‹ Collection de lettres de Nicolas PoussinChapitre 12 sur 24 · CONNOISSEMENT ADRESSE AU MEME · texte numérisé non relu

CONNOISSEMENT ADRESSE AU MEME

De Rome , le i c janvier 1644.

Ont chargé , au nom de Dieu et de bon saiivement, en une seule fois sur. cette Ripa Grande y Guillaume Després et Pierre Ravel, d'ordre de M. Poussin et pour compte de qui il appartient , sur la barque nommée Saint - François , Patron Jean Bronde de Marseille ou autre pour lui ;

Sept caisses, marquées comme ci-contre, qu'ils disent contenir^ savoir : six,- des chandeliers et une bordure de bois doré , et la septième un rouleau de copies de tableaux , toutes enveloppées de toile cirée et de canevas , cordées , cachetées , et bien conditionnées ; pour le même consigner ce présent voyage à M. Louis Napolon de Marseille , ou autre pour lui, au dit lieu, et recevoir, suivant la note, soixante - trois livres tournois. Dieu le conduise à sauvement.

AU MEME

De Rome, le la janTÎer 1644.

Monsieur, aussitôt qu'il a été possible de rouler la copie de Chieco, je l'ai encaissée avec les

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autres, de manière que je crois qu'elles vous seront rendues bien conditionnées. Néanmoins, quand vous les aurez reçues, vous les ferez tendre chacune sur son châssis, puis laver avec une éponge et de Teau claire , que vous ferez essuyer incontinent avec un linge à demi usé, blanc et net : quand elles seront bien sèches , vous y ferez donner le vernis par quelqu'un qui s'y entende. Si par hasard le papier s'étoit attaché en quelque lieu, prenez un peu de sucre d'orge, frottez doucement cet endroit, et le papier se détachera. Les six chandeliers sont encaissés dans six stutres caisses le plus diligemment que nous avons pu ; la bordure dorée y est aussi. Les sept caisses susdites sont couvertes de bonne toile cirée et de grosse toile par-dessus, et fortement liées de cordes. Ayant trouvé l'occasion d'une bonne barque Màrseilloise qui étoit prête à partir, j'ai prié MM. Guillaume d'Espior et Pierre Ravel , marchands françois demeurant à Rome, de vous faire tenir vos sept caisses par le moyen de leurs correspondants de Marseille et de Lyon.

Je vous envoie une des polices que j'ai reçues des susdits; je garderai l'autre pour moi, comme on a coutume de faire.

Les caisses sont toutes marquées en tête du

présent caractère Les toiles ou copies de la

plus petite caisse sont au nombre de neuf, savoir : la Vierge au Chat ; la Vierge qui est assise et

qui tient sur son genou le petijt Christ^ laquelle est de Migoard ; celte d'après, le Psu^mesan , de Nocret; celle de le Rieux; les portraits de M. fi?rard ; le petit Dieu â^ Pitié de le .Maiire ; votre portrait et sa copie ; enfin; uoe petite copie d'une Vierge en pied , faite par Le Rieux. Je prie Dieu que le tout arrivé à bon. port.

Tous les joups passés,, j'ai trotté chez l'um et chez l'autre , pour avoir la^ patente qui permet de tirer hors de Rome les huit bustes de Vitelleschi; mais je';|i'ai encore pu ifien faire^ Il est lurai cpm , uu chacun croyant qu^ Notre Curé dût mourir , cela a été cause du retacdemeiat de cette a^re, que je ne cesserai de^ poursuivre jusqu'à; ce qae j'en sois^ dedans on. dehors. Votre argent deineur rçra ès-n)ains du sieur Arrigoni jusqu'à c^ qs^: je sache ce que je dois eh faire.

Votre plaqjiij3 djargent; pour Lpi^tt^ est &ûe ; il n'y manque* q;ue l'éa^ituife qu'il ^t grawr dessus. Sitôt qu'elle sera? pret^, je la; remeHrai au Père Charles, qui, l'euveriîa; audîi Keit de liiorette.

J'ai pensé mille fois au peu d'amouiv, au peu de soins, et de netteté que nos copiâtes, de- pi:ofession apportent^ c€?qja'ils ex^utent., eU 2iu prix qu'ils demandent de leurs h^rbouiller4«&, et jo^me suis émerveillé en mé^e temps de ce quêtant de personnes s'an délectent II est vrçti que, vayant les beaux ouvrages et ne pouvant lés avoir^ on est contraint de se contenter de copies tant bien que

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mal faites ; chose qui , à la vérité , pourroit diminuer le renom de beaucoup de bons peintres , si ce n^étoit que leurs originaux sont connus d'un grand nombre de personnes qui savent bien l'extrême différence qu'il y a entre eux et les copies; mais ceux qui ne voient rien autre qu'une mauvaise imitation , croient facilement que l'original n'est pas grand'chose , tandis que les malins se servent avec avantage de ces copies mal faites pour décréditer ceux qui en savent plus qu'eux. Pensant en moi-même à toutes ces choses, j*ai cru faire bien , et p6tir mon honneur ^t pour votre contentement , de vous prévenir que , demeurant ici , je souhaiterois être moi«-même le copiste dés tableaux qui sont chez M. le Ch^*". Del Poizo, soit de tous lés sept, soit d'une partie, ou bien encore d'en faire de nouveaux d'une autre disposition. Je vous assure, Monsieui*, qu'ils vaudront nûeBx que des copiés , ne coûteront guère plus, et ne tarderont pas plus à être feits. Si ce n'eût été que depuis votï*e départ j'ai été dans une perpétuelle irrésolution , j'aurois déjà commencé : je sais bien que vous ne m'auriez pas désavoué , et arrive ce qui pourra , je suis pour y mettre la main en attendant votre réponse. Quand même il seroit nécessaire de travailler pour les dessins de la Galerie , je pourrai donner mes soins aux ims et aux autres* Cependant portez- vous bien; de mon côté, je tâcherai de me conserver pour vous sei^ir. Je

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sui^, Monsieur, voire très-humble et trè^-ôbéis-

sarit serviteur,

AU MÊME

De Rome, le 30 février 1644.

'Monsieur, à l'heure même que j'eus reçu votre dernière du 22 janvier , je fus saluer M. le Chevalier Del Pozzo , et lui présenter votre lettre qui fut lue ,en ma présence. Elle fut reçue avec applaudissement par ledit Chevalier, et louée pour le doux style que vous savez employer, et la grâce particulière avec laquelle vous exprimez la tendresse de cœur que vous avez pour vos amis : de manière que je me trouve encore ravi de joie d'en avoir ouï la lecture ; car comme celle à laquelle vous répondiez fut écrite en ma faveur, la vôtre abondoit en expressions bienveillantes pour moi. Votre belle médaille d'or avoit été présentée huit jours auparavant, comme déjà je vous l'ai écrit. Les lettres de MM. de Valancé ont été envoyées à Bologne par voie bien assurée.

Or , maintenant , il faut que je vous rende compte du reste de vos affaires. Je vous ai écrit , il y a déjà, quelque temps , que je vous avois envoyé vos copies de tableaux avec vos chandeliers de bois doré, et ensemble la police du marchand

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par. le moyen duquel le tout vous sera remis. Je vous en envoie une autre ci - incluse de l'embarquement des huit bustes de yitelleschi, c'està-dire de ceux que vous-même avez choisis, pendant que vous étiez à Rotne; une autre caisse contient votre portrait en cire, et enfin une autre petite des couleur^ à fresque pour M. Le Maire , de sorte qu'elles sont dix en tout. Chacune d'elles porte , outre son numéro particulier , comme i , a, 3, 4>5,6,7, 8, 9, lo, l'adresse suivante: Chez Monseigneur De Noyers à Paris. Elles sont toutes contre-signées de vos armes , et portent en même temps la figure d^un flacon, pour montrer et faire entendre que ce sont choses sujettes à rompre. Le tout est diligemment encaissé, lié et garrotté de bonnes cordes. Pour vous arriver , ces caisses passeront par le détroit ; ainsi l'on a résolu , après avoir bien pensé aux autres moyens. Le marchand qui les doit recevoir à Rouen pour vous les faire tenir à Paris , se nomme Jean Turgues.

Pour ce qui est de la lame d'argent pour Lorette, elle est terminée; et si ce n'eût été un peu de mal que j'ai eu au genou , je l'aurois remise au Père Charles : ce sera , Dieu aidant , pour un de ces jours. Il ne faut point que vous croyiez qu'il y en ait une autre de faite ; car , avant que d'avoir ordonné celle-ci , on s'étoit informé diligemment si , à Lorette , chez quelque argentier, il y avoit eu quelque chose de commandé, ce que les Pères Jésuites n'ont point trouvé ; de manière que

j66 lettres

ceux qui you$ ont dooné à entendre le contraire vous ont trompé. Que vojus m'ayez écrit une autre lettre que celle que j'ai reçue de votre part toucliant (Cejtte affeire , je n'en sais rien ; mais à cette fin que vous ne croyiez pas que je vous aie servi à Fétourdi , je vous renverrai votre propre lettre , et vous y verriez ce que vous m'aviez ordonné de faire.

II ne reste maintenant qu'à finir la copie que M. Le Maire a promiis de faire; car pour celle du tableau de S. Pietro in Montorio , il ne faut point penser à la faire finir : personne ne veut c'en charger , et même il est impossible de l'exécuter là où est maintenant l'original. Je n'ai point de lieu chez moi où je la puisse mettre ^ et si on la roule, elle se gâtera en fort peu de temps ; c'est pourquoi je vous y laisserai aviser. Du reste ^ quand Cbapron reviendroit ici, je ne veux avoir affaire à lui non plus qu'âtu diable qui l'accom-' pagne. Je vous envoie votre compte ci^inclus , là où par le menu vous pourrez connoître à quoi j'ai employé votre argent, et ensemble ce qui vous restera. Plusieurs fois je vous ai écrit que j'avois reçu et fait accepter la lettre de change des quatre cents écus, qui ont servi , avec cinquante autres , à payer les huit bustes susdits.

Je ne tarderai guère à commencer le tableau que vous me commandez que je fasse , et ce sera des meilleurs pinceaux que j'aie, vous assurant bien que tputes les forces me manqueront s'it

n'est supérieur à tous ceux qui sont sortis de mes mains.

J'attends votre réponse sur ce que je vous ai mandé au sujet des copies de M. le Chevalier Del Pozzo, et puis nous nous gouvernerons ^elon votre désir. (

Je prie Dieu que Monseigneur, donne une bonne mortification à ce larron et cet ignorant de Isicquelin; il mériteroît qu'on le pendît par leà génitoires.

Je prie Dieu encore de tout mon cœur que les belles délibérations de notre Princesse ne soient jamais détournées de leurs effets par aucuns malheureux obstacles, afin que la postérité puisse voir quelques signes de grandeur en notre nation : mais y mon cher maître , nous sommes dans un étrange siècle. Dieu omnipotent vous tienne toujours en sa protection , et vous fasse abonder en toutes sortes de biens. Je suis, Monsieur, votre très^faumble et très-obéissant serviteur,

P. S. Le bon M. Thibaut se recommande fort à vos bonnes grâces ; j'ai oublié de vous dire que Fort vous etiverra plus d'un hiddèle de Termes pour poser vos bustes, quand vous les aurez.

Je vous envoie une lettre que ce tîharlataii de Vttelleschi vous écrit; il dit qull désirefoit fort avoir des nouvelles de M. De La Varenne.

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AU MEME

De Rome, le t8 mars 1644*

Monsieur , ne pçuvant faire autrement , j'ai tardé jusqu'à présent de faire réponse à votre dernière du 5 février , à tous les chefs de laquelle je répondrai maintenant sans rien omettre. Vous n'êtes plus en peine de la lettre de change que vous m'envoyâtes pour payer les bustes de Vitelleschi ; je vous ai écrit par plusieurs fois que je ' l'avois reçue.

Les lettres que vous avez écrites au gouverneur de Lorette lui ont été envoyées sûrement par le moyen du bon Père Charles.

Les bustes que vous-même vous choisîtes chez H. Vitelleschi ont été payés avec les quatre cents écus envoyés dernièrement , en y ajoutant cinquante autres pris sur vos huit cent trente-trois écus. Je vous ai écrit que je les avois fait embarquer par le moyen de MM. Guillaume d'Espior et Pierre Ravel , marchands français , pour vous les faire tenir. Je vous ai mêmement envoyé leur police , et fait encore savoir le nom de leur correspondant à Rouen, les caisses devant être expédiées par le détroit, à cette fin que, si elles tardent trop, vous vous puissiez informer du^it correspondant , et savoir s'il en a des nouvelles

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OU non. Avec les mêmes lettre et police, je vous ai envoyé le compte de l'argent que j'ai employé pour vos affaires, et ce qui vous reste.

Je me trouve extrêmement consolé de l'état où vous espérez que seront bientôt , Dieu aidant, les affaires de Monseigneur , et de ce que vous travaillez , comme d'autres vertueux Hercules , à réprimer tous les brigandages dont notre pauvre France est si misérablement infectée : Dieu vous donne la grâce d'en venir à bout.

J'attends avec impatience votre résolution touchant ce que je vous ai écrit des copies de chez M. le Chevalier Del Pozzo, car j'ai empêché qu'on les ait commencées , et cela à bonne intention ; mais quand finalement vous les voudrez, il n'y aura empêchement aucun.

M. Thibaut s'est évanoui de joie , en lisant ce que vous m'ordonnez de faire pour lui , et de l'espérance que vous lui donnez pour l'avenir : le pauvre garçon avoit bien besoin de votre aide. A tout hasard, je lui avois donné plus que les vingt écus de votre argent, ainsi que vous verrez sur votre compte; et 3'il fût arrivé que vous n'en eussiez pas été content, je vous les aurois remboiu*sés du mien. Mais voyant la bonne volonté que vous avez pour lui par vos dernières lettres , j'ai été hors de doute sur vos intentions, et de nouveau je lui ai donné dix écus pour son mois de mars. Ainsi j'irai continuant de mois en mojis, comme vous l'ordonûez. Il dit que tout ce qu'il

inodèle est pour vous : s'il me remet quelque chose , je vous le conserverai jusqu'à ce que vous en ordonniez.

Je voudix>is bien âvmr l'occasion de vous mander quelques nouvelles de ce pays-ci, ainsi que vous me faites la faveur de m'écrire sur ce qui se passe par-delà. Mais l'on ne fait autre que de parler de la paix : Dieu veuille nous la donner ; un chacun la désire fort.

J'ai remis votre lame d'argent^ potir Lorette, au Père Charles, qui la fera tenir sûrement et placer en son lieu. Nous avons accommodé la chose de manière qu'elle ne peut manquer. Ne CToyez point M. Le Chat , car c'est , ne lui déplaise, un menteur; ni lui ni personne n'ont rien fait commencer pour vous à Lorette, touchant l'inscription que vous voulez faire ajouter au vœu que vous y portâtes.

Je ne fais maintenant autre chose les soirs que de chercher quelque beau sujet pour vous faire un tableau de réputation si je peux; quand je l'aurai trouvé et arrêté, je vous en enverrai une idée. Cependant je demeure éternellement, Mcmisieur, votre très «humble et très -obéissant serviteur,

P, S. Je baise très -humblement les mains à MM. vos frères.

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AU MÊME

De Rome, le 17 mai» 1644.

Monsieur, j'ai reçu en même temps deux de vos très-chères lettres. Par l'une et l'autre, vous me montrez que la proposition que je vous ai faite touchant le$ Sept Sacreqaents vous H été agréable; aussi vais- je me préparer à vous servir; et , laissant à part les autres choses que j'a* vois pensé de vous faire , je m'occuperai uniquement de celles-ci, et avec d'autant plus de soin et de plaisir, que vous voulez bien vous en remettre entièrement à moi pour ce qui. concerne la dis-^ position des sujets, la grandeur des figures, et toutes les autres particularités* Si je suis si heureux que d'avoir la santé à l'avenir, telle seulement que je l'ai maintenant, quoique la besogne soit de longue haleine, j'espère l'avoir bientôt terpiinée, d'autant que j'ai résolu de laisser une infinité de pratiques qui s'offrent tous les jours. Pour deux choses seulement, je me trouve engagé envers des personnes à qui je ne peux dire non; mais cela s'accommodera avec le temps; et, sans m'étendre davantage sur cette matière, je vous supplie une fois pour toutes de ne point traiter d'une façon cérémonieuse avec votre serviteur, mais de croire seulement que je n'ai

rien en si grande recommandation que votre service. Tout ce que vous avez c6nfié à mes soins ici est fait. Vos chandeliers et vos tableaux sont arrivés à Marseille , M. Despior en a eu nouvelle; votre lame d'argent a été envoyée à Lorette ; vos bustes de marbre sont arrivés à Livourne. Mais il se présente une difficulté : il n'y a point de vaisseaux, et n'y en aura point d'ici à un an, qui aillent à Saint-Malo ou à Rouen. Il n'y a maintenant *qùe ceux de Hollande qui soient sur le point de partir; et quant à ceux d'Angleterre, il n'y faut point penser à cause de la guerre. Je vous ai voulu avertir de ce qui se passe ; mais , avant que j'aie votre réponse , si , contre toute espérance, il se présentoit quelque occasion, nous nous en servirions. Plutôt que de vous les expédier par le détroit, il m'étoit venu à la pensée de les envoyer à Lyon, et de les y faire garder dans quelque magasin, jusqu'à ce que le sculpteur qui conduit lés statues du Cardinal Mazarin , les eût pris en passant par ledit lieu, pour les transporter jusqu'à Paris avec les objets qui sont confiés à ses soins. Je lui en avois déjà parlé, et il m'avoit promis de le faire, car il est bien de mes amis; mais, ne sachant pas que ce fût chose bien assurée, je les envoyai à Livourne, sans attendre davantage , de crainte de laisser échapper de bonnes occasions. Or, maintenant qu'il est bientôt prêt à partir , je lui veux rappeler ma proposition, et voir s'il aura la même bonne volonté qu'il avoit

alors. En cas qu'il ait changé, je ne laisserai pas de vous les envoyer à Lyon , là où il seroit si facile à quelques-uns de vos amis de vous les faire porter jusqu'à Paris. Il part bien souvent d'ici des personnes de connoissance , qui , en passant par Lyon^ pourroient vous les conduire; mais, pour bien faire cette affaire-là , parlez-en à nos bons amis de Lyon , dont l'entremise nous sera nécessaire ,^ si par hasard notre dit sculpteur s'oblige à faire cette besogne. En tout cas , vous pouvez par avance ordonner, par le moyen de MM. Serisier et Pointel, la dépense qu'il faudra faire à Lyon pour recevoir et garder les caisses. Je vous écrirai du succès de cette affaire quand il en sera besoin; ayez seulement un peu de patience, et tout ira bien. Ce que je vous dis maintenant ne vous doit pas mettre en peine , car nous aurons du temps pour penser à tout , avant que les caisses soient arrivées à Lyon.

Pour finir ^ répondre à quelques autres chefs de vos lettres , je vous prie d'abord de croire que notre Saint Père se porte fort bien. Il est entièrement rétabli de la maladie que'on croyoit devoir l'emporter en peu de temps.

C'est une folie de craindre les nouveautés et les brouilleries en France, puisqu'on ne peut les y éviter , et que jamais on n'y a été sans cela.

Si je n'espérois vous mieux satisfaire avec le pinceau qu'avec la plume, je-£uirois les occasions de vous peindre quelque chose. Aussi-bien est-ce

candcience de vous importuner de mes lettres ma polies comme eUes scmt; mais, puisque vous avez pour agréable de recevoir souvent de mes nouvelles, je mettrai la main à la plume coinme au pÎHceau. ,

Je suis ravi de joie de ce que vous me £aites savoir du gros homme Jacquelin; mais bien davantage de ce que le mérite et ceux chez lesquels^ il se rencontre, auront un bon protecteur à Tavenir.

Je finirai la présente pour cette heure , en vous baisant très-humblement les mains , moi qm serai à jamais , Monsieur , votre très4iumble et trèsobéissant serviteur,

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De RY>me , le Avril i64'4.

Monsieur, je devois répondre à la vôtre du 5 mars par l'ordinaire passé ; mais l'incommodité d'un grandissime rhume qui m'étoit survenuem'en empêcha; Maintenant que le mal s'est amoindri , je m'empresse de remplir ce devoir, et, en premier lieu, de vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait de me raconter >confidemment les raisons pour lesquelles vous n'avez pas voulu accepter la charge d'Intendant des Bâtiments, que

DE pousaiN. lyS

tout le monde qui vous counoît et qui vous aime souhaîteroît que tous eussiez. Maiâ toutes tos actions étant conduites par le moyen de la raison, vous ne pouvez rien faire qui n'ait une fin vraft-* ment vertueuse. Tous ceux qui se trouvent dans votre dépendance, comme moi et tacit d'autres, se doivent réjouir de ee que Monseigneur, à qoi Dieu donne une long.ue vie , vous fait demeurer auprès de lui , afin que vous soyez toujours notre bon avocat et protecteur : c'est ce que nous pouvons souhaiter de mieux, et rien davantage.

Ce nest pas merveille, si M. de Charmois, qui est extrêmement modeste, a loué le petit Saint- Paul que je vous ai fait : étant particulièrement entre vos mains, il sera, encore préservé de la morsure des plus venimeuses langues*

Ce seroit me faire tort, si vous ne croyiez pas que j'aie en singulière recommandation les Sacrements que vous m'avez demandés. J'en ai fait mon objet capital, et ce sera làr que je mettrai toute mon étude et toutes les forces de mon talent, tel qu'il est.

Je vous ai promis, par ma dernière lettre, de vous faire savoir en quel état étoit l'affaire de vos buit bustes de Vitelleschi. J'ai, donc su» de M. Despior que son correspondant de Livoume les avoit fait embarquer, sur un gros vaisseau hoUandois, pour Amsterdam, où, étant arrivés Dieu aidant, on ■ les renverra à Rouen au sieur Jean Turgues , marchand , qui vous les fera tenir à Paris. M. Despior

dit que le por,t ne coûtera guère davantage que si c'étoit par Rouen en droiture , et que le voyage se fait en deux mois: enfin, arrive ce qu'il plaira à» Dieu , il faut patienter, car il n'est plus temps de penser à un autre moyen.

Le Père Charles m'a envoyé une lettre du Père Provincial Jésuite , qui a porté la lamé d'argent à Lorette , là où il dit avoir consigné ladite lame es mains de Monseigneur Gaetano , qi^i a dû commander aussitôt qu'elle fût appliquée en son lieu. Pour ce qui est de vos chandeliers et de vos copies, je n'en ai pas eu d'autres nouvelles, si ce n'est qu'il y a long-temps qu'ils sont arrivés à. Marseille : je crois que si vous ne les avez pas encore reçus, ils vous arriveront bientôt.

J'ai retiré la copie de vierge que le sieur Le Maire vous a faite; j'attends que vous m'indiquiez la manière dé vous l'envoyer.

On nous assure que la paix éàt faite entre le Pape et Messieurs de la Ligue ; nous en attendons la publication. On dit ici que Sa Sainteté ne se porte pas bien ; s'il nous manque , Dieu nous donne mieux. Il n'y a autre chose de nouveau dans ces quartiers-ci.

M. le Chevalier Del Pozzo et M. son frère vous saluent très- affectueusement. Je suis , Monsieur, votre très-humble serviteur ,

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AU MEME

D« Kome , le i5 avril 1644.

Monsieur, quand ainsi serait que vous eussiez laissé passer encore cet ordinaire sans m'écrire, quoique vos nouvelles me charment infiniment l'esprit , je ne me plaindrbis pas du grandissime contentement dont je suis privé , pourvu que j'eusse enfin reçu nouvelle de Tarrivée de vos caisses, et que je susse que ce qui est dedans vous a été remis sain et entier; car tant que je n'aurai pas reçu de bonnes nouvelles, je craindrai fort qu'il n'y ait quelque accident.

Vos dix autres caisses Sont en route. Je crois fermement qu'elles arriveront à bon port , vu la bonté de la saison. Tant que l'hiver a duré , il y a eu, par mer, des tempêtes et des tourmentes extraordinaires , de sorte que quantité de barques et de vaisseaux ont été engloutis dans les ondes; et je crois que c'a été un bonheur d'avoir tardé à vous faire cet envoi.

Je suis bien aise que vous ayez reçu la dernière police que je voiis ai envoyée, avec le compte de la dépejnse que j'ai faite pour vous. J'ai depuis donné septante écus à M. Thibaut ; vous me man^ derez , s'il vou$ plaît , ce que vous désirez que je

la

fasse du reste de votre argent. Je vous prie affectueusement de ne considérer point le temps que j'emploie à vous servir, car je l'estime à bonheur, et le fais avec joie. Si vous vous souvenez de moi lorsque les affaires de delà s'accorihnoderont , je recevrai avec reconnaissance ce que l'on fera pour moi, et vous en demeurerai toujours étroitement obligé.

Je vous rends mille grâces de ce que vous avez permis à M. Remy de faire la vente des meubles qui étoient restés dans la maison des Tuileries; aussi-bien se gâtoient-ils. On en a tiré cent écus, que je recevrai demain.

Je ne vous parlerai plus de la plaque d'argent de Lorette, car je vous en ai si souvent écrit que cela doit suffire. Elle est enfin coUoquée à sa place.

Hier je commençai à travailler, à l'un des Sacrements. Je prie Dieu qu'il me donne la vie assez longue pour les finir tous sept, ainsi que je le souhaite. Je sais bien que l'attente est une fâcheuse chose , et que vous ne la supporterez pas sans quelque ennui; mais. Monsieur mon cher patron, je n'ai qu'une main, et elle s'emploiera pour vous servir le |)lus promptement qu'elle pourra.

Quand vous aurez écrit au Vitelleschi, je, ne manquerai pas de lui présenter votre lettre. J'ai donné à M. Thibaut les vingt écus en deux fois; Aix écus pour le mois de mars , et dix autres pour

OE POUSSIlf. 17g

le. mois d'avril. Il a été ravi quand il a vu votre lettre, et qu'il a su que vous lui donneriez ici dix écus chaque mois; il vous en remercie trèshumblement ; et parce qu'il ne se présente maintenant autre/ chose à vous faire savoir, je finirai la présente en me disant pour toute ma vie , Monsieur, votre très-humble serviteur,

AU MEME

De Rome , le 25 avril i644-

Monsieur , j'aurais été extrêmement satisfait , si, avec la nouvelle de l'arrivée de vos caisses , que vous me donnez par votre lettre du 3i mars, j'eusse appris en quel état les six chandeliers ont été trouvés ; s'ils sont arrivés aussi bien conditionnés que vos copies , tout va bien.

Je vous prie de croire que j'ai fait mon possible pour vous faire bien servir à l'égard des copies que l'on vous a faites ; mais les peintres qui y ont travajllé ne savent pas faire davantage, comme je crois, ou le désir qu'ils devraient avoir d'employer toutes leurs forces à ces ouvrages, aura été diminué par quelque cause qui ne n^'est pas assez connue. Us ne laissent pas de croire

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qu'ils ont fait des merveilles, et c'est ce dpnt , au paiement, je me suis bien aperçu.

^ La dernière copie que M. Le Maire a faite, quoiqu'il y ait bien pris de la peine, est inférieure à celle de Mignard, que vous avez ; et si Le Bieux avait fini la sienne , c'aurait été la moindre: Enfin , Monsieur, il faut confesser qu'il ne se rencontre guère personne capable de contenter en de pareils ouvrages, l'intelligence manquant aux uns, et aux autres l'assiduité au travail et le désir du succès qu'il faut avoir pour bien faire. Ce n'est pas le défaut de ces dernières qualités qui empêchera jamais que je vous fasse quelque chose de bien; et si la première ne chemine pas d'un pied égal , vous devrez m'excuser, puisque je n'aurai rien épargné de ce qui dépend de ma volonté. Je travaille gaillardement à TExtrème-Onction, qui esten vérité un sujet digne d'un Apelles, car il se plaisoit fort à représenter des mourants. Je ne quitterai point ce tableau , pendant que je me trouve bien disposé, que je ne l'aie mis en bon terme pour tiiie ébauche. Il contiendra dix-sept figures d'hommes , de femmes et d'enfants , jeunet et vieux , dont une partie se consument en pleurs ^ tandis que les autres prient pour le moribond.

• Je ne veux pas vous le décrire avec plus de détail , car ce seroit l'office , non d'une plume mal taillée comme la mienne , mais d'un pinceau doré et bien emmanché.

DE POUSSIN. l8l

T^s premières figures ont deux pieds de hau* teui;, et le tableau sera enriron de ia grandeur de votre Manne , mais de plus belle proportion.

Nous ne savons point de' faouvelles dont je puisse vous entretenir; c'est pourquoi je finirai la présente, en attendant l'honneur de vos commandements, par me dire, Monsieur, votre trèshumble, etc.

P. S. Je vous envoie ci-incluse une lettre de M. le Chevalier ï)el Pozzo.

Ma femme vous sajue en toute humilité.

AU MÊME

De Rome y le 14 mai i644*

Monsieur , j'ai différé jusqu'à ce moment de répondre à votre lettre du 1 5 avrU , ce que certainement je n'auTOÔs pas ^fait s'il y eut eu , dàùfs cette lettre , quelque chose qui demandât Une prompte réponse.

Il n'est plus besoin de vous mettre en peine de vos bustes, car il y a long^temfps qu'on les a envoyés par te déifcroit , ainsi q«i>e je vous l'ai écrit plusieurs fois. Nous sommes en attendant les nouvelles de l'arrivée; car fei le vaisseau dans lequel ils furenit lembarqués a eu bon temps, il doit être

l8a LETTRES

proche d^Amsterdam, Si vou3 en aviez nouvelle plutôt que nous, vous nous ferez la faveur de nous tirer de peine ; nous ferons de même à votre égard , en vous fnandarit promptement ce que i)ous en apprendrons.

Je sais bien que l'attente de ce Ton désire posséder est une peine des plus grandes que l'on puisse souffrir; mais comme vous êtes modéré en toute chose, je crois que vous le serez aussi en l'attente de vos tableaux. J'ai ébauché le premier fort nettement, de sorte que l'on peut juger ce qu'il pourra êtf e étant fini. M. le Chevalier Del Pozzo est venu le voir, et, quoiqu'il fasse bonne mine, on s'aperçoit bien qu'il lui déplairoit que les susdits tableaux demeurassent à Rome ; mais comme ils vont entre vos mains , et bien loin d'ici , il boit le calice avec moins de répugnance. Il a été étonné de trouver, sur un même sujet , une disposition si diverse et des actions de figures toutes contraires aux siennes : enfin je m'aperçois, et je n'y puis porter remède, qu'il souffre , et lui et les autres , de voir un de vos tableaux qui seul promet de valoir mieux que tous les siens ensemble. Je vais commencer le sd- , cond, en attendant que celui-ci se sèche bien, ce qui est une chose assez importante dans la peinture. Pour vous donner à connoître combien je suis désireux de vous satisfaire, j'ai fait attendre jusqu'ici M. l'évêque de Constance , sans rien faire pour lui, néanmoins que depuis très-long-tenips

il soit passionné d'avoir quelque chose de moi. M. De Thou, qu'il y a fort long-temps que je connois familièrement, désireroit que je lui fisse un Trépasseroent du Christ , et me le paieroit très>bien; mais j'ai délibéré de laisser cette pratique^ pour m'occuper uniquement de remplir la pro»

messe que je vous ai faite. Quant aux autres ouvrages qui me sont demandés de bon lieu et de bien bonne grâce, je n'en parle pas, car il sembleroit que ce seroit pour me faire valoir. Qu'il vous suffise de savoir que je dresse toute ma pensée à vous servir, et à faire pour vous quelque chose de meilleur que je n'ai fait par le passé , sans vouloir m'occuper d*autre chose : je vous prie d'en être bien assuré. Sitôt que j'aurai fini un de vos tableaux, je vous le ferai parvenir incontinent, comme vous le désirez.

Je ne manquerai pas d'aller, pendant les fêtes, voir les Pères de Saint-Pierre in Montorio , pour retirer de leurs mains la copie du tableau de Raphaël ; je la garderai chez moi roulée ou autrement, et quand jefrûuverai une occasion de vous l'envoyer, je la ferai encaisser avec la copie de la viecge que M. Le Maire vous a faite, si auparavant je ne reçois quelque nouvel ordre de vous.

Le bon M. Thibaut attend avec bien de l'impatience la lettre que vous lui avez promise; il m'a prié de vous présenter ses baise-mains et de vous faire souvenir de lui en sa nécessité.

Il n'y a rien de nouveau dans cette ville qui

l84 ^ LETTRES

méiite de vous être écrit ; on attend sétiliément de jour à autre M/ lé Cardinal de Lyon. Kotre Saint Père se porte bien. Je suis , Monsieur , vdtre très-humble, etc.

P. S. Ma femme et mon frère vous baisent humblement les mains.

AU MEME

t)eïloin«, le 3o mai 1644.

Monsieur, d'autant que vous ne m'ordonnez rien de nouveau par votre lettre du 5 mai, laquelle sert seulement de réponse à mes précédentes, et comme d'ailleurs, dans k dernière que je vous ai .écrite, je vous ai mis suffisamment au courant de tout ce qui se passe, je crois qu'il n'est pas nécessaire d'user de longs discours dans celle-ci. Il suffira seulement que vous sachiez que j'ai retiré chez moi la copie du tableau de saint Pierre in MontcH-io, laquelle je tiendrsd roiilée, jusqu'à ce que je trouve l'occasion de vous l'envoyer accompagnée de la copie de M. Le Maire. Du reste , tout va bien , puisque vous approuvez ce que j'ai fait touchant l'envoi de vos bustes par le détroit; je crois certainemei^t qu'ils vous seront rendus sains et entiers.

DE POÙSSIW. l85

J ai ^araint jusqu'à présent que vos chandeliers ne vous aient pas ^té portés en aussi b^n état que \je Teusse désiré, et j'en suis d'autant plus en peine , que vouts vous abstenez de m'en écrire un tndt. Je vous supptie de me dire en quelle condition ils vous ont été t*endus ; au moins cela me servira pour quelque autre occasion qui se pourroîl présenter d'envoyer de semblables dioses, et }€ «aurai si le dom^tnage est venu ou de l'emballage, ou de la peinture même et de la dorut*e, ou pour les avoir tenus trop lotig-tetnps enfermés dans les caisses , ou bien «nfin pâ^ le défaut de soin de ceux qui les ont transportés.

Il n'est plus besoin de vous parler de la plaque d'argent de Lorette, puisque vous savez quelle est en sa place.

Je vous rends grâce infinie de la réception que vous avez faite à M. La Fleur, pour l'amour de celui qui vous est très-dévoué serviteur; mais bien encof* davantage de ce que vous me promettez. Vous allez multipliant d'autant plus mes obligations envers VoU« , quand vôu3 savez si bien tarflier les cheveux à Samson, qu'il n'aura jamais là force de nous faire sortir de notre maison. Je ne sais quel jugement vous avez porté de M, diaprés la lecture que je vous ai reconimandée ; qtiant à moi, je croîs que c'est Samson le foible, lequel mériteroit de recevoir de Monseigneur une bonne mortification.

Il n'étoit pas besoin d'épandre si largement lies

l86 LETTRES

fleurs de Vôtre rhétorique pour me persuader de croire ce que, en riant, vous dites de vous-même ; mais je vous supplie de tenir pour assuré que je vous estime , -sans comparaison , plus que ceux qui sont montés sur les plus hauts piédestaux de notre France. Je resterai dans cette opinion, qui me servira d'un stimulant perpétuel pour rechercher les moyens de vous bien servir. Je suis sur le point de commencer pour vous un second tableau de la Pénitence, où il y aura quelque chose de nouveau ; particulièrement le Triclinium lupaire qu'ils appeloient Sigrna. ,^ y sera observé exactement. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.,

AU MEME

De Rome , U 20 jum x64'4.

Monsieur, il ne seroit pas de besoin que vous prissiez la peine de répondre à toutes Jes lettres que je vous écris ; seulement je me çontenterois d'avoir de vos nouvelles, lorsque vous voudriez bien m'employçr à votre service ; d'autant que la plupart des miennes ne sont d'aucun adoucissement aux ennuis que le malheur du siècle vous peut apporter. Je voudrois bien pourtant êtxe capable de vous consoler par quelque moyen;

mais mon talent est de trop petite étendue , et je ne puis faire autre que de jeter quelques soupirs avec vous.

Il ne faut point douter que , ne m'ayant jamais parlé des cliandeliers , dans toutes les lettres que j'ai reçues de vous , je n'aie pensé que vous n'en aviez pas eu tout le contentement que vous en espériez; mais maintenant que vous me spécifiez le dommage qui est arrivé , lequel est peut - être remédiable, je ne suis plus autaut en peine que j'étois. J'ayois bien imaginé , dès le commencement, que des choses si fragiles ne pouvoient pas, par un si long et si fâcheux voyage, être arrivées en bonne condition , qu)elque diligence que l'on eût apportée dans l'emballage. Mais des choses faites, le conseil n'en est permis : nous serons plus avisés à l'égard des*^ choses que nous avons à faire à l'avenir.

Il n'est nullement besoin de me stimuler à finir avec amour et soin les ouvrages que je vous ai commencés ; Tatttachement que j'ai pour vous, et l'envie de bien faire , ne peuvent être augmentés par nul moyen. Toutefois, sij'artifice n'arrive à un degré de perfection tel que vous vous le dépeignez en l'imagination, n'en accusez que l'excellence de vos belles idées, qui ne se peuvent seconder. Je vais l'un de ces jours finir l'Extréme- Onction , que j'espère vous envoyer cet automne, Dieu aidant, l'incommodité des grandes chaleurs ne me permettant pas de travailler autant

l88 LETTRES

que daui une autre saison ; et , si cela ^st possible , côipme je crois, vous aurez entoce un autre tableau pour Pâques: ainsi , chaque année; je pourrois vous en envoyer deux. S'il tne reste quelque peu de temps , vous me permettrez de l'employer à quelque autre ouvrage ^ destiné aussi à m'entretenir dans l'aSPection de quelques miens amis de c^ pays.

Jtie bon AI. Thibaut est ressuscité de plaisir d'avoir vu ce que vous m'^otivez. Je lui ai dooné dix écus pour le n^ois de mai , ainsi que vous fe désirez ; de sorte que maintenant U ne reste de v€lre argeoC/que ceiit cinquan te- quatre écus; ayant (employé, depuis le dcarnier compte que je vous ai envoyé y septante écus pour la vierge du Maire, trente audit Thibaut pour trois Imois , et un écu environ pour le tableau de Saint Pi^^rase iu Montorio. M. Thibaut, m'a promis de vous écrire par cet ordinaire , toUGbanl; les modèles que vous désirez qu'il me remette.

Si les curieux que vous me nommez ont ap* prouvé ou réprouvé ce que je fais, peu de reisentiment eil ai-je d'une façon ou d'une autre. Il mÉ suffîroit bien de me pouvoir contenter moitneme , sans prétendre à la louange àe oeu& qui ne lurent jamais looés*

Or maintenant, il est teimps que je vottS fasse savoir ce qui se passe à l'égard de la copie de Séant Pierre in Montorio, que j ai par volx*e ordre retirée chez moi , afin que Toiits puissiez conjec-

DE poussjpr. 189

turer plus facilement l'issue des présentes brouilleries : je eommencerai de loin. M. Mathieu, secrétaire dé M. le comte de Saint-Chaumont, notre ambassadeur, dès qu'il fut arriVé à Rome, Tint avec nn^ furie française me faire une proposition : il ma dit qu'il avoit à Lyon une sœur religieuse qui j'avoit prié de lui faire faire un tableau de dévotion, pour mettre sur l'autel principal de leur église, dont le tabernacle n'étoit pas encore fait. Je lui répondis qu'il trouveroit à Rome quantité de gens qui le pourroient servir ; il me deitianda si je Toulois me charger de cet ouvrage, mais je m'en eiccusni d'une manière dont il se pouvoit contenter : depuis , je ne l'ai pas revu. • Ensuite de cela, huit, jours avant que je retirasse le tableau, M. l'Ambassadeur se rendit à Saint Pierre in Montorio , et , après avoir vu ladite copie , qui lui sembloit abandonnée, il dit aux moines qu'il falloit la finir, puisqu'elle avoit été commencée pour te Roi, Peu de jours après , je fis porter cette copie chez moi. Lundi dernier, ledit seigneur Ambassadeur envoya quérir le sieuv Chapron , qui étoit revenu de Malte la yeilie du jour où le tableau fut retiré , et lui demanda brusquement qui il étoit, et pourquoi il àvoit laissé imparfait un ouvrage commencé pour le Roi; que, comme ambassadeur, il en vôulott avoir connoissance. Chaprpn fit ses excuses à son avantage; disant que l'argent lui avoit manqué,

et que moi qui avois la cominission de faire finir le tableau, je i\e l'ayois pas voulu payer.

Diaprés cela, je fus appelé chez M. rAmbassadeur, qui, du commencement, me reprit de ce que je ne l'avois pas été saluer, et me dit que j'avois besoin de la protection du Roi ; qu'il falloit que je retournasse en France , et qu'en cela il me vouloit favoriser; qu'il avoit ouï parler de moi. Je le remerciai bien humblement : alors il me demanda comment^il se Êiisoit que le tableau de Saint Pierre in Montorio n'avoit pu être fini; je. lui racontai brièvement toute l'histoire. Or^çà, me dit-il, puisque vous l'avez chez vous, je vous défends de l'envoyer ; mais écrivez-en à Monseigneur de Noyers, et montrez-moi la réponse qu'il vous fera , car je veux la voir. Voilà brièvement ce qui s'est passé entre M. l'Ambassadeur et moi.

Chapron, d'un autre côté, veut encore avoir raison. Il dit qu'il a travaillé long-temps au susdit tableau, et qu'il n'est pas satisfait, à beaucoup près, de l'argent qu'il a reçu; qu'il prétend que son ébauche lui soit rendue, et qu'il restituera les arrhes qu'on lui a payées. Pour mon particulier, je ne veux point disputer contre une bête comme il est : je lui ai promis de vous faire savoir ses prétentions , et de lui montrer votre réponse. Il vous plaira, Monsieur, de m'adresser yne lettre à ce sujet, que je puisse montrer, et à M. l'Ambassadeur, et au gros Chapron.

DE POUSSIW. JQI

Si j'avois pu faire moins que de vous ennuyer par ce long discours, je l'eusse fait; mais il étoit nécessaire de vous en importuner. Cependant je vous supplie de me conserver le trésor de votre amitié, et je demeurerai toute ma vie. Monsieur, votre très-hamble, etc.

AU MEME

Rome , le 26 juin 1644.

Monsieur, j'ai reçu^ avec votre lettre du ag mai, l'ordre que vous envoyez à M. Thibaut. Je ne l'ai pu rencontrer jusqu'à ce moment ; mais aujourd'hui j'espère le trouver sur la place, et là je lui remetrai votre ordre, à cette fin qu'il puisse toucher les dix écus pour le présent mois. Il vous a écrit par le dernier ordinaire au sujet des modèles qu'il a faits ici. Je lui procurerai la permission de modeler un faune eudormi , lequel est , en vérité , de la plus belle manière qui se trouve pigrmi ce qui nous reste des œuvres grecques antiques. Comme cette figure se trouve dans un lieu particulier , chez les Barberini , il se pourroit qu'on éprouvât quelques difficultés à en faire une copie ; mais quand le Cardinal saura que c'est pour vous , je crois qu'il ne refusera pas ce qu'on

IQ'i LETTRES

désire. Par le même ordinaire , je vous ai fai( savoir ce qui se passoit à l'égaçd d^ la copie du tableau de Saint Pierre in Montprip; je vous supplie de ne pas n^anquer d'en écrire de manière qua je puisse me débrouiller de cette affaire poliment : j'ai ici des amis à qui mon respect déplaît, et qui seroient bien aises que j'y misse des bornes. Pour ce qui est des affaires de par - delà , je né sais que vous en dire, sinon qu'il fout se conformer à la volonté de Dieu qui ordonne ainsi les choses , et à la nécessité qui veut qu'elles se passent ainsi.

Nous avons eu , il y a déjà quelque temps, la nouvelle des revers du Maréchal de La Moth^- Houdancour en Catalogne , car vous pouvez bien vous imaginer que MM. les Castillans font grande diligence pour savoir ce qui se passe. Nous savions encore , par Venise , que Gravelines étoit assiégée par notre armée, surnommée la Dorée; et, plût à Dieu qu'elle fut de fer seulement , et qu'elle emr portât promptement la place. Nous avons su aussi qu'il y avoit eu du bruit entre le maréchal de Gassion et M. de la Meilleraie , ce qui n^est nul* lement à nôtre avantage; aussi dit-on que les safaires de l'empereur vont bien mieux que par le passé : si l'on pipe dans le maniement des nôtres , comme l'on fait au jeu de dez , certes elles n'ironi: pa3 même bien.

Si je rencontre le Vitelleschi , jç lut dirai un mot sur ce que vous m'avez écrit.

DE POUSSIN. fg3

Je ferai voir à M. le Chevalier Del Pozzo ce que vous m'écrivez pour servir de réponse à sa lettre, car je sais qu'il en sera fort touché. Je me réjouis de ce que le petit saint Paul vous contente de plus en plus; du reste, ce que Ton en dira de bon ne viendra que de vous, qui savez bien défendre sa cause* Je vous baise- les mains de tout mon cœur, et demeure à l'accoutumée , Monsieur , votre très-humble et très affectionné serviteur ^

AU MÊME

De EoBM , le 3o avril 1644.

Monsieur, ri^|taimodité que j'ai eue m'a empêché de vous OTrire plutôt, et de faire réponse à vos lettres. Les deux dernières me font mettre la main à la plume, bien que je ne sois du tout ^éri; et, laissant les deux précédentes, qui ne ^contiennent rien qui touche votre service, je veux seulement vous adresser deux lignes de réponse à celles-ci.

Je suis allé chez M. l'Ambassadeur pour lui montrer la lettre que vous m'avez écrite touchant le tableau de Saint Pierre in Montorio. Après y

avoir vu que vous prétendiez être remboursé des dépenses que vous aviez payées , tandis qu il étoit persuadé que les frais avoient été faits aux dépends du Roi , il est demeuré court. Quant à moi , je crois que le coût lui en fera perdre lé goût , quoi^ ^<{uil ait pensé à faire finir le tableau par un peintre à bon marché qu'il tient chez lui. Il n'a néanmoins rien conclu ; car, premièrement il veut le voir tendu chez lui, afin de le considérer à son aise. Lundi prochain , je le lui ferai porter, et l'ordinaire suivant, je vous écrirai ce qu'il aura résolu de faire. J'ai montré à Chapron ce que vous m'avez mandé pour ce qui touche à son ébauche; mais je ne vous écrirai pas sa réponse, parce que c'est un bœuf qui n'a ni entendement ni raison.

Je ne vous écrirai rien sur ce que peut dire Antoine de la Corne de moi et de mes ouvrages; je fais aussi peu de compte de lui que de celui qui le fait parler. Votre taUÉki de TExtrémeonction a été délaissé pendant^ès d'un mois, à cause de l'incommodité que j'ai eue, mais j'espère continuer bientôt à y travailler. Ce qui m'inquiète ^ie plus maintenant, c'est que ma femme est de*puis huit jours fort inocxmmodée; j'espère cependant que son mal ne sera pas de longue durée.

Mardi prochain les Cardinaux entreront au ^conclave pour l'élection du Pape futur ; . Dieu veuille que nous soyons mieux ç6uvemés à l'avenir que par le passé.

J>E P013SSIN. 195

Il n'y a ici rien de nouveau qui soit digne de vous être écrit; c'est pourquoi je finirai en vous baisant très*humblenient les mains.

AU MÊfti'E.

2>e Rome, lÀ xi septembre z644*

Monsieur , la longueur du temps que M. l'Ambassadeur de France a pris pour résoudre ce qull devoit faire de la copie du tableau de Saint Pierre in Montorio , a été cause que j'ai tardé jusqu'à présent à vous faire savoir ce qui en est Enfin , il n'a pas trouvé ce qu'il cherchoit , car.il s'étoit imaginé que la copie étoit plus qu'à demi payée del'argent du Roi, et croyoit la faire finir avec peu de chose ; mais quand il a vu qu'il fallôit d'ab(u*d restituer cent et octante écus, et que pour finir l'ouvrage on lui faisoit de grosses demandes , à la fin il a quitté prise. I^e Père Ghapron cependant n'a pas manqué de dire quantité de men« teries , espérant toujours de faire demeurer sa copie dans la maison de M. l'Ambassadeur ; mais , à la fin , on s'est moqué de lui comme d'un fripon qu'il est, et ,on m'a rendu le tableau sans aucune contradiction. Il ne laisse pas toutefois de dire qu'il veut être payé de son travail, et de ne pas eon-

sentir à reprendre le tableau ^ en rendant les avances; de madière qu'en le prenant de quel biais Ton voudra , on le trouve béte de tous côtés comme un Caprone qu*il est, id est, Becco.

Vous m'avez écrit , par le passé , que vous désiriez que je vous envoyasse la susdite copie telle quelle est; si je le puis faire sans quHl y ait inconvénient pour moi , je vous renverrai , avec la copie de la Vierge du petit Le Maire , par la première bonne occasion qui se rencontrera. J'ai reçu, par le dernier ordinaire, une de vos lettres en date du 18 août , par laquelle je vois assez le soin qu'il vous plaît de prendre des intérêts de votre serviteur. Je vous supplie de faire que cette bonne affection vous dure autant que durera le désir que j'ai de vous servir.

• ïe veux que vous sachiez l'état où est votre tableau de la Confirmation. Si les chaleurs de l'été ^e m'eussent pas incommodé autant qu'elles ont fait, il seroit fini, et peut-être dans votre cabinet; Inais il a fallu bien souvent mettre les pinceaux de coté; et c'est beaucoup pour moi d'en être sorti sans grande maladie , quoique je ne sois pas encore bien libre de ma personne. J'ai repris ce tableau , il y a quelque temps , et tous les jours j'y travaille un peu , de sorte que je crois l'avoir fini à la fin de ce mois. Quand il sera en état de pouvoir vous être envoyé , je ne manquerai pas de le remettre à un courrier fidèle.

fe vous ai , par le passé , envoyé vos comptes ,

et raootré , par le menu , à quoi j'ai employé Targeot que vous m avez faitvtenir pour payer fes choses que vous aviez ordonné ici avant votre départ; mais vous ne m'en avez point parlé. Je vous supplie de revoir mes comptes et de regarder s'ils sont justes; car autrement je me remet<trai de nouveau à en faire le calcul. Il vous reste cent cinquante-quatre écns : voyez, s'il vous plaît , ce que vous voulez que j'en fasse. Vous me îerez la faveur de me donner un mot de réponse sur .ce sujet, et vous m'obligerez de me croire disposé à demeurer comme je suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

AU MÊME

De Rome, le a octobra i644-

Monsieur^ aussitôt que j'ai reçu, avec votre lettre du premier septembre, celle que vous avez écrite à M. Du Noiset , je me suis hâté de la lui présenter en main propre.

Le vif intérêt que vous me montrez au sujet de tnon indisposition , témoigne assez la part que j'ai en vos bonnes grâces, et combien il vous plaît de chérir votre serviteur. Je vous assure. Monsieur, que mon mal d'estomac étoit le moindre

igB LETTRES

que j'eusse alors, et que l'impossibilité où je me trouvois de continuer un ouvrage commencé pour vous étoit ce qui m'affligeoit le plus; d'autant qu'il y avoit déjà long-temps que j'aurois du vous l'avoir envoyé. Vous ne déviez pas craindre que, dans une aussi mauvaise disposition de santé, je misse la main à une chose à laquelle je n'emploie que le temps où je me trouve en bonne veine. J'ai mieux aimé interrompre tout*àfait le travail commencé, et vous feire attendre davantage, que d'y employer par ititervàlle les forces épuisées d'un esprit languide ; mais aussitôt que ma santé a été rétablie , je n'ai pas voulu percbe un seul instant à d'autres ouvrages, et j'ai si bien employé mon temps, que me voici à la fin : demain je vernirai mon tableau pour le retoucher en quelques endroits. Je vous le pourrois envoyer par le prochain ordinaire; mais je ne me fie pas à tous nos courriers de Lyon. Tattendrai donc l'arrivée de Regard , qui est personne assez digne de confiance , et qui a déjà porté votre Saint Paul ; il vaut mieux patienter quelque temps encore, et foire notre affaire plus sûrement. Pendant que votre tableau restera entre mes mains, il se pourroit que madame Des Hameaux , femme de M. l'Ambassadeur de Venise , arrivât dans cette ville assez à temps pour le voir; j'en serois très-aise, n'ayant chez moi autre chose de fini que je lui pusse montrer. Je dois m'atteiidre à sa visite, puisque elle et M. l'Am-

DÉ PQUssiN. îg9

Dassadjeur iQ'en ont écrit : c'est M. Di| Fresnè qui Hi'a donné cette connoissance là.

La lettre dont vous, paraissiez craindre la perte est arrivée à bon port. Je vous ai remercié trèsaffectueusement du soia que vous prenez de mes intérêts, comme maintenant je vous rends une infinité de grâces pour le même sujet, puisqu'il vous plaît de me confirmer par votre dernière lettre ce que tous me promettiez par la précédente. Si cette affaire réussit heureusement , je ne pourrai dire autre chose, si ce n'est que c'est un don que je reçois de votre main.

Tai pen^é qu'il n'étoit pas hors de propos de vous avertir que la copie de la Transfiguration de Saint Pierre in Montorio est dans un tel état , qu'elle ne vous peut servir à chose au monde , et que vous allez faire inutilement une nouvelle dé-r pense. Le tableau, avec la caisse, la toile cii^e, ht corde et le canevas, pèsera environ i oa livres ; et les marchands veulent i .* par livre , poids de Paris , pour le port. Je n'ai osé rien décider avant de vous en avoir prévenu; j'attendrai votre réponse. Pour votre copie de Vierge, je vous l'enverrai avec l'Extrême -Onction. Je demeure à jamais Monsieur, votre ^^s - humble et très - obéissant

serviteur,

P. S, Ma femme votis baise très-humblement les mains. ICous avons un Pape de qui l'on espère beaucoup de bien ;, Dieu le veuille.

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AU MÊME

De IUmm» le 3o bclol»e 1644.

Monsieur, je vous envoie la copie de la Vierge de Farnèse. de la main de M. Le Maire, et le tableau de rExtréme-Onction , que j'ai fait pour vous. Demain à midi, je les consignerai ès-mains d'un courrier de Lyon , nommé Bertplin , qui est celui qui porta votre tableau de la Manne , et je n'attendrai pas le départ de Regard, dont je vous avois parlé par ma dernière. J'ai l'espérance que ces deux objets arriveront à bon port et bien conditionnés, d'autant que j'userai de diligence à les faire bien encaisser ^t bien couvrir* La caisse sera scellée de mon cachet de la Confiance , et portera cette adresse : A Monsieur de Chantelou^ rue Saint-Thomas du Louvre. J'ai payé le port jusqu'à Lyon avec votre argent. Le courrier vous enverra la caisse à Paris par le messager : comme elle n'est pas encore faite, je ne saurois vous dire ce qu'elle pèsera ; mais par le premier ordinaii*e vous serez averti de tout. Je||bus enverrai votre compte fait plus exactement que par le passé , à cette fin que vous sachiez à quoi votre argent a été dépensé, et ce qui vous en reste maintenant; j'ai les reçus des sommes payées. Le paiement du tableau est entièrement remis à votre volonté.

DE POUSSIN. aoi

car je sais bicm qae vous considérerez le temps et le travail que j'y ai mis, quoique ce soit au fond ce qui importe le moins. Je vous supplie ^ avant que Ton le voie, de le faire orner d'une bordure d'or mat, d'un travail délicat. Quand vous aurez considéré cet ouvrage avec att^ition , vous me ferez Fhounetir de m'en écrire vo^re sentiment alla Beale. Je ne vous dirai autre chose sur ce point, et je finirai la présente plein de l'espé*rance que vous me donnerez sujet de continu»

les autres pièces avec encore plus, de soin et d'amour que je n'ai fait celle que vous allez rece^ voir; d'autant qu'en vieillissant, je me sens, au contraire des autres , enflammer d'un grand désir de bien faire, particulièrement pour vous, qui êtes mon idole. Je suis. Monsieur, votre trèshumble et très -obéissant serviteur,

• AU MÊME

Dé Rome , le 6 novembre i644>

Monsieur , lundi passé , dernier jour d'octobre , j'^i reinîs une caisse au courrier de Lyon , nommé Bertolin, dans laquelle étoit roulé le tableau d^ l'Extréme-Onction que je vous ai fait, et de plus la copie d'une Vierge de Famèse , faite par M. Le

aoa LETTRES

Maire;' le tout bien encaissé, .couvert et lié de bonnes cordes, cacheté aux trois endroits ordinaires, avec unç adresse en parchemin clouée dessus et portant : A Monsieur de CSiantelou , rue Saint-Thomas du Tx>uvre , à Paris. Je vous en ai envoyé la lettre d'avis par l'ordinaire du méme^ jour, sous le pli de M. Rémj. Vous ferez faire diligence pour retirer la caisse dès qu'elle sera arrivée ; et quand voiis aurez le tableau entre vos mains, vous savez bien les caresses qu'il lui faudra (aire avant que de le laisser voir à personne. Je n'attends point que vous m'en parliez avant d'à* voir eu le temps de le bien considérer ; alors vous m'obligerez beaucoup de me dire sans flatterie ce que vous en pensez. S'il y a quelque subtil qui reprenne une chose que j'ai oubliée de corriger , vous lui pourrez dire que le péché ne vient pas d'ignorancq, mais de ce que les Italiens ap* pellent trascurataggine (négligence) ; je ne m'en suis apperçu que quand je l'ai détaché de son châssis pour vous l'envoyer : un «jour, je vous dirai ce que ô'est , et vous le (evA raccommoder , car cela est très-facile. Je vous envoie le compte général de ce que j'ai dépensé pour votre service ; vous verrez ce qui vous reste; à mon compte, c^est cent cinquante-sept écus. Quant au paiement du tableau, vous en agirez de la façon quil vous plaira ; je ne doute point que vous ne me donniez courage de faire la suite avec amour et plaisir. Celui que j'ai la pensée de faire maintenant ,

DE POUSSIN. ao3

contient vingt^quatre figures , sans le fond , où il -doit y avoir de ^architecture; mais je n'y toucheiai point jusqu'à ce que j'aie eu réponse de celui que je vous ^i envoyé. Je garde toujours votre copie de Saint Pierre in Montorio, en attendant de vos nouvelles. Si ce n^est point chose qui vous «oit incommode, dites-moi quelque chose de vos l)ustes de marbre: vous êtes trop retenu avec votre serviteur.

M% Thibaut vous baise très - affectueusement les raaina ; il vous appelle son bienfaiteur , et je vous assure qu'il fera honneur à votre protection. Je vous prie de ne point perdre la bonne affection que vous avez pour lui, çt de vous en souvenir.

Je n'ai pour le présent autre chose à vous mander , sinon que je demeure à jamais , Monsieur , votre très-huble et très^obéissant serviteur,

P^ S. Jç baise ti^s-humblemept \f» mains à M. De Chaqtelou, votre frère.

AU MÊME

De Rame /le 19 noTembre 1644.

Mi^Qsieur , si ce n'eût été l'impertinence de celai qiiî me r^d ordinairement les lettres qui me

ao4 LETTRES

viennent de Paris, j'eusse fait, il y a. long-temps, réponse à vos deux dernières , l'une du 3o septembre , et l'autre du 4 octobre. Mais m'ayant été rendues trop tard j j'ai différé jusqu'à ce moment de vous écrire.

Je suis tout joyeux de savoir qoe vos bustes sont arrivés bien conditionnés. J'ai déjà parlé à M. Thibaut des chevaux que vous voudriez qu'3 modelât , et lui et moi nous aurions arrêté quelque chose à ce sujet , si ce n'eût été qu'il est employé à faire deux figures en stuc pour la Caval* cade du Pape, chose grandement pressée, msas de peu, de profit. Aussitôt qu'il aura fini , nous travaillerons pour vou& ,

Je vous remercie très-affectueusement du soin que vous {H*enez de mes intérêts , et de ce que vous avez la bonté de vous en occuper comme s'il s'agissmt des vôtres propres.

Ne trouvez point étrange que l'on vous ait tant fait payer pour le port de vos caisses^ puisqu'il a fallu passer par les mains de vrais larrons et non de marchands. Avec tout cela , il les faut remercier très - humblement de la peine qu'ils ont prise, et du service qu'ils yous ont rendu r c'est l'usage par le temps qui court. Si j'eusse eu le bonheur de vous revoir encore ^ne fois dans cette ville , je n'aurois plus eu de regret de mourir. O Dieu! quelle joie c'eût été pour moi, de jouir encore de la présence d'une personne que j'aime et honore sur tous les hommes du monde.

DE poussiif. ao5

M. de la Boissière me fait beaucoup de tort, et il faut qu'il se veuille du mal à lui-même, pour avoir refusé la compagnie d'un personnage qui auroit été sa consolation et son bonheur. Je crois que son voy^e n'auroit pas été si long ni si fâcheux qu'il sera probablement , car il devroit être maintenant ici, à moins qu'il ne séjourne à Marseille, pour avoir l'occasion de passer sur les galères qui viennent ici chercher M. le Cardinal de Lyon. Si son retardement est pour cela, j'en serai tout joyeux , car , outre qu'il passera sûrement et sans craindre les corsaires de Final, il aura bonne compagnie, pendant le voyage même, de M. GuefEer, qui se sert du même passage : Dieu le veuille ameqp* en bonne santé. Lorsque je saurai qu'il sera arriTO , je ne manquerai pas de lui aller offrir humblement mes services.

Sansmeiltir, je me plais beaucoup à penser que vous allez recevoir l'Extrême-Onction sans être malade, et avant que j'aie entendu les plaintes que vous commenciez à faire de ne pas voir ar* river ce sacrement au moment où je vous l'avois promis : vous le recevrez non pas d'un prêtre, mais du messager de Lyon , comme par deux fois consécutives je vous l'ai écrit. Par la même voie et tout ensemble , vous aurez aussi la copie de ' la Vierge , que vous désiriez que je vous envoyasse ; de manière qu'il vous semblera que j'aie eu révélation de votre désir, car tout a été fait avant d'avoir reçu votre dernière lettre.

ao6 LETXBES

Puisque vous désirez une autre demi-douraine de bustes, ou au moins quatre, je veux, avant que de passer par les mains du maquignon de Yitelleschi, faire une recherche partout Rome, sans qu'il le sache. Au pis aller, si je ne trouve rien , nous irons voir, à son magasin, s'il y a moyen de tirer quelque chose de ses mains de harpie.

Je tiens toujours roulée la copie de la Transfi^ guration dont je vous ai écrit plusieurs fois ; je ne sais quelle occasion prendre , autre que celle des marchands, pour vous l'envoyer: j'attends votre réponse sur ce sujet.

Je vous ai envoyé un nouveau compte de la dépense faite sur votre aident , un peu plus exact et plus à votre avantage que n'étoit le dernij^i Vous prendrez la peine de le repasser et ttef le vérifier, parce que je désire vous rendre compte d'un obole , comme il est de mon devoir. Gommandez - moi cependant sans m^épargner , pen^ dai}t que je suis de ce monde; car après moi, il n'y aura personne qui vous servira d'aussi bon cœur. Je ^uis. Monsieur, votre très -humble et très-obéissant serviteur,

,P. S. Ma femme vous baise très -affectueusement les mains. Mes très-humblès compliments à MM. de Chantelou.

AU MÊME

De Rome, ce 96 no¥«niIire i6i4.

Monsieur, moyennant l'aide de Dieu, je croiç qu'à cette heure vous avez reçu le tableau de l'Ëxtréme-Onction avec la copie de M. Le Maire ^ que je vous ai envoyés le dernier jpur d'octobre, comme je vous en ai donné avis par plusieurs fois; de sorte qu'il n'est plus besoin de faire des vœux pour les pr^erver de mauvaises rencontres. S'il vous sont rendus bien conditionnés , et que mon ouvrage vous satisfasse en quelque manière , ce sera pour moi un des plus grands contentements que je puisse recevoir. Je vous ai supplié àe m'en écrire votre . sentiment alla Réale , sans flatterie, car ce seroit faire tort à vous et à moi; je n'en attends pourtant point de nouvelles jusqu'à cç que vous l'ayez vu avec son ornement et son atour. J'ai porté la lettre que vous écriviez à M. du Noiset, aussitôt que je l'ai reçue.

Je n'ai pas entendu .parler de M. De la Boi»sière : j'attends la venue de M. Gueffîer pour savoir de Lui s'il ne l'a point rencontré par le che*" min.

Nous travaillerons l'un de ces jours prochains , M. Thibaut et moi, aux dessins de quelques ^en-

%oS LETTRES

tils Scabelloiis pour poser vos bustes. Il s'est mieux montré y sans aucune comparaison, que tous les autres sculpteurs, dans les figures qu'il a faites pour Tare triomphal de la Cavalcade du Pape : je vous assure qu'il deviendra très-habile homme.

Je garderai l'ébauche de San*Pietro iu Montorio jusqu'à ce qu'il se présente quelque occasion facile de vous l'envoyer, car du reste il ne £aiut point penser à la faire terminer. Que le sieur Samson fasse, comme je le crois, tout ce qu'il pourra , et que M. . l'Ambassadeur écrive tout ce qu'il voudra à M. le comte de Brionne, il est certain que loin de dire à celui-ci que je ne voulois plus retourner en France , c'est le contraire que je lui ai dit. Pour ce qui est de la maison, je lui ai dit que je l'avois remise , à mon départ , ès-mains dé Monseigneur De Noyers , qui , de sa grâce, me l'avoit conservée jusqu'à ce moment : voilà sur quoi il a fondé ce qu'il a écrit. Quant ail peu de discours qu'il me tint, il n'est aucunement convenable de vous le redire; mais il montre assez la malignité de son cœur. Du reste, je n'ai point d'armes assez fortes pour repousser les coups de la méchanceté, de l'envie et de la rage de nos Français; je me résigne donc à les soufinr et à en prendre patience. Il est vrai que mon bonheur ne dépend nullement de cela; il est mieux fondé : je vous supplie pourtant d'avoir un peu de soin de cette affaire, car elle touche Monseigneur.

DK POUSSIN. ao9

M. le Chevalier Del Po^o yoiis baise les mains. Excusée- moi, «i je vous écris sur ce papier peu convenable ; j'avais commencé et même déjà presque fini ma lettre quand je m'en suis aperçu, le suis, Monsieur, votre très-humbie et très-obéissant serviteur,

P. S- /'e$père bien , avec un peu de temps »

trouver quelques bustes , sans passer par les mains de YiteUescbi; mais il faudroit de l'argent tout prêt. J« ne laisse p^s de chercher, sfstns f£|ir0 4^ bruit ^ en attendant de vos nouvelles.

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AU MEME

De Rome, le 3o avril 1645.

Monsieur , votre dernière m'a ôté de la peine très-^grapde où je nve trouvois ; car n'ayant poiot neçu de vos nouvelles pendant un IcHig espace de temps, je craignois que vous ne fussiez retombé malade. Or, maintenant que je suis certain de votre entière guérison , je m'en réjouis pour vous, comme ayant recouvré le plus grand trésor que l'on ait en ce monde. Je suis aussi très^joyeux de savoir que Monseigneur est en bonne sant^. Mais d'autre part, vous me causez une véritable moFtttjcation quand vous me dites qu'il veut me te-

aïO LETTRES

mercier de l'assistance que j'ai donnée à M. de La Boissière à son arrivée à Rome, vu que je ne Fài servi çi> quoi que ce soit , et que je crains plutôt de l'avoir importuné. Plût à Dieu que j'eutôe pu lui être bon à quelque chose ; mais il a voulu réserver cet honneur-là à quelqu'un de plus méritant que moi, qui suis inutile, et qui n'ai que de la bonne volonté : celle-là du moins né sera jamais diminuée àv l'égard de ceux qui appartiennent à Monseigneur.

Aujourd'hui j'ai été présenter à AL Du Noiset la lettre que vous lui écrivez. Il l'a reçue courtoisement, et , après l'avoir lue , il m'a assuré qu'il s'occuperoit en son particulier de l'affaire que vous lui recommgndez; de mon côté, j'en suis aussi le diligent solliciteur.

J'ai été chez le sieur Arrigoni, banquier à Rome, correspondant de M. Lamagne à Paris, pour revoir la lettre de change que vous m'envoyâtes dernièrement. Là, nous avons trouvé que le paiement qu'il m'a fait est bon et juste, et que la quittance que j'ai donnée n'est que de

quatre cent seize écus de dix jules et soixante

Voici une décharge que ledit Arrigoni m'a donnée de sa propre main , en présence de M. Géricaut, banquier français, et de M. Thibaut; je vous l'envoie incluse dans la présente , afin que vous puissiez connoitre d'où vient que l'on veut vous faire rembourser cinq cents écus ; mais vous traiterez de cela avec M. Lamagne^ Sur l'argent

DE POUSSIN. an

qui vous reste , et qui se moute à trois cent vingttrois écus , je continuerai . à payer dix écus par mois au bon M. Thibaut , ainsi que ce qu'il sera besoin de débourser pour la négociation de Taumônier de Monseigneur; le reste demeurera en lieu assuré , en attendant que vous me disiez ce que vous voulez que j*en fasse. J'ai déjà obtenu, par mes isoius et ma diligence , trois belles têtes antiques de marbre, sur les quatre ou si^ que vous m'avez demandé de vous trouver, pour achever la douzaine avec celles que vous avez déjà. Mais s'il arri voit , par quelque cause à moi inconnue , que vous vous repentissiez de la pen&ée que vous eûtes, ne vous en mettez point en peine, car je garderai ces têtes pour moi : toutefois je continuerai la recherche des autres , en attendant de vos nouvelles.

Je vous prie de m'excnser, mais pour cette année, je ne pourrai vous envoyer qu'un de vos tableaux des Sacrements; car il m'a été impossible de mettre la main à tous les deux, ainsi que je vous avois promis.

Aujourd'hui M. Pointel est arrivé à Rome en bonne santé , Dieu merci. Je ne sais pas s'il fera la banque. ou non; mais si vous voulez quelquefois faire passer de l'argent dans cette ville , vous pourriez vous servir de M. Géricaud , qui est galant homme et bien raisonnable ; M. Rémi a ici, par son moyen , de t'argent à- quatre et demi pour

cent ^

tia LETTRES

Nous ne voqs avons pas encore envoyé les modèles des piédestauK ou escabelles pour poser vos têtes de marbre , mais nous vous les enver*» rons bientôt; M. Thibaut les pourra modeler, ou au moins nous vous en ferons passer des dessins avec leurs mesures. J'ai beaucoup de lettres à écrira par cet ordinaire, c'est pourquoi je vous supplie de vous contenter pour le présent de œ qui précède. Je suis, Monsieur, votre très-hum^ ble et trèe-obéissimt serviteur,

A M. DE CHANTELOU l'aîné.

" DfrRome, le 17 mai i645.

&1onsîeur , la venue en cette ville de notre loyal ami M. Pointel ne m'a pas apporté le seul con^ tintement de sa présence; j'ai eu en même temps celui de recevoir des nouvelles de votre santé , et d'être informé de l'honneur que vous me faites en voulant bien vous souvenir de moi. Le dévouement dont je fais profession envers vous, étoit demeuré infructueux jusqu'à cette heure qu'il v<M>is plaît de m'honorer de vos iH>mmandemeDts.. En me témoignant le désir que je vous fasse un petit tableau sur bois de la ^^andeur du Siwt Paul de M. vpti^ frère , vous m'en indiquez ie sujet par votre lettre du 18* lïiars, à laquelle celfe-

DE POUSSIN. ai3

ci servira de réponse. }e vous as&ur^ qu'il n'y a persoBoa au monde pour qui je me sente porté avec une égale affection à rexécution de ce petit ouvrage, lequel j'espère faire servir de témoignage du vif désir que j'ai d'être à jamais, Mon-» sieur , votre très ** humble et très - affectionné serviteur ,

P. S. Je baise très -humblement les mains à MM. de Chantelou et de Chambray.

A M. DE CHANTELOU

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