LETTRE DU GOUVERNEUR PHILIPPS A MON'IEUR LE MARQUIS DE LAJONQUIÈRE
Boston, le 4 octobre, 1750.
Monsieur,
Je ne doute point qu'avant la réception de cette lettre vous n'ayez été informé du succès qu’un party de Sauvages de votre gouvernement a eu dans les hostilités qu'il est venu exercer sur les habitans de cette province. J’ay trop sujet de penser qu'ils ont été encouragés par les sujets du Roy très chrétien ; et je suis très mal informé ou ils ont été poussés à cette expédition par le gouverneur et commandant des Trois Rivières.
Je ne puis concevoir comme on peut concilier cela avec le traité qui subsiste entre les deux nations.
Je sais que sur le premier avis de la cessation d'armes les gouverneurs de cette province et de celle de York se crurent obligés d'arrêter les Sauvages qui sont dans les intérests de Sa Majesté Britanique, et de les empècher d'exercer aucune hostilité contre les françois, ce qu'ils ne firent qu'avec répugnance, et il ne seroit pas difficile de les employer contre les françois de la même façon que les Sauvages françois ont été employés contre nous.
Aucun autre motif que l'intérêt de notre conservation ne pourroit justifier un pareil procédé ; mais je pense que ce principe nous justificroit aujourd'huy effectivement.
Près de vingt habitans dont la plus grande partie étoit femmes et enfans ont été surpris et faits prisonniers et obligés de se soumettre à tout ce que l'esclavage parmy une nation Sauvage a de dûr et de misérable ; et il seroit heureux pour eux de conserver seulement leur vie jusqu'à ce qu'ils fussent rendus à quelqu'une de vos habitations. Plusieurs maisons et granges ont été brulées et un grand nombre de bestiaux détruits.
Touttes ces pratiques ne pourroient pas passer pour une façon généreuse d’incommoder son ennemi même après une déclaration de guerre, combien doivent-elle être condamnées dans un temps de paix.
Si ces Sauvages sont sous votre protection et s'ils vous sont subordonnés, comme les gouverneurs de Canada l'ont souvent inseré dans leurs lettres, vous n'avez aucune raison de souffrir que ces nations retiennent des anglois prisonniers et captifs, et je dois insister sur leur prompt élargissement.
Le poïteur, capitaine Phinca Stevens, que je commets et que j'employe pour ce fait, se rendra auprès de vous et vous donnera les noms des prisonniers autant qu’ils sont venus à ma connoissance, et s’il s’en trouvoit quelqu'autre, je me trouve obligé d’insister pareillement sur leur élargissement
Si vous n'avez aucun droit ni autorité sur ces Nauvages et que vous les regardiez comme un peuple indépendant, vous me ferez plaisir de m'en informer. Je prendray quelqu’autre mesure pour obtenir satisfaction.
Je sçay qu'une des raisons que ces Sauvages ont alléguées pour justifier ces hostilités est le meurtre fait d'un Sauvage aux environs de nos habitations. Ils pretendent que ce Sauvage étoit de leur nation ; vous sçavez qu'on ne peut pas toujours prévenir ces sortes de crimes dans un gouvernement quelque bien policé qu'il soit, aussitôt, que j'en ay eu connoissance, je fis publier une ordonnance dans laquelle je promettois de recompenser largement ceux qui pourroient se saisir des trois personnes suspectes de ce meurtre, par ce moyen ils furent pris et emprisonnés.
Selon les constitutions d'Angleterre trois sujets oa1t droit d’être jugés par des jurés, et je ne pouvois procéder autrement que selon le cours ordinaire des lois ; en conséquence un d’eux a suby son jugement et a été dé-
chargé. Les deux autres sont encore en prison pour être jugés.
Les Sauvages de Pana8amské et de Narantsouak (l’homme tué appartenoit au dernier) m'ont envoyé leurs députés à Baston et ont été entièrement satisfaits ; et j'ay tout lieu de penser qu'ils connoissent les favorables dispositions qu'a ce gouvernement à leur rendre justice, et à observer religieusement les traités faits avec eux, et qu'ils ont en horreur la conduite des autres Sauvages et les mesures que l’on prend pour les animer.
Se seroit pour moy un grand plaisir si pendant que nos maîtres tiennent paix et amitié en Europe, l'harmonie et la bonne intelligence pouvoit être entretenues entre le gouvernement de cette province et celuy du Canada. Je ne négligeray rien de mon côté pour y contribuer en ce qui regardera le service de Sa Majesté et l'intérêt des peuples qui me sont confiés.
J'ay l'honneur d'être, ete.
LETTRE DE MONSIEUR PROVOST AU MINISTRE
Louisbourg le 15 octobre, 1750
Monseigreur,
Le bateau du nommé Jacob Maurice, Acadien, arrivé le 28 du mois dernier au Port Toulouse et chargé de 87 anglois pris par les Sauvages de l’Acadie qui furent renvoyés en ce fort le lendemain au soir sur une petite goélette (sic).
Ces prisonniers ont été arrêtés aux environs de Chibouctou et beaucoup d'eux détenus depuis l'automne dernier, l'hiver dernier et le printemps. Il y a dans ce nombre que 17 soldats, 6 femmes, et le reste est composé d'artisans et de gens sans profession.
À Il paraît par leur dépositions que c'est Monsieur le Loutre qui les a ' à tirés des mains des Sauvages et qui à traitté de leur rançon pour une somme de 8155 £ 7 s., pour la sureté de laquelle les Sauvages ont gardé en ni ôtage un lieutenant d'infanterie et deux bas officiers. dt
Pendant la route de l'Acadie au Fort Toulouse ces prisonniers ayant EL voulu forcer Jacob Maurice à les conduire directement à la Nouvelle : Angleterre, duquel pays la plus grande partie sont natifs, ce Patron a jetté à à la mer les lettres qui luy avoient été confiées, et ce n'est qu'à la faveur \s du vent contraire qu’il a abordé cette isle.
Sitôt leur arrivée Monsieur Desherbiers me fit prier de fretter un bâtiment pour porter ces trente sept prisonniers à Chibouctou, et de leur faire fournir la subsistance pour s’y rendre.
Cela fut exécuté.
Je suis avec un très profond respect,
etc...
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