‹ Collection de lettres de Nicolas PoussinChapitre 13 sur 24 · SECRÉTAIRE DI2 MONSEIGNEUR DE NOYERS · texte numérisé non relu

SECRÉTAIRE DI2 MONSEIGNEUR DE NOYERS

De Hoime, le si8 mai lûkS»

Monsieur, je supporte patiemment la mortification que vous me donnez par votre dernière du a 7 avril ; je trouve même que les reproches que vous me faites d'avoir manqué à finir pour Pâques le tableau que je vous avois promis, sont trop douz : je méritois plus âpres répréh^nsions- Ma promesse de vous faire deux de vos Sacrements par an , n'exprimoit encore que la volonté particulière que j'aurai toujours de vous servir ; et si j'eusse été assuré, comme je le suis mdintenaQt, de la volonté Irès-positive que vous aviez vous-mefiie

ai4 LETTRES

de continuer cette dépense , c*esl la vérité que je ne me fusse p^s engagé avec d'autres personnes, ainsi que j'ai fait. Mais, Monsieur, assurez-vous que vous ne perdrez rien pour attendre. Permettez-moi seulement de finir ce que j'ai commencé pour autrui , et je vous promets , pour la seconde fois, que je ne m'emploierai plus que pour vous, à qui je désire sur toutes choses de complaire. Je iFOus enverrai. Dieu aidant, une Confirmation avant que l'année soit expirée. Elle est en bon 'ordre et ébauchée avec beaucoup de soin; elle sera plus riche en figures que l'Extrême-Onction, et je crois qu'elle la pourra bien accompagner.

Je suis très-aise que vous approuviez la recherche des bustes que j'ai faite, d'autant que j'en ai déjà acheté trois : j'espère que bientôt j'en trouverai un quatrième , ce qui fera votre compte. Si vous voulez aller jusqu'à la demi-douzaine, vous m'en écrirez un mot par le premier courrier , et je continuerai de chercher.

Tai pensé que ce seroit une bonne occasion de vous faire tenir ces têtes, que celle que nous fournira le retour de M. Thibaut en France ; car pouvant très-bien être chargées sur des mulets , il sera très -facile de les transporter de Lyon à Rouanne , sans courir le danger de les gâter. Un imilet en portera deux au moins , de sorte que les frais ne seront pas grands, ayant la commodité de l'eau pour tout le reste du chemin.

J'ai continué à donner à M. Thibaut dix écus

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par mois sur Tàrgent que vou^ aviez ici , ainsi que vous m'en avez chargé, fai parié à M. Pointel touchant la remise de l'argent que quelquefois vous nous envoyez ; il m'a prié de vous faire ses humbles baise- mains ^ et m'a dit qu'il ne faisoit ici aucun négoce, mais que vous pourriez vous servir de M. Géricaut le fils, lequel demeure en cette ville : il est hoiméte , et se contente de peu de profit.

Nous ne nous âommes point hâtés de vous envoyer les dessins des piédestaux ou escabelles que nous vous avions promis ; nous voulons auparavant voir les plus beaux qui soient à Rome ; ce sera quand nous irons visiter les Fille.

Le sieur Thibaut n*ayant pu , sans avoir une licence, modeler commodément l'Hercule Farnèse, s'est résolu de se servir du moule que vous fîtes faire, et d'en tirer une copie que l'on conservera: lui et moi nous nous sommes d'autant plus volontiers déterminés à cela, que nous craignions qu'il n'arrivât à ce moule ce qui est arrivé aux autres , qui ont été tous rompus et jetés avec les vidanges de la cour du palais Mazarin. M. duNoiset vous écrit la lettre ci-incluse ; il m'a dit que c'étoit ce que vous désiriez de lui; il n'a rien ' voulu pour l'expédition, et se montre fort votre affectionné.

Je n'ai pas encore vu M. le Chevalier Del Pozzo; mais au premier ordinaire, je vous donnerai nouvelle des miroirs avec lesquels il regarde les

3l6 LETTRES

petits objets. Je sulr, Monsieur ^ votre très^humble çt très-obéissant serviteur,

AU MÊME

De Rome , le 1 8 jmn 1 64 9.

Monsieur , j'aurois matière à vpus écrire beaucoup, si je youlois répondre aux cérémonies que vous faites avec moi dans la dernière lettre dont il vous a plu de m'houorer. Je dirai seulement que la lecture de vos lettres ne me peut jamais apporter que de la consolation , du bien et de la joie; ce m'est un plaisir toujours nouveau, et qi^i me va augmentant l'affeîfction que j'ai de vous servir,. Ne vous imaginez donc point que je perde le temps que j'emploie à les lire , ni même à y répondre. Ce seroit plutôt moi qui devrois être le premier à vous faire mes excuses de ce que , vous employant à des choses importantes , j'ai pu vous détourner de vos occupations par mes importunités qui sont si fréquentes. La confiance que j'ai en votre bonté est cause que, mêmement par cette présente, je vais vous importuner de nouveau, et vous prier de me prêter votre aide dans une négociation qui m'importe beaucoup. Vous savez. Monsieur., que mon absence a donné lieu à quel-

DE PQUSSIN. 1117

ques téroéraire»^ de s'imaginer que ^ puisque jus- . 1 qu'à 'Cette heure je n'étois point retourné en

France ^ j'avois perdu l'envie d'y jamais revenir. Cette fausse croyance les a poussés^ sans aucune autre raison, à chercher mille inventions pour tacher de me ravir injustement la maisoq qu'il plut au feu Roi, de très-heureuse mémoire, de me donner ma vie durant. Vous savez aussi qu'ils ont porté l'affaire si avant, qu'ils ont obtenu de la Reine la permission de s'y établir et de m'en mettre dehors ; vous savez enfin qu'ils ont composé de fausses lettres, portant que j'avois dit que je ne retournerois jamais en France, afin que ce mensonge décidât lia Reine à leur accorder plus facilement leur demande. Je suis au désespoir de voir qu'une injustice semblable ne trouve point d'obstacle. Maintenant que j'avois envié de revenir cet automne même jouir encore des douceurs de ma patrie, là où finalement chacun désire mourir, je me vois enlever ce qui m'invitoit le plus à y retourner. Est-il possible qu'il n'y ait personne qui défende mon droit , et qui se veuille dresser contre l'insolence d'un vil laquais ? Les Français ont-ils si peu défection pour des concitoyens dont le mérite honore la patrie ! Veut- on souffrir qu'un homme comme Samson mette dehors de sa maison un homme dont le nom est connu de toute TEurope ! L'intérêt du public ne permet pas qu'il en soit ainsi : c'est pourquoi ^ ■ Monsieur, je vous supplie, s'il n'y a pas d'autre

ai8 LETTRES

remède , de Êiire du moins entendre aux honnêtes gens le tort que Ton me fait , et d'être mon prote<^eur en ce que vous pourrez. Connoissant une partie de mes affaires , vous savez de plus que je n'ai point été payé de mes travaux. Si, dans cette circonstance, vous pouvez venir à mon secours, j'espère être en France pour la Toussaint ; que si l'injustice l'emporte sur le bon droit et la raison , ce sera alors que j'aurai lieu de me plaindre de .l'ingratitude de; mon pays, et que je serai forcé de mourir loin de ma patrie, comme un exilé ou un banni. Je ne vous importunerai pas davantage sur ce sujet, et je n'en dirai rien jusqu'à ce que vous m'en ayez donné quelques mots de réponse.

Je suis toujours occupé de la recherche de quelques belles têtes de marbre antiques; mais finalement, je crois qu'il faudra que vous vous contentiez de ce que j'ai rencontré , parce qu'il est impossible d'avoir tout ce que l'on désirèroit.

Votre tableau de la Confirmation demeurera dans l'état où il est , jusqu'à ce que la saison soit plus commode pour travailler ; le commencement de 6et été nous épouvante , la chaleur étant devenue tout-à-coup excessive.

Nous avons dans cette ville le bon M. Dufi^esne, de Fimprimerie, qui se porte bien. Hier au soir, en s'entretenant avec moi , il me dit quelque chose de l'envie que vous aviez de revoir Rome une autre fois. Je prie Dieu que cela soit avant que je meure , à cette fin que je puisse de nouveau jouir de votre présence.

DE POUSSIN. aig

Du reste. Monsieur, je yous supplie^ s'il arrivoit le cas <[ue l'on pût tirer quelque argent pour

la que vous savez , de U part de ceuic

qui désirent la posséder , de ne pas empêcher que la chose ait heu : vous. obligerez à jamais votre très-humble et très^béissant serviteur ,

P, S. Je baise très- humblement les mains à M. de Chantelou , votre frère , de qui je suis le serviteur très-affectionné.

AU MÊMK

De Rome, le a 3 juillet x645.

Monsieur, il y a huit jours que j aurais dû répondre à votre dernière du a4 i^^î î msÀs , ne l'ayant pas reçue à temps , j'ai remis la partie à cet ordinaire. Il n'y a point de doute qu'il ne vous sauroit rien arriver de bien que je n'y prenne part, non-seulément.parce que j'ai avec vous des relations de dépendance , mais de plus et surtout parce que je vous aime et honore au dernier degré. C'est pourquoi je me suis réjoui, à la nou-^ velle qu'il vous a plu de me donner de l'accès que vous avez auprès de la personne d'un prince du mérite de Monseigneur le duc d'Enghien. La fragilité des fortunes humaines est telle , à la Cour

2ao lëttkes

surtout, qu'il e&t toujours besoin de se faire un appui des puissants; aussi, quoique l'on dise qu'il n'y a pas plus de salut à se fier aux princes qu'aux autres fils des hommes » nous voyons bien sou-* f vent l'homme disposé à se faire un Dieu de l'homme. Je me réjouirai davantage de cette ren-» contre , quand je saurai qu'elle est entièrement à votre contentement.

Aujourd'hui je me suis informé à des personnes fort entendues en matière de gants , d'odeurs » de savonnettes , et de tout ce que vous désirez que je vous envoie. Elles m'ont dit que si l'oi^ attendait jusqu'à l'automne , ces objets seroient bien meilleurs que ceux^qme l'on trouve maintenant, et qui sont faits de l'année passée. Les autres choses que vous désirez se fabriquent dans la même saison ; c'est pourquoi , si vous pouvez remettre votre commande , vous serez mieux servi : j'attendrai donc votre réponse sur ce sujet

Pour ce qui est de l'argent dont vous avez fait faire la remise en cette ville, pour subvenir à la dépense de vos tableaux, de vos têtes de marbre, et de la pension que vous continuez à M. Thibaut, il est déjà bien diminué; c'est pourquoi il sera nécessaire d'en envoyer de nouveau , si vous voulez continuer vos acquisitions. Je vous enverrai^ à la première commodité, ie compte de la dépense que j'ai faite jusqu'à présent. Je vous supplie de m'écrire st vous voulez que je vous trouve une demi-douzaine de bustes antiques.

DE POliSSlir. 221

où si vous vous contenterez de quatre : s'il en est ainsi, vous êtes déjà servi.

Autre chose je ne puis vous mander pour cette beure que le courrier est prêt à partir. La cha* leur de Tété m'incommode d'une telle manière^ qu'il m'a fallu abandonner les pinceaux ; si je puis seulement conserver la santé, je l'estimerai 4 bonne fortune. Je suis , Monsieur ,- votre très-hum* ble et trèsobéissant serviteur ,

A M. DE CHANTELOU

SECRÉTAIRE DE MONSEIGNEUR LE DUC d'EnGHIEN.

De Rome , le 99 jaillet 164 5. •

Monsieur, j'ai reçu en même'* temps deux de vos lettres : l'une datée du a juillet, et c'est, je crois la dernière ; l'autre sans date. N'ayant paç pu remettre à M. du Noiset la lettre que vous m'avez adressée pour lui, je l'ai laissée à un ^e ses valets de chambre , qui 1$. lui a donnée à son retour de la Filla où il étoit allé.

Je suis tout déterminé à faire encaisser ua de ces jours les quatre têtes de marbre que je vous ai tnouvées. Quoiqu'il puisfii|[|^ avoir de la diffi*culte à les faire sortir de Rome» à ce que m'a dît un mien ami , j'espère réussir à vous les en*^

^aa LETTRE»

voyer. L'une est le portrait du derni^ Ptolihnée , frère de Cléopâtre , ainsi qu'on le peut reconnaître par les médailles. C'est la tête la plus noble qui se voie : je l'avois fait restaurer pour la placer dans ma petite salle, et jouir souvent du plaisir de la voir; mais, ayant trouvé trop de difficultés à en rencontrer d'autres à un prix honnête, je me suis résolu à vous en faire le sacri* fice 9 préférant votre contentement au mien pro» pre. La seconde est une belle tête de femme, de bonne et grande manière, qui regarde vers le ciel : je l'ai acquise par bonne fortune dans un lieu où elle n'étoit pas connue. Elle a appartenu premièrement à Chérubin Alberti, peintre fameux , puis à ses iheritiers , parmi lesquels se ti*ouve un médecin que je connois familièrement depuis long-temps* Vous y verrez quatre petits trous , deul au-dessus de chaque oreille , qui ont autrefois servi à attacher quelque ornement. Je ne saurois absolument juger si c'est un portrait ou une tête faite à plaisir ; tant il y a qu'on l'appeloit chez les Alberti la Lucrezia : elle a sa draperie jusqu'au sein. La troisième tête est sans doute un portrait de Julia Augusta , de grandeur naturelle, avec son buste jusqu'aux mamelles. La quatrième semble un Drusus; c'est un jeune homme sans barbe , d'un aspect assez fier , qui tiendra bien sa place aveo^s autres. Les (Quatre bustes vous reviendront à cent soixante écus : savoir, le Roi, cinquante écus; la Lucrèce, cinquante écus;

DE. POUSSIN. aa3

«t les deux autres trente écus chaque : ainsi , en rabattant septante écus pour les sept mois de M. Thibaut , de trois cent vingt-trois qui vous restaient après avoir achevé de me payer l'Extrême- Onction , , vous n'avez plus maintenant que nonante^trois écus, sur lesquels il faut prendre la dépense de rencaissement de vos bustes. Autre dépense ençQre : il faut vous acheter les gants, les essences , savonnettes et pommades que vous dçsirez. Ces objets ne vous seront point envoyés plutôt que d'ici à trois semaines ou un mois; car, m'étant adressé à ce sujet à ceux qui s'y entendent, chacun m'a assuré que je ne trouverois rien de bon, si je n'attendois encore un peu , parce que maintenant toutes ces marchandises sont vieilles et rances. Mais comme il y a déjà quelques temps que Ton travaille aux nouvelles, je pourrai vous en envoyer à, l'époque indiquée. Quant à l'argent qui manquera , je l'avancerai du mien jusqu'à ce que vous ayez fait la remise nouvelle que vous m'avez annoncée.

Pour ce qui est de votre tableau , j'ai réservé rautomne prochain pour le finir et vous l'envoyer : si je me conserve d'ici à un an en bonne santé, je vous en finirai deux. J'espérois que pendant le cours de cette année , je pourrois me débarrasser d'une partie des travaux pour lesqueb j'ai pris des engagements; mais la chaleur nous accable si fort , qu'on ne sauroit rien faire ; chacun est tombé dans un tel état de langueur , que

a!24 LETTRES

c'est une chose étrange : tout Rome est rempH de malades , et il meurt quantité de personnes. Dieu me veuille maintenir la santé, afin que je sois toujours en état de vous servir.

M. Thibaut a encore besoin de votre aide; îl vous baise bi^i humblement les mains. J'ai fsttt Réponse à la lettre dont Monseigneur a bien voulu me favoriser. Je suis , Monsieur , votre très^humble et très-obéissant serviteur ,

P. S. Je vous supplie , monsieur , d^achever la suscription de la lettre que j'écris à Mon^igœur ; vous m'obligerez extrêmement. „

AU MEME

De Rome, le 20 août 1645.

Monsieur , votre dernière , en date du ^3 jiriilet;, est arrivée fort à propos pour ce qui con^ cerne la dépense que voué m'aviez chargé de faire en gants et autres articles ; car j'étois sur le point de les acheter et de vous les envoyer, ce que je différerai d'après l'ordre que vous m'en donnez. A l'égard des bustes de marbre, je vous en ai acheté quatre, et je crois y avoir bien em^ ployé votre arge^ : ils coûtent cent soixante écus. Il faut maintenant aviser ^ux moyens de les tirer tiors de Rome, et de vous les envoyer. Le»

choses ont bien changé sous le gouvernement actuel , et vous savez que nous n'avons point de faveur en Cour. . J'appréhende par cette raison d'avoir de la peine à impétrer la licence de faire sortir du territoire papal les têtes susdites; car aucuns m'ont assuré que le ' Cardinal Patnphile a ordonné depuis un mois qu'aucune chose antique ne. fut transportée hors de Rome. La raison en est qu'il voudroit que ce qui est à vendre servit d'ornement à la Villa qu'il fait bâtir , et cela sans le payer , ou en le payant au moindre prix possible. Nonobstant, je tâcherai par tous les moyens du monde d'obtenir cette difficile licence; je vous .en manderai des nouvelles quand j'aurai fait mes tentatives.

La grande et fâcheuse chaleur de l'été a mis mes affaires assez en arrière , n'ayant presque rien pu faire depuis le commencement de juin jusqu'à maintenant que nous sommes étouffés. La grande quantité de maladies et la mortalité qui en résultent, ont fait que je n'ai pensé jusqu'ici à autre chose qu'à jne- conserver en santé; c'est pourquoi, si je peux finir votre tableau de la Confirmation et vous l'envoyer pour la fin de l'année , je croirai avoir fait beaucoup. Jl contient vingt -quatre figures presque toutes entières , sans l'architecture du fond; de manière qu'il ne faut pas moins de cinq ou six mois pour le terminer. Considérez bien , Monsieur , que ce ne sont pas des choses que l'on peut faire en sifflant , comme vos peintres

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d^ Parô qui , en se jouant , font des tableaux en vingtrquatre heures. Il me semble que j'ai fisiit beaucoup quand j'ai terminé uûe tQte en un jour^ pourvu qu'elle fasse son eflieL Je tous supplie donc de mettre l'impatience française k part; car «i j'avois autant de hâte que ceux qui me pressent, je ne ferois rieu de bien. Ne me proposes point pour d'autres que vous de nouveaux ou* vrages ; car ce seroit aux dépens du temps que je réserve pour vous servir^ M. de Chantelou^ votre frère, m'a écrit par deux fois qu'il désire* fXHt bien que je kii fisse un petit Baptême de Saint Jean , de la grandeur de votre Saint PauL Je confesse que je ne peux lui rien refuser; mais, comme j'ai juré de ne jamais rien faire de si petit, cet ouvrage m'ajant notablement offensé la vue , et coQune d'ailleurs il me seroit impossible de le servir aussi promptement qu'il voudroit, je vous supplie d'être notre médiateur dans cette affaûre , et de l'arranger à notre commune satisfaction. Si ce p'étoit que je me trouve engagé en des choses qu'il y a longtemps que j'ai entreprises, je m'oocuptrois uniquement de vos Sacrements ; ce que j'ai bien envie de faire aussitôt que je me serai tiré de tous mes embarras. J'espère vous faire deux tableaux l'année qui vient , car je suis très* i^solu de ne m'engager avec personne autre que voiis , de qui je serai toute ina vie , Monsieur ^ le très-humble et très-obéissant serviteur,

^H P s. Il n*y a rien ici pour M. Delisle, soyez-en bien certain. M. Thibaut vous baise très-humblement les mains. Il ne reste de votre argent que nonante-trois écus.

A M. DE CHANTELOU l^iké.

De Rone , le 17. actobre. 164 5.

Monsieur , deux obstacles m'empéchoient ea même temps de satisfaire à la demande que vous m'avez adressée d'un petit tableau du Baptême de Saint Jean : la petitesse et le temps. Vous ave» trouvé le moyen d'en lever un , en remettant la grandeur à ma commodité ; mais je dois vou^ prévenir encore que désormais le temps ne sera plus à ma disposition ^ car l'ayant totalement cqn* sacré au service de M. votre frère, je ne le puis employer pour autrui sans lui faire tort. Je vous supplie donc de traiter de celte difficulté-là avec lui; s'il veut vous accorder votre demande, riea ne sera épargné de mon, coté pour vous satis-faire dans cette pccasion, comme dans toutes celles où j'aurai le bonheur de pouvoir vous téznoigner que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très-humble et très-affectioDDé ^tvitçur,

aa8 LETTRES

A M. DE CHANTELOU

SECRETAIRE DE MONSEIGIfEUR LE DUC D'ENGHrEN.

De Rome, le i5 octobre 1645.

Monsieur, il n'est pas besoin de remplir cette feuille de papier de fiî voles paroles ou de conceptions inutiles , puisque à peine elle suffira pour contenir les choses qu'il est nécessaire que vous sachiez. Premièrement je dois vous avertir que , ces jours passés , j'avois quelque espérance d'obtenir la licence de faire sortir de Rome vos quatre têtes de marbre , et de vous les envoyer à Lyon à la première commodité. Mais, sur ces .entrefaites, le Cardinal Antoine , Camerlingue , ayant été contraint de s'absenter secrètement de l'État ecclésiastique , aussitôt que l'affaire a été découverte, le Pape a pourvu de nouveau à tous les offices de la Chambre, les enlevant à ceux qui les occupoient sous ledit Cardinal, pour les donner à qui il lui a plu ; particulièrement le Cardinal Floze a été fait Vice-Camerlingue. Il résulte de tout cela que désormais je crains fort de trouver de nouvelles difficultés pour obtenir notre licence; et quand on voudroit bien n'en pas susciter , comme je n'ai plus de connoissances parmi ceux qui sont nouvellement pourvus desdits offices, il me faudra

DE I^OUSSIW. ^ 229

du tçmps popr découvrir les moyens d'kîtpiétrar ce que j'ai deiuaudé. Vous ne croiriez, jamais par quelle sorte de gens 4ious sommes gouTernéS); mais enfii^ je tenterai toutes les voiçs possiblès^^ jusqu'aux illicites même, et quand ce devroit être à mon propre dommage ; car de parler au Pape de semblables choses, ce seroit chercher sa dis^ grâce.

M. Thibaut ^voit eu quelque pensée dé partir cet automne, ainsi que je vous lavois écrit; mais il est mieux pour lui de passer encore ici l'hiver , et de ne partir que le printemps qui suivra. L'argent que vous lui donniez pour son voyage lui servira pour passer l'hiver , en faisant encore quelques études nouvelles. Il vous écrira touchant <?ertaines choses que je ne peux écrire en si petit espace. ^

Je m'occupe journellement de votre tableau de la Confirmation , lequel ne pourra vous être epvoyé qu'à la fin de décembre : le travail eu est très-grand, et la manière dont je le finis ne perr met pas qu,e,cela aille vite. L'année prochaine, si j'ai de la sauté, j'en ferai davantage, car je ne veux m'engag^r désormais à nulle autre chose qu'à vous servir. Si j'eusse pu remettre à un autre temps l'ouvrage que M. votre Irère désire que je fasse pour lui, j'aurois été d'autant moins dé*tourné de m'occuper des vôtres ; mais comme, je nte peux refuser une personne que j'honore esitrér mement , votis permettrez que je vous <lérobe le

aSo ' LETTRES

tiotipa . iqti'it me fiiudra «mf^loyer à ie sét^hr. Il Êmt que vou& vous résigniez à supporter leiï!rd'l de la pâtienee , si vous voulez que je paisse sati$*ikiré €n quelque mairière à l'un et à fautre.

'3é sois. Monsieur, votre très-humble «t trèsdévotfé serviteur,

PODSSÏ]*ï.

AU MÊME

De Rome, le ia navtoàstû i645.

Monsieur , je n'ai encore pu oblenir la permit^ sion de feire sortir de Roixie les quatre têtes de marbre que je vous ai achetées. L'absence du Cardinal Antoine a amené un changement d^ns tous les offices de la Chambré; mais on n'a eh«core pourvu personne de celui de Oommîssaire> et sans la patente de celui -^ ci nous ne pouvons rien faire : il faut donc patienter , car il ny *k aucun autre remède. M. Thibaut passera encoi^ ici l'hiver , puisque vous lui en donnez la commodité; et comme j'espère, d'ici au moment de son départ, pouvoir par quelque moyen obtenir notre licence , je ferai en sorte que , passant à Lyon, il puisse vous conduire les susdites têtes à Paris. Mais si le malheur vouloit qu'il fallût at-* tendre plus que jusqu'au départ de M. Thibaut, je

Toasjes enverrois par le détroit, si j'en trouvois^

lâ commodité. Votre tableau de la Confirmation

est en bon train; je ne m'occupe d'autre chose

que de le bien fiilir, ce qui sera, s'il piaît à Dieu,

Ters la mi - décembre. Ne vous étonnez point ,

Monsieur , du long temps que je mets à terminer

tm tableau seul, car celui-ei contient vingt^leux

^ures, sans tes choses accessoires qui sont^u

Ibnd. Toutefois, j^espère à l'avenir avoir commo-^

dite de vous servir plus promptement qt|e par le

passé; et Si ce n'étoit que j'ai commencé une mort

du Christ pour M. de Thou, je vous assure qu'il

a'y a personne qui me put faire donner un coilp

de pinceau poin* un autre que pour vous. Sur

cette promesse que je renouvelle avec plaisir ^

vous me feree la grâce , en attendant le teste ,

de vous cotitenter de ce tableau pour cette aiinée.

Dès qu'il sera en état de vous être envoyé , je

vous le ferai tenir par te courner de Lyon^ et

jie rencaisserai si bien qu'il ne courra aucun

danger de se gâter pendant la route. J'atlendsr

votre réponse , et suis , Monsieur , votre très^

bumble serviteur ,

PCHJS&INv

i32 LETTRES

AU MÊME

De Rome , lé lo décembre 1645.

Monsieur, j'ai différé de vous écrire pendant que vous aviez encore la larme à Fœil; mais l'espace de deux mois vous ayant donné le loisir de penser qu'il ne faut point pleurer les bienheureux; je mWagine que vous serez rentré en vous-même, et que voire esprit affligé du trépas de notre bon seigneur aura repris sa solidité ordinaire. Sûr ciette croyance, je vous écris ces deux lignes tant pour vous faire souvenir de vos affaires d'ici, que pour vous informer de l'état où elles sont. £n premier lieu, votre tableau de la Confirmation est fini de tout point. Il est fort ridxe en figures, et pour les autres parties, il ne le cède en rienàrExtréme-Onction. Je ne m'efforcerai point davantage à vous le décrire , car c'est une chose qu'il faut voir. Si j'eusse reçu la réponse à ma dernière, je vous l'aurois envoyé avant la fin de l'année. Je suppose que votre aBsence de Paris et le malheur qui vous est survenu vous auront empêché de m'écrire; mais aussitôt que je. saurai que vous êtes en volonté de recevoir votre tableau, je vous l'enverrai, et je commencerai lesautres si vous le trouvez agréable.

Vos bustes sont chez moi, n'ayant pu trouver

DE pousaiN. .a33

encore le moyen d'obtenir la licence de les transporter hors de Rome. Il est vrai qu'un grand rhume, dont je suis encore incommodé, m'a empêché de solliciter cette affaire ; mais assurez-vous que je vais maintenant faire mon possible, car j'y veux employer le peu d'amis que j'ai ici. Vous ne sauriez croire lé regret que j'ai de ne pouvoir vous satisfaire plus promptement. Tout le mal vient de ce que nous avons affaire à des tyrans, qui sont de plus nos ennemis : cela ne m'ôte pourtant pas Fespérance de vous envoyer tôt ou tard vos bustes.

J'ai contimjè à donner à M. Thibaut les dix écus par mois que vous lui avez accordés, de manière qu'il ne reste de tout votre argent que cinquante^trois écus, qu'il feut que je réserve pour le reste des dépenses qu'il faudra faire : à la fin je vous rendrai fidèlement compte de tout. Je siiis, Monsieur, votre très -humble et très - obéissant serviteur,

P. S. M. Pointel vous baise très-humblement les mains et à Messieurs vos frères, comme je fais de tout mon cœur.

a34 tETTAES

A M. DE GHANTELOU L'Aini.

Df linat 9 le •• Jâ&Wtr 1646.

Monsieur, quoique M. de CbtatelouY votre puinéy ne m'ait encore rien répoudu toucbaot le temps qu'il falloit que je prisse, pour vous satisfaire, sur celui que je m'étois pressé d'empioyçr à ses Sept Sacrements , il suffît que vous m'assuriez qu'il approuve cet arrangement: car enfin » s'il eût réfutée à vous et à moi ce qui étoit juste I nous l'eussions pri$ de puissance abijK>lue. Pour mon particulier, }^ vous assure. Monsieur ^ que je suis très-désireux de vous servir, et quesî j'en avois aussi-bien le pouvoir, vous vou& pourriez assurer d'avoir , avant qu'il soit un an i le plus bel ouvrage qui se soit jamais fait ; j'y em* ployerai toute mon industrie , et tel qu'il ser?., je pense bien que vous le recevrez de très-bon œîL Je sais assez jusqu'où s'étend la bénignité de votre naturel , et l'estime que vous faites des hommes de bonne volonté. Je ne manquerai pas de vous faire savoir quand j'aurai commencé votre tableau. Celui de la Confirmation , que j'ai fait pour Mousieur votre frère , seroit il y a long - temps chez lui , si j'avois reçu de ses nouvelles. Mais ne sachant ce qu'il faisoit ni où il étoit, j'ai gardé mon tableau jusqu'à ce moment , et je ne le lui en-

Terni poÎHt y que je n'apprenne son retour k PMris. Je TQUÈ sotthaîte toute sorte deliélicttés, et demeure àjaniais^ Monsiem>, votre très * humble et- très^ obéissant serviteuir,

P. •>'• le saiue d« tout mou isQ^urM» ^p Ch9m^ hs^^ii Ai Poîntei vous baise irès-humblameut les mains.

A M. DE CHANTELOU

Monsieur , le long espace de temps qui s'est passé sans que j'aie reçu de vos nouvelles , m'a mis plusieurs ÙM en peine , et m^4 fait craiiidre que votre santé ne fut dérangée , ou qu'il ne vous tùtt arrivé qudque aci^eut. Enfin le doute où j'étoif fi'€fit trouvé changé eu une fâcheuse certitude, pat* la nouvelle du trépas de notre unique et cher maître» Triste sujet, siu* lequel je ne veui pas vous entrefteoir i car cf seroit teuduveler vos doubleurs. Il ne faut point que vous oroyiesi que ce soit un bien grand malheur, h j'ai de la peine è avoir la licence de tirer hors de Rome vos quatre têtes de marbre; avec de la patience, on vient a

bcmt: de.toutes choses : tous les aumz Jbot ou Isard: l'affaire n'est p^oist encore désespérée. Aujourr d'hui j'ai été chez le nouveau commissaire ^ lequel a fait ces jours passés la visite desdites tétes^ pour voir en quel état étoit notre affaire ; il m'a répondu qu'il en avoit parlé à l'auditeur de la chambre, que celui^i lui avoit promis d'en {Kirler au Cardinal Pamphile, et qu'il espérëit pouvoir m^envoyer chez moi la licence : je ne manquerai pas de la faire solliciter de mon côté. Les nouveautés qui arrivent tous les jours en cette ville , touchant le fait de MM. les Barberini , sont cause des difficultés que l'on éprouve; carihne sort rien d'ici, que premièrement on n'en fasse mille informations et recherches. Ily a de plus un ordre particulier du Cardinal Pamphile, qui défend de laisser sortir de Rome aucun objet d'antiquité; mais tout cela tt'empêchéfa pas qu'un jour nous ne venions à bout de notre entreprise ^

Pour ce qui est du dernier tableau que je vous ai fitii, je vous i'aurois envoyé pour le temps que je vous l'a vois promis ; ^mais n'ayant pas reçu la lettre que vous deviez m'écrire à: ce sujet, j'ai pensé qu'il étoit à propos de l'attendre : dans tout <^la il n'y a aucune mésaventure; au contraire, je l'estime un bonheur. Lç temps a été très-facheux depuis novembre jusqu'à ce moment, et il paroit ne pas vouloir cesser de l'êtfe ; il tombe taintî de pluie et fait une si grande humidité, qu'il y a long'ttemps que l'on n'a rien vu de pareil;

de sorte que le tableau eût peut-être couru risque de se perdre ou de se gâter. Je tous Fenverjai par un temps •plus commode , et aussitôt que la lettre que vous me promettez m'a tira été remise. Vous ne devez pas croire que je prétende être plus payé dudit tableau , pour y avoir mis plus de figures que dans celui que vous avez ; je ne prends pas garde à si peu de chose : il se pourroit qu'il y en eût moins dans ceux qui sont à faire; mais tous seront ainsi que le comporte le sujet de chacun. S'il vous plait donc , Monsieur^ de me traiter comme par le passé, je serai content et très-satisfait.

Il ne me reste de votre argent que quarantetrois écus que je réserverai pour servir aux frais qu'il faudra faire à l'occasion de vos marbres et du port de vos tableaux ; s'il reste quelque chose , j'en tiendrai compte , comme de raison.

Il faudra, un jour, que je vous envoie votre copie de San-Pietro in Montorio ; car que voulezvous que j'en fasse? En faisant glacer certaines draperies qui otit été réservées pour cela, elle peut être placée sur quelque autel, et elle y feroit un beaucoup meilleur effet que tel original de nos peintres de France : vous me ferez savoir votre volonté.

Si je peux faire partir vos marbres, je les enverrai à Lyon , et là on vous les conservera en lieu sûr, jusqu'à temps que M. Thibaut les prenne en passant , et vous les conduise à Paris. Le pauvre

a38 LEI^TRES

garçon est fprt triste de la perte que nous avons faite ; il vous baise les mains et se, confesse votre tres-obligé , ^o^^ne je demeure à« jamais , Monsieur , votre très-humble et très-obéissant servî«-

teur.

A M. DE CHANTELOU t'AinÉ.

De Rome» le • têniu i64(L

Monsieur, j'ai reçu la vôtre du 5 de janvier, avec une lettre de change de nonante-quatre pistoles d'Espagne , que M. votre frère m'a fait expédier : j'en serai payé au temps convenable^ Je vous remercie en particulier de la peine que vous avez bien voulu prendre de me l'envoyer en l'absence de M. de Chantelou ; c'est accroître le nombre des grandes obligations que je vous ai.

Par la dernière lettre dont je vous ai importuné , vous aurez vu en quelle disposition j'étois de vous servir ; par celle-^ci , je puis vous assurer que je n'ai pas attendu que vous me comuiandassiez derechef; car, avant que d'avoir reçu votre dernière, j'avois arrêté la disposition du Baptême de Saint Jeab que vous désirez que je vous fasse. C'est grande faveur que vous me faites, de vouloir bien donner intrdiiuction dans votre cabinet à si peu que je sais faire; vu que vous

%x'y tene9 riea qui ne soit digoe de T^xce^eiicei de votre goût, a;aquel je confesse par avance de ne pouvoir atteindre que de bien loin. Quoi qu'il ea soit 9 je ferai mon possible pour vous bien servir^ et votre bénignité suppléera au r^te«

J'envoie, par l'ordinaire prochain, le tableau de la Confirmation à M. votre frère. Je lui en annonce un autre d'un Triclinium à l'antique , qui sera chose nouvelle à voir: cependant, je de^ meure inviolablçment , Monsieur, votre trèshumble, etc.

P. S. Je baise les mains à M. de Chambrai.

, A M. DE CHANTELOU

SECRIÉTAIRE DE JCOITSfilGNEUm LE DUC n'ËNGHIElSr.

De Rome , k 4 fétrier 1646.

Monsieur, j'ai reçu la vôtre du dernier jour de l'année, avec une lettre de change de nouantequatre pistoles d'Espagne, sur lesquelles je prendrai deux cent cinquante écus, pour le payement du tableau de la Confirmation que j'a^ fait pour vous: de ce qu'il restera des nouante- quatre pistoles je vous tiendrai compte. Demain 5 du mois, je consignerai le tableau ès-mains du cour-

a4o LETTRES

fier de Lyon. Quand vous l'aurez reçu , vous verrez lés soins dont j'ai usé afin qu'il ne puisse être offensé pendant le voyage. Si, d'aventure, vous y trouviez quelques moisissures, ne vous en étonnez pas, car il n'est verni que de blanc d'œufs, lequel vous ferez ôter avec de l'eau et une éponge , puis vous le ferez vernir avec un vernis fin et léger. Vous savez le reste de la toilette qu'il lui faudra faire avant de le laisser paroître. J'attends que vous m'en écriviez ingénuemeqt votre sentiment. Je travaille maintenant à un Triclinium qui , je crois , vous donnera du plaisir ; après celui-là je ferai le Baptême de J. C.

J'ai obtenu, à la fin, la licence pour tirer hors de Rome vos quatre têtes de marbre. J'aurois pu vous les envoyer présentement, avec les bagages du cardinal Mazarin , mais pour quantité de raisons je ne l'ai pas voulu faire ; j'aime mieux prendre une autre occasion. Je vous écrirai de cela plus au long dans peu de temps.

J'écris à M. Scarroh un mot de- réponse à sa lettre , et je le prie de m'excuser si je ne peux le servir pour le présent; je vous jure. Monsieur, que cela m'est impossible.

Puisqu'il vous plaît de vous souvenir de mes intérêts, je serois bien aise, lorsqu'on vous remboursera de ce qui vous est dû , que le roi mè payât aussi ce qu'il me doit. Si vous pouvez faire cela pour moi, j'en serai (ort reconnoissant.*Quant à ce que vous me proposez d'ailleurs, cela ne

DK POUSSIN. 1^1

vaut pas que vous vous en mettiez en peine;

il me suffit de savoir la boiuie volonté que vous

avez pour moi, pour vous en être obligé toute

ma vie. Je vous siipplie de me faire un mot

de réponse sur ce que je vous ai écrit touchant

votre copie de San-Pietro in. Montorio , car je

ne saurois qu'en faire. Je vous souhaite félicité

perpétuelle V et suis à jamais, Monsieur, votre

très-humble, etc.

AU MÊME

De Rome, le ii février 1646.

Monsieur , il y a huit jours que j'étois demeuré d'accord avec le courrier nommé Regard , de vous envoyer votre tableau de la Confirmation; mais sa valise se trouvant trop courte, il m'a dit qu'il ne vouloit pas s'en charger, de manière que j'ai été contraint d'attendre cet ordinaire. Demain matin, m Février, je consignerai le tableau èsmains du courrier de Lyon , nommé l'Épine , lequel m'a promis de le porter. MM. Van Score de Lyon vous l'enverront à Paris en diligence.

La semaine prochaine je chercherai les moyens de vous faire embarquer vos marbres; j'ai fait bien de n'avoir pas profité de l'occasion qui s'est présentée W y a quelques jours , car ce qui étoit parti a été arrêté à Civita Vecchia, sous de faux

prétextes; toutes les caisses ont été portées au château , et là elles ont été déclouées et ouvertes secrètement , chose qui m'auroit grandement déplu , si elle fut arrivée aux vôtres. Quand j aurai £ait la dépense qui est nécessaire pour les £siire embarquer, et qup j'aurai payé le port de votre tableau jusqu'à Lyon, je vous enverrai le compte de votre argent. J'ai été payé de la lettre de change de nonante-quatre pistoles d'Espagne.

AU MEME

De Romei le a5 février 1646.

Monsieur , il y a quinze jours que je vous ai écrit que j'avois reçu la lettre de change de nonante-quatre pistoles que le S. Arrigoni m'a payées à temps. Sur cette somme j'ai pris deux cent cinquante écus pour le paiement du tableau de la Confirmation , que je vous ai envoyé le doti^ie de ce mois par le courrier de Lyon nommé l'Épine. Il vous sera envoyé de Lyon à Paris par MM.

Van Score. Je vous ai prié par mia précédente ^ et je vous supplie encore par celle-ci^ de m'en dire votre avis ingénuement, à cette fin^ qu'étant av^ti de certaines choses que vous y pourrez noter, je m'efforce à l'avenir de faire mieux. Le premier que je ferai sera la Magdelel^ ch^z Simon; j'en ai arrêté la pensée, qui réussira fort bien étant mise en oeuvre.

DE POUSSIK. 243

. J ai finalement: fait embaivjuer vos quatre têtes de marbre sur la barque du litron Louis Vésian d'Arles : le reste , vods le lirez sur la lettre d'em- . barquement ci-inciase. D'Aries elles sont portées par le Rhône à Lyon, et consignées à M. H ti gués de La Belle , rue de Flandres , chez qui ellei^ seront soigneu&ement gardées, jusqu'à ce qu'il se présente quelque bonne occasion de vous les porter à Paris : je vous ferai savoir le resté en temps et lieu. Je vous envoie votre compte, par lequel vous verrez à quoi l'argent que j'ai reçu depuis un an a été employé , et ce qui vous en reste.

Nous conserverons soigneusement le nniule de l'Hercule ; et quand M. Thibaut partira , je le ferai porter chez moi pour y rester jusqu'à ce que vous me marquiez ce qu'il en faudra faire. Autre chose ne vous puis écrire maintenant, sinon que je demeure à jamais. Monsieur, votre très-humble-, etc.

JP. 5. Si vQus trouvez le compte juste, veuillez bieri m'envoyer un mot à ee sujet.

AU MEME

De l^ome , le 8 avril 1646.

Monsieur, votre dernière lettre m*a ravi le eôeur de contentement et de joie , en apprenant par

icelle que vous avez reçu bien conditionné votre tableau de la Confirmation. Je vols tous les jours arriver tant de disgrâces à nos courriers, que, quand je leur consigne quelque chose pour vous le faire tenir , je n'ai pas de repos jusqu'à ce que j'aie reçu Ja nouv^elle que cela est arrivé à Paris. Me voilà, grâce à Dieu , hors de cette peine. J'espère que nous apprendrons bientôt aussi l'arriyée de vos bustes à Arles ou à Lyon : je m'assure bien que vous en avez reçu la lettre d'embarquement. Par la même occasion , je vous aurois envoyé votive copie de San-Pietro in Montorio , mais je ne savois pas encore si vous vouliez que je l'envoyasse ; je ne manquerai pas de le faire à la première commodité. Vous aurez reçu en même temps le compte de la dépense que j'ai faite pour vous; si vous le trouvez bon, j'en attends un mot de décharge. J*ai envoyé votre lettre à M. le gouverneur.de Lorette, et je suis sûr qu'il la recevra. •

Je n'ai point encore commencé le petit tableau de M. de Chantelou, votre frère, parce que j*ai, dans ce moment, les mains à une chose que, je ne veux pas quitter qu'elle ne soit faite ; alors j*aurai l'esprit libre, et je ne m'appliquerai à autre chose qu'à vous servir. Je ne m'arrêterai pas davantage à répondre aux louanges que vous nie faites du dernier tableau que vous avez reçu de moi; mais je m'efforcerai de mieux faire en-

DE poussiBr^ a4'5

core cehii que maintenant je vais commencer. Ji?^ suis, MansieuF, votre très-humble, etc.

A.U MÊME

Rome, le ^jaiq ]fr46.

Monsieur, c'est trop tarder de vous écrire; et j'aurois dû le faire d autant plus tôt, que j'avois à répondre à deux de vos lettres. Les turbulences jÉjui sont arrivées dans cette ville, ^ l'appréhension que nous avons eue de, quelques grands matheurs, ont fait oublier à plusieurs de remplir leurs plus chers devoirs. J'ai été l'un de ceux qui , pour pourvoir à leurs affaires plus particulières, ont totalement négligé toutes les autres. Mais maintenant que j'ai eu le temps dé reprendre haleine, je m'empresse de répondre à celle de vos lettres qui est remplie d'une infinité de louanges sur le tableau de la Confirmation, en confessant avec humilité qu'il est vrai que vous me faites une bonne leçon, et en vous renouvelant la promesse d'essayer à faire mieux à* l'avenir que je n'ai fait par le passé.

Dans votre seconde lettre , vous voulez me disposer à faire un tableau pour M. Scarron „ votre bon ami et compatriote, à condition toute-

a/^ti LETTRES

fois que ce nouvel ouvrage ne retarde point vos sacremens. Je vous jure , Monsieur , que cela ne se peut pas, et qu'il faut que votre ami se résolve , à une longue patience ; parce que maintenant que je me trouve avoir fini le crucifix de M. de Thou , qui m'a grandement embarrassé, j'ai fermement résolu de n'entreprendre rien, quelque profil qu'il pût y avoir pour moi , avant d'avoir terminé vos sept sacrements : j'excepte cependant le Saint- Jean que j'ai promis à M. votre frère.

Je crôyois pouvoir vous écrire quelque éhose touchant l'arrivée de vos têtes de marbre, mais je n'en ai eu jusques à maintenant aucune nôUvette. Il est vrai qu'il faut un long temps pôtir les faire remonter par le Rhôtie jusqu'à Lyon , et qu'on n'en trouve la commodité qu'en certain' tetiûps ^e Tannée : au surplus, il suffira qu'elles soient à Lybn , lorsque M. Pointel ou M. Thibaut y passeront à leur retour en France.

Il ne seroit pas convenable d'ôter au gazetier l'avantage de vous informer de ce qui s'est passé en cette ville, entre le parti espagnol et les autres; il tous en régalera à plein et en bon style. Je vous dirai seiilement que nous attendons la reddition d'Orbitello, assiégée par notre armée navale, chose qui, en vérité, donne à penser à tous les peuples de deçà. Je suis, Monsieur, votre très - humble , etc.

DE PpUSSlN. 247

AU MÊME

. De Rome , le ng juillet 1646.

M9nsieiir , il est vrai qu'il y a bien Iong>4;enip»^ que je ne vous ai donné de mes nouvelles. Ce n a été aucun dérangement de ma santé qui m'en »

empêché, mais plutôt le défaut de choses inté* Fessantes à vous maiiider , joint à un peu de paresse. J'aorois pu vous écrire que vos caisses étoieat arrivées à Lyon , et qu'elles étoient chez M- de la Belle , marchand ; mais comme j'avois appris de lui qu'il vous avoit fait savoir qu'il les avoit reçues , et que même il s'offroil de vous les envoyer à Paris, si cela vous convenoit, la croyance que j'ai eue que vous m'en écririez un mot, m'a fak attendre jusques à présent à vous en parler. Si j'étois de vous, j'attendrois que M. Thibaut ou M. Pointel, en retournant à Paris, se chargeassent de vous les faire porter fidèlement. J'ai payé poiW" le port d'Arles à Lyon, quarante-cinq livres douse sous, prix qui me semble exorbitant; et je m'émerveille que vous ne perdiez pas l'envie d'avoir de ces bustes qui coûtent tant à transporter : il est vrai que l'argent ne doit servir qu'à nous contenter. Si vous n'avez pas eu à temps les modèles^

des piédestaux que M. Thibaut vous avoit promis, cela n'a pas été faute de le solliciter; raais je l'ai trouvé tellement attaché à ses modèles, que je ne suis pas surpris qu'ils lui fassent oublier toute autre chose : de plus le pauvre homme a été malade l'espace de deux mois, sans argent et sans en pouvoir gagner , chose qui lui avoit engendré une si grande mélancolie, que nous craignions qu'il ne devînt phthisique ; mais maintenant il se porte mieux. Il m'a prié de vous offrir ses excuses et ses baise-mains ; l'automne prochain , la néces^ site le chassera d'ici.

J'écrirai à M. Scarron que vous m'avez sollicité de lui faire quelque chose , et l'impossibilité que j'y trouve pour le moment. s

Néanmoins que la grande chaleur de Tété m'incommode extrêmement, je ne laisse pas de travailler quelque peu à vos sacrements , qui , désormais avanceront puissamment, parce que je me trouve plus dégagé que je n'ai été par le passé.

Pour ce qui est des six autres iétes de marbre que vous desirez, je suis d'opinion qu'il faut que vous attendiez un temps plus opportun. Toutefois, je m'informerai des moyens qu'il faudroit employer pour se procurer lesdites têtes , et pour les tirer hors de Rome.

Vous savez de votre côté comment a réussi le siège d'Orbitello, aussi bien et mieux que nous qui sommes ici.

Je finirai en vous baisant Irès-humblement les

mains , moi qui suis à jamais , Monsieur , votre très-liumble , eta

P. S. Je n'ai encore rien commencé pour M. votre frère, mais je le servirai à la première r^Vî/re^co/a.

AU MÊME

De Rome, le 9 5 septembre 1646.

Monsieur, lorsque vous apprendrez que j'ai été malade l'espace de trente -cinq jours, et que je n'ai pas encore entièrement recouvré la santé, voiis ne trouverez pas étrange , s'il vous plaît , la brièveté de la présente.

Il y .a un mois environ que ne pouvant vous écrire , et sachant que le sieur Thibaut étoit en délibération de repasser les monts , je le priai de vous écrire im mot touchant le port de vos quatre caisses qui sont chez M. de la Belle, à Lyon; si, d'aventure, il ne vous a pas écrit, iPme semble qu'il a eu grandement tort, et je ne peifx comprendre la cause qui l'en a empêché, si ce n'est sa trop grande timidité naturelle.

Il étoit nécessaire de vous faire savoir qu'il

.falloit que vous fissiez quelque remise d'argent à

Lyon , pour subvenir aux frais qu'il faudra faire

pour transporter ces caisses de I^yon à Paris ; car

%5o LETTRES

le pauvre |[arçoii ne vous peul avancer diose au monde , vu qu'il a été contraint hii-nié|ne d'em^ prunter pour foire son voyage.

Pour mon particulier, je souhaite la santé afin de pouvoir continuer vos sacrements , et je vous promets qu'incontinent que je pourrai manier le pinceau , je l'emploierai uniquement à vous servir. Excusez ma débilité, je ne peux plus écrire* Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MÊME

0e Bome, le 7 octobre 1^46.

Monsieur , je vous aurois envoyé par l'ordinaire passé les gants de frangipane que vous désirez; mais ma santé n'étant encore bien assurée , et le temps étant fort incommode^ j'ai été contraint de remettre la partie à cet ordimaire. J'ai employé un mien ami , connaisseur en matière de gants , à ceftevfin que je ne fusse pas tcompé, et que vous fussiez bien servi : il y en a un^ douzaine , la moitié pour homme , et la moitié poar femme ; ils ont coûté une demi*pistole la paire , ce qui fait dix*huit écus pour le tout^ plus tin Jules pour la toile cirée. Je voii5 les envoie avec le i^aquet de M. Géricaut, banquier, et vons les

DE POUSSIN. a51^

recevrez è Paris, de son père qui demeure tout devant la grande porte dès Saints-'lnnocents , à l'enseigne du bras d'or. Vous en paierez lé port de Rome à Paris; je l'eusse payé ici, car it me reste encore de votre argent onze éous et quelques Jules, mais M. Géricaut m'a dit qu'il était mieux de le payer à Paris.

Quand vous aurez reçu lesdits gants ^ écrivezmoi franchement s'ils sont .tels que vous désirer. Je vous assure que, quelque diligence que l'on puisse faire , il y a toujours danger d'être trompé par ce peuple^cL

Maintenant que je me porte bien, je me dispose à reprendre les pinceaux pour la suite de vos Sacrements.

M. De la MeiUeraie bat la forteresse de Porto- Loogone, dans File d'Elbe. On a opinion qu'il la prendra bientôt, ^^e qui fait ouvrir les yeux aux Jtaliiçns , et aux Espagnols fermer la bouche , car ils ne disent mot* Je suis , M ousieiu* , votre trèshùmble , etc,

AU MÊME

De llone , le ti octobre XS46.

Monsieur, je vous supplie de ne pas croire que ce soit ma santé qui soit cause que vous n'avez

q5'2 lettres

pas reçu vos douze paires de gants au temps que je vous avois indiqué dans ma dernière lettre. J'avois mis toute la diligence dont je suis capable, pour vous les envoyer promptement;.mais hier j'ai appris comme chose assurée , qu'attendu que leur envoi avoit été remis à un autre ordinaire, vous les recevriez quinze jours plus tard que vous ne croyiez, et huit jours plus tard que je ne pensois. La faute est venue du sieur Géricaut qui demeure ici, lequel n'a pu faire son paquet pour le départ du courrier.

Je suis journellement appliqué à l'avancement de vos Sacrements. Si ce n'eût été ma maladie , je vous aurois envoyé par cet ordinaii'e le tableau que je finis maintenant : j'espère vous le faire tenir à la fin de novembre, et incontinent je me propose de mettre la main à l'autre. Je m'étois bien promis de vous en envoyé» deux cette année , ce qui fut arrivé sans mon indisposition , qui m'a fait perdre le plus beau temps de toute l'année.

Je vous ai écrit il y a long-temps que M. Thibaut repassoit en France , cet automne , et qu'il seroit à propos de lui faire remettre à Lyon de l'argent, pour le port de vos bustes : M. Cerisier que vous connoissez bien , est maintenant dans cette ville, et vous pourriez vous servir de lui pour ciela. D'ailleurs , je crois que M. Thibaut séjournera qitelque temps à Lyon , ainsi vous pourrez facilement vous entendre avec lui sur ce qu'il convient de faire.

Je n'ai autre chose à vous écrire maintenant, sinon que toujours je demeurerai, Monsieur, votre très-humble, etc.

''au même.

De Rome, le i8 décembre 1646.

Monsieur, enfin le sieur Thibaut, après avoir reconnu que le séjour de Rome n'est bon qu'à ceux qui ont de l'argent à y dépenser , s'est résohi d'en partir , en soupirant toute fois , et avec le regret qu'ont accoutumé de sentir ceux qui l'ont habitée , lorsqu'ils sont contraints de la quitter. Il prendra tous les soins imaginables pour vous conduire sûrement les quatre têtes de marbre qui sont à Lyon, chez M. De la Belle; et cela d'autant plus facilement , qu'avant de partir d'ici il a reçu de vous une lettre qui l'assure de trouver, chez ledit sieur De la Belle, ce qui est nécessaire pour le transport.

Je l'aurois chargé du tableau que je vous ai fini,. si ce n'eut été que le courrier de Lyon ira plus vite, et me semble une voie plus assurée. J'ai pensé, de plus, qu'il convenoit d'attendre votre ordre, comme j'ai accoutumé de le faire: aussitôt que je l'aurai reçu 9 je vous enverrai votre

tableau. Cependant, je ne perdrai point de temps, car je vais incontinent mettre la miain à Tautre. Quoique ma maladie m'ait fait perdre le plus beau temps de toute l'année , si maintenant Dieu ro'ac* corde la santé, j'espère que d'ici à peu vous les aures tous sept , car j'ai mis à part toute autre besogne. J'attends de vos nouvelles, en demeurant, comme à l'accoutumée, Monsieur, votre très*humble et très-affectionné serviteur,

AU MERÏE.

Dé Rome, le 4 féyrîer 1647.

Mon&ieur, quoique le sept du mois passé je vous aie importuné d'une de mes lettres, laquelle vous aura donné avis de l'envoi de votre troisième tableau des sept Sacrements, que j'ai con-^ signé au courrier de Lyon nonnné Tome, et de plus annoncé que j'ai été payé de vos cent pîstoles par M. Géricaut, j'ai délibéré de vous répéter par cet ordinaire les choses déjà dites, avant de vous parler tant de celles que j'avois oubliées, que de celles qui sont arrivées depuis.

M. Thibaut , depuis son départ , m'a écrit de Lyon, que quelque dérangement qui étoit survenu dans sa santé, l'ayant contraint de séjourner

DE pous8;rw. 255

dans cette yiite plus qu'il ne 4>énsoit , il avoit éprouvé un des tours de souplesse que la fortune slait faire quand il lui plaît, et quand elle veut se moquer des pauvres hommes , mêlant toujours le mal avec le bien , ou le bien avec le mal , assai* sonnant ainsi les choses pour nous les faire mieux sentir. En effet, ce peu de retardement qu'il estimoit un malheur , lui fit faire rencontre de cin* quante*deux morceaux de sculpture , tant bustes antiques que figures de marbre, qu'il a eus, il faut le dire, pour rien. Voilà un heureux voyage, pourvu que le reste y réponde! Ce succès inopiné m'a incontinent fait penser qu'il n'étoît plus nécessaire de vous chercher des têtes de marbre en cette ville, puisque bientôt vous en auriez à choisir; car je crois que vous serez lé premier à qui M. Thibaut fera voir son acquisition, quand le tout sera arrivé à Paris* De deux autres choses maintenant il est nécessaire de vous avertir, afin que vous délibériez sur icelles. La première est le moule de THercule Farnèse, qui est demeuré à l'abandon dans- la maison où deçieuroît M. Thibaut , de manière que l'on m'a avisé que quelques insolents, même ceux à qui il avoit été commis en garde , en ont tiré des plâtres la nuit et eh secret. Comme il seroit donimage que le iiioule d'une si belle chose s'en allât en ruine , et que je n'ai point de lieu pour le mettre à couvert chez moi , je voudrois savoir ce que vous voulez que l'on en fasse. >

a56 LETTRES

La seconde esjt votre copie de la Transfiguration de San-Pietro in Montorio, que je voudrois vous envoyer , car elle se pourrira roulée chez moi , si elle y demeure davantage. Voyez si de l'argent qui me reste à vous , vous voulez ou non que j'emploie quelque chose à cette dépense , et sortons , je vous supplie , de Tune et de l'autre affaire*

Je crois qu'avec l'aide de Dieu , vous a vex maintenant reçu, ou du moins que vous êtes sur le point de recevoir le tableau que je vous ai dernièrement envoyé. Dès que vous l'aurez, vous me ferez la faveur de m'en donner avis : cependant j'ai la main au quatrième, qui sera superbe. Dieu aidant. Je me propose bien de continuer sans inteiTuption les trois autres.

J'ai reçu du maître de la poste de France un livre ridicule des facéties de M. Scarron, sans lettre et sans savoir qui me l'envoie. J'ai parcouru ce livre une seule fois , et c'est pour toujours : vous trouverez bon que je ne vous exprime pas tout le dégoût que j'ai pour de pareils ouvrages. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

JOE potjssiiy» afi^

A M. DE CHANTELOU

CONSEiLLER ET MAITRE d'hÔTEL ORDmAIRE DU ROÏ ,

A PARIS

t)e Rome , le a4 mats 1647.

Monsieur , si \01vs avez eu Talarme lorsque vous avez appris que le courrier auquel j^avois consigné vôtre tableau du Baptême avoit été tué entre Turin ejt Suze, au retour qu'il fatsoit de Rome à Lyon, j'ai eu de mon côté ma part de la peur, lorsque cette nouvelle nous fut apportée par l'ordinaire qui venoirt de Lyoii à Rome. Mais lorsque je parlai au même courrier, et qu'en m'assurani que la valise du définit n'avoit point été touchée , il me dit et m'affirma que ma. petite caisse étoit enfer* mée dedans , cette bonne nouvelle rassura un ^n mon âme troublée et me rendit quelque reposa Enfin lorsque M. De la Belle, auquel la susdite caisse étoit recommandée, m'eut écrit qu'il l'avoit reçue, et que le lendemain il vous la devoit envoyer à Paris , je me sentis ^andement soulagé i tnaintenant que le tableau est arrivé ^ et qu'il à été remis sain et entier entre vos mains, je suis ravi de joie. Il me resteroit encore plusieurs choses à vous dire sur ce que vous m'en écrivez, lesquelles seroient de longue déduction , et suffiroient

pour remplir plusieurs pages de papier ; mais le temps qu'il faudroit employer en un long discours de peu d'utilité, servira bien plus convenablement à avancer le tableau de la Pénitence auquel je travaille maintenant. Si cependant Je Baptême que vous avez reçu semble à quelques-uns trop doux^ qu'ils lisent la réponse que Trajan Boccalini fait faire par Apollon à ceux qui disoient que la tarte du Guarini, c'est-à-dire il PastorfidOj leur sembloit trop sucrée. S'ils ne sont contents de la repartie, je les prie de croire que je ne suis point de ceux qui, en chantant, prennent toujours le même ton , et que je sais varier le mien quand je veux. Vous-même, Monsieur, vous en pour- T^% être le juge, si vous continuez à favoriser une personne qui voudroit, en vous servant, faire des merveilles. Je vous ai écrit touchant la dér couverte que M. Jhibaut a faite à Lyon , de manière que je ne chercherai point de bustes sans un nouvel ordre. Je suis , Monsieur, votre trèshumble, etc.

AU MÊME

De Rome, k 7 «vril 1647.

.Monsieur, j'avoue, ce qui est très -véritable, que toutes les lettres dont il vous plaît de me

DE POUSSIN. aSg /

favoriser, m'apportent tout à la fois du codt tentement et du profit. Votre dernière du i5 mars a fait éo moi le même effet que celles du passé, et quelque chose de plus encore, parce que par icelle^ vous me faites jsa voir , sans dégui- 4sement ni couleur mensongère, l'opinion que l'on a du dernier tableau que je Wius ai envoyé. Je ne suis point marri que l'on me rq^renne et que \\èn me critique ; j'y suis accoutumé depuis longtemps, car jaoiais personne ne m'a épargné.

Souvent , au contraire, j'ai été le but où û médisance a tiré, et non pas seulement la répréheasion ; ce qui, à la vérité, ne m'a pas apporté peu de profit : car en empêchant que la présomption ne m'aveuglât , cela m'a fait cheminer cautement en mes oeuvres, chose que je veux observer toute ma vie. Aussi, bien que ceux qui me reprennent ne me puissent pas enseigner à mieux faire, ils seront cause néanmoins que j'en trouverai les moyens de moi-même. Une seule chose cepen* dant je désirerai toujours , et non-seulement je ne l'aurai jamais, mais je n'oserai pa& même la faire connoître, de peur d'être blâmé de prétention trop grande. Je passerai donc à vous dire que, lorsque je me mis en la pensée de peindre votre tableau du Baptême de la manière qu'il est, au tnéme moment je devinai le jugement que Ton en feroit ; et il y a ici de bons témoins qui vous l'assureroient de vive voix. Je ne doute pas que le vulgaire des peintres iie dise que Fou cbaiige de

260 LKTTRES

manière, si tant sôit peu l'on sort du ton ordi-^ iiàire, car la pauvre peinture est réduite à Telstampe; et quant à la sculpture, est-ce que hor^ de là main des Grecs quelqu*un l'a jamais vue vivante? Je vous pourrois dire sur ce sujet des bbcisës iqui tont très-véritables , mais que ne (cornpk^^tidrôit aucune des perscHmes qui, dé de-là, jugent mes ouvrages : il vaut donc mieux les passer sous silence. Je vous prie seulement de recevbil* de bon œil, comme c'est vptrô coutume ^ les tabteaux que je vous enverrai, bien que tous soient difFéremment dépeints et coloriés, vous assurant que je ferai tous mes efforts pour satisfeire à l'Art , à vous , et à moi.

Comme* j^espère vous envoyer, pour la mi-mai ou environ, le tableau de la Pénitence, j'en recevrai le paiement de M. Géricaut , ainsi que vous l'avej; ordonné , sans perdre de teilips à attendre vos lettres de change. Demain matiil je ferai porter en lieu sûr le moiile de l'Hercule Pamèse, et te copie de la Transfiguration ^ pour tous les ietivoyer ensuite par fe Détroit^ à la première ocbaîsion qui se présentera.

Pour ce qui est du procédé de M. Thibaut eiHvers vous et du peu de satisfaction qu'il vou» donne, j'en demeure étonné, et je vous assure qtié j'y ai été trompé, j'avois vu, ij est vrai^ qu'tf estimoit' tiHop ce qu'il faisOit,- qu'il en étoit trop jalôuk, et que je ne pouvois obtetiir qu'il me mît tn main ses modèfes, lorsque vous me dites de

DE POUSSIIf. . 9&1

les retirer ; mais assuré quHls^ ^toient tous vôtres » et que lui-même vous les porterpit, j'étois loîi» de penser qu'il j eût de la duplicité de sa part. L'on ne voit pas dans le cQ&ur des hommes : je me suis encore fié k celui4à, et je coipmence à craindre qu'il ne me paie comme vous.

Il n'y a maintenant personne à Borne qui fasse bien un portrait; ce qui sera cause que je ne vous enverrai pas sitôt celui que vous désirez. Je suis, Monisieur, votre très «^ humble, etc.

De Rome » le 3 jniA 164^.

Monsieur ,, s'il étoit nécessaire de vous raconter pourquoi j'ai tardé jusqu'à maintenant à faire réponse à votre dernière du 27 mars, cette feuille de papier uo suffiroit pas ; et partant j'userai de réserve , et vous dirai seulement que par içelle , comme aussi par les deux précédentes , je me suis aperçu que le tableau du Baptén^e que vous ayez reçu le dernier, ne vous a pas autant satisfait que les deux aùti^s; quoique avec belle manière vous essayiez de me consoler , et tâchiez de vous montrer content, yous devez vous assurer que j'y ai procédé avec le même aindur et la même dili-

gence , que j'y ai employé le même temps qu'artix * précédents , et qu'enfin le désir de faire bien est chez, moi toujours le même. Mais le succès de toutes nos entreprises est rarement égal^ et Ton ne réussit pas toujours avçc le même bonheur : tous les hommes du monde ont été sujets à cette maladie; je n'en citerai aucun exemple, car il y en a trop.

Je vous envoie maintenant la Pénitence que j'ai terminée ; je ne sais si elle suffira pour effacer la coulpe des fautes passées. Je ne vous' ferai sur mon tableau aucun prologue , car le sujet y est représenté de manière qu'il me semble qu'il n'a pas besoin d'interprète^ pourvu seulement que l'on ait lu l'Évangile. Je l'ai consigné au courrier nommé Moslart; il est franc de port jusqu'à Paris^; j'ai payé pour cela quatre pistoles, et jamais on n'a voulu s'en charger à moins. Quoique ce prix me semble extraordinaire , comme j'avois déjà perdu huit jours de temps , faute de pouvoir m'accommoder avec le courrier précédent; pour ne pas attendre un autre CMrdinaire, qui peut^tre m'eut traité encore plus mal , parce qu'ils s'entendent comme larrons en foire , j'ai donné à celui-ci ce qu'il a voulu. Il s'est obligé de vous envoyer la caisse à Paris, par le messager : néanmoins je l'ai recommandée à M. De la Belle de Lyon , et à M. Cerisiers. Quand vous aurez reçu et considéré le tableau, vous m'«n écrires^, s^îl vous plaît, votre sentiment sans adulation.

D£ poDssin^. a63

J'ai reçu de Af • Gérîcaut^ pour lé ps^ieiwot du tableau de la Pénitence , la sotnmé de deux cent cinquante écu$ , monncMe de Rome» Je lui ai fait croire que favoisreçii d'ailleurs cinquante écus/ afin qu'il me soit payé cent pistoles, ainsi qu'il vous plaira de m'en donner avis. J'ai commencé le cinquième tableau qui représentera l'Ordre, et je continuerai d'y travailler , si la trop grande chaleur de l'été ne m'en empêche; et si Dieu me concède la santé , dans wt au je me promets d'avoir fini vos sept tableaux.

J'ai fait porter chez moi le moule de l'Hercule qui occupe la moitié de ma maison ; je l'y garderai tant qu'il vous plaira. ^

Je ne vous enverrai la copie de* San-Pietro in Montorio , que quand les vaisseaux de Saint*- Malo partiront de ces quartiers. Je vous aurois envoyé préseptemen^t le nouveau compte de la dépense que j'ai fÂte pour vous , mais je suis trop pressé j ce sera pour la première occasion. J^ serois bien aise de savoir si le petit Thibaut vous a contenté , et si vous avez acheté quelquesuns de ses marbres; nous n'entendons aucunement parler de lui, et nous ne savons s'il est vif ou mort.

Vous verrez bientôt à Paris un de vos affectionnés, qui va quitter cette viiïe. Il est de ces hérétiques qui croient que votre serviteur Poussin a, clans la peinture, quelque talent qui n'est pas commun; aussi j'ai peur qu'on ne le lapide, s'il

ne se tait , car il n'est plus temps d'illuminer les aveugles : le Christ en fut mal voulu. Je suis , Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MEME

De Rome, le iQJuin 1647,

Monsieur , au défaut de cell^ que je vous écrivis il y a huit jours, je vous avertis de nouveau que je vous ai envoyé le quatrième de vqs tableaux où ,est représentée la Pénitence. Je l'ai consigné au courrier de Lyon nommé Moslart, à condition qu'il vous le feroit tenir à Paris, |ranc de port, ayant reçu ici, pour cela, quatre pistoles dont il )n'a donné quittance : vous ferez diligence pour le tirer de chea le messager , quand il sera arrivé à Paris, J'ai été payé par les mains de M. Géri-r caut, que vous rembourserez , s'il vous plaît, quand vous aurez reçu les lettres dé change première et seconde, à huit jours de vue, que je lui ai faites.

Je vous envoie, avec la présente, le compte, de l'argent que j'ai dépensé pour vous, depuis lé der^ nier jusqu'à ce moment Si vous le trouvez bon, il vous plaira de m'envoyer une décharge, afin qu'il n'y ait à redire en nos affaires. J'attendrai

OB POUSSIN. a6S

que les vaisseaux de Saint-Malo partent d'ici, pour vous envoyer votre copie de la Transfiguration.

Je serois bien aise de savoir si vous avez changé d'intention , touchant les six autres têtes de marbre que vous vouUez que je vous achetasse ; ou si vous avez trouvé à votre goût' celles que fe petit Thibaut a emportées de Lyon à Paris , et si vous en avez pris ce qui vous manquoit.

J'ai fini d'ébaucher le cinquième de vos Sacrements , et j'espère qu'il réussira de bonne manière. Si la chaleur de l'été eçt trop incommode , je ne ferai que ourdir; mais si elle est modérée, je jirocéderai sans rélâche à finir ce tableau , de sorte que je pourrai vous l'envoyer au commencement de l'automne.

Je ne saurois, pour cette heure, que vous écrire de plus , sinon que je vous prie de croire que vous n'avez point' de serviteur qui vous soit plus dévoué que moi.

P. S. M, le chevalier Del Pozzo vous baise les mains, ainsi que M. son frère.

[66 LETTAKS

AU MÊME

Dt Rome, le 8 juillet 1647*

Monsieur « j'attends de jour à autre que vous m'écriviez si vous avez reçu le quatrième de vos tableaux, lequel je vous ai envoyé franc pour Paris ^ par le courrier de Lyon nommé Moslart. Je vous en ai écrit consécutivement par deux ordinaires, et vous ai annoncé que j'avois été payé dûdit tableau par le sieur Géricaut, banquier, au profit duquel j'ai tiré sur vous deux lettres de change, première et seconde , qui doivent servir à le rembourser. Je vous ai envoyé en même temps un compte de l'argent que j'ai dépensé pom* vous, depuis Je compte dernier jusqu'à présent, en vous priant , si vous le trouviez bon , de m'envoyer un mot de quittance.

Aujourd'hui, il me semble qssez à propos de vous écrire par anticipation ces deux lignes , par lesquelles je vous donne avis que j'espère vous envoyer , le 1 5 du mois prochain , le cinquième de vos Sacrements ; à cette fin que , si vous êtes encore hors de Paris, vous puissiez ordonner à quelqu'un des vôtres de le retirer ou du coche ou du messager : car je ne sais pas quelle voie on prend pour vous les faire tenir de Lyon à Paris ,

et je recommande toujours qu'on vous les envoie par celle qui est la plus sûre et la plus courte.

Le gros Cbapron est de retour dans cette ville ; et y vit une seconde fois aux dépens du bon M. Renard. Il se vante de ravoir son tableau , et» dit qu'il a ordre de le finir pour le Roi , aux dépens duquel il a été commencé : je ne sais si son dessein réussira. Je suis, Monsieur, votre trèshumble, etc.

A SI. DE CHANTELOU t^AiirÉ.

De Rome, le 17 aoÂt 1647.

Monsieur, bien qu'il y ait long-temps que j*observe le silence envers vous , ne croyez pâli pour cela que j'aie mis en oubli la promesse que je vous ai faite. Si elle eût pu s^accomplir en vous écrivant souvent, il y a long-temps que vous seriez satisfait. Je m'étois persuadé que ce qui s'étoit dit une fois étoit arrêté pour toujours. J'ai encore à faire deux des tableaux de M. De Chautelou : aussitôt que je les aurai finis , si votre patience peut attendre jusque-là, nous aurons alors vous et moi à acquitter notre promesse réciproque; c'est-à-dire que vous serez le premier servi, comme étant celui que j'honore par-dessus les autres. Je 5uis, Monsieur, votre très-humble, elc.

i68 CSTTHÏ^

A M. DE CHANTELOU

COSrSEILLER ET MaItRE b'hÔtEL OllBINAIRE DU ROI,

A PARIS

De Rome, le 19 août 1647.

Monsieur, bien que votre dernière lettre du 10 juillet ne me dise rien de l'arrivée, à Paris , de votre tableau de la Pénitence , j'ai été informé par des lettres de mes amis qu'il est arrivé à bon port , et que la caisse est en votre maison , où on la garde jusqu'à votre retour du Mans« Cette nouvelle m'a ôté de la peine où j'étois, car je n'ai point de repos jusqu*à temps que je sache que ce que je vous envoie est arrivé heureusement. Il y a quelque temps que je vous fis savoir que le i5 du mois d'août je vous enverrois le cinquième de vos Sacrements; c'est ce que j'ai fait aujourd'hui, ayant consigné ce tableau au courrier de Lyon nommé Claude Marie Scarampe, qui dit être fort votre serviteur. Le port est payé jusqu'à Lyon , où je l'ai recommandé à M. Cerisiers , et à son défaut à M. De la Belle. Je prie en même temps celui-ci de vouloir bien prendre aussi le soin de vous jenvoyer les deux autres, qui sont à faire, lorsque je les lui adresserai : car, alors M. Cerisiers sera absent de Lyon , puisqu'il

D£ poussinr. , 369

a résolu de veliir Toir l'Italie cel automne' pro-> cbaln.

J'ai reçu de M. Géricaut le paiement de ce dernier tableau et quelque chose de plus, c'est k savoir cent pistoles d'Italie^ Il vous restera sur cette somme cinquante écus^ dont je Vous tiendrai compte V ainsi que ce que fai à vous d'autre part.

Il vous plaira rembourser ledit Géricaut en acquittant deux lettres de diange , première et secondé , qui vous seront présentées.

J'attends 9 comme de coutume , le jugement que vous porterez de mes deux tableaux, et en l'attendant , je vais m'occuper de Êiire les deux autres. Je demeure , comme de coutume, Monsieur, votre trèâ- humble , etc.

AU MEME

De Rome, le t** septembre 1647.

Monsieur, j*ai reçu votre lettre du 23 jtiillet, et avec elle la décharge de l'argent que j'ai employé à votre service ; je vous tiendrai un compte très-fidèle de ce qui nie reste.

L'ordinaire passé , je vous fis savoir que j'avois consigné au courrier de Lyon , nommé Sacàrmpe , le cinc^ème de vos tableaux, et que M. Cerisiers

fk'JO LETTRES

OU M. De la Belle aurolt le soin de vous te faire tenir à Paris; ce que j'espère qu'ils fieront par voie sûre. Par le même ordiiiiaire , je vous donnai avis que j'avois reçu de M. Géricaut une somme de cent pistoles, sur laquelle il vous revient cinquante écus, que j'ai joints aux trente<[uatre écus et demi qui vous restent d'après notre dernier compte. Sur le second chef de votre lettre, je trouverdis matière à vous écrire de belles choses, si j'avois, comme vous, le talent de bien dire; mais il est plus convenable pour moi de m'appli* quer aux choses plus apparentes que les paroles ^ et de tâcher, en faisant mieux dorénavant, de m'ôtar à moi-même la crainte que l'on puisse porter de mauvais jugements de mes oeuvres : en ce faisant, je vous satisferai et moi aussi.

J'ai présentement la main au sixième des Sacrements , qui réussira bien , à ce que je pense ; c'est celui où est représentée la Cène de Jésus- Christ avec ses apôtres* J'espère qu'il sera fini pour la fin d'octobre, et incontinent je mettrai, comme l'on dit, le Mariage sur le chantier. Cependant je demeure à l'accoutumée, Monsieur, votre trèshumble, etc.

P. S. J'ai fait vos baise-mains à M, le chevalier Del Pozzo, qui vous les rend à usure.

AU MEME

De Rome, le 3 novembre 1647.

Monsieur, si ce n'étoit que votre propre vertu vous sert de bouclier pour parer les cqups de la fortune , certainement vous seriez en danger d'en recevoir de profondes blessures , lorsqu'elle dé-» coche sur vous , comme autant de flèches acérées, la perte de vos meilleurs amis. Je vous dis ceci, sans vouloir entreprendre de faire lé consolateur auprès d'un homme à qui, comme dit l'italien, non duolein capo. Yous avez généreusement souffert d'autres atteintes que celles-ci; et le temps, seul médecin de. telles maladies, vous les à rendues supportables, comme il affoiblira celle que vous venez de recevoir.

Cependant, je vous ai apprêté un Souper où est représenté celui qui nous a montré comment il faut souffrir toutes choses : si, au milieu des amertumes que vous éprouvez, vous y pouvez trouver quelque peu de ragoût , ce me sera une grande satisfaction. M. Qerisiers qui est nouvel-^ lement arrivé dans cette ville , prie avec moi M. De la Belle de vous faire tenir ce tableau : le port est payé jusqu'à Lyon , à l'accoutumée.

J'ai été payé par M. Géricaut , et pour cet- effet

272 LETl^RKS

il VOUS plaira ùe le rembourser^ -en acquittant Içs lettres de change qui vous seront présentées.

Pour ce que vous m'écrivez touchant le petit Thibaut^ je suis cTaccord avec vous que c'est un ingrat , et de plus un trompent. Ce n'est pas seulement vous et moi qui en sommes mal satisfaits, c'est encore tous ceux qui l'ont connu et pratiqué icr; car, aux tins il doit de l'argent et ne leur écrit pas, aux autres il a manqué de foi. Il est difficile de connoître les personnes dissimulées, si ce n'est après un long temps; quant à moi, je vous jure que j'y ai été coroplètetinent trompé. Je n'aurois surtout jamais cru qu'il se fut comporté si mal en votre endroit, car il m'a juré cent fois que tout ce qu'il faisoit étoit ici à votre service; et que quand il seroit de retour, il vous donneroit à choisir ou de ses modèles propres , ou de ceux qu'il jétteroit en moule après les avoir diligemment réparés. Quand il dit qu'il n'a pas fait grand'cho&e pendant que vous l'avez entre- ' tenU) il dit vrai; et petlt-êtré l'a-t-il fait exprès, car il a été quelquefois trois et quatre mois sans rien faire ^ comme M. Pointel en a été tétnoin. Il s'amusoit à faire l'amour avec une Lorraine, qui dit qu'il lui a promis de l'épouser , ou à faire des modèles pour vendre : pendant qu'il a reçu votre argent, je crois qu'il n'a modelé aucun des chevaux de Monte Cavallo. Jevoyoîs bien le tout, et il m'en dépîaisoit on peu; mais j'étois loin de pénétrer assez avant danis sa pensée , pour prévoir

)es mauvaises résolutioiis que vo^s avez ina,intenant découvertes^

Il est vrai qu il a moilelé le Faune qui dort, par la faveur que lui fit Nicolas Miogini, sqiiptçui^ dn Cardinal Barberiai , et sans que j'en deinandasse la licence au Cardinal , à qui je lui avois promis de m'adres$er si ledit Mingin la lui eût refusée; tuais demandez-lui ce qu'il a modelé depuis avril jusqu'en novembre. 1645^ enfin ce qu'il a f^^it pendant qu'il a reçu vos appointements. Le papier hie manqueroit si je voulois vous dire tout ce que j'ai découvert xlepuis qu'il est parti d'ici; vous pouvez bien sans scru^ïille le traiter comme un homme fallacieux. J'ai fait pour lui ce que je ne ferais pas pour ut) mien parent , jusqu'à tiii prêter de i'argeot peiid£uit sa maladie et pour faire sou^'oyage; et il en est si peu reconnoissant,. qu'il ne m'a pas écrit un seul mot dfpuia qu'il est en t^rance^

Il y a long-temps que j'ai fait i^mballer votre copie de Siln-Pielro in Montorid , pour n^point perdre l'occasion de vous l'envoyer quand elle se présenleroit : c'est pourquoi si Vous vous accordez avec M. Renard , il est raisonnable que vous mettiez en compte ce qu'il en a coûté pour l'emballage , qui monte à viugt-six julesi

Ce sont là des tours de ce gros bouffle de Chapron, qui à la fin trompera le pauvre Renard^ lequel est aussi simple qu'un oison^ Je crains qu^en attendant la résolution de Renard , l'occasion ne

se perde de vous envoyer votre copie, si vous n'êtes pas d'accord : toutefois j'attendrai vos ordres. Nous sommes à cinquante lieues seulement d'un théâtre toù journellement il se représente d'étranges tragédies; c'est la pauvre Naples. Dieu nous préserve de semblables misères! Vous savez sûrement en France ce qui se passe là , autant et mieux que nous qui en sommes voisins. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

P. S. J'ai oublié de vous dire que je connois bien Stella. Je baise très-humblement les mains à M. De Chantelou votre frère.

M. Gueffier m'a donné un second livre de M. Scarron , avec une lettre à laquelle je m'étois disposé à répondire; mais on m'a dit qu'il étoit mort, ce qui m'a empêché de mettre la main à la plume. Je vous prie, Monsieur, la première fois que vous me ferez l'hoiineur de m'écrire, de me (me savoir s'il est mort ou vivant; vous m'obligerez infiniment.

AU MÊME

De (lome y le ai novembre 1647.

Monsieur , celle - ci servira de réponse k vos deux dernières lettres, l'une du a3 octobre , et

DÉ PO€S3iN. 275

raiitre du premier du courant. J'observe la promesse que je vous ai faite, c'est-à-diré que je n étoploie mes pinceaux pour personne autre que vous, avant d'avoir fini vos sept Sacrements. Partant, après Vous avoir envoyé la Cène qui est lé sixième, j'ai mis la main au dernier, qui est celui que vous devez afifectionner le moins; et cependant je me promets qu'il ne sera pas inférieur à celui des six qui vous plaît le plus.

3'ai été payé de mon dernier tableau par "un commis de M. Géricaut , ainsi que vous l'avez vu par la lettre de change tirée sur vous , et par la lettre dans laquelle je vous ai annoncé l'envoi dudit tableau , que vous aurez sans doute reçu avant la présente.

Je me suis résolu à satisfaire M. Delisle , puisque vous me le recommandez, et quoique je me fusse proposé de faire désormais quelque chose pour moi, sans m'assujetlir davantage aiix caprices d'autrui, et principalement de ceux qui ne voient que par les yeux d'autrui : mais il fout que ledit seigneur se résigne à une chose difficile piour lin François, à la patience.

J'ai fait vos baise-niains à M. le Chevalier Del Pozzd, qui les a reçus avec àa courtoisie ordinaire.' Quant à ce que vous m'écrivez par votre dernière, il est aisé pour moi de repousser le soupçon qufe vous avez , que je vous honore moins que quelques autres personnes, et que j'aie moins d'attache-^ ilQent pour^ous que pour elles. S'il étoit ainsi,'

27C Lettres

pourquoi vous auroU-je préféré , pendant l'espace! de cinq ans, à tant de gens de mérile et de qualité j qui ont désiré très-ardemment que je leur fisse quelque chose, et qui m'ont offert kur bourscf pour y puiter, tandis que je me contentois d'un prix si modique de votre part ^ que je n'ai pa9 même vonlu prendre ce que vous m'ayez qffert ? Pourquoi , après vou9 avoir envoyé le premier de vos tableaux,. compoi$é de sei^^ ou dix^buit %ures seulement ,. et lorsque je pouvois n'en pas mettre davantage, dans les autt:es ^ et même en diminuer encore le npmbre , poiir Vélùr plutôt à fin d'un si long travail,.ai-jé^ au contraire, enrichi de plus en plus mçs sujets, sans penser à âqcnn intérêt autre que celui de gagner votre biéiiveillance? Pourquoi ai-je employé tanjt de temps et fait tant de courses de^l^^ et de-^la , par le chaud et par le froid, pour vos autres services particuliers^ si ce n'a été pour vous témoigner combien je vous aime et vous honore? Je n'en veux pas dire da-» vantage ; il faiidroit sortir des tei^mes de l'attache-» ment que je vous ai voué. Croyez certainement que j'ai fait pour vous ce que je ne ferois pour aucune personne vivante, et que je persévère tQU-^ jo|irs daios la volonté de vous servir de tout mon cœur. Je ne suis point homn^e léger ni changeant d'affections; quand je les ai mises en un sujet, c'est pour toujours. Si le tableau de Moïse trouvé dai>s les eaux du Kil , que possède M. Poiptel ^ voi4^ a charmé lorsque vous l'avez vi(. est-ce liQ

DE POUSSIlf. *i^^

tëfiloignage poiir cela que je l'aie fait avec plus d'amour tjue les vôtres ? iSTe voyez-vous pas bien que c'est là nature du stijét et votre propre dîspo^on qui sont cause de cet effet, et que les sujets que je traite pour Vous doivent être représentés d'une autre manière? C'est en cela que consiste tout l'artifice de la peinture. Pardonnez ma liberté si je dis ique vous Vous êtes montré précipité dans le jugement que vous aves^ fait de tnes ouvrages. Le bien juger est Irès-dtfficile , si Von n'a, en cet art, grande théorie et pra'^ique jointes ensemble : nos ap péti ts t^'en doive nt point juger seulement , mais aussi la raisc^ . \:'est pourcpam je voùsTomnettrai une considération importante, laquelle vous fera connoitre ce qtfil faut observer dans la représentation des sujets que fou traite.

Nos braves anciens Greôs , inventeurs de toutes les belles dioses , ont trouvé plusieurs modes par le moyeu desquels ils ont produit de merveilleux efifets. Ici , cette parole , Mode , signifie propre-* ment la rabon, oti la mesure et la fôrn^e dont nous nous servons pour ffidre quelque chose ; laqitelle raison nous astreint à ne pas passer outre certaines bornes , et à observer avec intelligence et modération, dans chacun de nos ouvrages, l'ordre déterminé parlèrqùel chaque chose se conserve en son essence.

Les ilfo^e5 des anciens étant une composition de plusieurs choses mises ensemble , de la variété et différence qui se rencontrent dans l'assemblage

de ces choses , naissoit la variété et 4i£réreiice des modes; tandis que de la constance dans la proportion et l'arraiigeiqent des choses propres à chaque mode, procédqitson caractère particulier^ c'est-à*dire sa puissance d'induire l'ame à certaines passions. De là vient que les sages anciens attribuèrent à chaque mode une propriété spéciale , analogue aux efifets qu'ils l'avoient vu produire. Us appliquèrent le mode Dorien aux matières graves, sévères et pleines d,e sagesse; le mode Phrygien y au contraire , aux passions véhémentes, et par conséquent aux sujets de. guerre : j'espère, 0Vant quil soiruh ân^ peindre iin^ sujet dans ce mode Phrygien. IIs"Tonliïre](ît éncôfe que le ftibde Lydien se rapportât aux sentiments tristes et douloureux; le oiode Jlypolydiea aux sentiments doux et agréables ; enfin ils inventèrent l'Ioqiçn pour peindre les émotions vives, les scènes joyeuses, telles que les danses , les fétçs , les bacchanales. I^s bons poètes ont également usé d'une grande diligence et ô^\ux merveilleux artifice, non-seulement pour accommoder leur style aux sujets 9 traiter , mais encore pour régler le choix deç mots et le rhythme des vers d'après la convenancç des objets à peindre, Virgile surtout s'est montré, dans tous ses poèmes , grand observateur de cette partie, et il y est tellement érainent, que souvent U semble y par le son seul des ipots , mettre devant les yeux les choses qu'il décrit. S'il parle de l'ampur, c'est avec des paroles si artificieuse-

i)B POBSS19. ^79

ment choisies qu'il en résulte unehannonie douce, plaisante et gracieuse ; tandis que lorsqu'il chante 'Un fait d'armes ou décrit une tempête , le rhythme précipité, les sons retentissants de ses vet^s, pei* gnent.^dmirablemeiit une scène de fureur^ de tuante et d'épouvante. Mais, d'après ce que vous me marquez , si je vous avois fait un tableau de ce caractère, et où une telle mapière fut ob» servée, vous vous seriez donc imaginé que je ne vous aimois pas !

Si ce n'étoit que ce tSK^roit plutôt composer un livre qu'écrire une lettre , j'aj<>uterdis encore ici plusieurs choses importantes qu'il faut considérer dans la peinture , afin que vous connussiez plus amplement combien< je m'étudie à faire de mcm mieux pour vous contenter : car bien que vous soyez très^intelUgent en toutes choses, je craiils que la contagioii^ de tant d'ignovants et d'insensés qui vous environnent ne parvienne à vous corrompre le jugement. Je demeure à l'accoutumée, Monsieur, votre très-humble,, etc.

'AU MÊME

De Kome , le aa décembre 1647..

Monsieur, vous réitères par votre lettre du 8 naveiv^re ce que vcmjs m'avez écrit dans une précédente , à laquelle j'ai répondu peut-être trop

au iottg et aaaea mnlilenieiit ; t*àr je ytm que vom ifemearez ferme ^dans l\>pmion que voils aneas ^ne j'ai servi M. Pohitel avec pk» d'amont et de dtligenoe que vous. Si je n'ease cru que vo^s ^ez ph» inteUigent que hii en peinture ^ je n'^iuvois pas mauqué *de chercher à vote s$!dÊbàrt avec ce que les ItalîeBS appeltent seccatura; mais au contraire , tenant ipour certain que vous étiez attadié aux véritables p\ bonnes pratiques de Tart, je me suis imaginé que je pourrois vous plaire avec les ouvrages que je vous ai envoyés , lesquels j'ai tous faits avec le plus de soin et d'a^ mour qu'il m'a été po»ible. Tai maintenant le (Minier entre les mains : j'y (^serverai diligemment ce que vous aimet t^tit dans ceux que possèdent les autres^ puisque je ne trouve point d'autre moyen de y<ms enk*etenir dans riopioion cpe je suis toujours pour vous le p^s affectionné de toi^ les hqtnmes. ^

Je vous ai éoirit qu'à votre ooosidéraïioh fe tra* vaillerois pour M. Qdi^. J'ai trouvé la pensée de sou table^iu ; je veux dire que l'idée en est çqn* çue, et que le travail de l'çprU est achevé. Le sufét est un Passage de là tner Rouge pàï* les Israélites fugitifs ; il sera composé de vingt-sept figures principales.

Je 'm'efforcerai de vous donner satisfiaction pour ce qui regarée <raon portrait, 0t aussi <pk^m à la Véerge tpie vous désirez que je vous jfesse dès dem$^.

DE POUSSIlM. !28l

Je îtte veaiç mettre la cervelle sens dessus lâessçjtts pouir trdttvef <|itiélque nouvelle idée , quelque invention durjense, que j'exécuterai à son temps ; le tout pour vous guérir de cette tnnielje jalousie qui vo^is fait paroftre lïne mouche comme éléphant.

Les pitiks , les inondation^ , feictraordinairë humidité qui nous eiMrôtinent, tïi'ont telltement enrliutMé, tfûe je ne sàulrois éttire davantage. Ï6 swis , Monsieur, votive très^-tï^w^ble et frèst-atfectiiorihé "serviteur.

P^ s. Il ifiEiiidra.premièremeni laver d'eau daire , avep une éponge;, le tableau de la Cène que vous avez xeçu )e 4^rnier ; puis l'essiiyer avec un linge blanc |ians ^oils» et le laisser sécher; finfin le v^nir d'un vefiiis l^er pour <^ Êûre revenir la fraicheuii.

AU MÊME

De Rome y (e la janvier 1648^

JlfcHisiear , j'àorois fueut^éire encore diff^ ^a-» v^ntage à ^om écrire , si |e n'averiè reçu aujourd'hui "àe vos lettt^s. Mim retard a procédé dHine iffidispMÎtîan qui iii*69t v^ime il y a Quelque temps , et de iaque^ je me trouve encore tra*

:»82 L£TTH£S

vaille. J'ai uiie douleur de tête, qui du front me répond à la nuque ; je ne . peux tousser ni faire aucun effort sans soufirir beaucoup, lant que ce mal durera , votre dernier tableau demeura^a en Fétat où il est; mais aussitôt que je me porterai bien, je continuerai à y travailler.

La satisfaction que vous me témoignez avoir éprouvée , en voyant le tableau de la Cène que je vous ai envoyé le dernier, me touche infiniment: car le plus grand plaisir que j'aie au monde est de pouvoir faire pour vous quelque chose qui vous plaise; et il n'y a rien qui me puisse fâcher, tant que vous ne croirez autrement.

J'avois déjà écrit à M. Scarron , en réponse à la lettre que j'avois reçue de lui avec son Typhon Burlesque; mais celle que je viens de recevoir avec la vôtre me met en une nouvelle peine. Je voudrois bien que l'envie qui lui est Venue lui fût passée, et qu'il ne goûtât pas plus ma pein-^ ture que je ne goûte son burlesque. Je suis marri de la peine qu'il a prise de m'envoyer son ouvrage; mais ce qui me fâche davantage^ c'est qu'il me menace d'un sien Virgile Travesti', et d'une Épitre qu'il m'a destinée dans le premier livre qu'il imprimera. Il prétend me faire rire d'aussi bon coeur qu'il rit lui-même , tout estropié qu'il est ; mais au contraire, je suis prêt k pienr&n. quand je pense qu'un ;Dpûyel Srostrate se trouve dans notre pays. Je vous. dis cela en confidence, ne "désirant pa^ qu'il le sache. Je lui écrirai tout au-

DE poussim. a83

trerioent , et j'essaierai de le contenter au ' moins (te paroles. Ma tête ne, me permet pas d'en écrire davantage : je demeure à jamais , Monsieur, votre très^Ifumble, etc.

P. S. Désormais je vous ferjii teqir pies lettres par M. Géricaut.

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AU MÊME

De Rome , le a3 mart 1648.

Monsieur , il y a huit joqrs que j'avois délibéré de vous envoyer le tableau du Mariage , ainsi que je vous Tavois pron^is par ma précédente; mais n'ayant pas trouvé que le courrier qui partoît fut homme de confiance, j*ai remis mon envoi au présent ordinaire. En conséquence, je viens de consigner mon tableau, encaissé à l'ordinaire avec son canon et bien conditionné , au courrier nommé Barthélémy Sibour. Le port est payé jusqu^à Lyon ; la caisse est adressée à M« De la Belle , que j'ai prié de vous la fair0 tçnir de là manière la plus sure. * ^

Si elle arrive à bon port comme les autres que vous avez reçues, je pourrai, dire avoir mis k fin l'oeuvre de vos sept Sacrements. Il sera néces-

a84 L£TTKES

s^àre de laver et de revemir ce dernier tableau , car je n'y td rien pais qu'un peu 4c Wanc d'œuf , de craîMe qu'il ne s'nftachftt au papier .cpxi est dedans. Je vous supplie ^e le recevoir atec une dispositicffi £ivorable , comme vous avez reçu les autres. J'y ai fait mon possible , et Fai enrichi de beaucoup de figures , comme vous le verrez; aussi ai-je été plus de quatre mois à les faire, n'ayant toujours rien de plus en recommandation que de chercher les moyens de vous satisfaire : que si j'ai réussi selon mes intentions > je serai le plus content homme du monde. J'espère que vous me ferez la faveur de m'en écrire votre sentiment avec liberté et sans déguisement, comme vous avez accoutumé de faire.

PiMir €e qui regarde mon portrait , je tâcherai de vous l'envoyer, avec la Vierge en grand que vous désire^ que je v^us fasse quand j'aurai un peu de temps.

Je jovùs à cette lettre le compte de la dépense que j'ai faiie pour vous, depuis le mob d'août de r^nnéé passée jusques à présent ; vous y verrez ce qui vous reste.

^ n^ai pas encore été payé par Mi Géricaut ; quand je Taurai été , je vous en écrirai , afin «qu'à l'ordinaire il vous plaise de le rembourser.

Je m'en vais mettre la main an petit tableau du Baptême de Saint Jean pour M. DeOiawtelou, votre frère, lequel je prie de croire qu'il me sou-

I>£ POUSSIN. làSS

vient bien de ce que je. promets à mes bons par Irons. Je suis , Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MÊME

DeftoiHè, k ai mai 164^

Monsieur « je De reçois jamais de vos lettres, que je n^éprouve quand et quand une très^^grande joie et un extrême contentement; mais cette dernière m'a ravi par plusieurs raisons. La première , c'est qu elle m'a tiré de la grande inquiétude où j'étois de n'avoir eu aucune nouvelle du dernier tableau (Jue je vous ai envoyé; cat je sais main-* tenant que vous l'avez reçu bien conditionné. La seconde, c'est que vous me témoignez être satisfait de mon ouvrage > et que vous agréez la peine que j'ai prise pour vous servir : c'est tout ce que je peux désirer. Il seroit inutile de remplir cette feuille de papier de vaines paroles pour conclure y comme à l'accoutumée, que je suis. Monsieur, et serai tant que je vivrai, le plus bumble comme le plus affectionné de vos serviteurs;

ei86 LËTTRKS

AU MÊME

De Aome, le aa jain 164$.

Monsieur., ma joie a redoublé en lisant votre seconde letrre par laquelle vous m'assurez que vous prenez quelque plaisir à considérer louvrage que je vous ai fait. Je me plais à croire que Tamitié que vous avez pour moi entre pour quelque chose dans ce jugement favorable , et j'éloigne de moi toute autre opinion.

5e souhaiteroi^, s*il étoit possible, que ces sept Sacrements fussent convertis en sept autres histoires, où fussent vivement représentés les plus étranges tours que la Fortune a jamais joués aux hommes , et particulièrement à ceux qui se sont moqués de ses efforts. Ces exemples qui ne seroient pas choisis à l'aventure ou de pure imagination , pourraient servir à rappeler l'homme à la considération de la vertu et de la sagesse qu'il doit acquérir pour demeurer ferme et immobile contre les efforts de cette folle aveugle. Il n'y a que l'extrême sagesse ou l'extrême stupidité qui puissent se trouver à l'abri de ses atteintes, l'une étant au-delà et l'autre au-decà; tandis que ceux qui sont de la trempe moyenne y sont sans cesse exposés. Je suis assuré que les rigueurs dont elle use envers vous vous toucheroient plus vivement, si vous n'étiez désormais hors d'appren-.

DE l»OUSSIIf.* 287

tissage ) et ai une triste expérience ne vous avoit préparé à voir sans beaucoup d'étonnement la perte de vos amis. Ceux qui n'ont fait que ïné-' dtter sur les malheurs de la vie, lorsqu'ils sont assaillis de quelques disgrâces, qu'ils en sont tou-> chés au vif, trouvent bien que l'expérience est autre que l'imagination l mais vous. Monsieur, qui avez supporté avec constance la perte de la chose la plus chère que vous eussiez, votre fermeté pourroit-elle être renversée par le coup qui vous frappe maintenant, et qui est bien moins violent que le précédent? Vous devez soutenir ce choc et tout autre quel qu'il soit , et faire rejaillir au dehors les atteiiites du malheur. Quoique je voie, dans votre lettre, je ne sais quoi de mol, j'espère que vous saurez bientôt vous remettre en votre ferme et constante assiette.

L'invention de couvrir vos tableaux et de les faire voir un à un est excellente; on s'en lassera moins : car, de les voir tous ensemble, cela distrait et fatigue l'attention.

M. Delisle La Sonrdière aura, je m'assure, été échaudé dans l'achat qu'il a fait trop précipitamment de quelques-uns de ses tableaux; j'en ai subodoré quelque chose. 11 tombe , à la manière françoise, d'une exti^émité dans une autre, sans s'arrêter au milieu. Comme je le sens extrêmement froid, l'envie que j'avois de le servir deviendra aussi de glace, s'il ne la réchauffe bientôt par quelque bonne résolution.

J ai ébauché le tahleau de M. votre frère ^ et je tâcherai de le finir cet été ; il est hut une petite planche de cyprès: écrivez -moi, s'il vous plaît, à qui vous voulez que je le reinette et que je l'adresse, quand il sera fini» Je suis à jamais ^ Jffonsieur , votre très-humble « etc.

AU MÊME

Df Rome, 1« té 4oàt lOiH.

Monsieur, telle»ci devroit servir de réponse à deux des vôtres; mais ayant, je ne sais comment, égaré la première, et ne me ressouvenant pas bien de ce qu^elle contenoit, je répondrai seulement à la seconde. Sans doute les affaires de delà ne me sont pas si indifféretites , que je ne désire , ^ comme bon François ^ qu'elles soient mieux conduites qu'elles ne Font été depuis quelques années. Si ce grand désordre pouvoit, comme il arriva souvent, être cause de quelques bonnes réformes, pour mon particulier j'en serois extrêmement joyeux , et je m'imagine que tout homme de bien sera du même sentiment. Mais je crains bien la malignité du siècle : vertu , conscience , religion , sont bannies d^entre les hommes ; il n'y a que le vice, la fourberie et l'intérêt qui régnent;

DE pouss-iw. aSg

tout est perdu ; tout est rempli de malheurs ; je désespère de tout. Les remèdes que l'on applique n'ont point assez de puissance pour enlever le mal : qUe sert-il de tailler le doigt si le bras est pourri? La chute de ce vilain que vous savez ne me réjouit point , et j'attends avec impatience ce qui en devra suivre.

Avec le temps je pourrai servir M. Scarron , mais pour le présent je suis trop engagé.

J'attends la dernière résolution de M. Delisle , miais il m'importe fort peu de quel côté elle penche. "•

J'aurois déjà fait faire mon portrait pour vous l'envoyer , comme vous desirez j mais il me fâche de dépenser une dizaine de pistoles pour une tête de la façon de M. Mignard, qui est celui qui les fait le mieux , quoiqu'elles soient froides , fardées, sans force, ni vigueur. Pour ce qui* est de la Madone, je la commencerai cet hiver. Dieu aidant , et n'y mettrai point la main que premièrement je n'y aie bien pensé , car j'y veux employer tout mon talent. Il m'est souvenu que vous me demandiez par la première lettre , quelques esquisses d'habits à l'antique pour l'ornement de vos têtes de marbre , le Drusus et le Ptolémée : je vous en envoie quatre , trois Loriques pour le Ptolémée, et une Trabée pour le Drusus. Je vous les envoie seulement pour vous témoigner combien je veux être prompt à vous obéir, et tout' en ne croyant pas qu'elles puissent servir; car il

^gO LETT&ES

faudrait les modeler et en voir le relief, pour en mieux connoître la vraie forme sous divers aspects : il ne seroit peut-être pas mal à propos de chercher, dans les Galeries de Paris , quelque chose qui pût vous servir. Écri^feez-moi à ce sujets et s'il est nécessaire, je vous enverrai deux petits modèles faits d'après les meilleurs bustes qui soient en cette ville. J'attends la réponse à ce que je vous ai écrit touchant le tableau de M. de Chantelou, votre frère.

Votre copie de San-Pietro in Montorio attend le retour des vaisseaux de Saint-Malo. Dès qu'ils seront arrivés je ne manquerai pas de vous l'envoyer , comme vous savez que j'aurois fait il y a long-temps, si ce n'eût été le retard causé par M. Renard.

, Notre armée navale passa hier à Fiuraicino pour aller à Naples. Dieu veuille que tout réussisse à notre avantage; ce sera un miracle. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

A M. DE CHANTELOU l'aîné.

De Rome » le 19 septembre 1648.

Monsieur, j'ai envoyé à M, de Chantelou, votre frère , le petit tableau du Baptême de Saint-

DE POUSSIN. aaï

Jean que vous avez désiré que je vous fisse. Quand vous m'en envoyâtes la mesure, ayant considéré le petit espace que j'avois pour représenter un si grand sujet , et en même temps la débilité de mes yeux et le peu de fermeté de ma main , lesquels déclarent aujourd'hui ne pouvoir suivre que de bien loin ma foible intelligence; certes, je me fusse excusé envers vous d'exécuter un pajr^eii ouvrage, si je n'eusse craint que vous n'expU-! quassiez mon refus d'une n^anière défavorable pour moi. Je me résolus donc à faire mon possible pour vous satisfaire ; ce que j'ai fait en vérité- Vous accepterez, s^'il vous plait, ce tableau d'aussi bon cœur que s'il étoit mieux : j'ai proportionné le prix à l'ouvrage, et je puis encore le diminuer, si cela vous paroit convenable. Cependant je vous baise les mains en toute humilité, et suis, à jamais, Monsieur, votre trèshumble , été.

A M. DE CHANTELOU

CONSEILLER £T MAITRE-DHOTEL ORDIIfAIRE DU ROI,

A PARIS

De Rome , le aa novembre 1648.

Monsieur, il y a long -temps que je devrois avoir répondu à la lettre qiie vqus me fîtes l'honneur de m'écrire, pour m'app'rçndre ce qui se

!2ga LETTRES

passpit à Paris, ce que, par parenthèse, nous savions déjà, car nos ennemis, qui ne dorment jamais, en faisoient des feux de joie. Deptds ce temps-là j'ai été fortement incommodé d'un rhume dangereux que m'a causé une mutation de temps du chaud au froid , si subite et si forte , que les montagnes voisines se virent blanches de neige au 1 5 d'octobre. Le vent et la pluie ont constamment duré depuis ce moment ; cependant mon mal est passé , et il ne me reste plus qu'une légère douleur de tête après le repas, laquelle ne m'empêche pas de m'appliquer quelque peu. Voilà ce qui m'a empêché d'écrire à personne. Vous me faites sa-* voir, par votre dernière lettre du 17 octobre, que vous avez reçu celle que je vous ai écrite, pour vous avertir que M. Pointel vous remettroit la petite caisse où étoit le Baptême de Saint-Jean que j'ai fait pour M. De Chantelou; et vous m'annoncez en même temps que vous avez satisfait le sieur Géricaut, par le remboursement de la somme que j'ai reçue de lui pour ledit tableau. Le reste de la lettre est employé , comme la précédente , à me rappeler mon portrait et le tableau de la Vierge, que j'ai promis de vous faire. Vous pouvez bien vous assurer que tant que je vivrai je ferai mon possible pour vous satisfaire ; plût à Dieu que le pouvoir fût proportionné à la bonne volonté !

Pour ce qui est de vos bustes, je ne saurois vous rien envoyer qui puisse bien servir; mais

VOUS pourriez faire modeler quelques-uns de ceux qui sont dans vos Galeries, car il y en a d'aussi bons que ceux d'ici.

Je ne manquerai pas à vous envoyer, si je le peux , totre Transfiguration , par la voie que vous m'avez indiquée.

Je vous suis redevable de trois écus et trois Jules sur l'ancien compte ; ils seront employés à votre service, ou décomptés sur ce que je vous ferai à Tavenir.

Quand j'aurai trouvé la pen?éfe de Ja Vierge , je vous -en enverrai une esquisse, avant de mettre la main à l'œuvre.

J'attends que vous disiez ce qui vous'aura semblé du petit Baptême , par un mot de lettre dont j'espère que vous m'honorerez. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

P. S. Je baise les mains à M. Dé Chantelou , votre frère , de qui j'attends la même faveur que de vous.

AU MEME

Dé Rome, le 17 décembre 1648.

Monsieur, je n'oserois douter de vos jugements, et cependant je ne me puis assez rassurer §ur la

sincérité des louanges que vous me dopnea;. L'honneur que vous me faites de m'aimer, peut produire le même effet que les lunettes, qui font voir les choscis plus grandes qu'elles ne sont. Vos applaudissements sont trop grands pour- le peu de mérite que peut avoir un ouvrage, que je n'eusse osé offrir aux veux de M. votre frère, ni aux vôtres , si ce n*eût été l'assurance que j'ai depuis long -temps de votre bjenveiliance. Tai espéré qu'en considération de ma bonne volonté , vous excuserie^rVimperfection de mon œuvre.

Si la vie et la santé me durent , j'espère vous donner une occasion plus légitime à^EnconiiOy dans le tableau de la Vierge que vous desirez que je vous fasse : mon portrait pourra l'accompagner. J'ai consigné à M. Oton , marchand français , la copie de la Transfiguration , poyr vous Fenvoyer par le Détroit ; je vous dirai le reste une autre fois. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

A M. DE CHANTELOU l'aimé,

AU Mans.

De Rome, le 19 décembre 1648.

Monsieur, l'estime que je vois que vous faites du petit ouvrage que je vous ai envoyé, ne procède point . de sa valeur ni de sa beauté , mais

seulement de la courtoisie qui vous est tiaturelle. La lettre que vôtis m!aYclz fait râmitié de m*écrire le aa octobre dernier, est une copie de mon petit tableau, bien mieux peinte que l'original. Vous aveîÉ parfaitement remarqué ce qui y est et ce qui y manque ; mai» vous devez aussi vo^s rappeler ce que je vous eh ai écrit. Je ne vous l'ai dédié qu'à la. mode de Michel de Montaigne, non comme bon y mais comme mieri^ et tel que je l'ai pu faire. S'il est vrai qu'il vous ait semblé tel que vous me l'écrivez, je peux dire assurément que sa bonne fortune aura suppléé à son peu de tnéf ite. Je Vous en demeure obligé pour toiite ma vie, et suis, monsieur, votre trèshumble serviteur.

POtSSiN.

A M. DE €HANTELOU,

CONSEILLER BT MAITM-d'hÔML ORDINAiRE BUT ROI,

A PARIS

De Rome ^ le 17 janyier 1648.

Monsieur, il seroit nécessaire de reprendre plusieurs choses dites par le passé, si je devois répondre'^maintenant à tous les points de votre derlaière du 19 décembre. Je vous dirai seulement

que j'espère bientôt vous envoyer mon portrait, et que j'ai trouvé une composition pour le tableau de la Vierge , que vous m'avez^ plusieurs.fbis moii* tré le désir d'avoir. Je le commencerai quand vous me l'ordonnerez , et non point plus tôt. .

M. Scarron m'a écrit un mot pour me faire souvenir de la promesse que je lui ai faite* Je lui ai répondu et promis derechef de m'efforcer de le satisfaire ; et cela à votre sollicitation plus qu'à la sienne , car il n'y a rien à quoi je ne m'engageasse pour vous être agréable.

Je vous ai déjà prévenu que je vous avois envoyé, par les marchands de Saint-Malo , votre copie de la Transfiguration,

Nous avons ici de bien étranges nouvelles d'Angleterre. Il y a aussi quelques nouveautés à Naples ; la Pologne est sens dessus dessous. Dieu veuille par sa grâce préserver notre France de ce qui la menace ! nous sommes ici Dieu sait comment.

Cependant c'est un grand plaisir de vivre en un siècle où il se passe de si grandes choses , pourvu que l'on puisse se mettre à couvert dans quelque petit coin, pour voir la comédie à son aise. Je suis à jamais, Monsieur, votre très-humble, etc,

DE POUSSIN. a97

AU MÊME

. De Rome, ie 7 février 1649.

Monsieur, puisque vou3 continuez dans la volonté que je mette à exécution la pensée que j'ai pour un tableau de la Vierge en grand, j'en commencerai l'exécution à la première comtnodité, et si je peux , je le finirai cette année. J'aurai soin de lui faire faire une riche bordure sculptée et dorée superbement. Je vous enverrai en même temps le portrait que je vous ai promis, et plus tôt si je puis.

J'ai trouvé la disposition d'un sujet bachique plaisant pour M. Scarron; si les turbulences de Paris ne lui font point changer d'opinion , je commencerai cette année à le mettre en bon état.

Ce que vous m'écrivez des affaires de delà est entièrement conforme à ce qu'on en dit jci. Dieu veuille que tout se termine à sa plus grande gloire , et en même temps au bien et au repos de notre pauvre patrie ! Quand il sera ainsi ^ nous en ferons les feux de joie ; mais jusque-là nous ne pouvons pas rire de bon cœur^ Il n'y a rien en cette ville , pour le présent, qui soit digne de vous être mandé. Je vous souhaite une bonne santé et de la tranquillité d'esprit , cependant que

je demeure à jamais , Monsieur, votre très-humble

serviteur.

AU MÊME

De Rome, le a* mai 1649.

Monsieur, depuis la guerre de Paris jusqu'à ce moment, je n'ai point eu l'honneur de recevoir de vos nouvelles. Je ne sais poitit si Vous avez été enfermé , comme les autres , dans cette malheureuse ville , ou si par bonheur vous vous en êtes retiré. M. Pointel m'a écrit, depuis le Traité d'accord , et m'a raconté plusieurs choses merveilleuses qui se sont passées pendant que le blocus a duré , mais il ne me fait aucune mention de vous ; cela m'a mis en peine , et je serois infiniment réjoui d'apprendre que vous n'avez point souffert pendant tous ces troubles. Il y a déjà long-temps que j'ai consigné à M. Otôn , marchand , la caisse où est la copie de San-'Pietro in Montorio, pour vous l'envoyer par le Détroit sur un vaisseau de Saint-Malo; mais dernièrement, lorsque je lui en ai demandé des nouvelles, il m'a dit que la caisse étoit arrivée à Marseille , et qu'il la faisoit transporter de là à Paris avec ses marchaodises : cela m'étonne d'autant plus que c'eist le contraire de ce qu'il m'avoit promis. J'ai voulu

VOUS eii avertir, à cette fin que vous sachiez que, dans ce qui a été fait , il n'y a nullement de ma faute.

J'ai le temps de commencer votre grande Vierge, pour laquelle j'ai trouvé une assez belle pensée ; car je m'imagine bien que vous avez eu à penser à autre chose qu'à vos tableaux, dans les désordres où ^ous vous êtes trouvé depuis trois mois : cependant j'attends vos commandements, et demeure à jamais ^ Monsieur ^ votre très^humble serviteur.

AU MÊME

De Home, le 94 mai 1649.

Monsieur 9 j'ai reçu la lettre dont il vous a plu de m'honorer en date du premier avrils ^t par laquelle vous me mandez à peu près le triste état ou ont été et au sont encore les affaires de notre pauvre France* Je vous assure que tout ce que vous voyez a été prévu depuis quelques années, et même par de simples particuliers. Mais ce qui a siurpris tout le monde, et ce qui fait augurer notre totale ruine, c'est l'accord que l'on a fait quand il falloit plotôt mourir. On étoit les plus forts» , chacuii^ étoit disposé à bien faire , et l'on s'est laissa piper : aussi sommes-nous la moquerie

3oO LETTRES ^

de tout le inonde , et noua met-on en parallèle avec les Napolitains, dont nous éprouvons le sort. L'avenir, auquel nous pensons le moins , est sans doute plus à craindre que le présent : mais laissons*y penser ceux à qui il importe davantage , et si nous pouvons nous cacher sous la peau de la brebis, tâchons d'échapper aux sanglantes mains du Cyclope furieux. JTaurois commencé votre Vierge en grand , si ce n'eût été les fâcheuses nouvelles que nous recevions journellement de Paris. Les mauvais François le mettoient déjà à sac dans leurs discours enragés, et nos ennemis se vantoient que bientôt la ruine totale de cette superbe ville serviroit à jamais d'exemple aux autres. Ces bruits me faisoient facilement croire que vous pensiez à toute autre chose qu'à orner vos maisons de nouvelles peintures. Je suis bien joyeux d'avoir été trompé dans mon jugement, et d'apprendre que rien ne vous peut distraire de vos goûts accoutumés. Je vais faire préparer la toile , et , au premier moment favorable , je commencerai un ouvrage que je vous promets de faire avec toute sorte d'amour et de diligence. Si l'été n'est pa$ trop incommode, je pourrai bien y mettre la main promptement ; mais si j'en suis empêché , ce sera au plus tard l'automne prochain . Pour mon portrait , je ne manquerai pas non plqs de vous l'envoyer aussitôt qu'il sera faity

Toutes les nouvelles que je pourrois vous man* der de ce pays^ci , ne sont que triste$ , et ne mé^

DE POUSSIN. 3oi

ritent pas votre attention; Je vous dirai seulement que les Espagnols ont banni l'archevêque Filo* raarino, et eiivoyé le duc d^ Guise prisonnier en Espagne. Le prince de Galltcano est en cette ville sur sa parole ; les Espagnols l'obligent de revenir à Naples. Le Duc de Montesarchio , par promesse et par torture, a découvert plusieurs secrets qui compromettent beaucoup de grands. On va mener en Espagne la nouvelle épouse, pour continuer la race des fous. Le pape fait faire l'août et la vendange pour le Duc de Parme, dans le duché de Castro ; l'Africain a une flotte en mer , et on le rencontre puissamment svmé: Les Italiens mettent Jules au-dessus de César. Je suis. Monsieur, votre très-humbïe, etc.

P. S. J'ai vu ici M. Dufresae , qui est en bonne santé , et se dispose à retourner chez vous.

AU MÊME

De Kome, le 20 jnin 1649.

Monsieur, toutes les foii^ que vous m'avez honoré de vos lettres, je n'ai pas manqué de vous en accuser la réception danç mes réponses. Si quelques-unes ne m'ont point été rendues , je ne puis deviner d'où cela procède; mais ce que je

3o2 LETTRES

sais, c'est que toutes celles que M. Pointel m'écril me sont rendues fidèlement , et qu'aucune ne se perd.

Il n'est nullement nécessaire que vous me rafraîchissiez la mémoire de ce que je vous ai pro* mis , car j'ai toujours votre contentement en trèsparticulière recommandation. Aussi je vous assure que j'accepterai avec empressement le sujet que vous me proposez de la Conversion de Saint*Paul , votre patron. Outre que ce sujet est très-beau, je ne saurois rien faire pour personne qui se connoisse si bien que vous aux ouvrages de Tart. Si j'eusse prévu que cette pensée vous viendroit, je ne me serois pas si fort engagé que je Tai fait, avec des personnes que je place bien loin après vous ; mais , avec un peu de temps , j'espère pouvoir vous contenter les uns et les autres.

J'ai fait un de nies portraits , et bientôt je cornmencerai l'autre ; je vous enverrai celui qui réussira le mieux, mais il n'en faudra rien dire, s'il vous plaît, pour ne point causer de jalousie. Je vous remercie de vos nouvelles; je ne peux vous en donner en échange, rien n'étant encore en évidence de ce que ces messieurs-ci ont conçu. On continue de faire des soldats , que l'on envoie à Bologne et à Castro ; mais il paroit que ce n'est qu'une feinte. Les Vénitiens disent avoir défait Farmée navale du Turc : amen. Je suis , Monsieur, votre très-humble, etc.

DE POUSSIN. 3o3

De Rome, le aa août 1649. *

Monsieur, j'ai reçu dans leur tenips deux de vos lettres, auxquelles je n'ai point répondu, parce qu'elles ne contenoient rien de nouveau; mais, par le dernier ordinaire, vous m'avez honoré d'une troisième lettre, à laquelle je ne veux pas manquer de faire réponse, pour vous confirmer epcore une fois l'extrême désir que j'ai' de vous servir. Je vais me disposant, autant que je peux, à l'exécution de ce que vous desirez de moi, et je veux en même temps que tout le monde sache que vous pouvez tout sur moi. Pour en donner la preuve dans cette circonstance, je vous dirai que je ferai pour M. Pucques , votre ami , ce que vous me demandez pour lui; et cela à votre seule recommandation , car sans elle il n'y a récompense ni paiement qui me pût faire entreprendre rien de nouveau, me trouvant plus engagé que je ne Tai jamais été. Le sujet de l'Europe est fort beau, rempli d'épisodes riches et gracieux; mais il y a beaucoup à £aire, et la disposition requerra une toile de dix à douze palnaes de longueur, et au moins de six de hauteur :

il faut surtout que M* Pucques fasse ample provision de patience, et tout ira bien.

3o4 ^ LETTRES

Il me déplaît infiniment du mal qui vous a assailli; Dieu veuille qu'il se contente de vous avoir visité une fois ! C'est un mauvais hôte qu'il faut chasser bien vite , en lui faisant si mauvaise fdine qu'il n'y revienne jamais , comme je le souhaite de tout mon cœur.

Je vous remercie de vos nouvelles. On dit ici

que le Duc de Parme a été battu dans le Bolognois ; nous attendons la prise de Castro. Les Espagnols semblent s'apprêter à faire quelque entreprise soit en Italie , soit en Provence où l'on dit que tout va au plus mal.. On dit aussi que les affaires de Bordeaux ne sont pas accommodées : Dieu nous aide! Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MÊME

De Rome, le 19 septembre 1649.

Monsieur, quoique pour vous bien témoigner combien je vous suis attaché , je devrais user non plus de paroles, mais d'effets, néanmoins j'attends de votre courtoisie que vous recevrez encore celleci aussi gracieusement que si elle vous annonçoit l'accomplissement de ce qu'il y a si long-temps que vous attendez de moi. La bonne volonté que j'ai toujours de vous servir, n'a été jusques ici que trop victorieusement combattue par l'im-

Mî Potjssîsf. 3o5

possibilité de suffire à de trop nombreux travaux. Mais enfin ceux-ci commencent à me donner quelque relâche ^ et je vais m'occuper de mon portrait. Que s'il n'étoit fini dans tout le reste de cette année , c est que l'impossible s'en méleroit encore, ce que je ne crois pourtant pas. Au sur^ plus, plaignez'inoi , je vous prie, de m'étre ainsi trouvé engagé plus que jç ne l'ai été dans toute ma vie.

Nous savons ici le retour du Roi et de toute la Cour à Paris , et tout ce qui s'est passé dans cette occasion : ceux qui connoissent la bêtise et Fin'* constance des peuples, ne s'étonnent nullement de ce qu'ils foçt. Nous avons une grande quantité de maladies , maïs elles ne sont pas contagieuses ; il n'y a rien de tiouveau que je puisse vqus man^ der. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MÊME

De Rome , le 8 octobre 1649.

Monsieur, vos deux lettres du dix et du dix^ sept septembre, quoique de teneur bien diffé** rente, n'ont point produit en moi de différents effets. Par la première vous me répétez les reproches que vous m'avez faits autrefois, et qui ne

'lO

3o6 LETTRES

peuvent aucUBeroent me blesi^er , parce que j'espère, pourvu que je vive, vous ôter tout soupçon de la moindre altération dans rattachement que je professe pour vous. Ne trouvez point mauvais, cependant, que je fasse aussi part de mes ouvrages à quelques-uns de mes amisv.* ce qui va tout d^un côté n'est pas bien. Vous dites que la promesse que je vous ai faite n'est point de celles dont on peut attendre les effets avec modération : mais encore faut-il ne vouloir que ce qui se peut faire; on ne peint point à tire-d'aîle. Par la lettre que je vous ai écrite le a a août , vous avez vu de quelle sprte je vous respecte et combien je vous suis dévoué ; car nul autre que vous ne ra'auroit fait promettre ce que je vous pi'omis pour M. Pucques , au moment où je me trouvois engagé avec plus d'une vingtaine de personnes de qualité. Aussi la réponse qu'il vous a plu de me faire, me témoigne bien ce que vous m'écriviez par la précédente, que les imaginations que vous avez sur mon compte ne vous viennent que par intervalles : si vous vouliez considérer les choses sans passion , elles ne vous reviendroient jamais.

Je vous enverrai les meilleurs gants que je pourrai trouver et le plutôt que je pourrai. J'ai reçu les six pistoles mentionnées dans la lettre de change que vous m'avez envoyée, ainsi que vous le verrez par la quittance que j'en ai faite à M. Géricaut; s'il falloit quelque chose de plus, je vous suis débiteur de trois écus et quelques

DE POUSSIN. 3o7

Jules dont je vous tiendrai compte. Je m'efforcerai de vous envoyer mon portrait à la fin de cette année ; mais pour la Vief ge , il faut que je fasse deux tableaux avant d'y mettre la main. Cet hiver je travaillerai à la composition du sujet de Saint- Paul, et, comme dit le proverbe italien, avec le temps et la paille se mûriront les nèfles; Je vous remercie infiniment de vos nouvelles : nous verrons si les Italiens seront, dans cette comédie, meilleurs acteurs que les François ; cependant c'est à nos dépens et sur notre théâtre que tout se fera. Je demeure à jamais. Monsieur, votre très-humble et très -obéissant serviteur.

De Rome, le i8 octobre 1649-

Monsieur , j'ai fait ce que j'ai pu la semaine passée pour trouver de bons gants à la Frangipane. Pour cela j'ai employé mes amis, qui se sont intéressés en ma fa velir auprès de la Signora Maddalena, femme fameuse pour les parfums; je me suis même adressé à son propre neveu qui est de mes amis. Elle m'en a donné une douzaine* de paires, des meilleurs qu'elle sait faire, et- m'a également bien traité pour le prix, car ils ne

ao.

3o8 . LETTRES

coûtent que dis:*huit écus. Je vous les enverrai par eet ordinaire , et vous les recevrez par le moy^fn de M. Géricaut, à qui je les ai consignés très- bien conditionnés, et à qui vous en paierez le port de B.o>EDe à Paris. Je vous suppKe, quand vous les aurez reçus , de m'écrire s'ils vous con- %'iennent; cela me servira, soit pour fuir tout commerce avec ce peuple -ci, soit pour m'assurer qu'il s'y trouve encore de la bonne foi chez quelques particuliers! Pour ce qui est de nos autres affaires, je voi:is en ai écrit la semaine passée, et il seroit superflu de vcms en dire quelque chose maintenanL Nous avons eu, par cet ordinaire, d'assez bonifes nouvelles de la Cour ; il sembleroit que vos prophéties se veuillent accomplir. Je demeure à jamais , Monsieur , votre très- humble, etc.

De Rome, It !i9 janvlei* i65o.

Moosieau*;^ j'^urois maintenant satisfait à la promesse que je vous avois faite de vous envoyer mon portrail , si la volonté que j'en avois n'eût point rencontré d'ob^tacW. M. l'ambassadeur a tant fait que je n'ai pu faire moins que de kû promettre , pour le commencement de cette année.

une Vierge portée par quatre ailles. Je l'ai termi» liée ayant hier seulement , ce qui a été cause que j'ai laissé plusiajrs ouvrages eu arrière. Chose semblable m^est arrivée souvent, c'est pourquoi il ne faut pas s étonner si quelquefois ce que j'ai promis de faire dans un teinps se trouve trans-^ porté dans un autre. Je vous supplie de croire que j'ai un déplaisir particulier de vous fairetatit Httendrç^ et que le plutsot qu'il me sera possible j'iaccomplirai ma ptxîmesse. Vous m^oUigiesc gran^ dûment en reonettant à ma commodité les autres choses que vous désirez que je vous fasse, oar je mt trouve fort embarrassé. J'espère q«e la pre^ mîère fois que vous me fenez Thonsieur de m'é* crire, vous me manderez des nouvelles de delà. Je demeure à jamais , Monsieur , votre trèshumble , etc.

AU MÊME

I)e Rome , le i5 mars i65o.

Monsieur, ce seroit avec grand contentement que je ferois réponse à votre dernière , si j'avois quelque bonne nouvelle à vous écrire au sujet des tableaux que je vous' ai promis, et particulièrement de mon portrait que je n'ai pas encore pu finir. Je confesse ingénument que je suis

3lO LETTRES

paS*esseux à (aire cet ouvrage, auquel je prends peu de plaisir et j'ai fort- peu d'habitude , car il I y a vingt-liùit ans que je n'ai fait aucun portrait. Néanmoins il faut le finii^, car j'aime bien plus votre satisfaction que la mienne : les autres choses que je vous ai promises se feront à leur temps. ' . Pour M. De Mauroi et ce qu'il désire que j'observe dans le tableau d^ la Nativité qu'il veut que je lui fasse, il n'y a nulle difficulté : la résolution qu'il a prise d'attendre me platt sur toutes choses. A mesure que la vigueur me va diminuant, le travail s'augmente ; ce sera le n)oyen de succomber btentôt sous le faix , si je n'y trouve remède. Je demeure à jamais, Monsieur, votre très -humble serviteur.

P. S. J'ai reçu, il y a peu d'heures, la dernière lettre qu'il vous a plu de m'écrire ; laquelle étant assez conforme à la précédente, ce peu de réponse vous servira pour toutes les deux. Je vous remercie de vos nouvelles , qui sont un peu contraires à celtes qui courent dans le public. Continuez* moi vos bonnes grâces , s'il vous plaît.

J>£ POUSSIN. 3i I

AU MEME

De Rome, le 8 mai i65o.

Monsieur, j'espère bientôt diminuer le nombre des choses que je vous ai promises, celle que vous montrez désirer le plus étant à bon terme. Je me serois bien mis à la finir, mais j'ai préféré attendre que je fusse plus libre ; il me reste peu d'ouvrages à faire, avant de terminer le vôtre et de vous l'envoyer. Je confesse que votre patience a été très-grande ; aussi ne seriez-vous pas si accompli , si cette vertu-là vous manquoit. Je yous prie de croire que je n'en ai point abusé volontairemait, car il est vrai que je n'ai pas été à moi jusqu'à présent. J'honore trop votre mérita, et j'ai trop bon souvenir des choses passées, ppur vous donner aucun sujet de me reprendre de négligence ou d'ingratitude.

Je vous remercie des nouvelles que vous m^écrivez; je ne m'en réjouis ni ne m'en fâche, ne sachant pas quels effets doivent produire à l'avenir les choses qui se passent maintenant. Nous n'avons ici rien de plus .remarquable < qi»e. des miracles, qui se font si fréquemment que. c'est merveille. La procession de Florence y a apporté un crucifix de bois à qui la barbe est veoue , et dont les cheveux croissent tous les jours de plus

3ja LETTRES

de quatre doigts : on dit que le pape le tondra incessamment en grande cérémonie. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

P. S. M. Scarron, votre ami, est sur le chan« lier; je lui baise bien les mains.

AU MÊME

De Rome , ie 29 mii i65o.

Monsieur , j*ai fini le portrait que vous désirez de moi. Je pouvois vous Tenvoyer par cet ordinaire , mais Timportunité d'un de mes amis qui veut en avoir une copie , sera cause de quelque retardement ; je vous l'enverrai le plus tôt qu'il me sera possible^

M. Pointel recevra en même temps celui que je lui ai promis; et vous n'en aurez point de jalousie^ car^ suivant la promesse que je vous ai faite , j'ai choisi pour vous le meilleur et le plus ressemblant; vous en verrrez vous-même la différence. Je prétends que ce portrait doit être une preuve du profond attachement que je vous ai voué, d'autant que pour aucune personne vivante je ne ferois ice que j'ai fait pour vous en cette occasion. Je ne visjux pas vous dire la peine que j'ai eue à fair^

DE POUSSIN. 3l3

ce portrait , de peur que vous ne croyiez que je le veuille faire valoir : je strai pleinement réoôttipensé de ce qu'il me coûte de soins, si j'appretids que vous en êtes satisfait. Je pourrai envoyer en métne temps à M. l'abbé Scarron sou tableau du Ravissement de saint Paul ; vous le verrez, et vous voudrez bien m'en dire votre sentiment. ;

I^es antres choses que je vous ai promises se feront âivec le temps. Je vous écris ces deux lignes pour vous prier de croire que si j'ai tardé de satisfaire à votre empressement, je n'oublierai jamais ce que je vous dois, et serai toute ma vie, Monsieur, votre très-humble , etc.

AU MEME

De Rome, le 19 juin i65o.

Monsieur, ce seroit une grande sottise que d'entreprendre de contenter tout le monde ; mais de tâcher à satisfaire à ses amis , c'est une chose qui sied bien à un honnête homme. J'avois délibéré de vous envoyer mon portrait à l'hejure ra^me jOÙ je l'eus fini, afin de ne pas vous le faire désirer plus long-temps ; mais un de mes meilleurs ^uûs ayant désiré ardemment en avoir une copiç, je jî'ai pu homiétement la lui refuser; c'est ce qui

3l4 LETTRES

fait que je l'ai retenu jusqu'à présent. Je vous l'envoie par cet ordinaire, diligemment encaissé comme de coutume. Je prie M. Cerisiers, mon ami , de vous le faire parvenir à Paris , aussitôt qu'il l'aura reçu à I^yon, et j'espère que vous le recevrez bien conditionné. A votre défaut, j'ai prié M. Pointel de le retirer , et de le garder tout encaissé jusqu'à votre retour à Paris. Dans huitaine il recevra aussi celui que j'ai fait pour lui, et vous pourrez juger de l'un et de l'autre ; mais je m'assure de vous avoir tenu la promesse que je vous ai faite , car certainement le vôtre est le meilleur et le plus ressemj)lant. Je vous supplie, Monsieur, d'accepter gracieusement ce mien portrait tel qu'il est , et aussi de croire que l'original demeurera toujours le plus affectionné de vos serviteurs.

AU MEME

De Rome, le 3 juillet %65o*

Monsieur , si vous chérissez mes ouvrages, j'ai , de mon côté , à grande gloire que vous les possédiez. Je sens tous les jours les avantages que j'en retire , aussi confesserai-je toujours de vous être grandement obligé. La place que vous voulez donner à mon portrait dans votre maison ajoute

DE POUSSIJV. 3i5

encore beaucoup à mes obligations; il y sera aussi dignement comme fut celui de Virgile dans le musée d'Auguste , et pour ma part , j'en serai aussi glorieux que s'il étoit chez les Ducs de •Toscane , avec ceux de Léonard de Vinci , de Michel-Ange et de Raphaël. Je suis impatient que vous l'ayez reçu, afin de savoir s'il vous aiura plu. J'ai mis tout le soin possible pour qu'il fut ressemblant, et ceU n'a pas été sans quelque incommodité ; ceux qui l'ont vu ici en ont été fort contents.

Je suis très-aise que M. De Chambrai se souvienne de moi, et qu'il veuille me demander quelque chose; je le servirai de tout mon coeur. Je vous remercie de vos nouvelles , quoiqu'elles . ne soient bonnes pour nous ni en Italie , ni en France. Nous avons perdu Piombino et nous perdrons Porto-Longone ; et puis ici, à Rome, guai a noL Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MÊME

De Rome , le 39 aoàt i65o.

Monsieur, il n'y a non plus de proportion «litre l'importance réelle de mon portrait et l'estime que vous voulez bien en faire, qu'entre le mérite de

3l6 I.BTTRES

cette oeuvre et le prix que vous y mettez : je trouve des excès dans tout cela. Je me promeitois bien que vous recevriez mon petit présent avec bienveillance , mais je n'en attendois rien davantage , et ne prétendois pas que vous m'en eussiez de l'obligation. Il suffîsoit que vous me donnassiez place dans votre cabinet de peintures, sans vouloir encore remplir ma bourse de pistoles : c'est une espèce de tyrannie , que de me rendre tellement redevable envers vous que jamais je ne me puisse acquitter.

J'ai lu rÉpître Liminaire de M. De Chambrai^ laquelle m'a fait un plaisir tout particulier, me remettant comme devant les yeux rexçellence de la vertu de feu Monseigneur, qui ne se peut assez exalter. Je n'aurois jamais pensé qu'il eût inséré le nom de son serviteur , dans cette noble épitre et dans le courant du livre , aussi honorablement qu'il a bien voulu le faire : c'est un effi^t de sa courtoisie natiurelle et de l'amitié singulière qu'il me porte. Aussi ai -je abandonné la pensée que j'avois eue de lui envoyer une note sur mon origine; car ce seroit une grande et sotte présomption que de désirer plus que ce qu'il dit de moi : c'est déjà trop mille fois. J'espère que vous ne désapprouverez pas ce changement. J'ai cru aussi qu'il étoit plus convenable de ne pas laisser voir le jour aux observations que j'ai commencé à ourdir sur le fait de la peinture ; et que ee «proit porter dç l'eau à la mer, que d'enroyer à M. De

DR POUSSIN. 3l7

Chambrai quoi que ce soit qui touchât une malière en laquelle il est si fort expert. Si je vis, cette oi^cupation sera celle de ma vieillesse.

Par Tordinaire prochain je tâcherai de vous envoyer la description des objets que vous desirez

avoir.

Je vous remercie de vos nouvelles ; celles d'ici ne valent rien. Je suis à jamais , Monsieur, votre très^humble, etc.

AU MÊME

De Rome, le a4 avril i65i.

Monsieur, j'ai malheureusement égaré la dernière lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire du Mans, et l'espérance que j'avois de la retrouver m'a empêché d'y répondre plutôt. Quoique j'aie oublié ce qu'elle contenoit en détail , il me souvient cependant que «vous m'y témoigniez votre bienveillance accoutumée , et que vous m'assuriez aussi de celle de M. De Chambrai. Toutes ces faveurs surpassent tellement mon peu de mérite , que je ne saurois réellement vous exprimer combien j'en suis touché et reconnoissant. J'espère bien que vous ne doutez pas que je ne sois entièrement vôtre, et que tant que ma tête pourra concevoir q[uelque chose , que mes yeux

3l8 LETTRES

verront clair, et que ma main tremblante pourra opérer, je ne sois toujours prêt à satisfaire de mon mieux à vos demandes. , Je dis ceci, parce qu'il me semble que vous m'écriviez que , quand }e serois débarrassé, vous vouliez que je vous fisse quelque chose de nouveau.

£nfin vos prophéties sont accomplies : je prie Dieu que ce soit pour toujours , mais je crains le retour. Je suis , Monsieur, votre très-humble , etc.

P. S. Je baise très - humblement les mains à MM. vos frères.

AU MÊME

De Rome, le 3 décembre i65i.

Monsieur , je suis vraiment affligé des deux mots que vous avez placés au bas de la lettre de M. De Chambrai. C'est me dire beaucoup que de me dire que je vous aie en mon souvenir ; xar certainement je ne devrois pas seulement avoir en mémoire ce que je vous ai promis il y a longtemps, mais je devrois l'avoir fait. Je ne sais si vous avez reçu la dernière lettre que je yous ai écrite , et si vous y avez remarqué ce que je vous promettois touchant la Vierge en grand que vous

DE POUSSIN. 3i9

désirez que je fasse; je vous le répète par celle-ci, et quoique je sois extrêmement engagé , je m'efforcerai de commencer cet hiver. C'est ainsi que je vous veux témoigner combien je garde précieusement le souvenir de tout ce que je vous dois. Je suis, Monsieur, votre très-humble , etc.

P. S. M. Le chevalier Del Pozzo vous baise les mains.

^ AU MEME

De Rome, le lo novembre x65t.

Monsieur, la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 3o septembre dernier m'a été rendue un peu tard; mais aussitôt que je l'ai reçue, j'ai fait rechercher ce que vous me demandiez. Je vous envoie donc une douzaine de paires de gants de Frangipane , lesquels vous plairont, à ce que j'espère ; je vous envoie aussi six paquets de cordes de luth, toutes choisies et approuvées par un bon joueur d'instruments, qui est mon ami; les cordes sont enfermées en une petite boîte de fer-blanc soudée partout et scellée de mon cachet; les gants sont aussi fort bien enveloppés et scellés. J'ai consigné le tout à M. Géricaut, pour envoyer le paquet à Paris, à son père, qui vous Je fera tenir où vous serez. Vous paierez le port de delà, s'il

3aO LETTRES

VOUS plaît , et vous me ferez rembourser le mémoire de dépense que je joins ici.

Les ouvrages que vous m'avez demandés ne s'effacent nullement de ma mémoire , et je vous jure que j'aurois à tout le moins commencé la Vierge que je vous ai promise» si les nouvelles que nous avons trop souvent de la désolation de notre pauvre France, et le refroidissement universel du goût pour les ouvrages de Tart qui en est la suite , ne m'avoient fait supposer que vous penseriez désormais à tout autre chose qu'à de nouvelles peintures , vous qui en avez déjà assez. Or maintenant les excuses ne me serviront de rien , puisque je vous vois continuer^ dans votre premier dessein; et quoique l'incommodité que j'ai eue cette année ait mis mes affaires fort en arrière, il feut que je trouve le temps de vous satisfaire : c'est. Monsieur, ce que je vous promets de faire le plutôt qu'il me sera possible. J'ai recouvré la santé comme auparavant; Dieu me la veuille continuer aussi bonne , et je serai en état de vous servir. Je suis pour toujours , Monsieur , votre

très-humble , etc.

P. 5. MM. vos frères trouveront ici mes trèshumbles baise-mains.

Pour les gants a8 écns » joies

PoQr les cordes de lafh à 19 jnles le paquet. 5 4

Pour la boite » i

.tasta

Total. 33 écns 5 joies.

Dl? POlîSSIN. 02I

AU MÊME

D« Kome, le i6 ftévi-ivr i6r5a. '

Mpiisieur^ le jeune architecte que vous mç rer coœnnandez m'a apporté vpf re lettre du 3 janyi^r. Si jp suis capable de le servir, je le ferai de tout mon cœur pour lamour de vous, et pour celui c}^ M. Renard qui véritablement est honnête hpipqifî et amateur de belles choses , mais qui choisit fort m^al ceux à qui il voudroit en fair^e acquérir le talent* Si celui qu'il me recommande réysy^jt à foire des pp^ogrès dans l'art qu'il ent|repr^4 d'exercer, il i»e trompera beaucoup.

J'étois en peine de savoir si les gapts et lé^ cordes de luth que je vous ai envoyés vous avoient été remis; mais vous m'assurez par votre lettre que vous ^vez reçu le tout bien conditionné. Je crois que les cordes du luth vous auront Semblé un peiKchères. Si je les ai payées trois testons le paquet, c'est qu'elles sont toutes de choix. Vax suivi en cela le conseil d'un ami; ordinairement le paquet ne coûte que deux testons, mais il ne s'en trovive pas le tiey» de bonnes : ce que je fais pqur VQUS , je le £»is ^vcc pdijis de soili que si c'était pour mçi-meme. J'pi parlé à M. G-éricaujt pour savoir ce qu'il demandoit du cent pour le cjl^^iïge; il Ile v^ut rien raba^re de douze, et m'a juré

3aa LETTRES *^

qu'on lui en payoit jusqu'à quatorze. Il y a environ deux mois que je fis venir un peu- d'argent que j'avois à Paris ; on me prit douze pour cent, et je ne pus obtenir de remise à meilleur marché; M. Pointel, de son côté, ne peut trouver personne qui ne veuille prendre que dix pour cent. Vous voyez d'après cela ce qu'il vous en coûtera, pour me faire rembourser ici les vingttrois écus et quatre jules que j'ai dépensés pour vous. Ce sera , du reste , par qui et quand il vous plaira.

J'ai trouvé la pensée de la Vierge que je vous ai promise; il faut maintenant trouver le temps et la commodité de l'exécuter; je ne manquerai jias de vous écrire quand j'y mettrai la main. Je vous souhaite toutes sortes de- félicités et suis à jamais 9 Monsieur, votre très-humble, etc.

AU MEME

De Rome,, le ai avril i653.

Monsieur, le sieur Maurice Géricaut vient de me remettre les vingt-trois écus et quatre jules que vous avez payés à son père , à Paris , pour le remboursement de ce que j'avois dépensé pour vous ici. Ce n'a pas été sans quelque difficulté.

DK poirssiîf. 3a3

parce que vous ne m'avez pas envoyé la lettre de charge que son père vous a donnée; aussi par les quittances première etf seconde que je lui ai faites 9 je me suis obligé de lui remettre .ou la lettre de change ou l'argent que» j'ai .reçu de lui. Je vous supplie de me donner le moyen de remplir cette obligation. Pour votre Vierge , . la pensée en est trouvée , et j'espère la commencer cet automne, si Dieu m'en fait la grâce. Je suis si pressé que je ne peui pas vous écrire plus au long : cependant, je vous supplie de me continuer votre biênvieillance , et je suis à jamais, Monsieur, votre très-humble y etc. %

AU MÊME

De Rome, le ii mai i653.

Monsieur , je n'ai rien de nouveau qui m'oblige à vous faire un long discours. Je vous dirai seulement qu'avec votre dernière, j'ai reçu la lettre de changé que je vous avois demandée ; mais le retard de cette lettre de change a embrouillé un peu nos af&ires; car ayant, à son défaut, fait deux quittances au sieur Géricaut , une pour son père et upe pour lui., il faut mai^t^nant qu'il fasse revenir la quittance . envoyée à son père,

3«4 LtrTRES

pour mt la remire : mais éans tout ceta il n'y a pas grigrnd mai.

Pour ûe qui Ait de votre Yîergd, ciésol>nisi9 vous û'aurez pllis Dccaiâiuii de vous plaindt*e de mm remise» contîmiell^ d'un temps à un auti% ; j'esj^ère \a continuer sur la fin de cette année ^ et la finir Tbonée qni vie^nt , avant de m'ùteupdr d'aùcime autre ofaose r la pensée en est airétée <» ce qui. est te priéctpal.

Apl^s avoir faien ^oûté les livres dont M t De dumnin» m'a favorisé ^ jèn ai tàà présent à Ml le Chevalier Del Pozzo, qui ks tient pOar autant de«trésors , et les itioni^ k txHts les h»^ biles gens qui le vont visiter. J'en ai agi ainsi à cette fin que ces livres soient vus en bon lieu, et ^[ue le nom et la répu^ati^n de Messieurs De Chantelou s'étendent partout. Je leur baise les mains et suis à jamais, IW[0nsieur, votre trèshumble, eft.

Hk.-% *i*H l4%r%V» *<«^^'«»* %<li>^%<%^^ ^ V*^ ^ V'» ^/V^^f^A^^vW'^l*»» «mX «>«^«<'*^'«.'«. >'*/>«»**'%*.^'*

AU MEME

De Rome, le 1^7 juin i655.

WtowriéiM», il y îi huit jours i^uef Je fi^cottëigiWéf i^ au èmttiet ncrmnié Lépift^ , la tài^9^ dënS ta* Quelle *àt iè tàblcîàù dé la VieVgé qm je Vott* ^ fait. Je ffte siri* é^it^i de Tèntré^ise dU «iétir Gé^

DE Foussiir. 3a5

tioairt, afin d'éyiÉf^la jdéprDse du poit pour lequel ^n deixiatidok six pistolQs^ (voi]« paawmt imuiepâer Mav^Utir 4^ cette extraitragpnc^ ^ qiiand vous ie Yeirez)^ tandt$ qiùl en coûte sfBuleaieut; (fouMvMit0 solfr par livve, poids de Jjymi^ Aujourdibsui j'ai itimif m iséme fietir Géricaut &y% paqMetfr4f jmnnes oonles 4^ L|ith. V^ous aiirez sôiti de foire fitdirer Je tout dés itMiins du «ieiir Gérioaul; père^, aiiqpttel >v<mis fiayepez ee q«ie soti 'fU$ a 5l|â>our9é fiN!>iHr'roiM en >43e|?le ville et ailieura; à fiavôir c ia ^i^otidM eanon, huit fuient; cette de la^iaîase^ cinq Jules; ui!ij»le& 4e papier^ et Ivente-ne^ jules po)ir ie» CK^i^eet te port. Les gants ne se^sonC ^ft: ti»uw<s tM»n&, et il'. faut ataleiidl^e jusqu'à «et »titomiie , coçume vqu» me Favee Marqmié par 'votpe'didimîère ieClt^.

<|kaand vous aiH«e% reçu <votre t«ai)leau et que vaus4-ai«rei; bjfenregapdé, vous tvie feree l%oiiiiear ide M'éorire simpiement et ârantliemeiit oequî ■vous en ftefmble. Seulement je vous prie , devai%|; tout^ dho^9 de considérer q«ie tout n'est pas lionne à \m kiomme seul, et qu'il ^e faut point éiïepdtk» dan» mes ouvrages ce qui n^ei^ p8«nt ^e mon tsitent;. Jt^ tie douta nutteiMut que les c^p^ iiion<s de cieuic qui verront cet oti'^rage^ne sQÎetlt entr'eUe^ fort diverses ; parce qive les goàts dies -amateurs de \à peinture ifWant pas moins dlfiGépenCs que iie le -d^iit l^s tl^lenfsdjes peintres euxfliétnes, il doit de iIvgKi ver autant âe diversité daDs leà jugements des luwqtt'iiy^cti a rédleAierrt sSans

3a6 LlfrTTRES

les 'travaux des autres. L'Jbiisloire nous fait voir que chacuu des peintres de Tautiquité a exc^é en quelque partie;- d'où Ton peut cpncliice .qu'au* CQD ne les a possédées toutes dans la perfection. Car, pour ne parler ni de Polygnole, ni d'Aglaophon quiont été si long-temps célèbres pour leur couleur; si l'on eu vient à l'époque où là peinture fut le plus florissante, ce qui est, je crois, depuis les t^nips de Philippe jusqu'à ceux des successeurs d'^Alexandre, on- y trouve toujours que chaque peiiitre possède à un haut degré une vertu. qui le distingue : ProtDgène, la diligence et la curiosité; Paœphile et Mélanthe, la raison; Antiplûle, la facilité; Théon de Samos, l'imagination; eafln ApeUe, le naturel et la grâce qui l'ont rendu si célèbre^ Une semblable différence si&trouvoit dans les œuvres de la sculpture. Galon et Hégésias firent leurs statues plus dures et plus semblables aux Toscanes; Calamide les fit moins rigides, et Miron plus molles encore ; dans Polyclète se trouvent la xUUgence et la beauté plus que dans tous les autres ; et cependant , quoique la plupart lui attribuassent la palme^il y en-eut qui, pour lui ota" quelque chc^e , pensèrent que la gravité lui manquoit ; et que s'il donnoit à la forme humaine une beauté surnaturelle, il ne-pouvoit arriver à représ^ter la majesté des Dieux, ni même la dignité des vieillards : enfin les parties qui manquoient à Polyclète, on les attribua à Phidias et à Alcamèqe. La même chose se rencontre d^n$ ceux qui^ont été em repu-

talion depyis trois ctet cinquante ans;, et je crois que qui l'examinera bien trouyerafCpie jy aia|iiisî ma parÇ . ,

^ Je supplie Madame de Montmort de ne .se, mel;tre point en peine de m'éçrire, ni surtpuL^de m^en<" voy^r d^s arrhes : qu'elle ait seulement pftt^;i|<^^ car j'ai quatre tameaux à finir avant que dé mettre la inain à la besogne pour elle ; néanmpim; je xut uûhinerai sur les deux sujets qu^elle m'a proposés.. J'ai oublié de vous dire que la Vierge que je vovis ai envoyée n'est vernie qu'avec du blanc-d'œuf ; vous pouvez la faire re vernir avec un autre, vernis qui la rendra plus fraîche.. Je suis, ]\^onsieur, votre très-humble y etc.

P. S. Je baise très-humbleraent lés ihains à Madame de Montmort et à MM. vos freines.

AU MEMB

De Roiue, le 19 août i655.

Monsieur , je ne répéterai point; par cçlle-ci ce que je vous écrivais il y a huit joMrs^ mai^ je ne vous cèlerai pourtant pas la joie qqe j'ai éprouvée en voyant, par ,Ies deux vôtres, que la Vierge que je voUs ^ii- faite ne vous déplaît pas.

Vous^^avez fait ce qu'il fallait touchant Ja dépense des bustes que vous désirez avoir; aussitôt

^Ue les chaleurs feront passées^ j en fertti Ik re^ <îhett;hte. ^*ai ftlit envers M. Fouecjuet ce que vous m'avez ordonné. Vous me ferez savoir «si vous vdûîèz que l'on se serve de roècasion du retour des Mtittietitis ittèt*<îhands deSaint^Malo, pour vbtis peàtei^ léil bUdtei^ en question. Poui'cé qui touche Ift Vierge en grhnd que Madame De MOiitmôH:

Tbiidrait qtîé je lui fissb aU lieu d^Unie petite, U mè i^ékklble qu'en changeâUi d'avis elle he choisit pas plus îk^àl , lés choses représetrtées icté grabdettf'n/atùrêHe saisissant davantage Ik vue. Mais dfe frtus , elle trouve chez moi la rtieffleure rencontré du moîide, car j'ai fort avancé une Vierge, que je faisais pour une personi^ qui est îâiorte^' et dont je puis paf conséquent disposer. I^ toile eE^ environ d^ la grandi^ur de la vQtre, peut-éire un peu plq$ haute ; il y ^ quatre figures de graodeur naturelle , bien disposées , finies et peintes avec goût , «t d'un bon relief. Je vous l'aurais envoyée au lieu de la vôtre, si j'en eusse pu disposer alors. La Vierge est assise sur une chaise, ^ét tient en son girpn le petit Jésus; devant eux on Saint Jean assez grand, indique, par son attitude, qu'it les prie de toi donner ïfeur bénédiction, (khâk que derrière "eut iin Saint Jbseph dd:^o«a: lès regârrde : les acéesfeôires jse 4!x>mposent -d'un rtd'éau, d'une colonne et dtm peu de fettd. J'attends de vous une réponse à ce sujet , et je suis de itout mon cœur. Monsieur, votre très-hiimble , etc.

J>OtJSSlN.

DE pau9Sifr. 3^9

P. i. Je pieHserai à votfe Baint Paul dans nn peu de temps.

AU MEME

De Rcmie, le f 5 novembce x^55,

Monsitenr, je n'ai pu jusqu'à présent rien faire pour vou$ touchant les bustes; les empêchements sont grands, et je vous les dirai quand il sera temps. Actuellement je veux savoir seulement si, dans le cas où je n'en pourrois point avoir d'antiques , vous voudriez que je vous fisse faire une douzaine de belles têtes , avec un peu de buste d'une seule pièce; elles ne seroient pas moins belles que 099 v^eiiks iêtt^ tioîres tcoites lapîécetôes , 6t vc[m k»,m)Het i hom mambé.

IV>ur ce qui mncerse Ja Yi«i^ en igrand dmiii j« p^lsaÂs pipiiVoîriiocQmmoïkr Madame De Mont* wm%^ d y^st arrivé de l'empêckfimènt.» tet je n'ea peux ^iâpK^eer , doniBae je croyais* J'en mviéudrai dm^ à hii faire vn^ Vieisge m Egypte , selon la pipcwièf^ pieii9é^ qt^^lle fin a e«i^ ; jW faitt ppéparof kl feoite^ et je Vais m'ioeoupee 4e l'mveikiton et d« ta di^posilioii du sujet

Je yoMS e0voiid uae ^ous&aihe die fpaireB de g^its à U f'riingipaiie, et dé6 imsiUeurs. Jiç les ai con* «iigaés'à M. Oérûcaut, qui ^isios im £era tenir, et

336 LKTTaES

à qui vous rendrez la valeur de six pistoles d'Espagne, qu'il a déboursées pour cet effet.

Je ne la ferai pas plus longue pour^ cette fois , vous suppliant de croire qu'il n'y a personne qui soit plus que moi^ Monsieur, votre très-hum*ble, etc.

P. S. Je vous supplie de vous souvenir de ce dont je vous ai supplié, touchant l'affaire qui est entre les mains de M. le Surintendant Foucquet.

AU MÊME

De Rome , le «3 décembre x655.

Monsieur, avant toute autre chose, je vous re^ mercie très-affectueusement de la bonne volonté que vous av&c pour moi , et de ce que vous avez la bonté de vous employer auprès de M. le Surintendant' Foucquet pour l'affaire que vous savez bien. Mais que cela ne nuise nullement à vos'iiitéréts, qui sont, dans cette circonstance, eMièremenf séparés des miens. Il n'e^t besoin pour vous que de témoigner que je suis fondé dans mes demandes; et vous savez mieux que personne que je n'ai rien touché de Tifunée quarante-trois , laquelle j'employai toute entière aux dessins dt la Galerie; et outre cela que je n'ai rien eu de la

DE POUSSIN. 33f

msâsQn que le Roi me donna poqr ma vie , et dont d^ai}tres que moi jouissent depuis long*teiiips. •

Je suis allé saluer de votre part M. le Cheya* lier Del Pozzo y qui a eu une grande joie de rece^ .voir de vos no:uyelles, et qui vous rend mille baise-mains< Je lui ai fait voir ce que vous m'avez écrit touchant les copies de ses sept Sacrements ; isa réponse a été assez froide. Il s'excuse sur ce qu'il ne connaît personne qui les puisse imiter , et même sur ce qu'il n a pas de lieu côpomiode pour les faire copier : en un mot , il n'en a ja^ mais euénvie^ et je sais ime personne à laquelle il l'a également refusé. Ce lui seroit cependant un avan£sige d'avoir là copie de$ vôtres, tant parce qu'ils sont du double plus grands que les siens , que parce que Us compositions en sont plus riches et ont, sans parangon, un plimgrànd style. Mais peut-être cratndr6it-il que là comparaison ne diminuât le prix de&> siens, dont il tient véritable* ipent grand compte : en effel, mes ouvrage ont eu c^ttc bonne fortune, d'être trouvés clairs pay ceux qui les savent goûter comme il faut.

Je n'ai pu encore vous servir en ce qui con* cerne. les bustes que vous désirez avoir; je ne pourrai même m'en occuper pendant que M. Fouoquet est ici : je vous en écrirai un jour la. cause , mais il faut pour cela du papier et du loisir. A il'égard dé la Vierge dont je vous avois parlé , elle n'est plus à moi , comme je le croyois.

. Je vous ai envoyé des gants de la façon .de Julio

35a LETThi^s

Béiit , que l'on regarde Ici cottuâe ks itieîtleilrs ^ et si les cordes d^ luth n'ont point fëusài , ce n'est point ma faute ; je fais toujours le mieux que je peux. Croyez qu'en tout ce qui toudbe à votre ^alisfaetion , je n'épargne ni mon temps ni mes forces. Je suis, Monsieur, votre trèè-humble, etc.

P0US3IPÎ.

P. 5. Je fais humble révérence à M. et à Midame de Montmort.

AtJ M^ME.

Monsieur 9 vo^ lettve du a6 norvembre œfe ^ Inendûie si tard , qne je n'« pu y répondre par i'ordtnaire passé ; il a ÊiUu lùànement que je prisse la cotnmodilé de M* Fbocquet pour la Inâ communiqaer. Il avoit reçu^ aoùs la^memp date, une lettre de M. le Surintendant , sod frère, ^par 4aqn^lle celui*rei Ini mandait sur môu afiîûre à peqpnes oa qu'il vaiys>a pin de m'en'éiarinft. Vouç IWez mise en faon «hànin , et coimme les hmis comiaieiiGemfvts peraietteist )une:bonne fin, j'espère que tout ira bien. M^^FoncqUet, qoitisA en cette ville, me prohiet )de s'y peirteF en homme jé\é^ et je m-assure que vous vous y employierez

DE FQ17S»IJV. 333

coïAïùe i^fitVQÛ et conliw ami. J'ai âurtoui; becaii) 4e votre ^cour$ippur rappeler quelquefois. ma petite afffiire à M. M Surintendant » qui pourrait fort bien l'oublier, au milieu de toutes les gt4ade$ dont il eat toujours occupé ; je vous supplie de prendre ce soin. J'ai remercié M. de Mauroi du bon office qull tti'a rendu daAs cette rencontre ; je le servirai, au cas qu'il désire encore de moi ce que j'ai di£Féré par nécessité , mais non qubfié.

J'ai grand regret de ce que M. le Chevalier Del Pozzo allègue de mauvaises excuses , pour vous refuser ce que vous désirez de lui , et ce qui lui seroit avantageux : c'est une ingratitude. Heureusement vous pouvez bien vous passer de ses copies.

Pout ce qui concerné les autres choses que vous m'avez demandées, je ferai de mon pieux pour vous satiafiiire. Je crains seulement' que k teisips qu'il voué faudra attendre ne vous iture beaucoup; mab il m'est impossible de Isiire au* trenvent : ^muB seriez déjà aervi comme vous le déairez, si la dx»e dépeiidoit de moi et de mes aoiils.

Je iravailte à la penaée de la Yierge en Egypte tJe Madanw de Mentmort, k qui je baise tres-hum^ bleipmil: le^ ommus.

Je tùnÛBe «euvent^, à mes heures d'élection^ kr Ck]inversion de Saipt PaUl.

Je aer» tvompé si Foiily &it que^lque chos^ de bon de yoitre Vierge; car il ne conaoït pas Je

clair-obscur ; il est sec et dur dans ee qu'il fait , et senza garbo. Je me recommande mille fois • à vos bonnes grâces , et suis^ Monsieur, votre trèshumble /etc.

P. 5. Je baise très-humblement les mains à MM. vos frères.

AU MÊJVfE.

De Rome, le a 4 décembre 1657.

Monsieur, j'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 1 5 novembre , et dans laquelle vous me marquez que vous vous contentez que, pendant Tannée où nous allons entrer, je mette la main à la Conversion de Saint Paul, et que vous me laissez le soin de choisir pour ce sujet la grandeur qui me semblera la plus convenable. En conséquence , je n'ai point voulu perdre de temps; et comme je me suis proposé de finir le tableau cette année , par cette raison et conformément à ce que vous m'avez écrit, j'ai tiré sur vous la somme de cinquante pistoles d'Italie, avec le change à quinze pour cent, que vous payerez, s'il vous plaît; aux Sieurs Petit, de qui je l'ai reçue, ainsi qu'il est porté par les lettres de change que je vous envoie. Le change étant fort élevé, je trouve

DE POUSSIJT. 335

convenable de vous décharger de la moitié; mais nous accommoderons cela à la fin du paiement.

On dit que le Cygne chante plus doucement lorsqu'il est voisin de sa mort; je tâcherai, à son imitation , de faire mieux que jamais : c'est peutêtre le dernier ouvrage que je ferai pour vous.

J'ai regret de ne pouvoir pas vous envoyer présentement votre tableau de la Vierge Égyptienne , et aussitôt que les passages seront libres, je ne manquerai pas de le consigner à M. Géricaut, comme vous me l'avez mandé ; il y a long-temps qu'il est tout prêt , comme pourra vous le certifier le bon M. Pointel , qui est parti pour s'en retourner chez vous. Je crois qu'il est maintenant à Toulon y où il fera quelque peu de quarantaine , je ne sais pourquoi, car il y a long-temps que notre ville est. Dieu merci, fort saine > et que toiit le monde s'y porte bien.

Notre bon ami . M. le Chevalier Del Pozzo , est décédé , et ncKis travaillons à son tombeau. M. son frère vous baise tes mains, et moi je vous souhaite , ainsi qu'à Madame , de bonnes fêtes et un bon commencement d'année. Je suis à jamais , Monsieur, votre très-humble , etc.

P, S. Je salue Messieurs vos frères, et suis trèshumblement leur serviteur.

336 LETThES I

AU MÊME

De Rome, le i5 mars i658.

Motii^teur, après avoir reçu votre lettre du 3 février , je voud dois remercier de la ponctualité que vous avez mise à acquitter la sopame de cinquante pistoles d'Italie , que j*avois tirée sur vous.

Je ne vous dirai rien de votre opinion sur mes premiers et mes derniers ouvrages ; vous avez le jugement trop clair pour vous tromper. Si la main me vouloit obéir, je pourrois, je crois, la conduire mieux que jamais ; mais je n'ai que trop l'occasion de dire ce que Thémistocle disoit en soupirant sur la fin de sa vie ^ que l'homme décline et s'en va lorsqu'il est prêt à bien faire. Je ne perds pas courage pour cela ; car tant que la tête se portera bien , quoique la servante soit débile , il faudra que celle-ci observe les meilleures et plus excellentes parties de l'art, qui sont du domaine de l'autre.

J'ai arrêté la disposition de la Conversion de Saint Paul , et je me mettrai à la peindre dans mes moments d'élection.

Incontinent qme la commerce sei^ rétaj^li, je vous enverrai votre Vierge en Egypte , icpke je vous ai tant de fois promis de vous envoyer.

J'ai témoigné le déplaisir que vous aviez de la

DE POUSSIW. 337

mort du Chevalier Del Pozzo à M. son frère , qui eu a pieuré de tendresse. Il a succédé à Tordre de chevalerie , lequel eist affecté à leur maison : il vous remercie, et vous baise un million de fois les mains. Quant à moi , je serai , Monsieur , tant que je vivrai , votre très-humble , etc.

p. s. Je remercie très-humblement Madame de son souvenir y et lui baise humblement les mains, comme le plus dévoué de ses serviteurs.

AU MEME

De R^me, le s S novembre i658.

Monsieur, les diverses incommodités que j'ai, et qui se vont multipliant avec l'âge, m'empêchent de vous écrire plus souvent que je ne fais. Je vous ai promis de vous donner le détail des objets qui sont au fond du dernier tableau que je vous ai fait ; le voici :

On y voit une sorte de procession de Prêtres Égyptiens , qui ont la tête rasée, et sont couronnés de verdure , et vêtus selon l'usage du pays. Les uns ont des tymbales, des flûtes, des trompettes; les autres portent des bâtons à tête d'épervier. U y en a qui sont sous un porche , et qui s'ache-

minent vers le temple de leur Dieu Sérapis, por-' tant le coffre dans lequel étoient enfermés ses os. Derrière une femme vêtue de jaune , est une sorte de fabrique faite pour la retraite de Toiseau Ibis , que Ton y voit représenté , et une tour dont le toit est concave, avec un grand vase pour recueillir la rosée. Ce spectacle n'est point un ca* price de l'imagination : tdut cela est tiré de ce fameux temple de la Fortune, à Palestrine , dont le pavé, composé d'une très-belle mosaïque, représente, au vrai et de bonne main , l'histoire na-* turelle et morale de l'Egypte et de l'Ethiopie. J'ai mis' dans mon tableau toutes ces choses, d'abord pour délecter par leur nouveauté et variété , puis pour montrer que la Vierge, qui y est représentée, était alors en Egypte.

J'ai fait une nouvelle composition pour la Conversion de Saint Paul , parce qu'il m'est venu une autre pensée que la première : je vous demande du temps pour finir cet ouvrage, qui sera pour moi d'un long travail. Je n'écris point à Madame » pour la difficulté qu'y trouve ma main tremblante ; je lui en demande pardon, et lui baise les mains, comme je fais à vous. Monsieur, de qui je serai jusques à la fin, le très-humble, etc.

P. S. Je baise les mains à MM. vos frères.

DE noossiw. 33a

AU MÊME

^ De Rome, 1« a aoAt 1660.

Monsieur^ je n'ai pas eu Thonneur de vous écrire depuis long*temps , parce que je me suis imaginié que, depuis votre guérison, vous étiez retourné à la Cour, pour exercer la charge que Ton vous avoit donnée auprès dé la Reine, pendant le temps de ses noces, et qu'il pôuvôity avoir de la difficulté à vous faire tenir mes lettres! Je crois que vous êtes maintenant de retour à Paris , et je souhaite que votre sauté cotititiue à y être bonne. : =

Je vous écris la présente pour vous faire savoir rétat dé la mienne. Je ne paisse aucun jour datîs douleur, et le ttemblemehtde tties membres àug^ mente comme mes ans. L'excès dé là chàlélii*,' pendant la saison présente , me bat en ruine;' partant, j'ai été contraitit d'abandonner tout labeur, et dé mettre de côté les couleurs et Tes pinceaux. Si je vis cet automne, j'espère les reprendre, particulièrement pour vous , qui avez eu la bonté de me continuer votre amitié et vos bonnes grâces. Je devrois écrire à Madame, mais le tremblement de ma main m'en empêche , et je lui en demande très-humblement excuse. Je baise les maiurs à

34o LETTRES

MM. VOS frères , et suis , Monsieur , plus que personne au monde, voire très-humble, etc.

AU MÊME

De Rom», la a aTiil 1662.

Monsieur, je vous aurois envoyé par cet ordi* naire l'ouvrage que je devrois avoir fait depuis si long-temps ; mais un rl^ime fâcheux est venu contrarier mon dessein, lorsqu'il ne me falloit plus qu'un jour pour finir la tête, du Christ , qui est la seule chose demeurée imparfaite. Aussitôt que cette incommodité me donnera- un peu de relâche, je terminerai mon tableau, et vous l'enverrai par la meilleure voie qu'il me sera possible de trouver. Je vous écrirai alors plus au long; noais, pour cette fois, vous vous contenterez, s'il vous plaît, de ces deux lignes. Je suis. Monsieur, avec mon affection accoutumée , votre très-humble, etc.

De Rome, le 90 noyembre 1669.

Monsieur , après vous avoir écrit plusieurs fois cLepuis le mois de mai passé , sans avoir de vqus un mot de réponse » je viens encore vous suppU^ de me faire savoir de vos nouvelles. Je suis ^^ur^ que vous avez reçu le dernier ouvrage que je vous ai fait , lequel est peut-être aussi If dernier que je ferai. Je sais bien que vous n'avez pa^ grand sujet d'en être satisfait; mais vous devez considérer que j'y ai employé , avec tout ce qui me reste de forces , la même volonté que j'ai toujours eue de vous bien servir. Souvenez-vous des témoignages d'amitié que vous m'avez donnés pendant si long- temps et dans tant d'occasions, et veuillez me les continuer jusqu'à ma fin, à laquelle je touche du bout de mon doigt : je n'en peux plus. Je suis pour toujours. Monsieur, votre très-humble , etc.

P. S. Je baise les mains à Madame et à MM. vos frères.

AU MÊME

tte Rc^me, le 4 iéivwr i663'.

Monsieur , trofc de vos lettres que f ai reçues sous le pli de M. Cerisiers , notre bon ami, m^ont donné' une seconde vîe^ J'avois cojrçu quelques craintes que vous ne ni*eri voulussiez un peu pour avoir abusé de votre longue patience , et vous avoir à la fin . envoyé une chose indigne d'être .regardée par vous. Vous avez dissipé toutes mes eraintes^ 'Jwr votre cordialité et doucein* ordinaire î je vous en viens remercier pat* ces lignés ^ qui vous témoigneront imparfaitement le ressentiment que j'ai de toutes les marques d*afFection que je reçois de vous. Je vous supplié de me lès continuer jusques au bout : elles sont mon unique consolation au milieu des disgrâces qui m'environnent présentement, mon seul réfiige contre celles que l'avenir peut me réserver.

Vous mettrez le comble à mes obligations , si vous m'envoyez le livre de M. De Chambrai touchant la peinture ; mais il faut me dire par quelle voie vous voulez me l'envoyer. Je suis, Monsieur^ votre très-humble , etc.

P. S, Jadresse à Madame l'hommage de ma

vénération , et baise humblement les mains à MM. vos frères.

AU MEME

De Rome , le x*' ayril i663.

Monsieur, quand je me représente les obligations que je vous ai, et les grâces infinies que j'ai reçues de vous, je n'y trouve aucune correspondance ni proportion avec ce que j'ai pu faire pour les mériter , et cela me conduit souvent à craindre le refroidissement de votre amitié. Vous m'avez délivré de cette crainte par plusieurs de vos lettres, et surtout par «votre dernière, qui me témoigne assez clairement la continuation de vos sentiments pour moi : je suis transporté de contentement de ces bonnes nouvelles. Une chose me fâche seulement, et diminue en partie ma joie , c'est d'apprendre que vous avez pris la peine d'employer la faveur de M. Colbert, que vous devez réserver pour les occasions les plus graves, afin de satisfaire à la demande de mon fou de beau-fi'ère, qui s'est imaginé qu'en plaçant audessus de sa porte les armes du Roi , il seroit à couvert de tout danger, dans le cas où il arriveroit du désordre en cette Ville, relativement à notre nation. Il ne m'avoit jamais dit une seule parole de ce beau projet ^ étant sa coutume d'agir

eD toutes choses assez témérairement et sans conseil ; et ce n'est que depuis peu qu'il m'a avoué qu'il avoit écrit comme pour lui, au sujet de cette sauvegarde , à un sien ami nommé Yinot. Je ne sais comment l'affaire est allée jusques à vous, mais j'en suis entièrement innocent. Je vous supplie d'excuser l'ignorance de ce pauvre garçon: la peur que lui et beaucoup d'autres ont des armes des François est telle, que s'ils venoient k paroi tre ici près, on trouveroit sans doute beaucoup de morts sans blessures. Je vous remercie du fond de mon cœur, et vous demande encore la durée de voire amitiés Je suis à jamais. Mon*sieur, votre très-humble, etc.

AU MEME

De Rome , le iG novembre tS64'

Monsieur , je vous prie de ne pas vous étonner s'il y a tant de temps que j'ai eu l'honneur de vous donner de mes nouvelles. Quand vous connoitrez la cause de mon silence, non-seulement vous m'excuserez, mais vous aurez compassion de mes misères. Après avoir, pendant neuf mois, gardé dans son lit ma bonne femme, malade d'une toux et d'une fièvre d'étisie , qui l'ont consumée jusqu'aux os, je viens de la perdre. Quand j'a-

DE ^OUSSIIC. 345

vois le plus besoin de son secours, sa mort me laisse seul, chargé d'années, paralytique, plein d^infirmités de toutes sortes , étranger et sans amis, car en cette Ville il ne s'en trouve point. Voilà l'état auquel je suis réduit : vous pouvez vous imaginer, combien il est affligeant. On me prêche la patience, qui est, dit-on, le remède à tous maux; je la prends, comme une médecine qui ne coûte guère , mais aussi qui ne me guérit de rien.

Me voyant dans un semblable état , lequel ne peut durer long-temps, j'ai voulu me disposer au départ. J'ai fait, pour cet effet, un peu dé testament, par lequel je laisse plus de dix mille écus dé ce pays à mes pauvres parents qui habitent aux Aiidelys. Ce sont gens grossiers et ignorants , qui ayant, après ma mort, a recevoir cette somme, auront grand besoin du secours et de l'aide d'une personne honnête et charitable. Dans cette nécessité , je vous Viens supplier de leur prêter la main , de les conseiller , et de les prendre sous votre protection , afin qu'ils ne soient pas trompés ou volés. Ils vous en viendront humblement requérir; et je m'assure, d'après l'expérience que j'ai de votre bonté, que vous ferez volontiers pour eux, ce que vous avez fait pour votre pauvre Poussin pendant l'espace de vingt-cinq ans. J'ai si grande difficulté à écrire, à cause du tremblement de ma main, que je n'écris point présentement à M. De Chambrai, que j'honore comme il le mérite, et que je

prie 4e tout mon cœur de m'excaser. Il me faut huit jours pour écrire une méchante lettre, peu à peu, deux ou trois lignes à la fois, et le moreeau à la bouché : hors de oç temps-tà, qui dure fort peu, la débilité de mon estomac est telle, qu'il m'est impossible d'écrire quelque chose qui se puisse lire. Voyez , je vous supplié , Monsieur , en quoi je vous peux servir en cette Ville, et bommandez-le à celui qui est de toute soti ame, votre très*humble, etc.

l^OUSSIN.

A M. DE CHAMBRAI.

De Rome , le 7 mars x6A5.

Monsieur , il faut à la fin lâcher de se réveillai** Après un si long silence , il faut se faire entendre , pendant que le pouls nous bat encore. J'ai eu tout Jeioish' de lire et d'examiner vôtre livre dé la parfaite idée de la Peinture, qui a servi d'une douce pâture à mon ame affligée ; et je me suis réjoui de te que vous étiez le premier des François qui aviez ouvert les yeui^ à ceux qui ne voyoient que par les yeux d'autrui , se laissant abuser à une fausse opinion commune. Vous venez d'échauffer et d'amollir une matière rigide et difficile à manier ; de sorte que désormais il se pourra trouver quelqu'un qui, en vous prenant

pour guide , s'occupera de nous donnar quel^iaie d^iose au bénéfice de Ja {Peinture.

Après avoir eousidéré Ja' division que François JUMus^fatl dès parties de ce bel art, j'ai osé mèfttre idi brièyemeait ce que j'en ai* appris. Il est nécessaire premièrement de isavoir ce que c'est que celle sorte d^îmîtation , et de la définir.

'JDÉFiifiTioir.. C'est une imitation faite avec lignes et couleurs;, SUT) <une superficie plane, de tout ce qui se voit'sous le'soleil .: sa fin est la déiedtatiou. ' ' , -

PatsrtKFEs que tout horrnne capable de raison peut comprendre.

Il ne se donne pomt de visible sans lumière.

Il ne se donne point de visible sans milieu transparent.

11 ne se donne point de visible sans fortne.

il ne se donne point de visible sans couleui\

U ne se d^^nne point de visible sans distance.

Il ne se donne pointde visible sans instrumait.

-Choses qui ne s'apprennent point, et qui forment les parties essentielles de la Peinture.

Premièrement, pour ce qui çst de la matière, elle doit être noble , et ijui n'ait reçu aacufie qualité de l'ouvrier : pour donner lieu au Peintre de montrer son esprit et son industrie, il faut la prendre capable de recevoir la plus excellente forme. On doit commencer par la disposition ; puis viennent l'ornement, le décorum ^ la beauté, la grâce 9 la vivacité, le costume, la vraisemblance,^

et le jugement partout. Ces dernières parties sont du Peintre , et ne se peuvent enseigner. C'est le rameau d'or de Virgile , que nul ne peut trouver ni recueillir, s'il n'est conduit par le Destin. Ces neuf parties contiennent plusieurs choses dignes d'être écrites par de bonnes et savantes mains.

Je vous prie de considérer ce petit échantillon , et de m'en dire votre sentiment sans aucune cérémonie : j'ai l'expérience que vous savez non-seulement moucher la lampe, mais encore y verser de bonne huile. J'en dirois davantage; mais quand je m'échauffe maintenant le devant de la tête par quelque forte attention, je m'en trouve mal. Ay surplus, j'ai toujours honte de me voir placé dans votre ouvrage avec des hommes dont le mérite et la valeur sont au-dessus de moi , plus que l'étoile de. Saturne n'est au-dessus de notre tête : je dois cela à votre amitié, qui vous fait me voir plus grand de beaucoup que je ne suis. Je vous en remercie, et suis pour toujours, Monsieur, votre très-humble , etc.

P. 5. Je baise très- humblement les mains à M. De Chantelou- votre frère.

DE ponssiir. ' 349

A M. DE ÇHÀNTELOU,

\yi^

CONSEILLER ET MAITRE-DHOTEL ORDINAIRE DU ROI y

À PARIS

De Rome ^ le 'a9 man i665.

Monsieur, le contentement que j'ai reçu de votre dernière lettre , datée du château du Loir , ne se peut exprimer; mais ce contentement a trop peu duré, ayant été détruit par l'impertinence d'un malheureux étourdi de neveu, l'un de ceux au sujet de qui je vous ai importuné , vous priant de lès protéger après mon trépas; ce que votre bonté m'a bien voulu accorder et promettre. Je vous supplie de rechef de vous en souvenir, quand il en sçra temps. Ce rustique personnage, ignorant et sans cervelle, est venu troubler le repos où je vivois, de sorte que je n'ai pu vous remercier plutôt, me trouvant quasi hors de moi, par le déplaisir qu'il m'a causé. Je vous demande excuse d'avoir tant tardé à coi\fesser de nouveau que vous êtes celui à qui je suis le plus redevable ; que vous êtes mon refuge , mon appui, et que je serai tant que je vivrai , le plus reconnoissant et le plus

dévoué de vos serviteurs.

P, S. Je baise très-humblement les mains à Madame de Chantelou.

N. Poussiw est mort le dix-neuf novembre dé cette m^e année i665 , âgé de ']\ ans, 5 mois.

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