I:aO lettres
nous est yine chose si commune que les misères et disgrâces , que je m'émerveille que les hommes sensés s'en fâchent j et ne s'en rient plutôt que d'en soupirer. Nous n'avons rien à propre ; nous avons tout à louage.
Néanmoins que les disgrâces susdites soient ar^ rivées eu peu ^e temps , et qu'elles soient capables de mettre le monde sans dessus dessous, le eher Remy m'a écrit qu'il y a apparence que les choses que nous avons commencées pourront continuer. Si cda est ainsi, vous savez ce que je vous ai promis à. votre départ, et comme je serai toujours prêt à exécuter les ordres de Monseigneur et les vôtres. Je vous avois supplié, long -temps avant votre départ de Rome, de toucher un mot à Monseigneur sur ce que j'ai fait quelques ouvrages dont je n'arrien reçu, et que j*eusse bien désiré d'en avoir quelque récompense, si o*i le trouvoit convenable; mais je crois qu'une infinité de choses auront été cause que ma requête n'aura pas eu d'effet.
Lorsque . vous serez auprès de Monseigneur, je vous supplie très - affectueusement de -vous souvenir de moi, qui suis ici en attendant vos coinmandements.
J'ai vu tous ceux qui copient à Famèse, et leur ai fait part de votre lettre ; ils se montrent tous fort affectionnés à vous servir, et promettent de ne rien faire autre , jusqu'à ce qu'ils vous aient
DE POUSSIN. lai
satis⁢ j'aurai soin que tout aille bien. J'ai présenté votre lettre à M. Errard , qui a été ravi d'avoir de vos nouvelles.
. J'attends avec impatience celle que vous me promettez de Paris, à votre arrivée; je vous supplie de toutes mes forces de ne changer jamais la qualité dont il vous plaît de m'honorer au commencement de vos lettres, à cette fin que je m'en glorifie partout.
J'ai fait vos baise-mains à M. le Chevalier Del Pozzo, qui. vous, les rend au double et M.' son frère aussi; il n'y a personne qu'ils chérissent autant que vous, et ils vous seront toujours obligés et affectionnés. Je suis. Monsieur, votre
humble serviteiu*,
P. ' S. Je baise les mains à MM. vos fi*ères.
AU MÊME
De Rome, le a a juin 1643.
. Monsieur et maître , après m'avoir honoré de Vos nouvelles , et m'avoir annoncé votre arrivée à Turin, par votre lettre du ai du passé, maintenant vous me Élites une double faveur par celle ^u'il vous a plu m'écrire de Lyon. Je vous puis ^ire avec vérité que j'ai été transporté d'aise cjuand j'ai su que , par l'aide de Dieu , vous aviez échappé aux dangers que vous pouviez craindre :
i32 LETTRES
je me flatte qu'à présent vous êtes arrivé à Paris, et que vous avez fini heureusement votre longue et fâcheuse course. Je fis une réponse à votre première lettre aussitôt que je l'eus reçue, et je vous y assurai (hi dévouement que j^aurai toute ma vie à vous servir; mais je crains que vous n'ayez pas agréé la prière que je vous faisois touchant mes intérêts, sans vous laisser trop te temps de prendre haleine : je Vous en demande pardon. La promptitude que j'ai remarquée en vous , quand vos amis vous ont requis de qtidqûfe faveur, m'a fait croire que vous n'êtes janftais las de faire plaisir. Je n'entends pas pourtant quê> pour satisfaire à la prière que je vous ai dite, vous vous portiez à une démarche qui vous seroît désagréable; mais si c'étoit chose qu'avec le temps et l'occasion vous pussiez faire , je vou» en serois grandement obUgé: néanmoins mon mal est de la qualité de la brûlure, à qui il faut incontinent appliquer le médicament pour en être bientôt guéri.
Pour ce qui est de la régence de la Reine mère, et ce qui s'est passé depuis la mort du Roi, nous en avons eu avis : l'on dit aussi publiquement que l'on priera Monseigneur de tetoumer en cour. Si cela est ainsi, je. prie Dieu de tout mon cœur que ce soit à son grand honneur et contentement. Au reste, je ne doute point qtie vous n'éprouviez beaucoup plus de crainte que de jcMe à retourner dans les embarras de la cour;
DE POUSSIN. ta3
le repos et la tranquillité de l'esprit que vous avez possédés sont des biens qui n'ont pas d'égal, finalement vous ne devez pas mettre la perte de ma conversation au nombre des choses qui méritent vos regrets; c'est bien moi qui me dois plaindre de ne jôùir plus de votte douce présence; mais puisqu'il est ainsi « à mon très-grand déplaisir, je me consolerai si j'ai du moins le bonheur de vous servir. Si donc, Monsieur, vous connoisses en moi qttelque talent qui vous puisse apporter quelques sorte de plaisir , me voici attendant vos commandements, et vous assurant bian que je les exécuterai de tout mon coeur: pour eet effet , je ne m'engagerai avec personrie , afin de demeurer tout entier votre très -humble
et très -affectionné serviteur,
P. S. MM. vos frères jf ouveront ici mes trèshumbles bâise-mains. #V
Hier au matin je fus à Farnèse pour voir en quel état étoient vos copies. Celle que M. Mignard a entreprise est finie. M. Le Rieux en a fini isiie y la Vierge 4 mi-corps découvrant un petit Christ qui est couché sur un oreiller. M. Lemaire a fim son Dieu de Pitté de Carracci; M. Errard aura bient&t fini ses portraits. Le Napolitain n'a pas beaucoup avancé la Vierge au Chat, mais il prpmet de continuer à y travailler. Nocret a été malade , de sorte qti'il n'a pu rien taire; Le Riéux a ébauché encore la Vierge au Chat. Le tout va
assez raisonnablement bien , et chacun s'efforcera
de £aire le mieux qull lui sera possible. Vous vfie
manderez , s'il vous plaît , ce que vous désirez
que l'on fasse.
AU MEME
De Rome , le 4 août i643«
Monsieur^ j'ai reçu la vôtre, du 9 juillet, à la* quelle je n'ai pas voulu manquer de répondre, comme j'ai fait pour toutes celles généralement qui! vous a jJu de m'écrire, depuis votre départ de* Rome jusqu'à présent. J'ai reçuj, comme je vous ai écrit par ma dernière, la vôtre du 1 1 juin, avec une lettre de change en vertu de laquelle, ainsi que vous me l'avez ordonné, j'ai reçu huit cent trente-trois écus de dix Jules, en cette monnoie de Rome. Sur cMlMomme, j'ai déposé six cents écus à la banque du Saint-Esprit; je garde le reste diez moi, pour avoir plus de commodité de faire les paiements à ceux qui. ont fini' quel* ques^unes des choses que vous iperecommanidez particulièrement.
J'ai payé le sieur Pielâro Paulo, ^ulpteur en bois, de six chandeliers que vous lui avez ofdonnés, pour la somme de septante-deux écus et demi, y compris la bordure de votre sainte; nous avons rabattu douze écus qu'il avoit eus pour arrhes.
DE POUSSIN. laS
J'ai £ait prix et donné des avances au doreur^ pour les dorer, pour la somme de septante écus les six. Il m'a semblé qu'il convenoit bien mieux de les faire dorer entièrement, que de les laisser en partie dérouleur de chair; cela a trop de son pauvre homme et du Saint de villa^. J'aurai l'œil ouvert afin que le tout se fasse diligemment et comme il appartient. Du reste, je suis ravi que vous m'ayez honoré de cette commission, et ne la céderai point à d'autre, tant que j'y pourrai vaquer, et je sais bien pourquoi.
M. Errard vous a écrit que tout alloit bien à Famèse; bien, oui, mais non pas très-bien; car, premièrement, Mignard a fait sa copie différente pour le coloris de l'original , autant comme il y a du jour à la nuit; et sans l'avoir fait voir ni à raoi ni à M. Errard, il l'a apportée chez lui, là où il la fait copier .Du reste, quand je lui ai demandé le prix , il m'a dit ne le pouvoir pas fixer à moins de quatre-vingts écus; le temps où la copie seroit finie, il m'a répondu : dans deux mois d*ici. Voilà, pour celui-là, en quel état est la chosç.
Le Rieux a* fini une de ses copies, savoir la Vierge à mi-corffe qui lève un voile de dessus son petit Christ. Elle est copiée moyennement Wi; mais celui-là du moins s'accommode à la ^ison et se contente de vingt-cinq écus.
Le Napolitain Chieco est celui de tous, comme J^ crois, qui imitera mieux la Viergo surnommée ^ella Gatta; mais il est si long, que c'est la
Ja6 LETTRES
iport : la copie n'est pas finie à moitié. Nous sommes convenus du prix, et , compris les arrhes qu'il a reçues , il se contente de septante écus ; il me semble que ce n-est pas trop pour le travail qu'il y a. Le Rieux a ébauché sa copie du même tableau; mais il ne peut y travailler que quand Taufre aura fini. Je donnerai demain un peu d'ar* gent à Chieco, afin de Tobliger à promptement finir l'ouvrage commencé.
!> sieur Nocret fait le diable, je ne sais pourquoi: 11 a fini tellement quellement la Yierge à la détrempe d'après le Parmesan , et parce que je la lui ai fait corriger en plusieurs endroits, il n'en veut rien moins de trente-cinq écus. Ce qui est étrangement fâcheux, c'est qu'il s'est mis en tête de ne pas finir les portraits qu'il a commencés , n'alléguant point d'autre excuse, sinon qu'il a trouvé à gagner davantage qu'en les faisant à moins de soixante ou septante écus. Quant àtnoi, je demeure muet, quand je vois que des gens de ce calibre prétendent à de si grandes récompenses pour ce qu'ils font. Il me déplaît extrêmement qu'avant votre départ vous ne soyez pas copvenu de prix avec tous ceux que vous employez; main* tenant que vpus êtes absent, et qu'ils voient qu'il n'y a que moi qui m'intéresse à ce que vos affaires aillent à votre satisfaction , ils se sont secrètement accordés, ayant entre les mains ^t l'ouvrage et les avances, à tenir bon et à se faire courtiser et payer à leur mode. En tout cela néanmoifis il y
DE POUSSIN. la»-
âuroit uae médiocre difficulté, si ce n'éloit que je ne sais pas votre volonté, ni ne comprends suffisamment en quelle manière vous avez fait votre compta; ce qui fait que je vais avec une grande réserve. Vous m'écrivez ainsi : l'argent que je vous envoie servira pour payer les copies que j'ai fait faire à Farnèse^ les chandeliers, le tableau de S. Pietro in Montorio, le tableau de Foligno, et les quatre copies de chez M. le Gb^ valier Del Pozzo; outre ce qa^tl £iiidra dépenser pour le transporter, &k caisse^ et autres choses. Cette manière (f écrire m'a fait penser que vous déskiez peu dépenser pour chaque chose ; et partant j'irai ménageant votre argent le mieux qu'il me sera possible, sans attendre la réponse à celle-ci, car il n'y a personne qui veuille tant attendre.
£ntre toutes les choses qui se passent ici touchant vos affaires , merveilleuse est l'extravagance du seigneur Chapron, lequel après nous avoir remiç de jour en jour, et n'ayant jamais voulu travailler pour vous, depuis votre départ jusqu'à ce moment, dit enfin qu'il a une lettre de M. Renard , comprise dans celle que ledit Renard a écrite à M. Passard, laquelle porte que vous avez dit tant de mal de lui audit Renard , que vous le lui avez rendu ennemi déclaré, d'ami et protecteur qu'il lui étoit: il ajoute, que ce n'étoit pas ce qu'il attendoit de vous, et sous ce faux et ridicule préteste , il a totalement renoncé à la cqu-
laS LETTRES
tinuatioo de l'œuvre si bien commeDcée. Mais parce que les moines du lieu, moi, et M. Errard, Tavons prié comme à mains jointes de ne laisser point, pour de fausses impressions, on oavrage si avancé, celui surtout pour lequel vous aviez dépensé de l'argent et employé tous vos amis d'ici; enfin , vaincu , il a dit qu'il en avoit perdu le goût; et qu'il ne savoit pour qui il travailloit ni à quelk condition. Nous l'avons prié de s'accommoder du prix , et de se mettre à quelque raison ; -mais nous n'en avons pu tirer qu'une demande qui nous a fermé la bouche: Il nous a dit qu'il ne travailleroit jamais à moins de six cents écus de paiement, et qu'il vouloit toucher maintenant deux cents écus. Je n'ai osé lui offrir plus de cent pistoles , dont il s'est moqué , et il a dit nux moines qu'ils remissent leur tableau à sa place s'ils vouloient, et que quant à lui il n'y travailleroit jamais. Vous pouvez ordonner ce que vous voulez que l'on fasse de l'ébauche , que nous laisserons chez Iqs moines jusqu'à ce que nous ayons reçu votre réponse. Nous avions pensé à chercher, quelqu'un qui remplaçât Chapron ; mais nous ne trouvons personne qui veuille finir les choses commencées par un autre, si ce n'estdes copistes à la douzaine, qui ne feroient rien qui vaille; outre que les moines sont extrêmement Ij^s d'attendre, et que de toute manière ils veulent remettre ledit tableau en son lieu , pour les quarante heures que l'on y va faire, et jtirent fort
et ferme que jamais plus ils ne souffriront qu'on I ote de sa place : voilà ce qui se passe à l'égard de cette affaire.
Nous ne trouvons personne qui veuille aller copier le tableau de Foligno. M. Lemaire aura fini un de ces jours le Dieu de Pitié de Farnèse , que je retirerai quand il sera fait, si nous nous accommodons du prix. Pour M. Errard , il a quasi fini les portraits , qui seront beaux et bien imités.
Finalement , je tâcherai d'accorder tout à votre avantage sans attendre d'autre réponse; car il n'est pas raisonnable que vous perdiez et la peine que vous avez prise, et l'argent que vous avez avancé.
Nous chercherons qui vous copiera bien les tableaux de M. le Chevalier Del Pozzo^ avec M. Errard , si celuin^i veut en prendre la peine , comme je crois qu'il le fera, plus pour l'amoiur de vous que pour l'ouvrage.
Quand vous m'aurez envoyé la mesure de votre petit tableau de Raphaël, je tâcherai de vous servir le mieux qu'il me sera possible. Pour ce qui est de mon intérêt^ je n'en parlerai jamais; je vous demande pardon de ce que j'en ai dit. Je suis ,
Monsieur ,
Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
l3o LETTRES
AU MEME
De Rome , le a5 aoni i64.3.
Monsieur, il m'a semblé nécessaire de vous avertir, sans attendre davantage, de ce qui.se passe ici touchant les choses dont vous m'avez donné le soin, afin que vous puissiez penser à donner ordre à ce qui ne dépend point de ma diligence.. Premièrement, vous êtes frustra de l'attente que vous aviez, non t seulement de la copie en petit du tableau de Saint-Pierre in Montorio , paais aussi de la grande , le sieur Chapron ayant, de propos délibéré et sacs aucun sujet, abçmdonnç Vœuvre. Son procédé et sesi i;i;)^eateiies ne sont point racpntabies; il suffît de vous dire qu'il est si impudent, qu'il chante des vers. clifïamatoises sur le compte de Monseigneur : . vous .pouvez bien vgus imaginer d'où cela, vient. Vous mp ferez savoir ce que vous voulez qjje Toa fasse de l'ébauche; je la ferai rester en dépôt entre Ifi^ mains des moines de Saint-Pierrp , lesquels, ç^MS un grandissime déplaisir ne peuvent supporter qu'un maraud de cette étoffe vous traite si mal. Je vous assure qu'ils ont eu toute la patience qu'humainement il se peut avoir , et s'ils avoient l'espérance de voir finir l'œuvre commencée, ils
DE POUSSIN. l3l
soufiriroient pour un long temps encore rincommodité quHis ont reçue jusqu'à présent; mais d'autant qu'ils voient que ce ne seroit faire autre chose que perdre le temps, ils ont décidé de parler au Cardinal. Barberini, et de le prier de permettre qu'ils remettent le tableau en son lieu. Ceux qui copient à Farnèse ue se montrent pas plus affectionnés à faire leur devoir que Cbapron; principalement Nocret, I;iemaire, Le Rieux et Mignard^ qui tous, de commun accord, se veulent faire payer à leur mode, et né veulent point £Biire les secondes copies qu'ils avoîent com* mencées. Je ne sais pas quelles espérances vous leur avez données; mais quand ils ont vu les choses retournées , ils ont tous montré les dents comme des chiens enragés, et ont pris plaisir à vous maltraiter de leur mieux, ce qui m'a contraint de m'accorder avec eux aussi bien que j'ai pu. Enfin fai retiré de leurs griffes: de La Maire, la copie du Dieu de Htié d'Annibal Carracci; de Nocret^Ia Vierge d'après le Parmesan ; de Le Bieux , la copie de la Vierge à mi-corps; les portraits de M» Errard; eofio la copie de votre portrait faite par Nocret. U ne reste que la Vierge au Chat, que le Napo* htain finit, et celle de Mignard, qu'il retient chez lui pour la &ire copier. Vous aurez donc une copie de chaque sorte, de quoi vous vous pourrez contenter, car ce n'est pas chose que vous deviez beaucoup souhaiter que d'avoir de doubles co-
li'À LETTRES
pies. Je n'estime pas que votre aident y fut bien employé ; vohs le verrez bien par ceUes que je vous enverrai , et s'il n'eût pas autant valu l'employer à d'autres choses.
Je vous ai prié , par ma dernière , de me mander ce que vous voulez que je fasse de l'argent qui vous restera , puisque personne ne veut aller copier à Foligno.
rai prié Fra Giovanni de vous écrire ce mot, pour confirmation des extravagances de Chapron, et Errard vous en auroit fait de même, si ce n'eût été son indisposition: il a eu la fièvre quelques jours, et comnrence à se porter mieux; mais cet automne il vous en dira plus de bouche que je n'en saurois écrire en huit jours.
J'ai trouvé la pensée du ravissement de saint Paul, et la semaine prochaine je l'ébaucherai Quand aussi j'aurai Êiit quelque chose de bon goût je vous le destinerai , n'ayant pdint d'autre gloire ni de plus grand plaisir que de vous servir.
Nous nous consolons, dans Tespérance du rap*pel de Monseigneur, et nous prions Dieu que ce soit bientôt^ à son contentement et au vÀtre. Quand j'aurai retiré chez moi toutes les choses que vous désirez, je chercherai l'occasion de vous les envoyer; mais si vous aviez quelque corres-* pondance à Marseille et à Lyon , vous feriez bien de nous en avertir.
Pour ce qui est de mon côté, je tne consulterai
DE POUSSIN. l33
bien sur ce sujet, et ferai le tout avec diligence et soin plus que si c'étoit pour moi-même ; cependant je demeure à jamais ,
Monsieur ,
Votre très-affectionné et très-humble
serviteur ,
AU MÊME
De Rome, le a3 septembre i643.
Monsieur, j'ai reçu la votre du ^17 août, qui me confirme ce que vous m'aviez déjà écrit par vos précédentes; de là je conjecture que vou3 n'avez point reçu mes réponses , et je n'ai pourtant jamais manqué de vous écrire toutes les jCbis que j'ai reçu de vos nouvelles. Je vous ai , par plusieurs fois , écrit ce qui se passoit à l'égard de vos copies, tant de Famèse, que de Saint-Pierre in Montorio; de sc^rte qu'il seroit superflu de vous en dire davantage^ Je n'attends autre chose pour vous les envoyer, que la copie du Napolitain et les chandeliers, qui ne sont pas finis de dorer. J'aurois été très-aise qu'il eût été possible de vous envoyer le tout devant que l'incommodité de l'hiver fut venue; mais nous avons afi^ire à des gens qui ne finissent jamais, et je vous jure que la
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sollicitaticm fi'est de rien auprès d'euic. ympère , ver^ la fin de ce mois, avoir la susdite copie et les chandeliers ; aussitôt que je les aurai , je les ferai emballer avec toutes les autres choses, et vous les ferai tenir par la voie la plus sûre.
Je vous ai feît savoir comme le sieur Chaprou avoit laissé et abandonné la copie de la Transfiguration. Je vous jure, devant Dieu, que je n'ai jamais connu un homme d'un si déshonnéte procédé , moins raisonnable et plus menteur. Je crois qu'il vous aura fait écrire tous les mensonges dont il est le père ; mais M. Ërrard , qui sait une bonne partie de la chose, et qui est témoin comme l'on a tâché par tout moyen de le bien traiter, vous dira de bouche tout le fait. Je peïise qu'il arrivera à Paris plus tôt que la ^présente ; il vous dira également comment Antoine, sculptetnr, s'est comporté envers vous, mémement ce qu'il a fait des modèles de cire que vous prétendiez vous appartenir.
Pour ce qui est du bon M. Thibaut, i) est honnête homme et fort affectionné à vous servir. Vous faites une œuvre de charité de l'aider des vingt écus que vous m'ordonnes de lui donner; il ne restera pas ingrat, je vous assure bien. Je lui ferai savoir la bonne volonté que vous avez pour lui, et les espérances que vous lai donnes, si les choses des bâtiments se remettent^
Je ne manquerai pas de voir M. Vitelleschi, et je chercherai tous les moyens qu'il faudra prendre
DE POUSSIN. l35
pour faire sortir les objets en question et vous les envoyer.
Si M. Remy vous a dit quelque chose touchant mon retonr, il ne s'est pas trompé , car j'irois au bout du monde pour servir Monseigneur et pour vous obéir ; mais je ne pourrois pas sitôt me résoudre à partir, ina femme étant assez mal disposée , et mon beau -frère Jean ayant été sur le point de perdre la vue, accident dont il n'est pas encore bien guéri. Si je vis jusqu'au printemps qui vient, je me disposerai plus volontiers au voyage; cependant je ne saurois suffisamment remercier Monseigneur des offres qu'il me va faisant, et de ce qu'il lui plait de me conserver le logement qui m'a été donné à son instance et par sa bonté. Je lui rends une infinité de grâces de ces témoignages de bonne volpnté; c'est à vous, Monsieur, que je suis redevable de tant de faveurs.
Les copies de chez M. le Chevalier del Pozzo ne sont pas commencées. Je n'ai trouvé que Francesco^ le Napolitain, qui m'ait promis d'en faire deux, la confirmation et l'extrême-ouction; mais j'appréhende sa longueur.
Bientôt je ferai votre petit ravissement de saint Paul, et incontinent fini je vous l'enverrai. Si les cartons de la galerie ne m'occupent point, j'aurai moyeu de vous servir avec commodité; je me sens bien d'humeur à faire quelque chose de bon. Si l'on continue la galerie, ainsi que me le mande M. Remy, et que l'on veuille que j'en-
voie les cartons, selon la coutume, je le ferai volontiers, si Monseigneur en est content; car autrement, je préfère de beaucoup de m'employer à faire des tableaux, où j'ai du contentement et du plaisir, joint à Futilité que j'en reçois.
L'opinion que vous avez de répéter les Termes qui sont faits , est conforme à ce que j'avois proposé dès le commencement ; cela étant , nous pourrons poursuivre et faire promptement et facilement le reste. ,
J'attends que vous m'ordonniez ce que vous
voulez que je fasse de l'argent qui vous restera. Je ne me souviens pour le présent d'autre
chose qu'il soit besoin de vous faire savoir, sinon
que toute ma vie je demeurerai,
• Monsieur,
Votre très -humble et très -obligé serviteur,
AU MÊME
De Rome, le 5 octobre 1643.
Monsieur, pardonnez-naoi, je vous supplie, si j'ai laissé passer un ordinaire sans faire réponse à la vôtre ~ dernière du 3 septembre. Il est vrai que si vous m'eussiez mandé par icelle quelque chose sur quoi il eût fallu incontinent vous faire
réponse, je n'eusse pas remis la partie à cette fois. Le bon M. Remy m'àvoit prié dp lui envoyer les dessins de deux des médaillons qui seront peints sur les fenêtres de la galerie , entre les Termes y afin que par ce moyen il pût terminer la dixième travée. Cela m'occupe en telle mar nière, que je n'ai p|^ pu vous écrire au long ce qu'il faut que je vous fasse savoir; et quoique maintenant vous ayez reçu toutes les lettres que je vous ai écrites , et que vous sachiez comment les choses que vous aviez ordonnées ont été exécutées, pour plus de certitude je vous en redirai deux mots.
Je n'ai pu avoir, de ceux qui copient au palais Faroèse, autre chose qu'une seule copie de chaque original , quoique j'aie traité avec eux de la manière la plus convenable. Enfin il a fallu en passer par où ils ont voulu; mais, je vous prie, ne désirez point davantage q.ue ce que j'ai obtenu, pour n'avoir plus de dessous en. toute cette affaire-là.
Pour ce qui est de Chapron,.il vous a fait écrire ; ainsi vous verrez ce qu'il désire de vous , ^t vous me direz ce que vous voulez que je fasse. L^s bons moines ont eu patience jusqu'à cette heuije , et n'ont pas encore remis leur tableau ; mais il eil faut remercier la fortune , d'autant qit'au milieu des affaires qui courent, ils n'oseroient en parler au Cardinal Barberini ; qui diffidlement leur donne audience , ayant maintenant
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assez de qaoi s'occuper. Ils disent qu'ils attendent votre résolution; ils ont en dépôt la copie que ledit Chapron a tâché de retirer telle qu'elle est; mais il s'est trompé. Il semble que maintenant il lui fâche d'avoir conduit l'œuvre si avant et d'en demeurer là ; mais c'est le mauvais conseil qu'iji a pris qui en est cause. iQuant à moi, je n'ai jamais connu un cerveau comme celnî-là; il n'a aucune raison et ne connoît aucune bienséance; ce qu'il affirme aujoiu'd'hui , demain il le niera effrontément, quand il y auroit eU cent témoins. Pour le sieur Chîeco , tant de proitaesses que l'on veut, il en donne, mais les effets sont bien rares ; on ne sauroit en voir la fin ; c'est son procédé avec tout le monde, particulièrement avec ceux qui le traitent bien. Il n'a point fini encore sa copie, et il n'y a que lui qui empêche que je vous envoie ce que j'ai de terminé. Aujourd'hui j'ai fait encaisser vos six beaux chandeliers avec la bordure de la tête; j'ai fait faire le tout avec diligence. Incontinent que ledit Chieco aura fini, je ferai encaisser vos tableaux et votre portrait en cire, et vous enverrai le tout par la meilleure et la plus commode occasion qui se présentera. Je vous ai écrit que M. Antoine est parti d'ici sans. faire bruit, et ne m'a rien laissé de ses modèles ; M. Errard vous racontera comme va l'affaire. Pour M. Thibaut, il mérite qu'on lui fasse du bien : vous l'avez ressuscité , tant par les vingt écus que vous voulez que je lui paie, que
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par les témoignages que vous lui donnez de Taffection que vous avez pour lui; il vous remerciera par lettre, et vous servira en tout ce que TOUS lui commanderez. Il fera bien de demeurer encore ici Une année; je vous assure qu'il a fait grand progrès en peu de temps. M. Yitelles chi est hors de Rome pour jusqu'au ao de ce mois ; sitôt qu'il sera de retour, je Tirai voir pour ce que vous savez. Les copies de M. le Chevalier del Pozzo ne sont point commencées, faute de trouver quelqu'un qui sache les faire. Ayez patiquce , je chercherai tant que je trouverai quelqu'un.
Je vous ai fait savoir qu'il vous restera de l'argent: j'attends votre réponse et vos ordres; néanmoins quand les copies de M. le Chevalier del Pbzzo seront payées, ce qui restera ne sera pas considérable. Quand j'aurai fait encaisser toutes ' les choses que j'ai présentement à vous , et que je les aurai consignées , je vous en donnerai avis et vous enverrai vos comptes , afin que vous sachiez au juste ce qui vous restera. Incontinent que j'aurai mis en ordre un petit tableau que j'ai commencé, je mettrai la main au petit ravissement de saint Paul , et quand il sera fait je vous le ferai tenir par la voie du courrier, d'autant qu'il sera assez portatif.
Si M. Remy vous a dit quelque chose de mon retour, ce que je lui en ai pu dire n'a été que pour amuser ceux qui convoitent ma maison du jardin des Tuileries ; car , moj) cher maître , à
l4o , LETTRES
VOUS dire la vérité , Monseigneur étant absent de la cour, je ne saurois, pour quoi que ce fût, penser à retourner en France; et quoique ce pays-ci soit assez menacé 4e quelque détourbier, je ne saurois penser à en sortir : ne savez -vous pas bien que quand les mau^ nous doivent arriver^ ils nous trouvent partout?
Le pauvre M. Snelles croyant s'en retourner jouir de la douceur de sa patrie , car il n'en avoit qu'une seule, dont il avoit été long-temps privé, n'a pas eu le bonheur de la toucher de ses pieds seulement; à peine l'a-t-^l vue de loin, et il a rendu l'esprit à Nice en Provence, n'ayant été malade que trois jours. Et puis qu'ai -je affaire de tant tenir compte de ma vie, qui désormais me sera plutôt fâcheuse que plaisante? La vieillesse est désirée comme le mariage ; et puis quand on y est arrivé, il en déplaît. Je ne laisse pas pourtant de vivre alègre le plus que je peux, me réjouissant surtout qu'il vous plaise de me donner occasion de vous servir.
Les nouvelle^ que vous me mandez touchant ce qui se passe en Cour , ne m'étpnnent en. aucune manière ; si nous vivons nous en entendrons bien d'autres.
J'attends que l'on me mande quelque résolution touchant la galerie. Écrivez -moi ce que vous êtes d'opinion que je fasse, et vous m'obligerez beaucoup; et quand il vous semblera à propos, permettezque l'on fasse un peu d'argent des meubles que Monseigneur me fit donner. ^
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Je ne vons sàuroîs mander de grandes nouvelles de ce pays-ci, sinon que la guerre se va tous les jours enflammant de plus en plus. Jusqu'à maintenant le Toscan a eu de l'avantage : pour faire une diversion du côté de Pistoia, les gens du Pape qui étoient, au moins en partie, près de Bologne , y ont donné quelques assauts de nuit , sans qu'il en résultât aucun profit : voilà tout ce qu'il y a de nouveau. Si j'oublie à vous dire quelque chose, ce sera pour la première fois que je vous écrirai; cependant je vous baise les mains très-affectueusement , demeurant à jamais ,
Monsieur ,
Votre très-humble serviteur,
AU MÊME
De Home, le 27 octobre 1643.
Monsieur, néanmoins que depuis quelques jours je me sois trouvé en mauvaise disposition de santé , par un mal d'oreille et une pesanteur de tête qui ne m'ont pas encore quitté , je n'ai pas voulu manquer de vous faire savoir en quel état sont les choses que vous désirez d'ici ; et encore que, par ma dernière, je vous en aie assez
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informé, je ne UtBsetdi pas, par cellf^-ct, de vous en tUre quelqtie chose. Je n'ai point cnicore donné d argent pour l'inscription que vous vouIcé que Toti attache au vtieu de Lorette, parce que le Père llecteur a trouvé à propos d*cn écrire à ceux du lieu 9 pour demander si vous n'avee rien ordonné là touchant cette affaire , et pour savoir le lieu où Tinscription doit être attachée, et comment elle doit être conçue. Vendredi prochain nous aurons la n'épouse, et selon ce qu'elle sera^ nous nous gouvernerons. J'ai été, en compagnie de M. Thibaut, voir le Saint-Itippotyte.
J'ai traité avec Vitelleschi des huit têtes de marbre que vous désirer; mais après une inanité de paroles, la conclusion 9* été, qu'il a dit que vous lui aviefi fait offrir par le Catalan soiitante écus de la pif*ce, et que maintenant vous en voulez dontier moins, cimime si elles étoient moins bonnes qu'alors. Â la fin, nous sommes demeurés (l'accord de cette manière : il s'oblige de faire restaurer à ses dépens les deux bustes qui sont dans l'endroit où étoit le monceau d'orge, et Vous lui donnerez tie toutes les huit pièces quatre cent cinquante écus; c'est tout ce qu'il petit fairél et il prétend qu'à ce prixi» auquel je l'ai fait condescendre, il perd plus de cirufnante ëruSi Voilà l'état où cette affaire est maintenant; lorsque viuis tloUB en donnerez réprmse, vous pènsert^A inasi aux frais qu'il faudra faitif^ pour lt*s ettiballei* et les transporter, fies occasions se rencontrent rare-
ment 9 et toutes ces choses^là vont bien à la longue; à présent il touche à vous d'en délibérer. Quant au tableau de Saint-Pierre in Montorio/je vous ai écrit qu'il étoit remis en son lieu, et que les moines gardoient la copie.
Je croyois savoir quelque chose de nouveau du sieur Cbapron; mais il a fait une nouvelle escapade, s'en étant allé à Malte sans rien dire à personne ; de sorte que je ne saurois traiter avec un autre peintre pour finir ladite copie, sans que premièrement on se soit accordé avec lui en quelque manière, et que Ton sache quelles sont ses prétentions. Sans cela, au retour qu'il pourra £aire, il auroit prétexte de plaider contre moi, comme déjà il m'en a follement menacé. Mais nous aurons du temps pour penser à cela, car quand j'aurois trouvé qui voulût finir la copie, il seroit impossible d y travailler pendant cet hiver, vu l'obscurité du lieu où est maintenant le tableau.
Je n'ai pas encore parlé à M. Le Maire, et à I^e Bieux , pour savoir s'ils voudroient finir les deux copies de Vierges qui ont été commencées à Farnèse f c'est-à-dire la seconde copie de la Vierge au Chat^ et celle que le sieur Mignard a faite; je verrai s'il y a moyen de les contenter, ou de s'adresser k d'autres, puisque ainsi vous le désirez.. I^e menteur de Ii(apolitain nous fera perdre quelques bonnes occasions de vous envover vos affaires; il n'a pas encore fini sou tableau de Farfièse.
l44 LETTRKS
Votre petit 'ravissement de saint Paul est mis ensemble ; je le laisse sécher pour y retoucher.
Vous pourrez voir par ce mémoire-ci Taisent
qui vous reste à Rome» N'ayant rien autre chose
à vous mander, je finirai en vous baisant trè»-
humblement les mains.
AU MÊME
De Rome , le 5 novembre 1643.
Monsieur et très -cher maître, j'ai sujet maintenant de vous dire beaucoup de choses; mais ce que j'ai en la pensée ne sauroit contenir en un petit espace. La joie qui m'a saisi est si grande qu'elle déborde de tous côtés , comme un torrent qui, lorsqu'après une longue sécheresse des pluies abondantes surviennent à l'improviste, sort impétueusement de ses rives. L'heureuse nou* velle du retour en Cour de Monseigneur, s'étant répandue en un instant par toute l'Europe, m'a été annoncée par tous mes bons amis , et elle me revient de tant de côtés, qu'il n'y a plus moyen d'en douter. Dieu soit loué mille et mille fois d'un si rare bonheur qui nous est arrivé. Ce n'est pas en vain que la France se devra nlaintenant appeler heureuse , puisqu'elle revoit dans ses conseils ceux qui seuls peuvent augmenter son
renom et sa gloire. J'attends de votre courtoisie , aux premiers jours , quelques bonnes nouvelles plus amples que celles-ci , qui nous ont été données comme pour nous tenir en arrêt. Il me vient une envie très-effrontée de témoigner à Monseigneur la joie que j'ai de son retour; mais la raison ne me le permet pas encore, et elle me commande même de continuer mon silence jusqu'à un temps plus opportun. Le reste de cette feuille servira pour vous faire savoir qu'aujourd'hui j'ai été voir le père Charles, pour convenir avec lui du parti qu'il faut prendre pour l'inscriptiqu que vous voulez que l'on ajoute au vœu de l'Ange de Lorette. On a trouvé nécessaire d'écrire de rechef à Lorette pour avoir la mesure de la plinthe sur laquelle pose l'ange , et sitôt que nous l'aurons , on travaillera à la plaque d'argent que nous ferons attacher avec grâce , autant que faire se pourra ; et quand le tout sera fait, je vous en enverrai la forme et la figure.
Pour ce qui est de vos autres affaires , il n'y a rien de nouveau depuis que je vous en ai écrit. Laissez-moi faire du reste , et ne vous mettez nullement en peine d'aucune chose, car tant que j'aurai la vie et la santé , j'aurai un soin particulier de tout ce que vous désirez de moi. Je vous ai fait savoir ce que j'ai arrêté avec le Vitelleschi; si vous en êtes content, mandez-le moi. Pour ce qui est du port , maintenant je crois que toutes choses vous seront faciles , et que même il vous
l46 LETTRES
viendra quelque nouvelle envie des choses de ce pays-ci v c'est pourquoi j'attendrai vos ordres , et vous laissant vaquer à vos nouvelles occupations , je finirai la présente en vous souhaitant toutes sortes de félicités.
Je suis, Monsieur, votre très -humble et trèsdévoué serviteur^
Je me porte un peu mieux et de mon oreille et de mon front. Le petit saint Paul veut encore deux jours de caresses ; il seroit fini si ce n*étoît un peu de draperie d'azur qui n'est pas sèche.
A M. DE CHANTELOU l'aÎwé.
De Roai« , le 5 norembre i643.
Monsieur , j'envie grandement les nations qui , ne pouvant exprimer de vive voix les plus hautes conceptions de leurs esprits, ont inventé certaines figures, par la force desquelles elles peu* vent faire concevoir à autrui ce qu'elles Ont en la pensée. Si j'avais ce pouvoir, dans ce petit espace de papier vous pourriez facilement mesurer la grandeur de la joie que j'ai éprouvée , lorsque tout le monde m'a assuré du rappel de Monseigneur en cour. Mais il faut que je me contente de dire qu'elle ne se peut accroître , et , en même
DE POUSSIN. ï/iy
temps y je m'imagine que la vôtre arrive au-delà de l'infini. Vous aurez, s'il vous plait, pour agréable que, en ce transport, je vous tienne compagnie ; les bienheureux ne peuvent connoître la jalousie. Je prie Dieu cependant qu'il vous remplisse de sies faveurs, et pour fin je vous baise humblement les mains.
Je suis, Monsieur, votre très -humble et trèsafFectionné serviteur,
P. 5. Je baise dévotieusement les mains à Messieurs vos cousins. ♦
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A M. DE CHANTELOU