‹ Collection de machines, instrumens, ustensiles, constructions, appareils, etc., employés dans l'economie rurale, domestique et industrielleChapitre 71 sur 75 · AE · texte numérisé non relu

AE

E . ue > 2à * F1) > 104 ge ma Ù Fr pm és À AE

rs S

Origine des fnstrumens d'Agriculture V4 9

DE dt 2 RD de le té he M M ME 20 ee TA

Zith de C. de Lust

Oréqere des Instrumens d Agréculèu re PL. 10

LG sé de Aire Sr age 23e

és

par

Fv

ia Eu a ra Due LEUR

à une hauteur plus ou moins grande; c’est pour faciliter ce changement de position que le bord antérieur du chariot est moins élevé que les trois autres.

Il serait utile de faire l'essai de cette manière de récolter le blé; elle apporterait de l'économie dans la moisson; elle permettrait de cueillir dans un très-court espace de temps les grains d'une vaste culture? et elle empécherait que l'humidité des années pluvieuses ne les pourrisse. Les pailles pourraient se faucher et s’enlever à lois. Au reste, on voit, d’après la lecture des auteurs anciens, que l’usage de récolter les épis avant la paille était assez commun.

On trouve dars l'antiquité une méthode de récolte employée par les premiers cultivateurs qui auront voulu utiliser la paille : ils l'arrachaïent au lieu de la couper, ainsi que cela se pratique pour le chanvre dans quelques cantons de l'Espagne. Cette méthode: était encore en usage du temps de Pline. 4libi ab radice vellunt, 1.18, c. 30.

L’antiquité nous offre plusieurs manières de battre les grains, qui toutes sont encore pratiquées de nos jours. Le premier homme qui récolta des épis de blé les froissa dans ses mains; celte opération trop fastidieuse le porta à les battre avec une verge, des perches ou des bàtons, virga, perticis, baculis, ainsi que l’expriment les auteurs de Re rustica : de là l’origine du fléau, auquel on substitua, dans les climats chauds, des moyens plus expéditifs. On répandit les épis seuls ou avec leur paille sur des aires préparées en plaine campagne, et exposées à l’ardeur da soleil :

Et medio tortas æstu area fruges;

et on les dépouilla de leur grain, en les faisant fouler sous les pieds des animaux : l'âne, le mulet, le bœuf et le cheval furent consacrés à ce travail; mais le cheval fut préféré par les anciens, ainsi qu'il l’est par les agriculteurs modernes. 4£ si competit ut in area teratur frumentum , nihil dubium est quin TOME li.

equis melius quam bobus, ea res conficiatur.

Coll:2;c.2r,s. 72.

La figure 53 indique la manière dont s'exécute le foulage du blé par le moyen des chevaux. Après avoir rangé circulairement les gerbes de blé sur une aire, un homme placé au centre, ettenant par des longes les chevaux attachés les uns avec les autres, les conduit successivement sur toute la surface, en les faisant aller au trot. Non-seulement le piétinement de ces animaux détache le grain de son épi, mais il brise la paille dans une longueur de 2 à 10 c. m. C'est cette paille qui, mélangée avec de l'orge, forme la seule nourriture des bœufs et des chevaux dans les pays méridionaux. Cette manière de battre est la plus expéditive de toutes, surtout lorsqu'on emploie dix ou quinze chevaux sur une même aire. On a le soin, dans ces temps modernes, de déferrer ces animaux, afin qu'ils puissent se soutenir et ne pas glisser sur la paille.

Les anciens employaient trois autres procédés pour battre les grains. Ils se servaient de la traha, de la tribula ou tribulum, et du.

plostellum. Le premier instrument était de deux sortes : une pierre large et plate, à laquelle on fixait un timon pour le tirage, telle que celle dont on a donné la description à l’article des récoltes (tome II, pl. I, fig. 3), et dont on fait encore usage sur les Apennins.

Le second était formé par une lourde pièce de bois qu'on traînait également sur les gerbes, d’où est venu le nom de traha. Il était armé quelquefois sur l'extrémité de son bord de bandes ou dents en fer, tel que celui que nous avons décrit et représenté à la planche indiquée ci-dessus (fig. 1). Ses formes et ses dimensions ont pu changer selon les temps ou les lieux; mais cela n'a jamais été une herse, ainsi que l’ont pensé quelques auteurs. Il a quelques rapports avec le traîneau à dépiquer

le grain, que les Latins nommaient tribulum

ou tribula, que les Italiens désignent sous la dénomination de treblia, et les Espagnols sous celle de trillo. C’est le dernier nom que nous

( zo2 )

lui avons conservé en français, lorsque nous avons représenté cet instrument sous les figures 4,5et6 de la seconde planche des Récoltes, tome II de cet ouvrage.

Servius, mettant en opposition la tribula avec la traha, dit que la première avait des roués et que la seconde en était privée. La première assertion , qui est fausse, a entraîné tous les commentateurs, et Scheider lui-même, et a fait confondre ces deux iustrumens avec le plostellum. Varron, de Re rustica, 1. 1, c. 52, donne cependant une description de ces deux instrumens très-exacte et très-claire pour les personnes qui connaissent les instrumens usités dans divers climats et appliqués aux différentes cultures. Espicis in aream excuti grana : quod fit apud alios jumentis junctis, ac tribulo. Id fit e tabula lapidibus aut ferro asperata, quo imposito auriga, aut pondere grandi trahitur jumentis junctis ut discutiat e spica grana : « C'est sur une aire qu'on dépouille » des épis. Ce qui s'exécute avec une table hé- » rissée de pierres ou de fer, à laquelle sont » attelés des animaux : le conducteur, ou tout » autre corps dont elle est chargée, produit » une pression qui détache le grain de l'épi. » Cette explication, qui ne présente aucune obscurité, indique clairement le trillo espagnol que nous avons décrit.

Le passage dans lequel Varron parle du plostellum pœnicum n’a été entendu par aucun des interprètes ou des traducteurs, à ma connaissance, ainsi que je l'ai observé à la description que j'en ai faite, tome II de cet ouvrage, fig. 3 et 4, planche Ire des Récoltes. Les uns lui ont donné des roues, sans faire attention que cette addition ne permettait pas à l'instrument de remplir le travail auquel il était destiné; les autres ont changé en planches les cylindres qui le constituent; enfin on a fait une herse dentée.

Le vannage des grains s'est exécuté de tout

temps par le procédé employé de nos jours dans tous les pays méridionaux, avec une pelle et un van tissu de branches d'arbres. Les Romains connaissaient aussi l'usage du crible.

Aussi long-temps que la culture des blés fut peu étendue, les grains se conservaient facilement; mais l'abondance des récoltes présenta de grandes difficultés ; ce qui fit imaginer des silos ou fosses, dont l'invention remonte à la plus haute antiquité. On peut en voir la construction à la pl. V, fig. 2, art. Récoltes, t. IL: le traité que nous avons donné sur cette ma-

tüière nous dispense d'entrer dans de plus

grands détails (1).

Le premier qui fit usage du blé le tritura sous la dent, ainsi que le pratiquent les sauvages pour le maïs. Bientôt on chercha à le réduire en farine, et à le délayer dans l’eau pour en composer une bouillie ; alors on l'aura broyé entre deux pierres; on sera enfin parvenu à le piler dans un mortier, ce qui apporta une grande facilité dans ce genre de travail. Le mortier aura donné naissance au mouiin à double cône, qui paraît avoir été le seul en usage dans l'antiquité, au moins chez les Romains. ( Voy. figures 54, 55 et 56.) On creusait dans un bloc de pierre deux cônes opposés l’un à l’autre, ainsi qu’on le voit dans la coupe fig. 55; le cône supérieur servait à recevoir le grain qui tombait dans le cône inférieur à travers l’espace circulaire compris entre ce dernier et un noyau en pierre, également conique, fig. 56. Cette partie restait immobile au centre d’une auge circulaire, dans laquelle tombait la farine. Elle était fixée au plancher supérieur par le moyen d'un montant en bois. L'autre partie du moulin portait deux leviers qui servaient à la faire tourner. Ces moulins, retrouvés en France, en Espagne et surtout en Italie, étaient faits avec des laves spongieuses très-propres à moudre le grain, soit à cause de leur dureté, soit à cause de la

(1) Des fosses propres à la conservation des grains, et de la manière de les construire, etc. Paris, 1519, de l'imprimerie royale. 1 vol. in-4; ou nouvelle édit., 1825, in-8,, rue S.-Marc, n° 8. Prix : x fr.

grande quantité de petits trous dont elles sont remplies.

Le blé réduit en farine servit d’abord à faire de la bouillie polenta, puis du pain sans levain, qu'on faisait cuire sous des cendres chaudes, avant qu'on eût trouvé l’art de construire des fours. La première invention de ce genre fut un creux en terre, dans lequel on alluma du feu, ainsi que le pratiquent encore quelques peuplades à demi civilisées.

Nous sommes remontés à l’origine des instrumens aratoires, nous avons suivi les diflérentes opérations qui ont été successivement employées pour obtenir un aliment sain de la plante qui forme la nourriture de la majeure partie des hommes. Voyons comment on sera parvenu à extraire du fruit de la vigne la boisson la plus généralement usitée.

La vigne, dans l’état de nature, présentait.

ses rameaux à l'homme qui, formant avec un pieu un trou en terre, propagea cette plante dont le suc devaitun jour animer les plaisirs du -sage , et éteindre chez l'homme abruti le flambeau de la raison. Dans les climats favorables à la culture, tels que l'Espagne, il suffit, pour la propager et pour en obtenir des fruits, d'employer l'instrument dont nous parlons; il a été décrit dans le premier volume de cet ouvrage, article Cultures diverses, pl. UT, fig. 8 et 9. La taille de la vigne fut d’abord aussi défectueuse que sa culture. La lame de fer qui avait servi à couper le blé fut aussi employée à trancher les sarmens. Elle fut ensuite recourbée, et elle prit enfin la forme et les diférentes parties d’une serpe perfectionnée, telle que celle dont Columelle nous à transmis la description.

Le raisin légèrement comprimé donne un suc rafraîchissant et agréable au palais. L'expérience aura appris que sa conservation était non-seulement facile, mais qu’elle lui communiquait des qualités qui le rendaient encore plus flatteur au goût. Ces essais primitifs ont donné naissance à la culture de la vigne et à la fabrication du vin. Les premiers vignerons, peu habiles en mécanique, auront extrait le

suc des raisins en les écrasant sous de lourdes masses ; ilsemble que l'antiquité ait voulu nous conserver l'origine de cette opération dans un bas-relief de composition grecque. ( Foyez îgure 57.) On y aperçoit un grand pauier rempli de raisins, sur lequel des Faunes s’efforcent de placer un grosbloc de pierre : tandis que celui-ci est dirigé par deux de ces Faunes, les trois autres le soulèvent avec un levier pour le faire tomber sur les raisins. Le même monument représente un Faune qui apporte une outre remplie de raisins; on a cru inutile de le figurer ici.

Bientôt les difficultés et les imperfections de cette méthode firent imaginer use machine à pressiôn plus régulière et plus active. Les effets physiques du coin, déjà connus, reçurent une application heureuse. On forma, avec des madriers, un cadre dont la base fixée en terre présenta ure grande résistance à l’effort des coins. On ajouta une mai pour recevoir les raisivs; on chargea ceux-ci avec des solives et des coins posés alternativement. Enfin l'on obtint une forte pression en frappant avec le marteau.

Tel est le pressoir (figure 38) trouvé parmi les peintures d'Aerculanum. 1] à une grande analogie avec celui dont on fait encore usage aux environs de Portici. Les Romains connaissaient aussi le pressoir à cage ou à arbre, et le pressoir à étiquet ou à vis.

Nous retrouvons dans les auteurs et parmi les monumenrs de cette nation les vases employés pour conserver et transporter le vin.

Les outres furent les premiers dont on fit usage. Les vases en terre, qui demandaient plus d'ha bileté dans la fabrication, vinrent ensuite; les tonneaux, ustensiles plus compliqués et plus difficiles dans la constiuclion, furent inventés beaucoup plus tard. La lourdeur des grands vases en terre et les accidens auxquels ils sont sujets dans le transport firent donner la préférence aux outres, même après l'invention des tonneaux, dans les pays où les chemins n'étaient pas praticables. De là, l'usage de transporter les vins dans des outres sur des bêtes

de somme. On en construisit d’une grande capacité en employant des peaux de bœufs, et on les voitura sur des charrettes, ainsi qu’on

le voit représenté ( figure 59) sur un bas-relief

antique, publié par Pœtus, de Mensuris. Cette outre, uter vinarius, remplit la capacité du char qui est traîné par deux bœufs : on transporte encore aujourd'hui le vin et l'huile dans des outres et à dos de mulets dans quelques départemens de France et dans presque toute l'Espagne.

Le vin se conservait dans des tonneaux ou des amphores qu’on déposait dans des celliers. Ces tonneaux, nommés dolia fictilia, étaient en terre, d’une forme ronde ou ovale, et d’une plus grande capacité que les amphores. La forme de ces dernières était cylindrique, quelquefois ovoïde, et toujours très-allongée. Klles avaient deux anses à leur sommet, el une ouverture très-étroite : l'extrémité inférieure était

conique et se terminait en pointe. Ces vases, .

dont la fabrication était répandue dans toutes les campagnes, variaient en forme et en grandeur. Que etiam in villis habent multi, quæ figuli faciunt multd aliter atque alia. Varron, de Re rustica, 1.3, c. 15.

Les dolia avaient la forme qui est représentée (figures 6o et61). Pœtus, qui donne le dessin du dernier vase, dit qu’il avait en hauteur 3 pieds 4 pouces de l’ancienne mesure des Romains, et 2 pieds 8 pouces de largeur. Le premier, trouvé à Pouzzole, avait 5 pieds6 pouces de France de hauteur, 5 pieds de diamètre et 4 pouces d'épaisseur ; Caylus, qui l’a fait graver dans le quatrième volume de ses Antiquités, lui donne le nom d'amphore, et dit, pag. 174, qu'elle est le résultat d'une opération de l’art des plus compliquées par son volume, et que nos modernes, par cette raison, ne pourraient peut-étre pas imiter ou répéter. I] ajoute qu’il ne peut concevoir les moyens dont on s'est servi pour l’exécuter et pour la cuire. Caylus à raisonné ainsi, parce qu'il ne connaissait pas les dolia, ou jarres, que l’on fabrique en Espagne. On emploie pour cela les

fours destinés à la poterie ordinaire, dans lesquels on ne met qu'une jarre : lorsque celle-ci est d'une grande dimension, les interstices sont remplis avec de petites poteries. Le savant antiquaire aurait été bien plus étonné, s’il eût vu des dolia modernes d'Espagne de 28 d. m.

de haut, c'est-à-dire qui surpassent de 10 d. m. celui de Pouzzole, dont il ne'peut concevoir la fabrication. Ces vases, qu’on avait la coutume de poisser, pour les rendre imperméables, étaient destinés à mettre non-seulement le vin, mais encore Je vinaigre, les mares de raisins, l'huile, le blé, les olives, les raisins secs, etc., ainsi que l'indiquent les épithètes suivantes, dolia picata , vinaria , acelaria, acinaria ,vinacea, olearia, amurcaria, frumentaria.

Les amphores, plus petites que les dolia, se fixaient plus ou moins profondément dans la terre, demersa humi, ainsi que s'exprime

Columelle; c’est dans cette situation qu'onen a

trouvé un grand nombre dans une cave de Pompeïa. Elles semblent différer essentiellement, sous ce rapport, des dolia, quoique les unes et les autres servissent également à conserver le vin. Celles que j'ai vues à Pompeïa avaient de 6 à 1 1 d. m. (de 22 po. à 3 pi.) de hauteur; elles étaient destinées au même usage que les précédentes; elles se trouvent représentées (figures 62,63, 64,65 ). J'ai dessiné la dernière à Rome, dans le cabinet du collége romain. Sa hauteur est de 11 d. m.

et demi(3 pi. % ), et son plus grand diamètre, de 15 c. m. (15 po. %).

Les tonneaux en douves maintenues avec des cercles de bois, étaient bien connus des Romains et des Grecs, quoiqu'ils n’en fissent pas un usage aussi général que de nos jours.

Nous donnons (fig. 66) la représentation d'un tonneau tiré de la colonne trajanne, où l’on en aperçoit un grand nombre, ainsi que sur la colonne antonine.

On voit au co:lége romain une lampe de terre, avec un bas-relief où se trouve un tonneau. Plusieurs pierres gravées offrent la même

Cros)

représentation. La figure 67 représente un tonneau placé dans une charrette sculptée sur un tombeau découvert à Langres. Pline, Z. 14, ce. 21, parle du tonneau des Gaules, dont l’usage paraît avoir été, de son temps, général dans ce pays. Circa Alpes ligneis vasis condunt, circulisque cingunt.

Les Romains fabriquaient une espèce de vin qui contenait une grande quantité de lie, et ces vins étaient souvent d’une telle épaisseur, qu’il était nécessaire de les mélanger avec de l’eau pour les rendre potables. Alors il fallait les couler, et on avait imaginé, pour faciliter cette opération, des vases percés de petits trous, qu'on recouvrait souvent avec une toile. Le couloir ( fig. 68) a une forme ovoïde avec deux anses rattachées sur les bords, qui présentent une ouverture de moyenne grandeur.

Une espèce de bec évasé et percé de trous sert à recevoir la liqueur qu'on veut clarifier.

La figure 69 offre un couloir d'un plus grand diamètre, et qui pouvait servir non-seu-

lement pour le vin, mais aussi pour séparer l'eau dans laquelle on avait fait cuire des légumes; le couloir (fig. 70) avait la même destination que le précédent, et se posait sur un autre vase. Son diamètre est de 17 c. m.

et demi (6 pi. , ), et sa profondeur de 4 c. m. et demi (20 po.).

La longueur de ce chapitre, et les bornes que je me suis prescrites dans l'annonce que j'ai faite de cet ouvrage, me défendent d’étendre mes recherches sur l’origine de plasieurs autres instrumens aratoires et économiques.

J'aurais aussi pu essayer d’éclaircir plusieurs passages des auteurs anciens, qui n’ont pas encore été, à mon avis, expliqués d’une manière satisfaisante. J'entreprendrai ce travail, si mes occupalions le permettent, et je donnerai, dans un ouvrage spécial, les figures des instrumens employés dans l’agriculture et l'économie des Grecs et des Romains, d'après le texte des auteurs, et d’après les autres monumens de l'antiquité qui sont parvenus jusqu’à nous.

Page 1