I- . : ■ • '• Il
De Roine, le s 5 novembrA x655.
Monsieur , je n'ai pu jusqu'à présent rien tàWé' pouv vous touchant lès bustes ; tes èinpêchtfnrërife sont grands, et je vous les dirai quand il sera téinps. Actùellériient je veux savoir seulement si, dans le cas où je n'en pourrois point avoir d*antiques , vous voudriez (Jue je vous fisse faire une douzaine dç belles têtes ^ avec un peu de buste d'une seule pièce; elles ne seroient pas moins belles qii£ cc^ vieilW^i téte$ moipcâ toutes rapiéeetéies ,
. Ppur ce qM(i^ Gftpeernç ]ii Vwgô ea grand dont je p^a$ai$ pQi^toîr «K;6<)i¥^i9odfar.Madaaie ]>r Mohi^ ijppil:^ U (y ^st, arrivé ikTeiinpéchmeiit, et jen'cd p^^ dispo^çr , iKMnmie j« croyait; 3'^n reviendoèi d^Q à Itii faic^ wie VWg© ail Egypte vseloa ik p(y^p)ière peYiS)é«^ quf^Ue ^q :^ eu : j'ai '£ai^{)nép!ane« i^i.tpiWi «t j^ xaiftixi'oo«iijpQr. d^ l'iaventi^e. etide i^^di&pwUiAt^ du sujet. . i: : . ; . r: .
Je voiis f^nx^et Mn0 lioutaiâe de paires jàe igânts à U Fr^Agipane;» et di^s meîUaiii». Je ks ai Ikvs^ i»igi|^ Il M. Géric^ut) qui y(>»s k» fem t&fàvtyéti
33o LETTRES
à qui vous rendrez la valeur de six pistoles d'Espagne, qu'il a déboursées pour cet effet.
Je ne la ferai pas plus longue pour cette fois, vous suppliant de croire qu'il n'y a personne qui soit plus que moi. Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. Je vous supplie de vous souvenir de ce dont je vous ai supplié , touchant l'afïaire qui est entre les mains de AL le Surintendant Foucquet.
AU MÊME
De Rome , le «3 déoembre x655.
Monsieur, avant toute autre chose, je vous remercie très-afifectueusement de la bonne volonté que vous avez pour moi , et de ce que vous avez la bonté de vous employer auprès de M. le Surintendant Foucquet pour l'afiFaire que vous savez bien. Mais que cela ne nuise nullement 4 vos intérêts, qui sont, dans cette circonstance, entièrement séparés des miens. Il n'est besoin pour vous que de témoigner que je suis fandé dans mes demandes ; et vous savez mieux que personne que je n'ai rien touché de Tannée quarante-^trois j laquelle j'employai toute entière aux dessins de la Galerie ; et outre cela que je irai rien eu dé la
DE pQussiir. 33i
maison que le Roi me donna ponr ma vie, et dont d'autres que moi jouissent depuis long-temps.
Je suis allé saluer de votre part M. le Chevalier Del Pozzo , qui a eu une grande joie de recevoir de vos nouvelles, et qui vous rend mille baise-mains. Je lui ai fait voir ce que vous m'avez écrit touchant les copies de ses sept Sacrements ; sa réponse a été assez froide. Il s'excuse sur ce qu'il ne connaît p^sonne qui les puisse imiter, et même sur ce qu'il n'a pas de Heu commode pour les faire copier : en un mot , il n'en a jamais eu envie, et je sais une personne à laquelle il Ta également refusé. Ce lui seroit cependant un avantage d'avoir la copie des vôtres, tant parce qu'ils sont du double plus grands que les siens , que parce que les compositions en sont plus riches et ont, sans parangon, un plus grand style. Mais peut-être craindroit^-il que la comparaison ne di-* minuàt le prix des siens , dont il tient véritablement grand compte : en effet, mes ouvrages ont eu cette bonne fortune, d'être trouvés clairs par ceux qui les savent goûter comme il faut.
Je n'ai pu encore vous servir en ce qui concerne les bustes que vous désirez avoir; je ne pourrai même m'en occuper pendant que M. Foucquet est ici : je vous en écrirai un jour la cause , mais il faut pour cela du papier et du loisir. A l'égard de la Vierge dont je vous avois parlé , elle n'est plus à moi, comme je le croyois.
Je vous ai envoyé des gants de la façon de Julio
.f rTRFS
g^gàtàe ici comme les meilleurs,
^^ *^* ' ^ 4Je luth n'ont point réussi , ce
^ ** "^/iiite; je fais toujours le mieux que
.^ **' .^,it« qu'en tout ce qui touche à votre
c '^^ ^, je n'épargne ni mon temps ni mes
^''^^-.miis, Monsieur, votre très-humble, etc.
- V. Je fais humble révérence à M. et à Majjiife t'e Montmort.
De Romf , le a6 décembre i655.
Monsieur , votre lettre du a6 novembre me fiit rendue si tard , que je n'ai pu y répondire par l'ordinaire passé; il a fallu mémement que je prisse la commodité de M. Foucquet pour la lui communiquer. Il avoit reçu, sous la mém^ date, une lettre de M. le Surintendant , son frère , par laquelle celui-ci lui raandoit sur mon affaire à peu près ce qu^l vous a plu de m'en écrire. Vous l'avez mise en bon chemin, et comme les boa3 commencements permettent une bonne, fin , j'espère que tout ira bien. M. Fouccpiet, qui est en cette ville, me promet de s'y porter en homme zélé, et je m'assure que vous vous y employerez
comme patron et comme ami. J'ai surtout beapin de votre secours ^ pour rappeler quelquefois ma petite affaire à M. le Surintendant, qui pourrait fort bien loublier, au milieu de toutes les grandes dont il est toujours occupé ; je vous supplie de prendre ce soin. J'ai remercié M. de Mauroi du bon office qu'il m^a rendu dans cette rencontre ; je le servirai , au cas qu'il désire encore de moi ce que j'ai différé par nécessité , mais non oublié.
J'ai grand regret ^e ce que M. le Chevalier Del Pozzo allègue de mauvaises excuses , pour vous refuser ce que vous désirez de lui , et ce qui lui seroit avantageux : c'est une ingratitude. Heureusement vous pouvez bien vous passer de ses copies.
Pour ce qui conceriié les autres choses que vous m'avez demandées, je ferai de mon mieux pour vous satisfaire. Je crains seulement que le temps qu'il vous faudra attendre ne vous dure beaucoup; mais il m'est impossible de faire shiti^ment : vous seriez déjà dervi comme vous le désirez , si la cbosê dépendoit de moi et de mes soiilsi.
Je travaille à b pensée de la Vierge en Egypte ée Madame de Montmort, à qui je baise très-hnm^ blement les» mains.
Je rumine souvent,^ à mes heures d'électiofr, l^ Conversion: de Saint Paut.
Je seim trompe si Poilly fait quelque cb<»se de bon de votre Vierige; car il ne coniick pa» te
clair-obscur ; il est sec et dur dans ce qu'il fait , et senza garbo. Je me recommande mille fois à vos bonnes grâces , et suis , Monsieur, votre trèshumble, etc.
P. S. Je baise très-humblement les mains à MM. vos frères.
AU MÊME
De Rome, le a4 décembre 1657.
Monsieur, j'ai reçu la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 1 5 novembre , et dans laquelle vous me marquez que vous vous contentez que , pendant l'année où nous allons entrer, je mette la main à la Conversion de Saint Paul , et que vous me laissez le soin de choisir pour ce sujet la grandeur qui me semblera la plus convenable. £n conséquence, je n'ai point voulu perdre de temps; et comme je me suis proposé de finir le tableau cette année , par cette raison et conformément à ce que vous m'avez écrit, j'ai tiré sur vous la somme de cinquante pistoles d'Italie, avec le change à quinze pour cent, que vous payerez, &'il vous plaît , aux Sieurs Petit , de qui je l'ai reçue , ainsi qu'il est porté par les lettres de change que je vous envoie. Le change étant fort élevé, je trouve
convenable de vous décharger de la moitié; mais nous accommoderons cela à la fin du paiement.
On dit que le Cygne chante plus doucement lorsqu'il est voisin de sa mort; je tâcherai, à son imitation , de faire mieux que jamais : c'est peutêtre le dernier ouvrage que je ferai pour vous.
J'ai regret de ne pouvoir pas vous envoyer présentement votre tableau de la Vierge Égyptienne , et aussitôt que les passages seront libres, je ne manquerai pas de le consigner à M. Géricaut, comme vous me l'avez mandé ; il y a long-temps qu'il est tout prêt, comme pourra vous le certifier le bon M. Pointel , qui est parti pour s'en retourner chez vous. Je crois qu'il est maintenant à Toulon , où il fera quelque peu de quarantaine , je ne sais pourquoi, car il y a long-temps que notre ville est. Dieu merci, fort saine, et que tout le monde s'y porte bien.
Notre bon ami, M. le Chevalier Del Pozzo, est décédé , et nous travaillons à son tombeau. M. son firère Vous baise les mains , et moi je vous souhaite , ainsi qu'à Madame , de bonnes fêtes et un bon commencement d'année. Je suis à jamais, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. Je salue Messieurs vos frères, et suis trèshumblement leur serviteur.
AU MEME
De Rome, le i5 mars i658.
Monsieur , aprè3 avoir reçu vot^e lettre du 3 février , je vous dois remercier de la ponctualité que vous avez mise à acquitter la sornm^ de cinquante pistoles d'Italie , que j'avois tirée sur voua.
Je né vous dirai rien de votre opdniôn sul* mes premiers et mes derniers ouvrages ; vous avez le jugement trop clair pour vous tromper. Si la main me vouloit obéir, je pourt*ois, je crois, la conduire mieux que jamais ; mais je n'ai que trop l'occasion de dire ce que Thémistocle disoit en soupirant sur la fin de sa vie , que l'homme décline et s'en va lorsqu'il est prêt à bien faire. Je ne perds pas courage pour cela ; car tant que la tête se portera bien , quoique la servante soit débile , il faudra (jue celle-ci observe lèà meilleures et plus excellentes parties de l'art, qui sont dn domiàine de l'autre.
J'ai arrêté la disposition de la Conversion de Saint Paul , et je me mettrai à la peindre dans mes moments d'élection.
Incontinent que le commerce sera rétabli , je vous enverrai votre Vierge en Egypte , que je vous ai tant de fois promis de vous envoyer.
J'ai témoigné le déplaisir que vous aviez de la
mort du Chevalier Del Pozzo à M. son frère , qui en a pleuré de tendresse. Il a succédé à l'ordre de chevalerie , lequel est afFecté à leur maison : il vous remercie, et vous baise un million de fois les mains. Quant à moi, je serai, Monsieur, tant que je vivrai , votre très-humble , etc.
P. S. Je remercie très-humblement Madame de son souvenir, et lui baise humblement les mains, comme le plus dévoué de ses serviteurs. ,
AU MEME
De Rome, le a S novembre i658.
Monsieur, les diverses incommodités que j'ai, et qui se vont multipliant avec l'âge, m'empé-. chent de vous écrire plus souvent que je ne fais. Je vous ai promis de vous donner le détail des objets qui 5out au fond du dernier tableau que je vous ai fait ; le voici :
On y voit une sorte de procession de Prêtres Égyptiens, qui ont la tête rasée, et sont couronnés de verdure, et vêtus selon l'usage du pays. Les uns ont des tymbales, des flûtes, des trompettes; les autres portent des bâtons à tête d'épervier. II y en a qui sont sous un porche , et qui s'ache-
minent vers le temple de leur Dieu Sérapis, portant le cofïre dans lequel étoient enfermés ses os. Derrière une femme vêtue de jaune, est une sorte de fabrique Éaiite pour la retraite de Toiseau Ibis , que l'on y voit représenté , et une tour dont le toit est concave, avec un grand vase pour recueillir la rosée. Ce spectacle n'est point un caprice de l'imagination : tout cela est tiré de ce fameux temple de la Fortune , à Palestrine , dont le pavé , composé d'une très-belle mosaïque , représente , au vrai et de bonne main , l'histoire naturelle et morale de l'Egypte et de l'Ethiopie. J'ai mis dans mon tableau toutes ces choses , d'abord pour délecter par leur nouveauté et variété , puis pour montrer que la Vierge, qui y est représentée, était alors en Egypte.
J'ai fait une nouvelle composition pour la Conversion de Saint Paul , parce qu'il m'est venu une autre pensée que la première : je vous demande du temps pour finir cet ouvrage, qui sera pour moi d'un long travail. Je n'écris point à Madame, pour la difficulté qu'y trouve ma main tremblante ; je lui en demande pardon, et lui baise les mains, comme je fais à vous, Monsieur, de qui je serai jusques à la fin, le très-humble, etc.
P. S. Je baise les maius à MM. vos frères.
DE pocssiir. 339
AU MÊME
^ De Rome, le 2 août 1660.
Monsieur, je n'» pas eu Tbonneur de vous écrire depuis long-temps, parce que je me suis imaginé que, depuis votre guérison, vous étiez retourné à la Cour, pour exercer la charge que Fon vous avoit donnée auprès de la Reine , pendant le temps de ses noces ^ et qu'il pouvoît y avoir de la difficulté à vous faire tenir mes lettres. Je crois que vous êtes maintenant de retour à Paris , et je souhaite que votre santé continrae à y être bonne.
Je vous écris la présente pour vous faire savoir Fétat de la mienne. Je ne passe aucun jour sans douleur, et le tremblement de mes membres' arugmente comme mes ans. L'eices de la chaleur, pendant la saison présente , me bat en rnîne; partant, j'ai été contraint d^abandonner tout labeui*, et de mettre de côté les couleurs et ïes pîiiceàfàx. Si je vis cet automne, j'espère les reprendre, particulièrement pour vous , qui avez eu la bonté de me continuer votre amitié et vos bonnes grâces. Je devrois écrire à Madame, mais le tremblement de ma main m'en empêche , et je lui en demande très-humblement excuse. Je baise les mains à
34o LETTRES
MM. VOS frères, et suis, Monsieur, plus que pep sonne au monde, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le a avril 1663.
Monsieur, je vous aurois envoyé par cet ordinaire l'ouvrage que je devrdis avoir fait depuis si long-temps ; mais un rhume fâcheux est venu con^ trarier mon dessein, lorsqu'il ne me falioit plus qu'un jour pour finir la tête du Christ , qui est la seule chose demeurée imparfaite. Aussitôt que cette incommodité me donnera un peu de relâche, je terminerai mon tableau, et vous l'enverrai par la meilleure voie qu'il me sera possible de trouver. Je vous écrirai alors plus au long; mais, pour cette fois, vous vous contenterez, s'il vous plaît, de ces deux lignes. Je suis, Monsieur, avec mon affection accoutumée , votre très-huni'* ble, etc.
AU MÊME
De Rome, le 10 novembre i66a.
Monsieur, après vous, avoir récrit plusieprs fois depuis le mois de mai passé , saQs avoir de vous un mot de réponse, je viens encore vous supplier dç me faire savoir de vos nouvelles. Je suis assuré que vous avez reçu le dernier ouvrage que, je vous ai fait, lequel est. peut-être aussi le dernier que je ferai. Je sais bien que vous n'avez pas grand sujet d'en être satisfait ; mais vous devez considérer que j'y ai employé , avec tout ce qui me reste de forces , la même volonté que j'ai tour jours eue de vous bien servir. Soutenez-vous des témoignages d'amitié que vous m avez donnés pendant si long-tçmps et dans tant d'occasions, et veuillez merles continuer jusqu'à ma fin, à laqueUe je touche du. bout de mon doigt : je n'en peux plus. Je suis pour toujours, Monsieur, vptre très-humble , etc.
P. S. Je baise les mains à Madame et à MM. vo^ frères. ^
34a LETTRES
AU MÊME
X>e Rome, le 4 fétrier i663.
Mbiisîeur , t?ois Ae vos lettres que j'ai Reçues sous le pli de M. Cerisiers , notre bon ami , m'ont donsDé une seeonde vie. J'avoîs conçu quelques craintes que vous ne m'en voulussies un peu pqpr avoir abusé de votre longue patience^ et vous avoir à la iSni envoyé une chose indigne d'être regardée par vous. Vous avez dissipé toutes mes Craintes, par votre cordialité et douceur ordi*^ naire : je vous en viens remercier p^ ces lignes , ' qui vous témoigneront imparfaitement le ressentiment que j'ai de toutes les marques d'affection que je reçois de vckis. Je vous suppUe de me les continuer jusques au bout : elles sçnt mon unique consolation au milieu des disgrâces^ qui m'envi^ romient présentement, mon seul refuge contre celles que l'avenir peut me réserver.
Vous mettrez le comble à mes obligations, si vous m'envoyez le livre de M. De Chambrai touchant la peinture ; mais il faut me dire par quelle voie vous voulez me l'envoyer. Je suis, Monsieur, votre très-humble , etc.
P. S, J'adresse à Madame l'hommage de ma
m , et baise humblement les mains k
'^res.
AU MEME
De Rome , le i'*" avril i663.
jnsieur, quand je me représente les obliga- .ons que je vous ai, et les grâces infinies que j'ai reçues de vous, je n'y trouve aucune correspondance ni proportion avec ce que j'ai pu faire pour les mériter , et cela me conduit souvent à craindre le refroidissement de votre amitié. Vous m'avez délivré de cette crainte par plusieurs de vos lettres, et surtout par votre dernière, qui me témoigne assez clairement la continuation dé vos sentiments pour moi : je suis transporté de contenten^ent de ces bonnes nouvelles. Une chose me fâche seulement, et diminue en partie ma joie , c'est d'apprendre que vous avez pris la peine d'employer la faveur de M. Colbert, que vous devez réserver pour les occasions les plus graves , afin de satisfaire à la demande de . mon fou de beau-fi^ère, qui s'est imaginé qu'en plaçant audessus de sa porte les armes du Roi , il seroit à couvert de tout danger, dans le cas où il arriveroit du désordre en cette Ville, relativement à notre nation. Il ne m'avoit jamais dit une seule parole de ce beau projet , étant sa coutume d'agir
en toutes choses assez témérairement et sans conseil ; et ce n'est que depuis peu qu'il m'a avoué qu'il avoit écrit comme pour lui , au sujet de cette sauvegarde, à un sien ami nommé Vinot. Je ne sais comment l'affaire est allée jusques à vous, mais j'en suis entièrement innocent. Je vous sup plie d'excuser l'ignorance de ce pauvre garçon: la peur que lui et beaucoup d'autres ont des armes des François est telle, cpâe s'ils venoient à paroitre ici près, on trouveroit sans doute beaucoup de morts sans blessures. Je vous remercie du fond de mon cœur, et vous demande encore 1^ durée de voire amitié. Je> suis à jamais, Mon* sieur , ,votre très-humble , etc.
«.-%'%%'%« •««>^.k'^^»'^te«>^« •««r««i«f«>i
AU MEME
De Rome , le 16 novembre 1664.
Monsieur , je vous prie de ne pas vous étonner s'il y a tant de temps que j'ai eu l'honneur de vous donner de mes noia>velles. Quand vous coU" noîtrez la cause de mon silence, non-seulement vous m'excuserez, mais vous aurez compassion de mes misères. Après avoii% pendant neuf mois, gardé dans son lit ma bonne femme, malade d'une toux et d'une fièvre d'étisie , qui l'ont consumée jusqu'aux os, je viens de la perdre. Quand j'a-
DE poussirr. 345
vois Je plus besoin de son secours , sa mort me laisse seul , chargé d'années , paralytique , plein d'infirmités de toutes sortes, étranger et sans amis, car en cette Ville il ne s'en trouve point. Voilà l'état auquel je suis réduit : vous pouvez vous imaginer combien il est affligeant. On me prêche la patience, qui est, dit-on, le remède à tous maux; je la prends, comme une médecine qui ne coûte guère , mais aussi qui ne me guérit de rien.
Me voyant dans un semblable état , lequel ne peut durer long-temps, j'ai voulu me disposer au départ. J'ai fait, pour cet effet, un peu de testament, par lequel je laisse plus de dix mille écus de ce pays à mes pauvres parents qui habitent aux Andelys. Ce sont gens grossiers et ignorants, qui ayant, après ma mort, à recevoir cette somme, auront grand besoin du secours et de l'aide d'une personne honnête et charitable. Dans cette nécessité , je vous viens supplier de leur prêter la main , de les conseiller, et de les prendre sous votre protection , afin qu'ils ne soient pas trompés ou volés. Ils vous en viendront humblement requérir; et je m'assure , d'après l'expérience que j'ai de votre bonté, que vous ferez volontiers pour eux, ce que vous avez fait pour votre pauvre .Poussin pendant l'espace de vingt-cinq ans. J'ai si grande difficulté à écrire, à cause du tremblement de ma main, que je n'écris point présentement à M. Dfe Cham* brai, que j'honore comme il le mérite, et que-je
prie de tout mon cœur de m'excuser. U me faut huit jours pour écrire une méchante lettre, peu à peu , deux ou trois lignes à la fois , et le morceau à la bouche : hors de ce temps*là , qui dure fort peu , la débilité de mon estomac est telle , qu'il m'est impossible d'écrire quelque chose qui se puisse lire. Voyez, je vous supplie, Monsieur, en quoi je vous peux servir en cette Ville, et commandez-le à celui qui est de toute son ame, votre très-humble, etc.
A M. DE CHAMBRAI.
De Rome , le 7 mars 166 5.
Monsieur , il faut à la fin tàch^ de se réveiller. Après un si long silence, il faut se faire entendre, pendant que le pouls nous bat encore. J'ai eu tout le loisir de lire et d'examiner votre livre de la parfaite idée de la Peinture, qui a servi d'une douce pâture à mon ame affligée; et je me suis réjoui de ce que vous étiez le premier des Fran* çois qui aviez ouvert les yeux à ceux qui ne y<>y6ient que par les yeux d'autrui, se laissant abuser à une fausse opinion commune. Vous venez d'échauffer et d'amollir une matière rigide et difficile; à manier ; de sorte que désormais il se pourra trouver quelqu'un qui , en vous prenant
DE POUSSIlf. 347
pour guide , s'oocapera de nous donner quelque jptiose au bénéfice de la Peinture.
Après aroir considéré la division que François Junius fait des [»rtiesde ce bel art, j'ai osé mettre ici brièretnent ce que j'en ai appris. Il est nécessaire premièreinent de savoir ce que c'est que cette sorte d'imitation , et de la définir.
DiFnrmoH. C'est une imitation faite avec lignes et couleurs^ sur une superficie plane, de tout ce qui se voit sous le soleil : sa fin est la délec» tâtion.
PamciPES que tout homme capable de raison peut comprendre.
Il ne se donne point de visible sans lumière»
Il ne se donne pmnt de visible sans milieu transparent!!!
Il ne se donne point de visible sans forme.
Il ne se donne point de visible sans couleur.
Il ne se donne point de visible sans distance.
Il ne se donne point de visible sans instrument.
Choses qui ne s'apprennent point, et qui for«» ment les parties essentielles de la Peinture.
Premièrement, pour ce qui est de la matière, elle doit être noble , et qui n'ait reçu aucune qualité de l'ouvrier : pour donner Heu au Peintre de montrer son esprit et son industrie, il faut la prendre capable de recevoir la plus excellente forme. On doit commencer par la disposition ; puis viennent l'ornement, le décorum^ la beauté, la grâce, la vivacité, le costumç, la vraisemblance.
et le jugement partout. Ces dernières parties* sont du Peintre, et ne se peuvent enseigner. . C'est le rameau d'or de Virgile, que nul ne peut trouver ni recueillir , s'il n'est conduit par lé Destin. Ces neuf parties contiennent plusieurs choses dignes d'être écrites par de bonnes et sauvantes mains.
Je vous prie de considérer ce petit échantillon^ et de m'en dire votre sentiment sans aucune cérémonie : j'ai l'expérience que vous savez non-seulement moucher la lampe, mais encore y verser de bonne huile. J'en dirois davantage; mais. quand je m'échauffe maintenant le devant delà tête par quelque forte attention , je m'ea trouve mal. Au surplus, j'ai toujours honte de me voir placé dans votre ouvrage avec des hommes dont le mérite et la valeur sont au-dessus de moi , plus que l'étoile de Saturne n'est au-dessus de notre tète : je dois cela à votre amitié, qui vous fait me voir plus grand de beaucoup que je ne suis. Je vous en remercie, et suis pour toujours, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. 5. Je baise très -humblement les. mains à M. De Chantelou votre frère.
DE POTTSSIir. 349
A M. DE CHANTELOU