‹ Collection de lettres de Nicolas PoussinChapitre 19 sur 24 · Tome II, page · texte numérisé non relu

Tome II, page

On avoit toujours cru que Poussin avoit composé quelques ouvrages sur la peinture , et particulièrement un Traité des lumières et des ombres. Peu de temps avant sa mort, M. de Chantelou écrivit a ce sujet à Jean Dugjiet, beau-frère de

(i) On peut choisir ici entre Passeri et Belloriy tous deux contemporains de Poussin, et auteurs de Vies des Peintres , Sculpteurs et Architectes modernes. L'ouvrage du premier ne fut imprimé à Rome qu'en 177a, près de cent ans après la mort de l'auteur; l'ouvrage du second y avoit été publié dès 167a , sept ans seulement après la mort de Poussin.

Poussin , et comme lui établi à Rome. Voici la traduction de la réponse de Dughet, datée du*2v^ jyivier 1666 :

«Monsieur, vous m'écrivez que M. Cerisiers « vous a dit avoir vu un livre fait par M. Pous- «sin, lequel traite des lumières et des omcc bres, des couleurs et des proportions : il n'y « a rien de vrai dans tout cela. Cependant iï « est constant que j'ai entre les mains certains « manuscrits qui traitent des lumières et des om- « bres, mais ils ne sont pas de M. Poussin; ce « sont des passages extraits par moi , d'après « son ordre, d'un ouvrage original* que le Cardi- « nalBarberini possède dans sa bibliothèque. L'au- « teur de cet ouvrage est le père Matteo , maître « de perspective du Dominiquin; et il y a bien « des années que M. Poussin m'en fit copier « une bonne partie, avant que nous allassions à te Paris; comme il me fit ausji copier quelques rè- « gles de perspective de . Vitellione : voilà ce qui « a fait croire à beaucoup de personnes que « M. Poussin en étoit l'auteur. Afin qu'il ne <c vous reste, Monsieur, pas le moindre doute « sur ce que je vous écris, vous m'obligerez de u faire savoir à M. de Chambray, que s'il désire « voir l'ouvrage en question, il suffira que vous « m'en fassiez la demande, pour que je m'em- « presse de le lui envoyer par le courrier , à la « condition qu'il me le renverra après en avoir a pris connoissance.

a Tous les François sont persuadés que M. Pous- » « sin a laissé des écrits sur la peinture ; n'en

a cfojez rien , Monsieur. Il est bien vrai que je lui a ai entendu dire plusieurs fois qu il avoit le^ro- « jet de composer quelque traité sur cette mac( tière ; mais , quoique je l'aie souvent pressé de a s'occuper de ce travail, il l'a toujours remis d'un a temps à un autre : enfin la mort est survenue , « et avec elle ^e sont évanouis tous les projets qu'il fi avait formés ».

On trouve encore deux lettres de Poussin dans deux ouvrages relatifs aux Arts, qui ont été publiés en France, de son vivant, et qui, quoique assez inégaux en mérite , sont aujourd'hui à peu près également oubliés. Le premier est un Dialogue en très-mauvais vers , intitulé La peinture parlante ^ que l'auteur, Hilaire Pader, peintre Toulousain et membre de l'Académie, envoya à Poussin, probablero€|nt avant de le faire impri* n^er. Voici la réponse qu'il et) reçut (i):

Rome, le 3o janvier i654-

«r Monsieur, il y a peu de jours que je reçus « un paquet que vous m'avez envoyé de Monaco. « On me l'a rendu assez tard, d'autant que pro- « cédant en toutes mes opérations tout doucement

{i) La Peinture Parlante^ dédiée iuuK Peintres de VJ^adémie Royale. 1667, in-4°, page 63.

«• et à Tîilsé , je suis peu connu du Maître de Poste. « Après en avoir fait l'ouverture, et avoir lu les ce vers de votre Peinture parlante ^]e me suis trouvé « obligé envers vous en diverses façons*. Je dois « vous remercier d'abord de la mémoire que vous « avez eue de moi en divers temps et lieux, où il « vous a plu de m'écrire des lettres qui ne m'ont « pas été rendues, car je n'aurois pas manqué d'y « répondre à l'heure même; puis encore de l'hon- « neur que vous m'avez fait d'insérer mon nom daiis tf votre ouvrage de poésie, quoique vous m'eus- « siez obligé davantage de parler de moi moins mate gnifiquement, et selon mon peu de mérite. Je « regarde cela comme un effet de la bonne volonté ce que vous avez pour moi , et je vous en suis infi- <c niment redevable. Il ne faut pas que vous vous cc.incommodiez pour m'envoyer les autres parties ce de votre Poésie ; on juge bien du lion par l'on- « gle. Je n'ai pas encore fait voir la pièce que vous ce m^avez envoyée; je là réserve pour quelqu'un <c qui en satura goûter la beauté. Ce n'est pas. le giee bier de peintres médiocres : ce seroit semer aes ce perles devant ](es porcs , que de leur présenter «votre livre pour le Kre.

ce Au demeurant, je suis bien marri de ne vous a pouvoir envoyer réciproquement quelque chose ce du mien, comme vous le désirez; on n'a rien « gravé de mes ouvrages, ce doiit je ne sdis pas e< bèaucoru'p fâché. Regardez cependant si je puis <c vous servir en quelque, autre chose , et cdhi-

36û LETTRES

« mandez à celui qui est de tout son cœur, Mon- «f sieur, votre , etc.

«Poussin. »

Le second ouvrage où Ton trouve une lettre de Poussin, est d'Abraham J5o^^^, graveur assez distingué et auteur non moins fécond, qui fut pendant quelque temps professeur de perspective à r Académie Royale. Après la publication, en i65i, du Traité de Léonard de Vinci, sur la peinture, traduit par M. de Chambray, Bosse, qui était loin de penser que ce Traité dut être dorénai^ant la règle de Vartj comme le dit l'épître dédicatoire adressée à Pbussin, écrivit à celui ci pour savoir la part qu'il avoit prise à l'ouvrage , et le jugement qu'il en portoit. Voici la réponse qu'il reçut de Poussin (i) :

« J'ai eu quelquefois du plaisir , et en même temps « j'ai tiré du profit des divers jugements que l'on a (c faits de moi, ainsi à la hâte, comme ont accou- « tumé de faire nos François , qui en cela se trom- « peut trop souvent. Je vous suis redevable d'en « avoir jugé favorablement. Si vous me régalez « de vos derniers ouvrages, j'en lerai la même esa time que des autres que j'ai de vous, et que je « tiens pour très-chers.

(i) Traité des Pratiques Géométrales et Perspectives , enseignées dans l' Académie Royale de Peinture. Paris, i665, m-8**, page 128. •

DE POUSSIN. 36f

« Pour ce qui concerne le livre de Léonard de « Vinci, il est vrai que. j'ai dessiué les figures hu- « maines qui sont dans celui qui appartient à c< M. le Chevalier del Pozzo ; mais toutes les au- « très, soit géomé traies ou autrement, sont d'un « certain Degli Alberti , celui-là même quia tracé a les plans qui sont au livre de la Rome Souter- « rcUne, Les Goffi^ (mauvais) paysages qrf sont « derrière les figurines humaines de la copie que <* M. de- Gfea1tabrrfy*»à Éiit im'prîmeVt, y ont été ce ajoutés par le Sieur Errard , sans que j'en aie a rien su.

« Toyt ce qu'il y a de bon dans ce livre se « peut écrire sur une feuille de papier , en grosses « lettres; et ceux qui croient que j'approuve tout « ce qui y est, ne me connoissent pas, moi qui « professe de ne donner jamais le lieu de fran- « chise aux choses de ma profession que je co|i- « nois être mal ^faites. . '

a Au demeurant, il n'est pas besoin de vous a rien écrire touchant l^ïs leçons que vous don- « nez à l'Académie; vous êtes trop bien fondé.».

Page 1