PAROLES DES ABENAKIS À MONSIEUR LE MARQUIS DE BEAUHARNOIS
Montréal, le 10 juillet, 1740.
Mon Père,
1 Nous venons pour vous voir ; nous sommes ravis que vous soyez en bonne santé. Nous souhaittons que vous restiez icy encore bien des années #p dans la même situation.
Mon Père, nos frères de St-François nous ont apporté un collier à Pannaouamské, pour nous engager à nous rapprocher auprès d'eux, disant que nous estions trop proches des Anglois. Nous n'avons rien voulu répondre, que nous n’ayons parlé à nostre Père.
Nous avons parlé aux Anglois ils nous ont dit : mes frères, vivons en paix tant que nous pourrons. Ni nous avons la guerre ensemble vous eonservell À rez vos terres si vous pouvez. Ils disent à nos frères de St-François, quand ils en rencontrent, de les venir voir, de vivre bien avec eux et de s’y establir.
Les Anglois nous ont dit de quitter Pannaouamské pour aller dans une rivière plus bas où ils avaient une maison. Nous leur avons répondu qu'il falloit qu'ils l’abatissent ; sinon que nous le ferions nous-mesmes. Et ils l'ont abbatuë,
Mon père, ayez la bonté de nous rendre réponse sur tout cela, affin que nous informions nos frères de St-François de ce que vous aurez décidé.
Mon père, si vous aviez guerre avec les Anglois, nous sommes tous
prêts à vous seconder et à vous défendre.
Un Capitaine anglois qui a passé en Angleterre il y a deux ans y a porté le plan de toutes nos terres. À son retour il nous a dit que le Roy luy en
D avoit donné la concession, et qu'il alloit s’en emparer. Nous pensons bien | qu'on ne peut pas nous les ôter puisqu'elles sont à nous. Mais il veut agir comme si elles lui appartenoient et il a déjà commencé à bastir dessus.
Mon père, notre missionnaire est resté bien malade à Québec. Nous serions bien 1aschés si nous étions obligés de retourner sans en avoir un. Nous ne voulons point nous passer de la prière et nos enfants ont besoin d'instruction.
Nous vous reconüaîtrons toujours pour nostre père sur la terre comme nous reconnaissons Dieu dans le ciel.
Nous vous demandons un coup d'eau-de-vie, matin et soir, nous ne voulons point nous ennyvrer ; mais un coup nous feroit du bien.
Le Pavillon de nostre village est bien petit. Nous vous en demandons un plus grand.
REPONSE DE MONSIEUR LE MARQUIS DE DEAUHARNOIS AUX ABENAKIS. Montréal, le 11 juillet, 1740.
Je suis bien aise, mes enfans, que vous soyez arrivés ici en bonne santé. Je vous en souhaite la continuation, affin que vous puissiez venir me voir pendant longtems.
Je ne sçaurois, mes enfans, rien décider sur la proposition que vous ont faite vos frères de St-François, parce que j'ignore les raisons qu'ils ont eu pour cela. Allez en conférence avec eux ou avec leur missionnaire, ou devant le Gouverneur des Trois-Rivières, l’une ou l'autre me rendront compte de ce qui se sera passé, et alors je pourray vous rendre une réponse positive que j'enverray par écrit. |
Mes enfans, je n’ay pas grand chose à vous dire sur l'Anglois. Il est mon allié. Je sçais cependant qu'il excite les Sauvages contre moi ; qu'il cherche à leur gâter le cœur; qu'il a toujours mille fausses nouvelles à leur débiter ; je ne suis point comme cela. Mon cœur est comme mon pavillon ; je regarde aujourd’huy l'Anglois comme mon frère, mais je vous regarde
comme mes enfans, et vous savez que les pères aiment mieux leurs enfans que leurs frères. Voyez ce que vous avez à faire, et sil vous importe d2: conserver vos terres, quelque party que vous preniez, je seray toujours un bon père, C'est mon cœur qui vous parle et vous m'entendez.
Je vous remercie, mes enfans, des offres q'ie vous me faites en cas de guerre, j n'attendois pas moins d: vous. Je vois avec plaisir que comme j: ne change point à votre esgard, vous êtes toujours les mesmes au mien.
J'espère que vostre missionnaire sera en estat de vous accompagner à voitre retour, à son deffaut le chef des Patrians taschera d'en trouver un aut e.
Je donne volontiers de mon lait à ceux qui n’en abusent pas. Vous autres qui faites gloire de la prière ne la gastez pas en buvant trop.
Voylà le pavillon que vous m'avez demandé pour remplacer le vostre qui est trop petit.
RESUMÉ D'UN MEMOIRE DE MONSIEUR DE VAUDREUIL AU MINISTRE. Le 14 avril 1741.
Il envoye la parole des Sauvages Abénaquis en réponse aux reproches que leur fit, l'année dernière, Monsieur le Marquis de Beauharnois en conséquence des accusations portées contre eux.
Le R. P. missionnaire étale les services des Abénaquis rendus par eux dans les guerres ; les défend contre les accusations portées contre eux au sujet de l'alliance avec les Anglois de Baston, et de corruption des Sauvages au profit de nos ennemis.
RESUMÉ D'UN MEMGIRE SUR LES NATIONS SaUVAGES.
Québec, le 18 avril, 1741.
Bonnes dispositions des Abénaquis et leur hostilité contre la Nouvelle Angleterre. Nentralité presqu'assurée des Iroquois. Désunion des Hurons et des Ontanas. Les Hurons s'établissent auprès de Montréal. Abattement et humiliation des Renards.