SECRÉTAIRE DE MONSEIGNEUR DE NOYERS
De Rome , le 19 mars 1639.
Monsieur , il ne faut point douter que je n'aie assez de sujets de me fier en vous, et de croire tout ensemble que vous êtes celui qui m'a obligé le plus. C'est pourquoi je remets toute mon affaire entre vos mains , et suis délibéré de prendre le moins que je pourrai de l'argent qu'il a plu à Sa Majesté et à Monseigneur de Noyers de me faire tenir ici pour mon voyage; et n'y eusse point touché du tout , si ce n'était que déjà l'ordre m'en est venu par une lettre de change que j'ai reçue avec les vôtres. Devant donc que je parte d'ici, je vous ferai savoir au net ce que j'aurai reçu, et mon intention touchant le reste , vous assurant que ce que j'en fais n'est pour le respect d'aucun gain, mais pour vous témoigner la confiance que j'ai en vous.
Je vous ai déjà fait savoir que votre tableau était fini , et que je n'attends plus que vos ordres, pour vous le faire tenir promptement et assurément.
Votre plus obligé serviteur y
AU MEME
De Rome, le a 8 avril lôSg.
Monsieur, j'attendrai que Dieu me fasse la grâce d'être auprès de vous, pour reconnaître les obligations que je vous dois, non avec des paroles , mais avec effet , si vous m'en jugez digne. Pour maintenant, je ne vous importunerai point de longs discours; je vous aviserai seulement de l'envoi de votre tableau de la Manne, par Bertbolin, courrier de Lyon. Je l'ai encaissé diligemment, et crois que vous le recevrez bien conditionné. Je Tai accompagné d'un autre petit que j'envoie à M. Débonnaire , Portemanteau , n'ayant jusqu'à présent eu autre occasion pour lui faire tenir que la présente. Vous lui permettrez donc de le prendre, car il est sien.
Quand vous aurez reçu le vôtre, je vous supplie, si vous le trouvez bien, de l'orner d'un peu de bordure, car il en a besoin, afin qu'en le considérant en toutes ses parties , les rayons visuels soient retenus et non point épars au-dehors , et que l'œil ne reçoive pas les images des autres objets voisins qui , venant péle-méle avec les choses peintes , confondent le jour.
l6 LETTRES
Il seroit fort à propos que ladite bordure fût dorée d'or mat tout simplement, car il s'unit trèsdoucement avec les couleurs, sans les offenser.
Au reste, si vous vous souvenez.de la première lettre que je vous écrivis, touchant le mouvement des figures que je vous proraettois d'y faire , et que tout ensemble vous considériez ce tableau , je çt'ois que facilement vous reconnoftrez quelles s<6ht celles qui languissent, qui admirent, celles q\li ont pitié , qui font action de charité , de ^grande nécessité, de désir, de se repaître dé consolation, et autres : cai* les sept premières figures, à main gauche ,^ vous diront tout ce qui est ici écrit , et tout le reste est de la même étoffe : lisez l'histoire avec le tableau, afin dé éohnoître si chaque chose est appropriée au sujet.
Et SI, après l'avoir considéré plus d'une fois, vous en avez quelque satisfaction , mandez - leinôi sHl vous plaît sans rien déguiser , afin que je the réjouisse de vous avoir contenté pour la première fois que j'ai eu l'honneur de vous servir : sinon, lious nous^ obligeons à toute sorte d'àtaendernent , vous suppliant de considérer eth cbré que l'esprit est prompt et la chair débile.
Taî écrit à M. Lemaire de l'occasion principale qui me retient ici : pour ce , je vous supplié donc, monsieur, de faire avec lui nies excusés à Monseigneur de Noyers , afin que , mettant cette courtoisie avec lés autres que je reçois joiirnelle'-
ment de vous^ je sois toute ma vie le plus obligé à vous servir qui soit au monde.
P. S. J'écrirai à M. Stella, qui est, je crois, à Lyon , qu'incontinent arrivé le tableau , il vous le fasse tenir. Devant que de le faire voir, il seroit fort à propos de l'orner d'une bordure. Il doit être colloque fort peu au-dessus de l'oeil, et plutôt au-dessous.