‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 126 sur 206 · ARRETE · texte numérisé non relu

ARRETE

L'ennemy qui s'étoit aperçu de cet ouvrage, n'a pas cessé de tirer des canons de ses batteries, sur les travaillants, mais inutilement.

Les ennemis ayant toujours continué leurs travaux, à la tour de la Lanterne, malgré le feu continuel de bombes et de canons de la batterie de l'isle de L'entrée, il fut décidé qu'il étoit nécessaire de blinder les casernes et la boulangerie de la dite isle, et le bois manquant pour cet ouvrage le magasin du Sieur Daccarrette fut démoli pour cela.

Le feu continuel ds batteries de l’ennemy ayant dmoly les embrasures du flanc droit du bastion du Roy, où nous avions six canons de dix-huit et de vingt-quatre qui tiroient continuellement, et ces canons ne pouvant pas être servis, j'ordonnay qu'on fit aussy des contremerlons (sir) et des embrasures en bois, à quoy on y travailla avec toutes la diligence possible, et ces embrasures étant parachevées le 19 juin, le canon tira toujours ; mais ces mêmes embrasures n’ont pas laissé d'être démantibulées aussy par le canon de l'ennemy.

Depuis que la batterie de martissan a été établie, elle n’a pas cessé de tirer en brèche sur la porte Dauphin et sur l'éperon. L'éperon a été tout démantibulé et raccommodée plusieurs fois, ainsy que je l'ai dit ci-devant ; les embrasures qui battent le long du quay ont aussy été démantelées par cette batterie et celle de Francœur, et personne ne pouvoit rester derrière le mur du quay qui a été tout criblé, les boulets de 24, 36 et 42 le perçant d'outre en outre.

Le 18, messieurs les généraux anglois m'envoyèrent un officier avec pavillon, portant une lettre de monsieur Warren chef de l'escadre et une autre de Monsieur de la Maisonfort, capitaine de vaisseau. Par la première cg général se plaignait des cruautés que nos François et Sauvages avoient exercées sur ceux de sa nation, et que si, à l'avenir, pareille chose arrivoit, il ne pourroit pas empêcher ses gens d'en agir de même,

Monsieur de la Maisonfort m'apprenoit sa prise, le 30 mai, et qu'ilavoit tout lieu d'être satisfait du traitement qu'on lui faisoit, ainsy qu'à ses officiers et matelots, et de punir sévèrement, etc.

Je répondis à celle de monsieur Warren qu'il n’y avoit point de François parmy les Sauvages qui avoient usé ainsi qu'il disoit de cruauté, comme de fait il n’y en avoit pas, qu'il devoit être persuadé que je négli-

geray rien pour arrêter le cours des cruautés des Sauvages autant qu’il me seroit possible de communiquer avec eux, etc.

A celle de monsieur de la Maisorifort, que je ferai défendre aux Sauvages, lorsque je pourrai avoir communication avec eux, d'en user mieux par la suite, qu'il n'y avoit sucun des François avec eux lorsqu'ils ont usé de cruautés, etc. et l'officier porteur de ces lettres partit sur le champ.

Le 21, la batterie que les ennemis ont établie à la tour de la Lanterne de 7 canons et un mortier a commencé à tirer sur celle de l’isle de L'entrée avec des boulets de 18 et un mortier de 12 pouces, pesant 180 1. et le feu de la dite batterie n’a pas cessé de tirer jusqu’à la reddition de la place, malgré le feu continuel de celle de l’isle.

Les batteries de l'ennemy faisant un progrès considérable, malgré notre feu des canons du bastion du Roy, bastion Dauphin, de la pièce de la grave, et de la mousqueterie à la brèche de la porte Dauphine et aux corps de garde joignants, j'ordonnai à Monsieur Verrier, ingénieur, de faire un retranchement dans le bastion Dauphin pour défendre l’assaut que l’ennemy pour-

rait donner par la brèche. Cet ouvrage qui prenoit depuis le quay jusqu'au parapet de 1:, face du bastion Dauphin, fut mis en état le 24 après bien des travaux de nuit.

Il se fit le même jour une jonction de 4 vaisseaux, dont deux de 60, un de 50 et l’autre de 40 canons, avec ceux qui bloquoient le port. Ces vaisseaux sitôt qu'ils enrent tiré les signaux de reconnaissonce s'assemblèrent et après s'être parlés, ils furent vers la baye de Gabarrus.

Le lendemain les vaisseaux ennemis au nombre de 13 mouillèrent en ligne vers la Pointe Blanche à environ 2 lieues du port de Louisbourg. L'ennemy fit faire en même temps et le lendemain trois piles de bois pour des signaux sur les hauteurs qui sont à l’ouest du port de Louisbourg.

Je ne puis pas m'empêcher d'inform : Sa Grandeur et de lui dire avec vérité que toutes les batteries de l’ennemy soit de mortier ou de canon n'ont pas cessé de tirer depuis les jours qu'ils les ont établis, de même que la mousqueterie, sans discontinuer, de la batterie de Francœur ; que toutes les maisons de la ville ont toutes été écrasées, criblées ct mises hors d'état d'être logées ; que le ütnc du bastion du Roy a été tout démoli, ainsy que

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les embrasures en bois qu'on y avoit remplactes ; qu'ils ont fait brèche à la porte Dauphine, le corps de garde joignant, et qu'il étoit praticable au moyen des fascines qu'ils avoient transporté pendant deux jours à la batterie de Francœur ; que l'éperon joignant le corps de garde de l'officier de la porte Dauphine étoit tout demantelé, ainsi que les embrasures du quai, malgré le feu continuel de tous les canons, mortiers et mousqueterie que nous tirions de la ville et qui étoient servis avec toute la vigueur et l’activité qu'on pouvoit espérer en pareille occasion.

La preuve en est assez évidente, Monseigneur, puisque de 67 millers de poudre que nous avions au commencement du siège, il nous en restoit, le 27 juin, que 47 barils en ville, laquelle quantité m'étoit absolument nécessaire pour pouvoir capituler ; nous avons aussi tiré toutes les bombes de 12 pouces que nous avions et presque toutes celles de 9 pouces.

Je dois rendre justice à tous les officiers de la garnison, aux soldats et aux habitans qui ont défendu la place, ils ont tous en général supporté la

fatigue de ce siège avec une intrépidité sans égale, pendant les 116 (?) jours qu'il a duré.

Passant toutes les nuits au chemin couvert de la porte Dauphine, depuis que l’ennemy avoit commencé à battre en brèche cet endroit, à soutenir les travaillants qui otoient les décombres sur les remparts aux portes qui leur étoient destinées, sans se reposer aucune nuit et pour le jour n'ayant pas un seul endroit pour sommeiller sans courir risque d’être emporté par les canons de l'ennemy qui commandoient toute la ville.

Aussy tont le monde étoit fatigué de travail et d'insomnie, et de 1300 que nous étions au commencement du siège, 50 ont été tués, 95 blessés hors d'état de rendre service, plusieurs étoient tombés malades par la fatigue, aussy les remparts qui n'étoient au commencemet du siège garnis que de 5 à 5 pieds, se trouvoient presque tous dégarnis le 26 de juin lorsque les habitans de la ville me présentèrent leur requête tendant à ce que les forces de l’ennemy soit de terre et de mer, augmentant tous les jours, sans qu'il nous parvint aucun secours ni apparence d'en avoir d'assez fort pour forcer l’ennemy, il me plut capituler avec les généraux alin de leur conserver le peu qu'il leur restoit.

Cette requête, Monseigneur, me toucha jusqu'au plus vif de mon âme. D'un côté je voyois une place telle que Louisbourg et qui a coûté bien des sommes au Roy, au moment d'être enlevée par la force de l’ennemy qui avoit une brèche assez praticable pour cela et des vaisseaux en ligne qui s’installoient depuis deux jours.

D'autre côté, il me paroissoit un nombre d'habitans, tous chargés de famille, au moment de périr, perdre par conséquent le fruit de leurs travaux depuis le commencement de l'établissement de la colonie.

Dans une conjoncture aussy délicate, je fis rendre compte à monsieur Verrier, ingénieur en chef, de l’état des fortifications de la Place, et à monsieur de Ste Marie, capitaine chargé de l'artillerie, de celui des munitions de guerre ; l’un et l’autre me firent leur rapport, je fis tenir conseil de guerre qui décida unanimement que vu les forces de l’ennemy et l’état de la Place il convenoit de capituler.

J’écrivis une lettre à la sortie du Conseil à messieurs les généraux anglois, je leur demanday une suspension d'armes, pour le temps qu'il me seroit convenable pour leur faire des articles de capitulation aux conditions desquelles je leur remettrois la Place

Monsieur de Laperelle, fils, qui étoit porteur de cette lettre, me rapporta le même soir leur réponse par laquelle ils me donnoient le temps jusques au lendemain à huit heures du matin, et que si pendant ce temps, je me déterminois à me rendre prisonnier de guerre, je pouvois compter que je serois traité avec toute la générosité possible.

Je ne m'attendois pas à une telle réponse, aussy le lendemain 27, je leur envoyai par Monsieur de Bonnaventure les articles de capitulation avec une seconde lettre, par laquelle je leur mandai que les conditions faites la veille étoient trop dures, que je ne pouvois les accepter et que c'étoit à ceux que je faisois par mes propositions qne je consentirois à leur remettre la place (sic.)

Messieurs les généraux ne voulurent pas répondre par apostille à ces propositions, mais ils me renvoyèrent leur réponse séparée par le dit Sieur de Bonnaventure ; cette réponse m'acordoit partie dos articles que j'avois demandés, mais ceux qui m'étoient le plus sensible et glorieux, qui étoient

ceux de sortir de la Place, avec les honneurs de la guerre, avec arme et bagage, tambour battant et drapeaux déployés, ne s’y trouvoient pas insérés, aussy je leur écrivis sur le champ deux lettres, l'une au chef d'esvadre et l'autre au général de terre, que je ne pouvois consentir à laisser sortir les troupes de la place sans ces articles qui étoient des honneurs dûs à des troupes qui avoient fait leur devoir, que cela accordé je consentois aux articles.

Messieurs les généraux m'écrivirent en réponse qu'ils accordoient cet article et monsieur Warren augmenta des conditions pour la reddition de

l'Isle et de la Place.

Les ratifications ont été signées de part et d'autre, mais messieurs les généraux Anglois bien loin d'avoir exécuté de leur part la dite capitulation, ainsy que j'ai fait du mien en tout son contenu, ils ont manqué en plusieurs articles.

Au premier article il est dit que tous les effets mobiliers de tous les sujets du Roy de France qui étoient dans Louisbourg leur seroient laissés et qu'ils anroient la liberté de les emporter avec eux dans tels ports d'Europe de la domination de leur Roy qu'ils jugeront à propos.

Tousles battiments qui étoientdans le port appartenant aux particuliers, faisaient partie de leurs effets mobiliers, cependant les Anglois s'en sont emparés et les ont gardé pour eux.

Tous les particuliers généralement quelconques qui ont passé en France n'ont pu emporter aucune armoire, chaise, fauteuil, table, bureau, chenets et autres meubles de cette nature, ny même aucune grosse marchandise, messieurs les généraux n'ayant point fourni des battiments pour cela, nécessaires, ils n'ont pas été pillés, mais à bien examiner la chose, ne pouvant pas emporter le peu de meubles qu'ils avoient faute de battiments, ils ont été obligés de les laisser, ce qu'ils ont laissé à Louisbourg est tout comme si on leur avait pillé, à moins que Sa Grandeur ne fasse faire raison par la cour d'Angleterre.

Ils ont encore manqué à cet article, pendant le temps que j'étois à la colonie ; ils ont fait partir à mon insu 436 matelots et particuliers pour Baston ; ils étoient embarqués ainsi que les troupes sur des vaisseaux de

TA

guerre jusqu'à leur embarquement pour la France, mais un matin le vaisseau dans lequel ils étoient eut ordre de partir pour Boston, et fit voile.

J'en fus informé, j'en portai ma plainte, mais cela n'aboutit à autre chose sinon qu'ils n’avoient pu faire autrement faute de vivres et de battiment et qu'on les feroit repasser de Baston en France.

Ces matelots n'ont pas été les seuls, j'ai été informé que depuis mon départ, ils ont agi de même à l'égard des familles qui n’avoient pu être placées sur les bâtiments de transport qu'ils avoient destiné pour la France, si les généraux anglois avoient voulu, les bâtiments qui ont transporté ces familles à Boston les auroient transportées pour France, ils avoient des vivres en magazin beaucoup plus que pour la traversée ; mais ils n'ont agi ainsi qu'afin de disperser la colonie.

Le 2° article regarde les battiments qui étoient dans le port et ceux qu'ils devoient fournir en cas que les premiers ne fussent pas suffisants pour faire le transport.

J'ay fait mes remarques à ceci au précédent article, c’est un des plus considérables par rapport à la valeur des choses, y ayant quantité de battiments dans le port qui étoient coulés ou échoués, et dont l'ennemy ne pouvoit en faire sortir aucun du port ny faire aucun usage tant que nos batteries auroient existé.

Au surplus si plusieurs particuliers de la ville n'avoient pas acheté des battiments les Anglois auroient profité de tous les effets qu'ils y ont chargés, ainsi qu'ils ont fait de ceux qui n’avoient pas le moyen d'en acheter, ces familles auroient été contraintes, ainsy que celles qui se sont embarquées en payant de gros frets, de passer à Boston.

À l'égard du dernier article des armes, tous les habitans avoient les leurs et les ont remises en dépôt sitôt la reddition de la place ; ces armes étoient partie de leurs effets, les ennemis n’ont pas voulu les rendre je m'en suis plaint, ils m'ont fait réponse, lorsqu'ils ont envoyé les 436 matelots, qu'ils leur enverroient leurs armes, les autres habitans sont dans le même Cas.

Je crois devoir vous informer, Monseigneur, qu'ils se sont aussy emparés de tous les effets et ustensils de l'hôpital et des magasins du Roy :

par la reddition de la place ils n’ont que la ville avec les fortifications et batteries, avec toute l'artillerie armes et ustensils de guerre qui y étoient et non pas les autres effets ; cependant ils s’en sont emparés, disant que c’étoit au Roy, Monsieur Bigot leur a fait ses représentations qui n'ont eu aucun fruit, il vous rendra compte à ce sujet.

Monsieur Bigot a bien voulu se charger lorsqu'il est parti de l'isle d'Aix (sic) pour vous rendre compte de ma lettre du 15 de ce mois avec tous les originaux des papiers, concernant tout ce qui s’est passé à l'occasion du siège de Louisbourg ; je suis persuadé qu'il les aura remis à sa grandeur et qu'après l’examen qu'elle en a fait, elle me rendra assez de justice que j'ay fait tout mon possible pour la défense de cette place, et que je ne l’ay rendue qu'à la dernière extrémité.

J'oubliois d'informer monseigneur, que messieurs de la Tressillière et Souvieny, enseignes, et Lopinot, fils cadet, sont du nombre de ceux qui ont

été tués pendant le siège.

La garnison de Canceau avoit été faite prisonnière au dit lieu le 24 may de l’année dernière ; elle ne devoit pas porter les armes contre le Roy pendant l'an et jour ; monsieur Duquesnel donna la liberté à tous les officiers de cette garnison d'aller sur leur parole d'honneur à Daston et de passer au dit lieu le temps porté par leur capitulation.

Le Sieur Jean Blastrick, officier, étoit du nombre, il a manqué à sa parole, puisqu'il les a prises au mois de mars dernier, c'étoit un des chefs de ceux qui ont brülé Toulouse-Port et qui ont fait la descente à Gabarrns le 11 may.

Il étoit colonel général de la milice de Baston, et il est entré en ville à la tête de cette milice, le lendemain de la reddition de la place.

LETTRE DE MONSIEUR MARIN A MONSIEUR DE BEAUHARNOIS. Rapide Ste-Thérèse, le 10 septembre, 1745.

Il est déterminé à partir le même jour à la tête d'un détachement envoyé contre'la Nouvelle-Angleterre.

r 2 LETTRE DE M. PHIPS A MONSIEUR DE BEAUHARNOIS.

Baston, le 30 septembre.

Dans l'absence du Gouverneur Shirley qui est depuis quelque temps à Louisbourg, j'ay reçu la lettre de Votre Excellence à lui adressée, dattée du 25 aoust dernier, qui traite de l'échange des prisonniers qui est agréable à ce gouvernement, mais comme la plus grande partie des prisonniers françois contenus dans votre lettre sont encore à Louisbourg, à ce que je crois, et qu'il n’y en a que 11 dans la province que j'ay pu trouver après une exacte diligence, je ne suis point dans le pouvoir de répondre à la demande que vous me faites et j'ay envoyé votre lettre au gouverneur Shirley qui sans doute prendra les mesures qui conviendront dans cette affaire, et jusqu’à ce temps-là, les dits François prisonniers demeureront icy et nous en aurons bien soin, je vous aurois envoyé la réponse par vos messagers, mais j'ai Sçu qu'ils s’en étoient retournés avant ma dépesche.

Je demeure, etc.

Signé, SPENCER PHIPS.

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