‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 167 sur 206 · OT · texte numérisé non relu

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tion d'informer Monsieur Desherbiers gouverneur de l'Isle Royale de toutes ses démarches et je Jui ay communiqué toutes les ordonnances du Général Cornwallis et je pense qu'il vous les aura fait passer ; à mon arrivée à l'Acadie j'ay fait passer trois de mes sauvages jusqu'à Québec pour informer Monsieur de la Jonquière nouvellement arrivé de la triste scituation des Accadiens, et je viens d'apprendre par ses lettres qu'il a pris la résolution de continuer le plan de Monsieur de la Callissonnière et de soutenir le projet qu'il avoit commencé faisant prendre possession de la rivière St Jean par l’un de ses officiers avec ordre d'y faire un fort, de faire un corps de milice des habitans qui y sont establis, deffence faites à cesdits habitans de reconnoitre d'autre maitre que le Roy de France pour soutenir cette entreprise, Monsieur de la Jonquière a fait partir deux bastiments de Québec pour Cocagne qui est le port de mer le plus proche du Cap Tourmentain, attendons tous les jours ces battiments, et suivant les lettres que nous en

avons reçu, ils ne doivent pas tarder.

Monsieur le Chevalier de la Corne est à la tête d’un détachement considérable, il a ordre d'établir le port de Cocagne et d'y faire un fort, de conserver la rivière St Jean, de prendre possession des trois autres rivières Chippoudy, Petkondiac et MemeSamkouk qui se trouvent sur la même coste, de faire un corps de milice des habitans qui sont établis dans cesdites rivières, de leur faire défense de reconnoitre d'autre maitre que le Roy de France et d'employer toutes ses forces tant du côté des françois que des Sauvages pour se maintenir dans cette prise de possession et repousser les anglois s'ils y viennent.

Monsieur de la Gallissonnière qui passe en France informera Votre Grandeur de la situation de ces Rivières et de Ja côte depuis le Cap Tourmentin jusqu'à Gaspé qui fait le commencement du fleuve St Laurent et de l'avantage et de l'utilité qu'il en reviendra à l’état pour cette prise de possession.

Cette démarche des puissances du Canada console et anime tellement le Acadiens qu'ils ont pris la résolution de députer l'un d'entre eux et nommer Monsieur Joseph Vignan pour vous informer, Monseigneur, de leur triste situation et implorer l'honneur de Votre protection, et je prends la liberté d'exposer à Votre Grandeur que l'on trouvera plus de mille

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familles acadiennes pour établir les rivières et la côte dont on vient de prendre possession, elles sont toutes prêtes à se soumettre à l'obéissance de Sa Majesté Très Chrétienne et à se sacrifier pour soutenir la gloire et l’intérêt de l'état; mais comme il se trouve quelques dificultés, vous me permettrez, Monseigneur, de vous les exposer.

Les Acadiens françois de nation ont tomb par les malheurs de la guerre et sous le gouvernement de Monsieur de Soubergasse sous la domination de la Grande Bretagne en 1713, l'Acadie ayant été cédée aux anglois par le traitté d'Utrecht et dans les termes les plus amples, les anglois prétendent avoir toute l'étendue de l’Acadie portée dans la commission de Monsieur de Subercasse gouverneur de Port Royal et prétendent que cette étendue va jusqu'au Cap Desrosiers qui est à l'entrée du fleuve St Laurent.

Le Général Cornwallis envoyé de la part au Roy d'Angleterre pour l'établissement de Chibouctou prétend que les Acadiens ne peuvent plus sortir de l’Acadie, que tous ceux qui en sortent sont et doivent être regardés comme déserteurs et punis comme tels en conséquence le général a fait défence aux Acadiens de sortir sous de graves peines, il fait passer dans les Mines 7 à 800 hommes et il fait travailler à consiruire un fort pour contenir et soumettre l'habitant à sa volonté, et il y a continuellement deux bastiments arinés dans l'entrée des Mines pour empescher les habitans d'en sortir avec leurs petites voitures, la raison de ce général est que par ïe traitté d'Utrecht les Acadiens avoient un an pour délibérer et choisir de demeurer ou sortir de l'Acadie avec leurs effets mobiliers, que les Acadiens ayant choisi d'y demeurer, il ne doit plus être dans le pouvoir d’en sortir, vu que depuis 1714 ils sont devenus les véritables sujets du Roy d'Angleterre.

Il est vray, Monseigneur, que l’Acadie a été cédée à l'Anglois dans toute son étendue et dans les termes les plus amples, mais avec cette close que les deux couronnes nommeroient des expers pour placer les bornes de l’Acadie et la séparer des terres du Canada, ce qui n’a pas encore esté fait jusqu’à présent, les puissances du Canada prétendent que l’Acadie n’est qu'une péninsule, une presqu'isle, et qu’en donnant aux anglois cette péninsule on leur donnera toute l'étendue de l’Acadie, et qu'aussy il faut leur donner depuis le Cap Tourmentain ou la Baye Verte où est le portage

d'une grande lieue qui fait et constitue l'Acadie péninsule, toute la partie du Sud en traversant la Baye Françoise suivant la coste de l'Est jusqu'à l'Isle de Campceau exclusivement, revenant par le passage de Fronsac jus-

qu'au Cap Tourmentain ou à la Baye Verte.

Voilà ce que nous appelons l'Acadie et voilà ce que les puissances de Québec veulent donner à l’Anglois et rien d'avantage, et en conséquence ces messieurs ont fait prendre possession de toute la côte depuis le Cap Tourmentin jusqu'à Gaspé avec la partie du nord de la Baye Françoise où se trouve la rivière St Jean et les trois autres rivières, je pense que Votre Grandeur soutiendra ce que ces messieurs ont fait et par ce moyen les Acadiens trouveront des terres à cultiver.

Quant à la défense faite par le Général Cornwallis aux Acadiens, je pense qu'elle ne doit avoir lieu, et Votre Grandeur me permettra de luy

exposer comme les Acadiens se sont comportés depuis la paix d'Utrecht.

Les experts n'ayant point esté nommés pour placer les bornes de l’Acadie et la séparer des terres du Canada, et les Anglois leur faisant entendre qu'ils avoient jusqu'au Cap Desrosiers, les habitans ne sachant où aller pour cultiver des terres françoises demeurèrent dans l’Acadie comme une populace mutinée refusant de prester le serment de fidèlité au Roy de la Grande Bretagne, faisant la guerre avec les Sauvages aux Anglois et défendant aussy leurs terres et leur religion jusqu'à l’année 1727 dans laquelle ils firent un traité particulier avec Monsieur Philip général de cette province et envoyé de la part du Roy d'Angleterre, par lequel lesdits Acadiens promettent d'être fidèles au Roy Georges IT et luy obéir, et en vertu de ce serment le Général Philip leur accorde au nom du Roy son maitre la jouissance paisible de leurs biens, le libre et public exercise de leur religion avec la liberté d'avoir des prêtres catholiques et romains pour les instruire, l’exemption de porter les armes contre qui que ce soit, la liberté de se retirer ailleurs quand bon leur semblera, et qu'ils seront déchargés du serment de fidèlité dès qu'ils ne seront plus sur les terres de la Grande Bretagne.

Vous me permettez, Monseigneur, de vous faire remarquer que le Roy George a approuvé ce que son général avoit fait pour la tranquilité de sa

province, et qu'en conséquence les Acadiens ont jusqu'à présent de ces pri-

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vilèges, que même pendant cette dernière guerre, Monsieur Mascaren Gouverneur d'Annapolis Royale a laissé les Acadiens tranquils, et ne leur a jamais parlé de prendre les armes pour la défense de la province, qu'il les a toujours exhorté à garder le traitté qu'ils avoient fait avec le Général Philip et ieur a promis de les faire jouir aussi longtemps qu'ils seroient fidèles, des prérogatives que le général leur avoit promis au nom du Roy son maitre.

Les Acadiens prétendent en vertu de ce traitté être en droit de sortir de l'Acadie avec leurs effets mobiliers, et en conséquence ils ont représenté au Général Cornwallis pour répondre à ses ordres une requeste signée de plus de mille personnes, par laquelle ils refusent de prêter un nouveau serment et de prendre les armes contre les françois et les Sauvages pour la défense de cette province, et protestent tous qu'ils sont prêts à sortir de leur patrie

plustôt que de se soumettre à ses ordres.

Mais comme une populasse ne peut rien contre une puissance qui a la force en mains, les Acadiens réclament, Monseigneur, votre protection et prennent la liberté d'implorer votre secours ; ils espèrent que votre Grrandeur voudra bien s'intéresser pour eux auprès du Roy leur premier maitre, et c’est dans cette vue qu'ils ont député Monsieur Vignan qui aura l'honneur de vous présenter une requeste de leur part, et comme la justice parle pour eux et que la France est la ressource des malheureux, j'espère, Monseigneur, que vous voudrez bien prendre sous votre protection ce peuple abandonné et que vous obtiendrez de Sa Majesté et la liberté de sortir de l’Acadie et les moyens de s'établir sur les terres françoises et de transporter leurs effets soit dans la rivière St Jean soit dans les autres terres dont les

puissances du Canada viennent de prendre possession.

Les Acadiens soutiendront aux dépens de leur vie cette prise de possession, travailleront avec courage à cultiver les terres, feront flewrir le commerce, fourniront l'Isle Royale de rafraichissemens de toute espèce, et en cas de guerre on trouvera plus de trois mille hommes portant les armes soit pour la défense de Louisbourg, soit pour reprendre l’Acadie, et dans ces circonstances on verra les Acadiens marcher contre l'Anglois et se battre en braves contre l'ennemi de l’état.

Monsieur Desherbiers m'a demandé un état de ma mission, des noms

des villages qui en dépendent et le nombre des Sauvages qui la composent,

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je le Tuy ay envoié exactement, vous verrez, Monseigneur, que j'ay perdu beaucoup de Sauvages, que j'ay beaucoup de veuves et d'orphelins depuis cette guerre, j'en compte cependant cent quatre-vingt en état de porter les armes, je les ay trouvés dans une extrême pauvreté; mes Kauvages étant de l'Acadie qui a esté le théâtre de la guerre, n'ont pu s'occuper au jardinage ni pour leur chasse ordinaire,

[ls ont esté de tous les partis et ont suivi tous les détachements, j'ay obtenu de Monsieur Bigot que j'ay vu à Louisbourg des présens extraordinaires pour recompenser leur fidélité, je les leur ay distribués à mon arrivée à l'Acadie, et j'ay eu cette consolation de les entendre promettre une fidèlité inviolable au Roy de France leur père. Je les ay trouvé bien zé616s pour la religion catholique ; je les ay vu mépriser les présens du général Cornwallis ils continuent à faire la guerre aux anglois, ils sont présentement à Chibouctou et sont bien déterminés à aider les Acadiens qu'ils regardent comme leurs frères, à sortir de l'Acadie et sauver leurs bestiaux et bagoages,

Ni les anglois continuent de s'establir dans l'Acadie, je seray obligé d'en sortir avec mes Nauvages, je pense que nous nous retirerons à l'Isle Royale, je suis obligé d'abandonner dès cette année ma mission de Chigabenakady, les anglois en sont trop proches. Je suis obligé d'aller de côté et d'autre, les anglois ont juré ma perte, et s'ils peuvent m'atraper s'en est fait de ma personne, j'hiverneray, cependant, et j'y resteray aussy longtemps que ma présence sera de quelqu'utilité pour le bien de l'état et de la Religion, je seray à Beaubassin à portée des ofliciers de Québec, je pourray communiquer avee eux, et j'observeray les démarches des anglois

pour en informer Monsieur Desherbiers et les puissances du Canada. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, de Votre Grandeur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

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