, ^et traduite.
86 LETTAËS
donne^la facifilè de iaire pwvsenir ce» lableatuc i je vous ^1 iastarumû) et si roccasion n'i^t pas prompte , peut-ébre autai-je le temps de recevoir votre réponse sur la proposition que je vous ai faite. Outre cela; H. Stella, peintire et mon ami, partit avant4iier pour Lyon , sa patrie, où il doîl résider tout Tété. It m'a promis, aeloa Tooeur^ rence, de traiter avec quelques courriers, car il les connoît tous , et il expédiera par ce tnoyen et en toute sûreté, pour Rome, ce dont je le chargeiTs^i % y i^jïettaat autant de S€Hn que si cela lui appartenoit. Indiquez-moi, Monsieur, ce que vous pensez être lé mieux. Quoi qu'il en soit y je ferai toute diligence pour conduire à fin cette affaire , et vous envoyer le tout à Rome franc de port. J'ai écrit à M. de Cbantelou snir raffaire du Père Ferrari, sur les livres de Lîgorîo, et sur plusieurs autres objets dopt il m'a promis de s'occuper. De mon côté , je né manquerai jamais de tenir mes engagements, autant toutefois » que mes forces pourront lé permettre, etc.
A M. DE CHANTELOU
Oe^acl», le s4 arril 1643.
Monsieur, les lettres de Monseigneur et celles' dont il vou^ a plu de m'honorer, celtes même que
MoQseigneor a écrites à M. de Chambray , vôtre frère , m ont obligé à adresser tellement quelle^ ment une lettre à Moaseigneur, peu artificteuse véritablement, mais pleine de franchise et de vérités. Je vous supplie , comme mou bon protec-^ teur, si par aventure Monseigneur là trouvoit mal assaisonnée , de l'adoucif un peu de ce miel de persuasion ^ue vous savez si bien 'employer. Yous verres coiauiie je crois ce qu'elle contient, et me ferez la grâce de m en faire donner un mot de réponse, si vous pensez qu'elle le mérite. J'ai parlé à M. Lemaire, mon bon ami, qui est disposé à exécuter les ordres du Roi et de Monseigneur pour ce qu'il sera nécessaire de faire dorénavant à la galerie. Pendant * qu'il donnera ses soins à certaines siennes affaires particulières ^ je continuerai ledit ouvrage jusqiles à temps qu'il soit au point où l'on n'aura plits qu'à en répéta Tordonnance et les détails. Je vous baise trè»* affectueusement les mains et je demeurerai éternellement votre très*obéissaiit serviteur.
Ï^OUSSIN.
Félibien , dans ses EnUeUens sur les vies et les aui^rages des peintres^ après avoir raconté les désagréments que Poussin eut à essuyer <le la part des censeurs ignorants , et les c^goâts qu'ik lui occasionnèrent, rapporte textuellement une grande partie de la lettre à M. De Noyers dont il
88 LKTTKKS
vient d'être question dans celte qui précède. On a cru devoir reproduire ici ces fragments> aussi précieux qu'authentiques , et on les présente dans la forme sous laquelle Félibien nous les a con<^ serves. * «
Cela ( dit Félibien ) donna occasion au Poussin de lui écrire (à M. De Noyers) une grande lettre i où il commença par lui dire «qu'il àuroit sou* «haité, de tnéme que Ëiisoit autrefois un " philoce sophe, qu'on put voir ce qui se pense dans «l'homme, parce que non -seulement on y dé«if couvriroit le vice et la vertu , mais aussi les N sciences et les bonnes disciplines, ce qui seroit « d'un grand avantage pour les personnes sayan- « tes ^ desquelles on pourroit mieux connoitre le ce mérite. Mais comme la nature en a usé d'une «autre sorte, il est aussi . difficile de bien juger «de la capacité des personnes dans les sciences « et dans les arts , que de leurs bonnes ou de (( leurs mauvaises inclinations dans les mœurs.
« Que toute l'étude et l'industrie des gens « savants ne peut obliger le reste des hommes « à avoir une croyance entière eii ce qu'ils di- V sent. Ce qui de tout temps a é^é assez connu « à l'égard des peintres, non- seulement les plus « anciens, mais encore les modernes, coQime d'un «Ânnibal Carrache et d*un Dominiquin, qui ne « manquèrent ni d'art ni de science pour faire ju- « ger de leur mérite, lequel pourtant ne fut. point « connu, tant par un effet de leur mauvaise fortune
DE POUS^IIV. 89
ce que par les brigues de leurs envieux, qui joui- « cent pendant leur vie d'une réputation et d'un «honneur qu'ils ne méritoient point. >Qu il se « peut mettre au rang des Carràche et des Domia niquin dans leur malheur. »
S'adressant k M- De Noyers , il se plaint de ce qu'il prête l'oreille aux médisances de ses enne* mis , « lui qui devroit être son proteetem* , puisa que c^est lui qui leur donne occasion de le ca- « lomnier , en faisant oter leurs tableaux des lieux c où ils étoient , pour y placer les siens.
ce Que ceux qui avoient mis k main à ce qui « avoit été commencé dans la grande galerie , et « qui prétendoient y faire quelque gain y ceux en* « core qui espéroient avoir quelques tableaux de «sa main, etiqui s'en voy oient privés, par la « défense qu'il lui a faite de ne point travailler «c pour les particuliers , sont autant d'ennemis qui cr crient sans cesse contre lui. Qu'encore qu'il «n'ait rien à craindre d'eux, puisque, par la « grâce de Dieu , il s'est acquis des biens qui ne « sont point des biens de fortune qu'on lui puisse « 6ter , mais avec* lesquels il peut aller partout ; tf la douleur néanmoins de se. sentir si maltraité «c lui foumiroît assez^ de matière pour faire voir « les raisons qu'il a de soutenir ses opinions plus « solides que celles des autres, et lui faire con- « noître l'impertinence de ses calomniateurs. Mais or que la crainte de lui être ennuyeux le réduit à « lui dire, en peu de mots^ que cenx qui le dé-
90 LETTUÏS
« goûtent, des ouyrages qu'il a commencés dans 9 la grande galerie ^ sont des ignorants ou des «malicieux; que tout le monde en peut juger de «c la sorte y et que lui-même devroit bien s'aperce- « voir que ce n'a point été par hasard , mais avec « raison , qu'il a évité les défauts et les choses « monstrueuses que Le Mercier avoit commence cées, telles que sont : la lourde et désagréable «( pesanteur de l'ouvrage ; l'abaissement de la «voûte, qui sembloit tomber en bas; l'extrême tf froideur de la composition } l'aspect mélancolie «que, pauvre et sec de toutes les parties; et «certaines choses contraires et ppposées mises « ensemble , que les sensr et la raison ne peuvent « souffrir, comme ce (pii est trop gros et ce qui « est trop délié , les parties trop grandes et celles « qui sont trop petites , le trop fort et le trop « foible, avec un accompagnement entier d'autres « choses désagréables.
/ « Il n'y aToit , continue-t-il dans sa lettre, aucune « variété ; rien ne se pouvoit soutenir ; Ton n'y « trouvott ni liaison ni suite. Lès grandeurs des « cadres n'avoient aucune proportion ai^ec leurs «distances, et ne se pouvoient voir commode- «ment, parce que ees cadres étoient placés au «milieu de la voûte, et justement sur la tête des <c regardants, qui se seroient, s'il faut ainsi dire, «aveuglés en pensant les considérer. Tout le « compartiment étoit défectueux , l'architecte s'é- M tant assujetti à certaines consoles qui régnent
DE Fou^sin. 91
die long de la pprniche, lesquelles ne sont pas a en pareil* nombrje des deux côtés > puisqu'il s'en «trouve (|uatre d'un côté. et cinq à lopposite^ « ce qui auroît obligé à dé£aiire tout l'ouvrage , « ou bie» à y laisser des défauts ipsupportables.
«Il faut savoir (dk-il) qu'il y a denx manières c de voir les objets , l'une eii les voyant simple-* «ment, et l'autre en les coiisidéraiit arec atten^ «tion. Voir simplement, li'est autre chose que « recevoir naturellement dans l'œil la forme et la « ressemblance de la c^se V9ie« Mais voir un objet «cen le considérant ^ c'est qu'outre la simple et a naturelle réception de la forme dans l'œil , l'on « cherche , avec une appKcation particulière , les « moyens de (^ ien cohn<rftre ce même objet. Ainsi n on peut dire que 10^ simple aspect est une opé«» « ration naturelle, et que ce que je nomme prùs- ^pect est un office de raison qui dépend de^ trois « choses, savoir : de l'œil, dû rayon visuel, et de «la distance de l'osjil è Tobjet; et ç'eal de.tette « connoissance quHl serpit à souhaiter que ceux « qui se m^nt de donticor lepr jugement brn^ « sent bien instroitSw
« It faut observer ( continue Le Poussin ) que « le lambns de la, galerie a vingt^un pieds de «c haut , et vtegt-qtiàtre pied$ de long d'une fenêtre K à l'autre. La largeur de la gallerie qui sert de «c distance .pour* eonsîd^er l'étendue du lambris , «c a aussi vingt ^ quatre pieds. Le tableau du « milieu du lambris a douze pieds de long sur
«( neuf pieds de haut , y coinfuis la bordure : «de çorte que la largeur de la gùlerjé est d'une « distance proportionnée pour voir d'un <coup a d'œil le tableau qui doit être dan;» le lambris. « Pourquoi donc dit - on que les tabUaux des « lambris sont trop petits , puisque toute la gaa lerie se doit considérer par parties et par cha- <c que: trumeau en particulier? Du même endroit « et^de la même . distance , on doit regarder d'uu «cs^ul coup d'oeil la moitié du cintre de la voûte a au-dessus du lambris, et Toq doit connoitre « que tout xe que j'ai dit posé dans cette voûte «r doit être considéré comme, y étant attaché et « eu plaque , sans prétendre qu'il y ait aucun «corps qui rompe. ou qui soit ai^-delà et plus « enfoncé que la superficie 4fi la voûte^ mais que « le tout fait également son cintre et sa figure.
« Que si j'eusse fait ce& parties, qui «ont atta^ « chéqs où feintes d'être attachées à la voûte, et les « autres que l'on dit être trop petites, plus.gran-* «des qu'elles ne sont, je sefois tombé daps Ijes «mêmes défauts.que meâpff*édécesseurs , et j^'aurois « paru aussi ignorant que ceux qui ont trayailié et «qui travaillent encore ^aujourd'hui, à plusieurs «ouvrages. considérables; lesquels font bi^p voij; « qu'ils ne savent pas qu'il est,QpPU*^ri^À jprdre et « aux exemples que 1^ nature inéme. nou^ foip*nit, « de poser les choses plus grandes et plus massives «aux endroits, les. plus élevés., et défaire porter « apx corps les plus délicats et les plus foibles
DE POUSSlIf. 93
ffce qui est le plus pesant et le plus fort. C'est « cette ignorance grossière qui fait que tous lés « édifices •conduits avec si peu de science et de «jugement semblent pâtir, s'abaisser et tomber «sous le faix, au lieu d'être égsiyés ^si^eltes et « légers , et de paroitre se porter facilement , « conmie la nature et la raison enseignent à lés « faire.
« Qui est celui qui ne comprendra pas quelle «confusion auroit paru, si j'avois mis des orne- « ments dans tous les endroits ou les critiques en «demandent; et que, si ceux que j'ai placés « avoient été plus grands qu'ils ne sont, ils se « feroient voir sous un plus grand angle et avec «trop de force, et ainsi viendroient à pffenser « Tœil, à cause principalement que la voûte reçoit « une lumière égale et .uniforme en toutes ses « parties? N'auroit-il pas semblé que cette partie &de la voûte auroit tiré en bas, et se seroit dér «tachée du reste de la galerie , rompant la douce « suite des autres orneitoents ? Si c'étoit des choses « réelles, comme je prétends qu'ellesne font que tele paroître, qui seroit si malavisé de placer les « plus grandes et les plus pesantes dans un lieu « où elles ne pourroient se maintejnr? Mais tous « ceux qui se mêlent d'entreprendre de grands «ouvrages, ne savent pas que les diminutions à tt l'œil Bè font d'une autre manière, et se con- « duisent par des raisons particulières ^ élevées « perpendiculairement en hauteur ; et dont les
94 LETTEES^
« parallèles ont leur point de concoors au ceatre «-de la terre, »
Pour répondre à ceux qui ne trouvoient pas la voûte de la galerie assez riche y Poussin ajoute : « Qu on ne lut a jamais proposé de faire le plus « superbe ouvrage qu'il pût imaginer , et que si « on eût voulu Vy engager ^ il auroit librement «dit son avis y et n^auroit pas conseillé de faire aune entreprise si grande et si difiBcîle à bien « exécuter : premièrement , à cause du peu d'ou- « vriers qui se trouvent à Paris capaUes d'y tra«» . <K vailler ; secondement 4 à cause du long temps a qu'il eût fallu y employer j et en troisième lieu, « à cause de l'excessive dépense qui ne lui semble ce pas bien employée dans une galerie d'une si « grande étendue, qui ne peut servir que d'un pasce sage, et qui pourroit un jour tomber dans un « aussi mauvais état qu'il l'avoit trouvée; la négli* ti gence et le trop peu d'amour que ceux de notre « nation ont pour les belles choses étant tels ^ qu'à peine celles-ci* sont-belles faites, qu'on n'en « tient plus compte, et qu'au contraire on prend « souvent plaisir à les détruire. Qu'ainsi il croyoit «avoir très-bien servi le Roi en faisant un once vrage plus recherché, plus agréable, plus varié, « en moins de temps et avec beaucoup moins de <c dépense que celui qui avoit été commencé. Mais « que si l'on vouloit écouter les différents avis a et les nouvelles propositions que ses ennemis « pourvoient faire tous les jours, et qu'elles agréas-
DE POU8SI». q5
«sent davanlage qiie ce quil tâchoit de faire, « nonobstant les bonnes raisons qu'il en rendoit , «il ne pouvoit s'y opposer; au contraire, qu'il « céderoit volontiers sa place à d'autres qu'on ttjugeroit plus capables. Qu'au moins il auroit « cette joie d'avoir été cause qu'on auroit découcc vert en France des gens habiles que l'on n'y a connoissoit pas , lesquels pourroient embellir « Paris d'excellents ouvrages qui feroient honneur « à la nation^ »
Il parle ensuite de son tableau du Noviciat des Jésuites, et dit: « que ceux qui prétendent que le a Christ ressemble plutôt à un Jupiter tonnant a qu'à un Dieu de miséricorde , doivent être perce suadés qu'il ne lui manquera jamais d'industrie «pour donner à ses figures des expressions con- « formes à ce qu'elles doivent représenter; mais « qu'il ne peut ( ce sont ses propres termes ) et a ne doit jamais s'imaginer un Christ, en quelque a action que ce soit , avec un visage de torticolis « ou de père Douillet, vu qu'étant sur la terre « parmi les hommes, il étoit même difficile de le « considérer en face. »
Il s'excuse sur sa manière de s'énoncer, et dit « qu'on doit lui pardonner, parce qu'il a vécu a avec des personnes qui' l'ont su entendre par a ses ouvrages , n'étant pas son métier de savoir ff bien écrire. »
Enfin il finit sa lettre en faisant voir « qu'il '< seniQit bien ce quil étoit capable de faire, sans
96 XfiîTaES
t< s'en prévaloir ni rechercher la faveur^ mais pour « rendre toujours témoignage à la vérité , et ne ^ tomber jamais dans la flatterie , lesquelles sont « trop opposées pour se rencontrer ensemble. » -
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris, 9 mai 1642.
Il n'est certainement pas nécessaire, comme vous me le dites, Monsieur, dans votre lettre du 1 2' avril, que vous vous donniez la peine de me solliciter, pour que je finisse le petit ouvrage en question , quoique je puisse vous certifier que je n'ai de ma vie eu à faire chose qui m'ait donné plus d'inquiétudes; en effet, je suis entravé, tantôt par l'importunité ou l'impatience de ces Messieurs, tantôt par les empêchements de la saison, qui font durer des travaux commencés, et dont on attend la fin depuis si long -temps. Néanmoins, grâces à Dieu, j'ai achevé votre tableau , et si ce n'étoit la difficulté de l'envoi qui me donne encore de l'ennui, je ne m'embarrasserois pas du reste, sachant bien que vous ne doutez pas du zèle ardent que je mets à ce qui peut vous être agréable. J'ai été plusieurs fois
(1) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
chez M. Charles, et Fayant enfin trouvé, je lui dis que vous Vous étiez entendu avec le Père Mazzarini, qui vous avoit assuré qu'il suffîsoit de s'adresser de votre part au dit Charles pour le trouver disposé à vous servir. Sur cela il m'a répondu avec un certain air de dissimulation :
«Quoique je n*aie pas l'honneur de connoitre particulièrement M. le Chevalier del Pozzo, sur * sa réputation, je lui rendrois volontiers ce service; mais le Cardinal n'étant pas à Rome, je n'ai pour le présent aucune occasion de rien envoyer: venez me revoir.» Telle est la réponse que j'en ai eue. Je ne laisserai pas néanmoins de m'informer s'il dirige quelque chose de ce côté ; et si cela arrive, je ferai les diligences nécessaires pour lui confier lesdits tableaux , encaissés de la manière que vous m'avez indiquée. Cependant s'il se présentoit quelque autre bonne occasion , je m'en servirois ; et soyez certain que je ferai tout ce que je pourrai pour que cela parvienne promptement et sûrement. Je ne pourrois que vous répéter, Monsieur, ce que je vous ai marqué dans ma dernière relativement au Père Ferrari , M. de Chantelou m'ayant répondu à cette occasion en ces termes: « Il faut remettre l'affaire de ces Messieurs, c'est-à-dire du Père Ferrari et d'Angeloni, à l'époque de mon départ pour Rome, qui sera vers la fin de mai». Je ne sais s'il dit vrai, ne pouvant conjecturer ce que l'on peut en attendre , vu la quantité de choses qu'il a promises
jusqu'à présent et qu'il n'a pas faites. Quant aux Madones, aux livres de Pirro Ligorio, et aux autres choses qui m'importent également, je n'en peux rien tirer; car rien ne tourmente autant ces gens-ci que d'être obligés de penser plus d'une fois à la même affaire. Pour une chose que je dis, j'en tais beaucoup ^ue je ne peux confier au papier.
Je vous supplie, M. le Commandeur, d'accorder votre protection auprès de Son Éminence le Cardinal Barberini, à M. François Bonnomes de Nantes, Sôusr Diacre, et l'un de mes amis les plus chers; il sollicite un Canonicat dans la 6athédrale de Rennes, sur lequel il y a contestation. J'ajouterai cette faveur au grand nombre d'autres que j'ai reçues et que je reçois journellement de votre bonté, etc.
AU MEME (1)
Paris, 22 mai 1642.
Monsieur ,
Je prends la plume pour vous faire savoir qu'en conséquence de vos deux lettres, du i4 mars et
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
DE POIISSIIV. 99
du 12 avril 9 j'ai consigné en main propre à M. Charles, Intendant de Son Éminence le Cardinal Mazarin^ les deux tableaux en question. Celui qui est pour vous, Monsieur, représente le Baptême du Christ, et est composé de treize figures principales; Tautre ne comprend que trois figures , celle de la Madone , tenant dans ses bras son enfant nu^ et celle de saint Joseph contre Fappui d'une fenêtre. Ces deux tableaux sont marqués de mon sceau sur le revers de la toile ^ et encaissés avec soin dans une boite recouverte d'une toile cirée et ficelée; l'adresse est écrite sur une carte clouée sur le couvercle , les clous recouverts de cire d'Espagne; de plus, j'ai apposé mon cachet aux deux extrémités de la caisse, et sur la toile cirée j'ai mis la même adresse, qui porte seulement : A M. le Commandeur del Pozzo, à Rome. Tels sont les signes auxquels vjous reconnoîtrez le tout. '
M. Charles n'a rien voulu pour le port, m'ayant promis d'envoyer cela gratis et avec sûreté, en profitant de l'occasion d'un poitrait et de certains jets de l'Inde que M. Gabriel Naudé envoie à Son Ëminence le Cardinal Antonio Barberini.
Le tout est dirigé sur Arles, et sera réuni aux effets du Cardinal Mazarin, quand il passera en Italie; Dieu veuille que ce soit bientôt, et que cela arrivfs à bon port.
, J'ai pris le parti de ne vous pas envoyer , par la même occasion, les dessins qui se trouvent faits ,
lOO LETTRES
tant parce que je n'ai pu encore tirer les deux principaux des mains de M. Mellan, qui les grave, que pour ne pas risquer le tout dans un éeul envoi. 3 e pençe bien ne pas tarder à vous les adresser; cependant, plus j'attendrai, et plus ils seront nombreux. Mon ami M. Stella, qui est à cette heure à Lyon, me rendra facilement le service de vous les faire parvenir par la voie de quelque courrier, ces^ objets étant faciles à transporter. Je vous en écrirai plus amplement lors de l'envoi, et vous ferai coniioître avec détail tout ce qu'il contiendra. Si le bonheur veut que mgn petit tableau parvienne à sa destination, je vous prie, Monsieur , de me faire la graçe de l'accepter avec le même sentiment qui me porte à vous l'offrir, et de n'y attacher d'autre importance que celle de la bonne volonté; car je n'estime pas que ce soit, ainsi que mes aiitres ouvrages , chose digne d'être offerte à une personne de votre mérite, et qui, s'y connoît si bien. En attendant, j'ai l'honneur de vous saluer de tout mon cœur.
Je crains que les intrigues qui ont eu lieu depuis quelque temps dans cette cour n'aient relardé l'effet des promesses faites au Père Ferrari .
DE POUSSIN. lOI
A M DE CHANTELOU
De Paritt, le a6 mai i64!k,
Monsieur, je n'ai osé jusqu'à présent vous importuner de mes lettres, sachant la grandissime affaire que la maladie de Son Eminence vous a suscitée. Mais maintenant que nous avons bonne nouvelle de sa santé, j'ai cru que vous auriez d'aventure le loisir de recevoir et de lite ce mot ,. qui a pour objet principal un million de remercîments que je fais à Monseigneur De Noyers touchant sa lettre du i8 avril, de Narbonne, par laquelle il me décharge de ce qui à la vérité m'eût beaucoup embarrassé. J'ai reçu, avec la susdite lettre, un billet pour donner à M. de Mauroy, en vertu duquel je dois recevoir cinq cents écus pour ce que j'ai fait cette année à la galerie. Je les avois déjà reçus, et le billet ne m'a été d'aucun usage* Je continue toujours, comme de coutume, les dessins et cartons de la galerie, sans m'occuper à autre chose. J'espère qu'à la fin du mois prochain j'aiirai mis à bon terme les susdits dessins, de sorte qu'il restera seulement à continuer les Fables d'Hercule; et lors le tout se pourra commettre à M. Lemaire , s'il veut en prendre la peine, et s'il plaît à Monseigneur de me doimer occasion de laisser quelque chose en
I02 L£TTlt£S
France de moi, avant que je meure, digne (\\x peu de nom que j'ai acquis auprès des connoisseurs. , J'ai écrit, il y a quelque temps, une longue lettre à Monseigneur, où je crains d'avoir trop parié à la bonne; toutefois j'espère qu'il m'excusera, s*il il y avoit quelque chose de mal digéré , d'autant qu'il sait bien combien il est insupportable d'endurer les sottes répréhensibns des ignorants. Je m'assure que de votre côté vous n'avez pas manqué de me favoriser, en adoucissant ce qui existoit de trop rude. Je vous supplie de me tenir toujours en votre protection , et d'être persuadé que je ne désire au monde rien de plus que d'être toujours, Monsieur, le plus humble et le plus dévoué de vos serviteurs.
Votre très-obligé serviteur, POUSi&IN.
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris, 3o mai 164a.
Quoique j'aie eu l'honneur de vous marquer par ma dernière, du aa mai, que j'avois consigné entre les mains de M. Charles la caisse contenant
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' fi) Celte lettre est tirée dn Recueil de Bottari, et traduite.
DE POUSSIlf. I03
les deux tableaux, sur Tordre que vous m'en aviez donné dans vos deux lettres consécutives; néanmoins ayant reçu à temps celle du 3 mai, par laquelle il me paroit que vous préférez le moyen que je vous avois proposé, c'est-à-dire d'envoyer cette caisse par un courrier, je l'ai retirée aussitôt de chez M. Charles, et je la tiendrai par -devers moi, jusqu'à ce que vous m'ayez indiqué le courrier auquel vous voulez que je la confie. Je ne puis vous dire combien je suis aise que la chose tourne ainsi, car je craignois fort que par la voie des effets du Cardinal Mazarin ces tableaux ne fussent égarés, ou tout au moins que leur arrivée à Rome ne fût bien éloignée, le voyage de ce Cardinal étant fort incertain. Quant aux dessins, ces objets étant d'un petit volume et non encaissés, aurdient pu aisément se perdre, d'autant qu'il n'y avoit personne pour en prendre soin.
Par ce même ordinaire je mande à M. Stella, à Lyon, ce qu'il y a à faire, afin qu'aussitôt que je saurai le nom du courrier avec lequel il doit traiter, je puisse hii expédier la caisse cachetée et arrangée comme je vous l'ai marqué dans ma précédente. Je ne vous enverrai pas cette fois les deibsins, par les raisons déjà spécifiées, etc.
A M. DE CHANTELOU
De Btris , ee 6 jain 164a.
Monsieur, si For, paradis des avares et enfer des prodigues , avoit quelque peu de la sensibilité qu'il 6te à qui plus en a plus en voudroit avoir^ il éprouYeroit un plaisir démesuré, lorsqu'aux yeux de ceux qui le tenoient pour faux,Jl apparoit au contraire dans tout son éclat/ grâce à la vertu de la pierre de touche, qui sur le front de soi-même le découvre parfait en sa finesse. Tel est le sentiment que j'éprouve en apprenant que j'ai réussi à triompher de la mauvaise impression que la bonne ame de Monseigneur avoit reçue contre moi , par l'effet des menées d'hommes envieux de la prospérité d'âutrui. Néanmoins, au lieu de répondre par la haine à la haine que me portent mes rivaux, je sens que je dois me ven^ ger d'eux en leur faisant du bien et du plaisir; d'autant que leur perversité sera cause que Son ËiLcellence, qui me trouve si franc et loin de la fraude, non -seulement ne prêtera plus l'oreille aux persécuteurs de mon honneur, mais au contraire, se confiant en ma loyauté plus que jamais, voudra bien m'em ployer en de meilleures occasions que par le passé. Je suis, Monsieur,
Votre très-humble serviteur,
DE POUS^SIN. Jo5
P. S. Je n'ai reçu que mardi la lettre de Mon- " seigneur, écrite du lo mai.
A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).
Paris , i3 joÎQ 1642. .
Monsieur,
J'attends de jour en jour que vous me donniez des renseignements sur le courrier avec lequel vous avez traité pour l'envoi de la caisse contenant les deux petits tableaux du Baptême et de la Madone , et cela conformément à ce que vous m'avez mandé par votre lettre du 3 mai. En attendant , j'ai envoyé cette caisse à Lyon à M- Stella, qui la gardera chez lui jusqu'à ce que je lui dise à quel courrier il doit la consigner j mais j'ai pensé que si, d'ici à douze ou quinze jours, je n'ai pas de vos nouvelles, je pourrois prier M. Stella de traiter lui-même avec quelque courrier, qui s'en chargeroit comme si c'étoît sa chose propre. Eu effet, le temps s'écoule à attendre continuelle* ment des réponses aux réponses, ce qdi ne laisse pas que d'être une contrariété. Au reste, je vous ferai savoir tout cela en son temps.
Je ne vous enverrai pas de sitôt les dessins , parce que je voudrois joindre au même envoi
(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Sottari, et traduite.
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rordonuance générale de la galerie, que je fais dessiner par urî jeune architecte, et qui sera bientôt finie. M. Mellan aura aussi terminé la gravure des dessins qu'il a entre les mains. Lorsque je pourrai réunir toutes ces bagatelles, je m'empresserai de les expédier. Tai l'honneur de vous saluer.
AU MEME (i).
Paris, 37 JQin 1642-
Monsieur, ^
« J'ai reçu dans le cdurs de cette semaine trois de vos lettres: l'une par la voie de M. Gabriel Naudé, l'autre par M. Petit, négociant, et la troisième par le Père Niceron. Les deux dernières sont du %i et do 3i mai. Je vous suis infiniment obligé , Monsieur , de la protection que vous voulez bien accorder à mon ami François Boniîomes. Quant à ce que vous me dites de M. Charles et de l'envoi de la caisse, je vous ai déjà marqué plusieurs fois ce qui a eu lieu à cette occasion, et comment, jusqu'à, ce jour, j'ai attendu les nom et surnom du courrier auquel vous
(i) Cette l<»ltre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
désirez que je confie ladite caisse. Je vous ai aussi écrit que si votre ordre tardait trop à venir, j'avois résolu, pour ne plus perdre de temps, de prier M. Stella de traiter avec l'un des courriers de Lyon, et de s'accorder avec lui pour qu'il porte à Rome et remette en vos mains cette caisse saine et sauve; et puisque vous me mar* quez n'avoir traité avec personne jusqu'à présent, aussitôt que M. Stella m'aura accusé la réception de cet objet, je lui écrirai de l'expédier comme chose à luii^ et crois qu'il le fera ponctuellement: au surplus, ne vous en mettez pas en peine et laissez-nous agir. Je vous ferai savoir ensuite le nom du courrier, quand il partira, quelles seront les conditions faites avec lui , et s'il sera payé ou non.
Je ne sais rien de nouveau sur l'affaire du Père Ferrari, vous ayant marqué que si M. de Chan* telou va à Rome , il se chargera de la commission et servira ce Père, comme il nous en a donné l'espoir. Je ne parlerai pas davantage des autres choses , n'ayant pas eu l'occasion de l'en faire ressouvenir.
Je vous suis infiniment obligé. Monsieur, de m'avoir procuré l'occasion de faire , pour Son Éminence le Cardinal Barberini, le dessin du sujet de Scipion. Je suis fâché cependant d'être privé de la première esquisse que j'exécutai avant de partir de Rome: il ne m'en reste qu'un souvenir que je chercherai à mettre au net du mieux que ma
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main tremblante pourra me le permettre, saisis* sant pour cela le temps qu'il me sera possible de dérober à mes autres occupations. Je joindrai à cela 9 comme vous me le recommandez, les expressions de mon respectueux dévouement; et après avoir remercié Son Éminehce de l'honneur qu elle me fait de se rappeler de moi , je la prierai de vouloir bien accepter ce dessin comine le gage de mon profond respect. Je rougis en connaissant la faiblesse de mes moyens , eï l'impuissance où je suis de répondre autrement que par ma vive affection aux faveurs infinies que je reçois journellement de votre bonté.
Dernièrement M. Bordelot vint de votre part pour m'offrir ses services dans tout ce qui est en son pouvoir. Votre lettre , du 24 sivril , me montre encore de la manière la plus évidente combien vous, Monsieur, et votre excellent frère, avez de bontés pour moi ; je dois donc chercher avec empressement toutes les occasions de vous être agréable, en servant vos amis comme si c'étoit vous-même. J'ai l'honneur d'être , etc.
AU MÊME (1)
Paris, 3 5 juillet x64a.
Monsieur,
Vous avez su par mes précédentes lettres tout ce qui s'est passé relativement à l'envoi des deux tableaux, de sorte qu'il est inutile que j'en parle désormais^ sinon pour vous dire que vous en pouvez attendre l'arrivée sous très -peu de temps. J'eus hier la nouvelle que la caisse étoit partie le 1 8 du courant, et qu'elle vous seroit fidèlement remise franche de port. Après vous avoir supplié d'accepter le peu qui y est contenu comme un pur don du plus affectionné de vos serviteurs, je vous prie encore de m'accorder ia faveur de m'écrire quand et comment vous l'aurez reçu; j'espère que ce sera en bon état.
Quant au dessin du Scipion et aux autres que
je me proposoîs de vous adresser, il seroit bien
possible que j'en fusse moi-même le porteur. Au
reste, je vous écrirai plus au long sur (ont cela,
vous priant affectueusement de m'en dispenser
pour le moment, parce que je n'en ai pas le loisir.
Nous partons à cette heure pour Fontainebleau,
d'où la cour arrive, "etc.
(i) Cette lettre est-tirée du Recueil de Bottari, et traduite.
I lO LETTRES
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AU MÊME (ï).
Paris, 8 aont 1642.
Je désirerois connoître quelque voie sûre pour vous faire tenir votre petit tableau quand il sera terminé, avec quelques dessins, en petit nombre, et la petite Madone du Signor Roccatagliata. Je ne voudrois rien risquer à cet égard, et j'attendrai les avis de V. S.
Je n'ai pu répondre à votre dernière, du 27 juin, qu'après mon retour de Fontainebleau, où j'étois allé , comme je vous l'ai écrit dans ma dernière , M. De Noyers m'ayant ordonné de m'y rendre, afin de voir si les peintures du Prima* ticcio, altérées par. les injures du temps, pouvoient être restaurées, et s'il y auroit quelque moyen de conserver celles qui sont restées intactes.
: Tai profité de l'occasion pour lui parler du désir que j'avois de retourner en Italie, afin de pouvoir amener ma femme à Paris. Ayant senti les raisons qui me font désirer ce voyage, il m'a toiït de suite accordé ce qui est l'objet de ma plus grande satisfaction, avec une grâce incomparable , sous la. condition cependant de donner un tel ordre aux choses commencées par moi ,
(i) Cette lettre est tirée tlii Recueil deBottari, et traduite.
qu'elles ne restassent point en arrière, et que je fusse de retour à Paris pour le printemps prochain; de sorte que je vais me disposer à ce voyage, qui, je l'espère, aura lieu au commencement de septembre prochain. Mais avant mon départ, j'espère vous en écrire plus au long. Je vous dirai pour le moment que les soins que V. S. m'engage à prendre pour l'envoi de la caisse des tableaux ne peuvent plus avoir lieu : elle a déjà été confiée à un courrier bien sûr, lequel doit l'avoir remise entre vos mains avant que cette lettre vous soit parvenue. ^
Véritablement Tédit rendu à Rome , selon ce que vous m'en écrivez, au sujet de la contagion qu'on dit régner à Lyon, m'étonne beaucoup, car il n'en a point été question du tout ici. Si la chose étoit vraie , le Roi , à son retour de Perpignan, ne s'y seroit pas arrêté pendant tant de jours. Malgré tous ces contre- temps, je ne désespère pas du bon succès de Taffaire entamée. De mon côté , je ferai toute diligence pour que la chose aille bien; nous laisserons le reste entre les mains de Dieu.
Je remercie infiniment V. S. des attentions que vous voulez bien avoir pour moi et ma fbalson. J'ai été moins affligé de l'indisposition de ma chère femme, depuis qu'elle m'a écrit que son mal, loin de lui ôter les forces, devoit; au contraire les augmenter, à cause des dents qui lui poussoient^
lia LETTRES
Je suis pour toujours votre très -obligé, et je vous baise humblejnent les maius. ^
AU MÊME (i).
Paris , 5 Mptembre 1642.
J'avois le plus grand désir que le petit tableau du J3aptêïne de J. C. vqus parvînt sûrement et promptement , afin que vous connussiez par là combien je voudrois être à même de vous servir. Mais d'autre part je craignois sa comparution devant vous , dont les yeux ont tant de délicatesse pour connoître les belles choses. Quoique V, S. m'ait fait tant de fois l'honneur de se plaire aux œuvres de mon pinceau, je n'ai pu cette fois trouver la hardiesse de me promettre qn pareil s^iccès, malgré le soin que j'ai mis à faire ensorte que ce tableau puisse aller de pair avec quelquesuns de ceux que vous avez chez vous. Le ciel, sous lequel il a été fait, me fait douter qu'il soit aussi agréable à vos yeux que les précédepts. Cependant si , dans la comparaison que vous allez en faire, vous trouvez qu'il se soutient en leur compagnie, je m'en réjouirai beaucoup, et ce sera pour moi un motif d'oser chercher à vous
(i) Celte lettre est tirée du recueil de Bottari, et traduite.
D£ POUSSIIC. Il3
servir encore, comme c'est l'objet de mes plus ardents désirs. Je vous baise respectueusement les mains, et je fais profession d'être pour tou* jours votre très-humble serviteur.
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AU MÊME (i).
PariA, ce i8 septembre i64a>
Je regarde comme une grande récompense la lettre du lo août, par laquelle Y. S. me marque que le petit tableau du Baptême de J. C. a répondu à son attente. J'aurois été encore plus satisfait si la petite caisse vous avoit été remise par lé courrier de la manière que j'avoi§ prescrite à M. Stella, lequel définitiveipent m'a mal servi, quoiqu'il m'ait bien positivement mandé que je devais être fort tranquille, que la caisse vous seroit fidèlement portée, et que le courrier n'avoit rien demandé pour le port, ayant dit lui-même qu'il vouloit la porter gratis, parce qu'il avoit à V. S. des obligations particulières : Voilà tout ce que j'en ai pu tirer.
Pour ce qui regarde les copies de Raphaël, quand M. de Chantelou vous les envoya, je le priai de faire en sorte qu'elles vous fussent pré-
(i) Cette lettre est tirée da Recueil de Bottari, et traduite.
fl4 LETTRES
sentées d'une manière plus gracieuse que ne le furent les portraits. Mais je vois qu'en toutes ces choses il est arrivé précisément ce que j'^vois le moins imaginé; ç^est pourquoi je vous prie trèshumblement de m'excuser, moi le premier, et de croire que si j'avois pu trouver quelque chose de mieux: pour les objets de votre goût, je Taurois fait de tout mon coeur.
J'ai reçu hier votre lettre du 16 août, à laquelle celle-ci servira aussi de réponse, n'ayant pour le présent rien autre chose à vous dire, sinon que mardi prochain, si Dieu le Veut, je me mettrai en voyage.
J'écrirai à V. S. -de Lyou et des autres lieux où je me trouverai, afin que vous sachiez que partout où je serai vous aurez en moi un trèshumble et très-dévoué serviteur. Je finis en vous baisant les mains. •
■ A ivi. DE CHÀNTELOU.
Paris, le ai septembre 1642.
Monsieur, vendredi au soir je reçus votre lettre avec les dessins de la chapelle de Dangu. Voici comme je considère lesdits dessins, desquels je dirai librement mon opinion, sauf toutefois un meilleur avi^. Ceux de M. Le Vau et ceux de
DE POD9SIN. Il5
M. Adam dSSfèrent Inè^peu, ayant été peut-être asti^îhtâ à la même chose par la situation de la porte de ladite chapelle. On les peut égalemeût estimer, pour ce qui touche la distribution des pilastres; mais il mfe semble que les côlonhes rondes de l'autel dé M. Le Vau, ont meilleure grâce que les pilastres qui touchent Tautel et qui en portent le fronton , dans le dessin de M. Adam, marqué B. D'autre part , la proportion du tableau , dans le dessin de M. Adam , est plus belle et plus commode pour peindre quelqiie chose , que n'est celle de M. Le Van. Pour ce qui est des flancs de la chapelle, il me semble difficile dé pouvoir faire une meilleure distribution que celle qu'ils ont faite dans leur dessin marqué X. Si on voulait y mettre les pilastres deux à deux , comme au dessin O, il s'ensuivroit deu^ inconvénients : le premier viendroit de ce que d'un coté la porte se trouveroit proche d'Un des pilastres^ tandis que de l'autre il reisteroit un grand espace vide; ce qui ne seroit pas une moindre laideur que de voir, dans une face humaine, la bouche sur la joue, au lieu d'être au milieu du visage et au-dessous du nez. Le second inconvénient seroit que lesdits pilastres étant accouplés , l'espace A du dessin O n'auroit adcun rapport avec l'espace B, ni B aTec C , qui sont les deux bouté du mur ; et néanmoins que l'espace A soit égal à celui de C , le pilastre seul A , n'étant que la moitié des pilastres accouplés A, ne s'accorderoit pas avec eux,
Il6 LETTRES
Pour ce qui touche les ornements des entrepilastres , il me semble qu'étant cannelés et riches d'eux-mêmes , il se faut bien garder de. gâter leur beauté par la confusion des ornements; car teb incidents ou parties accessoires ne doivent être adaptés aux œuvres dont les parties principales sont déjà belles^ si ce n'est avec de la prudence et un bon jugement, afin que par iceux il leur soit apporté de la douceuf et de la grâce; les ornements n'ayant ^té inventés que pour modérer une certaine sévérité qui constitue l'architecture simple. C'est pourquoi il m'a semblé qu'il suffiroit d'orner les entrepilastres de la manière que je l'ai enseigné au dessin marqué Z. Ce seroient certaines petites tables relevées d'un pouce ou environ, avec des têtes de chéri^ns au-dessus , et au-dessous de petits cartels pîoyés en forme de S, avec une coquille qui les joigne. Entre les deux petites tables, il resté la place d'un cadre long avec sa bordure, que l'on pourront diligemment entailler, et sur le fond duquel on feroit des figures, soit bàs-réliefs, soit peintures, qui représenteroient les douze Apôtres, se trouvant justement douze intervalles ou entrepilastres. J'ai communiqué ma pensée au Sieur Adam , qui l'a approuvée. Pour ce qui est de la frise, un feuillage y conviemlra fort bien, pourvu qu'il soit d'assez bas -relief, afin qu'il reçoive moins la poudre et l'ordure. Vous avez. Monsieur, fait apporter des exemples de Rome qui
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pourront beaucoup servir. Si , puis après , Dieu me donne la grâce de revenir sain du pays là* où je vais, je me ferais un véritable plaisir de Élire les dessins de Tornement de la voûte , avec tout ce qui plaira à Monseigneur et à vous de me commander.
Je joindrai à la présente ces deux lignes , pour vous supputer de croire que je pars d'ici avec grand regret de n'avoir pas le bonheur de vous dire adieu personnellement, et de ce qu'il faut qu'une feuille de papier fasse cet office pour moi. Je vous dirai donc adieu : Adieu , mon cher pro* tecteur; adieu, Tunique amateur de la vertu; adieu, cher Seigneur, vous qui méritez vraiment d'être honoré et admiré; adieu, jusqu'à tant <^ue Dieu me donne la grâce de revoir votre bénigne face. Cependant je demeure. Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. S. Je vous renvoie les dessins, afin que vous les considériez.
AU MEME
De Home , le x*' joar de fan i643.
Monsieur , je ne sais quel jugement vous ferez de moi , lorsque je veux faire un métier contraire
ii8 tBxrRKS
à celui que j^ professe. Yéiiiablement j'atiroîs usé da silence, »i j eusse çjru avoir salisiiaiît à mon devoir ppr quelques hmnhles recommandations qu? j€^ TOUS ai faites daos les lettres que jt^ écritf« à M. Remy Yuibert; mais sachant bien que ce n'étoit pas assez, j'ai quitté le pinceau pour mettre 1^ main à la phime , et vous adresser ces deux lignes,» vous aaluant humbleineat par iœK les, et vous spuhajtaut une bonne et heureuse fiianée. II est vrai que pour cela il ne faut être ^i gr^tBomairien ni gpand orateur. Que si j'étois tel, jie ne f^is autre chose que vous écrire^ pQur vous persuadas de vç^> i!:ommander de vous servir en quoi que ce iut; car c'est tout ce que je désire, et aussi que vous croyiez. Monsieur, qu^ toute ma vie je dçmemnBiai irolïre huadD()e et al&ption^iré serviteur.
P0BS8IW.
AU MÊME
De R'anne « le 9 jain 164}.
Monsieur , votre très-chère lettre de Turin m'a ôté 4'une pçîne nou commiune; d'autant que , depuis votre départ de Rome, je n'avois point reçu de nouvettes cert;aines ni dli. progrès, de .votre voyage , ni de l'état (te vptre: santé. Maiii*
DE POUSSIK. 119
tf^oant je me trouve Tame moins inquiète, néanmoins quelle ne puisse pas fetourtier en sa tranquiUUé ordinaire jusqu'à ce que je sots cerkiân de votre arrivée à Parh. Au surplus^ ceux de qui vous êtes l'appui et la consolation, étant demeurés comoie orphelins pendant un si long et si fâcheux voyage 9 seront en proie à la tristesse juaqu'à ce qu'ik vous revoient, car ils se peuvent imaginer les dangers que vous avez courus , et ils ne savent pas que ])ar l'aide de Dieu vous avez évité les plus grands dont vous pouviez être menacé. Le kpn M. De La Yarenne et le cher M. Lemaîre sont ceux qui auront été plus vivement touchés de telles appréhensioiis. Le danger même- où ib se peuvent trouver en pepsonne est assez capable de les affliger. Je remercie Dieu de m'avoir préservé de 'Cette peine , puisque memement je l'eusse prise en vain. La mort du Rœ et la retraite de la cour de Monseigneur, ont été deux choses qui m'eussent fait riiourir de déplaisir, lorsque je me trouvois en même temps engagé dans un kmg voyage. Je vous assure, Monsieur, que , dans la commodité de ma petite maison et dans l'état de repos qu'il a plu à Dieu de m'octroyer, je n'ai pu éviter un certain regret qui m'a percé le cœur jusqu'au vif; en sorte que je me suis trouvé ne pouvoir reposer ni jour ni nuit : mais à la fin, quoi qu'il m'arrive, je me résous de prendre le bien et de supporter le mal. Ce
IJQ LETTRES
nous est uue chose si commune que les misères 1; et disgrâces , que je m'émerveille que les hommes \ sensés s'en fâchent , et ne s'en rient plutôt que d'en soupirer. Nous n^vons rien à propre ; nous avons tout à louage.
Néanmoins que les disgrâces susdites soient arrivées eu peu de temps, et qu'elles soient cap2d>les de mettre le. monde sans dessus dessous, le cher Remy m'a écrit qu'il y a apparence^que les choses que nous avons commencées pourront continuer. Si cela est ainsi, vous savez ce que je vous ai promis à votre départ, et comme je serai toujours prêt à exécuter les ordres de Monseigneur et les vôtres. Je vous avois supplié, long -temps avant votfe départ de Rome ^ de toucher un mot à Monseigneur sur ce que j'ai fait quelques ouvrages dont je n'ai rien reçu, et que j'eusse bien désiré d'en avoir quelque récompense, si on le trouvoit convenable; mais je crois qu'une infinité de choses auront été cause que ma reqyéte n'aura pas eu d'effet.
Lorsque vous serez auprès de Monseigneur, je vous supplie très - affectueusement de vous souvenir de moi, qui suis ici en attendant vos commandements.
J'ai vu tous ceux qui copient à Farnèse , et leur ai fait part de votre lettre ; ils se montrent tous fort affectionnés à vous servir, et promettent de ne rien faire autre, jusqu'à ce qu'ils vous aient
sâAî^fisdt ; j'aurai soin que tout aille bien. J'ai prés^ité voire lettre à M. Erràrd , qui a été ravi d'avoir de vos nouvelles.
J'attends avec impatience celle que vous me promettez de Paris, à votre arrivée; je vous supplie de toutes mes forces de ne changer jamais la qualité dont il vous platt de m'honorér au commencement de vos lettres^ à cette fin que je m'en glorifie partout.
J'ai fait vos baise-mains à M. le Chevalier Del
Pozzo i qui vous les rend au double et M. son
frère aussi; il n'y a personne qu'ils chérissent
autant que vous, et ils vous seront toujours
oUigés et affectionnés. Je suis, Monsieur, votre
humble serviteur,
P. S. Je baise les mains à MM. vos frères.
AU MÊME
De Rome , le aa jnm l643*
Monsieur et maître, après m'avoir honoré de vos nouvelles , et m'avoir annoncé votre arrivée à Turin , par votre lettre du a i du passé , ma^intenant vous me faites une double faveur par celle qu'il vous a plu m'écrire de Lyon. Je vous puis dir^ avec vérité que j'ai été transporté d'aise quand j'ai su que , par l'aide de Dieu , vous aviez échappé aux dangers que vous pouviez craindre :
Ï3^ LCTTRES '
je me flatte qu'à présent voua êtes arrivé à Faris, et que vous avez fini heureusement votre longue et fâcheuse co^urse. Je fis une répbnse^à votre première lettre aussitôt que je l'eus raçne, et je vous y assurai, du dévouement qae j'aurai toute ma vie à vous servir ; ratais je crains que vous n'ayez pas agréé la prière que je vous fàisois touchant m«s intérêts, sans vous laisser trop te temps de prendre haleine : je vous en demande pardon. La promptitude que j'ai remarquée en vous j quand vos anits vous.oat requis* de quelque faveur, m'a fait croire que vous n'êtes jamais tas de faire plaisir. Je n'entends pas pôitrtant que^ pour satisfaire à la prière que je vous ai laite, vous vous portiez à une démarche qui vous seroit désagréable ; mais si c'ëtojt chose qu'avec le temp^ et l'ocoasion vous passiez £attre , je vous en serois grandement obligé: néanmoins mon mal ëst*de la qualité de la brûlure, à qui il faut incontinent appliquer le médicaiment pour en être bientôt guéri.
Pour ce qui est de la régence de la Reine mère,! et ce qui s'est passé depuis la mort du Roi, uous em avons eu avis : l'on dit aussi publiquement que Fo® priera IVfonseîgneur dé- retourner en ceiur. Si cela est ainsi, je prie IKeu de tout mon cosnr que ce soit à son grand honneur et cqntenlement. Au reste, je ne doute point que vouô n'éprouviez beaucoup plus de crainte que de joie à reloumer dans les embarras de fa cour;
DE POUSSIN. ia3
le repos ^et la tranquillisé de l'esprit que vous av«E possédés sont des biens qui n'ont pas d'égal. Finalement v6ti3 ne devez pas niettre la perte de ma conversation au nombre des choses qui m^ ritent vos regrets; c'est bien moi qui me dois plaindre de lie jouir plus de votre douce présence; mais puisqu'il est ainsi, à mon très-grand déplaisir, je me consolerai si j'ai du moins le bonheur de vous servir. Si donc, Monsieur, vous conpnqisai^a e» moi quelq«ie talent qui vod^ puisse appoorter qudqiie sorte de plaisir, nue voîçi atr tcf^nt vos cooaioancbmeuts , et vous assurant bien qve je les exécuterai de tout mou cpçur: pour oçt effet , je «e m'engagerai avw p^rsQwhe ^ afin de demeurer tout ?atier votre très - huâDl4.e
et^rè^ - ^ffectÎQiP^ïUé ««irviteur,
P\ .$. MM» vos frères tçouverpiit ici ijae^ ti?èsr humbles baîse-mMi^.
Hier w matiu je fus à Faraè^e pouff voir eu quel état éKo^oipd vos copies. Celle <^ue M. Mig^ard a entreprise est finÂe. M. Le Kieux en a fioi une,. ht Vie^ge^à wi-covps décoqvçaat un petit Christ qui est couché sur un oreiUeti Mv Lemajure a fini so» Diçu de Pitié de Carraoci i M. Errard aAvra bienlât fini ses poplraits.. Le NapolUaip nTa pas beajueoup avaiicé la Vierge- ^u Gbat , majjs iil prou^et die continuer à y travajtller. Noo^et a été malade, de soEto qi^f'il a'a pu rien faire; Le fiieuK a ébauché encore la Vierge au Chat. L^ tout v^
assez raisonnablement bien , et chacun s'efforcera
de faire ie mieux qu'il lui sera possible. Vous me
manderez, s'il vous plaît, ce que vous désirez
que l'on £sisse.
AU MEME
De RoBM , le 4 Août 1643.
Monsieur, j'ai reçu la vôtre, du 9 juillet, à tar quelle je n'ai pas voulu manquer de répondre, comme j'ai fsiit pour toutes celles généralement qu'il vous a plu de m'écrire , depuis votre départ de Rome jusqu'à présent. Tai reçu , comme je vous ai éciît par ma dernière, la vôtre du 1 1 juin, avec une lettre de change en vertu de laquelle , ainsi que vous me l'avez ordonné, j'ai reçu huit cent trente-trois écus de dix Jules, en cette monnoie de Rome. Sur cette somme, j'ai déposé six cents écus à la banque du Saint-Esprit ; je garde le reste chez moi, pour avoir plus de commodité de faire les paiements à ceux qui ont fini quelques-unes des choses que vous me recommandez particulièrement.
J'ai payé le sieur Pîetro Paiulo, sculpteur en bois, de six chandeliers que vous lui avez ordonnés, pour la somme de septante-deux écus et demi , y compris la bordure de votre sainte ; nous avons rabattu douze écus qu'il avoit eus pour arrhes.
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J'ai fait prix et donné des avances au doreur, pour les dorer, pour la somme de septante écus les six. Il m'a semblé qu'il convenoit bien mieux dé les faire dorer entièrement , que de les laisser en partie de coiileur de chair; cela a trop de son pauvre homme et du Saint de village. J'aurai l'œil ouvert afin que le tout se fasse diligemment et comme il appartient. Du reste , je suis ravi que vous m'ayez honoré de cette commission , et ne la céderai point à d'autre, tant que j'y pourrai vaquer, et je sais bien pourquoi.
M. Ërrârd vous a écrit que tout alloit bien à Farùèse; bien, oui, mais non pas très-bien; car, premièrement, Mignard a fait sa copie différente pour le coloris de l'original , autant comme il y a du jour à la nuit; et sans l'avoir fait voir ni à moi ni à M. Errard, il l'a apportée chez lui, là où il la fait copier Du reste, quand je lui ai demandé le prix, il m'a dit ne le pouvoir pas fixer à moins de quatre-vingts écus; le temps où la copie seroit finie, il m'a répondu : dans deux mois d'ici. Voilà, pour celui-là, en quel état est ta chose.
Le Rieux a fini une de ses copies, savoir la Vierge à ïpi- corps qui lève un voile de dessus son petit Christ. Elle est «copiée moyennement bien; mais celui-là du moins s'accommode à la raison et se contente de vingt-cinq écus.
Le Napolitain Chieco est celui de ton», comme je crois, qui imitara mieux la Vierge surnommée délia Gatta; mais U est si long, que c'est la
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mort : la copie n est pas finie à moitié. Nous sommes convenus du prix, et, compris les arrhes qu'il a reçues , il se contente de septante écus ; il me semble que ce n'est pas trop pour le travail qu'il y a. Le Rieuic a ébauché sa copi^ du même tableau ; mais il ne peut y travailler que quand l'autre aura fini. Je donnerai demain un- peu d'ar^ gent à Chieco , afin de l'obliger à prpmptement finir l'ouvrage commencé.
. Le sieur Nocret fait le diable, je ne sais pourquoi: 11 a fini tellement quellement la Vierge à la détrempé d'après le ï^armesan, et parce que je la lui ai fait corriger en plusieurs endroits, il n'en veut rien moins de trente*cinq écus. Ce qui est étrangement fâcheux, c'est qu'il s'est mis en tête de ne pas finir les portraits qu'il a commencés , n'alléguant point d'autre excusé, sinon qu'il a trouvé à gagner davantage qu'en les faisant à moins de soixante ou septante écus. Quant, à moi, je demeure muet, quand je vois que des gens de ce calibre prétendent à de si grandes récompenses pour ce qu'ils font. Il me déplaît extrêmement qu'avant votre départ vous ne soyez pas conveiiu de prix avec tous ceux que vous employez; maintenant que vous. êtes absent, et qu'ils voient qu*il n'y a que moi qui m'intéresse k ce que vos affaires aillent à votre satisfaction , ils se sont secrètement accordés, «ayant entre les mains et l'ouvrage et les avances , à tenir bon et à se faire courtiser et payer à leur mode. En tout cela néanmoins il y
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auroit une médiocre di£Sculcé, si ce n'étoit que je ne ^ais pas votre volonté, ni ne comprends suffisamment en quelle manière vous avez fait votre compte f, ce qui fait que je vais avec vme grande réserve. Vous m'écrivez ainsi : l'argent que je vous envoie servira pour payer les copies que j'ai fait faire à Farnède , les chandeliers , le tableau de S. Pietro in Montorio , le tableau de Foligno, et les quatre copies de chez M. le Chevalier Del Pozzo; outre ce qu'il Êiudra dépenser pour le transporter, en caisses et autres choses. Cette manière d'écrire m'a fait penser que vous désiriez peu dépenser pour chaque chose ; et partant j'irai ménageant votre apgent le mieux qu'iï me sera possible, sans attendre la réponse à celle-ci , car il n'y a personne qui veuille tant attendre.
Entre toutes les choses qui se^p^ssent ici touchant vos afiÊaires , merveilleuse est l'extravagance du seigneur €bapron, lequel après nous avoir remis de jour en jour, et n'ayant jamais voulu travailler pour vous, depuis votre départ jusqu'à ce moment, dit enfin qu'il a une lettre de M. Renard, comprise dans celle que ledit Renard a écrite à M. Passard, laquelle porte que vous avez dit tant de mal de lui audit Renard, que vous le lui avez rendu ennemi déclaré, d'ami et protecteur qu'il lui étoit: il ajoute, que ce n'étoit pas ce qu'il attendoit de vous, et sous ce faux et ridicule prétexte , il a totalement renoncé à la con-
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tinuation de Tœuvre si bien commencée. Mais parce que les .moines du lieu, moi, et M. Errard, l'avons prié comme à mains jointes de ne laisser point, pour de fausses impressions, un ouvrage si avancé, celui surtout pour lequel vous aviez dépensé de l'argent et employé tous vos amis d'ici; enfin, vaincu, il a dit qu'il en avoit perdu le goût, et qu'il ne savoit pour qui il travailloit ni à quelle condition. Nous l'avons prié de s'accommoder du prix, et de se mettre à quelque raison; mais nous n'en avons pu tirer qu'une demande qui nous a fermé la bouche: Il nous a dit qu'il ne travailleroit jamais à moins de six cents écus de paiement, et qu'il vouloit toucher maintenant deux cents écus. Je n'ai osé lui offrir plus de cent pistoles , dont il s'est moqué , et il a dit aux moines qu'ils remissent leur tableau à sa place s'ils vouloient^M que quant à lui il n'y travailleroit jamais. Vous pouvez ordonner ce que vous jroulez que l'on fasse de l'ébauche , que nous laisserons chez les moines jusqu'à ce que nous ayons reçu votre réponse. Nous avions pensé à chercher quelqu'un qui remplaçât Chapron ; mais nous ne trouvons personne qui veuille finir les choses commencées par un autre, si ce n'est de» copistes à la douzaine, qui ne feroient rien qui vaille; outre que les moines sont extrêmement las d'attendre, et que de toute manière ils veulent remettre ledit tableau en son lieu, pour les quarante heures que l'on y va faire, et jurent fort
et ferme que jamais plus ils ne spufiriront qu'on rôte de sa place : voilà ce qui se passe à l'égard de cette affaire.
Nous ne trouvons personne qui veuille aller copier le tableau de Foligno. M. Lemaire aura fini un de ces jours le Dieu de Pitié de Farnèse , que je retirerai quand il sera fait, si nous nous accommodons du prix. Pour M. Errard, il a quasi fini les portraits , qui seront beaux et bien imités.
Finalement, je tâcherai d'accorder tout à votre avantage sans attendre d'autre réponse; car il n'est pas raisonnable que vous jferdiez et la peine que vous avez prise, et l'argent que vous avez avancé. ,
Nous chercherons qui vous copiera bien les tableaux de M. le Chevalier Dèl Pozzo, avec M. Ertraird, si celui-ci veut en prendre la peine ^* comme je crois qu'il le fera, plus pour l'amour de vous que pour l'ouvrage.
Quand vous m'aurez envoyé la mesure de votre petit tableau de Raphaël, je tâcherai die vous servir le mieux qu^il me sera possible. Pour ce qui est de mon intérêt, je n'^n parlerai jamais; je vous demande pardon de ce que j'en ai dit. Je suis,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
l3o LETTRES
AU MEME
De Roiue, le aS aoôt i643.
Monsieur, il m'a semblé nécessaire de vous avertir, sans attendre davantage, de ce qui se passe ici touchant les choses dont vous m'avez donné le soin, afin que vous puissiez penser à donner ordre à ce qui ne dépend point de ma diligence. Premièrement, vous êtes frustré de l'attente que vous aviez , non - seulement de la copie en petit du tableau de Saint-Pierre in Montorio , mais aussi de la grande , le sieur Cbapron ayant, de propos délibéré et sans aucun sujet, abandonné l'œuvre. Son procédé et ses menteries ne soiit point racontabies; il suffit de vous ^irç qu'il est si impudent, qu'il chante des vers, diffamatoires sur le compte de Mooseîgneur : vous pouvez bien vous imaginer d'où cela vient. Vous me ferez savoir ce que vous voulez que l'on fasse de l'ébauche ; je la ferai rester en dépôt entre les mains des moines de Saint-Pierre, lesquels sans un grandissime déplaisir ne peuvent supporter qu'un maraud de cette étoffe vous traite si mal. Je vous assure qu'ils ont eu toute la patience qu'humainement il se peut avoir ; et s'ils avoient l'espérance de voir finir l'œuvre commencée, ils
DE POUSSIN. t3i
soufEfiroient pour un long temps encore rincom^ modité qu'ils ont reçue jusqu'à présent ; tnais d'autant qu'ils voient que ce ne seroit faire autre chose que perdre le temps, ils ont décidé de parler au Cardinal Barberini, et de le prier de permettre qu'ils remettent le tableau en son lieu. Ceux qui copient à Farnèse ne se montrent pas plus affectionnés à faire leur devoir que Chapron ; principalement Nocret , ïjemaire , Le Rieux et Mignard, qui tous, de commun accord, se veulent faire payer à leur mode, et ne veulent point faire les secondes copies qu'ils avoient cominencées. Je ne sais pas quelles espérances vous leur avez données; mais quand ils ont vu les choses retournées, ils ont tous montré les dents comme des chiens enragés , et ont pris plaisir à vous maltraiter de leur mieux, ce qui m'a contraint de m'accorder avec eux aussi bien que j'ai pu. Enfin j'ai retiré de leurs griffes : de Le Maire , la copie du Dieu de Pitié d'Annibal Garracci; de Nocret, la Vierge d'après le Parmesan; de Le Bieux, la copie de la Vierge à mi-corps; les portraits de M. Errard; enfin la copie de votre portrait faite par Nocret. Il ne reste que la Vierge au Chat, que le Napolitain finit , et celle de Mignard, qu'il retient chez lui pour la &ire copier. Vous aurez donc une copie de chaque sorte , de quoi vous vous pourrez contenter , car ce n'est pas chose que vous deviez beaucoup souhaiter que d'avoir de doubles co-
pies. Je n'estime pas que votre argent y fut bien employé; vous le verrez bien par celles que je vous enverrai, et s'il n'eût pas autant valu l'employer à d'autres choses.
Je vous ai prié , par ma dernière , de me mander ce que vous voulez que je fasse de l'argenl: qui vous restera, puisque personne ne veut aller copier à Foligno.
J'ai prié Fra Giovanni de vous écrire ce mot, pour confirmation des extravagances de Chaproii , et Érrard vous en auroit fait de même, si ce n'eût été son indisposition: il a eu la fièvre quelques jours, et commence à se porter mieux; mais cet automne il vous en dira plus de bouche que je n'«n '^saurois écrire en huit jours.^
J'ai trouvé la pensée du ravissement de saint Paul, et la semaine prochaine je Fébaucherai. Quand aussi j'aurai fait quelque chose de bon goût je vous le destinerai , n'ayant point d'autre gloire ni de plus grand plaisir que de vous servir.
Nous nous consolons , dans l'espérance du rappel de Monseigneur , et no^s prions Dieu que ce soit bientôt, à son contentement et au vôtre. Quand j'aurai retiré chez moi toutes les choses que vous désirez , je chercherai l'occasion de vpus les envoyer; mais si vous aviez quelque correspondance à Marseille et à Lyon, vous feriez bien de nous en avertir.
Pour ce qui est de mon côté, je me consulterai
DE POUSSllV. i33
bien sur ce sujet, et ferai le tout avec diligence et soin plus que si c'étoit pour moi-même ; cependant je demeure à jamais ,
Monsieur,
Votre très-affectionné et très-humble
serviteur ,
' . AU MÊMEA
De RonM, le a 3 septembre i643.
Monsieur, j'ai reçu la vôtre du 27 août, qui me confirme ce. que vous m'aviez déjà écrit par. vos précédentes; de là je conjecture que vous n'ayez point reçu mes réponses, et je n'ai pourtant jamais manqué de vous écrire toutes les Ibis que j'ai reçu de vos nouvelles. Je vous ai , par plusieurs fois , écrit ce qui se passoit à l'égard de vos copies, tant de Farnèse, que de Saint-Pierre in Montorio ; de sorte qu'il seroit superflu de vous en dire davantage. Je n'attends autre chose pour vous les envoyer, que la copie du Napolitain et les chandeliers, qui ne sont pas finis de dorer. J'aurois été très-aise qu'il eût été possible de vous envoyer le tout devant que l'incommodité de l'hiver fût venue; mais nous avons affaire à des gens qui ne finissent jamais, et je vous jure que la
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soUieitation n'est de'rien auprès d'eux. J'espère, vers la fin de ce mois, avoir la susdite copie et les chandeliers ; aus!»t&t que je les aurai , je les ferai emballer avec toutes les autres choses, et vous les ferai tenir par la voie la plus sûre.
Je vous ai feit savoir comme le sieur Chapron avoit laissé et abandonné la copie de la Transfiguration. Je vous jure, devant Dieu, que je n'ai jamais connu un homme d'un si déshonnéte procédé , moins raisonnable et plus menteur. Je crois qu'il vous aur^ait écrire tous les mensonges dont il est le plre;4Pais M. Errard, qui sait une bonne partie de la chose, et qui est témoin comme l'on a tâché par tout moyen de le bien traiter, vous dira de bouche tout le fait. Je pense qu'il arrivera à Paris plus tôt que la présente; il vous dira également comment Antoine, sculpteur, s'est comporté envers vous, mémement ce qu'il a fait des modèles de cire que vous prétendiez vous appartenir.
Pour ce qui est du bon M. Thibaut, il est honnête homme et fort affectionné k vous servir. Vous faites une œuvre de charité de l'aider des vii^ écus que vous m'oMohnez de lui donner ; il ne restera pas ingrat, je vous assure bien. Je lui ferai savoir la bonne volonté que vous avez pour lui, et les e^érances que vous lui donnez,, si les choses des bâtiments se remettent.
Je ne manquerai pas de voir M. Yitelleschi, et je chercherai tous les moyens qu'il faudra prendre
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pour Élire sortir les objets en question et vous les envoyer»
Si M. Remy vous a dit quelque chose touchant mon retour, il ne s'est pas trompé , car j'irois au bout du monde pour servir Monseigneur et pour vous obéir ; mais je ne pourrois pas sitôt me résoudre à partir, ma femme étant assez mal disposée, et mon beau -frère Jean ayant été sur le point de perdre la vue , accident dont il n'est pas encore bien guéri. Si je vis jusqu'au printemps qui vient , je me disposerai plus volontiers au voyage ; cependant je ne saurois suffisamment remercier Monseigneur des offres qu'il me va faisant , et de ce qu'il lui plait de me conserver le logement qui m'a été donné à son instance et par sa bonté. Je lui rends une infinité de grâces de ces témoignages de bopne volonté; c'est à vous, Monsieur, que je suis redevable de tant de faveurs.
Les copies de chez M. le Chevalier del Pozzo ne sont pas commencées. Je n'ai trouvé que Francesco, le Napolitain, qui m'ait promis d'en faire deux , la confirmation et l'extrême-onction ; mais j'appréhende sa longueur.
Bientôt je ferai votre petit ravissement de saint Paul, et incontinent fini je vous l'enverrai. Si les cartons dé la galerie ne m'occupent poixit ^ j'aurai moyen de vous servir avec commodité ; j.e me sens bien d'humeur à faire quelque chose de bon. Si l'on continue la galerie, ainsi que me le mande M. Remy, et que l'on veuille que j'en-
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voie les cartons , selon la coutume , je le ferai volontiers , si Monseigneur ,en est content ; car autrement, je préfère dé beaucoup de m'employer à hixe des tableaux, où j'ai du contentement et du plaisir, joint à. Futilité que j'en reçois.
L'opinion que vous avez de ^ép^ter. les Termes qui sont faits^ est coniorme à ce que j'avois pro-posé dès le commencement ; cela étant , nous pourrons poursuivre et faire promplement et fa« cilément le reste. .
• Tattends que vous m'ordonniez ce que voua voulez que je fasse de l'argent qui vous restera. Je ne me souviens p(xir le pr^i^t d'autre
chose qu'il soit besoin de vous faire savoir, sinon
que toute ma vie je demeurerai,
Monsieur,
Votre très -humble et très- obligé serviteur ,
AU MEME
De Rome , le 5 octobre i643.
Monsîeui^, pardoni\ez*môi , je vous supplie, si j'ai laissé passer un ordinaire sans faire réponse à la vôtre dernière du 3 septembre. Il est vrai que si vous m'eussiez mandé par icelle quelque chose siir <Juoi il eût fallu incontinent vous faire
DE POUSSIN. l37
réponse, je n'eusse pas remis la partie à cette fois. Le bon M. Remy m'avoit prié de lui envoyer les dessins de deux des médaillons qui seront peints sur les fenêtres de la galerie, entre les Termes y afin que par ce moyen il pût termiper la dixième travée. Gela m'occupe en telle manière, que je n'ai pas pu vous écrire au long ce ^u'il faut que je vous fasse savoir; et quoique maintenant vous ayez reçu toutes les lettres que je vous ai écrites, et que vous sachiez comment les choses que vops aviez ordpnnées ont été exécutées, pour plus de certitude je vous en redirai deux mots.
Je n'ai pu avoir, de ceux qui copient au palais Famèse , autre chose qu'une seule copie de chaque original , quoique j'aie traité avec eux. de la manière la plus convenable. Enfin il a fallu en passer par où ils ont voulu; mais, je vous prie, ne désirez point davantage que ce que j'ai obtenu , pour n'avoir plus de dessoiis en toute cette affairera.
Pour ce qui est de Chapron, il vous a fait écrire ; ainsi vous verrez ce qu'il désire de vous , et vous me direz ce que vous voulez que je fasse. Les bons iqoines ont eu patience jusqu'à cette heure, et n'ont pas encore remis leur tableau; mais il en faut remercier la fortune, d'autant qu'au milieu des affaires qui courent, ils n'oseroient en parler au Cardinal barberini , qui difficilement leur donne audience , ^yant maintenant
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assez de quoi s'occuper. Ils disent qu'ils attendent votre résolution; ils ont en dépôt la copie que ledit Chapron à tâché de retirer telle /qu'elle est; mais il s'est trompé. Il semble que maintenant il lui fâche d'avoir conduit l'oeuvre si avant et d'en demeurer là ; mais c'est le mauvais conseil qu'il a pris qui en est caUde. Quant à moi , je n'ai jamais connu un cerveau comme celni*là; il n'a aucune raison et ne connoit aucune bienséance; ce qu'il affirme aujourd'hui , demain il le niera effrontément , quand il y auroit eu cent témoins. Pour le sieur Chieco , tant de promesses que l'on veut , il en donne , mais les effets sont bien rares; on ne sauroit en voir la fin; t'est son procédé avec tout le monde, particulièrement avec ceux qui le traitent bien. Il n'a point fini encore sa Copie, et il n'y a que lui qui empêche que je vou^ envoie ce que j^ai de terminé. Aujour* d'hui j'ai fait encaisser vos six beaux chandeliers avec la bordure de la tête; j'ai fait faire le tout avec diligence. Incontinent que ledit Chieco aura fini, je ferai encaisser vos t£|)3leaux et votre portrait en cire, et Vous enverrai le tout par la niieilleure et la plus commode occasion qui se pi;iésentera. Je vous ai écrit que M.. Antoine est parti d'ici sans faire bruit, et ne m'a rien laissé de ses modèles ; M. Errard vous racontera comme va l'affaire. Pour M. Thibaut, il mérite qu'on lui fasse du bien : vous l'avez ressuscité , tant par les vingt écus que vous voulez que je lui paie, que
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par les témoignages que vous lui donnez de Taffection que vous avez pour lui; il vous remerciera par lettre , et vous servira en tout ce que vous lui commanderez. Il fera bien de demeurer encore ici une année; je vous assmre qu'il a fait grand progrès en peu de temps. ]\f . Vitelles chi est hors de Rome pour jusqu'au ao de ce mois;) sitôt qu'il sera de retour, je Tirai voir pour ce que vous savez* Les copies de M. le Chevalier del Pôzzo ne sont point commencées , faute de trouver quelqu'un qui sache les faire. Ayez patience , je chercherai tant que je trouverai quelqu'un.
Je vous ai fait savoir qu'il vous restera de l'argent: j'attends votre réponse et vos ordres; néanmoins quand les copies de M. le Chevalier del Pozzo seront payées , ce qui restera ne sera pas considérable. Quand j'aurai fait encaisser toutes lés choses que j'ai présentement à vous , et que je les aurai consignées , je vous en donnerai avis et vous enverrai vos comptes, afin que vous sachiez au juste ce qui vous restera. Incontinent que j'aurai mis en ordre un petit tableau que j'ai . commencé, je mettrai la main au petit ravissement de saint Paul, et quand il sera fait je vous le ferai tenir par la voie du courrier, d'autant qu'il sera assez portatif.
Si M. Remy vous a dit quelque chose de mon retour, ce que je lui en ai pu dire n'a çté que pour amuser ceux qui convoitent ma maison du jardin des Tuileries ; car , moh cher maître , à
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VOUS dire la vérité , Monseigneur étant absent de la cour, je ne saurois, pour quoi que ce fût, penser à retourner en France ; et quoique ce pays-ci soit assez menacé de quelque détourbier y je ne saurois penser à en sortir : ne savez -vous pas bien que quand les maux nous doivent arriver, ils nous trouvent partout?
Le pauvre M. Snelles croyant s'en retourner jouir de la douceur de sa patrie , car il n'en avoit qu'une seule (, dont il avoit été long-temps privé, n'a pas eu le bonheur de la toucher de ses pieds seulement; à peine l'a-t-il. vue de loin, et il a rendu l'esprit à Nice (en Provence, n'ayant été ipalade que trois jours. Et puis qu'sd-je affaire de tant tenir compte de jna vie, qui désormais me sera plutôt fâcheuse que plaisante? La vieillesse est désirée comme le mariage; et puis quand on y est arrivé, il en déplaît. Je ne laisse pas pourtant de vivre alègre le plus que je peux, nie réjouissant surtout qu'il vous plaise de me donner occasion de vous servir.
Les, nouvelles que vous me mandez touchant ce qui se passe en Cour, ne m'étonnent en aucune manière ; si nous vivons nou$ en entendrons bien d'autres.
J'attends que l'on me mande quelque résolution touchant la galerie. Écrivez -moi ce que vous êtes d'opinion que je fasse, et vous m'obligerez beaucoup; et quand il vous semblera à propos^ permettez que l'on fasse un peu d'argent des meubles que Monseigneur me fit donner.
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Je ne vous saurois mander de grandes nouvelles de ce pays-ci, sinon que la guerre se va tous les jours enflammant de plus en plus. Jusqu'à maintenant le Toscan a eu de l'avantage: pour faire une diversion du côté de Pistoia, les gens du Pape qui étoient, au moins en partie, près de Bologne , y ont donné quelques assauts de nuit , sans qu'il en résultât aucun profit : voilà tout ce qu'il y a de nouveau. Si j'oublie à vous, dire quelque chose, ce sera pour la première fois que je vous écrirai; cependant je vous baise les mains très-affectueusement, demeurant à jamais,
Monsieur,
Votre très-humble serviteur,
AU MÊME
De Rome, le 37 octobre 1643.
Monsieur, néanmoins que depuis quelques jours je me sois trouvé en mauvaise disposition de santé , par un mal d'oreille et une pesanteur de tête qui ne m'ont pas encore quitté, je n'ai pas voulu manquer de vous faire savoir en quel état sont les choses que vous désirez d'ici ; et encore que, par ma dernière, je vous en aie assez
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Votre petit ravissement de saint Paul est mis ensemble; je le laisse sécher pour y retoucher.
Vous pourrez voir par ce mémoire-ci l'argent qui vous reste à Rome. N'ayant rien autre chose à vous n^ander, je finirai en vous baisant trèshumblement les mains.
AU MÊME
> De Rome, le 5 noTembre 1643.
Monsieur et très -cher maître, j'ai sujet maintenant de vous dire beaucoup de choses; mais ce que j'ai en la pensée ne sauroit contenir en un petit espace. La joie^quî m'a saisi est si grande qu'elle déborde de tous côtés , comme un torrent qui, lorsqu'après une longue sécheress»e des pluies abondantes surviennent à l'improviste, sort impétueusement de ses rives. L'heureuse nouvelle du retour en Cour de Monseigneur, s'étant répandue en un instant par toute l'Europe , m'a été annoncée par tous mes bons amis , et elle me revient de tant de côtés, qu'il n'y a plus moyen d'en douter. Dieu soit loué mille et mille fois d'un si rare bonheur qui nous est arrivé. Ce n'est pas en vain que la France se devra maintenant appeler heureuse, puisqu'elle revoit dans ses conseils ceux qui seuls peuvent augmenter son
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renom et sa gloire. J'attends de votre courtoisie , aux premiers jours, quelques bonnes nouvelles plus amples que celles-ci, qui nous ont été données comme pour nous tenir en arrêt. Il me vient une envie ttès-effrontée de témoigner à Moiiseigneur la joie que j'ai de son retour; mais la raison ne me le permet pas encore, et elle me commande même de continuer mon silence jusqu'à un temps plus. opportun. Le reste de cette feuille servira pouf vous faire savoir qu'aujourd'hui j'ai été voir le père Charles, pour convenir avec lui du parti qu'il £aut prehdre pour l'inscription que vous voulez que l'on ajoute au vœu de l'Ange de Lorette. On a trouvé nécessaire d'écrire de recbef à Lorette pour avoir la mesure de la plinthe sur laquelle pose l'ange , et sitôt que nous l'aurons , on travaillera à la plaque d'argent que nous ferons attacher avec grâce , autant que faire se pourra ; et quand le tout sera fait , je vous en enverrai la forme et la figure.
Pour ce qui est de vos autres affaires , il n'y a rien de nouveau depuis que je vous eu ai écrit. Laissez-moi faire du reste, et ne vous mettez nullement en peine d'aucune chose, dar tant que j'aurai la vie et la santé , j'aurai un soin particulier de tout ce que vous désirez de moi. Je vous ai fait savoir ce que j'ai arrêté avec le Vitelleschi ; si vous en êtes content , mandez-le moi. Pour ce qui est du port , maintenant je crois que toutear choses vous seront faciles , et que même il vous
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viendra quelque nouvelle envie des choses de ce pays-ci ; c'est pourquoi j'attendrai vos ordres , et vous laissant vaquer à vos nouvelles occupations , je finirai la présente en vous souhaitant toutes sortes de félicités.
JFe suis, Monsieur, votre très - humble ;et trèsdévoué serviteur,
Je me porte un peu mieux et de mon oreille et de mon front. Le petit saint Paul veut encore deux jours de caresses ; il seroit fini si ce n'étoit un peu de draperie d'azur qui n'est pas sèche.
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A M. DE CHANTELOU l'aîwé.
De Rome , 1« 5 «ovembfe x643.
Monsieur, j'envie grandement les nations qui, ne pouvant exprimer de vive voix les plus hautes conceptions de leurs esprits, ont inventé certaines figures, par la force desquelles elles peuvent faire concevoir à autrui ce qu'elles ont en la pensée. Si j'avais ce pouvoir, dans ce petit espace de papier vous pourriez facilement mesurer la grandeur de la joie (Jue j'ai éprouvée, lorsque tout le monde m'a assuré du rappel de Monseigneur en cour. Mais il faut que je me contente de dire qu'elle ne se peut accroître , et , en mémç
temps ) je m'imagine que la vôtre arrive au-delà <le l'infini. Vous aurez, s'il vous plaît, pour agréable que, en ce transport, je vous tienne compagnie; les bienheureux ne peuvent connoitre la jalousie. Je prie Dieu cependant qu'il vous remplisse de ses faveurs, et pour fin je vous baise humblement les mains. .
Je suis , Monsieur , votre très - humble et trèsaffectionné serviteur,
P. S. Je baise dévotieusemetit les mains à Messieurs vos cousins.
A M. DE CHANTELOU
SEGRiTAIRE DE MONSEIGNEUR I)£ NOYERS.
De Rone , le ii déoembre 164 3.
Monsieur, je viens, par ces premières lignes, vous supplier de m'excuser de deux erreurs que je fis en vous écrivant dernièrement : l'une est d'avoir fermé le mot de lettre qup j'écrivois k Monseigneur, vous ayant écrit auparavant que je vous le voulois mander ouvert ; l'autre est de ni^ vous avoir pas envoyé par le même ordinaire une lettre de M. le chevalier del Pozzo. L une et l'autre de ces fautes vous sembleront moins lourdes , quand vous saurez que tout le monde fut surpris
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du départ inopiné du courrier, M. rAmbassadeiir le faisant expédier deux jours plus tôt qu'il ne devoit ; de manière que si le courrier même ne m'en eût averti, j'eusse perdu l'occasion de vous envoyer votre petit Saint-Paul.
Je fus donc tellement pressé d'écrire et d'encaisser le tableau, qu'il ne me souvint pasr de laisser la lettre ouverte; et M. le chevalier Del Pozzo ne me donna la sienne qu'après le départ du courrier , ayant été aussi déçu par la même cause. Je vous l'envoie avec celle-ci, que je vous écris pour répondre à la vôtre du 5 novembre, par laquelle vous me mandez avoir vu les dessins que j'avais envoyés à M. Remy pour finir la dixième travée de la galerie. Par icelle même vous me témoignez d'avoir en gré cette mienne ponctualité , puisque vous me faites l'honneur de ine promettre de vous souvenir de moi et d'accueillir mes demandes, dussent - elles aller jusqu'à l'importunité : je vous suppUe de me conserver cette bonne volonté.
Vos affaires d'ici sont à peu près dans l'état où elles étoient ces jours passés. Celle de Sàn-Pietro in Montorio est demeurée là, comme vous savez: le bon Chapron n'est plus en cette ville; dernièrement il est parti , faisant semblant de s'en aller à Malte sur les galères ; mais l'on dit qu'il est allé à Paris où vous le verrez. Il est vrai qu'il ne vous a pas écrit, et le soupçon qui me l'avoit fait croire était mal fondé.
Pour le Chieco, il dit qu'il aura fini sa copie de Fariièse dans six jours; mais je n'en crois rien. Sitôt qu'il aura fait , je le ferai travailler aux copies de chez M. le chevalier Del Pozzo. La lame d'argent que vous désirez que l'on applique au vœu de Lorette n'est pas encore faite ; d'autant qu'il y a eu mille mal -entendus avant que d'avoir, pu savoir le lieu où elle d<Ht être attachée, de quelle grandeur elle doit être , et la place de l'inscription que l'on doit y graver. A la fin , nous en sommes venus jusqu'au point de la faire faire; lundi on y travaillera, et sitôt qu'elle sera finie, le Père Charles la fera parvenir à Lorette.
Pour le$ deux autres copies que vous désirez, avoir, celle que Le Maire avait commencée et celle de Le Rieux, elles n'accompagneront pas celles que je vous enverrai ; d'autant que Le Rieux part de Rome, et que Le Maire a peint la sienne d'après celle que Mignard vous a faite assez, mal, de sorte que je ne suis nullement d'avis d'y employer votre argent.
Je ne suis pas marri que nous ayons attendu jusqu'à cette heure à vous envoyer ce que nous avons de prêt , d'autant que la saison a été et est très -extraordinaire , pour les continuelles pluies et tempêtes, qui vont encore tous les jours continuant. Vous savez ce qui arriva aux moules que vous fîte3 emporter il' y a trois ans; la même chose eût* pu arriver à ces choses-ci, qui sont bieaplus sujettes à se gâter. Puisque Ton a at-
tSo LETTRES
tendu judcju'à maaitenàDt, on pourra attendre que le mauirais temps âoit passé.
Nous attendons votre réponse à l'égard des bustes du ftieur Vitelleschi. Du reste, s'il vous venait fantaisie de quelques choses qui se font iliieux et de meilleur dessin ici qu'à Paris , faitesle-moi savoir. Pour les autres , il me semble qu'il conviendroït mieux de les faire sculpter chei vous que non pas ici , pourvu qu'on eût des dessina oti des modèles ; au moins vous seriez assuré de les avoir sains et enttCfrs, et à aussi bon marché. Quant à l'exécution ^ à tout prendre , où va l'un va l'autre, et à Paris on trouve mieux le bois qui convient. Je Vous dis ceci, parce que si nous achetons des bustes ôU têtes de marbre , il y faut dessoui^ des Termes pour le& poâer. Vous pouvez penser à tfautres objets de curiosité et nous en aviser; M. Thibault et moi nous ne manquerons pas de vous bien servir.
Si vous envoyer à M. lé chevàlief Del Po^zo les nouvelles médailles que M. Variii a faites du Roi et de la Reine, il Vous en demeurera grandement obligé.
Pour ce qui touche ce que j'ai commencé làbas, j'atteindrai avec bonne patience que toutes choses s'accommodent ; car, quant à moi, je suis fort bien ici , et je me peux entretenir joyeuse^ ment , particulièrement s'il vous plaît que quelquefois je ni'cmploie à vous servir. Si je voulois embrasser toutes les choses qui me viennent^
DE POUfi»SIN. f5l
cent bras ne me suffiraient pas; mais je n'ai pas envie de m'incommoder pour des biens dont je ne jouirai que le peu de temps qu'il me reste à vivre.
Je vous ai écrit par l'autre ordinaire que j'avois consigné le Saint -Paul bien encaissé et bien couvert ès-mains de M. Vanscore , lequel j'ai prié de l'envoyer sûrement à Paris, où M. Pointel^ m<m bon ami et votre serviteur, doit le recevoir et vous le remettre. Vous lui ferez , s'il voud plait) rendre l'argent qull aura déboursé pour le port de Lyon à Paris ; le port de Rome à Lyon edt payé. Quand vous aurez vu le tableau , il vous plaira de m'en dire votre sentiment, sans me flatter, afin que si je ne vous ai pas bien servi, je m'efforce de mieux faire à l'avenir. Je demeure à jamais , Monsieur , votre très - humble et trèsobéissant serviteur,
P. S. Messieurs de Ghantelou, vos frères, trouveront ici mes très -humbles baise -mains. Ma femme vous fait une profonde révérence.
AU MEME
D« Rome, le ai ^Àsenibre i643.
Monsieur, j'ai reçu deux de tos lettres par le même ordinaire ; Tune du i o novembre , et l'autre du 1 9 du même mois. Ce n'est pas sans raison que vous vous êtes fâché en apprenant que le tableau de Saint-Pierre in Montorio a été remis en son lieu, avant que de l'avoir pu copier; mais vous savez assez à qui vous en avez l'obligation. U faut néanmoins que vous preniez la peine de m'écrire , soit qu'on la finisse ou non , ce que vous désirez que l'on fasse de l'ébauche , qui est demeurée en garde chez les moines.
Du reste vous vous consolez avec peu de choses, quand vous m'assurez que mes bagatelles vous sont assez agréables pour vous tenir lieu de ces ouvrages qui n'ont pas leurs pareils au monde. Vous vous êtes peut-être repenti d'avoir eu trop bonne opinion de moi , quand vous avez vu le petit Saint-Paul que je vous ai envoyé le 4 dm courant, et que maintenant vous avez reçu de M. Pointel. Ce n'est pas pourtant que je me puisse excuser sur le peu de temps que j'ai eu à le faire ^ car vous avez eu tant de patience en l'attente de si peu de chose , que je crains d'en avoir abusé.
DE poiTssiir. i53
M. le Chevalier Del Pozzo vous a écrit , et je vous ai envoyé sa lettre par l'ordinaire dernier. L'un et l'autre vous confessez d'avoir fait une heureuse rencontre; car pour M. le Chevalier, je vous assure qu'il met le bonheur de votre connaissance au nombre de ses meilleures fortunes, tandis que vous montrez journellement l'estime que vous faites de sa personne ; aussi ne manquéje pas de Lui faire voir en quelle façon vous l'honorez de votre amitié.
Il n'est pas besoin de me dire que vous êtes devenu plus prudent que par le passé, car vous l'avez toujours été grandement. Mais c'est que vous vous êtes donné le temps de considérer vous-même les choses. Il est bien vrai que vous êtes à une école où l'on voit, comme sur un théâtre, jouer d'étranges personnages; nîais ce n'est pas peu de plaisir que de sortir quelquefois de l'orchestre, pour, d'un petit coin et comme inconnu, pouvoir goûter le jeu des acteurs.
Sachant le désir que vous avez des secondes copies des Vierges de Famèse, M. Le Maire, à qui.j^ai parlé de nouveau, m'a promis de finir la sienne d'après l'original : il l'avait , comme je vous ai écrit, par paresse et négligence, finie d'après celle de Mignard. Mais pour celle que Le Rieux avait conunencée , je ne sais comment nous ferons; au pis aller, vous pouvez faire copier à Paris, celle que vous aurez de Chieco ; mais pre-
l54 LETTRES
mièrement je tenterai toutes choses pour la lui faire finir.
Votre lettre du 19 novembre me comble de joie, pour ce qu'il vous plait de me confier toudiant l'accommodement de Monseigneur. Je doutois bien fort de ses satisfactions ^ d'autant plus que j'allois considérant sa vertu qui , néanmoins qu'elle soit confessée de tout le monde 9 est exposée aux attaques d'une grande quantité de méchants, qui tomberont à la fin dans un holrible préci-^ pice, car le chemin qu'ils tiennent les y mène tout droit.
La même lettre me ravit et me coqsole doublement quand , par les termes dont vous vous servez en m'écrivant, je connoîs assiez qu'il vous plaît de me conserver en l'honneur de vos bonnes grâces, et de vouloir bien que je vous honore de tout mon cœur.
Je vous remercie infiniment de la promesse que vous me faites de vous souvenir de mes inté* rets, si les affaires s'accommodent Quant à ce que vous désirez de moi , «assurez-vous , Monsieur , que j'ai renoncé à moi/- même pour être» tout vôtre.
Chacun est réjoui que deux personnages aussi vertueux que M. le Yicomte de Tureone et M. de GassioB, aient reçu des marques signalées d'cs<^ time et d'âfiectîotr. M. de Gassion particulière « ment est trop généreux pour ne pas honorer ses
DB potjssiir. i55
amis en tout temps; aussi est -il loué généralement de tout le monde : Dieu le conserve. Je suis en attendant de vos nouvelles touchant ce que je vous ai écrit des bustes de Vilelleschi. '
Je vous ai envoyé un compte , par lequel vous verrez à peu près ce qu^il vous reste d'argent et ce qui a été dépensé ; de sorte que vous pourrez pourvoir aux autres dépenses que vous voudrez faire. Assurez -vous d'être toujours servi plus soigneusement par moi que s'il s'agissait de ^lon propre intérêt*
Je finirai Ik présente en vous souhaitant les bonnes fêtes et une meilleure nouvelle année que la dernière.
La visée qui m'était venue de prier le secrétaire du cardinal de s'employer pour l'envoi de vos effets, s'est aussitôt passée et je n'y pense plus. Je suis, Monsieur, votre très-humble et trèsdévoué serviteur,
Messieurs vos frères trouveront ici mes trèshumbles salutations; ma femme vous baise les mains , en vous faisant très - profonde révérence.
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A M. DE CHANTELOU l'aîné.
De Rome, le 17 janvier 1644*
Monsieur , si le plus grand de vos souhaits et le plus raisonnable ne trouvoit point d'autres obstacles que la neige et les Alpes, comme fait le moindre de ceux que vous formez , vous pourriez vous assurer d'être , en l'espace de six semaines, hors de toute inquiétude. Si le premier, comme chacun le croit, ne sauroit manquer de vous arriver, à plus forte raison le dernier, qui n'est rien , ne vous manquera jamais ; car tant que j'aurai la vie, je ne cesserai de désirer d'être entièrement votre. Cependant je vous supplie de me continuer l'honneur de l'affection qu'il vous a plu jusques à présent de me témoigner. Je vous baise très -affectueusement les mains, et suis. Monsieur, votre très -humble et très - obéissant serviteur ,
DE poiTssiir. i57
A M. DE CHANTELOU
SECRÉTAIRE I>£ MONSEIGNEUR DE NOYERS
De Rome, le 7 janvier 1644.
Monsieur , ayant tardé à faire réponse à la vôtre du I*' décembre jusqu'à aujourd'hui que j'ai reçu la dernière du 1 1 du même mois , celle - ci servira de réponse à toutes les deux : et , devant que d'entrer en raisonnement sur d'autres points , je prie Dieu que toutes choses se passent au contentement de Monseigneur ; car étant ainsi , les autres affaires qui vous touchent ici sont à point et attendent vos ordres.
Le Vitelleschi est fort inquiet, et, depuis que j'ai traité avec lui, il a compté les jours et lès nuits qui se sont passés, lui semblant qu'une heure dure mille ans, pour la grande envie qu'il a d'engloutir vos quatre cent cinquante écus, comme un loup affamé dont l'estomac ne se peut jamais remplir. Mais il ne les a pas encore; et ne doutez pas que je ne fasse toutes sortes de diligences afin que vous restiez bien servi.
Je vous remercie au surplus de votre libéralité touchant le prix du petit Saint -Paul que je irous ai envoyé. Quand vous l'aurez vu, vous pourrez dire peut-être qu'il vous coûté beaucoup :
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j'attends ces reproches de vous, mais avec le temps j'espère vous en domier un dédommagement.
Je ne me réjouis pas autant de ce qui s'est passé juisques ici relativement à Monseigneur , que je me laisse flatter par l'espérance de le revoir bientôt plus florissant que jamais. Les difficultés qu'il a surmontées ont été plus périlleuses pour lui que le passage de Scylla et Carybde ne l'est pour les navigateurs; maintenant, voguant par un océan plus calme, il doit arriver bientôt au port de ses justes désirs.
Hier je fus voir la copie que le sieur Chieco a finie y et aujourd'hui je l'aurois retirée , si ce n'eût été quelque difficulté qu'une autre fois je vous raconterai. Tespère la retirer bientôt, et, avec les autres choses qui sont prêtes, vous l'envoyer à la première commodité.
Quant aux bustes y lorsqu'ils seront à vous , et à votre portrait en cire , je ch^cherai le moyen le plus sûr et le plus facile de vous les envoyer.
Chieco et Claude Le Dieux m'ont promis tous deux de copier les tableaux de chez M. le cheva-^ lier Del Pozzo, et je crois qu'ils vont les commencer incontinent*
J'ai montré votre lettre au bon M. Thibaut qui en a été fort touché ; si votre volonté est de lui aider, il serait bon de lui donner quelque peu de chose par mois, afin que ce lui fût un recours dans la nécessité où il se trouve.
DE POUSSIW. 169
La distance des lieux est cause que souvent les choses que l'on écrit à temps et à propos paroissent , à leur arrivée , tout le contraire , tant les circonstances amènent de variétés en peu de jours; mais enfin, la joie que nous avons eue du retour de Monseigneur à là cour n'a pas été trop vive , puisqu'il a foulé aux pieds la difficulté qui lui était opposée. Je m'en ♦réjouis doublement, parce qu'il est vu de bon œil de S. M., et parce que maintenant l'occasion est née pour faire voir qu'il est nécessaire d'employer celui qui est homme de bien et qui mérite de commander aux autres.
Nous ne savons pas quelle mine faire de la perte de M. de . . . et de son armée. Mais qui sait ce qui en doit succéder ? Quelquefois , si nous n'étions perdus , nous serions perdus ; des plus grands maux il vient souvent de grands biens ; et ce sont les secrets chemins que tient la nature ]>our le changement des choses. J'ai reçu , avec votre dernière , une lettre de change de quatre cents écus que le sieur Arigoni m'a promis de me payer à ma volonté : si par aventure il ne se faisait rien avec le Vitelleschi , il ne sera pas besoin de la recevoir. J'attendrai toujours avec impatience les bonnes nouvelles que vous me promettez de me donner, et cependant je demeure selon ma coutume, Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur ,
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