RAPPORT DE MONSIEUR BIGOT
Monseigneur,
J'ay l'honneur de vous informer qu'il est venu en ce pays un accademicien Suedois nommé Pierre Kalm, muni des passeports du Roy de France et de Monsieur le Marquis de Laumary ambassadeur à la Cour de Suede, Lorsqu'il arriva au fort St Fréderic, venant de la Nouvelle Angleterre, le commandant de ce fort en donna avis à Monsieur le Comte de la Galissonnière qui luy ordonna de fournir audit S' Kalm un canot armé et tout ce qui lui seroit nécessaire pour se rendre à Québec, où il ne s'est occupé suivant le compte qui nous en a été rendu par le Sieur Gautier, medecin qui l’a toujours accompagné, qu'à faire des observations sur les minéraux, sur les vegetaux et sur les animaux, ce médecin nous a assuré que ces observations n'avoient d'autre objet que de les connaître et d'en faire la description.
Il a séjourné à Québec environ 40 jours, et Monsieur de la Galissonnière m'ayant dit que de pareils botanistes qui avoient esté envoyé de France en Suede, y avoient esté bien traités et même defrayés, j'ay fait payer icy par represailles sa pension, ainsy que les depenses que les recherches qu'il y a faites ont occasionné.
Il est parti de Québec il y a environ un mois, je donnay ordre à Montréal de le défrayer dans sa route et pendant le séjour qu'il y feroit ; on m'écrit qu'il en est parti le 10 de ce mois pour se rendre à Orange par le fort St Frédéric, il vouloit s’en retourner par le fort Frontenac pour se rendre à Chouaguin, mais Monsieur le Marquis de la Joncquière n’a pas jugé à propos de luy permettre de prendre cette route, dont il a paru mortifié.
Ce botaniste emporte avec luy beaucoup de graines de plantes et d'arbres.
J'espère, Monseigneur, que vous approuverez que j'ay fait payer les
dépenses qu’il a occasionné et dont cy joint en sont les états : Je suis avec un profond respect, Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Biaor.