RESUME D'UN MEMOIRE LU AU ROY
À Versailles, le 7 octobre, 1753.
Arrivé du vaisseau l’Algonquin en France—l’Abbé Piquet avec 3 Sauvages que l’on ne pourra s'empêcher de présenter au Roy. Tranquilité sur les côtes de l’Acadie. Rupture du traité des Anglois avec les Micmacs.
Le Vicomte de Léry, Lieutenant Général des Ingénieurs Français, est né à Québec en 1754. Il était dans plusieurs expéditions maritimes, pendant la révolution américaime, étant présent au combat du 9 et 12 d'avril 1782.
et mit en état de défense les Isles de la Guadeloupe et Tobago. En 1805, il était promu au rang de Lieutenant Général, et accompagna le Maréchal Macdonald dans les campagnes difficiles des Grisons. Après ça, il figuroit dans toutes les grandes batailles de l'Allemagne et de l'Espagne.
LETTRE DE MONSIEUR DUQUESNE AU MINISTRE
J'ay l'honneur de vous informer qu’au commencement du printemps, les Abénakis de St François et de Bekencour, en venant me demander la permission de se venger sur les Anglois de deux chefs qu'on leur avait tué Lol du côté de Baston, me firent part d’un projet où il s'agissait de ramener dans We! leur village les Loups, leurs frères ttablis dans le gouvernement d'Orange, parce que ces derniers leur avaient dit qu'ils ne pouvaient plus soutenir la (X ; domination angloise et qu'ils seroient bien aises d’être de la prière. k
Ces deux propositions me parurent si avantageuses, que je répondis à
ces Sauvages que s'ils étaient bien sûrs que les anglois eussent tué leurs is chefs, je ne pouvais mettre opposition à leur juste vengeance, et quant aux TH Loups je les rovevrais comme mes véritables enfans et les faciliterais même Fo
lorsqu'ils seraient rendus à St François. Je leur défendis en même temps ÿ de faire aucune insulte dans le gouvernement d'Orange, ce qu’ils me pro- it mirent. fe
Les Abénakis de St François ont exécuté exactement leur dessein du L'A -côté de Baston puisqu'ils ont fait dans cette campagne 30 prisonniers ou 18 chevelures. Ceux de Bekancourt composés en partie de jeunes gens ont | ‘été malgré ma défense faire coup sur le gouvernement d'Orange où ils ont QE brulé 12 lieues de pays, tué tous les bestiaux et ont apporté 5 chevelures. Comme ils avaient invité à cette entreprise quelques Nepissingues et Algon-
kins avec qui ils sont alliés, ces derniers qui n’ignoroient pas ma défenseayant eu l'audace d'entrer à Montréal où j'étais alors, en chantant la chason des chevelures, j'envoyay au plutôt pour les faire sortir de la ville ; et je leur fis dire que je les trouvais bien hardis de se présenter devant moy après m'avoir d'ésobéi, et avec des chevelures des anglois avec qui j'étais en paix.
N'ayant nulle part à cette étourderie je n'ay pas été faché qu’elle ait produit tant de terreur dans le Gouvernement d'Orange puisque les Loups ont profité du tems que tout le monde était retiré dans la ville pour se rendre à St François sans aucune opposition. De tout ce village il n’en reste plus que cinq qui étaient alors en chasse et on les attend journellement.
Tay appris en arri wnt à Québec, le 19 septembre, que les anglois avoient bâti un fort au huut de la rivière de Narantchouac, et que la majeure partie du corps de troupes que le Gouverneur Shirley avait amené dans cet endroit avait marché jusqu’à la hauteur des terres de la Beauce avec ordre de faire main basse sur les Sauvages et les Français qu'ils rencontreraient.
Je ne fus pas longtemps à m'appercevoir que les anglois n’auroient jamais pensé à faire un pareil établissement si les Abénakis de Narantchouac et ceux de Panaouamské n’avoient été gagnés. Car il n’est pas possible que ces Sauvages ayent été surpris comme ils veulent me le faire entendre ; et s'ils avaient voulu lever quelques chevelures, les anglois n'auroient jamais entrepris de bâtir ce fort ; maïs j'espère qu’ils payeront bien cher leur témérité, parce que les villages de St François et de Bekancourt ont déjà été à la découverte pour s'assurer du vray de la chose afin de concerter pendant l'hyver les opérations qu'ils auront à faire dès le commencement du printemps, et ils se sont chargés de faire agir vivement leurs frères qui se sont laissé séduire.
Sur cette nouvelle j'ay envoyé un courrier au Sieur de Boishebert commandant à la Rivière St Jean et au père Germain, missionnaire, pour engager les Amalecites à embrasser la cause des Abénækis avec qui ils sont alliés, et il y a tout à espérer qu'ils se mèleront volontiers de la querelle parce qu'ils ont eu un collier d'invitation de la part des bons Sauvages de Narantchouac.
J’ay encore fait savoir au Sieur de Vergor et à l'abbé le Loutre, l’usurpation de l’anglois et je les engage à faire frapper leurs Sauvages sous le prétexte que les Abénakis les y ont invités pour détruire les établissements que les anglois ont fait sur leurs terres.
Par l'avis certain que j'ay eu que les anglois veulent séduire tous les Abénakis, les Amalecites et les Micmacs par beaucoup de présents et avec 7000 livres sterlings en piastres, j'ay cru qu'il n’y aveit pas un moment à perdre pour faire rompre cette négociation, qui ne pourroit être que dangereuse, que de les pousser à frapper sans qu’il paraisse que cela vienne de moy. C’est pourquoy je me suis servy des commandants et des missionpaires pour les y engager en leur fournissant de la poudre et des balles, moyennant quoy je conserve les ménagemens extérieurs vis-à-vis l’anglois que je fais harceler, et il n’en coûte presque rien au Roy pour faire agir ces Sauvages.
Monsieur Drucourt m'apprend que Monsieur Lawrence, Gouverneur d'Halifax, avait invité Monsieur l'abbé le Loutre à un rendez-vous pour faire la paix avec ses Sauvages, et que ce missionnaire avait été informé qu'on avait fait marcher à cette occasion un gros corps de troupes qui devaient s'embusquer pour leur tomber sur le corps et les détruire.
Tout dévoile icy les trahisons que les anglois ont envie de faire. Ils en veulent à tous nos postes et ont si peu de considération pour le droit des gens que s'ils pouvaient venir à bout de faire assassiner tout le Canada, ils y attenteroient sans hésiter.
Je ne puis croire que le Roy d'Angleterre n'ait consenti à toutes leurs démarches, ou bien les Grouverneurs de ce continent se moquent de ses ordres.
La position où je me trouve est infiniment plus critique que si nous étions en pleine guerre. J'aurais bien envoyé sommer le commandant du Fort nouvellement bâti au haut de la rivière de Narantchouac et luy aurais fait demander pourquoy il s'établissait lorsqu'il n’y a encore rien eu de décidé par les commissaires respectifs ; mais il n’est pas douteux qu'il m'aurait gardé ceux que j'aurais chargé de cette sommation, puisqu'ils ont assassiné le Sieur de Jumonville, et que la meilleure façon de s’y prendre serait de marcher avec un corps de troupes et des Sauvages pour porter la
sommation au bout du fusil ; néanmoiïs qu'ils s’approchent d'avantage, je n’auserais prendre sur moy une démarche qui coûterait beaucoup.
Je me suis seulement borné à profiter des bonnes dispositions des Abénakis pour dégouter les Anglois de leur nouvel établissement ; et si vous jugez qu’il y ait quelque chose de mieux à faire, vous donnerez vos ordres à Monsieur de Vaudreuil.
Je suis avec un profond respect,
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Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,