‹ Collection de machines, instrumens, ustensiles, constructions, appareils, etc., employés dans l'economie rurale, domestique et industrielleChapitre 29 sur 75 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

vient à se vider; mécanisme qui s'opère au moyen de la bascule B, à laquelle est attachée d'un côté une chaîne qui soutient la verge du piston, et de l’autre une perche avec son seau. On dispose au-dessus du seau un courant d'eau, de manière que le seau venant à se remplir, il descend, et soulève dans sa chute le piston de la pompe : une soupape, placée au fond du seau, s'ouvre au moyen d'une corde attachée à la pièce de bois E; ce qui a lieu lorsque le seau est prêt à toucher le sol. Lorsqu'il s’est vidé, il remonte entraîné par le poids du cylindre opposé : alors la soupape se ferme, le seau se remplit de nouveau, et la

pompe est mise en jeu par ce mouvement de bascule.

Fig. 3 et 4. Roue à corde. Cette machine est la même que celle de Vera, inventeur ou imitateur, qui la fit connaître à Paris, peu d'années avant la révolution. La commission nommée par FAcadémie des sciences de Paris jugea que cette invention était fondée sur un principe neuf et ingénieux. La capitale le crut et admira cette découverte. Celle dont je donne la description existait trente ans avant cette époque, dans un couvent de franciscains de la ville de Vinares en Catalogne, où je l'ai vue en activité : elle est composée d’une roue B, de 16 d. m.(5 pi.) de diamètre, sur laquelle tourne une corde C, après avoir passé sur deux poulies, dont l’une est située en D, im-

médiatement au-dessous de la roue, et l’autre au fond d’un puits représenté par E : celte roue est enfermée dans un encaissement en planches, lettres AA, dont on voit la coupe figure 4. Lorsqu'on tourne la manivelle, la roue entraîne dans son mouvement de rotation la corde, qui se trouve chargée d’une colonne d’eau ; cette eau, en rencontrant la poulie supérieure, se détache de la corde, jaillit et retombe dans l’auge F, qui occupe le dessous de la roue, et qui joint bien avec l’encaissement : elle est portée dans un réservoir par une ouverture placée à l’autre extrémité. Cette machine fournissoit toute l'eau nécessaire aux besoins d'un couvent nombreux ; le puits avait 10 à 12 mètres de profondeur (3a à 37 pi.).

A AA AT AT A A A A A AR A A AA A A A AT AA AA RAT RAT A A A AR AR AR AS ARR

LRRIGATIONS.

PLANCHES T Er Il.

Fig. 1,etc. Noria catalane. Les irrigations, si bien appréciées dans les régions chaudes et dans les cantons où elles sont en usage, ne présentent pas de moindres avantages pour les pays où la température est moins élevée, tels que le centre et le nord de la France. C'est pour cette raison que nous avons cherché à réunir dans cette collection plusieurs machines, constructions ou ustensiles peu répandus, ou même entièrement inconnus parmi nous, persuadés que les irrigations sont en France la partie de notre agriculture la plus susceptible d'amélioration. Les eaux dispersées par la nature, sont une source intarissable de richesse, dont nous ne connoissons ni la valeur ni les avantages. L'art même peut améliorer ces eaux et les rendre plus productives. Ainsi l’on voit les habiles cultivateurs du Bergamasque, du Brescian et du Vicentin, creuser des réservoirs, dans lesquels ils font fermenter l’eau et le fumier, en remuant et mélangeant le tout ensemble de temps à autre. Ils laissent échapper sur leurs prés et sur leurs terres labourées ces eaux qui doublent constamment leur récolte, soit en quantité, soit en qualité. Ces réservoirs nommés scaldajuol, ont encore l'avantage de corriger les qualités malfaisantes des eaux ferrugineuses. C’est ainsi que dans quelques cantons de la Suisse l’on double et l’on triple les récoltes en arrosant avec des eaux, des urines et des lavages de fumiers, dont la fermentation est conduite avec autant d'art que d'intelligence.

La noria est, de toutes les machines à élever l'eau, la plus simple, la plus économique, et

celle qui, à égalité de forces et detemps, donne un produit plus considérable, Elle est employée de temps immémorial en Asie et en Afrique.

Les Sarrasins l’ont introduite en Espagne et dans d’autres pays de l'Europe. On en fait encore usage dans quelques parties de la France méridionale. Elle est employée à l'irrigation des jardins et des champs dans presque toute l'Espagne. Les paysans construisent eux-mêmes ces machines avec les matériaux qu'ils trouvent sous la main, et fertilisent ainsi les lieux les plus arides. Le défaut de son usage, dans le reste de l’Europe, ne peut être attribué qu’à l'ignorance et à la routine, deux ennemis puissans de toute amélioration.

La noria dont je donne ici la figure et les descriptions, est en usage dans la Catalogne, et m'a paru la plus simple et la plus parfaite de toutes celles que j'ai dessinées en France, en Italie et en Espagne. On lui donne le nom de puisaro dans le midi de la France. C'est une machine qui devrait être employée nonseulement dans tous nos jardins, mais aussi dans presque toutes nos fermes, pour l'irrigation des prairies, et, au besoin, pour celle de différentes cultures. On en retirera d’autant plus d'avantage, que l'eau se trouvera à une moindre profondeur.

Pour établir une noria, on commence par creuser un puits À, pl. let IT, long de 3 m.

7 d. m.(:11pi.) sur 1 m. 7 (4 pi. 8 po.) de large. On place sur ce puits la roue verticale B, qui a 13 d. m. 7. (4 pi. 2 po.) de diamètre, et porte quarante dents. Elle est formée par des jantes et quatre rayons fixés sur un arbre long

de 13 d. m. (4 pi.), y compris les tourillons. Ceux-ci sont portés par des plumards en métal fixés dans la muraille du puits. La circonférence de la roue est traversée de chevilles perpendiculaires à son plan. Elles s’engrènent d'un côté avec les dents de la roue horizontale E, et supportent de l’autre côté le chapelet garni de pots C. Elles doivent être assez inclinées pour que le chapelet ait une tendance à se porter vers le massif de la roue. Les pots ont un étranglement vers les deux tiers de leur hauteur. On leur donne une longueur de 35 c. m. (1 pi. 1 po.), et un diamètre de 14 c. m. (5 p.) à leur ouverture. Ils sont percés à leur base d’un trou de 6 m. m. (3 li. ); ils sont fixés entre deux cordes de sparte, au moyen d’une ficelle qui s'attache à leur étranglement. On peut les placer à un demi d. m. (2 po.) l’un de l’autre. La distance à observer se règle sur la profondeur de l’eau. Plus celle-ci est profonde, plus les pots doivent être écartés, afin d'offrir moins de poids à la force qui les met en action.

D, auge formée par deux planches clouées les unes contre les autres, longue de 5 d. m. (18 po.) sur une largeur de 2 7, (0 po.) Elle porte un dossier F, arrondi dans sa partie supérieure, de 7 d. m. (2 pi. 2 po.) dans sa plus grande hauteur. Ce dossier, un peu incliné du côté de la roue, sert à empêcher qu’une portion de l’eau versée par les pots ne retombe dans le puits (voy. fig. 3). L’auge est soutenue par deux pierres 2b, maçonnée dans la muraille.

E, roue horizontale qui s’engrène dans la roue verticale, et qui est mise en mouvement par le levier H, à l'extrémité duquel on attèle un cheval, un bœuf ou un âne. Elle a 13 d. m. (4 pi. 2 po.) de diamètre, et porte à sa circonférence quarante dents qui ressortent de 2 d.m.(7 po.), et qui ont une longueur totale de 3 d.m. 7, (13 po.) On les fait entrer par la partie supérieure à coups de marteau. L’axe G de cette roue porte à son extrémité inférieure un pivot qui tourne dans une crapaudine. Il est arrondi dans sa partie supérieure, et tourne

contre la traverse I, étant retenu par un demicercle en bois. La traverse est supportée par deux piliers en maçonnerie.

Un animal, étant attelé à l'extrémité du levier, met la machine en mouvement en tournant autour du puits. Les pots montent successivement et se vident dans l’auge. L'eau s'écoule de celle-ci dans un réservoir construit en maçonnerie, sur une dimension de 3 ou 4 mètres (9 à 12 pi.) en carré, et plus ou moins profond. On laisse échapper cette eau, et on la conduit sur les différentes parties des terrains qu’on veut arroser.

On pratique des trous à la base des pots, afin que ceux-ci puissent se vider lorsque la noria s'arrête. Dans le cas où les pots ne seroient pas troués, on arrêtera la roue avec un bâton, pour qu’elle ne puisse retourner sur elle-même lorsqu'on cesse de la faire mouvoir.

La fig. 2 représente des sacs en toile cirée de forme conique, dont on pourrait se servir au lieu de pots, afin de rendre le jeu de la machine plus facile, et de diminuer la résistance, surtout lorsqu'il faut puiser l’eau à une certaine profondeur.

La figure 2 de la planche Ire représente la forme que l’on donne à la roue horizontale et à la roue verticale, sur Les bords de l’Ebre, en Espagne, La construction en est beaucoup plus facile que celles qui portent des jantes. On assemble quatre pièces de bois 4 À À A égales en longueur au diamètre que doit avoir la roue.

On assujétit entre les quatre angles formés par cet assemblage quatre petites pièces de bois 2828 quise prolongent jusqu'à la circonférence de la roue. L’engrenage se fait par le moyen de l'extrémité de ces différentes pièces ; mais il n’est pas aussi régulier que dans les roues que nous venons de décrire.

On pourra placer cette machine au bord d’un étang ou d’une rivière. A cet effet, on allongera l'arbre de la roue verticale, en plaçant à son extrémité une roue à dents également verticale. Cette roue recevra le mouvement par un axe garni d’une lanterne, autour de laquelle tournera la bête de trait.

PLANCHE IIL.

Fig. 1. Noria à bras. On construit ces norias dans les circonstances où l’on n’a pas besoin d'une grande quantité d’eau. Celle qu’on représente ici suffisait aux besoins d’une fabrique de faïence dans le royaume de Valence. Elle est composée d’une lanterne à manivelle qui tourne sur deux poteaux, et qui communique le mouvement à une roue dentée. L'arbre porte à l’une de ses extrémités la roue, sur laquelle tournent les godets qui montent l’eau, et ses axes sont soutenus par deux poteaux avec des contre-forts en bois. Les godets en fer-blanc ont 2 d. m. de profondeur, et sont attachés entre les deux cordes au moyen d’une petite anse. Une auge en bois, soutenue par deux poteaux, sert à recevoir l’eau des godets. Cette petite machine, très-simple, très-peu coûteuse, peut trouver un emploi utile pour les besoins d’une ferme. Elle est assez élevée pour que l'ouvrier qui fait agir la manivelle ne puisse toucher avec sa tête l'arbre qui porte les roues.

Fig.2. Vannette. C’est une lame en fer, large de 5 d. m., employée dans le haut Valais pour détourner sur une certaine étendue de prairies l’eau des rigoles. A cet effet, un ouvrier jette avec force à travers la rigole l'instrument qu’il tient d’une main, de manière que l’eau se trouvant interceptée dans son cours, se dirige sur la prairie. Lorsqu'une partie est suflisamment arrosée, on lève la vannette, en la saisissant par le manche et par la poignée, et on continue d'opérer de la même manière sur une autre partie de la rigole, afin d’arroser successivement toute la prairie.

Fig. 3. Tranchoir pour les rigoles. On l'emploie également dans le Valais pour couper les gazons dans les endroits où l’on veut faire des rigoles. Ces gazons s’enlèvent ensuite avec la lame en forme de houe, placée à l’opposite du tranchoir. Celui-ci a 17 c. m. (6 po.) de lar-

geur et 11 (4 po.) de hauteur. Le fer de la houe a 12 à 13 c. m. (5 po.) de long.

Fig. 4. Roue à bascule pour élever l’eau.

C'est une grande roue garnie à sa circonférence de palettes qui portent des godets ou seaux, ainsi qu’on le voit à la lettre A. Les pignons de la roue sont portés à l'extrémité de deux solives placées en équilibre, et contenues par une cheville sur une pièce de bois fixée dans une muraille. Un poteau B, planté dans la rivière entre les deux solives, sert à tenir la roue dans une position plus ou moins élevée, selon que les eaux de la rivière augmentent ou diminuent, ou selon que l’on veut faire agir la machine ou la tenir en repos. Lorsqu'on veut élever la roue, on charge avec de grosses pierres l'extrémité opposée des solives C. On retire les pierres lorsqu'on veut la faire descendre dans le courant d’eau ; on fixe la roue au degré d’élévation où elle doit se trouver, au moyen d’un bâton qu’on fait passer dans les trous pratiqués dans la longueur du poteau.

Le courant, indiqué par une flèche, frappe contre les palettes, et fait tourner la roue dont les godets se remplissent, et vont déverser l’eau dans une auge E établie sur la muraille. Les deux solives doivent être liées et consolidées par une traverse située près de la circonférence de la roue, et par trois ou quatre autres traverses qui servent à soutenir les pierres. J'ai vu cette machine dans le Tyrol, au-delà d’une rivière que je n’ai pu franchir ; ce qui m’empêche de donner la dimension des diverses parties dont elle se compose. La roue m'a paru avoir 7 à 8 m. de diamètre (18 à 20 po.) La simplicité de cette machine ingénieuse, la facilité et l'économie de sa construction, méritent l'attention spéciale des cultivateurs placés dans des circonstances où ils peuvent en tirer parti pour l'irrigation des prairies.

PLANCHE IV

Fig. 1. Sac à élever l’eau. Quelques voyageurs parlent de la manière dont on élève l’eau destinée aux irrigations dans quelques parties de l'Orient, au moyen d’un sac de cuir ou de toile bituminée. Cette méthode peu coûteuse et qu’on peut facilement établir en tout lieu, mérite par sa simplicité d’être imitée dans la culture des jardins, d'autant qu’elle a l'avantage de mettre à profit toute la force employée.

On établit, sur l'ouverture d’un puits ou d'une citerne, un chevalet formé avec trois perches réunies à leur sommet, et posées par terre, à une certaine distance, par leur bout inférieur. On fixe, à la partie supérieure du chevalet, une poulie a sur laquelle roule une corde qui soutient un sac de cuir c ayant la forme d’un cône renversé, et contenant une petite tonne d'eau. La corde est attachée à une anse qui se fixe sur un cercle de fer après lequel est cousue l'ouverture du sac. Une seconde corde est fixée à la partie inférieure du sac où se trouve une petite ouverture, et elle passe sur un rouleau en bois, maintenu par deux perches du chevalet, et placé au - dessus d'une auge destinée à recevoir l’eau du sac.

Les deux autres extrémités des cordes sont attachées au palonnier du cheval. Celui-ci est guidé par un homme qui le conduit vers le puits ou l'en éloigne, selon qu’il faut faire descendre le sac ou le remonter. Lorsque le sac est au fond du puits et qu’il est plein d’eau, le cheval en s’éloignant tend les cordes, qui se trouvent disposées de manière que le bout du sac se replie, et que sa partie inférieure se trouve de niveau avec l'ouverture supérieure, ainsi qu’on le voit lettre A; par conséquent l'eau reste dans le sac jusqu’à ce que son extrémité inférieure soit parvenue sur le rouleau à ainsi qu'on le voit lettre C. Alors l’eau s'échappe et tombe dans l’auge, et se rend de là, par un canal, dans le réservoir inférieur.

Fig. 2. Colmates. C’est le nom qu’on donne

en Toscane aux terrains marécageux qu’on a rendus à la culture, en élevant le sol au moyen des eaux vaseuses que les torrens ou les ruisseaux qui descendent des montagnes et des coteaux, répandent dans les plaines voisines. Ce genre d'amélioration a été imité dans quelques cantonsde l'Angleterre, ou du moinsles Anglais ont su fertiliser des champs arides en y faisant séjourner l’eau des rivières chargées de limon. Les colmates de Toscane n’ont pas seulement pour but de fertiliser le terrain, mais l’objet principal qu’on se propose dans cette opération, c’est d’assainir des marais pestilentiels et improductifs, en élevant le sol, et de les rendre ainsi propres à toute espèce de culture.

Ce genre d'amélioration a été établi en grand dans le val de Chiana ; et cette vallée qu’arrose le fleuve du même nom, jadis couverte de marais, sans habitans et sans productions, présente aujourd’hui à l'aspect du voyageur un pays sain, délicieux, et couvert d’habitations et des récoltes les plus abondantes. La France présente un grand nombre de localités où le système des colmates pourrait être appliqué avec facilité. Ainsi l’on convertirait en terrains de première qualité des champs marécageux ou des terres couvertes de sable et de gravier.

La gravure que nous donnons suffira pour se former une idée de ce genre d'opération.

Les divisions marquées par les lettres A B indiquent les terrains exhaussés naturellement et qui par conséquent n’ont pas besoin d'être comblés ou colmatés. La division C représente un terrain qui a été colmaté. Celles qui sont désignées par les lettres D D D indiquent des portions de terrains bas et marécageux qui pourront être colmatées, en y conduisarL successivement les torrens vaseux. E représente le terrain sur lequel est établie la colmate, et qui recoit les eaux du torrent F.

Lorsqu'on veut colmater un terrain, on

commence par l’entourer de digues auxquelles on donne plus ou moins d’élévation et de largeur en raison de la plus grande étendue que doit avoir la colmate, ou de la plus grande élévation que doivent recevoir les eaux; car on doit calculer la masse d’eau qu’elles doivent supporter. Cependant on ne donne pas d’abord à ces digues toute la hauteur qu’elles doivent avoir; on attend, afin de diminuer le travail et de le rendre plus facile, que le sol soit élevé à une certaine hauteur par les premiers dépôts des eaux retenues dans l’intérieur des digues. Alors on prend la terre déposée, et on achève de donner aux digues l'élévation à laquelle elles doivent être portées. Ainsi on évite la dépense qu’il faudrait faire pour aller prendre la terre à une plus grande distance, et la porter à une plus grande élévation. En construisant les digues on y ménage trois genres d’ouvertures, une G qui donne entrée aux eaux du torrent F dans l’enceinte de la colmate E; l'autre très-large qui sert de décharge aux eaux trop abondantes qui doivent sortir par l’extrémité inférieure de la colmate; enfin les ouvertures d'écoulement catarate plus étroites, qui servent à la sortie des eaux après qu’elles ont déposé le limon dont elles étaient chargées à leur entrée. L'ouverture d’entrée doit être proportionnée à la quantité d’eau fournie par le torrent; celle de sortie doit l'être à l'étendue de la colmate et à la masse des eaux, c’est-àdire qu’elle doit au besoin livrer une sortie à l'eau surabondante. C’est en effet par cette issue régulatrice que doit se décharger l’eau parvenue à une hauteur déterminée par la masse des eaux, ou d’après l'élévation qu’on veut donner au sol.

Cette ouverture se place dans la partie la plus basse du terrain, ou vers celle que l’on destine à former une nouvelle colmate.

Pour construire louverture de déchargement on plante longitudinalement dans la direction de la digue, quatre ou cinqrangs de piquets qu’on garnit de branches d'arbres à la hauteur d’un ou deux pieds, et même plus, selon Finclinaison plus ou moins grande du terrain.

Ces branchages placés entre les piquets, dans le sens du cours des eaux, sont affermis par d’autres branches tressées entre les piquets, de manière que le tout ne fasse qu'un corps solide qui empêche la dégradation ou l'entraînement du sol. On revêt également avec des fascines ou des claies, les côtés de la digue qui forment louverture de déchargement. On doit avoir soin de disposer le terrain intérieur situé au-devant de l'ouverture, de manière qu'il soit incliné vers l’intérieur. On le plante même avec des joncs afin qu’il ait plus de solidité et qu'il ne puisse être entamé par lés eaux. On exhausse l'ouverture de décharge en superposant de nouveaux branchages aux premiers à mesure que le terrain intérieur prend de l'élévation par le dépôt des eaux, car on ne tient les eaux des colmates qu’à une certaine élévation afin que leur masse ne produise pas une pression trop considérable sur les digues.

Les petits canaux ou catarate qui servent à vider les eaux des colmates, sont placés à cet effet dans les parties les plus basses du terrain. On les forme ordinairement avec quatre planches placées dans la partie la plus basse de la digue. On les bouche dans les temps de pluie où Ja colmate doit se remplir d’eau, et on les ouvre lorsqu'il est nécessaire de procurer leur écoulement après qu’elles ont déposé tout le limon dont elles étaient chargées.

Il arrive quelquefois que les torrens ou ruisseaux qui apportent les eaux troubles, forment à l'entrée de la colmate, ou sur un point quelconque, des dépôts exhaussés qui ne leur permettraient point de se répandre sur toutes les parties ; on creuse dans ce cas des canaux qui conduisent les eaux dans les directions convenables, et celles-ci se répandent alors également dans toutes les parties, et y déposent le limon qui doit servir à exhausser le terrain.

Lorsque les dépôts ont exhaussé le terrain à la hauteur qu’on veut obtenir, on dirige les eaux sur une autre partie du sol, après avoir entouré celui-ci de digues, ainsi que nous l’avons expliqué. Ainsi, l’eau qui a servi à for-

mer des colmates Cet E, est conduite sur l'une des portions marécageuses des terrains DD, D, et ainsi successivement sur une vallée ou sur une prairie basse, quelle que soit son étendue. C'est ainsi qu’en formant successivement des colmates de deux à six cents arpens et même plus, on est parvenu à rendre à la culture et à la population le val de Chiana, et d’en former une des parties les plus fertiles et les plus riantes de l'Europe.

Le temps nécessaire pour former une colmate est de deux ou trois années, ou même plus, à raison de 1 à 2 pieds d’élévation annuelle. Lorsqu'on est ainsi parvenu à obtenir l'élévation nécessaire, on retire les eaux et on

abandonne la colmate, sans lui donner de culture, pendant douze à dix-huit mois. On en retire cependant quelque produit, car l'herbe qui y croît en abondance donne de bons pâturages pour les bestiaux. Mais aussitôt que la terre est suffisamment ressuyée, on y passe la charrue, et on y sème la première année des haricots, du maïs ou du sorgo. On cultive pendant les trois années suivantes le froment, qui donne sans aucun fumier de 18 à 20 pour 1, et même 25. Celles qui se trouvent en culture réglée depuis un certain nombre d'années, donnent habituellement 12 pour 1, et en outre une récolte abondante de raisins ou de feuilles de mürier.

PLANCHE V

Fig. 1. Pantano. C’est le nom que les Espagnols donnent aux réservoirs ou grands bassins qu'ils forment dans les gorges des vallées, pour conserver les eaux pluviales et les faire servir aux irrigations des champs. Ils sont redevables de ce genre de construction aux Romains et aux Maures, qui l'avaient trouvée établie de toute antiquité dans les contrées de l'Asie. Les Indiens en pratiquent dont la digue a un quart de lieue, une demi-lieue, et même une lieue de long, et qui fournissent l’eau nécessaire aux irrigations des terres cultivées par 50 à 60 villages. Des terrains, couverts de rizières et d’autres produits, demeureraient incultes et déserts s'ils n'étaient vivifiés par ces eaux. Les Arabes ne sont pas moins industrieux sous ce rapport que les Indiens; ils réunissent les montagnes par des digues en pierre de taille de 40 à 50 pieds d’élévation, et ils forment ainsi dans les vallées des réservoirs qui fécondent au loin les sols les plus arides. Niebur parle de ce genre d'industrie si commun en Arabie. L’un des bassins qu’on prétend avoir été construits du temps de la reine de Saba, et qui fertilisait une vaste plaine à une demi-journée d’étendue de droite et de gauche, est encore regardé aujourd’hui comme

une merveille du pays. Sa digue étant venue à se rompre, les habitans de la plaine furent obligés d'abandonner leurs champs, qui depuis cette époque sont restés stériles. Les Turcs ont conservé une grande partie des bassins d'irrigation que leurs prédécesseurs avaient construits. Les eaux qui servent aux besoins de la ville de Constantinople viennent encore aujourd’hui des réservoirs élevés par les empereurs grecs, C’est par ce moyen que sont alimentés les fontaines et les bains que l’on trouve dans plusieurs villes et villages. Procurer des eaux pour les besoins de l’homme et pour ceux de l’agriculture, est considéré dans la loi de Mahomet comme un acte religieux et méritoire; genre de dévotion qui devrait honorer également tous les cultes.

J'ai vu plusieurs pantanos en Espagne qui tous portent l'abondance dans la contrée qu'ils dominent; les uns sont de construction romaine, les autres arabe, et d’autres enfin sont restaurés ou élevés par les Espagnols. Il en existe encore aujourd’hui un du premier genre à une lieue de Mérida , que l’on nomme dans le pays albuféra ou étang. IL portait une grande quantité d’eau dans cette ville, au moyen d’un aquéduc dont il reste encore un

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