LETTRE DU R. P. GERMAIN
À la Rivière St Jean, le 16 Aoust.
Monsieur,
Etant arrivé à la Rivière St Jean, 1l est venu au b»3 de ladite rivière
trois bastimens anglois, dont deux ont resté jusqu'à ce que Monsieur de Boishebeït et les Sauvages aient esté leur parler. J'ai esté comme mission-
naire pour servir d'interprète aux Sauvages, j'ay on même temps profité de
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l'occasion pour sçavoir du Capitaine Hon ce que les anglois pensoient du détachement envoié icy. Monsieur de Boishebert vous rendra compte de ce qui icgarde son détachement, moy je vais, Monsieur, vous informer de ce que j'ai pu entrevoir touchant les prétentions de l'Anglois pour ces quartiers.
Monsieur le capitaine Hon qui accompagnoit comme interprète, et je crois comme adjoint M. Rous (si) capitaine de vaisseau, envoyé par le gouverneur de la Nouvelle Ecosse, qu'ils appellent Cornwalles, résident à Chibouctou, me fit connoître dans ses discours que les anglois n'avoient pour bornes à l’Acadie que la possession des endroits de cette coste depuis un lieu nommé Permok8anti à 13 lieues plus vers Baston, que la rivière St Jean, sans me faire mention, qu'ils prétendoient avoir grande profondeur dans les terres, ce qui mettroit toujours les habitations de cette rivière toutes sous le gouvernement du Canada, il m'ajouta qu’il y avoit un article dans le traité de paix pour envoyer des commissaires de part et d’autres, afin de fixer les bornes de la Nouvelle E:osse, tellement que leur plus forte preuve pour ces quartiers, c'est la possession, or ils n'en ont jamais eu aucun dans les terres de ce costé-cy de la Baie Françoise, sinon à Pekoudiak et Memerancougs, qui sont à deux lieues dans les terres près de Boaubassin, ces derniers endroits seroient importants pour soutenir la rivière
St Jean selon le mémoire que j'ay eu l'honneur de vous laisser à Québec.
Le même capitaine Hon me dit qu'ils avoient du côté de la Baie Verte, jusqu'au Cap Desrosiers, si cela leur était accordé, il seroit inutile de vouloir rien établir par icy, on seroit partout entouré d'anglois, au lieu que s'ils sont bornés au Cap Tourentin qui est environ trois lieues plus haut vers Gaspé que la Baye Verte, on pourra faire quelque chose pour nous par icy, la chose paroit même si nécessaire qu'il vaudroit mieux selon l'expérience et la connoïissance que j'ay du pays céder à l’anglois la côte de ce costé-cy de la Baye Françoise, depuis Permokonti jusques à Beaubassin, avec une ou deux livues de profondeur pas plus, que de les laisser aller au delà du Cap Tourmentin du côté de la Baye Verte, car s'ils ont cela ils couperont toute communication par terre de Québec à Louis-
bourg qui paroit être un article important.
Voilà à peu près, L'onsieur, ce que j'ay cru devoir ajouter au mémoire
que j'ay eu l'honneur de vous remettre à Québec,
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Pour ce qui regarde les Sauvages, ils sont allés au nombre de 12 à Chibouctou, uniquement pour voir ce que l’anglois leur vouloit en la deuxième fois qu’il les vint chercher. Il n’y a pas de chef et rien ne doit être conclu.
C'est une visite qu'il rendent à l’Anglois, s’il leur propose quelque chose, rien ne peut être terminé qu'après que les envoyés auront rapporté aux chefs de quoy il s'agit.
Ceux-cy ont promis qu'ils ne donneroient pas de réponse à l’Anglois qu'après vous avoir informé de tout, si Monsieur Boishebert le juge nécessaire, le commandant aura besoin de vos instructions là dessus.
J'ai l’honnenr d'être avec un très profond respect, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,
Signé : GERMAIN, Jésuite.