‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 134 sur 206 · HAE · texte numérisé non relu

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que ces vaisseaux n’y estoient point encore arrivés ; que le Sieur Mascaren savoit qu'il y avoit aux Mines un destachement de François et de Sauvages, mais il ignoroit le nombre.

Le nommé Joseph Grangé, habitant de la rivière aux Canards, en Acadie, qui est arrivé aux Mines le 11 Aoust, a rapporté à Monsieur de Ramesay que depuis 2 mois il avoit été arresté à Port Royal où le commandant l'avoit forcé à travailler ; qu'il y a entendu dire que les Anglois armoient à Baston contre la Canada ; qu'il a également ouÿ dire depuis peu que 14 vaisseaux de nostre escadre avoient été bloqués par 18 vaisseaux anglois et que le Sieur Mascaren avoit demandé à Baston 3000 hommes pour ravager toutes les côtes depuis les Mines jusques à Beaubassin.

Monsieur Duvignan envoye à Monsieur Hocquart les états tant des vivres et munitions provenant des prises faites par l’Aurore, que celles qu’il a fait distribuer à Monsieur C. Loutre pour ses sauvages et de celles que cet ofBeier a laissé à Monsieur de Repentigny pour la subsistance et autres besoins de son destachement et des prisonniers qu’il luy ont remis

Monsieur Guillemin marque à Monsieur Hocquart le 13 Aoust que le détachement est sur le point de manquer de vivres, que les habitants font des difficultés d'en fournir sur des billets portant promesse d'en faire acquiter à Québec ou en Acadie toutes les dépenses, Monsieur de Ramesay a mesme été obligé de faire publier l'ordonnance que nous luy avons remise pour obliger les Acadiens à fournir les besoins de notre détachement.

Neptembre le 7 à 7 heures du soir est arrivé Monsieur de Cery commandant le brigantin La petite Marguerite parti de Québec le 9 aoust, vient du

Cap Desrosiers en chaloupe, en est parti le 18 dudit mois.

Rapporte qu'il a arrêté audit cap des Rosiers le 16 aoust pour remettre quelques vivres au Sieur Perthins et s'informer de luy de ce qui se passoit, que le lendemain de son arrivée il avoit mouillée près de terre pour n'être pas aperçu d’un vaisseau anglois qui avoit paru la veille, en cas qu’il revint ce même jour, qu'effectivement ce même vaisseau parut le matin à 5 ou 6 lieues au large petit vent d'est, qu’il faisoit route sur le cap Desrosiers avec très peu de vent qu'il avançoit très doucement, que le dit Nieur Cery, qui étoit à son bord, avoit été trouvé le Sieur Perthins, ils conclurent ensemble

que si le vaisseau venoit à la vue, il falloit mettre le bâtiment à la coste

plutost que de le laisser prendre ex que s’il venoit pour l'enlever on y mettroit le feu ; que le vaisseau ennemy continua sa route et que sur les 4 heures après midy il vint à la vue, on reconnut que c'étoit un gros vaisseau ; qu'à une lieue de distance le Sieur Cery mit pavillon et l’assura d’un coup de canon, et le vaisseau mit flamme et pavillon françois me ne l'assura pas: ce vaisseau approchant toujours, le Sieur Perthins aperçut avec ses lunettes qu'il avoit à babord une chaloupe sur ses palans et une autre à l’eau à tribord, et il distingua une flamme angloise prête à hisser qui à peine paroissoit au dessus de ses barres de perroquet ; le vaisseau continuait d'approcher très doucement faute de vent et se trouva à demie portée de canon du brigantin, sans faire aucun signaux sous pavillon françois, ce qui détermina le Nieur de Cery à filer ses cables et à s'échouer à terre, après quoy il descendit avec son équipage armée et s'embusqua avantageusement ; le vaisseau vint mouiller à la même place du brigantin et à un demy quart de lieue à terre, et l'orsqu'il vit le bâtiment eschoué il amena sa flamme et son pavillon françois et issa à l'instant flamme et pavillon anglois et tira sept coups de canons à boulet et à mitraille qui ne firent aucun mal, aussy il fit armer deux chaloupes chargées de monde pour

venir s'emparrer du brigantin.

Dans ce moment les Sieurs Cery et Perthins voyant qu'avec leurs gens au nombre de... ils ne pourroient résister à ces deux chaloupes qui étoient d’ailleurs armées de pierriers, résolurent de mettre le feu au bâtiment.

Ce party fut exécuté et lorsque les chaloupes qui approchoient soustenues du canon du vaisseau, virent le brigantin en feu, elles firent quelques descharges de mousqueterie ainsy que nos gens, regagnèrent le large et furent relever les ancres du bâtiment dont les cables avoient été filés seulement,

Comme il y avoit de la poudre dans le brigantin et qu'il estoit à craindre de rester aux environs, nos gens se retirèrent près du cap pour observer la manœuvre du vaisseau, le vent s'étant jeté au S. E. petit frais et le navire étant tout à terre mesme en danger de ne pouvoir apareiller si le vent eut forcé n'étant mouillé que sur une ancre.

Il tira deux ou trois coups et ses chaloupes qui se tenoient au large regagnèrent le bord ; la nuit vint et sur les neuf heures du soir le vaisseau appareilla et’doubla la pointe Cap Desrosiers par les 5 à 6 brasses.

Le 8 Monsieur le Général envoye les ordres au Sieur Coulon capitaine qui doit commander le détichement des 300 canadiens qui doit hiverner en Acadie pour tranquiliser et protéger les Acadiens contre le ressentiment des Anglois.

Nous informons lesdits Sieurs Coulon et Ramesay de l'accident arrivé à Monsieur de Cery, ce qui doit mettre Monsieur de Ramesay dans un plus grand embarras pour son retour, parce qu'il nous marque par sa dernière lettre qu'il attendoit l'arrivée dudit Sieur de Cery pour se déterminer à prendre un party sur la route qu’il devoit choisir pour son retour.

Le 13 est arrivé le Sieur de Sabrevois capitaine dépesché le 5 de ce mois par Monsieur de Rigau«@ à 5 lieues audessus du fort St Frederic. Le Sieur de Rigaud nous marque qu'il a bruslé le fort de Massiachusset, pris 22 soldats et quelques femmes, ravagé les bleds, tué les bœufs, chevaux et autres bestiaux dans l'étendue de 12 lieues de pays en descendant des deux côtés de la rivière, il a été blessé au bras ainsy que cinq François et dix Sauvages et a perdu seulement un Abénakis.

Point de nouvelles de notre escadre.

Le 22, Est arrivé un courrier parti de Beaubassin le 4 de ce mois nous recevons une lettre du sieur de Ramesay, dattée au Mines le 27 Aoust qui nous informe qu'il a appris par Jacques Côté, homme de probité, venant du port Toulouse, qui disoit avoir parlé à son frère qui arrivoit de Louisbourg il y avoit 16 jours, lequel luy avoit assuré que 9 gros vaisseaux étoient partis de ce port, et qu'il ne sçavoit plus la route qu'ils avoient prise, qu'il étoit encore resté à l'Isle Royale 4 à 5 autres vaisseaux assez forts y compris le Vigilent, avec une cinquantaine de petits, qu'il n’avoit point eu connoissance de l’entreprise des Anglois contre le Canada.

Le sieur de Ramesay adresse à monsieur le général une requête qui luy a esté remise par plusieurs habitans des Mines au nombre de 10, par laquelle ils réprésentent leur misère et que si on leur laisse un détachement de François et Sauvages, cela achevera de les ruiner, attendu qu'ils ne peuvent plus fournir à la subsistance des troupes qui y ont été envoyées.

D'autres habitans des Mines ont remis depuis à monsieur de Ramesay une autre requête par laquelle ils supplient monsieur le général de laisser un

détachement audit lieu pour les garantir des incursions des Anglois, qu'ils fourniront à ce détachement tout ce qu'ils pourront pour sa subsistance, que les habitans qui ont fait des représentations contraires aux leurs sont attachés aux Anglois avec lesquels ils veulent conserver leur commerce et ne se soucient pas de demeurer sous leur domination.

Le sieur de Ramesay ajoute que s'il luy venoit des vivres ou de l'argent ce seroit le moyen d'enlever toute difficulté de la part des habitans.

Quatre Iroquois du Sault et un François sont partis de Montréal pour aller à la découverte à Sarasto et sont revenus sans avoir vu aucuns mouvemens.

Dix Iroquois dudit village partirent également pour aller faire la découverte aux environs du fort St Frédéric, ils sont revenus après y avoir séjourné deux mois.

Dix Mississagues partirent pour les mêmes découvertes.

Le 23 sont arrivés 19 sauvages Micmacs qui se sont trouvés à l'affaire de l'Isle St Jean, ils amènent un prisonnier et des chevelures.

Ce soir le Sieur St Ours lieutenant cest arrivé, est parti des Mines avec le Sieur de St Pierre et les Abénaquis, le 22 aoust et les a laissé à Kamouraska.

Cette officier rapporte qu'étant parti des Mines avec les Abénakis en canot d’écorse, ils avoient chargé un petit bastiment de vivres pour les transporter à l'entrée de la Rivière St Jean, qu'étant à 15 lieues des Mines, un corsaire anglois d'environ 16 piè:es de canon parti de Port Royal avoit donné la chasse à ce petit bastiment qui avoit esté forcé de se jeter À la coste sur l’isle haute où le bastiment s’est ouvert et les vivres perdues, que Monsieur de St Pierre et tous les sauvages qui étoient à la terre ferme ne pouvoient donner de secours à leurs gens parce qu'il faisoit trop de vent pour de petits canots, que le corsaire ayant vu le battiment à la côte, s'en étoit retourné, la perte de ces vivres a esté cause que dans toute la route on ne vécut que de poisson qu'ils ont heureusement trouvé assez abondamment.

Septembre le 24-—Nous recevons du Sieur Joncaire des lettres dattées

aux Sonont8ans le 2 du présent, il nous marque qu'on ne peut rien tabler sur la conduite des Iroquois des 5 nations, qu'à leur retour d'Orange où ils

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jours qu'ils étoient partis et qu'ils ne pouvoient tarder à revenir.

Le Sieur Blain, cadet, parti de Montréal avec cinq sauvages puant pour la guerre est arrivé de retour en cette ville le 25 d............. avec un prisonnier qu'ils ont pris à deux lieues d'Orange.

Le 26 Monsieur de Rigaud est arrivé à Montréal, la blessure qu'il a reçu au bras droit n’est pas dangéreuse, le coup de la balle ayant seulement percé les chairs.

Les prisonniers qu'il a fait dans sa dernière expédition ont été remis aux cazernes au nombre de 27, scavoir 22 hommes, le reste femmes et enfans ; le ministre l'un d'eux interrogé, a rapporté que l’armée du Prince Edouard avoit esté défaite le 17 may; qu'on avoit eu avis à Baston du départ de la flotte françoise, qu'elle avoit esté découverte et que l'amiral Briry et l'amiral Martin avoient fait voile pour la combattre et s'opposer à nos entreprises.

Nous avons eu avis qu'un parti de Sauvages Abénaquis à la teste duquel s’est mis 12 sieur Montigny, enseigne, qui a été détaché du party de monsieur Rigaud après son expédition contre le Massachussets, s’étoit porté du côté du fort de Sarasteau, qu'ils avoient rencontré près de ce fort 17 soldats de la garnison dont ils ont pris 4, levé la chevelure à quatre autres, le restant s'étoit jeté précipitamment dans le fort poursuivis par nos gens qui en ont tué quelqu'un.

Monsieur de Rigaud nous a encore informé que depuis son aventure divers partis Abénaquis de son détachement se sont détachés pour faire des incursions du côté de Dearfille et de Carlard, et ont fait 56 chevelures.

Le 27, est arrivé le sieur Croisille de Courtemanche, enseigne, parti de Beaubassin le 7 du courant. Nous recevons des lettres de monsieur de Ramesay du 6 d:s Mines, qui nous marque qu’au moment qu'il alloit partir de ce lieu pour se rendre à Beaubassin, le Père Germain l’avoit informé du corsaire (c’est un autre batiment que celuy dont monsieur de St Ours a parlé) qui croisoit dans la Baye Françoise et qui avoit donné chasse au bastiment dans lequel il avoit chargé partie de l'équipage du détachement et où étoit embarqué le sieur Guillemon, ce qui avoit obligé ce dernier de relâché aux Mines, que ce corsaire dérange les mesures qu'ils

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avoient prises pour faire transporter à Beaubassin les vivres qu'ils avoient préparées pour son retour et la subsistance de 150 prisonniers dont monsieur Duvignan l’a chargé et dont il est for embarrassé.

Que ne pouvant exécuter cet arrangement il a pris le party de se rendre à Beaubassin par terre où il est arrivé le 4 du courant avec son monde au nombre de 500 hommes sans vivres que pour huit jours et sans espérance d'en tirer beaucoup de Beaubassin.

Que ce qui l’inquiète le plus ce sont les 8 navires qui croisent en bas de la rivière suivant le rapport dont il sera parlé ey après, ce qui Iuy fait prendre le parti de revenir en chaloupes, que lorsqu'il sera à la Bay Verte. il verra avec les capitaines de nos bastimens le parti qu’il conviendra de prendre pour les mettre à l’abry des ennemis Il ajoute qu’il craint fort d’être obligé de laisser les prisonniers à Beaubassin jusques à nouvel ordre.

Il nous prie d'envoyer au devant de luy le plus loin qu'ii sera possible un bastiment chargé de vivres.

Nora.—Le Sieur de Vitré est partit le 24 de ce mois pour se rendre à Gaspé ; vraysemblablement il rencontrera Monsieur de Ramesay.

Point de nouvelles de l’Escadre.

Voici le rapport dont parle Monsieur de Ramesay :

Les nommés François Brillant, Jean Baptiste Martel et Jean Marchand, habitans du Port Toulouse, partis du dit lieu le 27 Aoust et arrivés à Beaubassin le 5 de ce mois, ont déclaré avoir parlé à Nicholas Norman, homme de probité et de leur connoissanice sorti de Louisbourg le 18 ou le 20 Aoust, lequel leur a assuré qu’il étoit sorti de l'Isle Royale 8 vaisseaux le moindre de 40 canons qui devoient croiser à l'entrée de la rivière depuis Gaspé jusques au nord, qu'il avoit vu deux gros batteaux qui alloïient à l'Isle Kt Jean où ils comptoient faire une forteresse si l'endroit leur étoit commode, qu'on espéroit à Louisbourg 8 vaisseaux de guerre de Baston avec le Capitaine Warren qui doit commander la flotte destinée pour le Canada le printemps prochain, ce qui sè dit hautement dans la ville.

Qu'il y avoit dans ce port 8 vaisseaux de guerre et une quarantaine de

etits bastimens avec beaucoup de monde, que les Anglois à Louisbourgæ 2 = nn

ont fait trois chemins couverts, une à la poterne, une autre à la porte Maurepas et la 3° aux murs grélés, et une citadelle de deux batteries à la porte Dauphine, raccomodé l'Islot qui avoit été fort endommagé, de plus deux sousterrains à la grande batterie et posé 12 pièces de canon sur le quay, ils n’ont rien fait à Gabarrus.

Le Père Germain nous escrit par la suite (9 nul) du 6 que les anglois seront informés par la suite qu'il est venu deux frégattes à Chibouctou et qu'il est à craindre qu'ils ne previennent le printemps pr”chain et qu’ils s'emparent de ce hâvre.

Le Sieur Coulon commandant les 300 canadiens qui doivent rester en Acadie, nous marque le premier de ce mois qu’il est absolument nécessaire d'envoyer à la baye verte des vivres pour la subsistance de nos gens et des étoffes et autres effets pour les vêtir.

Il ne sait eñcore où il hivernera, si ce sera aux Mines où il est, ou à Beaubassin, qu’une partie des habitans de ce premier endroit ne sont pas disposés à luy fournir les secours dont il aura besoin, qu'il ira peut-être à Beaubassin où les habitans paroïissent plus portés à fournir aux Canadiens leurs besoins ; qu'il attend avant de prendre un party des nouvelles de Monsieur de Ramesay qui doit sonder les habitans de Beaubassin ; il ajoute que le principal point qui occasionne toutes ces difficultés, c’est le manque d'espèce, et que les habitans craignent toujours de n'être payés de longtemps des billets qu’on leur expédie en payement de leurs fournitures.

Le 28.—Est arrivé le nommé Ransin qui a esté tout l'été à la Pointe des Monts ; rapporte qu'il a vu les 8, 4et 5 de ce mois un gros vaisseau croiser du N. au K., que ce ne peut-être qu’un vaisseau anglois, parce que malgré le gros vent de N. E. qu’il a fait les deux derniers jours qu’il l’a vu, il louvoyoit et venoit virer de bord tout près de terre, que le 6 il a entendu de très loin dans la brume 12 coups de canon, mais ne sait ce que c’est. Depuis le 16 qu’il est parti de la Pointe des Monts, il n’a rien vu dans la rivière.

Le 29 le Sieur Salaberry, qui avoit esté envoyé le 6 Aoust en les biscayenne pour croiser et observer depuis le Cap Chat jusqu’à la Trinité, est arrivé ce matin, a vu aussi le vaisseau dont parle le nommé Ransin, et depuis le 18 qu’il est parti de la Trinité il n’a rien aperçu.

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Le Sieur Du Verge de St Blain, cadet, parti de Montréal avec 13 Sauvages du païs d'en haut pour aller en guerre est revenu le 31 Septembre avec un prisonnier pris près d'Orange.

Octobre le 1er.—Le Sieur de Belestre, enseigne, parti de Beaubassin le 8 Septembre est arrivé aujourd'hui, le Sieur de Ramesay nous écrivoit du même endroit, qu'attendu les avis qu'il en a eu que 8 vaisseaux anglois croisent au bas de la Rivière pour attendre notre détachement, et qu'il ne peut passer avec les bastimens sons un danger évident, il fait proposer au Sieur Duhamel, capitaine du navire le Toaneur de se charger de 100 prisonniers pour les conduire sur les terres ennemies ou en France s’il est possible afin d'assurer ce navire qui ne peut rester plus longtemps faute de vivres, les autres prisonniers viendront sur les bastiments jusques à Pabo, se flattant qu'il n’y aura pas de grands risques à courrir jusque là pour nos Canadiens et les petits bastiments ; il ajoute qu'il part pour se rendre à la Baye Verteoùil prendra les plus justes mesures pour son retour étant dans la dizette de vivres, que cependant on en trouveroit encore un peu avec de l'argent, mais qu'avec les billets, il faut forcer les habitants à fournir les secours les plus nécessaires.

Pour faciliter son retour il a permis à quelques officiers et Canadiens, au nombre de 40, de prendre la route de la rivière St Jean.

Le général a écrit au sieur Coulon, capitaine, de faire en sorte que les Anglois ne forment absolument au ‘uns nouveaux établissemens, à l’Acadie, de s'entendre avec monsieur le Loutre missionnaire à ChibenAcadie pour que ce dernier fasse roder ses Sauvages vers le port de Chibouctou et de la Hève, pour que les Anglois, qui seront certainement instruits qu’il est venu cet été dans ce premier port des vaisseaux du Roy, n’y fassent aucuns établissemens s'ils s’y présentoient, étant de conséquence de nous conserver la possession de ces deux endroits qui sont les seuls en Acadie où des vaisseaux de guerre penvent être en süreté.

Octobre le 2.—Est arrivé le Nieur Pean, lieutenant, parti de la Baye Verte le 14 du passé dans 6 biscayennes et 2 esquifs, avec 2 officiers, 72 Canadiens et 48 prisonniers, lesquels manquent absolument de vivres, n’en ayant eu en partant que pour 8 à 10 jours.

Cette officier nous apporte des lettres venant du bord du navire le Tonneur qu'il a vu à St Bernabé, elles sont de monsieur de Guillemin, dattés au dit lieu le 28 du passé, lequel nous adresse une lettre de monsieur de Ramesay au Cap Touèmin à 6 lieues de Baye Verte, le 17, Tbre, par laquelle il nous marque qu'ayant esté forcé de partir de la Baye Verte, n'ayant plus de vivres, il s'étoit embarqué sur les bastimens de notre armadille pour se rendre à Québec, malgré les risques qu'il courroit, qu'il vient de recevoir une lettre de Monsieur Girard prestre missionnaire à Copeguil adressée au Père Germain en date du 15 dudit mois de septembre dont la teneur suit : “ Je vous envoye un exprès pour vous faire sçavoir qu'il est arrivé dans un hâvre nommé au Castor à 15 lieues de Chibouctou un navire, il y a 12 ou 13 jours qu'il a quitté la flotte il y a 14 jours à 300 lieues de France, il s'est battu 8 jours contre deux corsaires anglois après avoir quitté la flotte, son second a été tué et 11 hommes, il a envoyé sa chaloupe à Chibouctou, d'où l’on a envoyé un exprès pour Monsieur Leloutre pour porter les paquets du Roy aux navires arrivés à Chibouctou et qui sont partis pour France comme vous savez, ce qui les a bien surpris, le navire après s'être racommodé doit être saus (st) chibouctou, la flotte est de 150 voiles dont 30 vaisseaux de ligne, sans parler de l’escadre de Toulon et de l'Espagne qui doivent s'y joindre et qui ne l’étoient pas encore au départ du navire déjà arrivé, la flotte doit hiverner.

Tout ce que je vous dis je l’ay appris par l’exprès qu'on a vu et parlé au sergent de la chaloupe à Chibouctou. Monsieur le Loutre est du côté des Mines, je luy ay envoyé rn exprès de Copeguyt pour luy porter la lettre venant de Chibouctou.”

Sur cette lettre Monsieur de Ramesay ayant tenu Conseil, il a été décidé qu'il retourneroit aux Mines avec tous ses officiers qui étoient embarqués sur les bastimens, à l’exception de deux et d’un détachement de miliciers pour se rendre plus facilement et rejoindre le détachement de Monsieur Coulon qui est aux Mines, qu'il a laissé le reste des Canadiens à bord des bastiments pour escorter les prisonniers au nombre de 100 et plus et lorsqu’il se sera rendu à la Baye Verte, il nous informera plus amplement par des courriers qu'il enverra par terre.

Le Sieur Péan ajoute que le Père Germain étoit parti de Beaubassin 4 à 5 jours avant luy pour se rendre à Québec par la rivière St Jean, et que si

le nommé Pilotte parti de Québec le 27 aoust qui porte 6000 1. d'espèce fut arrivé avant son départ, tout le détachement auroit encore resté quelques jours à Beaubassin et que ce qui a obligé Monsieur de Ramesay à l'envoyer en biscayenne avec 160 hommes, c'est qu'on ne pouvoit absolument plus avoir de vivres des Acadiens sans argent.

Monsieur de Guillimin marque que le détachement ct les prisonniers sont embarqués dans le navire le Tourneur (sic) et cinq petits bastiments de notre armadill: que ces derniers sont de l'arrière, qu'il vient de rencontrer le Sieur Vitré que nous avions envoyé à Gaspé chargé de vivres dont il en a pris une partie et l’a renvoyée au devant des autres bastiments et des chaloupes commandées par le Sieur Péan qui en manque.

Le Sieur Péan ajoute que quelques jours avant son départ de Beaubassin, étant revenu un exprès envoyé à Port Royal par Monsieur de Ramesay, lequel a rapporté avoir entendu dire aux anglois du fort qu'ils avoient eu avis qu'il y avoit 4 vaisseaux de guerre espagnols qui croisoient devant l'entrée de la baye de Baston.

Le 3.—Le Sieur Dubreuil officier parti de Montréal avec environ 50 Sauvages Iroquois et autres pays d'en haut, deux cadets, deux canadiens et un officier de milice nommé Derivier pour aller en guerre sur les côtes de la Nouvelle Angleterre, de retour le 1er Novembre avec 10 chevelures et six prisonniers fait auprès du fort de Sarasté.

Le 6.—Le Brigantin l'Emerillon commandé par le Sieur Boucherville arrivé à la baye verte avec 20 canadiens et 16 prisonniers.

Le bateau le Loup-marin, capitaine le S' Aubert avec 20 canadiens et 13 prisonniers.

Le bateau la Société, capitaine le Sieur Despleine avec 41 canadiens et 18 prisonniers.

Le 7.—Le Sieur Guillemin, commissaire à la suite du détachement de Canada, vient d'arriver par terre, il a laissé le navire le Tourneur à St Joachim, ce navire à mouillé en rade ce soir, chargé de 34 canadiens et 43 prisonniers.

Ce jour est arrivé le père Lacorne Recolet Missionnaire à Miramichi, parti de la baye verte au commencement du mois dernier, il nous a repré-

senté la triste situation des Sauvages de sa mission par le manque de vivres et d'habillements, dans un temps où la saison commence déjà à cstre rude, qu'ils ont tous abandonné l'Acadie, et sont revenus à Miramichi, tous mécontens de n'avoir pas trouvé dans cette province les secours que nous leur avions fait espérer, quoique la saison soit avancée nous tâcherons de renvoyer le Père Lacorne à sa mission pour porter à ses Sauvages quelques secours en vivres et effets pour les vêtir atin de les engager à retourner en

Acadie si on à besoin d'eux pour quelqu'expédition.

Le 8.—Arrivé du sieur Lagroix Girard (sic) cap de la goëélette l’Aimable Martre venant de la Baye Verte avec 35 Canadiens et 16 prisonniers. (sic).

Le 13.—Lst arrivé le nommé Pierre Hève venant de Gaspé, a déclaré qu'étant à Kerpont, côte du nord, il a vu à lo mi-aoust deux navires qui croisoient dans ces parages et qu’estant au Mont Louis côte du sud du golfe il a aussi vu le 18 du passé un gros bastiment et un brigantin ou goelette qui croisoient dudit lieu aux sept isles, surement ce ne sont pas des navires françois.

Le 14.—Deux courriers nouveaux arrivés de Beaubassin nous apprennent enfin l'agréable nouvelle de l’arrivée de l’escadre à l’Acadie, on nous adresse copie d'une lettre écrite par monsieur Bigot intendant de l’escadre à monsieur Le Coutre, prêtre missionnaire à l'Acadie, datée de Chibouctou le 21 bre, par laquelle le premier mande à ce missionnaire que l'Escadre commandée par monsieur le Duc d'Enville à mouillé à Chibouctou le 20 dudit mois, il luy demande de luy faire trouver une cinquantaine de bœufs au moins pour les besoins de l’escadre et dont il payera le prix comptant.

Il Je prie de se rendre à Chibouctou et de faire avertir les habitans de l’Acadie qui auront des billets pour fournitures faites aux détachemens de François et Sauvages qui y ont séjournés, d'envoyer les dits billets à Chibouctou où il en payera le montant.

Cette nouvelle a répandu une grande joie dans l’Acadie, les habitans de cette province n'osoient plus espérer qu'il y viendroit des forces d'Europe, ils refusoient même aux Canadiens et aux Sauvages qui y doivent hyverner les secours les plus pressans dans la crainte de n'être pas payés de très longtemps de leurs fournitures pour lesquels on leur expédioit des certificats ; on espère qu'à présent il n’y aura plus de difficultés à cet égard.

Monsieur Iocquart continue à faire charger des vivres sur 3 on 4 des plus forts bastimens qui soient en rad: pour les envoyer à l'escadre au premier avis que nous recevrons de monsieur ls Due d'Envill.

Octobre le 14—Nous envoyons un exprès à Kamouraska et nous donnons les ordres nécessaires pour faire pratiquer un chemin ou sentier d'environ 3 pieds dans le portage depuis la Rivière du Loup à 40 lieues audessous de Québec jusques au lac Témisquata d'où l’on va en canot par la rivière St Jean jusqu'à Beaubassin, et ce pour faciliter la communication avec l'Escadre et pour y faire passer quelques détachement de françois et

sauvages s’il est nécessaire.

Il est arrivé la goëlette la Marie commandée par le Sieur Chauveau chargée de 27 Canadiens et 14 prisonniers dont il en est mort deux dans la route, c'est le dernier bastiment de ceux qui avoient transporté au printemps dernier le détachement de françois et sauvages que nous avions envoyé à l’Acadie.

Ces prisonniers aiusy que ceux venus par les derniers bastiments faisant en total 106 ont été mis aux cazernes à Québec, ils sont actuellement au nombre de 240 tant de l’année dernière que de celle-cy.

Le 15 on nous amène des Trois Rivières 5 prisonniers, deux d’entr'eux L] qui ont été pris au commencement de septembre sur les côtes de Baston disent qu’il a été question en cette ville d'attaquer le Canada, que le projet a manqué, et qu'il y avoit à la fin d'aoust à Baston 8 vaisseaux de guerre gros et moyens.

Le 20.—Les cinq chaloupes restant des huit qui sont venues de l’Acadie sous la conduite du Sieur Péan ct qui étoient restées en arrière, sont arrivées, les canadiens et prisonniers ont extrêmement souflert par le manque de vivres.

Le 23.—T; Père Maurice Lacorne, missionnaire des Miemacs de Miramichi, est parti aujourd’hui dans le bateau que nous avons fait armer, il est chargé de vivres et de marchandises pour secourir ses sauvages qui sont dans une extrême misère, ce missionnaire doit suivre les ordres de Monsieur le Duc D'Anville pour envoyer les Micmacs où il jugera à propos. Il doit même les accompagner.

Nous écrivons par cette occasion à Monsieur le Commandant de l’Escadre sur l'inquiétude où nous sommes de l’arrivée de nos vaisseaux de Larochelle et de la nécessité qu'il y a pour le bien de la colonie qu'ils nous parviennent.

Le 27.—I1 y a aujourd’hui 14 jours que nous avons reçu ia nouvelle de l'arrivée de l'escadre à Chibouctou, et il y en a 37 qu’elle a mouillé dans ce port, il n’est pas possible que depuis le 27 septembre date des dernières lettres de Beaubassin, il n’ayt été expédié de nouveaux courriers pour nous apporter les depesches de Monsieur le Duc d’Enville, nous craignons qui ne leur soit arrivé accident ; dans l'incertitude où nous sommes des besoins de l’escadre faute d'avis que nous attendons cependant à chaque instant, n'avons pas cru devoir attendre plus longtemps pour envoyer à Chibouctou des secours en vivres et rafraichissements, ces secours consistent en 6", q”. de farine, 1500 q"*. de biscuit, 830 q". de pois, 200 q". de morues, 500 minots d'avoine et 40 milliers de fer ils seront chargés sur 6 navires.

Nous expédrions aujourd'hui par la route de la rivière St Jean Beau. ryen (sic) de Vilemonde, enseigne, pour porter nos dépè:hes à Monsieur le commandant de l’escadre, nous l’informons du party que nous prenons de luy envoyer des secours à Chibouctou et toutes nos dispositions en conséquence.

Novembre le 3.—$Sept Sauvages aniés arrivèrent à Montréal sous pretexte de venir avertir leur Père Onontio des desseins que les Anglois avoient formés de faire la conqueste du fort St Frederic, ils arrivèrent par la rivière de Chateauguay et eurent des pourparlers avec quelques chefs de nos domiciliés du Sault qui ne donnent pas des preuves de fidélité bien parfaites.

Ces Sauvages qui paroissent bien dans la bonne foi furent bien reçus et firent coup en s eu retournant à l'Isle Lamotte sur des charpentiers qui y étoient établis pour y couper du bois pour la construction des vaisseaux du Roy dont l’un d'eux fut pris prisonnier et amené à leur village, le chef du party se nommoit Choguévroguin.

Un party de 12 à 15 Sauvages que l'on dout être aniés ont fait coup à Soulanges où ils ont bruslé 2 maisons et deux granges, fait trois prisonniers et tué trois personnes, le capitaine de la coste fait prisonnier.

Le 9 le Sieur de Repentigny officier party de Montréal le 11 octobre | avec deux cadets, un habitant et 80 Iroquois du Sault pour aller faire une découverte du costé de Sarasto, sont arrivés avec deux chevelures faites à ee Sarasto, où ils ont vu quantité de monde qui s’y rassembloient et qui y ER

| transportoient beaucoup de munitions. nn : |

Le 26.—Trente Sauvages de Bécancour et 24 de St François arrivèrent à Montréal pour aller tenir garnison dans les corps de garde avancés de ce (l fi: gouvernement. ane | Le 27.—Dix huit Micmacs et 64 Sauvages de l'Acadie établis à Québec AU à arrivèrent pour être employés au même service.

Décembre le 1” monsieur de Gannes, officier, a été détaché pour con- 14 os

duire au fort St Frédéric un détachement de 66 Sauvages Abénakis et SCT

à Malecites qui y doivent faire des découvertes. À cr

Le 9, arrivée des S'° St Blain, L'Evervanche et Langy (sie) cadet partis

de Montréal le 8 octobre avec 183 Sauvages Abénakis pour aller en guerre F (

du costé de Connecticut, en revenant de Saranto ce petit party rencontra M:

Thoguenaguin qui retournait à Orange avec le charpentier prisonnier, mais

comme la plus grande partie de leurs Sauvages les avoient quitté, ils furent + sa

obligés de les laisser aller après avoir fait tous leurs efforts pour ravoir le 3 ï de

François, ee qui ne leur fut pas possible, la partie n'étant pas égale. ) pl Décembre le 17.—Neuf jeunes guerriers du lac partis de Montréal pour

aller en guerre sur les costes de la Nouvelle Angleterre, arrivés avec une

chevelure levée à un habitant du village de Northanton.

Le 18.—Un jeune Abénakis qui gardoit la cabanne de son père établie | près de Soulanges a ex la chevelure levée, l'on soupçonne de ce coup un Moraigan et un prisonnier Anglois qui sont absents du Sault, Cinquante Iroquois de ce village sont partis pour aller après.

Ces prisonniers n'ont pu se rendre, l'Anglois est mort de misère, le f Moraignan après l'avoir mangé pour vivre a été atrapé et ramené icy et remis aux Abénakis qui lui ont donné la vie.

Le 20.—Dix guerriers du Sault sont partis pour aller au fort St. Frédéric y passer l’hyver et y faire des découvertes du costé de l’ennemy.

Le 25.—Huit guerriers du lac partis le 16 octobre pour aller faire coup

du costé de Conetikoute (si) sont revenus avec un prisonnier.

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