‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 122 sur 206 · LETTRE DE MONSIEUR DUCHAMBON A MESSIEURS WARREN ET PEPPERRELL · texte numérisé non relu

LETTRE DE MONSIEUR DUCHAMBON A MESSIEURS WARREN ET PEPPERRELL

À Louisbourg le 27 juin, 1745.

Messieurs,

J'ai reçu la réponse que vous m'avez faite à la lettre que j'ai eu l’honneur de vous écrire hier, les conditions auxquelles vous voulez me recevoir sont trop dures, et vous me rendez assez de justice, je pense, pour être persuadé que je ne puis les accepter ; l’officier que je vous envoie est chargé de vous remettre les articles de capitulation que je vous propose : c’est à ces conditions que je consentirai à vous remettre la place que le Roi

mon maitre m'a confiée. J'ai l'honneur d’être avec toute la considération possible,

Messieurs, Votre très humble serviteur, etc.

DUCHAMBCN.

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MONSIEUR DICHAMBON A MESSIEURS WARREN ET PEPPERRELI.. À Louisbourg, le 8 juillet, 1745.

Nous, Louis Dupont, écuyer, Sieur Duchambon, chevalier de l'ordre militaire de St-Louis, lieutenant du Roi, commandant dans l'isle Royale et isles adjacentes ; tant en notre nom qu’en celui du corps d'officiers, troupes et habitants présentement à Louisbourg, vous demandant à suivre le précis de l’article de la capitulation qui a été faite pour la reddition de la place, dont un des articles porte que nous, les officiers, troupes et habitants, avec leurs familles et effets, seront transportés en France, dans le port que nous jugerons à propos, que vous devez fournir le surplus des bâtiments et vivres dont nous manquerons pour le dit transport ; nous refusons d'aller à Baston y ayant suffisamment de bastimens de transport dans ce port et des vivres dans les magasins du Roi pour la traversée de Louisbourg en France ; nous vous demandons que vous nous fassiez transporter à Rochefort ; nous sommes persuadé, messieurs, que vous ne voudrez pas manquer à un point aussi essentiel de la dite capitulation, et au cas de refus d’accomplissement du dit article, nous, au dit nom, protestons de la contravention qui s’ensuivrait et de la perte que nous ferons des effets que nous ne pourrons pas embarquer icy ou de celle que nous pourrons faire pendant la traversée et notre séjour à Baston, et ce, suivant les états certifiés que nous dresserons ; dans ce cas nous seront contraints de nous pourvoir aux cours de France et d'Angleterre ; nous espérons, messieurs, par les preuves que vous nous avez données de votre justice, que vous ne refuserez pas d'accorder un article si conforme aux lois de la guerre, et dont le refus serait une infraction à la capitulation et entièrement contre le droit des gens. |

La "2 LE MESSIEURS DUCHAMBON ET BIGOT A MESSIEURS WARREN ET PEPPERRELL.

À Louisbourg, le 11 juillet, 1745.

Louis Dupont Duchambon, chevalier de l’ordre militaire de St-Louis, lieutenant du Roy, commandant de l'Isle Royale, et François Bigot, conseiller du Roy en ses conseils, commissaire général de la marine, ordonnateur de la dite isle, vous remontrent qu'il est parti ce matin de ce port, par votre ordre, un vaisseau du Roy de $. M. Britannique, avec les matelots qu'ils avaient fait embarquer dans vos vaisseaux de guerre, en attendant leur passage pour la France, que les armes qu'ils vous ont remises qui devaient être embarquées dans les vaisseaux de transport pour leur être rendues en France, sont restées dans les magasins de cette ville, ce qui est contraire à la capitulation que monsieur Duchambon à fait avec vous, les dites armes étant leurs effets propres, ils vous demandent que vous ordonniez qu’elles soient embarquées dans les battiments de transport qui seront destinés pour la France, ainsi que celles que les habitans de cette colonie nous ont déposées.

Vous remontrent aussi que la quantité des basttimens, que vous avez destinés pour l'évacuation de cette colonie, n’est pas à beaucoup près suffsante pour le transport de ses habitans d'icy en France, il reste environ treize cents hommes, femmes ou enfants à placer, avec cinq cents tonneaux d'effets, en coffres-caisses, ballots ou barriques à eux appartenant, quoiqu'ils en laissent la plus grande partie à terre ; ce nombre est en outre de ceux qui se trouvent placés sur le vaisseau L'ainceston, les deux navires et le navire le Jacques G'enevièvre de Grand'ville qui a été rançonné ; ils vous prient d'ordonner la quantité de bastimens convenables pour le dit nombre d'habitans et d'effets, afin d'exécuter l’article de la capitulation qui concerne l'évacuation de cette colonie.

Vous remontrent pareillement que Sa Majesté Très Chrétienne les blâmerait infiniment s'ils partaient avant l'évacuation des habitans de cette ville ; ils sont d'autant plus fondés à ne le pas faire, que tout le

peuple françois se trouverait après leur départ sans appui pour vous demander justice des insultes qu'on lui ferait.

Il en essuye tous les jours des troupes de Baston qui entrent chez eux, étant armées, pour voler. On peut vous citer que messieurs Beauharnois, Radrigues Fautour, Janson Dufoure et M° D'oux qui ont été volés; madame Prévost, femme du commissaire des guerres, ainsy que beaucoup d’autres dames, qui ont été insultées par les dites troupes, sans avoir pu obtenir aucune justice : la dite troupe menace en outre le peuple de s’emparer par force de Leurs maisons, aussitôt qu'ils seront partis.

Toutes ces raisons, messieurs, les feraient entièrement blâmer par le Roy leur maître, s'ils partaient avant les habitans : ils vous demandent pour cet effet de ne faire partir le vaisseau L'ainceston où ils sont embarqués qu'après tous les bâtimens de transport ; nous vous prions de vouloir bien répondre par écrit à ces trois articles.

Nous espérons, messieurs, que vous entrerez dans nos raisons, étant trop justes, pour ne pas exécuter en tout point les articles de la capitulation qne monsieur Duchambon a faite avee vous, et pour ne pas favoriser, en tout ce qui dépendra de vous, la sûreté des François en cette ville, et leur passage pour la France.

DucHAMBON,

Braor.

LETTRE DE MONSIEUR DE CHAMBON AU MINISTRE A Rochefort, le 2 septembre, 1745.

Monseigneur, J'ai l'honneur de vous rendre compte de l'attaque et reddition de Louisbourg, ainsy que vous me l'avez ordonné par votre lettre du 20 de ce mois.

Nous eûmes connaissance d’un battiment le quatorze mars dernier parmy les glaces qui étaient détachées du golfe ; ce battiment parut à 3 ou 4

lieues devant le port et drivait vers lu partie du sud-ouest, et il nous disparut l'après-midi.

Le 19 du d. rous vimes encore en dehors les glaces un senaux qui couroit le long de la banquise qui était étendue depuis Escartary jusques au St Esprit, plusieurs chasseurs et soldats, hivernant dans le bois, m'informèrent qu'ils avaient vu, les uns deux battiments qui avoient viré de bord à Menadou, et d'autres qu'ils avoient entendu du canon du côté du $t Esprit, ce qui fit que j'ordonnai aux habitans des ports de l’isle, qui étaient à portée de la ville, de se renger aux signaux qui leur seroient faits.

Je fis en outre rassembler les habitans de la ville et port de Louisbourg, je formai de ceux de la ville quatre compagnies, et je donnai ordre à ceux du port de se venger à la batterie Royale, et à celle de l'isle de l'entrée, aux signaux que je leur fit donner.

Le 9 avril nous aperçümes à l'éclairey de la brume, et parmy les glaces vers la Pointe Blanche, quatre battimens, le premier ayant tiré quelques coups de canon, l’islot lui répondit d'un coup, et le battiment l'ayant rendu sur le champ, cela nous confirma dans l'idée que ç'étoient des François qui cherchoient à forcer les glaces pour entrer dans le port. D'ailleurs ils profitoient des éclaireis pour s’y enfourner vers le port, et cela nous assuroit. pour ainsi dire, que ce n'étoit pas des corsaires, mais bien des François.

Etant dans le doute si c’étoit des basttiments François ou Anglois, j'envoyai ordre à Monsieur Benoit, officier commandant au port Toulouse, de dettacher quelqu'un de confiance à Canceau, pour apprendre s’il y avoit des basttiments, et sion y travailloit, ou s’il y avoit apparance de quelque entreprise sur l’isle Royale.

Monsieur Benoit dettacha le nommé Ja=ob Coste, habitant, avec un soldat de la garnison et un Sauvage, pour faire quelques prisonniers au dit lieu. Ces trois envoyés mirent pied à terre à la Crrande Terre du costé de Canceau ; ilseurent le bonheur de faire quatre prisonniers anglois; et revenant avec eux, les prisonniers se rendirent maitres de nos trois François, un soir qu'ils étaient endormis, et nous n'avons pu apprendre aucune nouvelle ni des envoyés ni de l’ennemy.

Je fus informé, le 22, par deux hommes, venus par terre du port de Toulouse, qu'on entendait tirer du canon à Canceau, et qu'ils travailloient au

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TT Se LPS SRE RS RS Pr AR RE CE rétablissement de cette isle, et un troisième arrivé le soir, m'assura avoir été témoin d'un grand combat sur le navire St-Esprit qu'il avoit vu venir du large trois vaisseaux sur quatre qui étoient pour lors à cette coste, et que le feu ayant commencé après la Jonction de ces bastimens, il avoit duré

bien avant dans la nuit, ce qui nous engageoit à nous flatter que nous avions des vaisseaux sur la coste.

Le 30 du d. nous vîmes sept vaisseaux parmy les glaces, dont il y avoit quatre vaisseaux, deux corvettes et un brizantin, et ils se sont tenus ce jour vers les isles à Dion, sans pavillon, ni flamme.

Ces battiments continuèrent à se faire voir pendant quelques jours, depuis la Pointe Blanche jusques à Port de Noue, sous pavillon blanc, et les glaces s'étant écartées de la coste, nous apperçûmes, le 7 mai, un navire qui faisait route pour le port ; il y entra heureusement ; ce navire venoit de St Jean de Luz, commandé par le Sieur Janson Dufoure ; il nous apprit qu'il avoit été poursuivi la veille par trois vaisseaux, qu’une frégatte de 24canons l'avoit joint, et qu'il s’estoit sauvé après un combat de trois volées de canon et de mousquetterie.

Le 8 à la pointe du jour, nous eûmes connaissance de tous les vaisseaux au vent du port dans la partie du sud-ouest, ce qui nous occasionna une alerte, les signaux ayant été faits, les habitans de Lorembec et de la Baleine, qui étoient les plus proches de la ville, s'y rangèrent aux postes qui leur étoient destinés, ainsi que les habitans de la ville et du port ; le même jour ces vaisseaux prirent à notre vue deux caboteurs frettés par le Roy et qui venoient du port de Toulouse chargé de bois de corde pour le chauffage des troupes et des corps de garde, ils prirent aussy une chaloupe qui venoit des Isles Madame chargée de gibier.

Comme nous doutions toujours si ces vaisseaux étoient anglois ou françois jusqu’à ce jour, les glaces empêchant l'entrée du port depuis qu'ils avoient paru ensemble, j'avois eu la précaution d'arrêter, conjointement avec monsieur Bigot, deux battiments pour les faire partir en cas de nécessité pour la France, pour porter les nouvelles à Sa Grandeur de la situation où se trouvoit la colonie, et sitôt que nous fûmes confirmés par la prise de ces caboteurs que c'étoit des vaisseaux anglois et qu'il y en avoit d'autres à Cancau, aû rapport des équipages qui s'étoient sauvés, nous fimes partir à

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