A M. LEMAIRE
De Rome y le 17 août i63ç.
Monsieur , comme toutes vos lettres ont accou* tttmé de m'apporter un extrême contentement, la dernière pareillanent m'a réjoui autant que pas une autre; car par icelle, outre que j'entends la bontie Santé où vous êtes, la nouvelle de l'arrivée du tableau de' M. de Chantelou m'a ôté la grande peine où j'étois; d'autant que par le long chemin et dangereux comme il est maintenant, je craignoià qu'il n'y fût arrivé quelque mauvais encombre. Mais puisqu'il est parvenu entre vos mains sain et sauf, j'estime que ce m'est un bonheur ; d'autant que M. de Chantelou ne le verra
point. qu'il ne soit en bonne posture, comme je crois que vous le mettrez ; et s'il lui est agréable, ce me sera un des plus grands contentements qtii me puissent arriver. Néanmoins, vous et lui, je vous prie de considérer que, dans de si petits espaces, il est impossible de faire et d'observer tout ce que Ton sait; et qu'enfin ce ne peut être autre que comme une idée d'une chose plus grande : qu'il l'accepte donc telle qu'elle est , en attendant mieux.
Vous me sollicitez de partir cet automne sans y manquer; je vous assure que le retarder ici davantage ne pourroit que me tourner à contre , comme l'on dit ici, parce que j'ai renctocé à toutes mes pratiques : et même , depuis que j'ai résolu de partir jusqu'à maintenant , j'ai eu l'esprit fort peu en repos , mais au contraire quasi perpétuellement agité , pensant tous les jours à mille choses, lesquelles, pour le nouveau changement, me pourroîent intervenir. Ne vous ennuyez point de ce que je vous écris; car j'ai estime d'avoir fait une grande folie, en donnant ma parole et en m'imposant l'obligation, avec une indisposition telle que la mienne, et dans un temps où j'aurois plus besoin de repos que de nouvelles fatigues, de laisser et abandonner la paix et la douCeur de ma petite maison, pour des choses imaginaires qui me succéderont peut-être tout au rebours. Toutes ces choses m'ont passé et me passent tous les jours par l'entendement, avec un million d'au-
très plus peinantes; et néanmoins je conclurai toujours de la même manière, c'est à savoir que je partirai , et que j'irai à la première commodité, en même état que si on voulait me fendre par la moitié et me séparer en deux. Il est donc vrai que j'ai grande volonté de mettre à effet ma promesse; mais d'un autre côté, je me trouve retenu et empêché par certains malheurs qui semblent proprement me vouloir empêcher d'accomplir mon dessein. Mon misérable mal de carnosité n'est point guéri , et j'ai peur qu'il ne faille retomber entre les mains des bourreaux de chiinr*giens devant que de partir; car de s'acheminef par un long voyage et fâcheux avec telle mala-^ die, ce seroit aller chercher son malheur avec la chandelle. Je ferai donc ce qui sera en md puissance pour guérir, et ensuite partir. Du reste, fasse Dieu , ce qui me doit arriver m'arrivera» Je ne vous écrirai autre chose pour maintenant { mais sûrement je vous ferai savoir ma disposition,
Votre très-obligé serviteur^
aa L F. T T R £ s
A M DE CHANTELOU
D« Rome , le iS septembre x63îg.
. MQQ3ieur5 je ne sais de qui je dois me plaindre h fHniQt, ou de moi-ménie^ ou de la ma^uTaise foirtune. Si.j'ûi duré de me mettre en devoir d'obéir paromptement k mes supérieurs , c'est moi qui ai tort ; m^is si , m'efforçaut d'accomplir ma {Hpmesi3Q, j'en suis empêché par dés extrêmes iUjQomiuodités corporelles, dois-]e dire que c'est ift (çr^uniQ, ou que c'est Dieu qui ue le veut pas pieriQ^trQ? 11 y a déjà un bon espace de temps que j'arai? délibéré de vous avertir que mon incQipmQdité ordinaire me revenoit plus quç jamiÂi; mais la crainte de vous fâcher, et l'espéraiiCQ y qui toujours me trompe , que j'avois de quelques amendements, m'otit retenu jusqu'à mauitenant. Je suis forcé , par nécessité , d'avertir qu'aprèa avoir renoncé à toutes mes pratiques, avoir accommodé toutes mes affaires et délibéré de partir, il faut tomber de rechef, je n'ose dire entre les mains des médecins, mais entre celles des bourreaux, qui d'un petit niai m'ont conduit jusqu'à un terme qui me donne fort à craindre pour ma personne. Je vous supplie, monsieur à qui je suis tant obligé, de faire que Monsei-
DE POiJSSIIC. :^3
gaeur de Noyers sache T^tat où je suis ^ afin qu^« comm? je Tespère, Il m'excuse, et aie quelque compassion de ma disgrâce; car je. ^ oserois croire qu'il n'eût pas regret d'apprendre la mort de son humble çiçrviteur, au lieu de son arrivée.
Votre très-obligé à vous servir ,
A MONSEIGNEUR DE NOYERS
De Rome, le i5 déceitfbre 1639.
Le devoir de la révérence que je professe envers vous, Monseigneur , m'oblige ^ vous notifier la cause de mon retardement, J'étc^s bie^ résolu de voua aller servir, et extrêmement honoré d'er>» avoir les occasion; mais la mauvaise fqrtune. s'est opposée avec violence à l'exécution de mon. devcnr, et l'espérance que j'avois dé prouver par les eifete mes bonnes dispositions m'a abusé ; car je suis réduit en tel état^ que je me yois forcé de changer de dessein, et de supplier votret bont^ de me dispenser de mon vœu ^ puisqu'en peu de temps je suis devenu inutile, ne m ayant demeuré que le regret de vivre. J'aurois trop de préemption ^ en vous priant de m'accorder cett^ fa.'veur insigne , de ne pas reconnoître que j'en serai redevable, non à mon mérite, mais à votre béné-
volence : en cette manière , je recevrai la grâce et vous la gloire. Cependant, Monseigneur, je vous offre rimrnuable promptitude de ma bonne volonté, puisque le ciel ne me concède autre faculté qui me permette de satisfaire à mes obligations.
Le plus humble de tous vos serviteurs,
A M. DE CHANTELOU
De Rome , le i5 décembre 1639.
Monsieur, il y a déjà quelque temps que me trouvant privé, par mes continuelles incommodités, du moyen de faire le voyage de France, auquel je me suis obligé par les belles occasions que votre courtoisie m'en avoit données, je ne manquai pas de vous en avertir, et de vous supplier très - affectueusement , ainsi que M. Le Maire, de le feire savoir à Monseigneur de Noyers, afin qu'il connût la cause de mon retardement. Mais soit le peu de compte que vous faites d'un serviteur qui vous est inutile, soit le peu de satisfaction que vous avez en au service que mes débiles forces vous ont rendu, ou tout autre cause, jusques à maintenant je n'ai eu aucune réponse. Mais, monsieur, je vous supplie, sans regarder
au mérite, d'exercer envers moi votre courtoisie: ce sera un effet de votre naturelle inclination, et un office de votre bénévolence, de ne point me priver d'une correspondance qui a été accompagnée de tant d'obligations. Après l'avoir employée si souvent à vous demander des £aveurs, le satisfaire à tout ce que je vous dois m'est impossible autrement que par mon profond attachement. Conservez - moi en vos bonnes grâces , et consolez - moi avec la bonne fin de cette présente négociation.
Votre très-obligé