CONNOISSEMENT ADRESSE AU MEME
De Home y le 1 1 janvier x644.
Ont chargé , au nom de Dieu et de bon sauvement , en une seule fois sur cette Ripa Grande, Guillaume Després et Pierre Ravel, d'ordre de M. Poussin et pour compte de qui il appartient, sur la barque nommée Saint - François , Patron Jean Broride de Marseille ou autre pour lui :
Sept caisses, marquées comme ci-contre, qu'ils disent contenir, savoir: six, des chandeliers et un^ bordure de bois doré , et la septième un rouleau de copies de tableaux , toutes enveloppées de toile cirée et de canevas, cordées, cachetées, et bien conditionnées ; pour le même consigner ce présent voyage à M. Louis Napolon de Marseille , où autre pour lui, au dit lieu, et recevoir, suivant la note, soixante -trois livres tournois. Dieu le conduise à sauvement.
AU MEME
De Rome, le la janvier 1644.
Monsieur, aussitôt qu'il a été possible de roulei la copie de Chieco, je l'ai encaissée avec leî
DE POOSSIN. j6|
autres, de manière que je crois qu'elles vous seront rendues bien conditionnées. Néanmoins, quand vous les aurez reçues, vous les ferez tendre chacune sur son châssis, puis laver avec une éponge et de l'eau claire, que vous ferez essuyer incontinent avec un linge à demi usé, blanc et net : quand elles seront bien sèches , vous y ferez donner le vernis par quelqu'un qui s'y entende. Si par hasard le papier s'étoit attaché en quelque lieu, prenez un peu de sucre d'orge, frottez doucement cet endroit, et le papier se détachera. Les six chandeliers sont encaissés dans six autres caisses le plus diligemment que nous avons pu ; la bordure dorée y est aussi. Les sept caisses susdites sont couvertes de bonne toile cirée et de grosse toile par-dessus, et fortement liées de cordes. Ayant trouvé l'occasion d'une bonne barque Marseilloise qui étoit prête à partir, j'ai prié MM. Guillaume d'Espior et Pierre Ravel , marchands françois demeurant à Rome', de vous faire tenir vos sept caisses par le moyen de leurs correspondants de Marseille et de Lyon.
Je vous envoie une des polices que j'ai reçues des susdits ; je garderai l'autre pour moi , comme on a coutume de faire.
Les caisses sont toutes marquées en tête du
présent caractère Les toiles ou copies de la
plus petite caisse sont au nombre de neuf, savoir : la Vierge au Chat ; la Vierge qui est assise et
l6a LETTRES
qui tient sur son genou le petit Christ , laquell est de Mignard ; celle d'après le Parmesan , d^ Nocret; celle de le Rieux; les portraits de M. Ei-»rard; le petit Dieu de Pitié de le Maire; votr^e portrait et sa copie ; enfin une petite copie d'une Vierge en pied , faite par Le Rieux. Je prie Dieu que le tout arrive à bon port.
Tous les jours passés, j'ai trotté chez Tun et chez l'autre , pour avoir la patente qui permet de tirer hors de Rome les huit bustes de Vitellesdil; mais je n'ai encore pu rien faire. Il est vrai que, un chacun croyant que Notre Curé dût mourn*, cela a été cause du retardement de cette affaire , que je ne cesserai de poin*suivre jusqu'à ce que j'en sois dedans ou dehors. Votre argent demeurera ès-mains du sieur Arrigoni jusqu'à ce que je sache ce qne je dois en faiire.
Votre plaque d'argent pour Lorette est finie ; il n'y manque que l'écriture qu'il faut graver dessus. Sitôt qu'elle sera prête , je la remettrai au Père Charles qui l'enverra audit lieu de Lorette.
J'ai pensé mille fois au peu d'amour, au peu de soins et de netteté que nos copistes de profession apportent à ce qu'ils exécutent , et an prinL qu'ils demandent de leurs bai'bouilleries, et je m^ suis émerveillé en même temps de ce que tant d^ personnes s'en délectent. Il est vrai que, voyant:^ les beaux ouvrages et ne pouvant les avoir, on esC^ contraint de se contenter de copies tant bien qu^
DE POUSSIW. l63
nfal faites ; chose qui , à la vérité , pourroit diminuer le renom de beaucoup de bons peiutres, si ce n'étoit que leurs originaux sont connus d'un grand nombre de personnes qui savent bien l'extrême différence qu'il y a entre eux et les copies; mais ceux qui ne voient rien autre qu'une mauvaise imitation , croient facilement que- l'original n'est pas grand'chose , tandis que les malins se servent avec avantage de ces copies mal faites pour décréditer ceux qui en savent plus qu'eux. Pensant en moi-même à toutes ces choses*, j'ai cru faire bien, et pour mon honneur et pour votre contentement , de vous prévenir que , demeurant ici 9 je souhaiterois être moi-même le copiste des tableaux qui sont chez M. le Ch^'". Tfel Pozzo, soit de tous les sept, soit d'une partie, ou bien encore d'en faire de nouveaux d'une autre dispositioD. Je vous assure, Monsieur, qu'ils vaudront mieux que des copies, ne coûteront guère plus, et ne tarderont pas plus à être faits. Si ce n'eût été que depuis* votre départ j'ai été dans une^erpétuelle irrésolution , j'aurois déjà commencé : je sais bien que vous ne m'auriez pas désavoué , et arrive ce qui pourra , je suis pour y mettre la main en attendant votre réponse. Quand même il seroit nécessaire de travailler pour les dessins de la Galettie , je pourrai donner mes soins aux uns et aux autres. Cependant portez-vous bien; de mon côté, je tâcherai de me conserver pour vous servir. Je
l64 LETTRES
suis, Monsieur, voire très-humble et très-obéis sant serviteur,
AU MÊME
De Rome, le ao février 1644.
Monsieur, à l'heure même que j'eus reçu Votre dernière du 22 janvier, je fus saluer M, le Chevalier Del Pozzo , et lui présenter votre lettre qlû fut lue en ma présence. Elle fut reçue avec applaudissement par ledit Chevalier, et louée pour le doux style que vous savez employer, et la gracè particulière avec laquelle vous exprimez la tendresse de cœur que vous avez pour 'vos aiïiis: de manière que je me trouve encore ravi de joie d'en avoir ouï la lecture ; car comme celle à laquelle vous^répondiez fut écrite en ma faveui^, la vôtre abondoit en expressions bienveillantes pour moi. Votre belle médaille d'or avoit été présentée huit jours auparavant, comme déjà je vous l'ai écrit. Les lettres de MM. de Valancé ont été envoyées à Bologne par voie bien assurée.
Or, maintenant , il faut que je vou$ rende compte du reste de vos affaires. Je vous ai écrit , il y a déjà quelque temps , que je vous avois envoyé vos copies de tableaux avec vos chandeliers de bois doré , et ensemble la police du marchand
DE POUS&IN. i65
par le moyen duquel le tout vous sera remis.
Je vous en envoie une autre ci - incluse de Teml>arquement des huit bustes de Vitelleschi, c'està-dire de ceux que vous-même avez choisis, pendant que vous étiez à Rome; une autre caisse contient votre portrait en cire, et enfin une autre petite des couleurs à fresque pour M. Le Maire ^ de sorte qu'elles sont dix en tout. Chacune d'elles porte, outre son numéro particulier , comme i , a, 3, 4> 5, 6, 7, 8, 9, 10, l'adresse suivante : Chez Monseigneur De Noyers à Paris. Elles sont toutes contre-signées de vos armes , et portent en même temps la fîgiu*e d'un flacon^ pour montrer et &ire entendre que ce sont choses sujettes à rompre. Le tout est diligemment encaissé, lié et garrotté de bonnes cordes. Pour vous arriver , ces caisses passeront par le détroit ; ainsi l'on a résolu , après avoir bien pensé aux autres moyens. Le marchand qui les doit recevoir à Rouen pour vous les faire tenir à Paris , se nomme Jean Turgues.
Pour ce qui est de la lame d'argent pour Lorette, elle est terminée; et si ce n'eût été un peu de mal que j'ai eu au genou , je l'aurois remise au Père Charles : ce sera , Dieu aidant , pour un de ces jours, Il ne faut point que vous croyiez qu'il y, en ait une autre de faite; car, avant que d'avoir ordonné celle-ci , on s'étoit informé diligemment si , à Lorette , chez quelque argentier, il y avoit eu quelque cho^e de commandé, ce que les Pères Jésuites n'ont point trouvé; de manière que
j66 lettres
ceux qui vous ont donné à entendre le contraire vous ont trompé. Que vous m'ayez écrit une autre lettre que celle que j'ai reçue de votre part touchant cette affaire, je n'en sais rien; mais à cette fin que vous ne croyiez pas que je vous «ie servi à l'étourdi , je vous renverrai votre propre lettre , et vous y verrez ce que vous m'aviez ordonné de faire.
Il ne reste maintenant qu'à finir la copie que M. I^e' Maire a promis de faire ; car pour celle du tableau de S. Pietto in Motitorio , il ne fdut point penser à la faire finir: personne ne veut s'en chai'ger, et même il est impossible de l'exécuter là où est maintenant l'original. Je n'ai point de lieu chez moi où je la puisse mettre , et si on la roule, elle se gâtera en fort peu de temps ; c'est pourquoi je vous y laiisàerai aviser. Du reste , quand Chapron reviendroit ici, je ne veux avoir affaire à lui non plus qu'au diable qui l'accompagne. Je vous envoie votre compte ci-iodus , là où par le menu vous pourrez connoître à quoi j'ai employé votre argent, et ensemble ce qui vous restera. Plusieurs fois je vous ai écrit que j'avois reçu et fait accepter la lettre de change des quatre cents écus, qui ont servi, avec cinquante autres, à payer les huit bustes susdits.
Je ne tarderai guère à commencer le tableau que vous me commandez que je fasse , et ce sera des meilleurs pinceaux que j'aie, vous assurant bien que toutes les forces me manqueront s'il
DE POUSSl». ^ 167
^ ^^ st supérieur à tous ceux qui sont sortis de mes
^-*ins.
3'attends votre réponse sur ce que je vous ai ^îuidé au sujet des copies de M. le Chevalier Del vOzzo , et puis nous nou3 gouvernerons selon vo- ^Te désir.
Je prie Dieu que Monseigneur donne une l)onne mortification à ce larron et cet ignorant de Jacquelin; il mériteroi]: qu'on le pendit par les génitoires.
Je prie Dieu encore de tout mon cœur que les belles délibérations de notre Princesse ne soient jamais détournées de leurs effets par aucuns malheureux obstacles, afin que la postérité puisse voir quelques signes de grandeur en notre nation : mais, mon cher maître, nous sommes dans un étrange siècle. Dieu omnipotent vous tienne tou- . jours en sa protection , et vous fasse abonder en toutes sortes de biens. Je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. S. Le bon M. Thibaut se recommande fort à vos bonnes §races ; j'ai oublié de vous dire que Ton vous enverra plus d'un modèle de Termes pour poser vos bustes, quand vous les aurez.
Je vous envoie une lettre que ce charlatan de Vitelleschi vous écrit; il dit qu'il désireroit fort avoir des nouvelles de M. De La Varenne.
l68 LETTRES
AU MEME
De Rome, le x8 mars 164 4*
Monsieur , ne pouvant faire autrement , j'ai tardé jusqu'à présent de faire réponse à votre dernière du 5 février,' à tous les chefs de laquelle je répondrai maintenant sans rien omettre. Vous n'êtes plus en peine de la lettre de change que vous m'envoyâtes pour payer les bustes de Vitelleschi ; je vous ai écrit par plusieurs fois que je l'avois reçue.
Les lettres que vous avez écrites au gouverneur de Lorette lui ont été envoyées sûrement par le moyen du bon Père Charles.
Les bustes que vous-même vous choisîtes chez H. Vitelleschi ont été payés avec les quatre cents écus envoyés dernièrement, en y ajoutant cinquante autres pris sur vos huit cent trente-trois écus. Je vous ai écrit que je les avois fait embarquer par le moyen 'de MM. Guillaume d'Espior et Pierre Ravel, marchands français f pour vous les faire tenir. Je vous ai mêmement envoyé leur police , et fait encore savoir le nom de leur correspondant à Rouen , les caisses devant être expédiées par le détroit , à cette fin que , si elles tardent trop, vous vous puissiez informer dudit correspondant, et savoir s'il en a des nouvelles
DE >;Ol}SSIIC. 169
OU non. Avec les mêmes lettre et police, je vous ai envoyé le compte de l'argent que j'ai employé pour vos affaires , et ce qui vous resté*
Je me trouve extrêmement consolé de l'état où vous espérez que seront bientôt , Dieu aidant, les affaires de Monseigneur, et de ce que vous travaillez , comme d'autres vertueux Hercules , à ré* primer tous les brigandages dont notre pauvre France est si misérablement infectée : Dieu vous donne la grâce d'en venir à bout.
J'attends avec impatience votre résolution tou* chant ce que je vous ai écrit des copiés de chez M. le Chevalier Del Pozzo, car j'ai empêché qu'on les ait commencées , et cela à bonne intention ; mais quand finalement vous les voudrez , il n'y' aura empêchement aucun.
M. Thibaut s'est évanoui de joie , en lisant ce que vous m'ordonnez de faire pour lui , et de l'espérance que vous lui donnez pour l'avenir : le pauvre garçon avoit bien besoin de votre aide. A tout hasard , je lui avois donné plus que les vingt écus de votre argent, ainsi que vous verrez sur votre compte; et s'il fût arrivé que vous n'en eussiez pas été content, je vous les aurois remboursés du mien. Mais voyant la bonne volonté que vous avez pour lui par vos dernières lettres , j'ai été hors de doute siu* vos intentions, et de nouveau je lui ai donné dix écus pour son mois de mars. Ainsi j'irai continuant de mois en mois, comme vous l'ordonnez. Il dit que tout ce qu'il
modèle est pour vous : s'il me remet quelque * chose, je vous le conserverai jusqu'à 6e que vou^ en ordonniez.
Je voudrois bien avoir l'occasion de vous maiî-' der quelques nouvelles de ce pays-ci, ainsi que^ vous me faites la faveur de m'écrire sur ce qui se passe par-delà. Mais l'on ne fait autre que de parler de la paix : Dieu veuille nous la donner 5 un chacun la désire fort.
J'ai remis votre lame d'argent, pour Lorettey au Père Charles, qui la fera tenir sûrement et placer en son lieu. Nous avons accommodé la chose de manière qu'elle ne peut manquer. Ne croyez point M. Le Chat, car c'est, ne lui déplaise, un menteur; ni lui ni personne n'ont rien fait commencer pour vous à Lorette, touchant l'inscription que vous voulez faire ajouter aii vœu que vous y portâtes.
Je ne fais maintenant autre chose les soirs que de chercher quelque beau sujet pour vous faire un tableau de réputation si je peux; quand Je l'aurai trouvé et arrêté, je vous en enverrai une idée. Cependant je demeure éternellement, Mon^ — sieur, votre très -humble et très -obéissant serviteur,
P. S. Je baise très -humblement les mains à MM. vos frères.
DE POUSSlIf. 171
AU MÊME
De Rome, le 17 mars 1644.
Monsieur , j'ai reçu en même temps deux de Vos très-chères lettres. Par Tune et l'autre , vous ^e montrez que la. proposition que je vous ai £dte touchant les Sept Sacrements vous a été agréable; aussi vais-je me préparer à vous servir ;. et ^ laissant à part les autres choses que j'ayois pensé de vous faire, je m'occuperai uniquement de celles-ci, et avec d'autant plus de soin et de plaisir, que vous voulez bien vous en remettre entièrement à moi pour ce qui concerne la disposition des sujets , la grandeur des figures , et toutes les autres particularités. Si je suis si heureux que d'avoir la santé à l'avenir^ telle seulement que je l'ai maintenant, quoique la be^^ sogne soit ^e longue haleine, j'espère l'avoir bientôt terminée, d'autant que j'ai résolu de laisser une infinité de pratiques qui s'ofïrent tous les jours. Pour deux choses seulement, je me trouve engagé envers des personnes à qui je ne peux dire non; mais cela s'accommodera avec le temps; et, sans m'étendre davantage sur cette matière , je vous supplie une fois pour toutes de ne point traiter d'une façon cérémonieuse avec votre servitetu', mais de croire seulement que je n'ai
rien en si grande recommandation que votre service. Tout ce que vous avez confié à mes soins ici est fait. Vos chandeliers et vos tableaux sont arrivés à Marseille , M. Despior en a eu nouvelle; votre lame d'argent a été envoyée à Lorette ; vos bustes de marbre sont arrivés à Livoume. Mais il se présente une difficulté : il n'y a point de vaisseaux , et n'y en aura point d'ici à un an , qui aillent à Saint-Malo ou à Rouen. Il n'y a maintenant que ceux de Hollande qui soient sur le point de partir; et quant à ceux d'Angleterre, il n'yfaut point penser à cause de la guerre. Je vou.v ai voulu avertir de ce qui se passe ; mais , avant que j'aie votre réponse , si , contre toute espérance, il se présentoit quelque occasion, nous nous en servirions. Plutôt que de vous les expédier par le détroit , il m'étoit venu à la pensée de les envoyer à Lyon, et de les y faire garder dans quelque magasin, jusqu'à ce que le sculpteur qui conduit les statues du Cardinal Mazarin , les eût pris en passant par ledit lieu , pour les transporter jusqu'à Paris avec les objets qui sont confiés à ses soins. Je lui en avois déjà parlé, et il m'avoit promis de le faire, car il est bien de mes amis; mais , ne sachant pas que ce fût chose bien assurée, je les envoyai à Livourne, sans attendre davantage , de crainte de laisser échapper de bonnes occasions. Or, maintenant qu'il est bientôt prêt à partir , je lui veux rappeler ma proposition, et voir s'il aura la même bonne volonté qu'il avoît
^lors. En cas qu'il ait changé, je ne laisserai pas <te vous les envoyer à Lyon , là où il seroit si facile à quelques-uns de vos amis de vous les faire porter jusqu'à Paris. Il part bien souvent d'ici des personties de connoissance , qui, en passant par Lyon, pourroient vous les conduire; mais, pour bien faire cette affaire-là, parlez-en à nos bons amis de Lyon , dont l'entremise nous sera nécessaire, si par hasard notre dit sculpteur s'oblige à faire cette besogne. En tout cas , vous pouvez par avance ordonner, par le moyen de MM. Serisier et Pointel, la dépense qu'il faudra faire à Lyon pour recevoir et garder les caisses. Je vous écrirai du succès de cette affaire quand il en sera besoin; ayez seulement un peu de patience, et tout ira bien. Ce que je vous dis maintenant ne vous doit pas mettre en peine , car nous aurons du temps pour penser à tout , avant que les caisses soient arrivées à Lyon.
Pour finir de répondre à quelques autres chefs de vos lettres , je vous prie d'abord de croire que notre Saint Père se porte fort bien. Il est entièrement rétabli de la maladie que'on croyoit devoir l'emporter en peu de temps.
C'est une folie de craindre les nouveautés et les brouilleries en'Franôe, puisqu'on ne peut les y éviter , et que jamais on n'y a été sans cela.
Si je n'espérois vous mieux satisfaire avec le pinceau qu'avecla plume, je fuirois les occasions de vous peindre quelque chose. Aussi-bien est-ce
conscience de vous importuner de m^ lettres ma polies comme elles sont; mais, puisque vous avez pour agréable de recevoir souvent de mes nouvelles, je mettrai la main à* la plume comme au pinceau.
Je suis ravi de joie de ce que vous me faites savoir du gros homme Jacqueline mais bien davantage de ce que le mérite et ceux chez lesquels il se rencontre, auront un bon protecteur à l'avenir.
Je finirai la présente pour cette heure , en vous baisant très-humblement les mains , moi qui serai à jamais , Monsieur , votre trè»-humble et trèsobéissant serviteur,
AU MEME
De Eome 9 le S avril 1644*
Monsieur, je devois répondre à la vôtre du 5 mars par l'ordinaire passé ; mais l'incommodité d'un grandissime rhume qui m'étoit survenue m'en empêcha. Maintenant que le mal s'est amoindri, je m'empresse de remplir oe devoir, et, en premier lieu, de vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait de me raconter confidemment les raisons pour lesquelles vous n'avez pas voulu accepter la charge d'Intendant des Bâtiments , que
im POUSSIN. 175
tout le Blonde qui vous connoit et qui vous aime souhaiteroit que vous eussiez. Mais toutes vos actions étant conduites par le moyen de la raison, vous ne pouvez rien faire qui n'ait une fin vraiment vertueuse. Tous ceux qui se trouvent dans votre dépendance, comme moi et tant d'autres , se doivent réjouir de ce que Monseigneur ^ à qui Dieu donne une longue vie , vous fait damenrer auprès de lui , afin que vous soyez toujours notre bon avocat et protecteur : c'est ce que nous pouvons souhaiter de mieux, et rien davantage.
Ce n'est pas merveille, si M. de Charmois, qui est extrêmement modeste, a loué le petit Saint- Paul que je vous ai fait : étant particulièrement entre vos mains, il sera encore préservé de la morsure des plus venimeuses langues.
Ce seroit me faire tort , si vous ne croyiez pas que j'aie en singulière recommandation les Sacrements que vous m'avez demandés. J'en ai fait mon objet ca{Htal, et ce sera là que je mettrai toute mon étude et toutes les forces de mon talent, tel qu'il est.
Je vous ai promis, par ma dernière lettre, de vous faire savoir en quel état étoit Faf£siire de vos huit bustes de Yitelleschi. J'ai donc su de M. Despior que son correspondant de livoume les avoit fait embarquer, sur un gros vaisseau hollandois, pour Amsterdam, où, étant arrivés Dieu aidant, on les renverra à Rouen au sieur Jean Turgues , marchand , qui vous les fera tenir à Paris. M. Despior
dit que le port ne coûtera guère davantage que si c'étoit par Rouen en droiture , et que le voyage se fait en deux mois: enfin, arrive ce qu'il plaira à Dieu , il faut patienter, car il n'est plus temps de penser à un autre moyen.
Le Père Charles m'a envoyé une lettre du Père Provincial Jésuite, qui a porté la lame d'argent à Lorette, là où il dit avoir consigné ladite lame es mains de Monseigneur Gaetano , qui a dû commander aussitôt qu'elle fût appliquée en son lieu. Pour ce qui est de vos chandeliers et de vos copies, je n'en ai pas eu d'autres nouvelles^ si ce n'est qu'il y a long-temps qu'ils sont arrivés à Marseille : je crois que si vous ne les avez pas .encore reçus , ils vous arriveront bientôt.
J'ai retiré la copie de vierge que le sieur Le Maire vous a faite; j'attends que vous m'indiquiez la manière de vous l'envoyer.
On nous assure que la paix est faite entre le Pape et Messieurs de la Ligue ; nous en attendons la publication. On dit ici que Sa Sainteté ne se porte pas bien; s'il nous manque , Dieu nous donne mieux. Il n'y a autre chose de nouveau dans ces quartiers-ci.
M. le Chevalier Del Pozzo et M. son frère vous saluent très- affectueusement. Je suis , Monsieur, votre très^humble serviteur ,
De Rome , le xS avril 1644.
Monsieur, quand ainsi serait que vous eussiez laissé passer encore cet ordinaire sans m'écrire, quoique vos nouvelles me charment infiniment Tesprit , je ne me plaindrois pas du grandissime contentement dont je suis privé , pourvu que j'eusse enfin reçu nouvelle de l'arrivée de vos caisses, et que je susse que ce qui est dedans vous a été remis sain et entier; car tant que je n'aurai pas reçu de bonnes nouvelles, je crain* drai fort qu'il n'y ait quelque accident.
Vos dix autres caisses sont en route. Je crois fermement qu'elles arriveront à bon port, vu la bonté delà saison. Tant que l'hiver a duré, il y a eu, par mer, des tempêtes et des tourmentes extraordinaires , de sorte que quantité de barques et de vaisseaux ont été engloutis dans les ondes; et je crois que ç'à été un bonheur d'avoir tardé à vous faire cet envoi.
Je suis bien aise que vous ayez reçu la dernière police que je vous ai envoyée, avec le compte de la dépense que j'ai faite pour vous. J'ai depuis donné septante écus à M. Thibaut ; vous me manderez, s'il vous plaît, ce que vous désirez que je
fasse du reste de votre argent. Je vous prie affectueusement de ne considérer point le temps que j'emploie à vous servir, car je l'estime à bonheur, et le fais avec joie. Si vous vous souvenez •de moi lorsque les affaires de delà s'accommoderont , je recevrai avec reconnaissance ce que l'on fera pour moi, et vous en demeurerai toujours étroitement obligé.
Je vous rends mille grâces de ce que vous avez permis à M. Remy de faire la vente des meubles qui étoient restés dans la maison des Tuileries; aussi-bien se gâtoient-ils. On en a tiré cent écus, que je recevrai demain.
Je ne vous parlerai plus de la plaque d'argent de Lorelte, car je vous en ai si souvent écrit que cela doit suffire. Elle est enfin coUoquée à sa
place.
Hier je commençai à travailler à l'un des Sacrements. Je prie Dieu qu'il me donne la vie assez longue pour les finir tous sept, ainsi que je le souhaite. Je sais bien que l'attente est une fâcheuse chose , et que vous ne la supporterez!; pas sans quelque ennui; mais. Monsieur mon cher patron, je n'ai qu'une main, et elle s'emploiera pour vous servir le plus promptement qu'elle pourra.
Quand vous aurez écrit au Vitelleschi, je ne manquerai pas de lui présenter votre lettre. J'ai donné à M. Thibaut les vingt écus en deux fois; -dix écus pour le mois de mars , et dix autres pour
le lïiois d'avril. Il a été ravi quand il a vu votre lettre, et qu'il a su que vous lui donneriez ici dix écus chaque mois; il vous en remercie trèshumblement ; et parce qu'il ne se présente maintenant autre chose à vous faire savoir, je finirai la présente en me disant pour toute ma vie , Monsieur,, votre très-humble serviteur,
Atr MÊME.
De Rome , le a5 ayril i644'
Monsieur , j'aurais été extrêmement satisfait , si, avec la nouvelle de l'arrivée de vos caisses, que Vous me donnez par votre lettre du 3i mars, j'eusse appris en quel état les six chandeliers ont été trouvés ; s'ils sont arrivés aussi bien conditionnés que vos copier, tout va bien.
Je vous prie de croire que j'ai fait mon possible pour vous faire bien servir à l'égard des copies que l'on vous a faites ; mais les peintres qui y ont travaillé ne savent pas faire davantage, comme je croîs, ou le désir qu'ils devraient avoir d'employer toutes leurs forces à ces ouvrages, aura été diminué par quelque cause qui ne m'est pas assez connue. Ils ne laissent pas de croire
qu'ils ont fait des merveilles , et c'est ce dont , au paiement, je me suis bien aperçu.
La dernière copie que M. Le Maire a faite, quoiqu'il y ait bien pris de la peine, est inférieure à celle de Mignard, que vous avez; et si Le Rieux avait fini la sienne , c'aurait été la moindre. Enfin ^ Monsieur, il faut confesser qu'U ne se rencontre guère personne capable de contenter en de pareils ouvrages, l'Intelligence manquant aux uns, et aux autres l'assiduité au travail et le désir du succès qu'il faut avoir pour bien faire. Ce n'est pas le défaut de ces dernières qualités qui empêchera jamais que je vous fasse quelque chose de bien; et si la première ne chemine pas d'un pied égal » vous devrez m'excuser, puisque je n'aurai rien épargné de ce qui dépend de ma volonté. Je travaille gaillardement à l'Ëxtréme-Onctioa, qui est en vérité un sujet digne d'un Apelles, car il se plaisoit fort à représenter dçs mourants. Je ne quitterai point ce t£^leau , pendant que je me trouve bien disposé , que je ne l'aie mis en bon terme pour ime ébauche. Il contiendra dix-sept figures d'hommes , de femmes et d'enfants , jeunes et vieux , dont une partie se consument en pleurs, tandis que. les autres prient pour le moribond.
Je ne veux pas vous le décrire avec plus de dé^ tail , c^ ce seroit TofSce , non d'une plume mal taillée comme la mienne , mais d'un pinceau doré et bien emmanché*
DE POUSSIW. l8l
Les premières figurés ont deux pieds de hauteur, et le tableau sera environ de la grandeur de votre Manne , mais de plus belle proportion.
Nous ne savons point de nouvelles dont je puisse vous entretenir; c'est pourquoi je finirai la présente, en attendant l'honneur de vos commandements , par me dire , Monsieur , votre trèshumble, etc.
P. S. Je vous envoie ci-incluse une lettre de M. le Chevalier Del Pozzo.
Ma femme vous salue en toute humilité.
AU MÊME
De Rome, le x4 mai 1644*
Mbhsieur , j'ai différé jusqu'à ce moment de répondre à votre lettre* du 1 5 avril , ce que certainement je n'aurois pas fait s'il y eût eu, dans cette lettre, quelque chose qui demandât ime protnpté réponse.
Il n'est pluis besoin de vous inettre en peine de vbs busteè, car il y a long-temps qu'on les a envoyés par le détroit , ainsi que je vous l'ai écrit plusieurs fois. Nous sommes en attendant lés nouvelles de l'arrivée; car si le vaisseau dans lequel ils furent embarqués a eii bon temps , il doit être
l8a LETTRES
proche d'Amsterdam. Si vous en aviez nouvelle plutôt que nous, vous nous ferez la faveur de nous tirer de peine ; nous ferons de même à votre égard , en vous mandant promptement ce que nous en apprendrons.
Je sais bien que l'attente de ce l'on désire posséder est une peine des plus grandes que l'on puisse soufifrir; mais comme vous êtes modéré en toute chose, je crois que vous le serez aussi en l'attente de vos tableaux. J'ai ébauché le premier fort nettement, de sorte que l'on peut juger ce qu'il pourra être étant fini. M. le Chevalier Del Pozzo est venu le voir, et, quoiqu'il fasse bonne mine, on s'aperçoit bien qu'il lui déplairoit que les susdits tableaux demeurassent à Rome; mais comme ils vont eiitre vos mains, et bien loin d'ici , il boit le calice avec moins de répugnance. Il a été étonné de trouver, $ur un même sujet , une disposition si diverse et des actions de figures toutes contraires aux siennes : enfin je m'aperçois , et je n'y puis porter remède, qu'il souf fire , et lui et les autres , de voir un de vos tableaux qui seul promet de valoir mieux que tous les siens ensemble. Je vais commencer le second , en attendant que celui-ci se sèche bien , ce qui est une chose assez importante dans la peinture. Pour vous donner à cgnuoitre combien je suis désireux de vous satisfaire, j'ai fait attendre jusqu'ici M. l'évêque de Constance , sans rien faire pour lui , néanmoins que depuis très-long-temps
DE paussiic. ]83
il soit .passionné d'avoir quelque chose de moi. M. De Thou, q\i'il y a. fort long-temps que je cpn-' nois familièrement , désireroit que je lui fisse un Trépassement du Christ , et me le paieroit trèsbien; mais j'ai délibéré de laisser cette pratique, pour m'occuper uniquement de remplir la promesse que je vous ai faite. Quant aux autres ouvrages qui me sont demandés de bon lieu et de bien bonne grâce, je n'en parle pas, car il sembleroit que ce seroit pour me faire valoir. Qu'il vous sufiQse de savoir que je dresse toute ipa pensée à vous servir, et à faire pour vous quelque chose de meilleur que je n'ai fait par le passé , sans vouloir m'occuper d'autre chose : je vous prie d'en étF^ien assuré. Sitôt que j'aurai fini un de vos tableaux^ je vous le ferai parvenir incontinent , comme vous le désirez.
Je ne manquerai pas d'aller, pendant les fêtes^ Voir les Pères deSaint-Pierre in Môntorio, pour retirer de leurs mains la copie du tableau de Ra^ phaël ; Je la garderai chez moi roulée ou autrement, et quand je trouverai une occasion de vous l'envoyer, je la ferai encaisser avec la copie de la vierge que M. Le Maire vous a faite, si auparavant je ne reçois quelque nouvel ordre de vous. Le bon M. Thibaut attend avec bien de l'im- - patience la lettre que vous lui avez promise; il ma prié de vous présenter ses baise-mains et de - vous faire souvenir de lui en sa nécessité.
Il n'y a rien de nouveau dans cette ville qui
l84 LETTRES
mérite de vous être écrit ; on attend seulemeir» t: de jour à autre M. le Cardinal de Lyon. Wotr^ Saint Père se porte bien. Je suis , Monsieur, votr^ très-humble, etc.
P. S. Ma femme et mon frère vous baisenl^ humblement les mains.
AU MEME
De Rome, le 3o mai 1644.
Monsieur, d'autant que vous ne m'ord<|Biiez rien de nouveau par votre lettre du 5 mai, laquelle sert seulement de réponse à mes jMrécédentes, et comme d'ailleurs, dans la dernière que je vous ai écrite, je vous ai mis suffisamment au courant de tout ce qui se passe ^ je crois qu'il n'est pas nécessaire d'user de longs discours dans celle-ci. Il suffira seulement que vous sachiez que j'ai retiré chez moi la copie du tableau de 4saint Pierre in Montorio, laquelle je tiendrai routée, jusqu'à ce que je trouve l'occasion de vous l'envoyer accompagnée de la capie de M. he Maire. Du reste , tout va bien , puisque vous approuvez ce que j'ai fait touchant l'envoi de vos bustes par le détroit; je crois certainement qu'ils vous seront rendus sains et entiers» -^ '
DE POUSSIN. l85
J'ai a^aint jus<|u'à' présent que vos chaiïdeKers ne vofts aient pas été portés en aussi bon état que je l'eusse désiré, et j'en suis d'autant plus en peine , que vous vous abstenez de m'en écrire un mot. Je vous supplie de me dire en quelle condition ils vous ont été rendus ; au moins cela me servira pour quelque autre occasion qui se pourroit présenter d'envoyer de semblables choses , et je saurai si le dotnmage est V^ù ou de l'emballage, ou de la peinture même et de là dorure, ou pour les avoir tenus trop long-temps enfermés dans les caisses, ou bien enfin par le défaut de soin de ceux qui les ont transportés.
Il n'est plus besoin de vous parler de la plaque d'argent de Lorette, puisque vous savez qu'elle est en sa place.
Je vous rends grâce infinie de la réception que vous avez faite à M. La Fleur, pour l'amour de celui qui vous est très-dévoué serviteur; mais bien encore davantage de ce que vous me promettez. Vous allez multipliant d'autant plus mes obligations envers vous , quand vous savez si bien tailler les cheveut à Sam^oh , qu'il n'aura jamais la force de nous faire sortir de notre maison. Je ne sais quel jugement vous avez porté de liii, d'après la lecture que je vous ai récommandée; quant à moi, je crois que c'est Samson le foible, lequel mériteroit de recevoir de Monseigneur une bonne mortification.
U n'étoit pas besoin d'épandre si largement les
.l86 LETTRES
fleurs de votre rhétorique pour me persuader de croire ce que , en riant, vous dites de vous-oiéme ; mais je vous supplie de tenir pour assuré que je vous estime, sans comparaison , plus que ceux qui sont montés sur les plus .hauts piédestaux de notre France. Je resterai dans cette opinion, qui me servira d'un stimulant perpétuel pour rechercher les moyens de vous bien servir. Je suis sur le point de commencer pour vous un second tableau de la Pénitence , où il y aura quelque chose dé nouveau; particulièrement le Triclinium lunaire qu'ils appeloient Sigma y y sera observé exactement. Je suis. Monsieur, votre très-humble., etc. j.
AU MEME
D« Eome ,: le ao join 1644^ .
Monsieur, il ne seroit pas de besoin que vous prissiez la peine de répondre à toutes les lettres que je vous écris ; seulement je me contenterpis d'avoir de vos nouvelles, lorsque vous voudriez bien m'emplpyer à votre service; d autant que. la plupart des miennes ne sont d'aucun adoucissement aux ennuis que le malheur du siècle vous peut apporter. Je voudrois bien pourtant être capable de vous consoler par quelque moyen;.
mais mon talent est de trop petite étendue , et je ne pujB faire autre que de jeter quelques soupirs avec vous.
U ne faut point douter que, ne m'ayant jamais parlé des chandeliers , dans toutes les lettres que j'ai reçues de vous , je n'aie pensé que vous n'en aviez pas eu tout le contentement que vous en * espériez; mais maintenant que vous me spécifiez le dommage qui est arrivé , lequel est peut - être remédiable , je ne suis plus autant en peine que f étois. J'avois bien imaginé , dès le commencement, que des choses si fragiles ne pouvaient pas, par un si long et si fâcheux voyage, être arrivées en bonne condition , quelque diligence que l'on eût apportée dans l'emballage. Mais des choses faites, le conseil n'en est permis : nous serons plus avisés à l'égard des choses que nous avons à faire à l'avenir.
Il n'est nullement besoin de me stimuler à finir ^vec amour et soin les ouvrages que je vous ai oonomencés ; Tattlachement que j'ai pour vous, et l'envie de bien faire , ne peuvent être augmentés ^>ar nul moyen. Toutefois, si l'artifice n'arrive à "ton degré de perfection tel que vous vous le dépeignez en l'imagination, n'en accusez que l'excellence de vos belles idées, qui ne se peuvent seconder. Je vais l'un de ces jours finir l'Extrême- Onction , que j'espère vous envoyer cet automne. Dieu aidant ,'^ l'incommodité des grandes chaleurs ne me permettant pas de travailler autant
l88 LETTRES
que dans une autre saison; et, si cela est possible, comme je crois, vous aurez encore un autre tableau pour Pâques: ainsi , chaque année, je pourrois vous en envoyer deux. S'il me reste quelque peu de temps , vous me permettrez de remployer à quelque autre ouvrage , destiné au^i à m'eiatire* tenir dans l'afFection de quelques ràiens amià de ce pays.
Le bon M. Thibaut est ressuscité de plaisir d'avoir vu ce que vous m'écrivez. Je lui ai donné dix éeus pour le mois de mai , aihsi que vous k désirez ; de sorte que maintenant il né te^t de vôtre argent que cent cinquante -qiiati^ écttà; ayant employé, depuis le dernier compte que je vous ai envoyé, septante écus pour la yïèt^è du Maire, trente audit Thibaut pouir trois mote,'ét un écu environ pour le tableau de Saint Reire in Montorio. M. Thibaut m'a promis de vous écrire par cet ordinaire , touchant les modèles que vous désirez qu'il me remette.
Si les curieux que vous me nommez ont approuvé ou réprouvé ce que je faife , peu àe téir sentiment en ai-je d'une façon ou d'une àûtré. Il me suflfiroit bien de me pouvoir contentéif moimême , sans prétendre à la louange de ceiii iqtii ne furent jamais loués.
Or maintenant, il est temps que je vous fessé savoir ce qui se passe à l'égard de la èbplé de Saint Pierre in Montorio, que j'ai pat totre ordre retirée chez moi, afin que voufe puissiez Conjèc-
turer plus facilement l'issue des présentes brouilleries : je commencerai de loin. M. Mathieu, secrétaire de M. le comte de Saint-Chaumont, notre ambassadeur, dès qu'il fut arrivé k Rome, vint avec une furie /rançaise me faire une proposition : il me dit qu'il avoit à Lyon une sœur religieuse qui l'avoit prié de lui faire faire un tableau de dévotion , pour mettre sur l'autel principal de leur église, dont le tabernacle n'étoit pas encore fait. Je lui répondis qu'il trouveroit à Rome quantité de gens qui le pourroient servir; il me demanda si je voulois me charger de cet ouvrage, mais je m'en excusai d'une manière dont il se pouvoit contenter : depuis, je ne l'ai pas revu.
Ensuite de cela, huit jours ^vant que je retirasse le tableau, M. l'Ambassadeur se rendit à Saint Pierre in Montorio, et, après avoir vu ladite copie , qui lui sembloit abandonnée, il dit aux moines qu'il falloit la finir, puisqu'elle avoit été commencée pour le Roi* Peu de jours après ^ je fis porter cette copie chez moi. Lundi dernier, ledit seigneur Ambassadeur envoya quérir le sieur Cbapron, qui étoit revenu de Malte la veill^ 4u jour où le tableau fîit retiré, et lui demanda Imisquement qui il étoit , et pourquoi il âvpit laissé imparfait un ouvrage commencé pour 1q Roi; que, comme ambassadeur, il en vouloit avoir conpoissance. Chapron fit ses excuses à son avantage; disant que l'argent lui avojit manqué ,
ïgO LETTRES
et que moi qui avois la commission de faire finir le tableau , je ne l'avois pas voulu payer.
D'après cela, je fus appelé chez M. TÂmbassadeur, qui, du commencement, me reprit de ce que je ne l'avois pas été saluer, et me dit que j*avois besoin de la protection du Roi ; qu'il iFalloit que je retournasse en France , et qu'en cela il me vouloit favoriser; qu'il avoit ouï parler de moi. Je le remerciai bien humblement : alors il me demanda comment il se faisoit que le tableau de Saint Pierre in Montorio n'avoit pu être fini; je lui racontai brièvement toute l'histoire. Or-çà, me dit-il , puisque vous l'avez chez vous , je vous défends de l'envoyer; mais écrivez-en à Monseigneur de Noyers, et montrez-moi la réponse qu'il vous fera , car je veux la voir. Voilà brièvement ce qui s'est passé entre M. l'Ambassadeur et moi.
Chapron, d'un autre côté, veut encore avoir raison. Il dit qu'il a travaillé long-temps au susdit tableau, et qu'il n'est pas satisfait, à beaucoup près , de l'argent qu'il a reçu ; qu'il prétend que son ébauche lui soit rendue, et qu'il restituera les arrhes qu'on lui a payées. Pour mon particulier , je ne veux point disputer contre une béte comme il est : je lui ai promis de vous faire savoir ses prétentions , et de lui montrer votre réponse. Il vous plaira. Monsieur, de m'adresser une lettre à ce sujet, que je puisse montrer, et à M. l'Ambassadeur, et au gros Chapron.
DE poussin:. loi
Si j*avois pu faire moins que de vous ennuyer par ce long discours, je leusse fait; mais il étoit uécessaire de vous en importuner. Cependant je vous supplie de me conserver le trésor de votre amitié, et je demeurerai toute ma vie. Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MEME
Rome» le a6jaia 1644.
Monsieur, j'ai reçu, avec votre lettre du 219 mai, Tordre que vous envoyez à M. Thibaut. Je ne l'ai pu rencontrer jusqu'à ce moment ; mais aujourd'hui j'espère le trouver sur la place, et là je lui remetrai votre ordre, à cette fin qu'il puisse toucher les dix écus pour le présent mois. Il vous a écrit par le dernier ordinaire au sujet des modèles qu il a faits ici. Je lui procurerai la permission de modeler un faune endormi , lequel est , en vérité , de la plus belle manière qui se trouve parmi ce qui nous reste des œuvres ' grecques antiques. Comme cette figure se trouve dans un lieu particulier , chez les Barberini , il se pourroit qu'on éprouvât quelques difficultés à en fairç une copie; mais quand le Cardinal saiura que c'est pour vous , je crois qu'il ne refusera pas ce qu'on
ig'i LETTRES.
désire. Par le même ordinaire, je vous ai fait savoir ce qui se passoit à l'égard de la copie du tableau de Saint Pierre in Montorio; je vous supplie de ne pas manquer d'en écrire de manière que je puisse me débrouiller de cette af£sdre poliment : j'ai ici des amis à qui mon respect déplait, et qui seroient bien aises que j'y misse des bornes. Pour ce qui est des affaires de par - delà , je ue sais que vous en dire, sinon qu'il faut se conformer à la volonté de Dieu qui ordonne ainsi les choses , et à la nécessité qui veut qu'elles se passent ainsi.
Nous avons eu, il y a déjà quelque temps, la nouvelle des revers du Maréchal de La Mothe- Houdancour en Catalogne , car vous pouvez bien vous imaginer que MM. les Castillans font grancje diligence pour savoir ce qui se passe. Nous savions encore , par Venise , que Gravelines étoit assiégée par notre armée, surnommée la Dorée; et, plut à Dieu qu'elle ffiit de fer seulement , et qu'elle emportât promptement la place. Nous avons su ausâ qu'il y avoit eu du bruit entre le maréchal de Gassion et M. de la Meilleraie , ce qui n'est nidlêment à notre avantage; aussi dit-on que le& affaires de l'empereur vont bien mieux que par le passé : si l'on pipe dans le maniement des nôtres;, comme l'on fait au jeu de dez , certes elles n'iront pas même bien^
Si je rencontre le Yitelleschi , je lui dirai un mot iur ce que vous m'avez écrit.
Je ferai voir à M. le Chevalier Del Pozzo ce que vous m'écrivez pour servir de réponse à sa lettre, car je sais qu'il en sera fort touché. Je me réjouis de ce que le petit saint Paul vous contente de plus en plus ; du reste, ce que l'on en dira de bon ne viendra que de vous , qui savez bien défendre sa cause. Je vous baise les mains de tout mon cœur, et demeure à l'accoutumée , Monsieur , votre très-humble et très-affectionné serviteur ,
AU MÊME
De Rome , le 3o avril 1644.
Monsieur, l'incommodité que j^ai eue m'a empêché de vous écrire plutôt, et de faire réponse à vos lettres. Les deux dernières me font mettre la main à la plume, bien que je ne sois du tout guéri; et, laissant les deux précédentes, qui ne contiennent rien qui touche votre service, je veux seulement vous adresser deux lignes de réponse à celles-ci.
Je suis allé chez M. l'Ambassadeux^ pour lui montrer la lettre que vous m- avez écrite touchant le tableau de Saint Pierre in Montorio. Après y
avoir vu que vous prétendiez être remboursé des dépenses que vous aviez payées, tandis qu'il étoit persuadé que les frais a voient été faits aux dépende du Roi, il est demeuré court. Quant k moi, je crois que Je coût lui en fera perdre le goût , quoi" qu'il ait pensé à faire finir le tableau par un peintre à bon marché qu'il tient chez lui. Il na néanmoins rien conclu ; car, premièrement il veut le voir tendu chez lui, afin de le considérer à son aise. Lundi prochain , je le lui ferai porter, et l'ordinaire suivant, je vous écrirai ce qu'il aura résolu de faire. J'ai montré à Chapron ce que vous m'avez mandé pour ce qui touche à son ébauche; mais je ne vous écrirai pas sa réponse, parce que c'est un bœuf qui n'a ni entendement ni raison.
Je ne vous écrirai rien sur ce que peut dire Antoine de la Corne de moi et de mes ouvrages; je fais aussi peu de compte de lui que de celui qui le fait parler. Votre tableau de rExtréiueonction a été délaissé pendant près d'un mois, à cause de l'incommodité que j'ai eue, mais j^spère continuer bientôt à y travailler. Ce qui m'inquiète le phis maintenant, c'est que ma femme est de^ puis huit jours fort incommodée; j'espère ccpeiH dant que son mal ne sera pas de longue dorée.
Mardi prochain les Cardinaux entreront au conclave f^our l'élection du Pape futur; Dieu veuille que nous soyons mieux gouveraïéS' à 1'** ' veni^ que par le passé.
DE POCSSIN. 195
II n'y a' ici rien de nouveau qui soit digne de vous élxe écrit ; c'est pourquoi je finirai en vous baisant très-humblement les mains.
AU MEME
De RoniSf 1« ix septembre 1644.
Monsieur , la longueur du temps que M. TAm* bassadeur de France a pris pour résoudre ce qu'il devoit faire de la copie du tableau de Saint Pierre in Montorio, a été cause que j'ai tardé jusqu'à présent à vous faire savoir ce qui en est^ Enfin , il n'a pas trouvé ce qu'il cherchoit , car il s'étoit imaginé que la copie étoit plus qu'à demi payée de l'argent du Roi, et croyoit la faire finir avec peu de chose; mais quand il a vu qu'il falloit d'abord restituer cent etoetante écus, etqpepour finir l'ouvrage on lui faisoit de grosses demandes, à la fin il a quitté pfite. Le Père Chapron cependant n'a pas manqué de dire quantité de mentaries, espérant toujours de faire demeurer sa copie dans la maison de M. l'Ambassadeur ; mais , à la fin , on s'est moqué de lui comme d'un fripon qu'il est , et on m'a rendu le tableau sans aucune contradiction. Il ne laisse pas toutefois de dire qu'il veut être payé de son travail, et de ne pas con-
sentir à reprendre le tableau, en rendant les avances; de manière qu'en le prenant de quel biais Ton voudra , on le trouve béte de tous côtés comme un Caprone qu'il est, id estj Becco.
Vous m'avez écrit, par le passé, que vous désiriez que je vous envoyasse la susdite copie telle qu'elle est; si je le puis faire sans qu'il y ait inconvénient pour moi , je vous l'enverrai , avec la copie de la Vierge du petit Le Maire , par la première bonne occasion qui se Rencontrera. J'ai reçu, par le dernier ordinaire, une de vos lettres en dat^ du 18 août, par laquelle je vois assez le soinqu'il vous plaît de prendre des intérêts de vôtres serviteur. Je vous supplie de faire que cette bonne affection vous dure autant que durera le désir que j'ai de vous servir.
Je veux que vous sachiez l'état où est votre tableau de la Confirmation. Si les chaleurs de l'été ne m'eussent pas incommodé autant qu'elles . ont fait, ilseroit fini, et peut-être dans votre cabinet; mais il a fallu bien souvent mettre les pinceaux de côté; et c'est beaucoup pour moi d'en être sorti sans grande maladie, quoî(|eeje ne sois pas encore bien libre de ma personne. J'ai repris ce tableau , il y a quelque temps , et tous les jours j'y travaille un peu , de sorte que je crois l'avoir fini à la fin de ce mois. Quand il sera en état de pouvoir vous être envoyé , je ne manquerai pas ' ^ de le remettre à un courrier fidèle.
Je vous ai, par le passé, envoyé vos comptes,
et raotttré, par le meeu, à qvoi j'ai employé l'argent que vous m'avez fait tenir pour payer les choses que vous aviez ordonné ici avant votre départ; mais vous ne m'en avez point parlé. Je vous supplie de revoir mes. comptes et de regarder s'ils sont justes; car autrement je me remettrai de nouveau à en faire le calcul. Il vous reste cent cinquante-quatre écus : voyez , s'il vous plaît, ce que vous voulez que j'en fasse. Vous me ferez la faveur de me donner un mot de réponse sur ce sujet, et vous m'obligerez de me croire disposé. à demeurer comme je suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant servileur,
- AU MÊME
De Rome> le 2 octobre 1644.
Monsieur, aussitôt que j'ai reçu, avec votre lettre du premier septembre, celle que vous avez écrite à M. Du Npiset , je me suis hâté de la lui présenter en main propre.
Le vif intérêt que vous me montrez au sujet de mon indisposition, témoigne assez la part que j'ai en vos bonnes grâces, et combien il vous plaît de chérir votre serviteur. Je vous assure, Mionsieur, que mon mal d'estomac étoit le moindre
igS LETTRES
que j'eusse alors , et que Timpossibilité où je me trouvois de continuer un ouvrage commencé pour vous étoit ce qui m'affligeoit le plus; d'autant qu'il y a voit déjà long-temps que j'aurôis dû vous l'avoir envoyé. Vous ne deviez pas craindre que, dans une aussi mauvaise disposition de santé^ je misse la main aune chose à laquelle je n'emploie que le temps où je me trouve en bonne veine. J'ai mieux aimé interrompre tout-à- £sdt le travail commencé, et vous faire attendre davantage, que d'y employer par intervalle les forces épuisées d'un esprit languide ; mais aussitôt que ma santé a été rétablie , je n'ai pas voulu perdra un seul instant à d'autres ouvrages, et j'ai si bien employé mon temps, que me voici à la fin : demain je vernirai mon tableau pour le retoucher en quelques endroits. Je vous le pourrois envoyer par le prochain ordinaire; mais je ne me fie pas à tous nos courriers de Lyon. J'attendrai donc l'arrivée de Regard, qui est personne assez digne de confiance, et qui a déjà porté votre Saint Paul ; il vaut mieux patienter quelque temps encore, et faire notre affaire plus sûrement. Pendant que votre tableau restera entre' mes mains, il se pourroit que madame Des Hameaux , femme de M. l'Ambassadeur de Venise , arrivât dans cette ville assez à temps pour le voir ; j'en serois très-aise , n'ayant chez moi autre chose dé fini que je lui piisse montrer. Je 'dois m'attendre à sa visite, puisque elle et M. l'Am-
DE POUSSIN. IQC)
A>assadeur m'en ont écrit : c'est M. Du Fresne qui m'a donné cette connoissance là. '
La lettre dont vous paraissiez craindre la perte est arrivée à bon port. Je vous ai remercié trèsafifectueusement du soin que vous prenez de mes intérêts, comme maintenant je vous rends une infinité de grâces pour le même sujet, puisqu'il vous plaît de me confirmer par votre dernière lettre ce que vous me promettiez par la précédente. Si cette affaire réussit heureusement , je ne pourrai dire autre chose , si ce n'est que c'est un don que je reçois de votre main.
J*ai pensé qu'il n'étoit pas hors de propos de vous avertir que la copie de la Transfiguration de Saint Pierre in Montorio est dans un tel état , qu'elle né vous peut servir à chose au monde , et que Vous allez faire inutilement une nouvelle dépense. Letahleau, avec la caisse, la toile cirée, la corde et te canevas, pèseya environ i oo livres ; et les marchands veulent i .^ par livre , poids de Paris , pour le port. Je n'ai osé rien décider savant de vous en avoir prévenu; j'attendrai votre réponse. Pour votre copie de Vierge, je vous l'enverrai avec l'Extrême - Onction. Je demeure à jamais Monsieur, voire très -humble et ti'ès - obéissant
serviteur ,
P, iS. Ma femme vous baise très-humblement les mains. Nous avons un Pape de qui l'on espère beaucoup de bien ; Dieu le veuille.
aOO X£TTR£S
AU MÊME
De Rome y le 3o octobre 1644.
Monsieur, je vous envoie la copie de la Vierge de Famèse , de la main de M* Le Maire , et le tableaade rExtreme-Onction, que j'ai fait pour vous. Demain à midi , je les consignerai ès-maiqs d'un courrier de Lyon, nommé Bertolin, qui est celui qui porta votre tableau de la Manbe, et je n'attendrai pas le départ de Regard, dont je vous avois parlé par ma dernière. J'ai l'espérance que ces deux objets arriveront à bon port et bien conditionnés 9 d'autant que j'userai de diligence à les faire bien encaisser et bien couvrir. La caisse sera scellée de mon cachet de la Confiance, et portera cette adresse : A Monsieur de Chantelou , rue Saint-Thomas du Louvre. J'ai payé le port jusqu'à Lyon avec votre argent. Le courrier vous enverra la caisse à Paris par le messager : comme elle n'est pas encore faite , je ne saurois vous dire ce qu'elle pèsera ; mais par le premier ordinaire vous serez averti de tout. Je vous enverrai votre compte fait plus exactement que par le passée à cette fin que vou9 sachiez à quoi votre argent a été dépensé , et ce qui vous en reéte maintenant ; j'ai les reçus des sommes payées. Le paiement du tableau est entièrement remis à votre volonté ,
car je sais bien que vous considérerez le temps et le travail que j'y ai mis, quoique ce soit au fond ce qui importe le moins. Je vous supplie » avant que l'on le voie, de le faire orner d'une bordure d'or mat, d'un travail délicat. Quand vous aurez considéré cet ouvrage avec attention , vous me ferez Thonueur de m'en écrire votre sentiment alla Reale. Je ne vous dirai autre chose sur ce point, et je finirai la présente plein de l'espérance que vous me donnerez sujet de continuer les autres pièces avec encore plus de soin et d'amour que je n'ai fait celle que vous allez recevoir; d'autant qu'en vieillissant , je me sens , au contraire des autres , enflammer d'un grand désir de bien faire, particulièrement pour vous, qui êtes mon idole. Je suis. Monsieur, votre trèshumble et très -obéissant serviteur,
AU MÊME
De Rome y le 6 noren^re 1644.
Monsieur, lundi passé , dernier jour d'octobre, j^ai remis une caisse au courrier de Lyon , nommé Bertolin, dans laquelle étoit roulé le tableau de l'Extrême-Onction que je vous ai fait , et de plus la copie d'une Vierge de Farnèse , faite par M. Le
SOa LETTRES
Maire; le tout bien encaissé^ <îouvert et lié cl bonnes cordes, cacheté aux trois endroits ord^ naires, avec une adresse en parchemin clou^^ dessus et portant : A Monsieur de Chantelou; rue Saint-Thomas du Ix)uvre , à Paris. Je vous e» ai envoyé la lettre d'avis par Tordinaire du même jour, sous le pli de M. Rémy. Vous ferez faire diligence pour retirer la caisse dès qu'elle sera arrivée ; et quand vous aurez le tableau entre vos mains, vous savez bieïi les caresses qu'il lui faiiârâ faire avant que de le laisser voir à personne. Je n'attends point que vous m'en parliez avant d'a^ voir eu le temps de le bien considérer ; alors vous m'obligerez beaucoup d^ me dire sans flatterie ce que vous en pensez. S'il y a quelque subtit qui reprenne une chose que j'ai oubliée de Ciov riger , vous lui pourrez dire que le péché ne vi«it pas d'ignorance, mais de ce que les Italiens appellent trascurataggine (négligence); je ne m'en suis apperçu que quand je l'ai détaché de son châssis pour vous l'envoyer : un jour, je vous dirai ce que c'est , et vous le ferez raccommoder , car cela est très-facile. Je vous envoie le compte général de ce que j'ai dépensé pour votre service ; vous verrez ce qui vous reste; à mon compte « c'est cent cinquante-sept écus. Quant au paiement du tableau , vous en agirez de la façon qu'il vous plaira ; je ne doute point que vous ne me donniez courage de faire la suite avec amour et plaisir. Celui que j'ai la pensée de faire maintenant,
Ds poussis. ao3
contient ▼ingtrqoatre figures , sans le fond , où il -doit y aToîr de Tardiitecture; mais je n'y touchefai .point jnsqn'à œ que j*aie eu réponse de celui que je tous ai eoToy é. Je garde toujours votre copie de Saint Pierre in Montorio, en attendant de Tos nouvelles. Si ce n'est point chose qui vous soit iiiconunode , ditesraioî quelque chose de vos bustes de marbre: vous êtes trop retenu avec votre serviteur.
M. Thibaut vous baise très - affectueusement les mains ; il vcms appelle son bienfaiteur , et je vous assure qu'il fera honneur à votre protection. Je vous prie de ne point perdre la bonne a£fection que vous avez pour lui, et de vous en souvenir.
Je n'ai pour le présent autre diose à vous mander , ^non que je demeure à jamais , Monsieur , votre très-huble et très-obéissant serviteur,
P. S. Je baise très-humblement les mains à M. De Ghantelou, votre firère.
AD MEME
De Kome, le 19 noTembre 1644.
Monsieur , si ce n'eût été l'impertinence de celui qui me rend ordinairement les lettres qui me
3o4 L£TTR£S
vieDnent.de Paris, j'eusse fait, il y a long^temps, réponse à vos deuiK dernières, l'une du 3o septembre, et l'antre du 4 octobre. Mais m'ayant été rendues trop tard , j'ai difTéré jusqu'à ce moiùent de vous écrire.
Je suis tout joyeux de savoir que vos bustes sont arrivés bien conditionnés. J^ai déjà parlé à M. Thibaut des chevaux que vous voudriez qu'il modelât, et lui et moi nous aurions arrêté quelque chose à ce sujet , si ce n'eut été qu'il est employé à faire deux figures en stuc pour la Cavalcade du Pape, chose grandement pressée, mais de peu de profit. Aussitôt qu'il aura fini , nous travaillerons pour vous.
Je vous remercie très-affectueusement du soin que vous prenez de mes intérêts, et de ce que vous avez la bonté de vous en occuper comme s'il s'agissoit des vôtres propres.
Ne trouvez point étrange que l'on vous ait tant fait payer pour le port de vos caisses, puisqu'il a fallu passer par les mains de vrais larrons et non de marchands. Avec tout cela , il les faut remercier très - humblement de la peine qu'ils ont prise, et du service qu'ils vous ont rendu r c'est l'usage par le temps qui court. Si j'eusse eu le bonheur de vous revoir encore une fois dans celte ville , je n'aurois plus eu de regret de mourir. O Dieu ! quelle joie c'eût été pour moi , de jouir encore de la présence d'une personne que j'aime et honore sur tous les hommes du monde.
. DE ponssiic. ao5
M. de la Boissière me fait beaucoup de tort, et il £iat qu'il se veuille du mal à lui-même, pour avoii' refusé la compagnie d'un personnage qui aUroit été sa consolation et son bonheur. Je crois que soa voyage n'auroit pas été si long ni si fâcheux qu'il sera probablement , car il devroit être maintenant ici, à moins qu'il ne séjourne à Marseille, pour avoir l'occasion de passer sur les galères qui Tiennent ici chercher M. le Cardinal de Lyon. Si son retardement est pour cela , j'en serai tout joyeux , car , outre qu'il passera sûrement et sans craindre les corsaires de Final, il aura bonne compagnie , pendant le voyage même, de M. Gueffier, qui se sert du même passage : Dieu le veuille amener en bonne santé. Lorsque je saurai qu'il sera arrivé , je ne manquerai pas de lui aller offrir humblement mes services.
Sans mentir, je me plais beaucoup à penser que TOUS allez recevoir FExtrême-Onction sans être naïade , et avant que j'aie entendu les plaintes que vous commenciez à faire de ne pas voir ar- Wer ce sacrement au moment où je vous l'avois promis : vous le recevrez non pas d'un prêtre , xnais du messager de Lyon , comme par deux fois consécutives je vous l'ai écrit. Par la mémç voie et tout ensemble , vous aurez aussi la copie de la Vierge , que vous désiriez que je vous envoyasse; .de manière qu'il vous semblera que j'aie eu révélation de votre désir , car tout a été fait avant d'avoir reçu votre dernière lettre.
ao6 * LETTRES
Puisque vous désirez une autre demi-douzai^ de bustes, ou au moins quatre, je veux, avaii que de passer par les mains du maquignon de Vitelleschî, faire une recherche partout Rome, sans qu'il le sache. Au pis aller, si je ne trouve rien , nous irons voir, à son magasin, s'il y a moyen de tirer quelque chose de ses mains de harpie.
Je tiens toujours roulée la copie de la Transfiguration dont je vous ai écrit plusieurs fois; je ne sais quelle occasion prendre , autre que ceik des marchands, pour vous Fenvoyef : j'attends votre réponse sur ce sujet.
le vous ai envoyé un nouveau compte de la dépense faite sur votre argent , un peu plus exact et plus à votre avantage que n'étoit le demia. Vous prendrez la peine de le repasser et de k vérifier, 'parce que je désire vous rendre cona^ d'un obole , comme il est de mon devoir. Commandez - moi cependant sans m'épargner , pendant que je suis de ce monde; car après moi, il n'y aura personne qui vous servira d'aussi bon cœur. Je suis , Monsieur , votre très - humblt et très-obéissant serviteur,
p. s. Ma femme vous baise très -affectueusement les mains. Mes très-humbles compliments à MM. dé Chantelou.
AU MEME
De Rome, ce a6 Boyeiabre 1644*
Monsieur, moyennant l'aide de Dieu, je crois qu'à cette heure vous avez reçu le tableau de l-Ëxtréme-Onction avec la copie de M. Le Maire , que je vous ai envoyés le dernier jour d'octobre, comme je vous en ai donné avis par plusieurs £[>is; de sorte - qu'il n'est plus besoin de faire des vœux pour les préserver de mauvaises rencontres. S'il vous sont rendus bien conditionnés , et que mon ouvrage vous satisfasse en quelque manière, ce sera pour moi un des plus grands contentements que je puisse recevoi?. Je vous ai supplié de m'en écrire votre sentiment alla Reaîe, sans flattée, car ce seroit faire tort à vous et à moi; je n'ea. attends pourtant point de nouvelles jusqu'à ce que vous l'ayez vu avec son ornement et son atour. J'ai porté la lettre que vous écriviez à M. du Noiset, aussitôt que je l'ai reçue.
Je a'ai pas entendu parler de M. De la Boisr sière : j'attends, la venue de M. Gueffier pour savoir de lui s'il ne l'a point rencontré par le chemin.
Nous travaillerons l'un de ces jours prochains , M. Thibaut et moi, aux dessins de quelques gen-
tils Scabellons pour poser vos bustes. Il s'est mieux montré, sans aucune comparaison, que tous les autres sculpteurs, dans les figures qu'il a faites pour Tare triomphal de la Cavalcade du Pape : je vous assure qu'il deviendra très-habile homme. Je garderai l'ébauche de San-Pietro in Montorio jusqu'à ce qu'il se présente quelque occasion facile de vous l'envoyer , car du reste il ne faut point penser à la foire terminer. Que le sieur Samson fasse , comme je le crois , tout ce qu'il pourra , et que M. l'Ambassadeur écrive tout ce qu'il voudra à M. le comte de Brionne , il est certain que loin de dire à celui-ci que je ne voulois plus retourner en France , c'est le contraire que je lui ai dit. Pour ce qui est de la maison, je lui ai dit que je l'avois remise, à mon départ, ès-mains de Monseigneur De Noyers , qui , de sa ^ce, me l'avoit conservée jusqu'à ce moment : voilà sur quoi il a fondé ce qu'il a écrit. Quant au peu de discours qu'il me tint, il n'est aucunement convenable de vous le redire; mais il montre assez la malignité de son cœur. Du reste, je n'ai point d'armes assez fortes pour repousser les coups de la méchanceté, de l'envie et de la rage de nos Français; je me résigne donc à les souffrir et' à en prendre patience. Il est vrai que mon bon- Jieur ne dépend nullement de cela; il est mieux fondé : je vous supplie pourtant d'avoir un peu de soin de cette affaire, car elle touche Mûnseigneiu".
DE POUSSIN. SIO9
M. le Chevalier Del Pozzo vous baise les mains. £xcasez-inoi , si je vous écris sur ce papier peu convenable ; j'avais commencé et même déjà presque fini ma lettre quand je m'en suis aperçu. Je suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
J^. S. J'espère bien , avec un peu de temps , trouver quelques bustes , sans passer par les mains de Yitelleschi; mais il faudroit de l'argent tout prêt. Je ne laisse pas de chercher, sans faire de bruit, en attendant de vos nouvelles.
AU MEME
De Rome, le 3o avril 1645.
Monsieur , votre dernière m'a ôté de la peine très-grande où je me trouvois ; car n'ayant point reçu de vos nouvelles pendant un long espace de temps, je craignois que vous ne fussiez retombé malade. Or, maintenant que je suis certain de votre entièr^uérison , je m'en réjouis pour vous, comme ayant recouvré le plus grand trésor que Ton ait en ce monde. Je suis aussi très-joyeux de savoir que Monseigneur est en bonne sauté. Mais dfautre part, vous me causez une véritable mor* tification quand vous me dites qu'il veut me re-
aïO LETTRES
mercier de l'assistance que j'ai donnée à M. de La Boissière à son arrivée à Rome , vu' que je ne ^l'ai servi en quoi que ce soit , et que je crains plutôt de l'avoir importuné. Plût à Dieu que j'eusse pu lui être bon à quelque chose ; mais il a voulu réserver cet honneur-là à quelqu'un de plus méritant que moi, qui suis inutile, et qui n'ai que de la bonne volonté : celle-là du moins ne sera jamais diminuée à l'égard de ceux qui appartiennent à Monseigneur.
Aujt)urd'hui j'ai ^té présenter à M. Du Noiset la lettré que vous lui écrivez. Il l'a reçue courtoisement , et , après l'avoir lue , il m'a assuré qu'il s'occuperoit en son particulier de l'affaire que vous lui recommandez; de mon côté, j'en suis aussi le diligent solliciteur.
J'ai été chez le sieur Arrigoni, banquier à Rome, correspondant de M. Lamagne à Paris, pour revoir la lettre de change que vous m'envoyâtes dernièrement. Là, nous avons trouvé que le paiement qu'il m'a fait est bon et juste, et que la quittance que j'ai donnée n'est que de
quatre cent seize écus de dix jules et soixante
Voici une décharge que ledit Arrigoni m'a donnée de sa propre main , en présence de M. Géncaut, banquier français, et de M. Thibaut; je vous l'eïïvoie incluse dans la présente , afin que vous puissiez connoître d'où vient que Ton veut vous faire rembourser cinq cents écus ; mais vous traiterez de cela avec M. Lamagne. Sur l'aident
DE l>OUSSlN. 211
qui vous reste , et qui se monte à trois cent vingttrois écus, je continuerai à payer dix écus par mois au bon M. Thibaut , ainsi que ce qu^i sera besoin de débourser pour la négociation de l'aumônier de Monseigneur; le reste demeurera en lieu assuré , en attendant que vous me disiez ce que vous voulez que j'en fasse. J'ai déjà obtenu , par mes soins et ma diligence , trois belles têtes antiques de marbre, sur les quatre ou six que vous m'avez demandé de vous trouver, pour achever la douzaine avec celles que vous avez déjà. Mais s'il arrivoit,par quelque cause à moi inconnue , que vous vous repentissiez de la pensée que vous eûtes , ne vous en mettez point en peine , car je garderai ces têtes pour moi : toutefois je continuerai la recherche des autres , en attendant de vos nouvelles.
Je vous prie de m'excuser, mais pour cette année, je ne pourrai vous envoyer qu'un de vos tableaux des Sacrements; car il m'a été impossible . de mettre la main à tous les deux, ainsi que je vous avois promis.
Aujourd'hui M. Pointel est arrivé à Rome en bonne santé , Dieu merci. Je ne sais pas s'il fera la banque ou non ; mais si vous voulez quelquefois faire passer de l'argent dans cette ville , vous pourriez vous servir de M. Géricaud , qui est galant homme et bien raisonnable ; M. Rémi a ici, par son moyen , de l'argent à quatre et demi pour
cent.
aia LETTRES
. Kous ne vous avons pas encore envoyé les modèles des piédestaux ou escabelles pour poser vos têtes de marbre , mais nous vous les enver-^ rons bientôt; M. Thibaut les pourra modeler, ou au moins nous vous en ferons passer des dessins avec leurs mesures. J'ai beaucoup de lettres à écrire par cet ordinaire, c'est pourquoi je vous supplie de vous contenter pour le présent de ce qui précède. Je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
k»/«>^«.«^ ■f/^%/^^'»/m^^'mi^^^%/*/^^/%^t/%^%^i
A M. DE CHANTELOU l'aiwé.
De Rome , le 17 mfti t645.
Monsieur , la venue en cette ville de notre loyal ami M. Pointel ne m'a pas apporté le seul contentement de sa présence; j'ai eu enf même temps celui de recevoir des nouvelles de votre santé , et d'être informé de l'honneur que vous me faites en voulant bien vous souvenir de moi. Le dévouement dont je fais profession envers vous^ étoit demeuré infructueux jusqu'à cette heure qu'il vous platt de m'honorer de vos commandements. £n me témoignant le désir que je vous fasse un petit tableau sur bois de la grandeur du Saint Paul de M. votre frère, vous m'en indiquez le sujet par votre lettre du i8 mars, à laquelle celle*
DE POUSSIN. ai3
ci servi|*a de réponse. Je vous assure qu'il n'y a personne au monde pour qui je me sente porté ^vec une égale affection à l'exécution de ce petit ouvrage j lequel j'espère faire servir de témoignage du vif désir que j'ai d'être à jamais, Mon* sieur, votre très -humble et très - affectionné serviteur ,
P. S. Je baise très - humblement les mains à AlM. de Chantelou et de Chambray.
A M. DE CHANTELOU
SEGHÉÎAIRE \}E MONSEIGIÏRVR D£ NOYERS.
De Rome, la aS mai 1645.
Monsieur, je supporte patiemment la mortification que vous me donnez par votre dernière du ^7 avril ; je trouve même que les reproches que Vous me faites d'avoir manqué à finir pour Pâques le tableau que je vous avois promis, sont trop doux : je méritois plus âpres répréhensions. Ma promesse de vous faire deux de vos Sacrements par an , n'exprimoit encore que la volonté particulière que j'aurai toujours de vous servir; et si j'eusse été assuré, comme je le suis maintenant, de la volonté très-positive que vous aviez vous-même
ai4 LETTRES
de continuer cette dépense , c*est la vérité que je ne me fusse pas engagé avec d'autres p^sonnes, ainsi que j'ai fait. Mais, Monsieur, assurez- vous que vous ne perdrez rien pour attendre. Permet- 'tez-moi seulement de finir ce que j'ai commencé pour autrui , et je vous promets, pour la seconde fois, que je ne m'emploierai plus que pour vous, à qui je désire sur toutes choses de complaire. Je vous enverrai, Dieu aidant, une Confirmation avant que l'année soit expirée. Elle est en bon ordre et ébauchée avec beaucoup de soin; elle sera plus riche en figures que l'Extrême-Onction, et je crois qu'elle la pourra bien accompagner.
Je suis très-aise que vous approuviez la recherche des bustes que j'ai faite, d'autant que j'en ai déjà acheté trois : j'espère que bientôt j'en trouverai un quatrième , ce qui fera votre compte. Si vous voulez aller jusqu'à la demi-douzaine , vous m'en écrirez un mot par le premier courrier , et je continuerai de chercher.
Tai pensé que ce seroit une bonne occasion de vous faire tenir ces têtes, que celle que nou^ fournira le retour- de M. Thibaut en France; cair pouvant très-bien être chargées sur des mulets ^ il sera très -facile de les transporter de Lyon àt Rouanne, sans courir le danger de les gâter. Ur» mulet en portera deuic au moins, de sorte qu^ les frais ne seront pas grands , ayant la commodité de l'eau pour tout le reste du chemin.
J'ai continué à donner à M. Thibaut diic écus
DE poussiir. âi5
par mois sur Targent que vous aviez ici , ainsi que ^ous m'en avez chargé. J'ai parlé à M. Pointel touchant la remise de l'argent que quelquefois TOUS nous envoyez ; il m'a prié de vous faire ses humbles baise- mains ^ et m'a dit qu'il ne faisoit ici aucun négoce, mais que vous pourriez vous servir de M. Géricaut le fils , lequel demeure en cette ville : il est honnête , et se contente de peu de profit.
Nous ne nous sommes point hâtés de vous envoyer les dessins des piédestaux ou escabelles que nous vous avions promis ; nous voulons auparavant voir les plus beaux qui soient à Rome ; ce sera quand nous irons visiter les Fille.
Le sieur Thibaut n'ayant pu , sans avoir une licence, modeler commodément l'Hercule Farnèse, s'est résolu de se servir du moule que vous fîtes Élire, et d'en tirer une copie que l'on conservera: lui et moi nous nous sommes d'autant plus volontiers déterminés à cela, que nous craignions qu'il n'arrivât à ce moule ce qui est arrivé aux autres , qui ont été tous rompus et jetés avec les ^danges de la cour du palais Mazarin. M. du Noiset vous écrit la lettre ci-incluse ; il m'a dit que c'étoit ce que vous désiriez de lui; il n'a rien Toulu pour l'expédition, et se montre fort votre affectionné.
Je n'ai pas encore vu M. le Chevalier Del Pozzo; mais au premier ordinaire, je vous donnerai nouvelle des miroirs avec lesquels il regarde les
ai6 LETTRES
petits objets. Je suie, Monsieur, votre trè^-humble et très-obéissant serviteur,
I AU MÊME
De Rome, le i8 juin 1645.
Monsieur, j'aurois matière à vous écrire beaur coup, si je voulois répondre aux cérémonies que vous faites avec moi dans la dernière lettre dont il vous a plu de m'honorer. Je, dirai seulement que la lecture de vos lettres ne me peut jamais apporter que de la consolation , du bien et de h joie ; ce m'est un plaisir toujours nouveau , et qui me va augmentait l'affection que j'ai, de vous servir. Ne vous imaginez donc point que je perde le temps que j'emploie à les lire, ni même à y répondre. Ce seroit plutôt moi qui devrpis être Iç premier à vous faire mes excuses de ce que , vous employant à des choses importantes, j'ai pu vou^ détourner de vos occupations par mes importa-^ nités qui sont si fréquentes. La confiance que j's^ en votre bonté est cause que, mémement par cetl^ présente, je vais vous importuner de nouveau^ et vous prier de me prêter votre aide dans une négociation qui m'importe beaucoup. Vous savez^ Monsieur, que ipon absence a donné lieu à quel^
DE POUSSIlf. 217
ques téméraires de s'imaginer que, puisque jus^ qu'à cette heure je n'étois point retourné en France, j'avois perdu l'envie d'y jamais revenir. Cette fausse croyance les a pous$és, sans aucune autre raison, à chercher mille inventions pour tâcher de me ravir injustement la maison qu'il plut au feu Roi, de très-heureuse mémoire, de me donner ma vie durant. Vous savez aussi qu'ils ont porté l'affaire si avant , qu'ils ont obtenu de la^eîne la permission de s'y établir et de m'en mettre dehors ; vous savez enfin qu'ils ont composé de fausses lettres, portant que j'avois dit que je ne reto^merois jamais en France, afin que ce ro.ensonge décidât la Reine à leur accorder plus £|ciiemeut leur demande. Je suis au désespoir de voir qu'une injustice semblable ne trouve point d'obstacle. Maintenant que j'avois envie de revenir cet automne même jouir encore des douceurs de ma patrie , là où finalement chacun désire mourir, je me vois enlever ce qui m'invitoit le plus à y retourner. Est-il possible qu'il n'y ait personne qui défende mon droit , et qui se veuille dresser contre l'insolence d'un vil laquais ? Les Français ont-ils si peu d'affection pour des concitoyens dont le juérite honore la patrie ! Veut-CHi souffrir qu'un homme comme Samson mette dehors de sa maison un homme dont le nom est connu de toute l'Europe ! L'intérêt du public ne permet pas qu'il en soit ainsi : c'est pourquoi , Monsieiu*, je vous supplie, s'il n'y a pas d'autre
ai8 LETTRES
remède , de faire du moins entendre aux honnêtes gens ie tort que l'on me fait , et d*être mon protecteur en ce que vous pourrez. Connoissant une partie de mes affaires , vous savez de plus que je n'ai point été payé de mes travaux. Si , dans cette circonstance, vous pouvez venir à mon secours, j'espère être en France pour la Toussaint ; que si l'injustice l'emporte sur le bon droit et la raison, ce sera alors que j'aurai lieu de me plaindre de l'ingratitude de, mon pays, et que je serai forcé de mourir loin de ma patrie , comme un exilé ou un banni. Je ne vous importunerai pas davantage sur ce sujet, et je n'en dirai rien jusqu'à ce que vous m'en ayez donné quelques mots de répoilbe.
Je suis toujours occupé de la reqj^rche de quelques belles têtes de marbre antiques; mais finalement, je crois qu'il faudra que vous vous contentiez de ce que j'ai rencontré , parce qu'il est impossible d'avoir tout ce que l'on désireroit.-
Votre tableau de la Confirmation demeurera dans l'état où il est, jusqu'à ce que la saison- soit plus commode pour travailler ; le commencement dé cet été nous épouvante , la chaleur étant devenue tout-à-coup excessive.
Nous avons dans cette ville le bon M. Dufi*esne, de l'imprimerie, qui se porte bien. Hier au soir, en s'éntretenant avec moi , il me dit quelque chose de l'envie que vous aviez de revoir Rome une autre fois. Je prie Dieu que cela soit avant que je meure , à cette fin que je puisse de nouveau jouir de votre présence.
DE poussiir. ai9
Du reste, Monsieur, je vous supplie, s*il arrivoit le cas que Ton pût tirer quelque argent pour
la que vous savez , de la part de ceux
qui désirent la posséder , de ne pas empêcher que la chose ait lieu : vous obligerez à jamais votre très^humble et très-obéissant serviteur ,
P. S. Je baise très - humblement les mains à M. de Chantelou, votre frère, de qui je suis le serviteur très-affectionné.
AU MÊME
De Romeyle a3jmUet 1645.
Monsieur, il y a huit jours que j'aurais dû répondre à votre^ dernière du 24 mai; mais, ne l'ayant pas reçue à temps, j'ai remis la partie à cet ordinaire. Il n'y a point de doute qu'il ne vous sauroit rien arriver de bien que je n'y prenne part, non-seulement parce que j'ai avec vous des relations de dépendance , mais de plus et surtout parce que je vous aime et honore au dernier degré. C'est pourquoi je me suis réjoui , à la uout ve^le. qu'il vous a plu de me donner de l'accès que vous avez auprès de la personne d'un prince du mérite de Monseigneur le duc d'Enghien. La fragilité des fortunes hiunain^s est telle , à la Cour
surtout, qu'il est toujours besoin de se £gâre un appui des puissants; aussi, quoique l'on dise qu'il n'y a pas plus de salut à se fier aux princes quto autres fils des hommes, nous voyons bien souvent l'homme disposé à se faire un Dieu de l'homme. Je me réjouirai davantage de cette ren* contre , quand je saurai qu'elle est entièrement à votre contentement.
Aujourd'hui je me suis informé à des personnes fort entendues en matière de gants, d'odeurs, de savonnettes , et de tout ce que vous désirez que je vous envoie. Elles m'ont dit que si l'on attendait jusqu'à l'automne , ces objets seroient bien meilleurs que eeux que l'on trouve maintenant, et qui sont faits de l'année passée. Les autres choses que vous désirez se fabriquent dans la même saison ; c'est pourquoi, si vous pouvez remettre votre commande, vous serez mieux servi: j'attendrai donc votre réponse sur ce sujet.
Pour ce qui est de l'aident donf vous avez Éaut faire la remise en cette ville , pour subvenir à la dépense de vos tableaux , de vos têtes de marbre, et de la pension que vous continuez à M. Thibaut, il est déjà bien diminué; c'est pourquoi il sera nécessaire d'en envoyer de nouveau , si vous voulez continuer vos acquisitions. Je vous enverrai, à la première commodité, le compte de la dépense que j'ai faite jusqu'à présent. Je voup supplie de m'écrire si vous voulez que je vous trouve une deiiii-douzaine de bustes antiques,
DE POUSSIN. aai
oust Vous VOUS contenterez de quatre : s'il en est ainsi, vous êtes d^a servi.
Autre chose je ne puis vous mander pour cette heure que le courrier est prêt à partir. La chaleur de Fêté m'incommode d'une telle manière , qu'il m'a fallu abandonner les pinceaux ; si je puis seulement conserver la santé, je l'estimerai à bonne fortune. Je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
A M. DE CHANTELOU
f SECRETAIRE DE MOIfSEIGNEtTR LE DUC d'EnGHIEN.
De Rome , le ag juillet 1645.
Monsieur, j'ai reçu, en même-temps deux de VOS lettres : l'une datée du 2 juillet , et c'est , je crois la dernière ; l'autre sans date. N'ayant pas pu remettra à M. du Noise t la lettre que vous m'avez adressée pour lui, je l'ai laissée à un de ses valets de chambre , qui la lui a donnée à son retour de la Villa où il étoit allé.
Je suis tout déterminé à Êiire encaisser un de ces jours les quatre têtes de marbre que je vous ai trouvées. Quoiqu'il puisse y avoir de la difficulté à les faire sortir de Rome, k ce que m'a dit un mien ami, j'espère réussir à vous les en-
Saa LETTRES
vôyer. L'une est le portrait du dernier Ptolémée, frère de Cléopâtre , ainsi qu'on \e peut reconnaître par les médailles. C'est la tête la plus noble qui se voie : je l'avois fait restaurer pour la placer dans ma petite salle, et jouir souvent du plaisir de la voir; mais, ayant trouvé trop.de difficultés à en rencontrer d'autres à un prix honnête, je me suis résolu à vous en faire le sacrifice , préférant votre contentement au mieu propre. La seconde est une belle tête de femme, de bonne et grande manière, qui regarde vers le ciel : je l'ai acquise par bonne fortune dans un lieu où elle n'étoit pas connue. Elle a appartenu premièrement à Chérubin Alberti, peintre fameux , puis à ses héritiers , parmi lesquels . se trouve un médecin que je connois familièrement depuis long-temps. Vous y verrez quatre petits trous , deux au-dessus de chaque oreille , qui ont autrefois servi à attachei^ quelque ornement. Je ne saurois absolument juget* si c'est un portrait on une tête faite à plaisir ; tant il y a qu'on l'appeloit chez les Alberti la Lucrezia : elle a sa draperie jusqu'au sein. La troisième tête est sans doute un portrait de Julia Augusta , de grandeur naturelle, avec son buste jusqu'aux mamelles. La quatrième semble un Drusus ; c'est un jeune honune sans barbe , d'un aspect assez fier , qui tiendra bien sa place avec les autres. Les quatre bustes vous reviendront à cent soixante écus : savoir, le Roi, cinquante écus; la Lucrèce, cinquante écus;
DE poussiir. aa3
et les deux autres trente écus chaque : ainsi , en rabattant septante jj/aas pour les sept mois de M. Thibaut , de trois cent vingt-trois qui vous restaient après avoir achevé de me payer l'Extrême* Onction , vous n'avez plus maintenant que nonante-trois écus , sur lesquels il faut prendre la dépense de l'encaissement de vos bustes. Autre dépense encore : il faut vous acheter les gants , les essences, savonnettes et pommades que vous désirez. Ces objets ne vous seront point envoyés plutôt que d'ici à trois semaines ou un mois; car, m'étant adressé à ce sujet à ceux qui s'y entendent, chacun m'a assuré que je ne trouverois rien de bon, si je n'attendois encore un peu, parce que maintenant toutes ces marchandises sont vieilles et rances. Mais comme il y a déjà quelques temps que Ton travaille aux nouvelles, je pourrai vous en envoyer à l'époque indiquée.
Quant à l'argent qui manquera, je l'avancerai du mien jusqu'à ce que vous ayez fait la remise nouvelle que vous m'avez annoncée.
Pour ce qui est de votre tableau , j'ai réservé l'automne prochain pour le finir et vous l'envoyer : si je me conserve d'ici à un an en bonne santé, je vous en finirai deux. J'espérois que pendant le cours de cette année , je pourrois me débarrasser d'une partie des travaux pour lesquels j'ai pris des engagements; mais la chaleur nous accable si fort , qu'on ne sauroit rien faire ; chacun est tombé dans un tel état de langueur , que
!ia4 LETTRES '^
c'est une chose étrange : tout Rome est rein{di de malades , et il meurt qufptité de personnes. Dieu me veuille maintenir la santé , a&i que je sois toujours en état de tous servir.
M. Thibaut a encore besoin de votre aide; il vous baise bien humblement les mains. J'ai fait réponse à la lettre dont Monseigneur a bien voulu me favoriser. Je suis , Monsieur , votre très-bumble et très-obéissant serviteur ,
P. S. Je vous supplie , monsieur , d'achever la suscription de la lettre que j'écris à Monseigneur; vous m'obligerez extrêmement.
DeB.ome, le ao août 1645.
Monsieur, votre dernière, en date du a 3 juillet , est arrivée fort à propos' pour ce qui coor cerne la dépense que vous m'aviez chargé de faire en gants et autres articles ; car j'étois sur le point de les acheter et de vous les envoyer, ce que je différerai d'après l'ordre que vous m'en donnez. A l'égard des bustes de marbre , je vous en ai acheté quatre, et je crois y avoir bien employé votre argent : ils coûtent cent soixante écus. Il faut maintenant aviser aux moyens de les tirer hors de Rome, et de vous les envoyer. Les
DE POUSSIN. aa5
choses ont bien changé sous le gouvernement actuel , et vous . savez que nous n'avons point de faveur en Cour. J'appréhende par cette raison d*avoir. de la peine à impétrer la licence de faire sortir, du territoire papal les têtes susdites; cai: aucuns m'ont assuré que le Cardinal Pamphile a ordonné depuîi|pn mois qu'aucune chose antique ne fût transportée hors de Rome. La, raison en est qu'il voudroit que ce qui est à vendre servît d'ornement à )a Villa qu'il fait bâtir, et cela sai\s le payer, ou en le payant au moindre prix. possible. Nonobstant, je tâcherai par tous les moyens du monde d'obtenir cette difficile licence; je vous en n^anderai des nouvelles quand j'aurai fait mes tentatives.
La grande et fâcheuse chaleur de l'été a mis mes affaires assez en arrière , n'ayant presque rien pu faire depuis le commencement de juin jusqu'à maintenant que nous sommes étouffés. La grande quantité de maladies et la mortalité qui en résultent, ont fait que je n'ai pensé jusqu'ici à autre chose qu'à me conserver en santé; c'est pourquoi, si je peux finir votre tableau de la Confirmation ^ et vous l'envoyer pour la fin de l'année, je croirai avoir • fait beaucoup. Il contient vingt - quatre figures presque toutes entières, sans l'architecture du fond ; de manière qu'il ne faut pas moins de cinq ou six mois pour le terminer. Considérez bien, Monsieur, que ce ne sont pas des choses que l'on peut faire eh sifQant , comme vos peintres
aaO LKtTRES
de Patiji qui , eti se jodant ^ font deà tableaux eh TÎngt-quatre heures. Il mé sètnble que j'ai fait beaucoup quand j'ai terminé une tête eil \in joiii*, poul*vu qu'elle fas^ie son effet. Je tous supplia donc de mettre l'impatience fratÉÇaise à part ; cài* si j'avois autant de hâte que ceux qui mé pre»' sent^ je ne ferois rieu de bién.4le me propose^ point pour d'aulfes que vous dé nouveaux oa-» Vrages ) car ce sefoit aux dépens du temps que je réservé pour vous Servir* M. de Chantélou, votre frère, m'a écrit paf- deux fois qu'il désireroit'bien que je lui fisse un petit Ba{>tème dé Saint Jèan , de la gtilfldeut* de votre Saint Faul. Je confesse que je né peux lui rien refuàet ; mais, comme j'ai juré de ne jamais rien faire de si petit, cet ouvrage m'ayaut liotableineht offertsé k viie, et comme d'ailleurs il Ine seroit imposable de lé servir aussi promptement qu'il youdroit, je tc}ill slipplie d'être notre médiâteul* dati^ êéftë âfEairé, et de l'arranger à notre commune satisfaction. Si ce n'étoit que je me troûte etigagé étt des choses qu'il y a long-temp» que j'ai enti'eprises , je m'<H> (mperais uniqueitient de vos Sactéiiiééits ; ce que j'ai bien eûtie de laii'è aussitôt qae je nie serttt tiré de tous mes embarras. J'espén^ voils 'Étitè deux tableaux l'année qui vient , car je suis très* résolu de lie m'engager avec pefsoAni^ ^v^tb qM irons , de qui je serai toute ma vie , Mo<isieur^ le très -humble et très-obéissant serviteur,
DEr POUSSIN. 127
P S. Il n*y a rien ici pour M. Delisle , soyez-en bien certain. M. Thibaut vous baise très-humblement les mains; Il ne reste de votre argent que nonante-trois écus.
A M. DE CHANTELOU l'aiw^.
De Rome, le 17 octobre 164 5.
Monsieur , deux obstacles m'empéchoient en même temps de satisfaire à la demande que vous m'avez adressée d'un petit tableau du Baptême de Saint Jean : la petitesse et le temps. Yous avez trouvé le moyen d'en lever un , en remettant la grandeur à ma commodité ; mais je dois vous prévenir encore que désormais le temps ne sera plus à ma disposition , car l'ayant totalement consacré au service de M. votre frère, je ne le puis employer pour autrui sans lui fai;:e tort. Je vous supplie donc de traiter de cette difficulté-là avec lui; s'il veut vous accorder votre demande, rien ne sera épargné de mon côté pour vous satis- • faire dans cette occasion , comme dans toutes celles où j'aurai le bonheur de pouvoir vous télâoigner que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur,
!ia8 LETTRES
A M. DE CHANTELOU
SECRETAIRE DE MONSEIGNEUR LE DUC d'EnGHIEN.
De Rome, le i5 octobre 1645.
Monsieur, il n'est pas besoin de remplir cette feuille de papier de frivoleà paroles ou de conceptions inutiles , puisque à peine elle suffira pour contenir les choses qu'il est nécessaire que vous sachiez. Preroièremeat je dois vous avertir que , ces jours passés , j'avois quelque espérance d'obtenir la licence de faire sortir de Rome vos quatre têtes de marbre , et de vous les envoyer à Lyon à la première commodité. Mais, sur ces entrefaites, le Cardinal Antoine , Camerlingue , ayant été contraint de s'absenter secrètement de l'État ecclésiastique , aussitôt que l'affaire a été découverte, le Pape a pourvu de nouveau à tous les offices de la Chambre , les enlevant à ceux qui les occupoient sous ledit Cardinal, pour les donner à qui il lui a plu ; particulièrement le Cardinal Floze a été hit Vice-Camerlingue. Il résulte de tout cela que désormais je crains fort de trouver de nouvelles difficultés pour obtenir notre licence; et quand on voudroit bien n'en pas susciter 9 comme je n'ai plus de connoissances parmi ceux qui sont nouvellement pourvus desdits offices, il me fandra
du temps pour découvrir les moyeus d'impétrer ce que j'ai demandé. Vous ne croiriez jamais par quelle sorte de gens nous sommes gouvernés; mais enfin je tenterai toutes les voies possibles , jusqu'aux illicites même, et quand ce devroit être à mon propre dommage ; car de parler au Pape de semblables choses , ce seroit chercher sa disgrâce.
M. Thibaut avoit eu quelque pensée de partir cet automne , ainsi que je vous Tavois écrit ; mais il est mieux pour lui de passer encore ici Thiver , et de ne partir que le printemps qui suivra. L'argent que vous lui donniez pour son voyage lui servira pour passer l'hiver , en faisant encore quelques études nouvelles. Il vous écrira touchant certaines choses que je ne peux écrire! en si petH espace.
Je m'occupe journellement de votre tableau de là Confirmation , lequel ne pourra vous être envoyé qu'à la fin de décembre : le travail en est très^rand, et la manière dont je le finis ne permet pas que cela aille vite; L'année prochaine , si j'ai de la santé, j'en ferai davantage, car je ne veux in'engager désormais à nulle autre chose qu'à vous servir. Si j'eusse pu remettre à un autre temps l'ouvrage que M. votre fi:'ère désire que je fasse pour lui, j'aurois été d'autant moins dé^ tourné dem'occuper des vôtres; mats comme je ne peux refuser une personne que j'honore extrêmement , vous permettrez que je vous dérobe le
aSo > LETTRES
temps qu'il mè faudra employer à le. servir. Il faut que vous vous résigniez à supporter le mal de la patience, si vous voulez que je puisse satis^ faire eu quelque manière à l'un et à Fautre.
Je suis , Monsieur , votre très-hvnble et trèsdévoué serviteur,
AU MÊME
De Rome » le xa novembre 164S.
Monsieur , je n'ai encore pu obtenir la pçifmifk sion de faire sortir de Rome les quatre tètes de marbre que je vous ai achetées. L'absence du Cardinal Antoine a auvené un changement dans tous les offices de la Chambre ; mais on n'a encore pourvu personne de celui de Commissaire, et sans la patente de celui-ci nous tie pouvons rien faire : il faut donc patienter , car il n'y a aucun «autre remède. M. Thibaut passera encpre ici l'hiver ^ puUque vous lui en donnez la commodité ; et comme j'espère , dlci au moment ^ son départ, pouvoir par quelque moyen obtenir notre licence , je ferai en sorte que , payant i Lyou, il puisse vous conduire les susdites têtes à Paris. Mais si le malheur vouloit qu'il fallut attendre plus que jusqu'au départ de M. Thibaut^ je
D£ POUSSIN. yk^r
vous les enverrois par le détroit, si j'en trouvois
la commodité. Votre tableau de la Confirmation
est en bon train; je ne m'occupe d'autre chose
<]ue de lej^ien finir, ce qui sera, s'il plaît à Dieu,^
>ers la mi - décembre. Ne vous étonnez point ,
Monsieur , du long temps que je mets à terminer
pa t^^bleau sçul, c^ celui-ci contient yingt-dçux
JBgures , saisis lea cl]^o&es accessoires qui sont au
4bn4. Toutefois, j^fupère à l'avenip av&ir commo-
dilé de vous servir plus promptement qi|e par le
passé ; et si ce n'étoit que j'ai commencé une moif
4u dirist pour M. de Thou, je vous assure qu'il
^'y a pçr^pppe qui me pût faire donner un coup
^e ptqce^u poi^r ^^ autre que pour vous. Sur
cette ppofpesse que je renouyeUe avec plaisir ^
yvH^s me ferez la gr^pe , en fittendant le re^e 9
de ypus contenter de ç^e tableau potir cette année.
Dès qu'il sera en étqt de ypws être enyoyé , je
you^ le ferai tenir p^r le ÇQur^rier de Lyon > et
îe l'içncaisserai si bien qu'il ne courra ai¥?uii
danger de se gâter pep^^i^t ta route. J'Mt^ds
votre réponse , et sujs , Monteur , votre très-
i^in^ble serviteur ,
PQUSSIN.
AU MÊME
De Rome ,1e lo décembre 1645.
Monsieur, j'ai différé de vous écrire pendant que vous aviez encore la largie à l'œil ; mais l'espace de deux mois vous ayaift donné le loisir de penser qu'il ne faut point pleurer les bienheureux, je m'imagine que vous serez rentré en vous-mêm^ et que votre esprit affligé du trépas de notre bon seigneur aura repris sa solidité ordinaire. Sur cette croyance, je vous écris ces déox lignes tant pour vous faire souvenir de vos affaires d'ici, que pour vous informer de l'état où elles sont En preïnier lieu , votre tableau de la 0)nfirma^ tion est fini de tout point. Il est fort riche en figures, et pour les autres parties, il ne le cède en rienàrExtrême-Onction. Je ne m'efforcerai point davantage à vous le décrire, car c'est une chose" qu'il faut voir. Si j'eusse reçu la réponse à ma . dernière, je vous l'aurois envoyé avant la fin de l'année. Je suppose que votre absence de Paris et le malheur qui vous est survenu vous auront empêché de m'écrire ; mais aussitôt que je saurai que vous êtes en volonté de recevoir votre tableau, je vous l'enverrai, et je commencerai les autres si vous le trouvez agréable.
Vos bustes sont chez moi, n'ayant pu trouver '
encore le moyen d'obtenir la licence de les transporter hors de Rome. Il est vrai qu'un grand rhume, dont je suis encore incommodé, m'a empêché de solliciter cette affaire ; mais assurez-vous que je vais maintenant faire mon possible, car j'y veux employer le peu d'amis que j'ai ici. Vous ne sauriez croire le regret que j'ai de ne pouvoir vous satisfaire plus promptement. Tout le mal vient de ce que nous avons affaire à des tyrans', qui sont de plus nos ennemis : cela ne m'ôte pourtant pas l'espérance de vous envoyer tôt ou tard vos bustes.
J'ai continué à donner à M. Thibaut les dix écus pàr'mois que vous lui avez accordés, de manière qu'il ne reste de tout votre argent que cinquante-trois écus, qu'il faut que je réserve pour le reste des dépenses qu'il faudra faire : à la fin je vous rendrai fidèlement compte de tput. Je suis. Monsieur, votre très -humble et très - obéissant serviteur,
P. S. M. Pointel vous baise très-humblement les mains et à Messieurs vos frères, comme je fais de tout mon cœur.
a34 LETTHES
A M. DE CHANTELOU l'aih^.
De Bjonf.y U 90 jmiTier 1646.
Monsieur , quoique M. de Çh^nfielo^ , yptre puîné, ne m*ait encore rien répondu touç^pt Ip temps qu'il falioit que je prisse, pour vous satisfaire, sur celui que je m'étois proposé d'employer à ses Sept Sacrements , il suffît quç vpus m'assuriez qu'il approuve cet arrangement: car enfin, s'il eût refusé à vous et à moi ce qui étoit juste , no^s l'eussions pris de puissance absolue. Pour mon particulier, je vous assure, Monsieur» que je suis très-désireui^ de vous servir, et que^i j'en avois aussi-bien le pouvoir, vous vous pourriez assurer d'avoir ^ avant qu'il soit pn ^p , |e plus bel ouvrage qui se soit jamais fait ^ j'y employerai toute mon industrie , et tel qu'il ^.era , jç pense bie;n que vpus le recevrez de très-bon œil. Je sais assez jusqu'où s'étend la bénignitéde votre naturel , et l'estime que vous faites des hommes de bonne volonté, ie ne manquerai pas de vous faire savoir quand j'aurai commencé votre tableau. Celui de la Confirmation, que j'ai fait pour Monsieur votre frère, seroit il y a long -temps chez lui , si j'avois reçu de ses nouvelles. Mais ne sachant ce qu'il faisoit ni où il étoit, j'ai gardé mon tableau jusqu'à ce moment, et je ne le lui en-
Ds poussiir. 235
terrai pmirt « que j> n'apprenne son retour k Parie. Je vous souhaite toute sc^te de félicités, et demeure à jamais, Monsieur, votre très -humble et tpèsobéissant serviteur,
P. S* Je salue de tout mon cœur M* 4e Chambrai ; M. Poiutel vqus baise irès-buniblement Içs mains.
A M. DE CHANTÊLOU,
SECRETAIRE DE MOITSEIGNEUR LE DUC d'eNGHIEN.
D« Rome, le ai janvier 1^46.
Monsieur, le long espace de temps qui s'est passé sans que j'aie reçu de vos nouvelles , m'a mis plusieurs fois eu peine 9 et m'a fait craindre que vôtre san^é ne fût dérangée 9 ou qu'il ne vous ftkt arrivé qu^ue accident. Enfin le doute où j'étois s'est trouvé change eiiTine fâcheuse certitude, paf* la nouvelle du trépas de notre unique et cher maitce. Triste sujet, sur lequel je ne veux pas vous entretenir, car ce seroit renouveler vos doubleurs. Il ne J&LUt point que vous croyiez que ce soit un bien grand malheur , si j'ai de la peine à avoir la ^cence de tirer hors de Rome vos qqat|*e têtes de marbre ; avec de la patience on vient à
a36 LETTRES
bout de toutes choses : vous les aurez tôt ou tard; l'affaire n'est point encore désespérée. . Aujourd'hui j'ai été chez le nouveau commissaire , lequel a fait ces jours passés la visite desditie^ têtes, pour voir en quel état étoit notre affaire ; il m'a répondu qu'il en avoit parlé à l'auditeur de la chambre, que celui-ci lui avoit promis d'en parler au Cardinal Pamphile, et qu'il espéroit pouvoir m'envoyer chez moi la licence : je ne manquerai pas de la faire solliciter de mon côté. Les nouveautés qui arrivent tous les jours en cette ville , touchant le fait de MM. les Barberini , sont cause des difacuités que l'on éprouve; car il ne sort rien d'id, que premièrement on n'en fasse mille informations et recherches. Il y a de plus un ordre particulier du Cardinal Pamphile, qui défend de laisser sortir de Rome aucun objet d'antiquité ; mais tout cela n'empêchera pas qu'un jour nous ne venions à bout de notre entreprise.
Pour ce qui est du dernier tableau que je vous ai fini , je vous l'aurois envoyé pour le temps que je vous l'avois promis ; mais n'ayant pas reçu la lettre que vous deviez m'écrire à ce sujet, j'ai pensé qu'il étoit à propos de l'attendre : dans tout cela il n'y a aucune mésaventure; au contraire, je l'estime un bonheur. Le temps a été Irès-fâcheux deptiis novembre jusqu'à ce moment, et il paroit ne pas vouloir cesser de l'être; iltombé tant de pluie et fait une si grande humidité, qu'il y a long-temps que l'on n'a rien vu de pareil ;
de sorte que le tableau eût peutrétre couru risque de se perdre ou de se gâter. Je vous l'enverrai par un temps plus commode , et aussitôt que la lettre que vous me promettez m'aura été remise. Vous ne devez pas croire que je prétende être plus payé dudit tableau , pour y avoir mis plus de figures que dans celui que vous avez ; je ne prends pas garde à si peu de chose : il se pourroit qu'il y en eût moins dans ceux qui sont à faire; mais tous seront ainsi que le comporte le sujet de cliacun. S'il vous plaît donc , Monsieur, de me traiter comme par le passé , je serai content et très-satisfait.
Il ne me reste de votre argent que quarantetrois éCus que je réserverai pour servir aux frais qu'il faudra faire à l'occasion de vos ^arbres et du port de vos tableaux ; s'il reste quelque chose , j'en tiendrai compte , comme de raison.
Il faudra, un jour, que je vous envoie votre copie de San-Pietro in Montorio ; car que voulez-vous que j'en fasse? En faisant glacer certaines draperies qui ont été réservées pour cela, elle peut être placée sur quelque autel, et elle y feroit un beaucoup meilleur effet que tel original de nos peintres de France : vous me ferez savoir votre volonté.
Si je peux faire partir vos marbres, je les enverrai à Lyon , et là oh vous les conservera en lieu sûr, jusqu'à temps que M. Thibaut les prenne en passant , et vous les conduise à Paris. Le pauvre
!l38 LETTRES
garçon est fort triste de la perte que nous ayons faite ; il vous baise les mains et se confesse votre très-obligé , comme je demeure à jamais , Monsieur, votre très-humble et très -obéissant serviteur.
A M. DE CHANTELOU l^aihé.
De Rome, le 3 février 1646.
Monsieur, j'ai reçu la vôtre du 5 de janvier, avec une lettre de change de nonante-quatre pistôles d'Espagne , que M. votre frère m'a fait expédier : j'^ serai payé au temps convenable. Je VOU3 remercie en particulier de la peine que vous avez bien voulu prendre de me l'envoyer en l'absence de M. de Chantelou ; c'est accroître le nombre des grandes obligations que je vous ai.
Par la dernière lettre dont je vous ai importuné , vous aurez vu en quelle disposition j'étois de vous servir ; par celle-ci , je puis vous assurer que je n'ai pas attendu que vous me conunaiidassiez derechef; car, avant que d'avoir reçu votre dernière, j'avois arrêté la disposition du Baptême de Saint Jean que vous désirez que je vous fasse. C'est grande faveur que vous me faites^ de vouloir bien donner introduction dans votre cabinet à si peu que je sais faire ; vu que vous
t>E FOUSSIN. 'j39
n y .teneai rien qui ne soit digne de Fexdeiience de Totre goût, auquel je confesse par avance de ne pouvoir atteindre que de bien loin. Quoi qu'il en soil^ jô ferai mon possible pour vous bien servir^ 61 votre bénignité supplée;^ au reste.
J'envoie^ par l'ordinaire prochain, le tableau de la Confirmation à M. votre frère. Je lui en annonce un autre d'un Tricliniurh à Tantique, qili sera ehosè nouvelle à voir: cependant, je demeure ifiviokblement , Monsieur, votre très-* humble, etc.
P. 5. Je baise les mains à M. de Chambrai.
A M» DE CHANTELOU
S£01titAlRe! D^ M0KS£IGN:EUA le duc D'£]VGHIfi])r.
De Rotfvey h» 4 fértler i6«#.
Mon3ieur, j'ai reçu la vôtre du dernier jour de l'année, avec une lettre de change de nonantequatre pistoles d'Espagne, sur lesquelles je prendrai deux cent cinquante écus, pour le payement du tableau de la Confirmation que j'ai fait pour vous: de ce qu'il restera des nonante-quatre pistoles je vous tiendrai compte. Demain 5 du ipois, je consignerai le tableau ès-mains du cour-
a4o LETTRES
rier de Lyon. Quand vous l'aurez reçu , vous verre» les soins dont j'ai usé afin qu'il ne puisse être offensé pendant le voyage. Si, d'aventure, vous y trouviez quelques moisissures, ne vous en étonfnez pas , car il n'est verni que de blanc d'oeufs , lequel vous ferez ôter avec de l'eau et une éponge , puis vous le ferez vernir avec un vernis fin et léger. Vous savez le reste de la toilette qu'il lui faudra faire avant de le laisser paroître. J'attends que vous m'en écriviez ingénuement votre sentiment Je travaille maintenant à un Triclinium qui , je crois , vous donnera du plaisir ; après celiii-là je ferai le Baptême de J. C.
J'ai obtenu, à la fin, la licence pour tirer hors de Rome vos quatre têtes de marbre. J'aurois pu vous les envoyer présentement, avec les bagages du cardinal Mazarin , mais pour quantité de raisons je ne l'ai pas voulu faire ; j'aime mieux prendre une autre occasion. Je vous écrirai de cela plus au long dans peu de temps.
J'écris à M. Scarron un mot de réponse à sa lettre, et je le prie de m'excuser si je ne peux le servir pour le présent; je vous jure, Monsieur, que cela m'est impossible.
Puisqu'il vous plaît de vous souvenir de mes intérêts, je serois bien aise, lorsqu'on vous remboursera de ce qui vous est dû^ que le roi me payât aussi ce qu'il me doit. Si vous pouvez feire cela pour moi, j'en serai fort reconnoissant. QuaAt à ce que vous me proposez d'ailleurs , cela ne
DE poussiiv. a4i
vaut pas que vous vous en mettiez en peine;
il me suffit de savoir la bonne volonté que vous
avez pour moi, pour vous en être obligé toute
ma vie. Je vous supplie de me faire un mot
de réponse sur ce que je vous ai écrit touchant
votre copie de San-Pietro in Montorio, car je
ne saurois qu'en faire. Je vous souhaite félicité
perpétuelle, et suis à jamais, Monsieur, votre
très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le ii février 1646.
Monsieur , il y a huit jours que j'étois demeuré d'accord avec le courrier nommé Regard , de vous envoyer votre tableau de la Confirmation ; mais sa valise se trouvant trop courte, il m'a dit qu'il ne vouloit pas s'en charger, de manière que j'ai été contraint d'attendre cet ordinaire. Demain matin, 12 Février, je consignerai le tableau es mains du courrier de Lyon, nommé l'Épine, lequel m'a promis de le porter. MM. Van Score de Lyon vous l'enverront à Paris en diligence. .
La semaine prochaine je chercherai les moyens de vous faire embarquer vos marbres; j'ai fait bien de n'avoir pas profité de l'occasion qui s'est présentée il y a quelques jours , car ce qui étoit parti a été arrêté à Civita Vecchia, sous de faux
u4^ LETTRES
prétextes; toutes les caisses ont été portées au château , et là elles ont été décloiiées et ouvertes secrètement , chose qui m'auroit grandement dé* plu, si elle fut arrivée aux vôtres. Quand j'aurai fait la dépense qui. est nécessaire pour les faire embarquer, et que j'aurai payé le port de votre tableau jusqu'à Lyon , je vous enverrai le ocxDpte de votre argent. J'ai été payé de la lettre de change de nouante -quatre pititples d'Espagne.
AU MEME
De Rorae, le a5 février 1646.
Monsieur , il y a quinze jours que je vous ai écrit que j'avois reçu la lettre de change de nonante-quatre pistoles que le S.Arrigoni m^a payées à temps. Sur cette somme j'ai pris deux cent cinquante écus pour le paiement du tableau de la Confirmation , quip je vous ai envoyé le dpuze de ce mois par le courrier de Lyon nommé l'Épine. Il vous sera envoyé de Lyon à Paris par MM.
Van Score. Je vous ai prié par ma précédente, et je vous supplie encore par celle-ci , de m'en dire votre avis ingénuement , à cette fin , qu'étant averti de certaines choses que vous y pourrez noter, je m'efiforce à l'avenir de faire mieux. Le premier que je ferai sera la Magdeleine chez Simon; j'en ai arrêté la pensée, qui réussira fort bien étant mise en œuvre.
DE COUSSIN. a^S '
J'ai ^i^I^çmept f^^t çmbarquç^ vps quatrç \éle^, dç marbrç, sur 1^ barque ^ii Patron ^ai^\s Yé^ian d'Arles ; l^e restç , vous l^ lirez sur la ^çtt^e d'eçfibi\r4Ue9içiit ci-iuclu^e. D'Arles elles sont pç^yt^Si f^^j; Iç I\hône; à l-yon, eX consignées s^ M. î^ygues^ d^ La B,e% /rue dç Flandres , chez qui elles seront soigneusemejit gardées, jusqu'à ce qu'il se pr^ér seute quelque bonne occasion de vous les porter à ffi^ris : je vous ferai savoir le reste en temp^ et liçu. Je vous euvoie votre coi;npte, par leqi^çl yoxis yerrez à quoi l'argent que j'ai reçu depuis un an a été employé , et ce qui vous exx reste.
îfpvis conserverons soigneMsement le moule de l'Hercule ; et quand M. Thibaut partira, je le ferai porter chez inoi pour y rester jusqu'à ce que vous xpe marquiez ce qu'il en faudra faire. Autre chose ne vous puis écrire maintenant, ^jnoii que je demeure à jamais, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. Si vous trouvez le compte juste, veuillez bien ra'envoyer un mot à ce sujet.
AU MEME
De Rome, le 8 avril 1646.
]\Ipn^ieur^ votre dernièrjB lettre (ïf'a favi le.cœur de contentement et de joie , en apprenant par
icelle que vous avez reçu bien conditionné votre tableau de la Confirmation. Je vois tous les jours arriver tant de disgrâces à nos courriers, que, quand je leur consigne quelque chose pour vous le faire tenir, je n'ai pas de repos jusqu'à ce que j'aie reçu la nouvelle que cela est arrivé à Paris. Me voilà, grâce à Dieu , hors de cette peine. J'espère que nous apprendrons bientôt aussi l'arrivée de vos bustes à Arles ou à Lyon : je m'assure bien que vous en avez reçu la lettre d'embarquement. Par la mèm€ occasion , je vous aurois envoyé votre copie de San-Pietro in Montorio , mais je ne savois pas encore si vous vouliez que je l'envoyasse ; je ne manquerai pas de le faire à la première commodité. Vous aurez reçu en même temps le compte de la dépense que j'ai faite pour vous; si vous le trouvez bon, j'en attends un mot de décharge. J'ai envoyé votre lettre à M. le gouverneur de Lorette, et je suis sûr qu'il la recevra.
Je n'ai point encore commencé le petit tableau de M. de Chantelou, votre frère, parce que j'ai, dans ce moment , les mains à une chose que je ne veux pas quitter qu'elle ne soit faite ; alors j'aurai l'esprit libre , et je ne m'appliquerai à autre chose qu'à vous servir. Je ne m'arrêterai pas davantage à répondre aux louanges que vous me faites du dernier tableau que vous avez reçu de moi ; mais je m'efforcerai de mieux faire en-
DE POUSSIN. a45
core celui que maintenant je vais commencer, «te suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
«/%<^«/«/%>'%^fe^%'^^%/^«>%>/w^^>^%%/«i%>'m-'%.;k«<«.^«/«k^k*/'%'^>%-«/^%'«''^%'«^^i«/^'^>«/»<^«<'«.^«>^^^«>'»/^^
AU MEME
Rome, le 3 jain 1646.
Monsieur 9 c'est trop tarder de vous écrire; et j'aurois dû le faire d'autant plus tôt, que j'avois à répondre à deux de vos lettres. Les turbulences qui sont arrivées dans cette ville, et l'appréhension que nous avons eue de quelques grands malheurs, ont fait oublier à plusieurs de remplir leurs plus chers devoirs. J'ai été Tun de ceux qui , pour pourvoir à leurs affaires plus particulières , ont totalement négligé toutes les autres. Mais maintenant que j'ai eu le temps de reprendre haleine, j'e m*empresse de répondre à celle de vos lettres qui est remplie d'une infinité de louanges sur le tableau de la Confirmation, en confessant avec humilité qu'il est vrai que vous me faites une bonne leçon , et en vous renouvelant la promesse d'essayer à faire mieux à l'avenir que je n'ai fait par le passé.
Dans votre seconde lettre, vous voulez me disposer à faire un tableau pour M. Scarron, votre bon ami et compatriote, à condition toute-
' fl/^G LETTRES
fois tjiïe ce nouVefl ouvrï^e nie -retarde pohit vos sacrement. Je ^ôu's jure, MôttsietiV, 'que cehi vit se peut pas, et qu'il faut que votre ami se résolve à une longue patience ; parce que maintenant que je me trouve avoir fini le frucifix de M. de Thou, qui m'a grandement embarrassé, j'ai fermement résolu (le n'entreprendre rien, quelque profil qu'il pût y avoir pour moi, avant d'avoir terminé vos sept sacrements : j'excepte cependant lé Saint- Jean que j'ai promis à M. votre frère.
Je croyois pouvoir vous écrire quelque chose touchant l'arrivée de vos têtes de marbre, inais je n'en ai eu jusques à maintenant aucune nouvelle, rt est vrai qu'il faut un long temps pour lés faire remonter par le *RhÔne jusqu'à Lyon, et qu'on n'en trouve la commodité qu'en certain temps de l'année : au surplus, il suffira qu'elles soient à Lyon , lorsque M. Pointel ou M. Thobaut y passeront à leur retour en France.
Il ne seroit pas convenable d'ôter au gazetier l'avantage de vous informer (le ce qui s'est passé en cette ville, entre le parti espagnol et les autres; il Vous en régalera à plein et en bon style. Je vous dirai seuleinent que nous attendons la reddition d'Ôrbîtello , assiégée par notre armée navale , chose qui, en vérité, donne à penser à tous les peuples de deçà. Je suis, Monsieui', votte très -liuinble , etc.
pousisiiN.
DE POUSSIN. Îi47
•i«/^%/«^%.'«^«/«%^<^'»>«r%^ttr%i««»«/w«a«»«>«%-«,/«i%^^<»»».«. ■«* «v»^ ^»-« %>« «t«>«r\ k^< %««»%«<«>
AU MEME
. De Rome , le 29 jtiiliet 164^-
Monsieur, il est vrai qu'il y a bien long-tein|Ks 'que je ne vous ai donné de mes nouvelles. Ce n'a été aucun dérangement de ma santé qui m'en a empêché, mais plutôt le défaut de choses intéressantes à vous mander , joint à un peu de paresse. J'aurois pu vous écrire que vos caisses étoient arrivées à Lyon, et qu'elles étoient chez M. de la Belle, marchand; mais comme j'avois af^pris de hii qu'il vous avoit fait savoir qu'il les avoit reçues , et que même il s'offroil de vous les envoyer à Paris, si cela vous convenoit, la croyance que j'ai eue que vous m'en écririez «un mot^ m'a fait attendre jusques à présent à vous ey parler. Si j'étois de vous, j'attendrois que M. Thibaut ou M. Pointel, en retournant à Paris , se chargeasseuf de vous les faire porter fidèlement. J'ai payé pour le port d'Arles à Lyon, quarante-cinq livres douze sous , prix qui me semble excu'bitant ; et je m'émerveille que vous ne perdiez pas l'envie d'avoir de ces bustes qui coûtent tant à transporter : il est vrai que l'argent ne doit servir qu'à nous contenter. Si vous n'avez pas eu à temps les modèles^
des piédestaux que M. Thibaut vous avoit promis, cela n'a pas été faute de le solliciter; mais je l'ai trouvé tellement attaché à ses modèles , que je ne suis pas surpris qu'ils lui fassent oublier toute autre chose : de plus le pauvre homme a été malade l'espace de deux mois, sans argent et sans en pouvoir gagner, chose qui lui avoit engendré une si grande mélancolie , que nous craignions qu'il ne devint phthisique ; mais maintenant il se porte mieux. 11 m'a prié de vous offrir ses excuses €t ses baise-mains ; Faulomne prochain , la nécessité le chassera d'ici.
J'écrirai à M. Scarron que vous m'avez sollicité de lui faire quelque chose , et l'impossibilité que j'y trouve pour le moment.
Néanmoins que la grande chaleur de Tété m'incommode extrêmement, je ne laisse pas de travailler quelque peu à vos sacrements, qui, désarmais avanceront puissamment, parce que je me trouve plus dégagé que je n'ai été par le passé.
Pour ce qui est des six autres têtes de marbre que vous desirez, je suis d'opinion qu'il faut que vous attendiez un temps plus opportun. Touteïois , je m'informerai des moyens qu'il faudroit employer pour se procurer lesdites têtes , et pour les tirer hors de Rome.
Vous savez de votre coté comment a réussi le siège d'Orbitello , aussi bien et mieux que nous qui sommes ici.
Je finirai en vous baisant Irès-humblement les
mains, moi qui suis à jamais, Monsieur, vôtre
très-kumble, etc.
P. S. Je n'ai encore rien commencé pour M. votre frère , mais je le servirai à la première rinfrescata.
AU MEME
De Rome, le a 3 septembre 1646.
Monsieur, lorsque vous apprendrez que j'ai été malade l'espace de trente -cinq jours, et que je n'ai pas encore entièrement recouvré la santé, vous ne trouverez pas étrange , s'il vous plaît , la brièveté de la présente.
Il y a un mois environ que ne pouvant vous écrire, et sachant que le sieur Thibaut étoit en délibération de repasser les monts , je le priai de vous écrire un mot touchant le port de vos quatre caisses qui sont chez M. de la Belle, à Lyon; si, d'aventure, il ne vous a pas écrit, il me semble qu'il a eu grandement tort, et je ne peux comprendre la cause qui l'en a empêché, si ce n'est sa trop grande timidité naturelle.
Il étoit nécessaire de vous faire savoir qu'il £aUoit que vous fissiez quelque remise d'argent à Lyon, pour subvenir aux frais qu'il faudra faire pour transporter ces caisses de Lyon à Paris; car
a5o LETTRES
lé pauvre garçoti ne yoos peut avanoer chose au monde , vu qu'il a été contraint Ipir-métne d'emprunter pour faire son voyage.
Pour mon particulier, je souhaite la santé afin de pouvoir continuer vos sacrements , et je vous promets qu'incontinent que je pourrai manier le pinceau , je l'emploierai uniquement à vous servir. Excusiez ma débilité , je ne peux plus écrire. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De 'Rom», le y odtobte ^646.
Monsieur , je vous aurois envoyé par l'ordioaire passé les gai>ts de frangipane que votts désir«z; mais ma santé n'étant encore bien asBurée^ et ïe temps étant fort incommode, j'ai été contraint de remettre la jpasrtie à cet ordinaire. J'ai employé un mien ami , connaisseur en matière ;de gants , à cette fin que je ne. fusse pas trompé, et que vous fussiez bien servi :: il y en a tune ^uzaine , la. moitié pour homme , et la {moitié ^poor femme ; ils ont coûté une demi'rpistole la paire , ce qui fait dix-huit écus pour le tout , plus ftn Jules pour la toile cirée. Je vous les envoie aw«c le paquet de M. Gérioaut, banquier, et vous ks
DE ^dflSSÎN. aSï
recevrez à Paï^îs', 'de sôh ^êre (^ derAeuH; tout devant la gtâVide pô**té âës Sàihts-TnnocéUts , à I*êinseigne «du bras dV>r. Vous en paierez le |foî*t ^e Rome à Parifs; je l'eusse payé iei, tkt il rtïe reste encîôre de votre argetit ônfcè éôus et quelques julesA, 'mais M. Gêritaith ni*a dit tju*fl *^àit imeux <le ie 'payet à Paris-.
Quand voàs tfta*ez f eçu tesdits gàiifts, 'écrivèÈrnoi franchemerit s'ils soôt tefe que Vô*is dé^'ft*iei;. Je vous assure que , quelque diligence que l'oti puisse faire , il y a toujours daûger d'étrè tr6to|yé par ce peuple-ci.
Mai-ntenant que je me porte biêfin , jè mè dis- {>o^ à reprendre les pinceaux pour -la suite de vos Sacrements.
M. De la Meillefraie bat la forteresse ^e Portô- LoBgone, dans Wle d'Elbe. 'On a opinion qu'il la prendra bientôt , ce qui fait ouvrit les yeux altix Italiens , et aux Espagnols 'fermer la bôochê , 4^ar ils ne *dî^ent mot. Je duis^, -Monsient , v^ttre irès- %lum1il'e> «etc.
AU MÊME
• be 1R.otrie , le 'ai* octobre 1646.
Monsieur, je vous supplie de ne^pas cS?oi*e^He cp soit ma santé qui soit cause que vous n'avez
25'i LETTRES
pas reçu vos douze paires de gants au temps que je vous avois indiqué dans ma derniète lettre. J'avois mis toute la diligence dont je suis capable, pour vous les envoyer pcomptement; maiç hier j'ai appris comme chose assurée , qu'attendu que leur envoi a voit été remis à un autre ordinaire, vous les recevriez quinze jours plus tard que vous ne croyiez, et huit jours plus tard que je ne peiisois. La faute est venue du sieur Géricaut qui demeure ici, lequel n'a pu faire son paquet pour le départ du courrier.
Je suis journellement appliqué à l'avancement de vos Sacrements. Si ce n'eût été ma maladie, je vous aurois envoyé par cet ordinaire le tableau que je finis maintenant : j'espère vous le faire tenir à la fin de novembre, et incontinent je me propose de mettre la main à l'autre. Je m.*étois bien promis de vous en envoyer deux cette année, ce qui fiit arrivé sans mon indisposition, qui m'a fait perdre le plus beau temps dfe toute l'année.
Je vous ai écrit il y a long-temps que 'M; Thibaut repassoit en France , cet automne , et qu'il seroit à propos de lui faire remettre à Lyon de l'argent, pour le port de vos bustes : M. Cerisier que vous connoissez bien, est maintenant dans cette ville, et vous pourriez vous servir de lui pour cela. D'ailleurs, je crois que M. Thibaut séjournera quelque temps à Lyon, ainsi vous pourrez facilement vous entendre avec lui sur ce qu'il convient de faire. %
Je n'ai autre chose à vous écrire maintenant, sinon que toujours je demeurerai, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MEME
De Rome, le i8 décembre 1646.
Monsieur, enfin le sieur Thibaut, après avoir reconnu que le séjour de Rome n'est bon qu'à ceux qui ont de l'argent à y dépenser , s'est résolu d'en partir, en soupirant toute fois, et avec le regret qu'ont accoutumé de sentir ceux qui l'ont habitée , lorsqu'ils sont contraints de la quitter. Il prendra tous les soins imaginables pour vous conduire sûrement les quatre têtes de marbre qui sont à Lyon, chez M. De la Belle; et cela d'autant pkis facilement , qu'avant de partir d'ici it a reçu de vous une lettre qui l'assuré de trouver, chez ledit sieur De la Belle , ce qui est nécessaire pour le transport.
Je l'aurois chargé du tableau que je vous ai fini, si ce n'eût été que le courrier de Lyon ira plus vite, et ijfie semble une voie plus assurée. J'ai pensé, de plusj qu'il convenoit d'attendre votre ordre, comme j'ai accoutumé de le faire: aussitôt que je l'aurai reçu, je vous enverrai votre
tableau. Çepen^spii, je i^^ percU^i p0int de temps, car je vais iiicontineQt ni^ttre 1^ n^iu 9k Fs^utre. Quoique ma maladie m'ait fait pe?4re le p(u& beau temps c^e toute i'aniiée , si maintenant Dieu m'accorde la santé , j'espère que d'ici à peu vous les aurez tou$> sept , car j'ai mis à part toute autre besogne. J'attends de vos nouvelles, en demeurant, comme à l'^cçoii^n^ée^ , Monsieur, voire très-humble et très-afiectionné serviteur,
AU MÊME
De Rome, le 4 février 1Q47.
MoQsieur, qupicjue le i>ept du maia paasé je VQVis î^ie importuné d'upe de m^ lettres., laquelle YQMS ^ura^ dpni^é avis â^e Tepvfti 4ei votre troi-. siièm^ tableau deis sept 3?ÇreipePt^, que j'ai con-? sigué 4U courrier d^ Ljrop. fiQinroé Tftpae, et da pli|s anuppeé que. j'ai été payé de vo^ ce»t pis-, tôles par M. Géricaut, j'ai délibéré de vous ré-.
pétçy par qet ordin^ir(^ \^s çho^çs déjà ditea, a¥ant de voijs parler ta«t de celles quf> j'aY<iis oubliées, qu§ de <îeUe§ qui sont arrivées depuis.
M, Thibaut, depuis sqr dépajrt, m'a écrit de Lyon, que quelque dérangement qi;i étoil sur-, venu d^ns ^ santé , l>yant contraint de séjourner
DE POUSSIN. a55
dans cet!» vitte plus qu'il ©e paisoît, il avoit éprouvé un des. tours de souplesse que la fortune sait faire quand d lui .piait , et quand elle veut se moquer des pauvres hoiume^ , mélaul toujfours le mal avec le bien , ou le bien avec le mal j assaà^ sounaut ainsi les choses pournou^ les faire mieux sentir. En effet, ee peu de retardement qu'il eslimoit un malheur , lui fit faire rencontre de anquante^deox morceaux de sculpture , tant bustes antiques que fijgures de ntarhre, quil a eus, ï\ faut le dire, pour rien. Ypilà un heureux voyage, pourvu que le reste y réponde! Ce sueeès inopiné m'a incontinent fait penser qu'il n'étoit plus nécessaire de vous chercher des têtes de marbre en cette ville, puisque bientôt vous en auriez k choisir ; car je crois que vous serejs le premier à qui M. Thibaut fera voir son acquisition , quand le tout sera arrivé à Paris, De deux autres choses maintenant iUest nécessaire de vous avertir, afin que vow délibériez sur icelles, La première est le moule de l'Hercule Farnèse, qui est demeuré à l'abandon dans la maison où demeuroit M. Thi-> haut , de manière que l'on m'a avisé que quelques insolents, même ceux à qui il avoit été commis en garde, en ont tiré des plâtres la nuit et en secret. Comme il seroit dommage que le moule d'une si belle chose s'en allât en ruine , et que je n'ai point de lieu pour le mettre à couvert chez moi , je voudrois savoir ce qiie vous voulez que l'on en fas^
La seconde est votre copie de la Transfiguration de San-Pietro in Montorio, que je voudrois vous envoyer , car elle se pourrira roulée chez moi , si elle y demeure davantage. Voyez si de l'argent qui me reste à vous, vous voulez ou non que j'einploie quelque chose à cette dépense , et sortons, je vous supplie , de l'une et de l'autre affaire.
Je crois qu'avec l'aide de Dieu, vous avez maintenant reçu , ou du moins que vous êtes sur le point de recevoir le tableau que je vous ai dernièrement envoyé. Dès que vous l'aurez , vous me ferez la faveur de m'en donner avis : cependant j'ai la main au quatrième , qui sera stiperbe , Dieu aidant. Je me propose bien de continuer sans interruption les trois autres.
Tai reçu du maître de la poste de France un livre, ridicule des facéties de M. Scarron, sans lettre et sans savoir qui me l'envoie. J'ai parcouru ce livre une seule fois, et c'est pour toujours : vous trouverez bon que je ne vous exprime pas tout le dégoût que j'ai pour de pareils ouvrages. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
DE POUSSIN. a57
• A M. DE CHANTELOU
C09rSEti:.LER ET MAITRE D*h6tEL ORDmAIRE BU ROT ,
A PARIS
De Rome, le a4 mars 1647*
Monsieur , si vous avez eu Talarme lorsque vous avez appris que le courrier auquel j'avois copsigAé votre tableau du Baptême avoit été tué entre Turin, et Suze, au retour qu'il faisoit de Rome à Lyon,, j'ai eu de mon côté ma part de la peur, lorsque cette nouvelle nous fut apportée par l'ordinaire 'qui venoit de Lyon à Rome. Mais lorsque je paillai au même courrier, et qu'en m'assurant que la valise du défunt n'avoit point été touchée ,11 me dit et m'affirma que ma petite caisse étoit enfer-* mée dedans , cette bonne nouvelle rassura un pfiu mon âme troublée et me rendit quelque tepos.
£nfin lorsque M. De la Belle, auquel la susdite caisse étoit recommandée, m'eut écrit qu'il l'avoit reçue, et que le lendemain il vous la devoit envoyer à Paris , je me sentis grandement soulagé : maintenant que le tableau est arrivé , et qu'il a été remis sain et entier entre vos mains, je suis ravi de joie. Il me resteroit encore plusieurs choses à vous dire sur ce que vous m'en écrivez, lesquelles seroient de longue déduction, et sufiîroient
Îl58 LETTRES
pour remplir plusieurs pages de papier-; mais le temps" qu*il faudroit employer en un long-discours de peu d'utilité, servira bien plus convenablement à avancer le tableau de la Pénitence auquel je travaille maintenant. Si cependant le Baptén^e que vous avez reçu semble à quelques-uns trop doux, qu'ils lisent la réponse que Trajan Boccalini fait faire par Apollon à ceux qui disoient que la tarte du Guarini, c'est-à-dire il Pastor fido y leur sembloit trop sucrée. S'ils ne sont contents de la repartie, je les prie de croire que je ne suis point de ceux qui , en chantant, prennent toujours le même ton , et que je sais varier le mien quand je veux, Vous-même, Monsieur, vous en pourrez être le juge, si vous continuez à favoriser une personne qui voudroit, en vous servant, faire des merveilles. Je vous ai écrit touchant la découverte que M. Thibaut a faite à Lyon, de manière que je ne chercherai point de bustes sans un nouvel ordre. Je suis, Monsieur, votre trèshumble-^ etc.
AU MÊME
De Rome, le 7 avril 1647.
Monsieur, j'avoue, ce qui est très -véritable, que toutes les lettres dont il vous plaît de me
Favoriser, m'apportent tout à la fois du contentement et du profit. Votre dernière du 1 5 mars a £iit en moi le même effet que celles du passé, et quelque chose de plus encore, parce que par iceUe vous me faites savoir, sans déguisement ni couleur mensongère, l'opinion que l'on a du dernier tableaiv que je vous ai envoyé. Je ne suis point marri que l'on me reprenne et que l'on me critique ; j'y suis accoutumé depuis longtemps, car jamais personne ne m'a épargné.
Souvent., au contraire, j'ai été le but où la médisance a tiré, et non pas seulement la répréhension ; ce qui, à la vérité, ne m'a pas apporté peu de prc£t : car en empêchant que la présomption ne m'aveuglât , cela m'a fait cheminer cautement eu mes œuvres , chose que je veux observer toute ma vie. Aussi, bien que ceux qui me reprennent ne me puissent pas enseigner à mieux faire, ils seront cause néanmoins que j'en trouverai les moyens de moi-même. Une seule chose cependant je désirerai toujours , et non-seulement je ne l'aurai jamais, mais je n'oserai pas ipême la faire connoître, de peur d'être blâmé de prétention trop grande. Je passerai donc à vous dire que , lorsque je me mis en la pensée de peindre votre tableau du Baptême de la manière qu'il est, au même moment je devinai le jugement que l'on en feroit ; et il y a ici de bons témoins qui vous l'as* sureroient de vive voix. Je ne doute pas que le vulgaire des peintres ne dise que l'on change de
a6o LETTRES
manière, si tant soit peu Ton sort du ton ordi^ naire, car la pauvre peinture est réduite à Pestampe; et quant à la sculptare, es^ce que hors de la main des Grecs quelqu'un l'a jamais vue vivante? Je vous pourrois dire sur ce sujet des choses qui sont très*véritables , mais que ne comprendroit aucune des personnes qui, de de<^là, jugent mes ouvrages : il vaut donc mieux les passer sous silence. Je vous prie seulement de re-^ cevoir de bon œil, comme c'est votre coutume, les tableaux que je vous enverrai ^ bien que tous soient différemment dépeints et coloriés , vous assurant que je ferai tous mes efforts pour satisfaire à l'Art, à vous, et à tnoi.
Comme j'espère vous envoyer, pour la mi-mai ou environ, le tableau de la Pénitence, j'en recevrai le paiement de M. Gérîcaut, ainsi que vous l'avez ordonné , sans perdre de temps à attendre vos lettres de change. Demain matin je ferai porter en lieu sûr le moule de l'Hercule Famèse, et la copie de la Transfiguration, pour vous les envoyer ensuite par le Détroit, à la première occasion qui se présentera.
Pour ce qui est du procédé de M. Thibaut ai* vc^rs vous et du peu de satisfaction qu'il vous donùè, j'en demeure étonné, et je vous assure que j'y ai été trompé. J'avois vu, il est vrai, qu'il estimoit trop ce qu'il faisoit, qu'il en étoit trop jaloux^ et que je ne pouyois obtenir qu'U me mit en main ses modèles, lorsque vous me dites de
BB poussin. a6i
les retirer ; mais assuré qu^ils étoieut tous vôtres, et que lui-zoém^ vous les porteroit ,. j'étois loin de penser qu'il y eût de la duplicité de sa part. L'on ne voit pas dans le cœur des hommes : je me suis eacore iié à ceiui4à , et je commence k craindre qu'il ne me paie comme vous.
{1 n'y a maintenant personne à Romç qui fasse bien un portrait; ce qui sera cause que je ne vous enverrai pas sitôt celui que vou» désirez. J^ SMÎs, Monsieur, votre très -humble, etc.
AU MÊME
De Rome , le 3 joio 1647.
Monsieur, s'il ét^it nécessaire de vous raconter pourquoi j'ai tardé jusqu'à maintenant à faire rér ponse à votre dernière du 27 mars, cette feuille de ^pier ne sufhroit pas ; et partant j'userai de réserve , et vous diraji seulement que par icelle , comme aussi pai^ les deux précédentes, je me suis aperçu que le t^leau du Baptême que vous avez reçu le dernier, ne vous a pas autant satisfait que Jes deux autres ;. quoique avec belle manière vous essapez de me consoler , et tâchiez de vous montrer content. Vous devez vous assurer que j'y ai procédé avec le même amour et la m^e dili*
26î2 LETTKES
gence , que j'y ai employé le même temps qu'aux précédents , et qu^enfin le désir de faire bien est chez moi toujours le même. Mais lé succès de toutes nos entreprises est rarement ^al , et Ton ne réussit pas toujours avec le même bonheur ; tous les hommes du monde ont été sujets à cette maladie ; je n'en citerai aucun exemple, car il y en a trop.
Je vous envoie maintenant la Pénitence que j'ai terminée ; je ne sais si elle suffira pour effacer la coulpe des fautes passées. Je ne vous ferai sur mon tableau aucun prologue , car le sujet y est représenté de manière qu'il me semble qu'il n'a pas besoin d'interprète, pourvu seulement que l'on ait lu l'Évangile. Je l'ai consigné au courrier nommé Moslart; il est franc de port jusqu'à Paris; j'ai payé pour cela quatre pistoles, et jamais on n'a voulu s'en charger à moins. Quoique ce prix me semble extraordinaire , comme j'avois déjà perdu huit jours de temps , faute de pouvoir m'accommodér avec le courrier précédent^ pour ne pas attendre un autre ordinaire , qui peut-çtre m'eût traité encore plus mal , parce qti'ils s^entendent comme larrons en foire, j'ai donné à celui-ci ce qu'il a voulu. Il s'est obligé de vous envoyer la caisse à Paris , par le messager : néanmoins je l'ai recommandée à M. De la Belle de Lyon , et à M. Cerisiers. Quand vous aurez reçu et considéré le tableau , vous m'en écrirez , s'il vous plait, votre sentiment sans adulation.
DE POCSSIl^. a63
J'ai reçu de M. Géricâut, pour le paiement du tableau de la Pénitence , la somme de deux cent cinquante écus, monnoie de Rome^ Je lui ai fait croire que j'avois reçu d'ailleurs cinquante écus , afin qu'il me soit payé cent pistoles, ainsi qu'il vous plaira de m'en donner avis. J'ai commencé le cinquième tableau qui représentera l'Ordre, et je continuerai d'y travailler , si la trop grande chaleur de l'été ne m'en empêche ; et ^i Dieu me concède la santé, dans un an je me promets d'avoir fini vos sept tableaux.
J'ai fait porter chez moi le moule de l'Ifercule qui occupe la moitié de ma maison ; je l'y garderai tant qu'il vous plaira.
Je ne vous enverrai la copie dé San-Pietro in Montorio, que quand les vaisseaux de Saint* Malo partiront de ces quartiers. Je vous aurois envoyé présentement le nouveau compte de la dépense que j'ai faite pour vous, mais je suis trop pressé; ce sera pour la première occasion. Je serois bien aise de savoir si le petit Thibaut Vous a contenté , et si vous avez acheté quelquesuns de $es marbres; nous n'entendons aucunement parler de lui, et nous ne savons s'il est vif ou mort.
Vous verre^^ bientôt à Paris uu de vos affectionnés, qui va quitter cette ville.. Il est de ces hérétiques qui croient que votre serviteur Poussin a , dans la peinture, quelque talent qui n'est pas commun ; aussi j'ai peur qu'on ne le lapide , s'il
a64 LETTRES
ne se tait , car il n'est plus temps d'illuminer les aveugles : le Christ en fut mal voulu. Je suis; Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊMR
De Rome, le lo jnin 1647. ,
Monsieur, au défaut de celle que je vous écrivis il y a huit jours, je vous avertis de nouveau que je vous ai envoyé le quatrième de vos tableaux où est représentée la Pénitence, Je l'ai consigné au courrier de I^yon nommé Moslart, à condition qu'il vous le feroit, tenir à Paris, franc de port, ayant reçu ici , pour cela , quatre piistoles dont il m'a donné quittance : vous ferez diligence pour le tirer de chez le messager, quand il sera arrivé à Paris. J'ai été payé par les mains de M. Géricaut, que vous rembourserez , s'il vous plaît, quand vous aurez reçu les lettres dç change première ^t seconde, à huit jourà de vue, que je lui ai faites.
Je vous envoie, avec la présente, le compte de largent que j'ai dépensé pour vous, depuis le der* nier jusqu'à ce moment. Si vous le trouvez bon, il vous plaira de >m' envoyer une décharge, aiSn qu'il n'y ait à redire en nos affaires. J'attendrai
DE POUSSIN. a65
que les vaisseaux de Saint-Malo partent d*ici , pour vous envoyer votre copie de la Transfiguration.
Je serois bien aise de savoir si vous avez changé d'intention, touchant les six autres têtes de marbre que vous vouliez que je vous achetasse ; ou si vous avez trouvé à votre goût celles que le petit Thibaut â emportées de Lyon à Paris , et si vous en avez pris ce qui vous manquoit.
J'ai fini d'ébaucher le cinquième de vos Sacrements, et j'espère qu'il réussira de bonne manière. Si la chaleur de l'été est trop incommode, je ne ferai que ourdir; mais si elle est modérée, je procéderai sans relâche à finir ce tableau, dé sorte que je pourrai vous l'envoyer au commenceme'nt de l'automne.
Je né saurois, pour cette heure, que vous écrire de plus , sinon que je vous prie de croire que ^ous n-avez point de serviteur qui vous soit plus dévoué que moi.
P. S. M. le chevalier Del Pozzo vous baise les
mains , ainsi que M, son frère.
2ti6 LETTIIES
AU MÊME
I)« Rome» le S juillet 1647.
Monsieur, j'attends de jour à autre que vous m'écriviez si vous avez reçu le quatrième de vos tableaux, lequel je vous ai envoyé franc pour Paris, par le courrier de Lyon nommé Moslart. Je vous en ai écrit consécutivement par deux ordinaires , et vous ai annoncé que j'avois été payé dudit tableau par le sieur Géricaut, banquier, au profit duquel j'ai tiré sur vous deux lettres de change , première et seconde , qui doivent servir à le rembourser. Je vous ai envoyé en même temps un compte de l'argent que j'ai dépensé pour vous, depuis le compte dernier jusqu'à présent, en vous priant , si vous le trouviez bon , de m'envoyer un mot de quittance.
Aujourd'hui, il me semble assez à propos de vous écrire par anticipation ces deux lignes , par lesquelles je vous donne avis que j'espère vous envoyer , le 1 5 du mois prochain , le cinquième de vos Sacrements ; à cette fin que , si vous êtes encore hors de Paris, vous DMÎssiez ordonner à quelqu'un des vôtres de le nRirer ou du coche ou du messager : car je ne sais pas quelle voie. on prend pour vous les faire tenir de Lyon à Paris,
I>E POUSSllV. 267
et je recommande toujours qu'on vous les envoie par celle qui est la plus sûre et la plus courte.
Le gros Chapron est de retour dans cette ville ; et y vit une secpnde fois aux dépens du bon M. Renard. Il se vante de ravoir son tableau, et dit qu'il a ordre de le finir pour le Roi , aux dépens duquel il a été commencé : je ne sais si son dessein réussira. Je suis. Monsieur, votre trèshumble, etc.
A M. DE CtiANTELOU l'aîné.
De Rome, le 17 août 1647.
Monsieur , bien qu'il y ait long-temps que j^observe le silence envers vous , ne croyez pas pour cela que j'aie mis en oubli la promesse que je vous ai faite. Si elle eût pu s'accomplir en vous écrivant souvent, il y a long-temps que vous seriez satisfait. Je m'étois persuadé que ce qui s'étoit dit une fois étoit arrêté pour toujours. J*ai encore à faire deux des tableaux de M. De Chantelou : aussitôt que je les aurai finis , si votre patience peut attendre jusque-là, nous aurons alors vous et moi à acquitter notre promesse réciproque; c'est-à-dire que vous serez le preiïiier servi, comme étant celui que j'honore par-dessus les autres. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
a66 LETTRES
A M. DE CHANTELOU
CONSEILLER ET MAITRE d'hÔTEL ORDINAIRE DU ROI,
^A PARIS
De Rome, le 19 iioat 1647.
Monsieur, bien que votre dernière lettré du 10 juillet ne me dise rien de l'arrivée, à Paris , de votre tableau de la Pénitence, j'ai été informé pat des lettres de mes amis <|u'il est arrivé à bon port , et que la caisse est en votre maison , où on la garde jusqu'à votre retour du Mans. Cette nouvelle m'a ôté de la peine où j'étois, car je n'ai point de repos jusqu'à temps que je sache que ce que je vous envoie est arrivé heureusement. Il y a quelque temps que je vous fis savoir que le i5 du mois d'août je vous enverrois le cinquième dé vos Sacrements; c'est ce que j'ai fait aujourd'hui, ayant consigné ce tableau au courrier de Lyon nommé Claude Marie Scarampe, qui dit être fort votre serviteur. Le port est payé jusqu'à Lyoti, où je l'ai recommandé à M. Cerisiers, et à son défaut à M. De la Belle.' Je prie en même temps celui-ci de vouloir bien prendre aussi le soin de vous envoyer les deux autres, qui sont à faire, lorsque je les lui adresserai : car, alors M. Cerisiers sera absent de Lyon , puisqu'il
a résolu de venir voir l'Italie cet automne prochain.
J'ai reçu de M. Géricaut le paiement de ce dernier tableau et quelque chose de plus, c'est à savoir cent pistoles dltalie. Il vous restera sur cette somme cinquante écus, dont je vous tiendrai compte, ainsi que ce que j'ai à vous d'autre part.
Il vous plaira rembourser ledit Géricaut en acquittant deux lettres de change , première et secondé, qui vous seront présentées.
. J'attends , comme de coutume , le jugement que vous porterez de mes deux tableaux, et en l'attendant , je vais m'occuper de faire les deux autres. Je demeure , comme de coutiune, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MEME
De' Rome, le t"*" septembre 1647.
Monsieur^ j'ai reçu votre lettre du aS juillet, et avec elle la décharge de l'argent que j'ai employé à votre service ; je vous tiendrai un compte très-fidèle dé ce qui me reste.
L'ordinaire passé, je vous fis savoir que j'avois consigné au courrier de Lyon, nommé Sacarmpe, le cinquième de vos tableaux, et que M. Cerisiers
OU M. De la Belle auroit le soin de vous le faire tenir à Paris; ce que j'espère qu'ils feront par voie sûre. Par le même ordinaire , je vous donnai avis que j'avois reçu de M. Gérkaut une somme de cent pistoles, sur laquelle il vous révient cinquante écus, que j'ai jbints aux trente-quatre écus et demi qui vous restent d'après notre dernier compte. Sur le second chef de votre lettre, je trouverois matière à vous écrire de belles choses, si j'avois, comme vous, le talent de bien dire; mais il est plus convenable pour moi de m'appliquer aux choses plus apparentes que les paroles , et de tâcher, en faisant mieux dorénavant, de tn'ôter k moi-même la crainte que l'on puisse porter de mauvais jugements de mes céuvr«5 : en ce faisant, je vous satisferai et moi aussi.
J'ai présentement la main au sixième des Sacrements , qui réussira bien , à ce que je pense; c'est cehii où est représentée la Cène de Jésus- Christ avec ses apôtres. J'espère qu'il sera fini pour la fin d'octobre, et incontinent je mettrai, comme l'on dit, le Mariage sur le chantier. Cependant je demeure à l'accoutumée. Monsieur, votre trèshumble', etc.
P. S. J'ai fait vos baise-mains à M. le chevalier Del Pozzo, qui vous les rend à usure. .
0£ poussirr.
AU MEME
De Rome, le 3 novembre 1647.
Monsieur, si ce n'étoit que votre propre vertu vous sert de bouclier pour parer les coups de la fortune, certainement vous seriez en danger d'en recevoir de profondes blessures, lorsqu'elle décoche sur vous , comme autant de flèches acérées , la perte de vos meilleurs amis. Je vous dis ceci, sans vouloir entreprendre de faire le consolateur auprès d'un homme à qui, comme dit l'italien, non duole in capo. Vous avez généreusement souffert d'autres atteintes que celles-ci ; et le temps , seul médecin de telles maladies, vous les a rendues supportables, comme il affoiblira celle que vous venez de recevoir.
Cependant, je vous ai apprêté lui Souper où est représenté celui qui nous a montré comment il faut souffrir toutes choses : si, au milieu des amertumes que vous éprouvez , vous y pouvez trouver quelque peu de ragoût , ce me sera une grande satisfaction. M. Cerisiers qui est nouvellement arrivé dans cette ville, prie avec moi M. De la Belle de vous faire tenir ce tableau ; le port est payé jusqu'à Lyon , à l'accoutumée.
J'ai été payé par M. Géricaut , et pour cet effet
tl^a LETTRES
il VOUS plaira de le rembourser, en acquittant les lettres de change qui .vous seront présentées.
Pour ce que vous m'écrivez touchant le petit Thibaut , je suis d'accord avec vous que c'est un ingrat , et de plus un trompeur. Ce n'est pas seulement vous et moi qui en sommes mal satisfaits, c'est encore tous ceux qui l'ont connu et pratiqué ici; car, aux uns il doit de l'argent et 'ne leur écrit pas , aux autres il a manqué de foi. II est difficile de connoitre les personnes dissimulées, si ce n'est après un long teinps.; quant à moi, je vous jure que j'y aï été complètement trompé. Je n'aurois surtout jamais cru qu'il se fut comporté si mal en votre endroit, car il m'a juré cent fois que tout ce qu'il faisoit étoit ici à votre service ; et que quand il seroit de retour , il vons donneroit à choisir ou de ses modèles propres, ou de ceux qu'il jetteroit en moule après les avoir diligemment réparés. Quand il dit qu'il n'a pas fait grand'chose pendant que vous l'avez entretenu, il dit vrai; et peut-être l'a-t-il fait exprès, car il a été quelquefois trois et quatre mois satis rien faire , comme M. Pointel en a été témoin. II s'amusoit à faire l'amour avec une Lorraine, qui dit qu'il lui a promis de l'épouser, ou à faire des modèles pour vendre r pendant qu'il a reçu votre argent, je crois qu'il n'a modelé aucun des chevaux de Monte Cavallo. Je voyois bien le tout, et il m'en déplaisoit un peu; mais j'étois loin de pénétrer assez avant dans sa pensée , pour prévoir
DK POUSSIN. 273
Ijs miuvaises résolutions que vous avez maintekiani découvertes.
II est vrai qu'il a modelé le Faune qui dort, par la faveur que lui fit Nicolas Mingini, sculpteur du Cardinal Barbçrini , et sans que j'en deinandasscf la licence au Cardinal, à qui je lui avois promis de m'adresser si ledit Mingin la lui eut refusée; mais demandez-lui ce qu'il a modelé depuis avril jusqu'en novembre i645, enfin ce qu'il a fait pendant qu'il a reçu vos appointements. Le papier me manqueroit si je voulois vous dire tout ce que j'ai découvert depuis qu'il est parti d'ici; vous pouvez bien sans scrupule le traiter comme un homme fallacieux. J'ai fait pour lui ce que je ne ferais pas pour un mien parent, jusqu'à lui prêter de l'argent pendant sa maladie et pour faire son voyage; et il en est si peu reconnoissant, qu'il ne m'a pas écrit un seul mot depuis qu'il est en France.
Il y à long- temps que j'ai fait emballer ^fcttre copie de San-Pielro in Montorio , pour ne point perdre l'occasion de vous l'envoyer quand elle se présenteroit : c'est pourquoi si vous vous accordez avec M. Renard , il est raisonnable que vous mettiez en compte ce qu'il en a coûté pour l'emballage , qui monte à vingt-six jules.
Ce sont là des tours de ce gros bouffie de Chapron, qui à la fin trompera le pauvre Renard, lequel est aussi simple qu'tm oison. Je crains qu'en attendant la résolution de Renard , l'occasion ne
se perde de vous envoyer votre copije, si vous n'êtes pas d'accord : toutefois j'attendrai vos ordres. Nous sommes à cinquante lieues seulement d'un théâtre où journellement il se représente d'étranges tragédies; c'est la pauvre Naples. Dieu nous préserve de semblables misères ! Vous sa-* vez sûrement en France ce qui se passe là , autant et mieux que nous- qui en sommes voisins. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. J'ai oublié de vous dire que je connois bien Stella. Je baise très-humblement les mains à M. De Chantelou votre frère.
M. Gueffier m'a donné un second livre de M. Scarron , avec une lettre à laquelle je m'étois disposé à répondre ; mais on m'a dit qu'il étoit mort , ce qui m'a empêché de mettre la main à la plume. Je vous prie, Monsieur, la première foi* que vous me ferez l'honneur de m'écrire, de me faire savoir s'il est mort ou vivant; vous m'obligerez infiniment.
AU MÊME
De Rome , le a4 novembre 1647.
Monsieur, celle-ci servira de réponse à vos deux dernières lettres, l'une du ^3 octobre, et
DE POUSSIN. Hrj
l'autre du premier du courant. J'observe la promesse que je vous ai faite, c'est-à-dire que je n'emploie mes pinceaux pour personne autre que vous, avant d'avoir fini vos sept Sacremçnts, Par* tant, après vous avoir envoyé la Cène qui est le sixième, j'ai. mis la main au dernier, qui est celui que vous devez affectionner le moins; et cependant je me promets qu'il ne sera pas inférieur à celui des six qui vous plai t le plus.
J'ai été payé, de mon dernier tableau par uq comncûs de M. Géricaut, ainsi que vous l'avez vu par la lettre de change tirée sur. vous, et par la lettre dans laquelle je vous ai annoncé l'envoi dudit tableau , que vous aurez sans doute reçu avant la présente.
Je me suis résolu à satisfaire M. Delisle , puisque vous me le recommandez, et quoique je me fusse . proposé de faire désormais quelque chose pour moi, sans m'assujettir davantage aux caprices d'autrui, et principalement de. ceux qui ne voient que par les yeux d'autrui: mais il faut, que ledit seigneur se résigne à une chose difficile pour un Fran\fôis, à la patience.
J'ai fait vos baise-mains à M. le Chevalier Del Pozzo, qui les a reçus avec sa courtoisie ordinaire. Quanta ce que vous m'écrivez par votre dernière, il est. aisé pour moi de repousser le soupçon que vous avez, que je vous honore moins que quelques autres personnes , et que j'aie moins d'attachement ^pour vous que pour elles. S'il étoit ainsi,
pourquoi vous aurois-je pf éfèré , {blè^dant Téspâce de cinq ans, à tant de gens de mérite et dé qualité, qui ont désiré très-àrdemiûènt que je leur fisse quelque chose, et qui m'ont offert leur bourse pour y puiser, tandis que je me contentôis d'un prix si modique de votre part, que je ft'ài pas même voulu prendre ce que vous m'ave» offert? Pourquoi , après vous avoîf ejivoyé le prenlie* de vos tableaux, composé de seize ou diie^huit figures séulemetit , et lorsque je potivois n'en pas mettre davantage dans les autres , et mémfê en diminuer encore le nombre , pour v^nir plutôt à fin d'un sr long travail , ai-je, au contraire, enrichi de plus en plus mes sujets, sans penser à aucun iritéret autre que celui de gagner votre bienveillance? Pourquoi ai-je employé tant de temps et fait tant de courses dê-çà et de-là, par le dhaud et par le froid , pour vos autres services particuliers , si ce n'a été pour vous témoigner combien je vous aime et vous honore? Je n'en veux pas dire davantage ; il faudroit sortir des termes de l'àttachehiènt que je vous ai voué. Croyez certainement que j'ai fait pour vous ce que je ne ferois pôut aucune personile vivante, et que je persévère toujours dans la volonté dé vous Servit de tout rtion c^ur. Je ne suis point homme léger ni changeant d^âffeètîotïs ; quand je les ai mises cti ttti sujet, c'est pour toujours. Si le tableau de Moïse trouvé dans les eaux du Nil, que possède M. t^qintei, vods a charmé lorsque vous l'avez vu , e^t-ce un
DE pou$s»k;. Î177
témcMgn^ge pour cela que je Taie fait ivec plus d'aiiiojvr qii<ç je$ vôtres ? Ne voyez-voy^ pas bien que p'^ 1^ liiliture ^u su^et (et votre propre dispoffjifion qui sont caiji3e de cet effet, et que les $uj^ts que ^ jlraite pour vous doivent être repré-i seatés d'une )9utre manière ? C'est en cela que consiste tout l'artifice de la peluture^ Pardonnez ma liberté si je dis que vous vous êtes montré précipité dans 1$ jftigeinjpnt que vous avez fait de mes ouvrages, he bien juger est jtrès-diffîoile , si Tpn n'a, ^Q oet art, grande théorie et pratique jointes ensemble : nos appétits n'en doivent point juger $eii)eHPent , ip^ajis aussi la raiscMi. C'est pourquoi j^e !i(ous sowiaettrai une considération importante* laqueUe voas fera conncHtre /ce qu'il faut observer dans la représentation des sujets que l'on traite.
^os hp^yes anciens ^ees., iBiventeurs d^ toutes les b^es cboses , ont trouvé plusieiirs modes par le ^oyen desquels ib ^nt produit de merveilleux efiËçts. Ici, cette par^lç, Modfi^ si^iifie proprement la raison, pu la mesure et la forme ^ont npMS liious servons pour faire qiuelque dbose ; lar qi^lle raison nous astreint à ne pas passer outre ce^aines J^o^nes, et à observer avec intelligence et modération, dans chacun de ^os ouvrages, l'ordre déterminé parle^el diaque chose se conr serve en son essence.
Les Modes des anciens étant une composition <}e plusieurs choses mises ensemble , de la variété et différence qui se rencontrent dans l'assemblage
H^jQ LETTRES
de ces choses , naissoit la variété et différence des modes; tandis que de la constance dans la proportion et Taitangement des choses propres à chaque mode, procédoitson caractère particulier, c'est-à-dire sa puissance d'induire Tame à certaines passions. De là vient que les sages anciens attribuèrent à chaque mode une propriété spéciale , analogue aux effets qu'ils i'avoient vu produire. Ils appliquèrent le mode Dorien aux matières graves, sévères et pleines d^ sagesse; le mode Phrygien, au contraire , aux passions véhémefites, et par conséquent aux sujets de guerre : j'espère, avant qu'il soit un an , peindre un sujet dans ce mode Phrygien. Ils voulurent encore que le mode Lydien se rapportât aux sentiments tristes et'^douloureux ; le mode Hypolydien aux sentiments doux et agréables : enfin ils inventèrent l'Ionien pour peindre les émotions vives, les scènes joyeuses, telles que les danses, les fêtes, lés bacchanales. Les bons poètes ont également usé d'uue grande diligence et d'un merveilleux artifice, non-seulement pour accommo<ler leur style aux sujets à traiter, mais encore pour régler le choix des mots et le rhythme des vers d'après la convenance des objets à peindre, Virgile surtout s'est montré, dans tous ses poèmes, grand observateur de cette partie, et il y est tellement éminent, que souvent il semble , par le son seul des mots , mettre de^ vaut les yeux les choses qu'il décrit. S'il parle de l'amour, c'est avec des paroles si artificieuse-
• DB POUSSIIC. 279
ment choisies qu'il en résulte une harmonie douce, plaisante et gracieuse ; tandis que lorsqu'il chante un fait d'armes ou décrit une tempête , le rhy thme précipité, lés sons retentissants de ses vers, peignent admirablement une scène de fureur, de tumulte et d'épouvante. Mais, d'après ce que vous me marquez , si je vous avois fait un tableau de ce caractère, et où une telle manière fût observée, vous vous seriez donc imaginé que je ne vous aimois pas !
Si ce n'étoit que ce seroit plutôt composer lin livre qu*écTire une lettre , j'ajouterois encoi^e ici plusieurs choses importantes qu'il fi^ut considérer dans ta peinture , afin que vous connussiez plus amplement combien je m'étudie à faire de mon mieux pour vous contenter : car bien que vous soyez très-intelligent en toutes choses, je crains que la contagion de tant d'ignorants et d'insensés qui vous environnent ne. parvienne à vous corrompre le jugement. Je demeure à l'accoutumée, Monsieur, votre très-humble, etc,
AU MÊME
De Rome ^ le 2 a décembre 1647*
Monsieur, vous réitérez par votre lettre du 8 novembre ce que vous m'avez écrit dans une précédente, à laquelle j'ai répondu peut-être trop
a8o LETTRES
au loug et assez inutilement; car je vois que vous demeurez ferme xlans Topiniou que vous avies: que j ai servi M. Pointe! avec plus d'amcHiF et de diligence que vous. Si je n'eusse cru que vc4is étiez plus intelligent que lui en peinture , je n'aur rois pas manqué de chercher à vous satisfaire avec ce que les Italiens appellent seccalura; mais au contraire <, tenant pour certain que vaus étiez attaché aux véritables et bannes pratiques de l'art, je me suis imaginé que je pourixûs vous plaire avec les o^uvrages que je vous ai envoyés, lesquels j'ai tous faits avec le plus de soii> et d'à*mour qu'il m'a éié possible. J'ai maintenant le dernier entre les mains: j'y observerai diligemment ce que vous aimez tant dans ceux que possèdent les autres^ puisque je ne trouve point d'autre moyen de vous entretenir dans l'opinion que je suis toujours pour vous le plus affectionné de tous les hommes.
Je vous ai écrit qu'à votr« considération je travaillerois pour M. Dclisle. J'ai trouvé la pensée de son «tableau ; je veux dire que l'idée en est conçue , et que le travail de l'eprit est achevé. Le sujet est un Passage de la «er ftouge par les Israélites fugitifs ; il sera composé de vingt-sept figures principales.
Je m'efforcerai de vous donner satisfaction pour ce qui regarde mon portrait, et aussi cpAsust à la Vierge que vous désirez que je voqs ,^iise dès demain.
i>E poussin. a8i
Je mt veux mettre la cervelle sens <lessiis des^ botts pour IsiQuver quelque nouyelle idée , quelque inTeiitioo curieuse, que j'exécuierai à son temps ; le feout pour vous guérir de cette cruelle jaloufiÂe qui vous fût parcHlare une mouche 4X)mtne éléphant.
Les plaies , les inondations , f extraordinaire hu- Biidité qui nous enviroaneot, m'ont tellement eurhume ^ ipie }e ne sauroia écrire davantage. Je aoist jMoQSÎêur, votre très -humble et tr^<- affectionné serviteur.
P. cf. Il faudra premièrement laver d'eau claire , avec une éponge, le tableau de la Cène que vous avez reçu le dernier ; puijs l'essuyer avec un linge "blanc sans**^ poils, et le laisser sécher; enfin le vernir d'un verqis léger pour en faire revenir la fraîcheur.
AU MÊME
De Rome, le la janvier 164^*
JMLonsieur^ j'aurois peut^tre encore différé davantage à vous écrire, si je n'avois reçii aujour* d'bui de v^s lettres. Mou rejiavd a |>^0Qédé d'/^ne iq^lispos^ion qui nfi'esjt yen^e il y a «que^v^e lemps , et de laquelle je me trouve ^porte .tfa-
!28a LETTRES.
vaille. J'ai une douleur de tête , qui du front me répond à la nuque; je ne peux tousser ni fair^ aucun effort sans souffrir beaucoup. Tant que ce mal durera , votre dernier tableau demeurera en Tétat où il est; mais aussitôt que je me porterai bien, je continuerai à y travailler.
La satisfaction que vous me témoignez avoir éprouvée, en voyant le tableau de la Cène que je vous ai envoyé le -dernier, me touche infiniment: car le plus grand plaisir que j'aie au monde est de pouvoir faire pour vous quelque chose qui vous plaise ; et il n'y a rien qui me puisse fâcher , tant que vous ne croirez autrement.
J'avois déjà écrit à M. Scarron , en réponse à la lettre que j'avois reçue de lui avec son Typhon Burlesque; mais celle que je viens de recevoir avec la vôtre me met en une nouvelle peine. Je voudrois bien que l'envie qui lui est venue lui fût passée, et qu'il ne goûtât pas plus ma peinture que je ne goûte son burlesque. Je suis marri de la peine qu'il a prise de m'envoyer son ouvrage; mais ce' qui me fâche davantage, c'est qu'il me menace d'un sien Virgile Travesti, et d'une Épître qu'il m'a destinée dans le premier livre qu'il imprimera. Il prétend me, faire rire d'aussi bon cœur qu'il rit lui-même, tout estropié qu'il est ; mais au contraire, je suis prêt à pleurer quand je pense qu'un nouvel Érostrate se trouve dans notre pays. Je vous dis cela en confidence , ne "désirant pas qu'il le sache. Je lui écrirai tout au-
trement, et j'essaierai de le contenter au moins de paroles. Ma tête ne me permet pas d'en écrire davantage : je demeure k jamais , Monsieur, votre très-humble, etc.
P,' 4& Désormais je vous ferai tenir mes lettres par M. Géricaut.
AU MÊMt;.
De Rome , le a3 mars ^648.
Monsieur, il y a huit jours que j'avois délibéré de vous envoyer le tableau du Mariage , ainsi que je TOUS Ta vois promis par ma précédent^; mais n'ayant pas trouvé que le courrier qui partoit fut homme de confiance, j'ai remis mon envoi au présent ordinaire. En conséquence, je viens dç consigner mon tableau, encaissé à l'ordinaire avec son o^non et bien conditionne , au courrier noinraé Barthélémy Sibour. Le port est payé jusqu'à Lyon ; la caisse est adressée à M. De la Belle , que j'ai prié de vous la faire tenir de la manière la plus sûre.
Si elle arrive à bon port comme les autres que vous avez reçues, je pourrai dire avoir mis à fin l'œuvre de vos sept Sacrements. Il sera néces-
a84 LETTllES
sair^ de laver et de revernir ce damier tableau , car je n y 91 ri/en mis qu un peu de blanc 4'ceuf, de crainl;e qu'il ne s'attachât au papier qui est dedans. Je vous supplie de le recevoir iayeç uoe disposition favorable , comme vous avez reçu les autres. J y ai fait mon possible , et Tai enrichi de beaucoup de figures , comme vous le verrez ; aussi ai-je été plus de quatre mois à les £»ire , n'ayant toujours rien de plus en recommandation que de chercher les moyens de vous satisfaire : que si j'ai réussi selon mes intentions , je serai le plus content homme du monde. Tespère que vous me ferez la faveur de m'en écrire votre sentiment avec liberté et sans déguisement , comme vous avez accoutumé de fairie.
Pour ce qui ^egar4e ^^aon pc^rtraiit , jç lâchiei^û de vou^ l'envoyer , ^ec }a Yi^Tg^ €A graiid qua vous désirez que je vous £^(^e q^^d Î'^W%^ V^^ peu de temps.
Je joins à cett^ M^? ^^ f^ompiç de U d^^^iee que j'ai faite pour vous, depuis le mois 4'awt lie rani;^e passée jusqji^s k pçéfSîejM ; ypus y verrez ce qui vous reste.
f,e n'/s^ pas ^nçorç ^ pj^yé p^ SI- .Q!éi!ic;aiut ; quand jç ^'aurai été , ^ y^nis ^ éorîraî , afiii q»'à lordinaire il vous plaise de le remboursw^
le m'en v^s m^W^ Ja rmm w ip^it toWeau
du Baptfên^je 4^ $M9t ^Jean po^r JM. .]>B^^ba^elou, votre frère , lequel je pri^ ,de croira ,qu'M me sou-
vient bien de ce que je promets à mes bons pa-*- Irons. Je suis , Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le 24 niai 164 S.
Mobsieur^ je ne reçois jamais de vos lettres, que je n'éprouve quand et quand une très-grande joie et un extrême contèntertient; mais cette dernière m'a ravi par plusieurs raisons. La première , c'est qtfeile m'a tiré de la grande inquiétude où j'étois de n'avoir eu aucune nouvelle du dernier tableau que je vous ai envoyé ; car je sais main* tenant que vous l'avez reçu bien conditionné. La seconde, c'est que vous me témoignez être satisfait de mon ouvrage , et que vous agréez la peine que j'ai prise jjour vous servir : c'est tout ce que je peux désirer. Il seroit inutile de remplir cetle feuille de papier de vaines paroles pour conclure, comme à l'accoutumée, que je suis, Monsieur, et serai tant que je vivrai^ le plus humble comme le plus affectionné de vos serviteurs.
a86 LETTRES
De Rome, le aa juin 1648.
Monsieur , ma joie a Tedoublé en lisant votre seconde lettre par laquelle vous m'assurez que vous prenez quelque plaisir à considérer l'ouvrage que je vous ai fait. Je me plais à croire que l'amitié que vous avez pour moi entre pour quelque chose dans ce jugement favorable , et j'éloigne de moi toute autre opinion.
Je souhaiterois, s'il étoit possible, que ces sept Sacrements fussent convertis en sept autres histoires, où fussent vivement représentés les plus étranges tours que la Fortune a jamais joués aux hommes , et particulièrement à ceux qui se sont moqués de ses efforts. Ces exemples qui ne seroient pas choisis à l'aventure ou de pure imagination , pourraient servir à rappeler l'homine à la considération de la vertu et de la sagesse qu'il doit acquérir pour demeurer ferme et immobile contre les efforts de cette folle aveugle. Il n'y a que l'extrême sagesse ou l'extrême stupidité qui puissent se trouver à l'abri de ses atteintes, Tune étant au-delà et loutre au-decà; tandis que ceux qui sont de la trempe moyenne y sont sans cesse exposés. Je suis assuré que les rigueurs dont elle use envers vous vous toucheroient plus vivement, si vous n'étiez désormais hors d'appren-
tissage, et si une triste expérience ne vous avoit préparé à voir sans beaucoup d'étonnement la perte de vos amis. Ceux qui n'ont fait que mé-* diter sur les malheurs de la vie, lorsqu'ils sont assaillis de quelques disgrâces , qu'ils en sont touchés au vif , trouvent bien que l'expérience est autre que l'imagination: mais vous, Monsieur, qui avez supporté avec constance la perte de la chose la plus chère que vous eussiez, votre fermeté pourroit-elle être renversée par le coup qui vous frappe maintenant, et qui est bien moins violent que le précédent? Vous devez soutenir ce choc et tout autre quel qu'il soit , et faire rejaillir au dehors les atteintes du malheur. Quoique je voie, dans votre lettre, je ne sais quoi de mol, j'€spèp(B que vous saurez bientôt vous remettre en vôtre ferme et. constante assiette.
I^'tnvention de couvrir vos tableaux et de les faire voir un à un est excellente ; on s'en lassera moins : car, de les voir tous ensemble, cela distrait et fatigue l'attention.
M. Delisle La Sourdière aura, je m'assure, été échaudé dans l'achat qu'il a fait trop précipitamment de quelques-uns de ses tableaux; j'en ai subodoré quelque chose. 11 tombe , à la manière françoise ^ d'une extrémité dans une autre , sans s'arrêter au milieu. Comme je le sens extrêmement froid, Tenvie que j'avois de le servir deviendra aussi de glace, s'il ne la réchauffe bientôt par quelque bonne résolution.
a88 LETTRES
J'ai ébauché le tableau de M. votre frère, et je tâchenit dé le finir cet été ; il est sur une petite planche de cyfNrès : écrivez - moi , s'il vous plait , à qui vous voulez que je le remette et que je l'adresse , quand il sera fini. le suis à jamais, Monsieur , votre très-humble , etc.
AU MÊME
Df Rome, le x6 aoàt 1648.
Monsieur , celle-ci devroit servir de réponse à deux des vôtres; mais ayante je ne sais comment', égaré la première, et ne me ressouvenant pas bien de ce qu'elle contenoit, je répondrai seulement à la seconde. Sans doute les affaires de delà ne me sont pas si indifférentes , que je ne désire , comme bon François , qu'elles soient mieux conduites qu'elles ne l'ont été depuis quelques années. Si ce grand désordre pouvoit, comme il arrive souvent, être cause de quelques bonnes réformes, pour mon particulier j'en serois extrêmement joyeux , et je m'imagine que tout homme de bien sera du même sentiment. Mais je crains bien la malignité du siècle: vertu ^ conscience, religion , sont bannies d'entre les homjiies ; il n'y a que le vice, la fourberie et l'intérêt qui régnent;
DE poussiit. aSg
tout est perdu; tout est rempli de malheurs; je désespère de tout. J^es remèdes que l'on applique n'ont point assez de puissance pour enlever le mal : que sert-il de tailler le doigt si le bras est pourri ? La chute de ce vilain que vous savez ne me réjouit point, et j'attends ^vec impatience ce qui en devra suivre.
Avec le temps je pourrai servir M. Scarron , mais pour le présent je suis trop engagé.
J'attends la dernière résolution de M. Delisle, mais il m'importe fort peu de quel côté elle penche.
J'aurois déjà fait faire mon portrait pour vous l'envoyer , comme vous desirqz , mais il me fâche de dépenser une dizaine de pistoles pour une tête de la façon de M. Mignard, qui est celui qui les fait le mieux , quoiqu'elles soient froides , fardées , sans force , ni vigueur. Pour ce qui est de la Madone, je la commencerai cet hiver. Dieu aidant , et n'y mettrai point la main que premièrement je n'y aie bien pensé , car j'y veux employer tout mon talent. Il m'est souvenu que vous me demandiez par la première lettre , quelques esquisses d'habits à l'antique pour l'ornement de vos têtes de marbre , le Drusus et le Ptolémée : je vous en envoie quatre , trois Loriques pour le Ptolémée, et une Trabée pour le Drusus. Je vous les envoie seulement pour vous témoigner combien je veux être prompt à vous obéir, et tout en ne croyant pas qu'elles puissent servir; car il
agO LETTRES
faudroit les modeler et en voir le relief, pour en mieux connoître la vraie forme sous divers aspects : il ne seroit peut-être pas mal k propos de chercher, dans les Galeries de Paris, quelque chose qui pût vous servir. Écrivîez-moi à ce sujet, et s'il est nécessaire, je vous enverrai deux petits modèles faits d'après les meilleurs bustes qui soient en cette ville. J'attends la réponse à ce que je vous ai écrit touchant le tableau de M. de Chantelou , votre frère.
Votre copie de San-Pietro in Montorio attend le retour des vaisseaux de Saint-Malo. Dès qu'ils seront arrivés je ne manquerai pas de vous l'envoyer, comme vous savez que j'aurois fait il y a long-temps, si ce n'eût été le retard causé par M. Renard.
JN^otre armée navale passa hier à Fiumicino pour aller à Naples. Dieu veuille quie tout réussisse à notre avantage; ce sera un miracle. Je suis. Monsieur, votre très-humble, etc.
A M. DE CHANTELOU l'aine
De Rome, le 19 septembre 1648.
Monsieur, j'ai envoyé à M. de Chantelou, votre frère , le petit tableau du Baptême de Saint-
Jean que vous avez désiré que je vous fisse. Quand vous m'en envoyâtes la mesure, ayant considéré le petit isspace que j'avois pour représenter un si grand sujet , et en même temps la débilité de mes yeux et le peu de fermeté de ma main , lesquels déclarent aujourd'hui ne pouvoir suivre que de bien loin ma foible intelligence; certes, je me fusse excusé envers vous d'exécuter un pareil ouvrage, si je n'eusse craint que vous n'expliquassiez mon refus d'une manière défavorable pour nK>i. Je ipe résolus donc à faire mon possible pour vous satisfaire ; ce que j'aj fait en vé-» rite» Vous accepterez, s'il vous plaît, ce tableau d'aussi bop cœur que s'il étoit mieux : j'ai pro-* portionné le prix à l'ouvrage, et je puis encore le diminuer, si cela vous paroit convenable. Cependant je vous baise les mains en toute humilité, et suis, à jamais, Monsieur, votre trèsp
humble, etc.
A M. DE CHANTELOU
CONSlîfLLKR ET MAITRE-D HOTEL ORDINAIRE» DU ROI ,
A PARIS
De Rome , le 22 novembre 1648.
Monsieur, il y a long -temps que je devrois avoÎT; répondu à la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire, poqr m'apprendre ce qui se
aq^ L£TTR£S
passoit à Paris, ce que, par parenthèse, nous savions déjà, car nos ennemis, qui ne doraient jamais, en faisoient des feux de joie. Depuis ce temps-là j'ai été fortement incommodé d'un rhume . dangereux que m'a causé une mutation de temps du chaud au froid , si subite et si forte , que les montagnes voisines se virent blanches de neige au 1 5 d'octobre. Le vent et la pluie ont constamment duré depuis ce moment : cependant mon mal est passé , et il ne me reste plus qu'une légère dou-r leur de tête après le repas, laquelle ne m'empêche pas de m'appliquer quelque peu. Voilà ce qui m'a empêché d'écrire à personne. Vous me faites savoir, par votre dernière lettre du 17 octobre, que vous avez reçu celle que je vous ai écrite, pour vous avertir que M. Pointel vous remettroit la petite caisse où étoit le Baptême de Saint-Jean que j'ai fait pour M. De Chantelôu; et vous m'annoncez en même temps que vous avez satisfait le sieur Géricaut, par le remboursement de la somme que j'ai reçue de lui pour ledit tableau. Le reste de la lettre est employé , comme la précédente , à me rappeler mon portrait et le tableau^ de la Vierge, que j'ai promis de vous faire. Vous pouvez bien vous assurer que tant que je vivrai je ferai mon possible pour vous satisfaire ; plût à Dieu que lè pouvoir fût proportionné à la bonne volonté !
Pour ce qui est de vos bustes, je ne saurois vous rien envoyer qui ..puisse bien servir; mais
DE POUSSIN. ^g3
vous pourriez faire modeler quelques-uns de ceux qui sont dsïns vos Galeries, car il y en a d'aussi bons que ceux d'ici.
Je ne manquerai pas à vous envoyer, si je le peux , votre Transfiguration , par la voie que vous m'avez indiquée.
Je vous suis redevable de trois écus et trois jûles sur Fancien compte ; ife seront employés à votre service, ou décomptés sur ce que je vous ferai à l'avenir.
Quand j'aurai trouvé la pensée de la Vierge , je vous en enverrai une esquisse, avant de mettrela tnain à l'œuvre.
J'attends que vous disiez ce qui vous aura semblé du petit Baptême , par un mot de lettre dont j'espère que vous m'honorerez. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. Je baise les mains à M. De Chantelou , votre frère , de qui j'attends la même faveur que de vous.
AU MEME
De E^e, le 17 décembre 1648.
Monsieur, je n'oserois douter de vos jugements, et cependant je ne me jpuîs assez rassurer sur la
sincérité des louanges que vous me donnez. L'honneur que vous me faites de m'aimer, peut produire le même effet que les lunettes, qui foût voir les choses plus grandes qu'elles ne sont* Vos applaudissements sont trop grands pour le peu de mérite que peut avoir un ouvrage, que je n'eusse osé offrir aux v^Ux de M. votre frère» ni aux vôtres , si ce n'eût été l'assurance que j'ai depuis long -temps de votre bienveillance. J'ai e^éré qu'eu considération de ma honne volonté, Vi^us excuseriez l'imperfection de mon oeuvre*
Si la vie et la santé me durent, )'espère vous donner une occasion plus légitime èiEnùomio^ dans le tableau de la Vierge que vous desirez que je vous fasse : mon portrait pourra l'acciompagneùr. J'ai consigné à M. Oton ^ marchand françois, la copie de la Transfiguration , poilr vous l'envoyjcr par le Détroit ; je vous dirai le reste une autre fois. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
POtTSSiN.
A M. DE ÇHANTELOU L'-d.iai,
AU Mans.
De Rome, le 19 décembre 16 48*
Monsieur, restîme^^ue je vois que vous faites du petit c»ùvrageq»e j«l/wi»; ai envoyé y ne procède point de sa valeur . ù . de; isa' béaîiléi^ . «aïs
DE PQDSsiir. agS
seideraent de la courtoisie qui vous est naturelle. La ktlre que vous m'avez fait Fâmitié de m'é* erire le a a octobre dernier, est une copie dé HKHi petit tableau, bien meux peinte que rori-* ginaL Yous avez parfaiteioefit remarqué ce qui y est et ce qui y manque; mais vous devez aussi vous rappeler ce que je vous eit ai écrit. Je ne vous Tai dédié qu'à la mode de Michel de Mon-' laigne, non comme bon, mais comme mien, et tel que je l'ai pu £ELire> S'il est vrai qu'il vous ait semblé tel que vous me l'écrivez, je peux dire assurément que sa bonne fortune aura suppléé à son peu de mérite. Je vous en demeure obligé pour toute ma vie, et suis, monsieur , votre trèi^ humble serviteur.
^tm%%^ ^ '^;^^,mJ^*m^v^mf%f^ttmi t % m * MM ^^%f^^^mft v m^^^Mfit%/\0d'
i4/*lV*^'W^i^i!kH/*^%t%^^
A M. DE CHANTELOtJ,
CONSEIX.LER WS MAITR£*]> HOTEL OABINAMB HU ROI,
A PARIS
De Rome, le 17 janvier f648.
Monsieur, il seroit nécessaire de reprendre plusieurs choses dites par le passé, si je devois répondre maintenant à tous les points de votre dernière du 19 décembre. Je vous dirai seulement
^96 LBTTR£S
que j'espère bientôt vous envoyer môiï portrait, et que j'ai trouvé une composition pour le tableau de" la Vierge, que vous m'avez plusieurs fois montré le désir d'avoir. Je le commencerai quand vous me l'ordonnerez , et non point plus tôt.
M. Scarron m'a écrit un mot pour me faire souvenir de la promesse que je lui ai faite. Je lui ai répondu et promis derechef de m'efforcer de le satisfaire; et cela à votre sollicitation plus qu'à la sienne , car il n'y a rien à quoi je ne m^engageasse pour vous être agréable.
Je vous ai déjà prévenu que je vous avois envoyé, par les marchands de Saint-Malo , votre copie de la Transfiguration.
Nous avons ici de bien étranges nouvelles d'Angleterre. Il y a aussi quelques nouveautés à Naples; la Pologne est sens dessus dessous. Dieu veuille par sa grâce préserver notre France de ce qui la menace ! nous sommes ici Dieu, sait comment.
Cependant c'est un grand plaisir de vivre en un siècle où il se passe de si grandes choses , pourvu que l'on puisse se mettre à couvert dans quelque petit coin, pour voir la comédie à son aise. Je ^uiç à jamais, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MEME
De Rome, le 7 feirrier 1649*
Monsieur, puisqu^ vous continuez dans la volonté que je mette à exécution la pensée que j'ai pour un tableau de la Vierge eii grand , j'en comfiiencerai l'exécution à la première commodité, et si je peux, je le finirai cette année. J'aurai soin de lui faire faire une riche bordure sculptée et dorée superbement. Je vous enverrai en même temps le portrait que je vous ai promis , et plus tôt si je puis.
J'ai trouvé la disposition d'un sujet bachique plaisant pour M. Scarron; si les turbulences dé Paris ne lui font point changer d'opinion , je com^ mencerai cette année à le mettre en bon état.
Ce que vous m'écrivez des affaires de delà est entièrement conforme à ce qu'on en dit ici. Dieu veuille que tout se termine k sa plus grande gloire , et en même temps au bien et au repos de notre pauvre patrie ! Quand il sera ainsi , nous en ferons les feux de joie ; mais jusque-là nous ne pouvons pas rire de bon cœur.. Il n'y a rien en cette ville , pour le présent , qui soit digne de vous être mandé. Je vous souhaite une boilne santé et de la tranquillité d'esprit, cependant îcjue
2gB LETTRES
je demeure à jamais , Monsieur, votre très-humble serviteur.
AU MÊME
De Aorne, le a mai 1649.
Monsieu]^, depuis la guerre de Paris jusqu'à ce mofoeot , je n'ai point eu l'hotnieur de recevoir de vos nouvelles. Je ne sais point si vous avez été enfermé ^ comme les autres , dans cette malheureuse ville , ou si par bonheur vous vohs en êtes retiré. M. Pointel m'a écrit ^ depuis le Traité d'accord , et m'a raconté plusieurs cho^s merveilleuses qui se sont passées pendant que le blocus a duré, mais il ne me fait aucune mention de vous ; cela m'sl mis en peine , et je serois infi* niment réjoui d'apprendre que vous n'avez point souffert pendant tous ce& troubles. Il y a déjà long^-temps que j'ai consgné k M. Oton , marchand , la caisse où est la 4îopie de San-Pietrd in Moiitorio , pour vous l'envoyer pav le Détroit sur un. vaisseau de Saint^Mâlo; iéuùs dernièrement, lorsque je lui en ai demandé des nouvelles, A m'a dit que la caisse étoit arrivée à Marseille, et qu'il lai faisoit transporter de là à Paris avec se^ msÊt" chandises .3 cela m'étonne d'autant plus qtie c^est le^contraire. de ce qu'il m'avoit promis. J'ai voulu
DB POUSSIN. ag^
Yoas eu avertir, à cette fin que vous sachiez quéi dans ce qui a été fait, il n'y a ntiUement de ma faute.
J'ai le temps de commencer votre grande Vierge, pour laquelle j'ai trouvé une assez belle pensée ; car je m'iitiagine bien que vous avez eu à penser à autre chose qu'à vo^ tableaux, dans les désordres où vous vous êtes trouvé depuis- trois mois : cepéndàdt j'attends vos commandements, et demeure it jamais^ Monsieur, votre très<-humble sèririteur.
AU iwÊME.
I^ HMcÉé, ht à$ diiài 1^49.
Mpn^ur, j'ai reçu la lettre dont il vous a plu de m'honorer eçi date du premier avril,, et par lai|ibelle vous mue mandez à peu près le Iriate état uù^plit ét^ et où sont encore les aus^re^ de notre pauvre' France* )e vous assure que tout ce que vou^ voye^ a été pi^évu depuis jqyelques années^ et même par de simples particuliers* Mais ce qui a $utpirîs tout le: mond^ ^ et ce <^i fait augurer BMAfre totale ruine,, c'e^t l'accord que l'ou; a fait quand il £atUoit plutôt mourir. On étoit le^ plus fort9 , chacun ^toit disposé à bien faire , ed ;Fon s^^«st laissé piper : au^i $onmaie6-]K>u$ la moquerie
de tout le monde , et nous met-on en parallèle avec les Napolitains, dont nous éprouvons le sort. L'avenir, auquel nous pensons le moins ^ est sans doute plus à craindre que le présent : mais laissons-y penser ceuxà qui il importe davantage, et si nous pouvons nous cacher sous la peau de la brebis, tâchons d'échapper aux sanglantes mains du Cyclope furieux. Taurois commencé votre Vierge en grand , si ce n'eût été les fâcheuses nouvelles que nous recevions journellement de Paris. Les mauvais François le mettoient déjà à sac dans leurs discours enragés, et nos ennemis se vantoient que bientôt la ruine totale de cette superbe ville serviroit à jamais d*exemple aux autres. Ces bruits me faisoient facilement croire que vous pensiez à toute autre chose qu'à orner vos maisons de nouvelles peintures. Je suis bien joyeux d'avoir été trompé dans mon jugement, et d'apprendre que rien ne vous peut distraire de vos goûts accoutumés. Je vais faire préparer la toile, et, au premier moment favorable, je commencerai un ouvrage que je vous promets de faire avec toute sorte d*amour et de diligence. Si Tété n'est pas trop incommode, je pourrai bien y mettre la main promptement; mais si j'en suis empêché , ce sera au plus tard l'automne prochain . Pour mon portrait , je ne manquerai pas non plus de vous l'envoyer aussitôt qu'il sera fait.
Toutes les nouvelles que je pourrois voiis mander de ce pays-ci , ne sont que tristes „ et ne iné*
DE POUSSIN. 3oi
ritent pas votre attention. Je vous dirai seulement que les Espagnols ont banni l'archevêque Filomarino, et envoyé le duc de Guise prisoniiier en Espagne. Le prince de Gallicano est en cette ville sur sa parole ; les Espagnols l'obligent de revenir à Naples. Le Duc de Montesarchio , par promesse et par torture, a découvert plusieurs secrets qui compromettent beaucoup de grands. On va mener en Espagne la nouvelle épouse, pour continuer la race des fous. Le pape fajf faire l'âoût et la veûdange pour le Duc de Parme, dans le duché de Castro; l'Africain a une flotte en mer, et on le rencontre puissamment armé : Les italiens mettent Jules au-dessus de César. Je suis. Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. J'ai vu ici M. Dufresne , qui est en bonne santé , et se dispose à retourner chez vous.
AU MÊME
De Rome, le ao jain 1649-
Monsieur, toutes les fois que vous m'avez honoré de vos lettres , je n'ai pas manqué de vous en accuser la réception dans mes réponses. Si quelques-unes ne m'ont point été rendues , je ne puis deviner d'où cela procède; mais ce que je
3o2 I^ETTfiES
sais , c'est que toutes celles que M. Pointel m'écrit me sont rendues fidèlement , et qu'aucune ne se perd.
Il n est nullement nécessaire que vous me rafraichissies& la mémoire de ce que je vous ai promis , car j'ai toujours votre contentement en trèsparticulière recommandation. Aussi je vous assure que j'accepterai avec empressement le sujet que vous me proposez de la Conversion de Saint-Paul, votre patron. Outre que ce sujet est très^-beau, je ne saurois rien ÙLÎre pour personne qui se connoisse si bien que vous aux ouvrages de l'art. Si j'eusse prévu que cette pensée vous viendroit, je ne me serois pas si fort engagé que je Tai fait, avec des personnes que je place bien loin après vous; mais, avec pn peu de temps, j'espère pouvoir vous contenter les uns et les autres.
J'ai fait un de mes portraits , et bientôt je commencerai l'autre ; je vous enverrai celui qui réussira le mieux, mais il n'en faudra rien dire, s'il vous plaît , pour ne point causer' de jalousie. Je vous remercie de vos nouvelles; je ne peux vous en donner en échange, rien n'étant encore en évidence 4ç ce que ces messieurs-ci ont conçu. On continue de faire des soldats, que l'on envoie à Bologne et à Castro ; mais il parpît que ce n'est qu'une feinte. Les Vénitiens disent avoir défait l'armée navale du Turc : amen* Je suis , Monsieur, votre, très-humble, etc.
D-E POUSSIN. ' 3o3
AU MÊME
De Rome , le %% aoàt 1649.
Monsieur^ j'ai reçu dans leur temps deux de tos lettres y auxquelles je n'ai point répondu, parce qu'elles ne contenoient rien de nouveau; mais, p» le dernier ordinaire, vous m'avez »honoré d'une troisième l^tre, à laquelle je ne veux pas manquer de faire réponse, pour vous confirmer encore une fois l'extrême désir que j'ai de vous servir. Je vais me disposant^ autant que je peux, à l'exécution de ce que vous desirez de moi, et je veux en mênïe temps^ que tout le monde sache que vous pouvez tout sur moi. Pour en donner la preuve dans cette circonstance, je vous dirai que je ferai pour M. Pucques, votre ami, ce que vous me demandez pour lui; et cela à votre seule recommandation , car sans elle il n'y a récompense ni paiement qui me pût faire entreprendre rien de nouveau, me trouvant plus engagé que je ne l'ai jamais été. Le sujet de l'ISurope est fort beau, rempli d'épisodes riches et gracieux; mais il y a beaucoup k faire, et U. Hi^ position requerra une toile de. dix à douze palmes de longueur, et au moins de six de hauteur :
il faut surtout que M. Pucques fasse ample provj^Iqu de patience, et tout ira bien.
3o4 LETTRES
li me déplaît infiniment du mal qui vous a assailli; Dieu veuille qu'il se contente de vous avoir visité une fois ! C'est un mauvais hôte qu'il faut chasser hien vite , en lui faisant si mauvaise mine qu'il n'y revienne jamais , comme je le souhaite de tout mon cœur.
Je vous remercie de vos nouvelles. On dit ici que le Duc de Parme a été battu dans le Bolognois ; nous attendons la prise de Castro. Les Espagnols semblent s'apprêter à faire quelque entreprise soit en ItaUe , soit en Provence où l^on dit que tout va au plus mal. On dit aussi que les afi&ires de Bordeaux ne sont pas accommodées : Dieu nous aide ! Je suis , Monsieur , votre très-humble , etc.
De Rome, le 19 septembre 1649.
Monsieur, quoique pour yous bien témoigner combien je vous suis attaché , je devrais user non plus de paroles, mais d'effets, néanmoins j'attends de votre courtoisie que vous recevrez encore celleci aussi gracieusement que si elle vous annonçoit l'accomplissement de ce qu'il y a si long-temps que vous attendez de moi. La bonne volonté que j'ai toujours de vous servir, n'a été jusques ici que trop victorieusement combattue par l'im-
f)K P()nssf!V. 3o5
possibilité de suffire à de trop nombreux travaux. Mais enfin ceux-ci commencent à me donner quelque relâche , et je vais m'occuper de mon portrait. Que s'il n'étoit fini dans tout le reste de cette année , c'est que l'impossible s'en méleroit encore, ce que je ne crois pourtant pas. Au surplus, plaignez-moi, je vous prie, de m'étre ainsi trouvé engagé plus que je ne l'ai été dans toute ma vie.
Nous savons ici le retour du Roi et de toute la
Cour à Paris , et tout ce qui s'est passé dans cette occasion : ceux qui connoissent la «bêtise et l'inconstance des peuples, ne s'étonnent nullement de ce qu'ils font. Nous avons une grande quantité de maladies, mais elles né sont pas contagieuses : il n'y a rien de nouveau que je puisse vous mander. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le M octobre 1649*
Monsieur, vos deux lettres du dix et du dixsept septembre, quoique de teneur bien différente, n'oint point produit en moi de différents effets. Par la première vous me répétez les reproches que vous m'avez faits autrefois, et qui ne
3o6 LETTRES
peuvent aucunement me blesser, parce que j'espère, pourvu que je vive, vous ôter tout soupçon de la moindre altération dans rattachement • que je professe pour vous. Ne trouvez point mauvais, cependant, que je fasse aussi part de mes ouvrages à quelques-uns de mes amis : ce qui va tout d'un côté n'est pas bien. Vous dites que la promesse que je vous ai faite n'est point de celles dont on peut attendre les effets avec modération : mais encore faut-il ne vouloir que ce qui se peut faire; on ne peint point à tire-d'aile. Par la lettre que je vous ai écrite le a a août , vous avez vu de quelle sorte je vous respecte et combien je vous suis dévoué ; car nul autre que vous ne m'auroit fait promettre ce que je vous pt*omis pour M. Pucques, au moment où je me trouvois engagé avec plus d'une vingtaine de personnes de qualité. Aussi la réponse qu'il vous a plu de me faire, me témoigne bien ce que vous m'écriviez par la précédente, que les imaginations que vous avez sur mon compte ne vous viennent que par intervalles : si vous vouliez considérer les choses sans passion, elles ne vous reviendroient jamais.
Je vous enverrai les meilleurs gants que je pourrai trouver et le plutôt que je pourrai. J'ai reçu les six pistoles mentionnées dans la lettre dé change que vous m'«vez envoyée, ainsi que vous le verrez par la quittance que j'en ai faite à M. Géricaiit; s'il falloit quelque chose de plus, je vous suis débiteur de trois écuS et quelques
DE POUSSIN. 3o7
Jules dont je vous tiendrai compte. Je m'efforcerai de Yous envoyer mon portrait à la fin de cette année ; mais pour la Vierge , il faut que je fasse deux tableaux avant d'y mettre la main. Cet hiver je travaillerai à la composition du sujet de Saint- Paul, et, comme dit le proverbe italien, avec le temps et la paille se mûriront les nèfles. Je vous remercie infiniment de vos nouvelles : nous verrons si les Italiens seront, dans cette comédie, meilleurs acteurs que les François; cependant c'est à nos dépens et sur noire théâtre que tout se fera. Je demeure à jamais, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
AU MEME
De Rome, le i8 octobre i649<
Monsieur, j'ai fait ce que j'ai pu la semaine passée pour trouver de bons gants à la Frangipane. Pour cela j'ai employé mes amis; qui se sont intéressés en ma faveur auprès de la Signora Maddalena, femme fameuse pour les parfums; je me suis même adressé à son propre neveu qui est de mes ami^. Elle m'en a donné une dçuzaine de paires , des meilleurs qu'elle sait foire , et m'a également bien traité pour le prix, car ils ne
3o8 LfiTTRKS
CiHUent que dix^huit éciis. Je vous les enverrai par cet ordinaire , et vous les recevrez par le moyen de M. Oéricaut, à qui je les ai consignés très-bien conditionnés « et à qui vous en paierez le port de Rome à Paris. Je vous supplie, quand vous les aurez* reçus, de m'écrire s'ils vous conviennent; cela me servira, soit pour fuir tout commerce avec ce peuple-ci, ^oit pour m'assurer qu'il s'y trouve encore de la bonne foi chez quelques particuliers. Pour ce qui est de nos autres affaires, je vous en ai écrit la semaine passée, et il seroit superflu de vous en dire quelque chose maintenant. Nous avons eu , par cet ordinaire , d'assez bonnes nouvelles de la Cour; il sembleroil que vos prophéties se veuillent accomplir. Je demeure a jamais , Monsieur , votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Eom», !• as jaovier i65o.
Monsieur , j'aurois maintenant satisfaite la promesse que je vous avois faitç de vous envoyer mon portrail , si la volonté que j'en avois n'eût point rencontré d'obsitacles. M. l'ambassadeur a tant fait que je n'ai pu faire moins que de \pi promettre , pour le commencement de cette ^umée,
DE POUSSIN. 3o9
une Vierge |>ortée par quatre anges. Je l'ai termitiée kvant liiei* seulement , ce qui a été cause que j'ai laissé plusieurs ouvrages eu arrière* Chose semblable m'est arrivée souvent, c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si quelquefois ce que j'ai promis de faire dans un temps se trouve trans* porté dans un autre. Je vous supplie de croire que j'ai un déplaisir particulier de vous faire tant attendre, et que le plutôt qu'il me sera possible j'accomplirai ma promesse. Vous m'obligez grandement en remettant à ma commodité les autres choses que vous désirez que je vous fasse, car je me trouve fort embarrassé. J'espère que la première fois que vous me ferez l'honneur de *m'écrire, vous nie manderez des nouvelles de delà. Je demeure à jamais , Monsieur , votre trèshumble , etc.
AU MEME
De Rome , le,i3 mars i65o.
Monsieur, ce seroit avec grand contentement que je ferois réponse à votre dernière , si j'avois quelque bonne nouvelle à vous écrire au sujet des tableaux que je vous ai promis, et particulièrement de mon portrait que je n'ai pas encore pu finir. Je confesse ingénument que je suis
3lO LETTRES
paresseux à faire cet ouvrage, auquel je prends peu de plaisir et j'ai fort peu d'habitude , car il y a vingt-huit ans que je n'ai fait aucun portrait. Néanmoins il faut le finir, car j'aime bien plus votre satisfaction que la mienne : les autres choses que je vous ai promises se feront à leur temps.
Pour M. De Mauroi et ce qu'il désire que j'observe dans le tableau de la Nativité qu'il veut que je lui fasse, iHi'y a nulle difficulté : la résolution qu'il a prise d'attendre me plaît sur toutes choses. A mesure que la vigueur me va diminuant, le travail s[augmente; ce sera le moyen de succomber bientôt sous le faix , si je n'y trouve remède. Je demeure à jamais, Monsieur, votre très -humble serviteur.
P. S. J'ai reçu, il y a peu d'heures, la dernière lettre qu'il vous a plu de m'écrire ; laquelle étant assez conforme à la précédente, ce peu de réponse vous servira pour toutes les deux. Je vous remercie de vos nouvelles , qui sont un peu contraires à celles qui courent dans le public. Continuez* moi vos bonnes grâces , s'il vous plaît.
DE POUSSIN. 3l I
AU MÊME
De Rome, le 8 mai i65o.
Monsieur, j'espère bientôt diminuer le nombre des choses que je vous ai promises, celle que vous montrez désirer le plps étant à bon terme. Je me serois bien mis à la finir, mais j'ai préféré attendre que je fusse plus libre ; il me reste peu d'ouvrages à faire, avant de terminer le vôtre et de vous * l'envoyer. Je confesse que votre patience a été très-grande? ; aussi ne seriez-vous pas si accompli , si cette vertu-là vous manquoit. Je vous prie de croire que je n'en ai point abusé volontairement, car il est vrai que je n'ai pas été à moi jusqu'à présent. J'honore trop vôtre mérite , et j'ai trop bon souvenir des choses passées, pour vous donner aucun sujet de me reprendre de négligence ou d'ingratitude.
Je vous remercie des nouvelles que vous m'écrivez; je ne m'en réjouis ni ne m'en fâche, ne sachant pas quels effets doivent produire à l'avenir les choses qui se passent maintenant. Nous n'avons ici rien de plus remarquable que des miracles, qui se font si fréquemment que c'est merveille. La procession de Florence y a apporté un crucifix de bois à qui la barbe est venue , et dont les cheveux croissent tous les jours de plus
3j9. lettres
de quatre doigts : on dit que le pape le tondra incessamment en grande cérémonie. Je suis, Mon^- ,sieur, votre très-humble, etc.
p. s. M. Scarron, votre ami, est sur le chan^ fier; je lui baise bien les mains.
AU MÊME
De Rome , le 24^ mai i65o.
Monsieur, j'ai fini le portrait que vous désirez de moi. Je pouvois vous l'envoyer par cet ordinaire , mais l'importunité d'un de mes amis qui vetit en avoir une copie , sera cause de quelque retardement ; je vous l'enverrai le plus tôt qu'il me sera possible.
M. Pointel recevra en même temps celui que je lui ai promis ; et vous n'en aurez point de jalousie^ car, ^vant la promesse q«ie je vous ai faite, j'ai <choisi pour vous le meilleur et le plus ressemblant; vous en verrrez vous-même la différence. Je préétends que ce portrait doit être ime preuve du profond attachement que je vous ai voué, d'autant que pour aucune personne vi vantée je ne ferois .ce que j'ai fait pour vous en cette occasion. Je iie 1/jeux pas vous dire la peine que j'ai eue à fejjnp
DE POUSSIN. 3l3
ce portrait , de peur que vous ne croyiez que je le veuille faire valoir : je serai pleinement récompensé de ce qu'il me coûte de soins, si j'apprends que vous en êtes satisfait. Je pourrai envoyer en même temps à M. l'abbé Scarron son tableau du Ravissement de saint Paul ; vous le verrez, et vous voudrez bien m'en dire votre sentiment.
I-.es autres choses que je vous ai promises se feront avec le temps. Je vous écris ces deux lignes pour vous prier de croire que si j'ai tardé de satisfaire à votre empreSvSement, je n'oublierai jamais ce que je vous dois, et serai toute ma vie, Monsieur, votre très-humble , etc.
AU MÊME
De Rome, le 19 jain i65o.
Monsieur, ce seroit une grande sottise que d'entreprendre de contenter tout le monde; mais de tâcher à satisfaire à ses amis, c'est une chose qui $ied bien à un honnête homme. J'avois délibéré 4e vous envoyer mon portrait à l'heure même où je l'eus fini, afin de ne pas vous le faire désirer plus long-temps ; mais un de mes meilleurs amis ayant désiré ardemment en avoir une copie, je xi'ai pu honnêtement la lui refuser; c'est ce qui
3l6 LETTKES
cette œuvre et le prix que vous y mettez : je trouve des excès dans tout cela. Je me promettois bien que vous recevriez mon petit présent avec bienveillance , mais je n'en attendois rien davantage , et ne prétendois pas que vous m'en eussiez de l'obligation. Il suffîsoit que vous me donnassiez place dans votre cabinet de peintures, sans vouloir encore remplir ma bourse de pistoles : c'est une espèce de tyrannie, que de me rendre tellement redevable envers vous que jamais je ne me puisse acquitter.
J'ai lu l'Épître Liminaire de M. De Chambrai, laquelle m'a fait un plaisir tout particulier, me remettant comme devant les yeux l'excellence de la vertu de feu Monseigneur, qui ne se peut assez exalter. Je n'aurois jamais pensé qu'il eût inséré le nom de son serviteur, dans cette noble épître et dans le courant du livre , aussi honorablement qu'il a bien voulu le faire : c'est uii effet de sa courtoisie naturelle et de l'amitié singidière qu'il me porte. Aussi ai-je abandonné la pensée que j'avois eue de lui envoyer une note sur mon origine ; car ce seroit une grande et sotte présomption que de désirer plus que ce qu'il dit de moi : c'est déjà trop mille fois. Tespère que vous ne désapprouverez pas ce changement. J'ai cru aussi qu'il étoit plus convenable de ne pas laisser voir le jour aux observaticwis que j'ai comiïiencé à ourdir sur le fait de la peinture ; et que ce S€froit porter de l'eau à la mer, que d'envoyet- à M. De *
DK PODSSIIV. Si"/
Chambrai quoi que ce ^oit qui touchât une matière en laquelle il eiitsi fort expert. Si je vis, cette occupation sera celle de ma vieillesse.
Par l'ordinaire prochain je tâcherai de vous envoyer la description de» objets que vous desirez avoir. .
Je vous remercie de vos nouvelles; celles d'ici ne valent rien. Je suis à jamais ^ Monsieur , votre très-humble, etc.
AU MEME
De Rome, le a4 avril i65i.
Monsieur, j'ai malheureusement égaré la dernière lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire du Mans, et l'espérance que j'avois de la retrouver m'a empêché' d'y répondre plutôt. Quoique j'aie oublié ce qu'elle contenoit en détail , il me souvient cependant que vous m'y témoigniez votre bienveillance accoutumée , et que vous m'assuriez aussi de celle de M. De Chambrai. Toutes ces faveurs surpassent tellement mon peu de mérite , que je ne saurois réellement vous exprimer combien j'en suis touché et reconnoissant. J'espère bien que vous ne doutez pas que je ne sois entièrement vôtre, et que tant que ma tête pourra concevoir quelque chose, que mes yeux
3l8 LETTRES
verront clair, et que ma main tremblante pourra opérer, je ne sois toujours prêt à satisfaire de mon mieux à vos demandes. Je dis ceci, parce qu'il me semble que vous m'écriviez que, quand je serois débarrassé, vous vouliez que je vous fisse quelque chose de nouveau.
Enfin vos prophéties sont accomplies : je prie Dieu que ce soit pour toujours , mais je crains le retour. Je suis , Monsieur, votre très-humble , etc.
P. S. Je baise très -humblement les mains à MM. vos frères.
De Rome, le 3 décembre 1 65 1.
Monsieur , je suis vraiment affligé des deux mots que vous avez placés au bas de la lettre de M. De Chambrai. C'est me dire beaucoup que de me dire que je vous aie en mon souvenir ; car certainement je ne devrois pas seulement avoir en mémoire ce que je vous ai promis il y a longtemps, mais je devrois l'avoir fait. Je ne sais si vous avez reçu la dernière lettre que je vous ai écrite, et si vous y avez remarqué ce que je vous promettois touchant la Vierge en grand que vous
DE POUSSIN. 3l9
désirez que je fasse; je vous le répète par celle-ci, et quoique je sois extrêmement engagé , je m'efforcerai (le commencer cet hiver. C'eist ainsi que je vous veux témoigner combien je garde précieusement le souvenir de tout ce que je vous dois. Je suis, Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. M. Le chevalier Del Pozzo vous baise les mains.
AU MEME
De Rome, le xo novembre i65i.
Monsieur, la lettre qu'il vous a plu de m'écrire le 3o septembre dernier m'a été rendue un peu tard; mais aussitôt que je l'ai reçue, j'ai fait rechercher ce que vous me demandiez. Je vous envoie donc une douzaine de paires de gants de Frangipane, lesquels vous plairont, à ce que j'espère ; je vous envoie aussi six paquets de cordes de luth, toutes choisies et approuvées par un bon joueur d'instruments, qui est mon ami; les cordes sont enfermées en une petite boîte de fer-blanc soudée partout et scellée de mon cachet; les gants sont aussi fort bien enveloppés et scellés. J'ai consigné le tout à M. Géricaut, pour envoyer le paquet à Paris , à son père, qui vous le fera tenir où vous serez. Vous paierez le port de delà, s'il
3'JO L K t T R E !i
VOUS plaît , et vous me ferez rembourser le mémoire de dépense que je joins ici.
Les ouvrages que vous m'avez demandés ne s'effacent nullement de ma mémoire, et je vous jure que j'aurois à tout le moins commencé la Vierge que je vous ai promise, si les nouvelles que nous avons trop souvent de la désolation de notre pauvre France, et le refroidissement universel du goût pour les ouvrages de l'art qui en est la suite , ne m'avoient fait supposer que vous penseriez désormais à tout autre chose qu'à de nouvelles peintures , vous qui en avez déjà assez. Or maintenant les excuses ne me serviront de rien, puisque je vous vois continuer dans votre premier dessein; et quoique l'incommodité que j'ai eue cette année ait mis mes affaires fort en arrière, il faut que je trouve le temps de vous satisfaire : c'est. Monsieur, ce que je vous promets de faire le plutôt qu'il me sera possible. J'ai recouvré la santé comme auparavant; Dieu me la veuille continuer aussi bonne, et je serai en état de vous servir. Je suis pour toujours , Monsieur , votre
très-humble, etc.
P. S. MM. vos frères trouveront ici mes trèshumbles baise-mains.
Pour les gants a8 écus » jnlcs
Poar les cordes de lalh à 19 jales le paquet. > 5 , 4: Pour la boite » i
Total 33 écas 5 jolts.
DE. POUSSIN. 3lh
AU MÊME
Ht Rome , le i6 fté^rier i653.
Monsieur, le jeune archit^ctç que vous me: recommandez m'a apporté votre lettre du 3 janvier* Si je suis capable de le servir^ je le ferai die tout mon cœur pour l'amour de vous, et pour celui de M. Renard qui véritablement est honnête homiiie et amateur de belles choses , mais qui choisit fort mal ceux à qui il voudroit en faire acquérir le talent. Si celui qu'il me recommande réussit à faûre des progrès dans l'art qu'il entreprend d'exercer, il me trompera beaucoup.
J'étois en peine de savoir si les gants et les cordes de luth que je vous ai envoyés vous avoient été remis; mais vous m'assurez par votre lettre que vous avez reçu le tout bien conditionné. Je crois que les cordes du luth vous auront semblé un peu chères. Si je les ai payées trois testons le paquet, c'est qu'elles sont toutes de choix. J'ai suivi en cela le conseil d'un ami; ordinairement le paquet ne coûte que deux testons , mais il ne s'en trouve pas le tiers de bonnes : ce que je^fais pour vous, je le fais avec plus de soin que si c'était pour moi-même. J'ai parlé à M. Géricaut pour savoir ce qu'il demandoit du cent pour le change; il ne veut rien rabattre de douze, et m'a juré
i^^ LETTRES
qu'on lui en payoit jusqu'à quatorze. Il y a environ deux mois que je fis venir un peu d'argent que j'avois à Paris ; on me prit douze pour cent, et je ne pus obtenir de remise à meilleur marché; M. Pointel, de son côté, ne peut trouver personne qui ne veuille prendre que dix pour cent. Vous voyez d'après cela ce qu'il vous en coûtera, pour me faire rembourser ici les vingttrois écus et quatre Jules que j'ai dépensés pour vous. Ce sera, du reste, par qui et quand il vous plaira.
J'ai trouvé la pensée de la Vierge que je vous ai promise; il faut maintenant trouver le temps' et la commodité de l'exécuter; je ne manquerai pas de vous écrire quand j'y mettrai la main. Je vous souhaite toutes sortes de félicités et suis à jamais. Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le ai avril i653.
Monsieur, le sieur Maurice Géricaut vient de me remettre les vingt-trois écus et quatre jules que vous avez payés à son père, à Paris, pour le remboursement de ce que j'avois dépensé pour vous ici. Ce n'a pas été sans quelque difficulté,
" DK POUSSIN. 3îl3
parce que vous ne m'avez pas envoyé la lettre de change que son père vous a donnée; aussi par les quittances première et seconde que je lui ai faites, je me suis obligé de lui remettre ou la lettre de change ou l'argent que j'ai reçu de lui. Je vous supplie de me donner le moyen de remplir cette obligation. Pour votre Vierge, la pensée en est trouvée , et j'espère la commencer cet automne, si Dieu m'en fait la grâce. Je suis si pressé que je ne peux pas vous écrire plus au long: cependant, je vous supplie de me continuer votre bienveillance , et je suis à jamais, Monsieur, votre très-humble, etc.
AU MÊME
De Rome, le ii mai i653.
Monsieur, je n'ai rien de nouveau qui m'oblige k vous faire un long discours. Je vous dirai seulement qu'avec votre dernière, j'ai reçu la lettre de change que je vous avois demandée ; mais le retard de cette lettre de change a embrouillé un peu nos affaires; car ayant, à son défaut, fait deux quittances au sieur Géricaut , une pour son père et une pour lui , . il faut maintenant qu'il fasse revenir la quittance envoyée à son père,
« ai.
.fc TTRKS
.*- mais tians tout cela il n y a
tk.
.» >c de votre Vierge, ciésormais
u:^ occasion de vous plaindre de mes
iiieiles d'un temps à un autre ; j'espère
-4ir la fin de cette année , et la finir
• tent, avant de m'occuper d'aucune
l;i pensée en est arrêtée , ce qui est
•.Ul'
> i¥oir bien goûté les livres dont M. De
.^^ji* »i a favorisé , j'en ai fait présent à
..!K*valier Del Pozzo, qui les tient pour
... ic trésors, et les montre à tous les lia-
.^ ^iiis qui le vont visiter. J'en ai agi ainsi
.:u tin que ces livres soient vus en bon lieu,
^mc le nom et la réputation de Messieurs
V V uautelou s'étendent partout. Je leur baise
^ iiams et suis a jamais, Monsieur, votre très-
M»iù>lc, etc.
POUSS[]\
AU MÊME
De Rome, le 'i7 juin i655
M«Misieur, il y a huit jours que je fis consigner, Hii courrier nommé Lépine , la caisse dans laquelle est le tableau de la Vierge que je vous ai fait. Je me suis servi de l'entremise du sieur Gé-
i)K poussinr. SaS
ricaut, afin d'éviter la dépense du port pour lequel on demandoit six pistoles, (vous pourrez remercier M arguin de éette extravagance , qiiafid vous le verrez), tandis qu'il en coûte seulement quarante sols par livre , poids de Lyon. Aujourdliuî j'ai remis au même sieur Géricaut six paquets de feonnes cordes de Luth. Vous aurez soin de thkté retirer le tout des mains du sieur Géricaut père, auquel vous payerez ce que son fik a déèoursé pour vous en cette ville et ailleurs; à ^vioir : la £&çon du canon , huit jules; celle de ta caissie, cinq jutes; un jutes de papier, et ti'ente-neuf jules pour les cordes et le port. Les gants ne se sont pas trouvés bons, et il fout attendre jusqu'à cet automne , comme vous me Tatez marqué par votre dernière lettre.
Quand vous aurez reçu votre tableau et que vous l'aurez bien regardé, vous me ferez l'honneur de m'écrire simplement et franchement ce qui vous en semble. Seulement je vous prie , devant toute chose, de considérer que tout ri^est pas donné à un homme seul, et qu'il ne faut point chercher dans mes ouvrages c^ qui n'est point de mon talent. Je ne doute nullement queles epi^ nionfr de ceux qui verront cet ouvrage, ne soient entr'elles fort diverses; parce qu^ les goût» des amateurs de la peinture n'étant pas- moins (fiffé-*rents que ne ile sont lès talents êti peintres eux^ mêmes, il doit se trouver autant de diversité dans les jugements des uns qu'il- y en a réêWemehf dififisi
3a6 LETTRES
les travaux des autres. L'histoire nous fait voir que chacun des peintres de Tantiquité a excelle en quelque partie ; d'où l'on peut conclure qu'aucun ne les a possédées toutes dans la perfection. Car , pour ne parler ni de Polygnote , ni d'Aglaophon qui ont été si long-temps célèbres pour lei|r couleur; si l'on en vient à l'époque où la peinture fut le plus florissante, ce quiest, je crois, depuis les temps de Philippe jusqu'à ceux des successeurs d'Alexandre y on y trouve toujours que chaque peintre possède à un haut degré une vertu qui le distingue : Protogène, la diligence et la curiosité; Pamphile et Mélanthe, la raison; Antiphile, la facilité; Théon de Samos, l'imagination; enfin Âpelle , le naturel et la grâce qui l'ont rendu si célèbre. Une semblable différence se trouvoit dans les œuvres de la sculpture. Calon et Hégésias firent leurs statues plus dures et plus semblables aux Toscanes; Calamide les fit moins rigides, et Miron plus molles encore ; dans Polyclète se trouventla diligence- et la beauté plus que dans tous les autres ; et cependant , quoique la plupart .lui attribuassent la palme, il y en eut qui, pour lui ôter quelque chose , pensèrent que la gravité lui manquoit; et que s'il donnoit à la forme humaine une beauté surnaturelle, il ne pouvpit arriver à représenter la majesté des Dieux, ni même la dignité des vieillards : enfin les parties qui manquoient à Polyclète, on les attribua à Phidias et à Âlcamène. La inéme chose se rencontre dans ceux qui ont été en repu-
tation depuis trois cent cinquante ans; et je crois que qui Texaminerà bien trouvera que j'y ai aussi ma part. .
Je supplie Madame de Montmort de ne se mettre point en peine de m'écrire, ni surtout de m'envoyer des arrhes : qu'elle ait seulement patienee, car j'ai quatre tableaux à finir avant que de mettre la main à la besogne pour elle ; néanmoins je ruminerai sur les deux sujets qu'elle m'a proposés. J'ai oublié de vous dire que la Vierge que je vous ai envoyée n'est vernie qu'avec du blanc-d'œuf ; vous pouvez la faire revernir avec yn autre vernis qui la rendra plus fraîche. Je suis. Monsieur, votre très-humble, etc.
P. S. Je baise très-humblement les mains à Majlame de Montmort et à MM. vos frères.
AU MÊME
De Rome , le 29 août i655.
Monsieur ^ je ne répéterai point par celle-ci ce que je vous écrivais il y a huit jours, mais je ne vous cèlerai pourtant pas la joie que j'ai éprouvée en voyant, par les deux vôtres, que la Vierge que je vous ai faite ne vous'déplait pas.
Vous avez fait ce qu'il fallait touchant la dépense des bustes que vous désirez avoir; aussitôt
SaS LETTRES
que les chaleurs seront passées, jeu ferai la re^"^ cherche. J'ai iiiit envers M. Fouoquet ce que tou$ m'avez ordonné. Vous me ferez savoir si yous vôili^'que l'on se serve de l'occasion du. retour des bâtiments marchands de Saint-Malo^, pom* vous porteriez) bustes en qnesdbn. ;Pour> ce qtii touche la ^Vierge en g^and que -Madame De Montaiort Yôudirait qu^ je lui âsseï 9i| beii^ d'une petite, ii me sepab^ qu'en cfaang6E|tU d^avis telle ne choisit pas pK»^ 'ipaft:» les chost^' rieprésentées de gratideUi^ ' îÀ^turelle 'saisissante davanta^ la vtie. Mais de plris/ièllé trouve ches inôi ia roeilleure rencontré du monde, car j'âl-fort aviincîéune Vierge; que je faisais pour une personne qtû est diôiffe^, et dont je puis par conséquent disposer. I^ toile est environ de la grandftur dç la y^tre, peut-être
un peu plus haute ; il y;^ 4^"^^^ %^^^ ^^ £Tf^f}' deur naturelle , bien disposées, finies et peintes avec goût, et d'mi bon relief. Je vous l'aurais e#voyée au lieu de' la vôtre, si j'en eusse pu disposer alors. La Vierge est assise sur une chaise, lét tient en son giron le petit Jésus; devant eux i un Saint Jean assez grand , indique , par son atti- : t«ide if qu'il' les prie de lui doiiner^^leor bénédiotibn, tandis qtié deiVièref eux- an Saint Jbseph debout lert<égài^ét ies"acGfes<ôires $ë iTdiiipmeiicB^an ri^ deau, d'une colonhé et d'un pieiï 4e fonct.'J'at^ tends de vôtts 'ttne réponse à ce sujset , et je^snis t(^ itout mon coet^r, Moftsieur^ votre très-humble , «te.
DE FQV^si^. iag
P. S. Je penserai à votre Saint Patil dans '^iipeu de temps. ■