‹ Collection de lettres [ed. by A.C. Quatremère de Quincy]Chapitre 8 sur 28 · A M^"^ CARLO ANTONIO DEL POZZO · texte numérisé non relu

A M^"^ CARLO ANTONIO DEL POZZO

A ROME (l).

Paris, 6 janvier i64i«

Toujours confiant dans la bonté ordinaire de V. S. II. envers moi, j'ai cru qu'il étoit de mon devoir de vous raconter le bon succès de mon voyage , l'état et le lieu où je me trouve , afin que vous sachiez comment m'adresser vos ordres*

(i) CeUe lettre est une traduction de celle que Bottari a donnée dans son recueil. Elle est adressée à Carlo Antonio > archevêque de Pise, frère de Cassiano del Pozzo.

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J'ai fait en bonne santé le voyage de Rome à Fontainebleau. J'y ai été reçu trèsrhonorabkinent dans le palais d'un gentilhomme auquel M. De Noyers, Secrétaire d'État, avoit écrit à ce $ujet.. J'ai été traité pendant trois jours splendidemeat. Ensuite je suis venu dans la voiture du même seigneur à Paris, A peine y ftis-je arrivé, qu^ je vis M. de Noyers, qui m'embrassa cordialement , en me témoignant toute la joie qu'il ayoit de mon arrivée.

Je fus conduit le soir, par son ordre, dans l'appartement qui ni'avoit été destiné. C'est un petit palais, car il faut l'appeler ainsi. Il est situé au milieu du jardin des Tuileries. Il est composé de neuf pièces en trois étages, sans les appartements d'en-bas qui sont séparés. Ils consistent en une cuisine, la loge du portier, une écurie , une serre pour l'hiver , et plusieurs autres petits endroits où l'on peut placer mille choses nécessaires. Il y a en outre un beau et grand jardin rempU d'arbres à fruits , avec une grande quantité de fleurs, d'herbes et de légumes; trois petites fontaines,^ ua puits,, une belle cour, dans laquelle il y a d'autres arbres frui* tiers. J'ai des points .de vue de tous cotés, et je crois que c'^t im paradis pendant Pété.

En entrant dans ce lieu je trouvai le premier étage rangé et meublé noblement avec toutes les provisions 4ont on a besoin, même jusqu'à du bois et un tonneau de bon vin, vieux de deux. ans.

J'^î été fcNTt bien traité pendant trots jours, avec met wais, aux dépens du roi. Le jour suivant,. JQ luâ conduit par M. de Noy<^s chez & £. k Cardinal^ de Richelieu , lequel avec une bonté extraordinaire m'embrassa, et, me prenant par la main, me témoigna d'avoir un grand plaisir de me voir.

Trois jours après, je fiis conduit à Saint-Ger^ main^ a&i que 'AL De Noyers me présentât au roi, l^uel étoit indisposé, ce qui fut cause que je n'y fus introduit que le lendemain matin, par AL Le /Grand, son favori. S. M. remplie de bonté et de potilesse, daigna me dire les choses les phis aimables, et m'entretint pendant une demiheure 9 en me faisant beaucoup de questions.

Ensuite se tournant vers les courtisans, elle dit ^ vailà Fouet bien attrapé. Ensuite S. M« m'ordonna elle-même de lui faire de grands tableaux , pour les chapelles de Saint-Germain et de Fontainebleau. lx)rsque je fus retourné dans ma maison, on m'apporta, dans une belle bourse de veloiu's, deux mille écus en or : mille écus pour mes gages et nulle écus pour mon voyage , outre toutes çaes dépenses. Il est vrai que l'argent est bien nécessaire dans ce pays -ci, parce que tout y est extraordinairement cher. Je m'oc- CHjq>e en m moment de beaucoup d'ouvrages qu'il y ^ à foire, €* je carois qu'on entreprendra quelques tentures de tapisseries.

Je prendrai la liberté de vous envoyer quelque

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chose de mes premières productions, comme un foible tribut de ma reconnoissance. Aussitôt que mes caisses seront arrivées, j'espère bien distribuer mon temps de manière à en employer une partie au service de M. votre frère le Chevalier,

On a envoyé en Piémont une copie de la liste des ouvrages de Pirro Ligorio. Je vous recommande mes petits intérêts et ma maison, puisque vous avez bien voulu vous en occuper pendant mon absence, laquelle ne sera pas longue, si je le puis.

Je vous supplie, puisque vous êtes né pour m'être favorable , d'avoir la bonté de recevoir les ennuis que je vous cause, avec cette générosité qui vous est particulière, en voulant bien vous contenter que j'y réponde avec toute l'affection de mon entier dévouement. Que Dieu vous donne une heureuse et longue vie.

Je suis, etc.

A M. LE COMMANDEUR CASSIANO DEL POZZO(i).

Paris, 7 janvier 1641.

Le respect que je porte à V. S. me fait un devoir de vous instruire de mon heureuse arri-

(i) Cette lettre est tirëe du Recueil de Bottari, et traduite.

DE POUSSIN. !2t)

vée à Paris, et de quelle manière , après avoir été reçu par M. De Noyers avec toute sorte d'amitié, le lendemain je fus présenté par lui au Cardinal de Richelieu, de qui j'ai reçu des caresses extraordinaires. J'ai été conduit quelques jours après à la maison de campagne de M. De Noyers, qui devoit le jour suivant m'introduire chez le roi. Mais s'étant trouvé indisposé , il ordonna à M. de Chantelou de me conduire à Sailit-Germain, où étant arrivé, je fus, peu de temps après, introduit chez le Roi par M. Le Grand, son favori. La modestie me défend de dire comment je fus reçu par S. M.

Finalement nous retournâmes à Ruel , où étant resté long -temps dans la chaûibre de M. De Noyers, il m'entretint de beaucoup de choses, et particulièrement de Rome et des personnes les plus considérables de cette ville. Il se rappela le nom de V. S. , en fit les plus grands éloges , et témoigna ouvertement qu'il tiendroit à honneur de vous servir en toute occasion. Il seroit bon d'avoir connoissance de vos affaires de Piémont , pour prendre les mesures nécessaires à leur conservation.

M. de Chantelou lui ayant raconté Taccueil gracieux que vous lui aviez fait, ainsi qu'à son frère, a déjà disposé l'esprit de ce seigneur à ce que V. S. désire ; mais je crois que vous recevrez de sa part d'autres marques de son affection.

Oh a envoyé à Turin une copie de la liste des

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livres de Pirro LigoriOy et on en attend la réponse.

Nous attendons nos effets. Aussitôt qti'ils w* ront arrivés^ je ne manquerai pas de n^ettre là main au petit tableau du Baptême, n'ayant rien plus à cœur dans le monde que de voiiS donner quelque preuve de mon dévouement. Je vous prie de prendi^e toujours sous votre protection mes petits intérêts, et de croire que tant que vous me conserverez votre affection je m'éStimerai le plus heureux homme du monde, et éternellement obligé de prier Dieu pour l'accroissement de votre bonheur.

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