‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 127 sur 206 · RAPPORT DE MONSIEUR DE BEAUHARNOIS · texte numérisé non relu

RAPPORT DE MONSIEUR DE BEAUHARNOIS

Québec, le 25 octobre, 1745.

Monsieur,

Vous êtes informé de la reddition de Louisbourg aux Anglois, et de toutes les isles qui en dépendent, suivant la capitulation qui vous en a été envoyée, que je n'ai reçue qu'imparfaitement, ainsi que ce qui a rapport'au siège que les Anglois ont fait devant cette place, ce que j'en ay appris ne m'est parvenu que par des matelots échappés de l'Isle Royale et des autres établissements des environs que les Anglois avoient commencé de brusler avant de s'être rendu maitre de l'Isle Royale, ce qui 2 me met pas en état, Monseigneur, de vous en rendre un compte détaillé.

La garnison de l'Isle St-Jean s’est rendue icy le 18 aoust dernier composée de 15 hommes, un sergent et du Sieur Dupont Duvivier, enseigne en pied qui commandoit en cet endroit. La prise de l'Isle Royale et les incursions que les Anglois faisoient sur l'isle St-Jean a dé:oncerté les habitans qui voyant d'ailleurs le peu de secours qu'ils devoient attendre de la garnison du Sieur Duvivier qui n’avoit ny fort, ny poudre, ny munitions à leur donner, les a fait entrer dans des propositions avec les Anglois qui tendent, suivant ce que le Sieur Roman, jadis directeur de la compagnie dans cet endroit, et les habitants m'ont escrit, à les laisser neutres dans la jouissance de leurs biens, n'ayant eu aucune réponse des Anglois sur la requête qu'ils avoient envoyée au commandant anglois à Louisbourg ils y ont envoyé des députés qui n’en ont non plus rien reçu de positif; et comme ces habitans m'ont envoyé par le dit Sieur Duvivier une requête par laquelle ils m'exposoient que quoique très zélés sujets de Sa Majesté, la situation dans laquelle ils se trouvoient et le danger évident où ils étoient de voir leurs familles et biens à la disposition des Anglois sans pouvoir être secourus d'aucun endroit, les avoient forcé de prendre le parti d'entrer avec le commandant anglois à Louisbourg dans les propositions dont je viens d'avoir l'honneur de vous rendre compte.

Je leur ay fait réponse que je ne pouvois leur envoyer les secours de raisseaux, d'hommes et de munitions qu'ils me demandoient, ainsi qu'ils l’avoient pensé, mais que dans la dure nécessité et extrémité où ils se trouvoient réduits, ils devoient principalement ne pas oublier qu'ils étoient nés sujets du Roi de France et catholiques, qu'ils devoient tout sacrifier pour conserver ces deux qualités et n’en rien diminuer dans les conditions qu'ils seroient forcée d'accepter de l'Anglois.

Quant au Sieur Duvivier n'étant pas en état de résister dans l'endroit avec sa garnison, non plus que de munir les habitants de munitions et armes nécessaires à leur deffense, cet officier a pris le party de se rendre icy dans un batteau qu'il a repris sur les Anglois qui s’en étoient déjà emparé dans le havre où il était et qu'il a forcé avec sa garnison et quelques habitans d'abandonner avec perte même de quelques-uns de leurs gens.

Cet officier m'a confirmé ce qui m'avoit déjà été mandé, que les établissements de Niganiche, Ste-Anne, l’'Indienne et autres du sud du- bas de la rivière avoient été entièrement bruslés par les Anglois et les François obligés d'abandonner tous ces endroits, plusieurs s'étoient retirés à Louisbourg avant la prise de cette place, et quelques-uns sont venus icy en chaloupe.

Il n'y a que les establissements du côté du nord du bas du fleuve où les Anglois n’ont pas encore pénétré cette année ; maîtres qu'ils sont aujourd'huy de toute l'entrée du Golfe, il y a tout lieu de juger qu'ils iront également les visiter, l’année prochaine, et les armateurs pour ces postes ont pris à cette occasion des précautions en recommandant suivant mes ordres aux maîtres qu'ils y ont envoyé d'en partir pour se rendre ici dès le petit prin. temps et aussitôt que les glaces leur permettront de sortir des havres......…..

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RAPPORT DU NOMMÉ RINCAÏD, NATIF DE PISCATASAY, FAIT PRISONNIER PAR SIX SAUVAGES ABENAKIS DE BECANCOUR AUX ENVIRONS DU FORT ST GEORGES ET AMENÉ EN CETTE VILLE LE 28 OCTOBRE, 1745.

Qu'il a été pris, il y a aujourd'huy dix-huit jours, et son père tué par six de nos Abénakis de Bécancour aux environs du fort St Georges, il étoit alors accompagné de trois autres anglois et occupés à faire leur récolte aux environs d’un petit fort où il y avait dix soldats, et soixante à un fort plus éloigné.

Interrogé si les vaisseaux du Roy d'Angleterre sont encore à Louisbourg, et quel nombre, a répondu :

Qu'il croit qu'ils y sont au nombre de sept, qu'ils y ont resté pour renforcer la garnison en attendant qu'il y vienne des troupes de Londres, que le dessein des Anglois est d'attendre nos vaisseaux tant cet automne que le printemps prochain.

Que lorsqu'il a été pris, il y avoit cinq semaines que l'on avait reçu à Piskata8ay des nonvelles de Baston, et qu'on y estoit forten peine du retour de deux de leurs principaux officiers qui étoient allés à Londres députés à la cour pour y proposer certains projets.

Interrogé si les anglois avoient dessein de venir icy où nous les attendons de pied ferme, a répondu :

Que cela dépendoit du projet en question ; Ajoute que la galère de Baston a fait naufage ;

Que tout le monde est bien las de la guerre dans la Nouvelle-Angleterre et que la taxe y est de 30 shelings de leur monnoye par chaque simple particulier, et à proportion sur les gens du bien au soleil.

Que le Roy d'Angleterre doit payer les frais de l'armement contre Louisbourg et l'a fait dire à Baston ;

Que l'amiral Warren est encore à Louisbourg et à Canso, aussy bien Ÿ 8 y que le stréral Peperil ;

Qa: depuis la prise de Louisbourg, il a entendu dire que les Anglois

ont pris trois de nos navires dont un chargé de Riz et de Cacao.

ORDONNANCE ROYALE SUR LA REVOLTE A LOUISBOURG. À Fontainebleau, le 1° novembre, 1745.

De par le Roi :

Sa Majesté 2 yant été informée qu'au mois de décembre dernier, il y auroit eu uie révolte de la part des soldats des tronpes qui étoient en garnison au port de Louisbourg dans l’isle Royale, et que certains soldats non contents de ne vouloir pas reconnoitre l'autorité de leurs ofliciers auroïent menacé de livrer la place aux Anglois de la Nouvelle-Angleterre, avec lesquels ils avoient une correspondance secrète, Sa Majesté auroit donné ses ordres pour faire arrêter ceux des dits soldats qui ont été reconnus pour les principaux auteurs et les plus coupables de la dite révolte, et les faire mettre

w dans les prisons de Rocheford où la dite garnison a été transportée.

Et voulant que le procès leur soit fait et parfait, Elle a ordonné et ordonne, veut et entend qu'il soit instruit à la réquisition et poursuite du major de la marine à Rochefort et jugé par le conseil de gnerre qui sera teuu par le sieur de Barrailh, chef d'escadre de ses armées navales et com-

mandant la marine au dit port, dans la forme prescrite par les ordonnances.

Sa Dujesté autorisant en tant que de besoin le dit sieur de Barruilh à cet effet, et ini enjoignant de se conformer et tenir la main à l'exécution du présent ordre.

Par une lettre de monsieur Karrer, cemmandaut le régiment des Suisses, äe décembre 11: “Un sergent avoit la tète tranchée, un caporal et un

soldat furent pendus, et d'autres condamnés à différentes peines.”

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RAPPORT DE MESSIEURS DE BEAUHARNOIS ET HOCQUART. Québee, le 2 novembre, 1745.

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Une partie du village Abénakis de Panna8amské est sur le point d’arriver pour se réfugier en Canada, le voisinage du fort St George les a engagé à prendre ce party. Du 6 au 8 septembre dernier, 4 chefs allèrent au fort pour apprendre quelques nouvelles ; ils y furent assez bien reçus ; la nuit qu'ils se retirèrent pour s'en retourner, ils couchèrent à trois arpents du dit fort, ils furent attaqués, deux ont été tués, le troisième fait prisonnier et

envoyé à Baston, le quatrième s’est sauvé.

Quelques jours après 25 Nauvages dy village s'étant détachés pour venger, dit-on leurs frères, demeurèrent pendant trois jours aux enviroms du fort, n'ayant vu sortir personne ils tinrent conseil et demandèrent à parler, ce qui leur fut accordé, nous ne savons point encore le résultat de

la conférence.

L'interprète du fort a dit au Sauvage qui s'étoit sauvé que les troupes angloises qui étoient à Louisbourg n'étoient point encore de retour, qu'il croyait qu'elles avoient monté dans notre rivière, qu'il failoit de nécessité absolue que le Roy d'Angleterre ou le Roy fussent maitre de tout ce pays.

Le commandant du fort a dit à SagSarrab, un des chefs, que nous avions eu 4 vaisseanx de pris au bas de la rivière et que les Anglois ne quitteroient point ces parages que quand les glaces les y obligeroient, telles sont les nouvelles qui nous sont écrites du 5 octobre par le Missionnaire et par le Sieur D'abladis de Nt Castin, ce dernier assure qu'il à été envoyé de l'an-

cienne Angleterre 7 à 8000 hommes destinés pour s'emparer du Canada.

Un petit parti de 6 Abénakis revenus de guerre, nous à amené un jeune Anglois qu'ils ont pris, il y a huit jours, du côté du fort Saint-George ;

ce prisonnier ne nous à pas paru instruit de ce qui se passait en Europe.

Il nous à dit que monsieur Warren étoit toujours à Louisbourg avec plusieurs vaisseaux de guerre afin d'intercepter tous les vaisseaux entrant et sortant de cette rivière; que ce géneral avoit dépêché le sieur Walloo, colonel de milice, homme considéré et un autre officier en Angleterre pour demander les ordres du Roy de la Grande Bretagne touchant les affaires présentes, que l’on n'en avoit point encore reçu de réponse, qu'il avoit été conduit à Baston deux riches prises, nous croyons que ce sont deux vaisseaux de la Chine.

Il a couru, a-t-il dit, l'été dernier, à Baston, que le chevalier de S$t- George ou le Prince Edouard devoit venir avec des forces pour s'emparer de la Nouvelle-Angleterre.

Le prisonnier ne s’est expliqué sur le projet des Anglois contre le Canada que d'une manière assez Vague, nous n'avons pu en tirer d'avantage, quelques ruses et quelques menaces que nous ayons employées pour cela.

Mc'sieur le marquis de Beauharnois n’a encore reçu aucune réponse du Gouverneur de Baston, et la proposition qu'il lui a faite d'un échange de prisonniers, nous n’en savons point la raison, à moins que ce gouverneur ne craigne que nous refusions, trop instruits au retour de nos gens &e ce qui se passe en la Nouvelle-Angleterre, le sieur de St-Castin prétend qu'il

devoit aller à Louisbourg pour arranger les affaires.

Nix prisonniers Anglois de ceux établis à l’ancienne Angleterre ont demandé par une requête à monsieur de Beauharnoiïs de passer en Europe, sur le Castor, pour être ensuite transportés dans leur pays par le premier paquebot sans échange, attendu, ont-ils dit, que dans ce cas 1à monsieur Shirley ne serait pas moins attentif à ine renvoyer un pareil nombre de françois. Après en avoir conféré ensemble, monsieur de Beauharnois leur a accordé leur demande, et même en conséquence d'une demande postérieure de leur part, il a permis à quatre matelots d'entr'eux de s'embarquer sur les bâtinents marchands pour se rendre en France, et a seulement réservé les capitaines et pilotes pour passer sur le Castor, cet expedient a procuré un petit renfort d'équipage à nos navires marchands qui en avoient besoin ; ey-joint la liste de ces six prisonniers; nous vous prions, Monseigneur, d'ordonner de leur sort en conséquence de ce que nous avons l'honneur de

vous écrire.

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Une partie des Sauvages des Panna8amské, de Pascamodocante, de la rivière St-Jean et ceux de l'isle Royale, viennent aussi d'arriver aa nombre de 8 à 400 personnes qui nous demandent à vivre, nous chercherons après le départ des vaisseaux à les placer, et nous tâcherons de les employerutilement, soit l'hiver ou le printemps prochain, les Sauvages de Panna8amské nous ont ajouté quelques nouvelles d'Europe qu'ils prétendent avoir ouy dire au fort St George.

Elles sont si peu circonstanciées que nous n'avons pu en démesler la vérité, autant avons pu conjecturer, c'est que la Reine de Hongrie a fait sa paix, que le Roy a fait des conquêtes, soit en Angleterre, soit en Flandres, les Anglois ne se vantent d’aucunes, ils continuent de parler en termes malcéans de celles qu’ils méditent contre ce pays-cy.

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