‹ Collection de lettres de Nicolas PoussinChapitre 17 sur 24 · Tome II, pages 356 et i5y · texte numérisé non relu

Tome II, pages 356 et i5y

En septembre 1649, Poussin écrit au même J. Stella , au sujet d'un tableau représentant Moïse frappant le rocher , qu'il avoit fait pour lui :

« Qu'il a été bien aise d'apprendre qu'il en étoit <c content , et aussi d'avoir su ce qu'on eh disoit. >» Et comme op avoit tix)uvé à redire sur la profondeur du lit où l'eau coule, il ajoute ; «qu'on ne « doit pas s'arrêter à cette difficulté. Qu'il est bien « aise qu'on sache qu'il ne travaille pas au hasard, « et qu'il est en quelque manière assez bien in- « struit de ce qui est permis à un peintre dans « les choses qu'il veut représenter, lesquelles se « peuvent prendre et considérer comme elles « ont été , cotnme elles sont encore , ou comme

a elles doivent être. Qu'apparemment la dispo- €( sition du lieu où ce miracle se fit, deyoit être « de la sorte qu'il l'a ^uré; parce que autrement (c l'^au n'auroit pu être ramassée , ni pris^ pour s'f n (c servir, dans le besoin qu'ime si grande qKantité de a peuple eu avoit , mais qu elle se seroit répandue (c de tous côtés. Que si , à la création du monde , la tt terre eût reçu une figure uniforme , et q^e les eaux « n'eussent point trouvé des lits et des profondeurs , « sa superficie en auroit été toute couverte , et par « conséquent inutile aux animaux. Mais, dès le (( commencement , Dieu disposa toutes choses avec « ordre et rapport à la fin pour laquelle il perce fectionnoit son ouvrage. Ainsi, dans des évéic nements aussi considérables que fut celui du « frappement du rocher , on peut croire qu'il ara rive toujours des choses merveilleuses : de sorte « que n'étant pas aisé à tout le monde de bien a juger, on doit être fort retenu, et ne pas dé- « cider témérairement. »

ToMB II, pages 44o et 44i*

En .1 65 1 , il écrivoit encore au même Stella : « J'ai fait pour le Chevalier del Pozzo un grand « paysage , dans lequel j'ai essayé de représenter « upe tempête sur terre, imitant le mieux que j'ai « pu l'effet d'un vent impétueux , d'un air rempli '( d'obscurité, de pluie, d'éclairs, de foudres qui « tombent en plusieurs endroits , non sans y faire

y DE POUSSIN. 355

« du désordre. Toutes les figures qu'on y voit jouent « leurs personnages selon le temps qu'il fait : les « uns fuient au travers de ta poussière , et suivent « le vent qui les emporte; d'autres au contraire « vont contre le v^nt , et marchent avec peine , ff mettant leurs mains devant leurs yeux. D'un « côté, un berger, court et abandonne son trou- « peau , voyant un lion qui , âpres avoir mis par « terre certains bouviers , en attaque d'autrep dont c< les uns se défendent , et les autres piquent leurs <c bœufs, et tâchent de se sauver. Dans ce désorce dre , la poussière s'élève par gros tourbillons ; « un chien , assez éloigné , aboie et se hérisse le « poil , sans oser approcher : sur le devant du ta- « bleau, on voit Pyrame mort et étendu par terré., « et auprès de lui, Thysbé, qui s'abandonne à sa « douleur ».

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