‹ Collection de lettres [ed. by A.C. Quatremère de Quincy]Chapitre 11 sur 28 · DEL POZZO · texte numérisé non relu

DEL POZZO

Paris y 18 aviil 1641.

Vos lettres affectueuses viennent souvent me

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari , et traduite.

consoler. J'en ai reçu deux dans un seul jour, du îi5 janvier et du 1 3 mars. L'une et l'autre me prouvent l'attachement de V. S. envers moi et les miens. Ma consolation seroit plus grande si je pouvois autrement que par des protestations vous exprimer mes sentiments. J'ai à la vérité l'occasion de vous montrer, par ma promptitude à vou^ servir, combien je désire le faire dans le petit ouvrage du Baptême de J.-C, que vous m'avez laissé à terminer. Mais ma bonne volonté est îhletTompue par l'importunité des supérieuts, qui ne me laissent pas un moment de libre. TôU* tefois j'espère le terminer cet été. J'achevai de l'ébaucher dès que je fus arrivé , et je commençai celui dé M. Giov. Stefano. Je les ferai partir ensemble, s'il plaît à Dieu, par l'occasion la plus favorable. Il se pourroit que, par le moyen du nouveau Nonce, V. S. me fournît quelque occasion bien sûre pour lui envoyer ces deux ouvrages, et encore quelque autre chose qui pourra vous être agréable, si je peux y réussir.

Commandez-moi, je vous prie, dans tout ce où vous savez que je puis et dois vous servir. Je voils prie avec instance de vouloir bien continuer les soins que vous prenez de ma maison.

A 'M. DE CHANTELOU

De Paris , le 3o ayril 164 1.

Monsieur et patron, mardi dernier, après avoir eu l'honneur de vous accompagner à Meudon et y avoir été joyeusement, à mon retour je trouvai que l'on descendoit en ma cave un muid de vin que vous m'aviez envoyé. Comme c'est votre coutume de faire regorger ma maison de biens et de faveurs , mercredi j'eus une de vos gracieuses lettres, par laquelle je vis que particulièrement vous désiriez savoir ce qu'il me sembloit dudit vin. Je l'ai essayé avec mes amis aimant le piot : nous l'avons tous trouvé très-bon , et je m'assure , quand il sera rassis, qu'on le trouvera excellent. Du reste, nous vous servirons à souhait, car nous en boirons à votre santé, quand nous aurons soif, sans l'éparçner; aussi -bien, je vois que le proverbe est véritable qui dit, que chapon mangé , chapon lui vient. Mêmement hier M. Costa ge m'envoya un pâté de cerf si grande que l'on

voit bien que le pâtissier n'en a rien retenu sinon les cornes. Je vous assure, monsieur, que désormais je ne manquerai pas, à commencer par le dimanche , de me réjouir comme je fis le dimanche passé , afin que la semaine suivante soit ce qu'on dit que toute l'année est au pays de

Cocagne. Je vous suis le plus obligé homme du monde, comme aussi je vous suis le plus dévoué serviteur de tous vos serviteurs.'

AU MÊME

De Pans , le zo mai x64a.

Monsieur , le sieur Adam , étant fort désireux de s'employer au service de S. M. et de Monseigneur de Noyers, m'a prié de vous supplier de vous souvenir de lui et dç son logement devant que vous partiez d'ici , puisque mon dit Seigneur vous en a chargé. Il s'est délibéré de vous aller saluer à Rue), d'autant que hier il ne put avoir l'honneur d'en traiter avçc vous. Il vous dira de bouche plusieurs choses touchant la menuiserie qu'il aura à faire. Je vous supplie trèshumblement de l'entendre , et de donner ordre tel que l'on puisse commencer à continuer ladite menuiserie de la galerie. Ce que nous, en faisons lui et moi , n'est que pour vous faire souvenir de ce que vous souhaitez , ainsi comme nous croyons.

Votre plus humble serviteur,

AU MÊME

De Paris

Monsieur, après avoir mûrement pensé à la proposition que vous me fîtes hier d'aller à Dangu , et de là à Chantilli , j'ai trouvé qu'il étoit impossible d'employer en ce voyage moins de cinq ou six jours, si d'aventure l'on ne vouloit faire de très'longues journées ; auquel travail , outre la saison qui est chaude , j'aurois peur de ne pouvoir pas résister sans mettre ma santé en compromis. Il y a tant de temps que je suis sédentaire, que je craindrois que ce travail immodéré ne m'incommodât beaucoup, le recevant sans m'y être accoutumé premièrement peu à peu. Vous savez bien ce qui m'arriva au venir d'Italie ici, pour avoir témérairement entrepris de vous suivre à cheval, vous qui êtes depuis long-temps endurci à ce genre d*exercice. J'ai aussi diligemment fait le calcul des choses que j'ai à faire en Tespaee de trois semaines, et trouvé que je n'ai pas une seule heure de temps à perdre; bien au contraire , je ne m'assure pas d'avoir en ce temps-là accompli ce qu'il faut que je fasse. Je vous supplie , si c'est une chose qui soit si nécessaire, au moins de me permettre d'aller commodément et à petites journées ; mêmement je peux

VOUS aller trouver , s'il vous plaît y aller devant. Si ce n'eût été la grande hâte que j'ai de finir aujourd'hui les dessins que vous idtes hier commencés , je vous aurois été avertir des choses mêmes qui sont contenues en ces quatre lignes, aux* quelles je vous prie de donner de bouche un mot de réponse. Je suis et serai toute ma vie,

Moni^ieur ,

Votre très-humble et très-affectionné serviteur ,

AU MEME

ne Pârii, le 3o mai 164s.

Monsi^iF , depqis que vous êtes parti de cette ville , j'ai reçu une lettre de M. ^ le Chevalier del Pozzo', dans laquelle il témoigne assez com-* bien vous l'avez obligé, par le présent que vous lui avez £ait des portraits de notre Roi ^rès<-Chré«tien et de Son Eminénce. Il les reçut assez mal conditionnés , d'autant que sa caisse fut ouverte par ceux de la poste, et lesdits portraits remis si négligemment et si mal' roulés, qu'avec grandissime peine on les a, pu restaurer : les toiles s'é*

4o L£TTR£S

toient attachées avec la peinture en telle façon que particulièrement le champ et les cheveux ont été ruinés. La faute aura pu être commise premièrement à Paris, là où la caisse a demeuré' hiut jours; et ensuite ceux de Lyon et de Rome en auront fait de même. J'ai voulu vous le mander , afin qu en envoyant quelque chose à vos amis 9 vous ne vous fiiez pas à des personnes qui ne portent respect au nom de Monseigneiu* De Noyers , non plus que si ladite chose avoit été envoyée par une personne des plus ordinaires.

M. Francesco Angeloni attend la résolution, touchant la dédicace de son Livre , d'autant plus ardemment que Ton sait à la cour de Rome l'occasion qui l'empêche de le publier ^ et que chacun attend ce qu'un si long retard pourra enfanter. Il désireroit fort que l'affaire se conclût au plus tôt, car autrement il lui faudra prendre un nouveau parti pour publier ladite oeuvre. J'ai entendu qu'il prétendroit à environ mille écus, mais je crois que deux cents pistoles accommoderoient toute son affaire. Je vous supplie , Mbûr sieur, d'en écrh^e un mot, afin que ce galant homme soit hors de peine. Je vous supplie aussi de me faire savoir si vous continuez à Étire dessiner le sieur Errad , comme le sieur J. Angelo Comino, qui vous baise les mains. Quant à moi , je travaille continuellement au tableau de Saint-Germain. J'ai ordonné le compartiment de la galerie, et j'en ai donné les profils et mio-

dénatures. Nous ne trouvons > comme sculpteur, que M. Perlan pour modeler ce qui sera nécessaire ; mais on le guidera le mieux que Ton pourra , afin qu il puisse seconder nos intentions. Cependant que l'on fera le second pont , je ferai les cartons de dessus les fenêtres, afin que, incontinent le stuc fini, Ion y dépeigné ce qui est nécessaire. J'ai espérance que l'œuvre se fera tôt 6t à peu de fi[*ais ; je croîs aussi qu'elle ne sera pas ingrate : quand il y en aura une partie d'accomplie , je vous écrirai l'effet qu'elle fera. Bientôt je vous enverrai la pensée du frontispice de la grande Bible. Je vous écrirai désormais toutes mes actions, afin que vous voyiez si je m'applique diligemment à m'employer aux choses que Monseigneur attend de moi. J'ai été aujourd'hui avec M. de (3iambrai et le sieur Le Clerc au noviciat des Jésuites , pour voir ce que Ton pourrait faire pour amender le bas-relief que Ton a fait des armes de Mcmseigneur: J'y apporterai ce qui sera de mon possible , et joindrai mes petites forces avec celles dudit LeClerc , 4|||fil en ^st besoin, afin que Monseigneur reste tervi: nous vous enverrons quelque pensée à ce sujet. Cependant je » vous supplie de me continuer l'honneur dé vos bonnes grâces , afin que je vive content, priant Dieu qu'il vous rende, monsieur, le plus heureux de tous les hommes.

Voti'e plus humble et obligé serviteur ,

AU MÊME

De Paris , ce i x jum 1641.

Monsieur, vous m'avez honoré de trois de vos lettres, dont les deux dernières sont datées dps a et 5 juin. Par la première , j'ai admiré la vertu et grande hardiesse de M. de Gassion. Mais laisouvenatice que vous avez de Tafiaire de M. le Chevalier del Pozzo , oblige tout le monde à croire que vous êtes le gentilhomme h plus porté à faire du bien, et à faire des grâces à ceux qui en méritent. Yéritablement il ne saurpit vou£f arriver un plus beau sujet, pour exercer votre vertu et montrer votre crédit , que celui-ci. Toqt fraîchement j'ai reçuliu Chevalier des lettres pw lesquelles il me prie de vous faire souvenir d^ ^ juste cause, et de vous engager à la favoriseff Vous aurez sans doute entendu ses raisop^., ^% vous|lkvez si Monseigneur les prend en considér^h' tion.^Je crois qu'il lui sembloit chose p^u cOnve? nablè qu'une pareille faveur du Pape, accordée de mouvement propre à un seryiteur effectif du Cardinal son neveu , qui lui e$t attaché dès ip commencement du pontificat , et qui n'a eu juèr qu'à maintenant aucune récompense, sinon bien petite 9 ne reiçùt pas promptement son plein effet ; et qu'il ne trouvoit d'ailleurs aucun empêchement

à la grac^ reçue, le Chevalier étant sujet originaire de Savoie, et ayant eu un frère qui servit p^['sonnellement le Duc de Savoie , mari de Madame , pendant qu'il vécut , en paix et en guerre , et qui y perdit la vie; outre que lui-même a secondé, à Rome, les Ambassadeurs de Savoie de 161 1 . Dès cette époque et depuis , il s'est toujours montré très-dévoué aux Ministres de la France et à notre Nation : jusques là qu'au commencement <j[u pontificat, après avoir été appelé au service dû palais, il se trouva quelqu'un qui demanda qu'il en fut exclus, disant qu'il \étoit trop Français, et qu'il n'étoit pas convenable de mettre auprès^ d'un neveu dé Pape une personne qui fut tant affectionnée à notre Natioti et bien vue des Ministres d'icelle ; d'où il manqua peu qu'il ne reçût (quelque affront. Il semble que ce itoit une chose bien dure et peu convenable , qu'pne grape ainsi bien qualifiée ne puisse subsister, mais doive cédei; à un abbé, lequel, outre qu'il est assez pourvu par les grâces qu'il a reçues tn Piémont , peut encore en recevoir de Sa Majesté tin si grand nombre d'autres, par le iDoyen de Son Éminence, puisqu'il est en un pays où les vacances sont opulentes et infinies. Mais si l'on ôte au Chevalier del Pozzo ce qui si justement lui revient, quand et où peut-il espérer une semblable récompense, étant les occasions rares en Piémont , surtout celles qui joignent l'utilité avec un titre honorable , comme est

l'abbaye de Cavore; et la durée du pontificat, qui surpasse déjà ce que de plusieurs centaines d'années on a vu de plus long , lui ôtant l'espérance d'un tel bien à venir ? Si d'ailleurs il insiste sur son droit actuel , il est obligé d'ainsi faire ; parce que s'il méprise une grâce à lui faite, si pleine d'affection et de bonne volonté du Pape, lequel, après l'avoir honoré, joint des paroles telles qu'il en demeure obligé plus que par le don de l'abbaye , Sa Sainteté même pourroit avoir un juste prétexte de ne penser jamais plus à lui faire aucune grâce. Je vous assure. Monsieur, que si le Chevalier del Pozzo , votre très - affectionné, estime ladite abbaye, il estime d'autant plus sa réputation , laquelle est en cela tellement engagée , qu'il ne peut en sortir honorablement que par le succès. Employez - vous donc , Monsieur , pour l'amour d'un si honnête homme, pçur une si juste cause, et pour la protection d'un Chevalier qui, toute sa vie, a été si dévoué serviteur de Sa Majesté et de notre Nation. C'est bien une vérité , que le plus grand obstacle qui l'empêche d'être mis en jouissance de la provision de ladite abbaye , vient des i^ecommandations faites d'ici contre lui.

S'il plaît à Monseigneur de lui donner quelque aide, il conviendra de faire que le Ministre que l'on chargera d'écrire à Turin, pour, le service dudit Chevalier et pour la recommandation de ses intérêts, en fausse prévenir M. Francesco-

Maria Borgerello , duquel on aura toujours connaissance par le moyen des Pères Jésuites dudit lieu, et qui, selon le besoin, aura soin de tout ce qui sera nécessaire.

Par la vôtre du 5 juin, vous me faites savoir ce que Monseigneur a délibéré de faire pour Angeloni; je lui écrirai promptement. Je vous remercie très -affectueusement des faveurs que journellement vous me faites , et de ce qu'il vous plaît me mettre en bonne opinion chez Sbn Éminence : de mon côté, je tâcherai. Monsieur, de seconder vos efforts. Je vous supplie aussi de me continuer dans les bonnes grâces de M. De Noyers, afin que les obligations que je vous dois n'en aient pas de pareilles.

Il est arrivé en cette ville un jeune peintre, que vous avez désiré voir à Rome : c'est celui qui a peint une chapelle dans l'église del Popolo, là où sont peints ces ornements divins en grisailles, dont la manière vous a plu assez.

Il travaille fort bien à comme

vous en avez vu la preuve ; il m'est venu voir , et s'est offert de servir en ce qu'il sera bon. S'il vous plaît , nous l'arrêterons pour travailler aux ornements de la galerie ; il compose , il est inventif et colore convenablement bien ; c'est bien nôtre cas. On dit que M. Herman est par le chemin.

Je suis votre obligé serviteur,

P. S. Mon beau-frère vous fait très-humblë révérence , et toute la brigade.

AU MÊME

De Paris, ce i6 jain 1641.

•Monsieur, par la vôtre du 5 juin, vous me faites savoir que Monseigneur étoit demeuré d'ao cord de donner deux cents pistoles, à Paris , pour Angeloni, à quelqu'un qui eût la charge de les recevoir, et que si je voulois mander à qui il les faUdroit délivrer , cela se feroit incontinent. J'ai parlé à M. Passard , Auditeur des comptes , et l'ai prié de m'aider en la conduite de la présente affaire* Nous avons eu recours à M. Lumagne pour la remise desdifees pistoles ; il dit qu'il les fera tenir à Rome , à huit du cent , pour l'amour dudit Pa&* sard. Vous en ordonnerez maintenant comme il vous plaira ; mais il seroit nécessaire de savoir si le Livre se dédie au Roi ou à Monseigneur le Cardinal de Richelieu , parce que la lettre dé-^ dicatoire pour le Roi est assez belle , mais l'autre se pourroit amender, et il conviendroit que ledit Angeloni s'efforçât d'en composer une d'un style , plus relevé.

Il seroit nécessaire d'écrire à M. le Chancelier, afin qu'il mît son sceau au privilège du Livre.

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Il faudroit savoir combien d'exemplaires on veut, et si on les yeut reliés ou non. On ne relie pas bien k Rome.

Le jeune homme flamand, dont trop tôt je vous avois fait fête , a été , j'en suis sur , déconseillé par quelque homme de bien de s'arrêter ici; il s'est donc délibéré de partir, pour s'en aller dans son pays : nous aurons patience.

M. Errad , voyant que vous aviez écrit à M. lean Ange et fait les offres que vous lui avez £3iites, et n'ayant pas; comme je crois, ni reçu les vôtres , ni encore rien su de l'ordre que lui aviez expédié , craignoit que vous ne fussiez pas assez satisfait des dessins qu'il vous avoit envoyés; c'est pourquoi il désiroit en savoir quelque chose. Si vous aviez ces petits travaux agréables, il s'estimeroit être bien fortuné, tâcheroit de plus en plus de vous satisfaire, et auroit l'esprit en repos. Depuis, j'ai reçu une lettre.de lui, datée du 8 mai, là où il confesse a»ez les grandes obligations qu'il vous doit , et la bonne volonté qu'il a de vous servir. Il ne faut pas que j'oublie de vous remercier très-humblement de ce qu'il vous a plu que l'on me donnât quinze cents. francs, pour ce que je ferai durant mai, juin et juillet, à la grande galerie.

Vous me demandez mon avis touchant l'emploi du sieur Jean Ange 3 il me semble , puisqu'il ne peut dessiner pour vous qu'à son loisir et com-

modité, qu'il suffira bien de lui payer ses dessins comme vous avez fait étant à Rome.

M. Le Clerc et moi nous vous enverrons chacun une esquisse des armes que Monseigneur veut faire sculpter sur la voûte de l'église du noviciat des Pères Jésuites. Vous consulterez sur iceuX) et vous nous manderez lequel vous plaira le plus : si par hasard Monseigneur y trouvoit quelque difficulté, on tournera à la manière ordinaire, gothique et barbare, en les travaillant seulement mieux que celles qui déjà y étoieiit faites; on n'attend autre que votre avis, le bossage est prêt Je Vous enverrai la pensée du frontispice de la grande Bible, à la première occasion.

Si Monseigneur trouvoit bon d'élire quelque sujet pour le tableau du Noviciat, là où l'on dût avoir occasion de montrer quelque bon trait de peinture , j'en serois bien aise. Voilà , Monsieur , tout ce que j'ai à vous faire savoir pour maintenant : je vous souhaite toutes sortes de contentements, et cependant je demeure le plus humble de vos serviteurs.

AU MEME

De Paris, 164 1.

Monsieur 9 je suis extrêmement joyeux de ce que Monseigneur a choisi pour le tableau de Saint- Germain le sujet de la Sainte-Eucharistie, en la manière que vous me l'écrivez, d'autant qu'il y aura champ pour faire quelque chose de bien; je ne penserai désormais qu'à trouver quelque belle distribution qui convienne audit sujet.

Vous me mandez que je voie le dessin que le Sieur Dominique a fait pour la voûte de l'escalier de Son Éminence; je ne l'ai point trouvé dans le pajquet que vous m'avez envoyé. J'ai reçu la lettre de faveur pour les habitants de Villères ; vous me permettrez bien de vous en remercier de tout mon cœur. M. de La Planche , Trésorier des bâtiments du Roi, m'a apporté les mesures des tapisseries que Monseigneur a dessein de faire faire : j'aurai l'honneur d'en conférer avec vous à votre retour à Paris. Je suis et serai toute ma vie le plus humble de vos serviteurs,

5o LETTRES

AU MÊME

De Paris « ce ag jnia.1641.

Monsieur , j'ai écrit à M. le Chevalier del Pozzo du soin que vous prenez de ses intérêts, et comme mêmement vous êtes résolu de l'honorer de vos lettre!^. J'aurois derechef , par cet ordinaire, écrit au sieur Angeloni de l'état où est son affaire ; mais d'autant que nous n'avons pu l'accomplir, je ne lui écrirai pas pour le pré; sent. Puisque le dessin des armes de Monseigneur lui a plu, j'en fais un peu de modénature pour donner au sieur Le Clerc, afin que l'exécution s'ensuive plus facilement et ait meilleure grâce. Ignorant la mesure du tableau du Noviciat des Pères Jésuites, je n'ai pas même fait*choix du sujet dudit tableau; mais je m'y appliquerai incontinent, d'autant qu'aujourd'hui je finis de mettre ensemble le tableau de la Cène, et pendant qu'il se séchera, je travaillerai aux cartons de la grande Galerie, qui va fort bien dieu merci. J'ai fait des modèles de cire que j'ai baillés à M. Parlan , afin de faire modeler les piédestaux dudit ornement de la Galerie. On y pourra commencer à dépeindre et dorer incontinent , et je crois infailliblement qu elle se fera bientôt ; les stucateurs même se vantent , avec l'aide de trois ou quatre autres, de la ren-

DE POUSSIN. 5l

dre* faite d^un bout à l'autre en cinq ou six ans au plus. Je me dois trouver ce soir, à six heures, chez M. Mauroy, pour consulter ce qu'il faudra faire pour l'accompagnement de la cheminée de la chambre de Monseigneur avec le plancher. Nous avons aussi reçu de M. Dje Mauroy de^x cents pistoles , et nous avons parlé à M^ Berfemer, qui dit qu'on les peut faire te-* nir à Koîaaie en mêmes espèces; nous n'avons voulu faire autre chose que de vous en avertir, afin que vous preniez la peine d'en écrire à M. Dulieu, s'il en est besoin. Nous attendrons cependant votre ordre, et ferons du reste ce que vous nous commanderez. J'ai vu une lettre ès-mains de M. I^maire , par laquelle je connois assez le soin que vous avez de moi; je ne peux attendre autre chose de vous. Monsieur, que du bien et de la consolation , puisqu'il vous plaît de m'aimer. J'oubliois de vous dire que l'on dit que le aieùr Herman est arrivé à Fontainebleau.

M. Meslon travaille au frontispice du Virgile, et si j'eusse pu vous envoyer l'esquisse de la pensée que j'ai trouvée pour le livre de la Bible, comme je vous avois promis , j'en eusse été content ; mais ce sera pour la première commodité. Il me semble n'oublier rien de ce dont il faut que je vous rende compte , sinon que vous aurez toujours en moi un très-dévoué , trèsTobligé et

humble serviteur.

5a Lettres

AU MÊME

De ^aris , le a jaillet 1641.

Monsieur, hier je reçus la vôtre du 3o juin, et ce matin le sieur Baron et moi avons été chez M. Dulieu , auquel mêmeraent j'ai donné la lettre que vous lui aviez écrite, touchant l'aiOFaire du sieur François Angeloni. M. Dulieu a reçu les deux cents pistoles, et a dû les faire tenir le plus sûrement qu'il lui sera pos^ble, ne pouvant toutefois répondre dudit argent, si par malheur celui qui en est porteur venoit à être détroussé ; mais il espère bonne issue , d'autant que telles disgrâces arrivent fort rarement ; mémement les courriers de Lyon , n'étant point arrêtés à Gènes comme par le passé , pour le soupçon de la contagion , pourront s'en charger jusqu'à Rome. On n'a tiré aucun reçu dudit sieur Dulieu , d'autant que vous ne nous l'avez pas ordonné.

J'ai aujourd'hui dessiné deux Termes pour la grande Galerie : vous pouvez assurer à Monseigneur que la peinture d'icelle se fera bien plus tôt que le stuc.

J'emploie quelques faem*es du soir à lire les vies de saint Ignace et de ^aint Xavier, pour y trouver quelques sujets pour le tableau du Noviciat; mais je crois qu'il faudra s'arrêter à celui qui nous fut donné par Monseigneur il y a déjà

long-temps. J'ai eu la mesure dudit tableau , mais on ne le p^ut faire entrer dans ma salle , d'autant que le châssis a quatorze pieds et demi de haur leur; je ne laisserai pas cependant d'en faire la peqsée , et de m'occuper entièrement de tout ce qui concerne le contentement de Monseignçjur et le vôtre, vous suppliant, Monsieur , de me continuer votre bonne affection, et de m'bonorer du nom de yotre très-humble et trèsroMigé serviteur,

JP. 5. récrirai vendredi au sieur ^Angéloni.

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

Paris, le a 5 juillet 1641.

J'écrirois plus souvent à V. S. si je n'ayois la crainte de vous causer de l'ennui, surtout lorsque je n'ai aucune occasion d'employer mes foibles moyens à votre service. Quels qu'ils puissent être , je n'y négligerai rien, continuant de faire comme par le passé, en engageant M. de Chantelou et même M. De Noyers à e^lbr^^sS(er vos intérêts. Je vous ai fait savoir tout de suite ce que j'ai pu découvrir, et j'en ferois de nouveau souvenir M. de ' Chantelou, s'il ne m'avoit marqué, dans sa der-

(i) Cette lettre est tirée du recueil de Bottari, et traduite.

nière lettre, que la diose étoit inutile, et c|u'il âlloit lui-même votis envoyer quelque Iwmne nouvelle. Je ïie sais s'il aura e^iécuté sa promesse, paroe qu'il y a depuis ce temps de grandes affki* 9es« Maintenant que les choses sont en nleillèur lélat, je lui en écrirai, et je saurai le tout.

8i je suis resté jusqu'à présent sans avoir ter* tnitté les objets qui vous concernent et que j'ai apportés avec^oi, je vous en demande pardon.

Je suis fermement résolu d'y employer tout le mois d'août prochain et de ne point faire autre chose. Soyez assuré que si mes forces sont petites, du moins mon attachement à votre personne est très-grand , n'ayant d'autre désir en ce monde que de pouvoir être compté parmi vos plus obligés serviteurs.

Contiimez^moi , je vous prie, vos bonnes grâces, afin que je puisse vivre content. Je vous salue très-humblement et vous baise les mains.

A M. DE CHANTELOU

De Paris , ùe 3 août 1641.

Monsiieur, si je n'eusse bien su les grandes affaires qui, depuis quelque temps, vous, ont toujours occupé, je n'eusse pas tardé jusqu'au-

jourd'hui à vous écrire. Maintenant que peutêtre vous aurez le loisir de lire la présente, je vous assure de ma meilleure disposition , grâce à Dieu, et du bon état où sont nos ouvrages^

La grande galerie s'avance fort, et néanmoins il y a f(^ peu d'ouvriers ; j'ai espérance qu'à votre retour vous vous étonnerez de ce que l'on aura ùàt. Je me suis occupé sans cesse à travailler slux cartpns, lesquels je me suis obligé de varier sur chaque fenêtre et sur chaque trumeati, m'étant résolu d'y représenter une suite de la vie d'Her* cule; matière certes capable d'occuper un bon dessinateur tout entier , d'autant que lesdits cartons veulent être faits en grand et en petit, pour plus de commodité des ouvriers, et afin que l'œuvre en devienne meilleure. Il -faut mémementque j'invente tous les jours quelque chose de nouveau pour diversifier le relief de sluc, autrement il faiic^roit que les hommes demeurassent sans rien faire; mais vous savez combien le beau temps en Cp pays ici doit être tenu cher. Toutes ces choses ont été la cause qu'encore je n'ai pu finir je tableau de Saint-Germain , auquel il faut grandement retoucher, pour les effets extraordinaires que l'humidité de l'hiver passé y a produits. Mais d'après l'ordre que de nouveau Monseigneur m'a donné de faire le tableau du Noviciat des Jésuites pour la fin de novembre, je me suis quand et quand résolu d'y mettre la main ei de le faire pour ce temps-là, si. mes débiles forces me le permet-

tent : pendant que la toile se p^épa^e^^^ , je pourrai retoucher la susdite Cène , au lieu d'aller prendre des divertissements à Dangu ou en d'auta^es lieux , ainsi que Monseigneur de sa courtoisie m'en a invité. Monsieur , je vous assure , pourvu que j'y puisse résister, que je n'ai point d'autre plaisir que de le servir; là sont mes promenades, mes jeux, mes ébattements et ma délectation; je me contenterai, pour un jour ou deux, de faire un tour aux environs de Paris, en quelques lieux, pour seulement respirer un peu. J'envoie à Monseigneur l'esquisse du frontispice de la Bible, mais sans corrections, car devant que dé la termiiiier j'ai désiré que vous l'ayez vue , afin que si, dans la pensée et disposition totale ou particulière des figures , il était besoin d'y altérer quelque chose , vous m'en donnassiez votre avis. La figure ailée représente l'Histoire; elle écrit de la main gauche , afin que la planche la remette à droite : l'autre figure voilée représente la Prophétie ; sur le livre qu'elle tient sera écrit Biblia Regia : le sphinx qui est dessus ne représente autre que l'obscurité des choses énigmatiques : la figure qui est au milieu représente le Père-Éternel , auteur et moteur de toutes les choses bonnes : au surplus l'entière explication vous en sera faite par M. Dufi'éne. Si vous avez le loisir de vous ressouvenir de votre bon ami, M. le Chevalier del Pozzo, je le pourrois assurer de la continuation de votre bonne amitié ; enfin , monsieur ,

regardez en quoi je pourrois fidèlement vous servir, et croyez que je suis totalement,

Votre très-humble serviteur,

P. S. Mon frère et toute la compagnie vous baisent très-affectueusement les mains. Vous me renverrez soigneusement le dessin que je voujs çnvoie , d'autant qu'il me servira à finir celui qui doit être gravé. Je baise très-affectueusement les mains de toute la maison de Monseigneiur.

AU MEME

De Paris, ce 19 août 164 x.

Monsieur, M. de Mauroy désirant que Monseigneur à son retour puisse commodément et avec plaisir habiter sa maison, non - seulement Eût diligenter les dorures des cheminées , et achever les ornements des salles et chambres, mais aussi désireroit faire de même au cabinet; c'est pourquoi je vous envoie ces deux feuilles de papier, sur la plus petite desquelles sont dessinés la distribution et les compartiments qu'y a faits l'architecte que Dieu bénisse. Mais, pour ce que je ne peux savoir quelle intention il a eue, je me trouve embarrassé lorsque je veux décorer ce cabinet de quelque chose convenable à la personne pour laquelle il a été fabriqué ; car , à en dire la

vérité , il seroit fort propre pour en faire la boutique d'un petit mercier. Tant y a que je vous envoie la pensée telle que vous la voyez. L^espace A du petit dessin vous montre la forme de la menuiserie telle qu'elle est réellement ; depuis A jusqu'à B du grand dessin, j'ai figuré ce que l'on y peut faire pour la rendre plus riche. L'ornement C, qui décore la plate-baiide, est relevé hors œuvre, comme l'indique le petit dessin X. Pour les espaces marqués D, Monseigneur délibérera, s'il lui plaît , ce qui lui agréera davantage, parce que leur forme ronde les rend propres à recevoir des Prophètes , Sibylles , Apôtres , Empereurs, Rois, Docteurs et Hommes illustres, memement des devises et sentences. Les autres espaces voisins peuvent être couverts de camaïeux^ représentant soit des vases à l'antique, ou nus ou remplis de fleurs, soit quelques petites figures faites à plaisir, soit enfin quelques personnages signalés. Dans les espaces F, on peut faire ce que l'on voudra, le lieu étant ua peu plus libre que le reste.

Je voudrois aussi savoir ce que Monseigneur désire au plafond ; le sieur Dominique s'offre de le peindre. Il m'a semblé que la corniche manquant à la menuiserie, il seroit assez à propos d'y en feindre une, avec quelque autre chose qui diminuât le champ du plafond ; d'autant que ^i l'on veut peindre au milieu quelque chose qui paroisse s'enfoncer, l'espace de soi-même est

trop grand pour le peu de distance qu'il y a pour le voir. J'ai aussi pensé que ledit ornement devoit correspondre au moins pour les couleurs avec la salle, qui se compose de blanc, d'or et de turquin. Si vous avez le temps commode pour nous donner réponse, nous chercherons incontinent quelqu'un qui puisse exécuter le tout aussi-bien qu'il sera possible. Le baron Fouquières est venu ine trouver avec sa grandeur accoutumée; il trouve! fort étrange que l'on ait mis la main à rornement de la grande galerie sans lui en avoir communiqué aucune chose. Il dit avoir un ordre da R<H confirmé par .Monseigneur de Noyers , touchant ladite direction , et prétend que les paysages sont l'ornement principal dudit lieu , étant le reste seulement des accessoires. J'ai bien voulu vous écrire ceci pour vous faire rire.

Le tableau de Saint-Germain n'est encore dû tout fini, n'ayant pu en avoir le temps; tout lé reste va bien. Dieu merci. Je prie Dieu, Monsieur, qu'il vous rende très-heureux. Je me recommande à vos grâces et vous baise les mains, comme je suis,

M!onsieur , Votre très-humble serviteur,

P. 4$. Toute notre compagnie vous fait révérence.

6o LETTRES

AU MEME

De Paris, le a3 âoÂt 1641.

Monsieur, j'ai reçu la yôtre du i^i août avec les dessins de l'ornement du cabinet de Monseigneur. Sitôt que j'aurai fini de vous écrire la présente, je me rendrai au logis, pour prendre les mesures justement, et oj^donner ce qui sera du reste, puisque vous vous en remettez à moi. Je vous remercie avec toute affection du désir que vous avez de mon bien et satisfaction touchant le payement de mes travaux; et puisqu'il plaît à Monseigneur de savoir ce que je désire pour le tableau de la chapelle de Saint- Germain , je vous supplie , après que je vous l'aurai dit, d'en retrancher ce qui semblera de trop : si l'on ne m'en veut donner huit cents écus, je me contenterai de six ou de cinq, car je serai toujours satisfait. Pour celui de Sou Éminence, cent pistoles le payeront bien, mais je ne le peux pas finir aussitôt que je le voudrois; toutefois je ferai mon possible , et tâcherai qu'il soit en son lieu et place pour le retour de Monseigneur le Cardinal. Je communiquerai aussi à M. de Chambrai les choses susdites, afin que Monseigneur en ait encore connoissance de sa part. Vous assurerez aussi Monseigneur qu^avec

DE iPOUSSlN. 6!

l'aide de Dieu le tableau du Noviciat sera fait pour le temps que Ton me donne : et avec tout cela les autres œuvres qui demandent ma conduite ne laissent pas de s'avancer, étant toujours bien résolu de travailler pour la satisfaction de Monseigneur, à qui je &is de très-profondes révérences^ tandis qu*â vous, Monsieiu*^ je demeure perpétuellement obligé.

Votre très-humble serviteur,

. P. S. M. le. Chevalier del Pozzo vous baise les mains; M. Auvry vous salue dévotieusement et toute notre compagnie.

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

Paris, 6 septembre 1641.

Je sais bien que Y. S. a fait jusqu'ici quelque estime de ma sincérité^ et peut-être est-ce %elle que je dois la bienveillance que vous m'avez toujours portée. C'est pourquoi je veux continuer de procéder de même , ne voulant point rechercher les choses que la nature m'a refusées, et au moyen desquelles d'autres peuvent acquérir les bonnes grâces et l'amitié des personnes de votre mérite. Je viens donc, dans cette lettre, vous

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

présenter mes humbles salutations, et tous renouveler les sentiments dont j'ai toujours fait profession à votre égard. Je vous rends compte de mes actions, de mes emplois et de tout ce que je fais»; mais je crains qu'après vous avoir parlé des dessins, des tableaux et des projets de, toute sprte dont je m'occupe, vous tie me reprochiez d'avoir été jusqu'à ce moment sans vous témoigner, par la moindre chose, mon affection et le désir que j'ai et que j'aurai toujours de vous servir.

Ce n'est pas que ma bonne volonté se soit le moins du monde refroidie; au contraire: mais comme j'ai toujours eu beaucoup de confiance dans votre sage discrétion, je me suis un peii tranquillisé l'esprit, en supposant que vous jugeriez bien qu'à mon arrivée ici on m'avoit préparé beaucoup de travaux : et de fait, bien que résolu d'employer tout le mois 'd'août passé à travailler pour vous , et particulièrement à votre Baptême du Christ dans le Jourdain, il ne ni'a pas été possible d'y donner un coup de pinceau.

Je suis encore obligé, outre mes autres travaiix, de terminer pour le niois de novembre prochain un grand tableau de seize pieds de haut, dont M. De Noyers fait présent au noviciat des Jésui* tes, ouvrage riche en figures plus grafides que nature. Il est vrai que, ceci terminé, je pourrai un peu respirer et prendre quelques moments pour vous servir. Les nuits vont devenir longues. J'espère alors faire au moins quelques dessins des

sujets que je peindrai et dont je vous ferai part; autrement je croirois n'avoir rien fait.

Je vous prie donc d'user à mon égard de votre indulgence ordinaire et de me rassurer l'esprit. Je vous assure que M. De Noyers vous estime et vous honore infiniment. Ce que je vous dis, je le sais de bonne part. Je prie Dieu qu'il vous comble de bonheur, et qu'il me fasse la grâce de vous revoir chez vous.

MM. de Chantelou et de Chambray vous présentent leurs plus humbles salutations.

AU MÊME(i).

Paris, ao septembre 1641.

Je prie V. S. de croire que chaque fois que je mets la main à la plume pour vous écrire, je soupire en rougissant de me trouver ici sans pouvoir vous servir. A la vérité, le joug que je me suis imposé m'empêche de vous prouver mon afifection comme je le devrois. Mais j'espère le secouer bientôt , pour être libre de me dévouer à votre service. Je travaille sans relâche tantôt à une chose et tantôt à une autre. Je supporterois volontiers ces fatigues , si ce n'est qu'il faut que xles ouvrages, qui demanderoient beaucoup de

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

temps, soient expédiés tout d'un trait. Je vous jure que si je demeurois long-temps dans ce pays, il faudroit que je devinsse un véritable Strapazzone y comme ceux qui y sont. Les études et les bonnes observations sur Tàntiquité et autres objets li'y sont connues d'aucune manière^ et qui a de l'inclination à l'étude et à bien faire doit certainement s'en éloigner,

J*ai fait commencer d'après mes dessins les stucs et les peintures de la grande galerie (du Louvre), mais avec peu de satisfaction (quoique cela

plaise à ces ), parce que je ne trouve

personne pour seconder un peu mes intentions, quoique je fasse les dessins et en grand et en petit. Un jour, si Dieu me prête vie, je vous enverrai l'ensemble de l'ouvrage , espérant le mettre au net dans les soirées d'hiver.

Tai placé en son lieu le tableau de la Cène de J. C. , c'est-à-dire à la chapelle de Saint-Germain (en Laye); il a très-bien réussi. Je travaille à celui du Noviciat des Jésuites. C'est un grand ouvrage: il contient quatorze figures plus grandes que nature; c'est celui qu'on veut que je finisse en deux mois. Je suis donc forcé de remettre la besogne de votre Baptême à la première commodité que j'aurai. J'espère en votre complaisance et bonté pour moi, bien sûr que vous m'excuserez. MM. de Chantelou et de Chambray vous saluent de tout leur cœur.

Nicolas POUSSIN.

DE poussiir. 65

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A M. DE CHANTELOU

De Paris , le aS septembre 1641*

Monsieur, j^ai reçu celle du ï2i septembre dont vous avez bien voulu m'honorer; je n'y ai trouvé autre que de nouvelles Ratifications dont je vous suis extrêmement obligé. J'ai pensé qu'il ne seroit point mal à propos de remercier Monseigneur de sa libéralité envers moi, par ce peu de lettre ci-inclus dans la vôtre ; mais s'jil vous semble que cela ait peu de grâce d'avoir tant attendu, je vous supplie de suppléer à ma faute et de faire mon excuse.

Je me suis, depuis deux ou trois jours, trouvé fort mal d'une cuisse; mais pour cela je ne laisse pas de travailler pour le Noviciat et pour la galerie; le mal, grâce à Dieu, se commence à passer. Je vous, remercie très - humblement des bonnes nouvelles que vous m'avez mandées ; j'en suis extrêmement réjoui, et prie Dieu que bien souvent nous en ayons de semblables , et qu'il vous

donne , Monsieur , toute sorte de contentements.

Votre très-humble serviteur,

1)6 LETTBKS

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

Paris y 4 octobre 1641.

J'ai reçu votre obligeante lettre du 3i ^ût, «ïj. iQ^me temps que celle de M. votrç frère. J!e 4ois à l'un et à l'autre une infinité de rëmercixnents pour les marques continuelles que je reçois de leur attachement. La reconnoissance que j'en ai est- sans bornes , et je m'étendrois plus longuement en remerciments , mais il ni'arrive une lettre de la part de M. de Cbantelou, avec deux copies de Haphaël qu'il me charge de vous envoyer en hâte, le courrier étant prêt à partir.

On m'a apporté ce matin ces deux copies, l'une de U belle Vierge de Raphaël qui est à Fontainebleau, l'autre de celle qui çst dans le cabinet du Bx>i. Ces deux copies sont boniies; mai§ vne chose m4 fait beaucoup de p^ine : en les déroulant , j'ai trouvé que celle de Fontainebleau a été gâtée par la négligence de que^ue ignorant. J'étais sur le point de ne pas vous Teuvoyer; mais j'ai vu que le mal pouvoit facilement se réparer. ' Je ne veux point le faire savoir à M. de Chantelou, eela lui feroit trop de peine.

(i) Cette lettre est tirée du Recueil do Bottari, et traduite.

Que V. s. agrée donc ce présent comme il est, l'intention de celui qui l'offre étant excellente. Je crois que cette fois il aura pris de meilleures mesures qu'il ne le fit pour les portraits du Roi et du Cardinal.

Je me sens quitte d'un grand déplaisir en apprenant que vous voulez bien prendre patience et attendre, avec votre obligeance! ordinaire^ Tachèvement de votre Baptême.

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AU MÊME (1)

Paris , le 91 novembre 164 1.

Vos obligeantes lettres m*ont si bien informé des choses que j'ai à faire, que j'espère ne dire ni ne faire chose qui ne vous soit agréable, autant du moins que je le pourrai , laissant en arrière beaucoup d'autres choses. Je vous dirai seulement que j'ai joui jusqu'à présent d'une bonne santé , et que j*ai été très-bien traité, honoré et técompensé. Mes ouvrages ont été extrêmement accueillis. Le Roi et la Reine ont loué le tableau de la Cène que j'ai fait pour leur chapelle, jus-

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

qu'à dire que la vue leur en étoit aussi agréable que celle de leurs enfants. Le Cardinal de Bichelieu a été satisfait des ouvrages que je lui ai faits; il m'en a fait des compliments, et m'a remercié en présence de Monseigneur Mazarin.

Je peins à présent un grand tableau pour le maitre-autel du noviciat des Jésuites; mais je le fais trop à la hâte : sans cela sa composition pourroit le faire réussir. Il sera fini pour Noël. Nous travaillons assez lentement à la grande galerie, jusqu'à ce que M. De Noyers ait pris la résolution de faire entreprendre le tout à la fois et de suite. J'enverrai à V. S. quelques dessins de toutes ces choses, comme je vous l'ai promis; je les ferai cet hiveii*, car pendant la belle saison cela ne m'auroit pas été possible. Mais actuellement le temps ne me permettant pas de faire autre chose que dessiner ou peindre en petit, ce me sera le moment favorable de travailler pour vous ; du moins , je l'espère ainsi. M. De Noyers me dit l'autre jour qu'il avoit écrit à Madame de Savoye pour en obtenir les originaux de Pirro Ligorio (i), et qu'il s'attendoit à les recevoir au plus tôt. Il y en a, à ce qu'il dit, quinze volumes, avec un autre traité fort rare de V Origine des armes et du blason. Je vous fais part de ces détails afin que vous me donniez vos ordres , et que si j'y

(i) Celaient des dessins et des descriptions d'antiquités.

D£ pousslir. 69

trouve quelque chose qui soit de votre goût , je puisse, avec Tagrément de M. De Noyers, en tirer quelque copie pour vous.

. Du reste, si dans ce pays je peux , en quoi que ce soit, vous être bon à quelque chose, je vous prie d'user librement de moi, et de mettre à même de vous servir celui qui sera éternellement votre obligé.

AU MÊME (i).

Paris ,17 janvier 1642^*

On m'a apporté, il y a quelques jours, une lettre de V. S. qui m'a été remise par un ami de M. Bovart, Secrétaire du Marquis de Fontaine- Mareil, ambassadeur à Rome, et le 6 janvier j'ai reçu , par un facteur de la poste de Lyon , uu paquet, dans lequel étoient te frontispice et le titre dii livre des Hesperidesy du P. Ferrari, et quatre feuilles d^ miniature , représentant un citron icoupé de différentes manières, avec l'explicatToh de la formation de ce fruit.

Après avoir baisé la lettre de V, S. et l'avoir ouverte, je ta lus avec l'attention qu'elle mérite,

(i) Cette lettre est tirée du recueil de Bdttari, et traduite;

70 Lettres

et lorsque j'eus vu ce qu'elle conteuoit, je me regardai comme très-heureux de ce que tous tou** liez bien me donner quelquefois roccasioo^ ai* non de voua servir;, du moins d'employer j^ur vous mes^ foibleft moyens»

Mais avant d'entrer plus avant dans Fâfi&ure dont vous m'écrivez 9 je vousi, dirai que dernière^ ment en faisant vos compliments à M. de .Chan<» telou , je lui donnai votre lettre qu'il reçut avec beaucoup de plaisir; et l'occasion se présentant de pârlei* dé volfe abbaye, il me dit qu'il étôit vrai que M. De Noyers avoit essayé de parler plusieurs fois au Cardinal de Cette affaire , mais qu'il n'avait pu rien obtenir de décisif, à cause des lettres écrites d^ici par le Roi et par ledit Cardinal en faveur de Mondîno, lesquelles ne permettpiént p^s qu'on révoquât la pt*emière demapde; qu'il n^y ayoït pas d'autre moyen de faire obteqir.à Vv S, ce qu'elle désiroit, que de donner e^u. dlit iViondino le premier bénéfice vajçai^t, et que celuici , en conséquence , vous cédât sies prétefitipns. il ajouta que le Cardinal Barl^erino en avo|t ^çrit au Cardinal Mazarin. -

Ayant appris tout cela^|€r. priai, instammejdt M. de Chantéfp^ de vous écrire. Il mé proibit ije le faire , et je crois qiue ^ lettre vous arrivera avant la mienne. Je reviens donc à dire qjL|)a'{>rès avoir traité secrètement l'affaire du P. Ferrari avec le même M. de Chantelou , et lui avoir tout expliqué, je le priai d'aviser à quelque moyen

DE POUSSIIC. fl

d^en Élire obligeamment part à M. De Noyers , satid que quelqu'atitre le sût. Gék eut lieu \e la àe ise ikiois, et le i5 M. de Ghantd€lu liie dit que les dispositions étoieut favorables: Je lui remis donc tout ce que vous m'aviez envoyé, excepté la Jétire de Vi 9. que f ai fait cc^ier afan^ signature, afin qu'on soit pleineuifênt inforiiïé de tout. Sitôt que j'aurai quelque nouvelle de cette affaire, je ne manquerai pas d^ vous en écrire ; mais Dieu veuille que les grandes affaires qalls ont à présent (car le Roi part le a5 de ce mois pour la Catalogne) ne les empêchent point de jeter les yeu^c sur les choses même les pluà curieuses. J'ai Élit tout ce que j'ai pu, depuis je ne sais combien de mois , pour faire expédier le privilège du livre d'Angeloni ; mais tous mes soins ont été infructueux. Toutefois je crois pouvoir assurer que cela sera pour le premier courrier. Ce que je vous en dis est pour que vous sachiez combien il est difficile de^faire expédier la moindre affaire. M. de Chantelou a mis dans la tête de M. De Noyers de vous prier de permettre que vos sept sacrements soient copiés par un peintre que je dois, dit-il, désigner. Ceftaineriienf ce n-est pas indi qui aï donné cette idée. V. S. ferk ce (jin lui plaira; mais pour moi je sais bien que je rie sau* rois avoir du plaisir à refaire ce que j'ai déjà fait une fois. Les travaux qu'on nie donne ne sont pas d'une telle importance , que je ne puisse les laisser pour tne mettre à faire de nouveaux des-

•ja LETTRES

sins pour des tapisseries , si toutefois on pouYoit s'élever à quelques nobles pensées. A dire vrai, il n'y a rien ici qui mérite qu'on y ait confiance. le crains de vous enniiyer de mon bavardage.

Continuez-moi , je vous prie , vos bonnes grâces y et croyez que tant que je vivrai mon plus grand bonheur sera de vous être agréable» Je vous baise les mains.

P. S. Je serois bien aise de connoître quelque moyen sûr de vous faire passer votre petit tableau, lorsqu'il sera fini, avec un petit nombre de dessins et la petite madone pour M. Roccatagîiata. Je ne voudrois pas courir le risque de perdre ces objets. J'attends de V, S. quelque renseignement à cet égard. v

AU MÊME (i).

Paris, 34 janvier 1643.

Par Tordinaire dernier j'ai écrit à V. S. que j'avois traité secrètement de l'afEstire du père Ferrari avec M. de Chantelou , qui me dit , quelques jours après y avoir trouvé M. De Noyers en

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

])omie disposition, mais qu'il étoit nécessaire de faire voir à ce seigneur ce que vous en marquiez ^ afin qu'il fut informé de tout. Je remis donc entre les mains de M. de Ghantelou le commencement dudit livre , son frontispice , et les quatre miniatures avec leurs explications. Je le revis le ao de ce mois : Il me dit qu'on feroit ce que vous et le bon Père désiriez, et que M. De Noyers ordonneroit bientôt la remise de la somme. Il ajouta que le Roi avec le Cardinal et toute la cour partant le a5 pour Lyon, il prendroit sur lui le soin total de cette affaire ; qu'il n'étoit pas besoin que' je m^en mêlasse davantage, excepté de vous faire savoir en quel état la chose se trouvoit, et de vous avertir que la dédicace de l'ouvrage devoit être Êdte au Roi. Voilà tout ce que je puis vous écrire pour le moment, bien que j'aie grand sujet de vouis remercier des témoignages honorables de votre bienveillance, que je vous prie de continuer à celui qui vous baise respectueusement les mains.

AU MÊME (i).

Paris y 14 mars 164a.

Je ne saurois vous exprimer en aucune ma-

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

y4 LETTRES

nière le plaisir que j'éprouve en recevant les lettres de V. S. logez combien j'en éprouve davantage de celles qui m'apprennent que vous roe contûiues votre affection. Je les regaitle cosnme une vraie faveur du ciel; car je reconnais trotp bien queije n'ai aucun* titre à être aiàsi aimé dd voils, et j'avoue que je ne mérite pas ce bonheur; J'àurois bien plus de contentement si dn moins la bonne volonté dont je suis rempli tie se trou» voit pas empêchée par des événements imprévus. Ainsi votre petit tableau di^. Baptême n a pti re^ oevoir son dernier fini ^ay^nt ët^ arrêté au mo^ ment où j'y travaillais aved le plus d'ardeur, par un froid subit et si vi£v qu'on a de la peine à le supporter., quoique bien vêtu et -k côté d'un bon feu. Telles sont les Variations de cecUmaL Il y a quinze jours la température étoit devenue extréibement douce { les petits oiseaux comment' çoient à ^e réjouir dans 'leurs chants de l'appa-^ rence du print^ps; les arbrisseaux poùsd^ieWl déjà leurs bourgeons; et la violette odoTabte »V0e la jeune herbfe tecouvroient la terre qu'un froid excessif avoit rendue, peu de temps auparavant , aride et pulvérulente. Vpîlà qu'en une nuit un vent de nord excité par Tinflûence de la lune rousse (ainsi qu'ils l'appellent dans ce pays), avec une grande quàntît'é' de neige, viennent repousser le beau temps, qui s'étoit trop hâté, et le chassent plus loin de nous c-ertain^ement qu'il nel'étoit en janvier. ' '

D2 VOUSSIN. 75

Ne vous étonnes donc pas si j'ai abandonné les pinceaux , car je me sens ^lacé jusqu'au fond de Tame; mais sitôt que le temps me le permettra^ je* me mettrai k tenniner Totre petit «tabieau. Bli attendant Y;. 'S. me fera sayoir par quelle voie sure je- le Inr fera^ teniri Honorez-moi^ je vous prièv tebjoiirB de vos bonnes grâces.

A M. DE CHAIÎTELOU.

Dé Paris, le 90 mars 164a*

Monsieur I M« Salomon Girard, mon cher ami,

partant d'ici pour aller en cour , s'est offert de

T(m9 présenter mes très -humbles baise *n m^ins ^

et<, tout ensemble, la priésente par laquelle je

nmis^reàieffcie de L'honneur, qhe vous m'avez fait

d^: m'ëcrire et^rde m'avoir fàit.ipart des beUes

tâioseS' qiié rvousavœvues dans votre vdyagè. Je

m'assure bien; de la vérité de ce que vous dites^

qu'à' cette fois: yods aurez cueilli . avec plus de

plaisir^ la 'fleur des beaux ouvrages, qu'autrefois

vbuB n'aviez i vus qu'en passant, sans les bien

lire. Les dhoK^s ès-quelles il y a de k perfection.,

ne se doivcâ^t pi» voir à la hâte, mais avectempl,

jugement et intelligence; il faut useï^ dés métnes

moyens à les bien juger comilvr à les bien faire.

Les belles filles que vous avez^vues à Nîmes ne vous auront, je m'assure, pas moins délecté l'esprit par la vue que les belles colonnes de la Maison Carrée , vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là. C'est ce mé semble un grand contentement, lorsque, parmi nos travai^:, y a quelques intermèdes qui en adoucissent, la peine : je ne me sens jamais tant excité à prendre de la peiàé et à travailler,, .comme quand j'ai vu quelque bel objet. Hélas, nous sommes ici trop loin du soleil pour y pouvoir rencontrer quelque chose de délectable ; mais quoiqu'il ne me tombe rien sous la vue que de hideux , le peu du reste des impressions que jadis j'ai reçues des belles choses, m'a fourni je ne sais quelle idée pour le fi^ontispice de l'Horace, qui peut passer entre les autres petites choses que j'ai dessinées. Je l'ai constitué en main de M. de Chambray votre frère, afin que M. Meslon ne dise pas que je. sws la cause du retard de l'accomplissement de vos livres. Quand M. Dafrèsne m'aura donné lé sujet dufrontisfnce du livre des Conciles, j'y travailr Jerai, ne désirant rien au monde de plus que de Vous servir. J'aurois aussi écrit à Monseigneur^ et 1-aurois remercié de l'amitié qu'il ni'a faite, dç m'avoir écrit de La Charité, si ce n^'étoit qya- je -me trouve trop débile et de trop peu :d!orn<^meBt de paroles pour un personnage si délicat ;r je suis obligé de faire donc env^ers lui comme £c>ot les oisons qui partent: des Psdus-Méotidê pour pas-

ser le mont Taunis , craignant les aigles qui j habitent. Je vous supplie , Monsieur , de m'en excuser envers lui , et de l'assurer de ma révérence et de mon dévouement. Je vous envoie une lettre qui vient de Rome , et demeure à jamais votre très-obligé et très-dévoué serviteur.

P. S. Mon frère vous baise humblement les mains , comme font tous ceux de notice brigade.

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO <i).

Paris, 37 mars 164a.

J'apprends par votre réponse que vous devez chercher un moyen sûr de vous fair« parvenir votre tableau. Dès que j aurai reçu l'ordre de vous l'envoyer, et que je saurai à qui le remettre, je n'aurai autre chose^à faire, après qu'il sera terminé et bien séché, que de prendre les soins que vous m'indiquez. £n attendant , je m'attacherai à le conduire à sa perfection le plus qu'il me sera possible. L'inconvénient de la saison et du temps qu'il a fait , comme je vous l'ai écrit, a été cause que je n'ai pu jusqu'à présent l'achever entièrement. Il n'y a plus à finir que

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

78 I,BTTEES

le christ et le^ deux petits Ang68 , ce qui , j'e»» père , aura lieu la semaine prochaine. Le tableau de M. Roccatagliata sera termiqé , je Tespère , pour Pâques.

Je ne puis donner à Y. S. aucune nouvelle de Faffaire du P. Ferrari^ parce que je n'ai point eu de lettre de M. de Chantelou depuis son départ de Paris pour Narbonne , quoique , avant son départ, je lui eusse recommandé cet objet avec chaleur. Il me dit qu'il s'y intéressoit telle-, ment , qu'il n'étoit plus nécessaire de lui en parler. Néanmoins j'en écrirai, et je tâcherai d'apprendre quelle est la résolution de M. De Noyers.

J'ar profité de l'occasion pour dire à M. de Chantelou la difficulté qu'éprouveroient les cor pies des sept Sacrements comme il l'entend , et je lui ai fait part de l'oÉfre que vous avez Thonuéteté de lui faire des dessins coloriés. Je crois qu'il goûtera les raisons que vous donnez. Il se peut, au reste, que cette fantaisie lui soit passée avant que votre réponse lui parvienne. Je ne veux pas vous ennuyer davantage, et je termine celle-ci en vous priant de conserver vos bonnes grâces à votre très-humble , etc.

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AU MÊME (i).

Paris, le 4 avril 164a.

La dernière lettre dont V. S. m*a honoré me fait très-bien entendre par quelle voie je dois vous adresser le plus sûrement votre tableau. Mais entre tous ces moyens , il me semble que le plus expéditif, et peut-être le plus sur, seroit de traiter avec quelque courrier de Lyon, en l'engageant à porter le tableau dans sa valise, car je crois que la caisse qui le renfermeroit y pourroit facilement entrer. Vous pourrez çn prendre facilement la mesure ( puisqu'il fest de la même grandeur que les autres), et vous en entendre avec le courrier. Il faudra prendre cette mesure sur le côté de la toile le plus étroit. Quant à moi, je me fais fort de l'envoyer à Lyon avec toute sûreté, et de l'adresser à un très-galant homme, M. Vanscore , qui le remettra entre les mains du courrier avec lequel vous aurez «traité. Par cette voie les choses iront un peu lentement, mais cela me semble le meilleur parti. Les courriers vont sans empêchement. La voie de la mer, quelquefois fort lente, est sujette à beaucoup de hasards et de périls de la part des corsaires;

(i) Cette lettre est tirée du Rcciieil de Bottari , et traduite.

8o LETTRES

de tels objets sont souvent guettés par eux. S'il s'offre donc quelque bonne occasion , je ne la manquerai point. Je vous ai écrit où en étoit le susdit petit tableau , et je puis vous assurer que demain je le finis de tout point. Je ne laisserai pourtant pas de le visiter quelquefois , pour voir si j'aurois encore quelque amélioration à y faire.

J'aurois grand plaisir à m'pccuper du sujet des Noces de Thétis et Pelée que V. S. me propose. On ne sauroit en trouver un qui donne matière à invention plus ingénieuse. Mais la facilité que ces Messieurs ont trouvée eh moi est cause que je ne puis me réserver aucun moment, ni pour moi , ni pour servir qui que ce soit , étant employé continuellement à des bagatelles, comme dessins de fronti9i|iices de livres, ou projets d'ornements pour des cabinets, des cheminées, des couvertures de livres et autres niaiseries. Quelquefois ils me proposent de grandes choses; mais à belles parples et mauvaises actions se laissent prendre les sages et les fou^. Ils me disent ,que ces petits travaux me servent de récréation , afin de me payer en paroles , car on ne me tient nul compte de tous ces emplois de mon temps, aussi fatigants que futiles.

A son départ, M. De Noyers me commanda l'exécution d'une Madone à mon goût, afin , ajouta -t -il, qu'on pût dire la Vierge du Poussin j comme on dit la Vierge de Raphaël. Il vouloit que je fisse un tableau pour la chapelle de la

DE POUSSIiy. 8[

Congrégation des Pères Jésuites; mais vu remplacement étroit et le manque de lumière , on n'y peut rien £ûre de bon : de manière qu'il paroit quon ne sait à quoi m'employer, et qu'on m'a fait venir sans projet arrêté. Je me doute que voyant que je ne &is point venir ma femme , ils imaginent qu'em me donnant l'occasion de gagner davantage, ils feroient naître en moi le désir de m'en retourner plus tôt. Qu'il en soit ce qu'il voudra , si le but que je me proposois en venant ici n'est pas complètement rempli, il le sera du moins en partie, et le voyage m'aura été bien payé.

Je reçus l'autre jour une lettre de M. De Noyers^ qui me marque que le Roi consentoit ( car avant le départ je m'étois plaint de toutes les corvées qui me faisoient perdre mon temps), qu'après avoir mis en ordre tout ce qui regarde la grande Galerie, je prisse pour second M. Lemaire, mon ami, dont Y. S. a deux petits tableaux de ruines, afin que je pusse vaquer librement à l'exécution des dessins et des peintures des sept Sacrements, pour en faire les tapisseries : je ne sais si cela aura son effet. On voit bien en cela qu'ils sont comme ces animaux qui veulent passer tous par où un a passé.

Je suis enchanté de la réponse que vous avez faite à M. de Chantelou , touchant les copies de vos tableaux ( des sept Sacrements ). Je suis bon à faire du nouveau , et non à répéter les choses que j'ai déjà faites. On peut juger par là de leur

furia en toutes choses : c'est qo'ils s'imaginent par ce moyen gagner beaucoup de temps. En définitive, il est bon que vous possédiez seul ces ouvrages.

A la première occasion j'écrirai à Mi de Chantelou , pour qu'il fasse ressouvenir M. De Noyers de l'affaire du P. Felrf ari. Je prie» W S. de m'excuser de mon importunité et de la liberté que je prends de lui écrire avec cette familiarité. Je sais tout le respect que je lui dois , mais n'ayant nul autre à qui m'ouvrir librement, je me laisse aller. Je prie le ciel de vous accorder Facconthplissement de tous Vos désirs , et je vous baise très-respectueusement les mains.

A M. DE CHANTELOU

De Paris , l6 7 avril 164s.

Monsieur , j'eus dernièrement Thouneurde recevoir une lettre de Monseigneur, datée du a 3 mars, laquelle, au commencement, contient ces iHots exprès : « le génie du Poussin veut agir si librement que je ne veux pas seulement lui indiquer ce que celui du Roi désire du sien. » Mais Monsieur, je n'ai jamais su ce que le Roi désiroit

de moi, qui siûs son très-humble serviteur, et je ne crois pas qu'on lui ait jamais dit à quoi je suis bon^ De plus , Monseigneur me dit que S. M. sera fort aise que je donne les ordres généraux à M. Lemaire, pour cx>nduire squs moi les .ouvrages de la grande galerie. Je le ferai volontiers ^ comme désirant son bien; car s'il peut en ce travail s'amaigrir, du moins il en aura le gain. Mais néanmoins je ne saurois bien entendre ce que Monseigneur désire de moi sans grande confusion, d'autant quil m'est impossible de travailler en même temps à des frontispices de livres^ à une Vierge^ au tableau de la Congrégation de Saint-Louis, à tous les dessins de la galerie, enfin ^ des tableaux pour les tapisseries royales. Je n'ai qu'une main et une débile tête, et ne peux être secondé de personne ni soulagé. Il dit que je pourrai divertir mes belles idées à faire la susdite Vierge et la Purification de Notre-Dame ; c'est la même chose comme quand on me dit: vous finirez un tel dessin à vos heures perdues. Mai^ revenons à M« Lemaire : s'il est bastant pour faire ce que je. lui dirai, dès aussitôt qu'il le voudra entreprendre, jéTinforrnerai de tout ce qu'il aura à faire; mais 'je ne veux plus après y mettre la main. Mais s'il faut attendre que j'aie établi un ordre général, ainsi que dit ,Mou»seigneuC/» ;il ne me faut donc point parler d'autres emplois ; d'autant, comme j'ai dit plusieurs fois, que c'est tout ce que je peux faire: et quand je serpis tota-

lement déchargé de cette bes(^ne, les dessins des tapisseries sont bien suffisants pour me donner à petiser , sans que j'aie besoin d'y entremêler d^^titres occupations. Vous m'excuserez, MoçsiéiirV'si je* parle si- librement ; mon naturel me côntraSrit de chercher et aimer les choses bien o^cfôfinéës, fuyant là confusion, qui m'est aussi cbtitraire et ennemie , comme est là lumière des obscures ténèbres. Je vous dis ceci confidémmént, m'assurant sur la bonté de votre naturel, et parce que vous entraînez l'esprit de Monseigneur, particulièrement en ces dboses-ci. Le sieur Vincent Manciolla m'a prié de vous demander s'il'devôit venir, comme il lui fut proposé dès Tan liée passée; pour peindre les tableaux dp, lambris' de la jgalerie du Lpuvrc; il attend une réponse et Fargent pour son voyage.

hé siêur Ài!igelôni vous supplie très -humblement de lui* faire cfette faveur, qu'il puisse recevoir quelque lettre» touchant l'agrément de son livre, ''afin qu'étant honoré d'icelles, il fasse taire cèuk'doht la langue téméraire insulteroit jusqu'au ciel même, -et qu'il puisse laisser à sa postérité uiie preuve éclatante dé l'estime qu'il a méritée: c'est une grâce que vous lui pouvez faire.

I-.e bon Ferrari est attendant le commandement de Monsèigoeûr touchant fa dédicace au Roi de "son livre des Hespérides; vous en avez donné d'éfe espérances assez grandes pour qu'on vous en ftsse Souvenir. S'il vous plaît, monsieur, me don-

DE POUSÇIN. 85

ner ud mot de réponse, vous soulagerez extréipe-

ment YOlre serviteur pour vous&eryir à janiais,

P, S. J'ai entendu dire qu'il y a, .^Narbonne, en quelque lieu de ses murailles ^ un bas -relief d'excellente manière; vous vous en pourrez iur' former.

À 1*. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

ParU,, iS STril 164-2.

Monsieur, dès que votre lettre du i5 mars me fut parvenue, je sus à quoi m'en tenir sur Feùvoi des deux petits tableaux , et je m^empressai d'aller voir M. Charles, Intend^iut du Cardinal Mazarin. Il ne demeuroit pltis dans la même maison; mais on m'indiqua son nouveau logement, où Ton me dit qu'il a voit commencé de faire porter quelques meubles, quoiqu'il n'y fat pas encore établi et qu'on le crût hors de Paris. Lorsqu'il sera de retour, je verrai s'il peut faire ce qu'on demande. En attendant. Monsieur, vous aurez reçu la lettre dans laquelle je vous propose un moyen plus sûr et que je ne crois pas éloigne de vos intentions. Néanmoins, si M. Charles me

(i) Cette lettre est tirée dirRecueU de Bottari, et traduite.

donné la facilité de £aire parvenir ces tabieaax, je vous en insMiirai, et si Toccasion n'est pas prompte, peut-être aurai-je le temps de recevoir votre réponse sur la proposition que je vous ai faîte. Outre cela ^ M. Stella, peintre et mon aroi, partit avant-hier pour Lyon , sa patrie , où il doit résider tout Tété'. Il m'a promis, selon roocurrence, de traiter avec quelques courriers, cm* il les connoît tous , et il expédiera par cëvmoyen et en toute sûreté, pour Rome, ce dont je le chargerai , y mettant jutant de soin que si cela kii appartenoit. Indiquez-moi , Monsieur, ce que vous pensez être le mieux. Quoi qu'il en soit , je ferai toute diligence pour conduire à fin cette affaire, et vous envoyer le tout à Rome franc de port. J'ai écrit à M. de Chantelou sur l'affaire du Père Ferrari, sur les livres de Ligorîo, et sur plusieurs autres objets dont il m'a promis de s'occuper. De mon côté, je ne manquerai jamais de tenir mes engagements, autaht toutefois que mes forées pourront le permettre, etc.

A M. DE CHANTELOU

JDe ParÎB , Iq 24 aTiil 1642.

Monsieur, les lettres de Monseigneur et celles dont il vous a plu de m'homorer, celles même tjne

DE POUSSlIf. 87

Mon&eigaeur a écrites à M- de Cbambray , votre frère, moQt obligé à adresser tellement queUe-r meut une lettre à Monseigneur^ peu artificieuse v^ritabiement, mais pleine de franchise et de vérités. Je vous supplie , comme mou bon proteçr leur, si par aventure Monseigneur h troyyoit mal assaisonnée , de Fadoucir un peu de ce ipiel de persuasion que vous savez si bien employer. Vous verrez com^ne je crois ce qu'elle contient , et me fere^ la grâce de m'en faire donner un mot de réponse, si vous pen^z qu'elle le mérite. J'ai jparlé à M. Lemaire, mon bon ami, qui est disposé à. exécutjer les ordres du Koi et de Monseigneur pour ce qu'il Sfera nécessaire de faire xlorénavant ^à la galerie. Pendant qu'il donnera ;5es soins à certaines siennes affaires particulières, je continuerai ledit ouvrage jusques à temps qu'il soit au point où l'on n'aura plus qu'à en répéter J'ordonnance et. les détails. Je vous, baisç trèsaffectueusement les mains et je demeurera éternellement votre très- obéissant serviteur.

Félibien , dans ses J^niretiens sur les vies et les ouvrages des peintres^ après avoir raconté les désagréments que Poussin etit à essuyer de la part des censeurs ignorants, et les dégoûts .qu'ils lui occasionnèrent, rapporte textuellement une grande partie de la lettre à M. De Noyers dont il

vient d'être question dans celle <jui précède. On a cru devoir reproduire ici ces fragments aussi précieux qu'authentiques , et on les présente dans la forme sous laquelle Félibien nous les a conservés.

Cela (dit Félibiçn ) donna occasion au Poussin de lui écrire (à M. De Noyers) une grande lettre, où il commença par lui dire «qu'il auroit soute haité , de même que faisoit autrefois un pbilo- « sophe , qu'on pût voir ce qui se pense dans « l'hoimne , parce que non - seulement on y décr couvriroit le vice et la vertu , mais aussi les « sciences et les bonnes disciplines, ce qui seroit « d'un grand avantage pour les personnes savan- « tes , desquelles on pourroit mieux connoitre le «mérite. Mais comme la nature en a usé d'une «autre sorte, il est aussi difficile de bien juger « de la capacité des personnes dans les sciences « et dans les arts , que de leurs bonnes ou de « leurs mauvaises inclinations dans les mœurs.

« Que toute l'étude et l'industrie des gens « savants ne peut obliger le reste des hommes « à avoir une croyance entière en ce qu'ils di- K seiit. Ce qui de tout temps a été assez connu « à l'égard des peintres, non -seulement les plus « anciens, mais encore les modernes, comme d'un « Annibal Carrache et d'un Dominiquin , qui ne « manquèrent ni d'art ni de science pour faire ju- « ger de leur mérite, lequel pourtant ne fut point « connu, tant^ar un effet de leur mauvaise fortune

« que par les brigues de leurs envieux, qui joui- <c rerit pendant leur vie d'une réputation et d'un « honneur qu'ils ne méritoient point. Qu'il se « peut mettre au rang des Carrache et des Domi- « niquin dans leur malheur. »

S'adressant à M. De Noyers , il se plaint de ce qu'il prête l'oreille aux médisances de ses ennemis, <>( lui: qui devroit être son protecteur, puisce que c'est lui qui leur donne occasion de le ca- «lomnier, en faisant ôter leurs tableaux des lieux « où ils étoient , pour y placer les siens.

«cQiie ceux qui avoient rois la main à ce qui «ravoit été commencé dans la grande galerie, et « qui prétendoiènt y foire quelque gain , ceux ence core qui espéroient avoir quelques tableaux de «sa main, et qui s'en voy oient privés, par la « défense qu'il lui a faite de ne point travailler « pour les particuliers, sont autant d'ennemis qui «crient sans cesse contre lui. Qu'encore qu'il «n'ait rien à craindre d'eux, puisque, par la « grâce de Dieu , il s'est acquis des biens qui ne «sont point des biens de fortune qu'on lui puisse «ôter, mais avec lesquels il peut aller partout; tf la douleur néanmoins de se sentir si maltraité « lui fourniroit assez de matière pour faire voir <K les raisons qu'il a de soutenir ses opinions plus «solides que celles des autres, et lui faire conte noître l'impertinence de ses calomniateurs. Mais ff que la crainte de lui être ennuyeux le réduit à «lui dire, en peu de mots, que ceux qui le dé-

tt goûtent des ouvrages qu'il a commencés dans <r la grande galerie, sont des ignorants ou des «malicieux; que tout le monde en peut juger de « la sorte , et que lui-même devroit bien s aperce^ «( voir que ce n'a point été par hasard, mai» av^ « raison , qu'il a évité les défauts et les chos^ « monstrueuses que Le Mercier avoit commen-* <t cées , telles que sont : la lourde et désagréable <t pesanteur de l'ouvrage ; l'abaissement de la « voûte , qui sembloit tomber en bas ; l'extrême tf froideur de la composition; l'aspect mélancoli»- ^que, pauvrp et sec de toutes les parties; et « certaines choses contraires et opposées mises ce ensemble, que les sens et la raison ne peuvent « souffrir, comme ce qui est trop gros et ce qui a est trop délié , les parties trop grandes et ceUes «qui sont trop petites, le trop fort et le trop « foibte, avec un accompagnement entier d'autres ce choses désagréables.

• « Il n'y avoit , continue-t-il dans sa lettre, aucune « variété ; rien ne se pouvoit soutenir ; Ton »'y « trouvoit ni liaison ni suite. Les g^randeurs des a cadres n'avoient aucune proportion avec leurs «distances, et ne se pou voient voir commode'- IX ment, parce que ces cadres étoient placés au « milieu de la Yoûte^ et justement eur la tète ^es <c regardants, qui se seroient, s'il faut ainsi dire', ^< aveuglés en pensant les ^considérer. Tout le « compartiment étoit défectueux , l'arcbitecte e'étf tant assujetti à certaines consoles qui régnent

DE POUSSIBi. 91

«le long <le la corniche, lesquelles ne sont pas « en pareil nombre des deux côtés j puisqu'il s'en «trouve quatre d'un côté et cinq à Topposite, «ce qui auroil obligé à défaire tout l'ouvrage, « ou bien à y laisser des défauts insupportables*

c II faut savoir ( dit-il ) qu'il 7 a deux manières «de voir les objets, l'une en les voyant simple* «ment,. et l'autre en les considérant avec atten- «tion. Voir simplement, n'est autre chose que « recevoir naturellement dans l'œil la forme et la « ressemblance de la chose vue. Mais voir un objet «en le considérant, c'est qu'outre la simple et « natarelle réception de la forme dans l'œil , l'on « cherche , avec une application particulière , les «moyens de bien connoitre ce même objet. Ainsi « on peut dire que le simple aspect est une opère ration naturelle , et que ce que je nomme pros'- «pect est un office de raison qui dépend de trois «choses, savoir : de l'œil, du rayon visuel, et de <K la distance de l'œil à l'objet ; et c'est de cette V connoîssafice qu'il seroit à souhaiter que ceux «qui se mêlent de donner leur jugement fus- « sent bien instruits.

«11 faut observer (continue Le Poussin) que «le lambris de la galerie a vingt- un pieds de « haut , et vingt-quatre pieds de long d'une fenêtre «c à l'autre. La largeur de la galerie qui sert de «distance pour considérer l'étendue du laml^ris, « a aussi vingt - quatre pieds. Le tableau du « milieu du lambris a ilouze pieds de long sur

<c neuf pieds de haut , y compris la bordure : a de sorte que la largeur de la galerie est d'une «distance proportionnée pour voir d'un coup « d'œil le tableau qui doit être dans le lambris. « Pou]:*quoi donc dit - ou que les tableaux des « lambris sont trop petits , puisque toute la ga- « lérie se doit considérer par parties -et par cha-, « que trumeau en particulier? Du mçme endroit a et de la même distance , on doit regarder d'un « seul coup d'œil la moitié du cintre de la voûte «au-dessus du lambris, et l'on doit connoître « que tout ce que j'ai dit posé dans cette voûte « doit être considéré comme y étant attaché et «en plaque, sans prétendre qu'il y ait aucun « corps qui rompe ou qui soit au - delà et plus « enfoncé que la superficie de la voûte , mais que « le tout fait également son cintre et sa figure.

«Que si j'eusse fait ces parties, qui sont a(ta- « chées ou feintes d'être attachées à la voûte, et les « autres que l'on dit être trop petites, plus graur «des qu'elles ne sont, je serois tombé dans les «mêmes défauts que mes prédécesseurs ^ et j'aurois « paru aussi ignorant que ceux qui ont travaillé et «qui travaillent encore aujourd'hui à plusieurs « ouvrages considérables ; lesquels font bien voir « qu'ils ne savent pas qu'il est contraire à l'ordre et « aux exemples que la nature même nous fournit, « de poser les choses plus grandes et plus massives «aux endroits les plus élevés, et de faire porter « aux corps les plus dé^cats et les plus foibles

(c ce qui est le plus pesant et le plus fort. C'est

n cette ignorance grossière qui fait que tous les

tt édifices conduits avec si peu de science et de

tt jugement semblent pâtir, s'abaisser et tomber

«sous le faix, au lieu d'être égayés, sveltes et

« légers , et de paroitre se porter facilement ,

«comme la nature et la raison enseignent à les

«feîre.

« Qui est celui qui ne comprendra pas quelle

«confusion auroit paru, si j'avois mis des orne-

« ments dans tous les endroits ou les critiques en

<r demandent; et que, si ceux que j'ai placés

«avoient été plus grands . qu'ils ne sont, ils se

« feroieht voir sous un plus grand angle et avec

«trop de force, et ainsi vieudroient à offenser

«l'œil, à cause principalement que la voûte reçoit

« une lumière égale et uniforme en toutes ses

«parties? N'auroit-il pas semblé que cette partie

«de la voûte auroit tiré en bas, et se seroit dé-

« tachée du reste de la galerie , rompant la douce

a suite des autres ornements ? Si c'étoit des choses

« réelles, comme je prétends qu'elles ne font que

« le paroitre, qui seroit si malavisé de placer les

« plus grandes et les plus pesantes dans un lieu

«où elles ne poùrro^nt se maintenir? Mais tous

•t ceux qui . se mêlent d'entreprendre de grands

«ouvrages, ne savent pas que les diminutions à

«l'œil se font d'une autre manière, et se con-

« duisent par des raisons particulières , élevées

« perpendiculairement en hauteur , et dont les

« parallèles ont leur point de concours au centre « de la terre. »

Pour répondre à ceux qui ne trouvoient pas la voûte de la galerie assez riche, Poussin ajoute: « Qu'on ne lui a jamais proposé de faire le plus <c superbe ouvrage qu'il pût imaginer , et que si «ron eût voulu l'y engager, il auroit librement «dit son avis, et n'auroit pas conseillé de £ure <c une entreprise si grande et si difficile à bien c< exécuter : premièrement , à cause du peu d'ou- « vriers qui se trouvent à Paris capables d'y traf< vailler ; secondement , à cause du long temps « qu'il eût fallu y employer; et en troisième lieu, a à cause de l'excessive dépense qui ne lui semble «pas bien employée dans une galerie d'une si « grande étendue, qtii ne peut servir que d'un pas^ «sage, et qui pourroit un jour tomber dans un « aussi mauvais état qu'il l'avoit trouvée ; la négU- « gence et le trop peu d'amoiu* que ceux de notre ce nation ont pour les belles t^hoses étant tels « qu'à peine celles*ci sont*elies faites, qu'on n'en « tient plus compte, et qu'au contraiire on prend « souvent plaisir à les détruire. Qu'ainsi il croyoit « avoir très-bien servi le Roi en faisant un ou- « vrage plus recherché, plus agréable, plus varié, «en moins dé temps et avec -beaucoup moins de « dépense que celui qui avoit été commencé. Mais «que si Ton vouloit écouter les dififérents avis «et les nouvelles propositions que ses ennemis « ponrroient faire tous les jours, et qu'elles agréas-

DE POU8Sliil. 95

«sent davantage que ce qu'il tàchoit de faire, a nonobstant les bonnes raisons qu'il en rendoit , cil ne pouYoit s'y opposer; au contraire, qu'il «céderoit volontiers sa place à d'autres qu'on «jugeroit plus capables. Qu'au moins il auroit « cette joie d'avoir été cause qu'on auroit décou- «vert en France des gens habilfes que l'on n'y «connoissoit pas, lesquels pourroient embellir « Paris d'excellents ouvrages qui feroient honneur « à la nation. »

Il parle ensuite de son tableau du Noviciat des Jésuites , et dit : « que ceux qui prétendent que le «Christ ressemble plutôt à un Jupiter tonnant « qu'à un Dieu de miséricorde , doivent être per- « suadés qu'il ne lui manquera jamais d'industrie «pour donner à ses figures des expressions con- « formes à ce qu'elles doivent représenter; mais «qu'il ne peut (ce sont ses propres termes) et «ne doit jamais s'imaginer un Christ, en quelque «action que ce soit, avec un visage de torticolis «QU de père Douillet y vu qu'étant sur la terre <^ parmi les hommes, il étoit même difficile de le « considérer en face. »

U s'excuse sur sa manière de s'énoncer, et dit «qu'on doit lui pardonner, parce qu'il a vécu «avec des personnes qui l'ont su entendre par « ses ouvrages , n'étant pas son métier de savoir « bien écrire. »

Enfin il finit sa lettre en faisant voir « qu'il «sentoit bien ce quil étoit capable de faire, sans

96 LETTHES

« s'en prévaloir ni rechercher la faveur, mais pour «rendre toujours témoignage à la vérité, et ne c( tomber jamais dans la flatterie , le^uelles sont « trop opposées pour se rencontrer ensemble. »

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

Paris, 9 mai i642«

Il n'est certainement pas nécessaire, comme vous me le dites , Monsieur , dans votre lettre du 12 avril, que vous vous donniez là peine de me solliciter, pour que je finisse le petit ouvrage en question, quoique je puisse vous certifier que je n'ai de ma vie eu à faire chose qui m'ait donné plus d'inquiétudes; en effet, je suis entravé, tantôt par l'importunité où l'impatience de Ces Messieurs, tantôt par les empêchements de la saison, qui font durer des travaux commencés, et dont on attend la fin depuis si long -temps. Néanmoins, grâces à Dieu, j'ai achevé votre tableau , et si ce n'étoit la difficulté de l'envoi qui me donne encore de l'ennui, je ne m'embarràsserois pas du reste, sachant bien que vous ne doutez pas du zèle ardent que je mets à ce qui peut vous être agréable. J'ai été plusieurs fois

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

DE POOSSIN. 97

cbez M. Charles, et l'ayant enfin trouvé, je lui dis que vous vous étiez entendu avec le Père Mazzarini, qui vous a voit assuré qu'il suffîsoit de s'adresser de votre part au dit Charles pour le trouver disposé à vous servir. Sur cela il m'a répondu avec un certaip air de dissimulation :

«Quoique je n'aie pas l'honneur de connoître particulièrement M. le Chevalier del Pozzo, sur sa réputation , je lui Tendrois volontiers ce service; mais le Cardinal n'étant pas à Rome, je n'ai pour le présent aucune occasion de rien envoyer : venez me revoir. » Telle est la réponse . que j'en ai eue. Je ne laisserai pas néanmoins de mSnformer s'il dirige quelque chose de ce côté ; et si cela arrive, je ferai les diligences nécessaires pour lui confier lesdits tableaux, encaissés de la manière que vous m'avez indiquée. Cependant s'il se présentoit quelque autre bonne occasion , je m'en servirois ; et soyez certain que je ferai tout ce que je poiurai pour que cela parvienne promptement et sûrement. Je ne pourrois que vous répéter, Monsieur, ce que je vous ai marqué dans ma dernière relativement au Père Ferrari , M. de Chantelou m'ayant répondu à cette occasion en ces termes: a II faut remettre l'affaire de ces Messieurs, c'est-à-dire du Père Ferrari et d'Angeloni, à l'époque de mon départ pour Borne, <jui sera vers la fin de mai». Je ne sais s'il dit vrai, ne pouvant conjecturer ce que l'on peut en attendre , vu la quantité de choses qu'il a promises

jusqu'à présent et qu il n'9 pas faites. Quant aux Madones, aux livres de Piçro Ligorio, et aux autres choses qui m'impof lent également , je n'en peux rien tirer; car rien ne tourmente autant ces gens-^ci que d'être obligés de penser plus d'une fois à la même affaire. Pour ime chose que je dis, j'en tais beaucoup que je ne peux confier au papier. '

Je vous supplie, M. le Commandeur, d'accorder votre protection auprès de Son Éminence le Cardinal Barberini, à M. François Bonnomes de Nantes , Sous - Diacre , et l'un de mes amis les plus chers; il sollicite un canonicat dans la cathédrale de Rennes, sur lequel il y a contestation. J'ajouterai celte faveur au grand nombre d'autres que j'ai reçues et que je reçois journellement de votre bonté, etc.

AU MEME (i).

Paris, 22 mai 1642.

Monsieur , '

Je prends la plume pour vous faire savoir qu'en conséquence de vos deux lettres, du i4 mars et

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

da I a avril , j'ai consigné en main propre à

M. Charles , Intendant de Son Éminence le Car-

. dinal Mazarin , les deux tableaux en question*

Celui qui est pour vous. Monsieur, représente le

Baptême du Christ, et est composé de treize

figures principales; lautre ne comprend que trois

figures, celle de la Madone, tenant dans ses bras

son enfant nu, et celle de saint Joseph contre

Tappui d'une fenêtre. Ces deux tableaux sont

marqués de mon sceau sur le revend de la toile,

et encaissés avec soin dans une boîte recouverte

d'une toile cirée et ficelée; l'adresse est écrite

sur une carte clouée sur le couvercle, les clous

recouverts de cire d'Espagne; de plus, j'ai apposé

mon cachet aux deux extrémités de la caisse, et

sur Ja toile cirée j'ai mis la même adresse , qui

porte seulement : A M. le Commandeur del Pozzo,

k Rome. Tels sont les signes auxquels vous re-

connoitrez le tout.

M. Charles n'a rien voulu pour le pc»t, m'ayant promis d'envoyer cela gratis et avec sûreté, en profitant de l'occasion d'un portrait et de certains jets de l'Inde que M. Gabriel Naudé envoie à Son Éminence le Cardinal Antonio Barberini.

Le tout est dirigé sur Arles, et sera réuni aux effets du Cardinal Mazarin, quand il passera en Italie; Dieu veuille que ce soit bientôt, et que cela arrive à bon port.

J'ai pris le parti de ne vous* pas envoyer , par la même occasion, les dessins qui se trouvent faits,

tant parce que je n'ai pu encore tirer les deux principaux des mains de M. Mellan, qui les grave, que pour ne pas risquer le tout dans un seul envoi. Je pense bien ne pas tarder à vous les adresser; cependant, plus j'attendrai, et plus ils seront nombreux. Mon ami M. Stella, qui est à cette heure à Lyon, me rendra facilement le service de vous les faire parvenir par la voie de quelque courrier, ces objets étant faciles à transporter. Je vous en écrirai plus amplement lors de l'envoi, et vous ferai connoître avec détail tout ce qu'il contiendra. Si le bonheur veut que mon petit tableau parvienne à sa destination, je vous prie, Monsieur, de me faire la grâce de l'accepter avec le même sentiment qui me porte à vous l'offrir, et de n'y attacher d'autre importance que celle de la bonne volonté ; car je n'estime pas que ce soit, ainsi que mes autres ouvrages , chose digne d'être offerte à une personne de votre mérite, et qui s'y connoît si bien. En attendant, j'ai l'honneur -de vous saluer de tout mon cœur.

Je crains que lés intrigues qui ont eu lieu depuis quelque temps dans cette cour n'aient retardé l'effet des promesses faites au Père Ferrari.

DE POUSSIN. lOl-

A M DE CHANTELOU

De Paris, le 36 mal 164a.

Monsieur, je n'ai osé jusqu'à présent vous im-: portuner de mes lettres, sachant la grandissime affaire que la maladie de Son Éminence vous a suscitée. Alais maintenant que nous avons bonne nouvelle de sa santé , j'ai .cru que vous auriez d'aventure le loisir de recevoir et de lire ce mot , qui a pour objet principal un million de remerciments que je fais à Monseigneur De Noyers^ tou* chant sa lettre du i8 avril, de iN^arbonne, par laquelle il me décharge de ce qui à la vérité m'eût beaucoup embarrassé. J'ai reçu, avec la susdite lettre, un billet pour donner à M. de Mauroy, en vertu duquel je dois recevoir cinq cents écus pour ce que j'ai fait cette année à la galerie. Je les avois déjà reçus, et le billet ne m'a été d'aucun usage. Je continue toujours, comme de coutume, les dessins et cartons de la galerie, sans m'occuper à autre chose. J'espère qu'à la fin du mois prochain j'aurai mis à bon terme les susdits dessins, de sorte qu'il restera seulement à continuer les Fables d'Hercule; et lors le tout se pourra commettre à M. Lemaire , s'il veut en prendre la peine, et s'il plaît à Monseigneur de me donner occasion de laisser quelque chose en

ion LETTRES

France de moi, avant que je meure, digne du peu de nom que j'ai acquis auprès des connoisseurs. J'ai écrit, il y a quelque temps, une longue lettre à Monseigneur, où je crains d'avoir trop parlé à la bonne; toutefois j'espère qu'il m'excusera, s*il il y avoit quelque chose de mal digéré , d'autant qu'il sait bien combien il est insupportable d'endurer les sottes répréhensions des ignorants. Je m'assure que de votre. c6té vous n'avez pas manqué de me favoriser, en adoucissant ce qui existoft de trop rude. Je vous supplie de me tenir toujours en votre protection , et d'être persuadé que je ne désire au monde rien de plus que d'être toujours. Monsieur, le plus humble et le plus dévoué de vos serviteurs.

Votre très-obligé serviteur,

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

Paris y 3o mai 164a.

Quoique j^aie eu l'honneur de vous marquer par ma^ dernière, du 22 mai, que j'avois consigné entre les mains de M. Charles la caisse contenant

(i) Celte leUre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

DE ponssijf. io3

les deux tableaux, sur l'ordre que vous m'en aviez donné dans vos deux lettres consécutives; néanmoins ayant reçu à temps celle du 3 mai, par laquelle il me paroît que vous préférez le raoyen que je vous avois proposé, c'est-à-dire d'envoyer cette caisse par un courrier, je l'ai retirée aussitôt de chez M. Charles , et je la tiendrai par -devers moi, jusqu'à ce que vous m'ayez indiqué le courrier auquel vous voulez que je la confie^. Je ne puis vous dire combien je suis aise que la chose tourne ainsi, car je craignois fort que par la voie des effets du Cardinal Mazarin ces tableaux ne fussent égarés, ou tout au moins que leur arrivée à Rome ne fût bien éloignée, le voyage de ce Cardinal étant fort incertain. Quant aux dessins , ces objets étant d'un petit volume et non encaissés, auroient pu aisément se perdre, d'autant qu'il n'y avoit personne pour en prendre soin.

Par ce même ordinaire je mande à M. Stella, à Lyon, ce qu'il y a à faire, afin qu'aussitôt que je saurai le nom du courrier avec lequel il doit traiter, je puisse lui expédier la caisse cachetée et arrangée comme je vous l'ai marqué dans ma précédente. Je ne vous enverrai pas cette fois les dessins, par les raisons déjà spécifiées, etc.

to4 LETTRES

A M. DE CHANTELOU

Z>e Paris , ce 6 jam 1642.

. Monsieur, si l'or, paradis des avares et enfer des prodigues, avoit quelque peu de la sensibilité qu'il ôte à qui plus en a plus en voudroit avoir^ il éprouveroit un plaisir démesuré, lorsqu'aux yeux de ceux qui le tenoient pour faux, il apparoît au contraire dans tout son éclat, grâce à la vertu de la pierre de touche, qui sur le front de soi-même le découvre parfait en sa finesse. Tel est le sentiment que j'éprouve en apprenant que j'ai réussi à triompher de la mauvaise impression que la bonne ame de Monseigneur avoit reçue contre moi , par l'effet des menées d'hommes envieux de la prospérité d'autrui. Néanmoins, au lieu de répondre par la haine à la haine que me portent me$ rivaux, je sens que je dois me venger d'eux en leur faisant du bien et du plaisir; d'autant que leur perversité sera cause que Son Excellence, qui me trouve si franc et loin de la fraude^ non -seulement ne prêtera plus l'oreille aux persécuteurs de mon honneur, mais au contraire, se confiant en ma loyauté plus que jamais, voudra bien m'employer en de meilleures occasions que par le passé. Je suis , Monsieur,

Votre très-humble serviteur,

DE POUSSIN. Jo5

P. S. Je n'ai reçu que mardi la lettre de Monseigneur, écrite du lo mai.

A M. LE COMMANDEUR DEL POZZO (i).

, Paris, i3 jain 1642.

Monsieur,

J'attends de jour en jour que vous me donniez des renseignements sur le courrier avec lequel ^ous avez traité pour l'envoi de la caisse contenant les deux petits tableaux du Baptême et de la Madone, et cela conformément à ce que vous m'avez mandé par votre lettre du 3 mai. En attendant, j'ai envoyé cette caisse à Lyon à M. Stella , qui la gardera chez lui jusqu'à ce que je lui dise à quel courrier il doit la consigner; mais j'ai pensé que si, d'ici à douze ou quinze jours, je n'ai pas de vos nouvelles , je pourrois prier M. Stella de , traiter lui-même avec quelque courrier, qui s'en chargeroit comme si c'étoit sa chose propre. Eu effet, le temps s'écoule à attendre continuelleineut des réponses aux réponses, ce qui ne laisse pas que d'être une contrariété. Au reste, je vous ferai savoir tout cela en son temps.

Je ne vous enverrai pas de sitôt les dessins, parce que je voudrois joindre au même envoi

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

ro6 LETTRES

l'ordonuance générale de la galerie, que je fais dessiner par un jeune architecte , et qui sera bientôt finie. M. Mellan aura aussi terminé la gravure des dessins qu'il a entre les mains. Lorsque je pourrai réunir toutes ces bagatelles, je m'empresserai de les expédier. J'ai l'honneur de vous saluer.

AU MEME (i).

Farift, 27 jain 1642.

Monsieur ,

J'ai reçu dans le cours de cette semaine trois de vos lettres: l'une par la voie de M. Gabriel Naudé, l'autre par M. Petit, négociant, et la troisième par le Père Niceron. Les deux dernières sont du 21 et du 3 1 mai. Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, de la protection que vous voulez bien accorder à mon ami François Boniiomes. Quant à ce que vous me dites de M. Chwles et de l'envoi de la caisse, je vous ai déjà marqué plusieurs fois ce qui a eu lieu à cette occasion, et comment, jusqu'à ce jour, j'ai attendu les nom et surnom du courrier auquel vous

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

devrez que je confie ladite caisse. Je vous ai

aussi écrit que si votre ordre tardoit trop à venir,

j'avois résolu , pour ne pliis perdre de temps ,, de

prier M. Stella de traiter avec l'un des courriers

de Lyon , et de s'accorder avec lui pour qu'il

porte à Rome et remette en vos mains cette

omisse saine et sauve; et puisque vous me mar-

cjuez n'avoir traité avec personne jusqu'à présent;

aussitôt que M. Stella m'aura accusé la réception

cle cet <Ajet, je lui écrirai de l'expédier comme

c^hose à lui, et crois qu'il le fera ponctuellement:

^u surplus , ne vous en mettez pas en peine et

Xaisséz-nous agir. Je vous ferai savoir ensuite le

*iom du courrier, quand il partira, quelles se-

^^x>nt les conditions faites avec lui , et s'il sera payé

^3n non.

Je ne sais rien de nouveau sur l'affaire du Père Terrari , vous ayant marqué que si M. de Chantelou va à Rome , il se chargera de la commission et servira ce Père, comme il nous en a donné l'espoir. Je ne parlerai pas davantage des autres choses, n'ayant pas eu l'occasion de l'en faire ressouvenir.

Je vous suis infinimeAit obligé. Monsieur, de m'avoir procuré l'occasion de faire , pour Son Éminence le Cardinal Barberini, le dessin du sujet de Scipion. Je suis fâché cependant d'être privé de la première esquisse que j'exécutai avant de partir de Rome: il ne m'en reste qu'un souvenir que je chercherai à mettre au net du mieux que ma

lo8 I.ÇTTEES i

main tremblante pourra me le permettre, saisis* sant pour cela le temps qu'il me sera possible de dérpber à mes autres occupations. Je joindrai à cela, comme vous me le recommandez, les exr pressions de mon respectueux dévouement; et après avoir remercié Son Éminence de l'honneur qu'elle me fait de se rappeler de moi , je la prierai de vouloir bien accepter ce dessiil comme le gage de mon profond respect. Je rougis en connaissant la faiblesse de mes moyens, et l'impuissance où je suis de répondre autrement que par ma vive affection aux faveurs infinies que je reçois journellement de votre bonté.

Dernièrement M. Bordelot vint de votre part pour m'offrir ses services dans tout ce qui est en son pouvoir. Votre lettre, du i[\ avril , me montre encore de la manière la plus évidente combien vous. Monsieur, et votre excellent frère, avez de bontés pour moi; je dois donc chercher avec empressement toutes les occasions de vous être agréable, en servant vos amis comme si c'étoit vous-même. J'ai l'honneur d'être^ etc.

DE POUSSIIf. 109

AU MÊME (i).

Paris, a5 juillet 164a.

Monsieur,

Vous avez su par mes précédentes lettres tout ce qui s'est passé relativement à i'envoi des deux tableaux, de sorte qu'il est inutile que j'en parle désormais, sinon pour vous dire que vous en pouvez attendre l'arrivée sous très -peu de temps. J'eus- hier la nouvelle que la caisse étoit partie le 1 8 du courant, et qu'elle vous seroit fidèlement remise franche de^port. Après* vous avoir supplié d'accepter le peu qui y est contenu tx>mme un pur don du plus affectionna de vos ^rviteurs, je vous prie encore de m'accorder la feveur de m'écrire quand et comment vous l'aurez reçu; j'espère que ce sera en bon état.

Quant au dessin du Scipion et aux autres que

je me proposois de vous adresser, il seroit bien

possible que j'en fusse moi-méme le porteur. Au

reste, je vous écrirai plus au long sur tout cela,

vous priant affectueusement de m'en dispenser

pour le moment, parce que je n'en ai pas le loisir.

Nous partons à cette heure pour Fontainebleau^

d'où la cour arrive, etc.

(i) Cette lettre est tjrée du Hecueii de BotUri^ et traduite.

ilO LETTRES

AU MÊME (i).

Paris, 8 août 164^2.

Je désirerois connoître quelque voie sûre pour vous faire tenir votre petit tableau quand il sera terminé, avec quelques dessins, en petit nombre, et la petite Madone du Signor RoccatagUata. Je ne voudrois rien risquer à cet égard, et j'attendrai les avis de V. S.

Je n'ai pu répondre à votre dernière, du 37 juin, qu'après mon retour de Fontainebleau, ou. j'étois allé, comme je vous l'ai écrit dans ma. derhière, M. De Noyers m'ayant ordonné de m'y^ rendre, afin de voir si les peintures du Primaticcio, altérées par les injures du temps, pouvoient être restaurées, et s'il y auroit quelque moyen de conserver celles qui sont restées intactes.

J'ai profité de l'occasion pour lui parler du désir que j 'a vois de retourner en Italie, afin de pouvoir amener ma femme à Paris. Ayant senti les raisons qui me font désirer ce voyage , il m'a tout de suite accordé ce qui est l'objet dç ma plus grande satisfaction, avec une grâce încom* parable , sous la condition cependant de doi^ner un tel ordre aux choses commencées par moi,

(i) Cette lettre est tirée du Recueil deBottari, et traduite.

qu'elles ne restassent point en arrière, et que je fusse de retour a Paris pour le printemps prochain; de sorte que je vais me disposer à ce voyage, qui, je Tespère, aura lieu au commencement de septembre prochain. Mais avant mon départ, j'espère vous en écrire plus au long. Je Vous dirai pour le moment que les soins que V. S. m'engage à prendre pour l'envoi de la caisse des tableaux ne peuvent plus avoir lieu : elle a déjà été confiée à un courrier bien sûr, lequel doit l'avoir remise entre vos mains avant que Cette lettre vous soit parvenue.

Véritablement l'édit rendu à Rome , selon ce cjue vous m'en écrivez, au sujet de la contagion cju'on dit régner à Lyon, m'étonne beaucoup, Ciar il n'en a point été question du tout ici. Si la <:hose étoit vraie, le Roi , à son retour de Perpignan, ne s'y seroit pas arrêté pendant tant de Jours. Malgré tous ces contre- temps, je ne désespère pas du bon succès de l'affaire entamée. I>e mon côté, je ferai toute diligence pour qne la chose aille bien; nous laisserons le reste entre les mains de Dieu.

Je remercie infiniment V. S. des attentions que vous voulez bien avoir pour moi et ma maison. J'ai été moins afiQigé de l'indisposition de ma chère femme, depuis qu'elle m'a écrit que son mal, loin de lui ôter les forces, devoit au contraire les augmenter, à cause des dents qui lui poussoient.

lia LETTRES

Je suis pour toujours votre très -obligé, et je vous baise humblement les mains.

AU MÊME (i).

Paris , 5 septembre 1642.

J'avois le plus grand désir que le petit tableau du baptême de J. C. vous parvînt sùremeiit et promptementy afin que vous connussiez par là combien je voudrois être à même de vous servir. Mais d'autre part je craignois sa comparution devant vous , dont les yeux ont tant de délicatesse pour connoître les belles choses. Quoique V. S. m'ait fait tant de fois l'honneur de se plair^ aux œuvres de mon pinceau, je n'ai pu cette fois trouver la hardiesse de me promettre tin pareil succès, malgré le soin que j'ai mis à faire ensorte que ce tableau puisse aller de pair avec quelquesuns de ceux que vous avez chez vous. Le ciel, sous lequel il a été fait, me fait douter qu'il soit aussi agréable à vos yeux que les précédents. Cependant si , dans la comparaison que vous allez en faire, vous trouvez qu'il se soutient en leur compagnie, je m'en réjouirai beaucoup, et ce sera pour moi un motif d'oser chercher à vous

(i) Celte lettre est tirée du recueil de Bottari, ettra4aite.

DE POUSSIN. Il3

Servir encore^ comme c'est l'objet de mes plus ai^dents désirs. Je vous baise respectueusement les mains, et je fais profession d'être pour toujours votre très-humble serviteur.

AU MÊME (i).

Paris, ce i8 septembre 164a.

Je regarde comme une grande récompense la lettre du lo août, par laquelle V. S. me marque que le petit tableau du Baptême de J. C. a répondu à son attente. J'aurois été encore plus satisfait si la petite caisse vous avoit été remise par , le courrier de la manière que j'avois prescrite à M. Stella, lequel définitivement m'a mal servi, quoiqu'il m'ait bien positivement mandé que je devais être fort tranquille, que la caisse vous seroit fidèlement portée, et que le courrier n'avoit rien demandé pour le port,, ayant dit lui-même qu'il vouloit la porter gratis, parce qu'il avoit à V. S. des obligations particulières : Voilà tout ce que j'en ai pu tirer.

Pour ce qui regarde les copies de Raphaël, quand M. de Chantelou vous les envoya, je le priai de faire en sorte qu'elles vous fussent pré-

(i) Cette lettre est tirée du Recueil de Bottari, et traduite.

Il4 LETTRES

sentées d'une mauâère plus gracieuse que tie le furent les portraits. Mais je vois qu'en toutes ces choses il est arrivé précisément ce que j'avois le moins imaginé ; c'est pourquoi je vous prie trèshumblement de m'excuser, moi le premier, et de croire que si j'avois pu trouver quelque chose de mieux pour les objets de votre goût, je Taurois fait de tout mon cœur.

J'ai reçu hier votre lettre du 16 août, à laquelle celle-ci servira aussi de réponse, n'ayant pour le présent rien autre chose à vous dire, sinon que mardi prochain , si Dieu le -veut, je me mettrai en voyage.

JTécrirai à V. S. de Lyon et des autres lieux

où je me trouverai, afin que vous sachiez que

.partout où je serai vous aurez en moi un trés-

humble et très-dévoué serviteur. Je finis en vous

baisant les mains.

A M. DE CHANTELOU

Paris , le 21 septembre 164a.

Monsieur, vendredi au soir je reçus votre lettre avec les dessins de la chapelle de Dangu. Voici comme je considère lesdits dessins, desquels je dirai librement mon opinion, sauf toutefois un meilleur avis. Ceux de M. Le Vau et ceu^ de

DE POUSSIN. Il5

M. Adam diffèrent trè^-peu, ayant été peut-«tre astreints à la même cho$e par la situation de la porte de ladite chapelle. On lès peut égale-* ment estimer, pour ce qui touche la distribution das pilasU*es; mais il me semble que l^s colonnes rondes de T^utel de M, Le Yau. ont meilleure grâce que les pilastres qui touchent l'autel et qui en portent le fronton , dans le dessin de M Adam, marqué B. D'autre part, la proportion du tableau, dans le de3sin de M. Adam, est plus belle et plus commode pour peindre quelque chose , que n'est celle de M« Le Yau. Pour ce qui est des flancs de la chapelle, il me semble difficile de pouvoir faire une meilleure distribatipn que celle qu'ils ont faite dans leur dessin marqué X, Si on voulait y mettre les pilastres deux à deux , comme au dessin O, il s'ensuivroit deux inconvénients: le premier viendroit de ce que d'un côté la porte se trouveroit proche d'un des pilastres , tandis que de l'autre il resteroit un grand espace vide ; ce qui ne seroit pas une moindre laideur que de voir, dans une face humaine, la bouche sur la joue, au lieU d'être au milieu du visage et au-dessous du nez. Le second inconvénient seroit que lesdits pilastres étant accouplés, l'espace A du dessin n'auroit aucun rapport avec l'espace B, ni B avec C, qui sont les deux bouts du mur; et néanmoins que l'espace A soit égal à celui de G#, le pilastre seul A , n'étant que la moitié des pilastres accouplés A, ne s'accorderoit pas avec eux.

Jl6 LETTRES

Pour ce qui touche les ornements des entrepilastres , il me semble qu'étant cannelés et riches d'eux-mêmes , il se faut bien garder de gâter leur beauté par la confusion des ornements; car telsincidents ou parties accessoires ne doivent être adaptés aux œuvres dont les parties principales sont déjà belles, si ce n'est avec de la prudence et un bon jugement, afin que par iceux illeur soit apporté de la douceur et de la grâce; lès ornements n'ayant été inventés que pour modérer une certaine sévérité qui constitue Tarchitecture simple. C'est pourquoi il m'a semblé qu'il sufBroit d^orner les entrepilastres de la manière que je l'ai enseigné au dessin marqué Z. Ce seroient certaines petites tables relevées d'un pouce ou environ, avec des têtes, de chérubins au-dessus , et au-dessous de petits cartels ployés en forme de S, avec une coquille qui les joigne. Entre les deux petites tables, il reste la place d'un cadre long avec sa bordure, que l'on pourroit diligemment entailler, et sur le fond duquel on feroit des figures, soit bas-reliefs, soit peintures, qui représenteroient les douze Apôtres, se trouvant justement douze intervalles ou entrepilastres. J'ai communiqué ma pensée au Sieur Adam , qui l'a approuvée. Pour ce qui est de la frise , un feuillage y conviendra fort bien , pourvu qu'il soit d'assez bas -relief, afin qu'il reçoive moins la poudre et l'ordure. Vous avei. Monsieur, fait apporter des exen>p]es de Rome qui

* DS POUSSIK. 117

pourront beaucoup servir. Si, puis après, Dieu me donne la grâce de revenir sain du pays là où je vais, je me. ferais un véritable plaisir de Êdre les dessins de Tomeitient de la voûte , avec tout ce qui plaira à Monseigneur et à vous.de nie commander.

Je joindrai à la présente ces deux lignes, pour vous supplier de croire que je pars d'ici avec grand regret de n'avoir pas le bbnheur de vous dire adieu personnellement,, et de ce qu'il faut qu'une feuille de papier fasse cet oflfice pour moi. Je vous dirai donc adieu : Adieu., mon cher protecteur; adieu, l'unique amateur* de la vertu; adieu, cher Seigneur, vous qui mériter vraiment d'être honoré et admiré; adieu, jusqu'à tant que Dieu me donne la grâce de revoir votre bénigne face. Cependant je demeure, Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

P. S. Je vous renvoie les dessins, afin que vous les considériez.

AU MEME

Df Home , 1« z*' joar de Tan 164^*

Monsieur , je ne sais quel jugement vous ferez de moi , lorsque je veux faire un métier contraire

Jl6 LETÏAKS

à celui cjue je professe. Véritablement faorois usé dé siletice, si j*easse crn âvoiï' satisfait km(m Aè^tAt pat quelques hamttbles i^ecômmandatiotts qit'é jfe vôii^'al faltéS datis tes lettres qtié fa4 éérttë^ à M. Hethy Vuibcrt; rtiais sachant bien que ce n'étoit pas assez , j'ai quitté le ptnCteaU poitir ittetire la ïifiaih k la plume , et vous àdtesser ces ded^x lignes, ^oùs Saluant humblement par ieellés ,' ^ vous sôMialtant une bomie et heureuse année. Il est in*ai que- pour cela îl ne fout être ni gTËitomairièn ni ^nd ol^ateur. Que si f étoi^ tel, je ile férois autre chose que vous ëcfire^ pour vous persuader de me commander de von^ servir en quoi que ce fôt; car c'est tout ce^ue je désire; et aussi que vous croyiez, Monsieur, que toute- ma vie je déineut^eraî votre humble et affectîoniié serviteur.

potissm.

AU MEME

De Rome, le 9 juin xS4S*

Monsieur , votre très-chère lettre de Turin m'a ôté d'une p^ne non commune; d'autant que, depuis votre départ de Rome, je n'avois point reçu de nt)ttveUes certaines ni du jirogrè^ de Vôtre voyage , ni de l'état de votre santé. Maito-

ienaot je me trouve Famé moins inquiète, néanmoins qu'elle ne puisse pas retourner en sa tranquillité ordinaire jusqu à ce que je sois cert^n de votre arrivée à Paris^ Au surplus, ceux de qui vous êtes l'appui et la consolation, étant demeurés comme orphelins pendant un si long et si fôcbeux voyage, seront en proie à la tristesse jusqu'à. ce qu'ils vous revoient, car ils se peu- W0mA imaginer les dangers que vous avez courus , et ils ne savent pas que:])ar l'aide de Dieu vous ayez évité les plus grands dont vous pouviez être menacé. Le bon M. De La Yarenne et le cher •M. Lemaire sont ceux qui auront été plus vive* menl touchés de telles appréhensions. Le danger même où ils se peuvent trouver en personne est ^ssez capable de les affliger. Je remercie Dieti de m-avoir préservé de cette peine , puisque mêmement je l'eusse prise en vani. La mort du Roi et la retraite de la cour de Monseigneur, ont été deux choses qui m'eussent £aiit mourir dé déplaisir, lorsque je me trouvois en même temps engagé dans un long voyage. Je vous assure , Monsieur ^ que, dans la cmnmodité de ma petite maison et dans l'état de repos qu'il a plu à Dieu de m'octroyer, je n'ai pu éviter un certain regret qui m'a percé le cœur jusqu'au vif ;^ en sorte que je me suis trouvé ne pouvoir reposer ni jour ni nuit : mais à la fin, quoi qu'il m'arrive, je me résous de prendre le bie*i et dç supporter le mal. Ce

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