ET CORRECTIONS
CHANtELOU.
CjBAdfc aux lettres de N. I^oussin, ce nom sera désormais sauvé de l'oubli : peut-^tre nous saura-t~on gré de rassembler ici,. sur ceux qui l'ont porté , quelques traditions que nos biographies ont négligées ou altérées.
Les trois frères De Ch^ntelou , avec lesquels Poussin entretint pendant vingt-cinq ans une correspondance plus ou moins suivie, appartenoient à une famille noble de Picardie. Parents du Secrétaire d'État Qg Noyers ^ les deus premiers furent appelés pai: lui aux fonctions de l'administration , et continuèrent à les exercer après sa retraite; le troisième, M. De Chambray, étoit dans les ordres, et resta, sans titre public , attaché à la personne du Ministre.
Celui des trois frères que Poussin désigne, dans ses lettres, par le titre d'atné, est Jean Fréart, Sieur de Chantelou , Conseiller du Roi et Commissaire Provincial en Champagne , Alsace et Lorraine. Poussin fit pour lui un Saint Jean donnant le Baptême, qu'il lui envoya en 1648.
Le second des Chantelou est Paul Fréart, Sieur de Chantelou, Conseiller et Maitre-d'Hôtel ordinaire du Roi, qui fut Secrétaire ou Premier-Commis de De Noyers, pendant que
celui-ci occupa la place de Si^rintendaiit des bâtiments. Ëùvoyé à Rome, eu 1640^ ayec son frère De Chambray, pour y recueillir des naonuments de l'Art» et y choisir un certain nombre d'artistes que l'on vouloit appeler en France^ ses instances achevèrent de déterminer Poussin à remplir les engagements qu'il avoit pris avec le Ministre De Noyers, et il le ramena à Paris , vers -la fin de l'année (Voy^ page SB de la Corre^>oaddnce ). Chantelou retourna seêl en Italie ^ au commencement de 1643, pour faire bénir au Pape, et présenter à Notre-Dame- de-Loretle, les deux couronnes dé diamants et l'Enfant d'or porté par. un Ange d'argent, que Louis XIII et Anne d'Autriche y envoyèrent, en action de grâces de la naissance du Dauphin qui fut depuis Louis XIY. Depuis la retraite, mais avant la mort de M. De Noyers, Chantek>u refusa la place d'Intendant des bâtiments , qui lui fut offerte en- 1644> page^ 174» et s'attacha en qualité de Secrétaire à M. le Duc d'Ënghien (le grand Condé ). Il paroit qu'il ne conserva ce titve.qu eiiviron deux ans , et que , nommé Maîtred'Hôtel ordinaire du Roi en 1647, page 2S7, il avoit quitté le service du Prince de Condé ^ plus d'un an avant que les troubles de la Frondé éclatassent : il finit par iâtre Intendant de la Madson , DQ<ilatne$ et Finaudes de Monsieur , Frère du- Bm^ et Gouvernent du Château du Loir. Chantelou fat pendant près de vin|t-buit ans le correspondant assidu, l'ami dévoué de PoUssiti , comme celui-ci le lui dit d'une âaanièï'e si tombante datis H lettre qu'il lui écrit ^ 16&4 , page 3^45, un an' avattt sa mort : on voit qu'à un attachement prefoiid pour sa personne, il }oi^^^ ^"^ véritable passtoa poUr son taleilt, une pas$i<^n qui avoit aussi ses accès' de jalousie , pa^ 3o6. Poiissin travailla constamment poi^r lui p^EMlaut la phis belle époque de son talent; ce fut encore pour lui qfu'il fit son dernier tableau d'histoire^ la Samaniaine^ qu'en xSêi il terminait de $0 main.trembltmte y pages 3 $9. et 340. La. seconde coUeetio» desr Sept-SacremerUSyi^nie par Pous^n pour M. De Chantelou ,. aiprès avoir longr4ii^}|ip6 fait partie du
magnifique Cabinet d*Orléans, a passé en Angleterre avec tous les tableaux qui composoient ce Cabinet y et décore aujourd'hui la Galerie du Marquis de StafTord.
Le troisième des frères de Chantelou est jusqu'ici le seul dont l'histoire littéraire se soit occupée. Il doit cet avantage à ce qu'il a composé plusieurs ouvrages , qui , cependant, prouvent plus de goût pour' les Arts que de talent pour écrire. Il sç nommoit Roland Fréart De Chantelou , Sieur De Chambray : il étoit ecclésiastique , ^t , dans le privilège d'un de ses livres, on lui donne les titres de Conseiller et d'Aumônier ordinaire du Roi. L'abbé De Chambray publia à Paris , en i65o, le Parallèle de l'jirchitecture Antique a\*ec la Moderne y qui a eu plusieurs éditions; c'est son meilleur ouvrage. Il y a placé sur le frontispice le portrait de M. De Noyers, son pai:ent et son patron; et dans la Dédicace, adressée à ses deux frères, il a donné, sur le Secrétaired'État et sur son administration , des détails qui , malgré l'emphase du style, ne sont pas sans intérêt. Chambray faisoit imprimer en même temps une traduction des quatre Livres d'architectlire d'André Palladio , et la dédioit également à ses frères. L'année suivante, i65i , il publia une assez médiocre traduction du Traité de Léonard de Vinci sur la Peinture, et la dédia à Poussin; tandis que Trichet Dufresne , Correcteur de l'imprimerie royale , publioit et dédioit à la Reine Christine le texte de ce même Traité, d'après un manuscrit enrichi de dessins' de Poussin que le Commandeur Del Pozzo avoit donné à MM. de Chantelou, pendant leur séjour à Rome. Il est question de ces divers ouvrages, et plus particulièrement du dernier, aux pages 3i5, 3i6, 3^4 et 36o du Recueil des Lettres de Pousski, Enfin Chambray fit imprimer au Mans, en 1662, un Livre, intitulé de la Perfection de la Peinture , qu'il dédia à Monsieur , frère du Roi. C'est à l'occasion de ce Livre , que Poussin écrivit , le 7 mars 166 5,- huit mois avant sa mort, une lettre à l'auteur, qui contient quelques idées générales sur la peinture ; page
346 et suivantes. L'abbé de Chambray vivoit au Mans, fort retiré, lorsqu'en 1667 Colbert l'appela à Paris, et le chargea d'examiner les projets présentés pour rachèvement du Louvre. Il s'occupa pendant six mois de ce travail , reçut du Ministre une indemnité de 4000 liv. pour les frais de son voyage, et retourna au Mans-, où il mourut en 1676.