‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 123 sur 206 · TES · texte numérisé non relu

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la faveur de la brume et de la nuit obscure du 10 mai, La Société, capitaine Subtil, avec nos lettres pour Monseigneur, pour lui apprendre l'état de la colonie avec les circonstances de vaisseaux qui bloquèrent le port ; quand à l’autre bâtiment qui avoit été fretté, nous avons été obligé de le faire couler, après la descente faite par l’'ennemy, étant impossible de le faire sortir.

Les vaisseaux ennemis qui étoient au devant du port, se servani de la

chaloupe qu'ils avoient prise chargée de gibier pour descendre et mettre

pied à terre,à Gabarrus, à notre vue, je fis partir, le 9, un détachement de 20 soldats sous le commandement du sieur de Lavallière pour aller par terre à Gabarrus, et un autre de 39 hommes d’habitans, sous le commandement du sieur Daccarrette dans un charroye pour s'emparer de cette chaloupe, mais ces deux détachements ne purent joindre cette chaloupe ; celui de terre y resta deux jours et ne rentra en ville que le onze du soir, et celui du sieur Daccarrette rentra le 12 au matin, ayant été obligé d'abandonner le charroye à fourché où il avoit été à la sortie de Gabarrus.

Le 11, à trois ou quatre heures du matin, nous eûmes connoissance de dessus les remparts de la ville, d'environ 100 voiles qui parurent du côté de fourché, derrière les isles à Dion, les vents étant de la partie de nord-ouest, ces battiments s'approchoient à vue d'œil, je ne doute pas que ce ne fussent des bastiments de transport, je fis tirer les signaux qui avoient été ordonnés, plusieurs habitans et particuliers n'ont pu s’y rendre, et entr'autres ceux des havres éloignés, la campagne étant investie de l'ennemy, et même plusieurs ont été faits prisonniers voulant se rendre en ville.

Je fis aussy commander un détachement pour s'opposer à la descente de l’ennemy, et ce détachement au nombre de 80 hommes et 30 soldats, le surplus habitans, partit sous le commandement de Monsieur Morpain et du Sieur Mesilac, il se transporta au-dessous de la Pointe Blanche, à l’endroit où l’ennemy avoit commencé à faire sa descente, il le fit rembarquer dans les voitures, mais pendant le temps qu'il étoit en cet endroit à repousser l’'ennemy, celui-cy fit faire une autre descente plus considérable de troupes de débarquement à l’anse de la Cormorandière, entre la Pointe-Plate et Gabarrus.

Il s’y transporta avec ses troupes, sitôt qu'il en eût connoissance, mais l’ennemy avoit mis pied à terre et s'étoit emparé des lieux les plus propres

si

qu’il jugea pour sa défense, cela n'empêcha pas ce détachement d'aller l’attaquer, mais l’'ennemy étant beaucoup plus supérieur en nombre, il fut contraint de se retirer dans le bois ; nous avons eu à cette occasion 4 ou 5 soldats tués ou faits prisonniers, ainsy que 4 ou à habitans ou particuliers du nombre desquels fut Monsieur Laboularderie; nous eûùmes encore 3 on 4 blessés qui rentrèrent en ville

Depuis la retraite de ce détachement l’ennemy acheva son débarquement au nombre de 4 à 590 hommes, ainsy que des planches et autres matériaux, au rapport de ceux du détachement qui rentrèrent les derniers en ville.

L'ennemy ayant avancé dans la campagne, se fit voir en grand nombre, mais sans ordre, à la portée du canon de la pointe Dauphine et du bastion

du Roy.

Les montagnes qui commandent cette porte étoient couvertes de monde : à deux heures après-midi les canons, qui étoient sur la Barbette, tirèrent sur plusieurs pelotons qui paroissoient défiler du côté du fond de la baye, nous nous aperçûmes aussy qu'ils défiloient en quantité le long du bois vers la batterie royale, je fis fermer les portes et je fis pourvoir sur le champ à la sûreté de la ville et placer environ 1100 hommes qui s’y sont trouvés pour la défendre.

Sur le soir, monsieur Thiery, capitaine de compagnie, qui commandoit à la batterie royale, m'écrivit une lettre par laquelle ilme marquoit le mauvois état de son poste, que cela pourroit donner de grande farilités à l'ennemy s’il s’en emparoit, qu'il croyoit pour le bien du service qu'il seroit à propos de travailler à Le faire sauter après avoir encloué les canons.

Je fis à cette occasion assembler le conseil de guerre, monsieur Verrier, ingénieur en chef, ayant aussi été appelé, fit son rapport que cette batterie avoit ses épaulements du costé de la terre démolis dès l’année dernière, que les chemins couverts n'étoient pas palissadés, et qu'il étoit hors d'état de résister à une attaque par terre de trois à quatre mille hommes avec 400 hommes qu’il y avoit dedans pour la défense.

Sur ce rapport le conseil de guerre décida unanimement qu'il conve-

noit pour la sûreté de la ville, manquant de monde pour la défendre, de

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l'abandonner après en avoir encloué les canons et enlevé le plus de muni-

tions de guerre et de bouche qu'on pourroit.

Je ne dois pas oublier d2 vous informer que le même conseil de guerre vouloit faire sauter cette batterie ; mais que monsieur Verrier, s'y étant

opposé fortement, on la laissa subsister,

J'envoyai l'ordre en conséquence à monsieur Thiery pour abandonner la dite batterie, après qu'il auroit enelou£ les canons, et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu'il pourroit ; cet oflicier travailla le soir à faire enclouer tous les canons ; il fit transporter partie des vivres et des munitions et se retira à la ville avec sa troupe vers minuit.

La dite batterie n'ayant pas été entièrement évacuée ce soir, je fis partir le lendemain les Kieurs St-Etienne, lieutenant, et Souvigny, enseigne, avec une vingtaine d'hommes pour parachever la dite évacuation, ce qu'ils firent à l'exception de tous Les boulets de canon et bombes qui y sont restés, n'ayant pas pu les emporter.

Ayant jugé nécessaire conjointement avec monsieur Bigot de faire couler tous les bastiments qui étoient armés dans le port, pour empêcher l'ennemy de s'en emparer, je commandai, le 12, le sieur Verger, enseigne, avec à soldats et des matelots pour faire couler ceux qui étoient vis-à-vis la ville, et le sieur Bellemont, enseigne, avec la même opération au fond de la baye, et retirer l'huile de la tour de la lanterne, ce qu'ils exécutèrent.

Le 13, je fis sortir toutes les compagnies de milice avec des haches et des engins pour démolir les batteries qui étoient à la porte Dauphine jusqu'au Barruchois, et pour enlever le bois en ville pour le chauffage de la garnison, n'en ayant pas, et pour faire brüler toutes celles qu'on ne pourroit

pas démolir, afin d'empêcher l'ennemy d2 s'y loxor.

Je fis soutenir ces travailleurs par 80 soldats François et Suisses com-

mandés par monsieur Deganne, capitaine, et Rasser, officier Suisse.

Comme ils finissaient et qu'ils étoient au moment de se retirer en ville, il parut au Baurruchois et dans les vallons des hauteurs plusieurs pelotons de l'armée ennemie, il y eut même quelques coups de fusils de tirer par ceux qui étaient les plus près; nous n'eûmes personne de tué ni de blessé, et nos gens virent tomber deux hommes de l'ennemy.

FRET pin

L'ennemy s'est emparé de la batterie Royale, le 13, et le lendemain il tira sur la ville plusieurs coups de canon de deux qu'il avoit désen:louf.

Le même jour l'ennemy commença aussi à nous tirer plusieurs bombes de 12 pouces, pesant 189 L et de 9 pouces d'une batterie de quatre mortiers qu'ils avoient estably sur la hauteur derrière les plaintes, vis-à-vis le bastion

du Roy.

Cette batterie de mortiers n’a pas cessé de tirer de distance en distance, ainsi que douze mortiers à grenad?s royales que l'ennemy y avoit placés, et deux autres canons qu'ils ont désencloués à la batterie royale, mais ee feu

n'a fait aucun progrès jusqu'au 18, et n'a tué ni blessé personne,

Le 16, je fis partir un exprès en chaloupe pour porter une lettre à monsieur Marin, officier de Canada, qui commandoit un détachement de Canadie:s et d's Sauvages à l'Acadie, avec ordre de partir pour se rendre en tou. déligence à Louisbourg, avec son détachement ; c’étoit une course de 20 à 25 jours au plus, s'il avoit ét6 aux mines, ainsi que l'on m'avoit assuré ; mais ce détachement étoit parti pour le port Royal lorsque l'exprès y arriva.

Cet exprès fut obligé d'y aller : ii Tui remit la lettre dont il étoit chargé, il tint conseil, plusieurs de son party ne voulurent pas le suivre, mais lui s'étant mis en chemin avee ceux de bonne volonté qui voulurent le suivre, il eùut toutes les peines imaginables, à ce qu'on m'a assuré de trouver des voitures dans toute l'Acadie, propres pour son transport. |

Ils s'y embarquèrent environ 8 à 400 dans un bateau de 25 tonneaux et dans environ une centaine de eanots. Comme ils étoient dans la baie à doubler une pointe, ils furent attaqués par un bateau corsaire de 14 canons et autant de pierriers ; cet officier soutint l'attaque avec vigueur, et dans le temps qu'il étoit au moment d'aborder le corsaire pour l'enlever, un autre corsaire de la même force vint au secours de son camarade, ce qui oblige: le dit Sieur Marin d'abandonner la partie et de faire côte.

Cette rencontre lui a fait perdre plusieurs jours et il n'a pu se rendre sur les terres de l'Isle Royale qu'au commencement de juillet, après que Loui-bourg a été rendu ; si ce détachement s'étoit rendu quinze ou vingt jours avant la reddition de la ville, je suis plus que persuad que l'ennemy

auroit été contraint de lever le siège de terre, par la terreur qu'il avoit de ce li: détachement qu'il pensoit être au nombre de plus de 2500.

Je dois aussi informer Sa Grandeur que ce détachement a tué et pris, comme il se retiroit du passage de Fronsac, pour aller à l'Acadie, après notre

De

départ, treize homines d'un corsaire anglois qui étoit à leur passage pour

les empêcher de passer, ces hommes ayant été avec leurs canots pour faire ! ,

de l’eau, ils sont tombés entre les mains de ceux de ce détachement.

Le 18, messieurs les généraux anglois me sommèrent de rendre la ville,

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forteresses et terres en dépendant, avec l'artillerie, les armes et Jes munitions de guerre qui en dépendent sous l’obéissance de la Grande Bretagne, i en conséquence de quoy, promettoient de traiter humainement tous les sujets du Roy mon maitre qui y étoient dedans, que leurs biens leur seroient assurés et qu'ils auraient la liberté de se transporter avec leurs effets dans quelque partie de la domination du Roy de France, en Europe, qu'ils jugeroit à propos, )

Je répondis sur le champ à cette sommation que le Roy mon maitre m'ayant confié la défense de la plate, je ne pouvois qu'après la plus rigoureuse attaque écouter une semblable proposition, et que je n'avois d'autre réponse à faire à cette demande que par les bouches des canons.

#! L'ennemy commença à établir, le 19, une batterie de sept piè:es de

canon dans les plaines et derrière un petit étang, vis-à-vis la face du

g bastion du Roy, laquelle batterie n’a pas cessé de tirer des boulets de 12, 18 } et 24 depuis ce jour jusqu'à la reddition de la place, sur les casernes, le mur du bastion du Roy et sur la ville ; cette batterie étoit, Monseigneur, la ! plus dangereuse de l’ennemy pour détruire le monde; tous les boulets enfiloient toutes les rues jusqu'à la porte Maurepas et au mur crénelé ; personne ne pouvoit résister dans la ville, soit dans les maisons ou dans les rues.

Aussy pour éteindre le feu de l’ennemvy, je fis établir deux pièces de canon de 18 sur le cavalier du dit Bastion du Roy : on fit pour cet effet deux coffres en planches qu'on remplit de fascines et de terres qui formoient deux embrasures par le moyen desquelles les canonniers et ceux qui servi-

rent ces canons étoient à l’abry du feu de l'ennemy.

Je fis aussy percer en même temps deux embrasures au mur du parapet de lu face droite du dit bastion ; on y mit deux autres canons de 24.

Ces quatre canons ont 6t# si bien servis que le fou de l'ennemy de la dite batterie de la plaine à été éteint, puisqu'ils ne tiroient lors de la reddition de la place qu'un canon, et qu'ils ont eu les autres démontés à la dite batterie, ainsy que ceux de no; gens qui ont été voir cette batterie, après la reddition de la place, m'en ont rendu compte.

Le matin du 20, je fis assembler messieurs les capitaines des compagnies pour prendre un party s'il convenoit de faire des sorties sur l'ennemy. Il fut résolu que la ville étoit entièrement dénuée de monde, qu'il étoit préjudiciable d'en faire, qu'à peine on pourroit garder les remparts avec les 1300 hommes qu'il y avoit dans la ville y compris les deux cent de la batterie royale.

Je fis masquer la porte Dauphine en pierre de taille, fascines et terre de l'épaisseur d'environ dix-huit pieds, ainsi que les deux corps de garde qui sont joints. Nans cet ouvrage l’ennemy auroit pu entrer en ville dès le lendemain qu'il auroit tiré de la batterie de Francœur (?) ; cette porte n'étoit pas plus forte que celle d’une porte cochère, les murs de la dite porte et d's corps de gare n'avoient que trois pieds ou environ d'épaisseur. La dite porte n'étoit pas non plus flanquée et n’avoit pour toute défense que quelques créneaux aux corps de garde, desquels on ne pouvait plus se servir

sitôt qu'on étoit oblixé de garnir les dits corps de garde de pierres, de terre.

J'ordonnai qu'on fit des embrasures de gazon et de terre, n'ayant pas le temps d'en faire de pierre, aux quatre canons qui étoient sur la batterie du bastion Dauphin, sur le corps de garde des soldats, joignant la porte du dit bastion, afin d'empêcher l'ennemy en ses travaux sur les hauteurs qui étoient devant la dite porte ; lesquelles embrasures furent faites.

Tous les flancs (si) des bastions de la ville furent aussy garnis des canons des corsaires et autres qui se sont trouvés en ville,

L'ennemy ayant galfetté une goëlette qui étoit échou£e au fond de la baye depuis l'année dernière, il l’a remplit de bois, goudron et autres matières combustibles, et à la faveur d'une nuit obscure et d’un vent frais du nord, nord-est qu'il fit le 24, il nous l’envoya en brülot sur Ja ville.

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