LETTRE DE MONSEUR CHAUSSEGROS DE LERY AU MINISTRE
Québec, le 9 novembre, 1745.
Monseigneur,
La prise de Lonabitné intéresse toute la marine et met cette colonie en danger de tomber entre les mains des Anglois. Vous en connaissez, Monseigneur, les conséquences mieux que moi. Nous espérons qu’elle ne sera pas longtemps entre les mains des ennemis et que l'été prochain elle sera à son premier maitre. Ni la Nouvelle-Angleterre y entretient une garnison, elle sere petite et composée d'habitans mal aguerris.
Ni l’année prochaine nous avons des nouvelles qu'une escadre françoise ait bloqué cette ville on pourra envoyer de ce pays un renfort d'hommes et de vivres.
Tout le pays espère que le Roy ne laissera pas cette place aux Anglois. Les habitans de Baston sont fâchés. Ils ont fait de grandes dépenses, perdu du monde, et l'amiral anglois s'est emprre de la place. Ils disent qu'ils sont ruinés. Nous avons appris par e.. que le Roy avoit fait passer une armée en Angleterre, qu’elle s'étoit emparée de quelques places, et un bâtiment venu de la Martinique. Le capitaine a dit que les troupes de Sa Majesté avoient gagné une bataille où il y avoit eu 2700 Anglois tués on faits prisonniers, muis il ne savoit pas où elle s'étoit donnée.
Voilà toutes les nouvelles que nous avons eues, n'étant pas encore arrivé de bâtimens de France.
J'ai examiné la carte du port de Louisbourg. Je crois qu'il auroit convenu de faire une bonne batterie à la gauche de l'entrée du port au bas du fanal, et au-dessus du fanal un donjon fortifié, escarper le rocher de 25 où 30 pieds de haut sur la côte qui regarde le dedans du port, et aussi à la droite, ne faire au-dessus qu’un parapet et une communication double de ce donjon à la batterie d'en bas, pour lors toute fortification n2 pourroit être battue que par des vaisseaux à la voile en dehors du port.
La batterie Royale est mal située.
J'ay remis à Monsieur le général et à Monsieur l’Intendant l'Etat des journées que j'ai employées cette année au voyage que j'ai fait à Montréal. L'année passée je leur avois remis celuy que j'avois fait à Niagara, qui étoit long et pénible.
Je vous supplie, Monseigneur, de m'en accorder les gratifications, comme vous avez eu la bonté de faire cy-devant. Mon fils aisné est party avec le détachement qui va faire irruption dans la Nouvelle-Angleterre. Je vous supplie, Monseigneur, de vous souvenir de lui.
J'ay l'honneur d'être, avec un profond respect, Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
RELATION DU CAPITAINE HOW, FAIT PRISONNIER AU FORT N° 2; Novembre, 9, 1745.
Cejourd'huy a été amené par un party Abénakis de St-François le nommé Nemediah How, âgé de 54 ans, du gouvernement de Baston, capitaine de milices, pris il y a aujourd’huy dix-huit jours au haut de la rivière Connecticut, appelé nombre 2, lorsqu'il faisoit avec 20 soldats et 10 habitans un petit fort commandé par un lieutenant. Les Sauvages ont tué un autre homme dont ils ont enlevé la chevelure.
Le prisonnier a eu des nouvelles de Baston 5 jours avant d’être pris, rapporte qu'il y a eu trois batailles en Flandres, les deux premières gagnées par le Roy de France, la 3° par le Roy d'Angleterre à la tête de ses troupes avec le prince Guillaume.
Le général Warren est allé en Angleterre où il a obtenu le gouvernement du Cap Breton ; il ne croit pas qu'il soit encore revenu. La dernière
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nouvelle qu'il a reçue touchant le général Pepperrell est qu'il étoit un lâche et qu'il ne s’étoit pas bien comporté à Louisbourg, il ne sait point s’il est revenu.
Les vaisseaux de guerre anglois sont toujours au Cap Breton ; il ne sait combien il y en a.
À ouy dire qu'on avoit pris deux ou trois riches vaisseaux venant des Indes, n’a pas entendu parler d'aucun autre navire françois pris autres que ceux dans le temps du siége du Cap Breton.
N'a point ouy dire qu'on ait encore levé aucunes troupes pour marcher contre ce pays-cy, que le bruit court que les Anglois viendront attaquer le Canada au printems prochain, et que l'amiral Warren est allé en partie à Londres pour cela.
Le capitaine Roses, fameux corsaire, est celui qui a porté à Londres la nouvelle de la prise de Louisbourg et a été fait chef d'escadre ou capitaine de vaisseau de guerre. Le Roy d'Angleterre a fait donner 4000 Ibs sterling aux peuples de Londres pour le jour de la réjouissance qui se fit dans cette ville de l'Isle Royale et d'une bataille gagnée en Flandres.
N'a point entendu parler d'une descente de troupes françoises en Angleterre, ny qu'il y ait eu guerre entre la France et la Hollande.
Le Duc d' Lorraine a été élu Empereur au mois de juillet. Il était bruit que l'Espagne sollicitoit la paix et que l’on parloit aussy de paix entre la France et l'Angleterre.
À la hauteur des terres il y a différents partys anglois de 40 à 50 hommes mêlés de sauvages pour la découverte.
Les Anglois commencent à se mettre au fait des bois, ce qui n'étoit point autrelois.
N'a aucune nouvelle dans son quartier de ce qui se passe iey en Canada.
N'a point été maltraité par les Sauvages qui l’ont pris, seulement par les Iroquois qu’il a rencontrés à Chambiy conduits par Monsieur Marin. Il ajoute que dans les campagnes du quartier qu'il habite les colons travaillent le jour et se retirent le soir et la nuit dans les forts, particulièrement à Dierfilled, ville à présent considérable,
Le gouverneur Shirley avec sa femme ont été à Louisbourg d'où ils doivent être de retour à présent à Baston ; ça été pour mettre d'accord le général Warren et Pepperrell qui se disputent le commandement de la ville, il l'a pris lui-même jusqu'à la décision du Roy d'Angleterre. Le dit How a vu dans les nouvelles que tout avait été accommodé. Les maisons de Louisbourg ont été rétablies et une nouvelle batterie faite à l'endroit où les Anglois avoient pied à terre, c’est-à-dire à Gabarrus pour prévenir les
descentes que les Anglois pourroient faire.
À ouy dire qu'il étoit resté à Louisbourg un assez grand nombre de François, et que le Roy d'Angleterre avoit accordé 4000 hommes de troupes
pour être en gara:ison dans cette place.
LETTRE DE MONSIEUR HACQUART AU MINISTRE
Québec, le 30 9bre, 1745.
Monseigneur,
Le parti de monsieur Marin est composé d'environ 400 François volontaires et de 200 de nos Sauvages domiciliés. Ce détachement et les Sauvages de l'Isle Royale, de la Rivière St-Jean, Médoctet et Pentagouet, dont une partie sont campés aux environs de Québec, occasionnent des dépenses considérables, et ont commencé à dégarnir un peu les magasins du Roy,
tant à Québec qu'à Montréal.
Le sieur Shirley n'a point encore répondu à la proposition que monsieur le marquis de Beauharnois lui a faite d’un échange de prisonniers. Son absence de Baston ou la crainte qu'il a eu que nous fussions instruits
de ses démarches par le retour de nos gens en est peut-être la cause; autre-
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ment ce serait pousser le mépris trop loin, quoique les Anglois
capables de tous les excès.
soient
sd e S LETTRE DE MONSIEUR BIGOT AU MINISTRE.
Rochefort, le 2 décembre, 1745.
Monseigneur,
Je ne peux me dispenser de vous informer que le nommé Dupaquai soldat suisse, chef de la révolte, s’est évadé, étant tombé malade dans les prisons. Monsieur Karrer l’avoit fait messé à l'hôpital depuis quelques jours, sans faire poser une sentinelle pour le garder. Les dispositions contre lui étoient affreuses et le déclaroient 1 chef. C’étoit en effet lui qui faisoit tous les escrits et qui étoit le passe parole chez oi pour les Suisses. Je suis mortifié qu'on n'ait pas eu plus d'attention à le garder.
Si celuy de qui dépendoit sa sûreté eut été pendant six mois à la discrétion de ce misérable, comme je l'ay été, il seroit encore en prison. La perte
” en outre qu'on a faite de l'Ile Royale, que je n’attribue qu'au rapport que le sieur Cralais fit à Baston de l'envie que les troupes en général avoient de
ik passer à la Nouvelle-Angleterre, et sur lequel les Bastonnais travailloient
é et dépêchèrent à la vieille Angleterre, méritoit bien que le chef servit
is 1 d'exemple,
y, Monsieur Karrer a d'autant plus tort que monsieur Gignoux, major de son régiment, le prévint de ce qui arriveroit et le conseilla de n’en rien faire, et de Le faire traiter dans les prisons, ainsi que cela se pratique pour
a des criminels de conséquence.