LETTRE DE MONSIEUR JOHN GORHAM A MONSIEUR DE LAJONQUIÈRE
Monsieur,
Je prends la liberté de vous envoyer, incluse, la copie d'une lettre que j'ay reçue par le chemin de la Hollande et de Londre, touchant la dépense queje fis pour la nourriture et soutient de l'équipage d’un batiment de votre escadre, qui malheureusement échoua sur l’isle de Sable, et pour le louage d'un vaisseau en pavillon qui les transporta de ladite Isle en France, selon votre désir comme vous avez marqué dans une lettre à Monsieur Knowles qu'il m'a transmise de Louisbourg à Baston, et ce n'était, Monsieur, que sur votre parolle que j'ay dépensé la somme que vous verrez dans les papiers que j'avais l'honneur de vous présenter à Falmouth en Angleterre quand vous étiez sur votre retour de France.
Comme il y a à présent la paix entre les deux nations et que les commissaires d'échange n'ont rien à faire avec cela, je vous prie, Monsieur d'avoir la bonté d'écrire au Secrétaire de la Marine pour que je sois dédomagé de la perte que j'ay faite, afin que je sois en {tat de soutenir les autres qui peuvent avoir le même malheur.
Je le crois inutile de marquer à votre Excellence que c'es un bien général pour toutes les nations que cet Isle soit fournie de vivres, et je vous envoye, incluses, les véritables copies des certificats du premier et second capitaines du vaisseau le Leger qui était de votre escadre.
Je suis, etc.
John GORHAM.
MEMOIRE SUR LES FORTIFICATIONES DE L’ISLE ROYALE. LOUISBOURG ET L'ISLE. SAINT JEAN COTES DE L’ACADIE.
Louisbourg, le 27 mars.
LETTRE DE MONSIEUR DE LONGUEIL AU MINISTRE
Québec, le 26 Avril, 1752.
Monseigneur, .…...…. A ss
Depuis le 12 Octobre, il est déserté 31 soldats de la garnison de Beauséjour aux Anglois de la Nouvelle Angleterre. Monsieur de Vassan a fait faire des patrouilles pour éviter les désertions. - Je luy donne ordre de faire instruire leur procès et de faire exécuter sur les lieux leur jugements, ces examples pourroient seuls en imposer.
Tous les habitans Acadiens qui sont sur les terres du Roy ont prêté serment de fidelité à Sa Majesté. Monsieur de Lajonquière envoya cet hiver douze commissions d'officiers de Milices en blanc à Monsieur de Vassan pour les distribuer aux personnes les plus capables de remplir ces emplois.
Suivant un ressensement général fait par monsieur l'abbé le Loutre, les familles non refugiées consistent en 1470 personnes et les refugiées en 1114
personnes, tant hommes que femmes, garçons et filles, ce qui fait en tout 2584 personnes dont il n’y a que 694 hommes en état de porter les armes, Encore y comprend-on environ cent vieillards.
Un batiment anglois venant de Boston se trouva engagé dans les glaces le 27 décembre. Le commandant de Beaubassin pria Monsieur de Vassan de le protéger s’il s'eschoüait sur nos côtes. Il luy répondit qu'il le ferait.
Il a été raporté à Monsieur de Vassan qu’un batiment chargé de présents pour les Sauvages avait été pris par les anglois ; que les poudres et les armes avaient été jetées à la mer, et que le batiment avoit été conduit à la vue de l'isle Royale où il était entré.
PAROLES DES ABENAKIS DE ST FRANÇOIS AU CAPITAINE STEVENS, DEPUTE DU GOUVERNEUR DE BOSTON, EN PRESENCE DE MONSIEUR LE BARON DE LONGUEUIT, GOUVERNEUR DU CANADA, ET DES IROQUOIS DU SAULT ST LOUIS ET DU LAC DES DEUX MON-
TAGNES, LE 5 JUILLET 1752.
Arti8aneto, chef Orateur,
Mon frère,
Nous vous parions à vous comme si nous parlions à votre gouverneur de Boston. Nous entendons dire de toute part que ce Gouverneur et les Bostonnois, disent que les Abénakis sont de mauvaises gens. C’est en vain qu'on nous taxe d'avoir le cœur mal fait, c'est toujours vous nos frères qui nous ont attaqué ; vous avez une bouche de sucre, mais un cœur de fiel ; à la vérité dès que vous commencez, nous savons nous défendre.
2° Nous vous disons, mon frère, que nous ne demandons point la guerre ; nous ne demandons pas mieux que d’être tranquilies, et il ne tient qu’à nos frères les anglois d’avoir la paix avec nous,
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8° Nous n'avons point encore rendu les terres que nous habitons; nous voulons en conserver la possession. Nos anciens ont bien voulu vous souffrir, nos frères les Anglais, au bord de la mer, jusques à Sa8ak8ato, dès que cela a été décidé de même, nous le voulons bien aussi.
4 Nous ne voulons pas seulement céder un pouce des terres que nous habitons au delà de ce qui a été décidé anciennement par nos frères.
5° Vous avez depuis là, où vous êtes logés, la mer pour votre partage ; vous pouvez y traiter, mais nous vous défendons très expressément de tuer un seul Castor, ny prendre un morcc:u de bois sur les terres que nous habitons. Si vous voulez du bois nous vous le vendrons, mais vous ne l'aurez pas sans notre permission.
6° Qui est-ce qui vous a autorisé, nos frères, a faire arpenter ces terres ? Nous prions le Gouverneur de Baston, notre frère, de faire punir ces arpenteurs, ne pouvant pas nous imaginer que ce soit par son ordre.
7° Vous êtes donc les maitres, mon frère, de la paix que nous devons avoir avec vous ; d'abord que vous ne voudrez point enticiper sur ces terres, nous serons en paix comme le Roy de France l’est avec le Roy de la Grande Bretagne.
Par un collier.
8° Je vous repète, mes frères, par ce collier, qu'il ne tient qu'à vous d'être en paix avec les Abénakis.
9° Notre père qui est icy présent n’a point de part à ce que nous vous disons. C’est de nous-mêmes et de la part de tous nos alliés que nous vous parlons. Nous ne regardons en cecy notre père que comme témoin de nos paroles.
10° Nous ne vous connaissons d’autres limites que vos habitations où vous êtes bâtis, et nous ne voulons pas, sous quelque pretexte que ce soit, que vous passiez outre. Les terres que nous possédons nous ont été données par le maître de la vie et nous n’entendons dependre que de lui seul.
11° Nous sommes entièrement libres ; nous sommes alliés du Roy de France de qui nous avons reçu la Religion et toutes sortes de secours dans
nos besoins ; nous aimons ce monarque et nous sommes très attaché à ses intérêts.
12° Faites nous avoir la réponse à la parole que nous vous adressons ; le plutôt qu'il vous sera possible, prenez cette parole par écrit pour la remettre à votre Gouverneur. Nous en garderons nous même une copie pour nous en servir en cas de besoin. Sans faire aucun mouvement il n'est pas difficile à votre Gouverneur de nous faire parvenir sa réponse; il n'aura qu’à l’adresser à notre père qui aura la bonté de nous l’envoyer.
Réponse.
1° Je rendray compte, mes frères, à mon Gouverneur de votre parole, et pour qu'il n'y soit rien changé, je lui porteray par écrit ; il fera tenir sa reponse à Monsieur le Baron de Longueuil, comme vous le désirez.
Demande de l'Anglois au Abénakis.
1° Je vous demande, mes frères les Abénakis, si les coups que votre nation à fait depuis deux ans sur les anglois étaient parce que ceux cy avaient anticipé sur vos terres.
2° Etes vous satisfait de la mort de vos gens, au moyen des coups que vous avez fait sur les anglois ?
8° Je sais qu'il n’est pas permis d'aller sur vos terres ; ceux qui y ont été sont des gens étourdis sans aveu.
Réponses des Abénakis.
1° Quand la paix fut faite nous crûmes devoir en jouir comme les François ; mais nous apprimes dans le même instant que vous, nos frères les anglois, aviez tué un de nos gens et l'aviez caché dans la glace.
Nous vous demandons pourquoi vous l'avez tué ; vous nous répondez que vous nous donnerez satisfaction ; mais votre mauvaise volonté ayant été sensiblement marquée par votre inaction pendant sept mois, nous avons pris le parti de nous venger et de défaire une maison.
Il nous a manqué depuis ce temps là un homme et une femme de notre village. Nous n'avons su leur triste fin que par une angloise qui est actuel-
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ment chez nous, laquelle nous a affirmé que cette femme et cet homme furent tués en sa présence par des anglois, et pour nous en donner une preuve convainquante, elle nous a remis un sac que nous avons parfaitement reconnu appartenir à ces infortunés. Nous fûmes sensibles comme nous le devions à ce meurtre, et nous nous en vengeâmes l’année dernière.
Les deux anglois que nous avons tués cette année dans le haut de nos rivières, et les deux autres que nous avons pris prisonniers, doivent s’attribuer à eux même leur malheureux sort, parce qu'ils ont chassé du castor sur nos terres, et à ce propos nous vous réitérons avec toute la fermeté dont nous sommes capables, que nous tuerons tous les anglois que nous trouve-
rons sur les terres que nous possédons.
2° Nous avons le cœur bien fait et depuis que nous avons fait coup nos sentiments de vengeance sont éteints.
3° Ecoutez, nos frères les anglois, quelle est notre manière Sauvage ; entre nous des personnes que nous trouverions sur les terres que nous possédons, nous prendrerions leur chasse et s'ils faisaient quelque résistance nous leur casserions la tête. à
Comment pouvez-vous penser, nos frères, que nous vous souffririons sur nos terres ?
Vous n'avez que faire de craindre chez vous ; nous ne sommes pas capables de faire la moindre insulte ; mais s’il se trouve quelques uns de vous sur ces terres, ils y périront.
Les Iroquois aux Abénakis.
Nous vous avons entendu avec plaisir parler au député anglois ; nous sommes charmés que vous ayiez soutenu avec feu vos droits. Nous vous exhortons à tenir parole aux anglois si le cas l'exige, et nous nous obligeons de vous aider de tout notre possible.
LETTRE DE MESSIEURS DUQUESNE ET BIGOT A MESSIEURS DE RAYMOND ET PROVOST.
Québec, le 2 Janvier, 1758.
Messieurs,
Le besoin pressant ou nous nous trouvons d'avoir des farines pour la mauvaise récolte que nous avons eue, nous oblige de vous prier de nous envoyer à l'ouverture de la navigation toute celle dont vous pouvez vous defaire, vous la remplacerez par celle que vous aurez agréable de tirer de la Nouvelle Angleterre pour nous, Monsieur Bigot donne ordre à Monsieur Prevost de nous faire venir six mille quarts avec du bléd'inde, et Monsieur le Marquis Duquesne prie Monsieur le comte de Raymond d'en permettre l'entrée à Louisbourg.
Cet Intendant a déjà même écrit à un anglois demeurant à Boston d'y en faire passer acompte de cette quantité 3,000 quarts à la fin d'avril ou au commencement de may aux ordres de cet ordonnateur, qui nous les fera parvenir sur les batiments qui ont hyverné à la Baie Verte, et qui doivent aller les prendre aussitôt que les glaces le permettront, ou sur d’autres à leur défaut.
Nous avons prié le ministre de nous en envoyer 300 quarts de France, mais étant persuadé que nous les recevrons tard, comme nous avons reçu celles de cette année, nous vous réitérons, Monsieur, nos prières de nous faire parvenir à l'ouverture de la navigation celle dont vous pouvez vous passer, suposé que Monsieur Prevost n’en ait pas encore reçu de Baston.
Il est de la dernière conséquence qu'elle soit rendue icy au 20 de may pour le plus tard parce qu’on en trouve pour ainsi dire plus pour vivre, et
que nous en avons un besoin indispensable pour des opérations particulières du service.
Si vous aviez, Messieurs, quelque repugnance de tirer de la Nouvelle
Angleterre une aussi grande quantité de farine par rapport à des ordrés nnn
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contraires que vous pourriez avoir de la cour, vous aurez agréable de regarder la présente lettre comme un ordre de notre part qui sera votre décharge.
Nous espérons que vous voudrez bien ne rien négliger, chacun en ce qui vous concerne, pour remplir notre demande le plutost qu’il sera possible. Nous ne pouvons trop vous répéter le besoin urgent où nous serons de | farine à la fin d'avril, tant pour la subsistance du peuple que pour le 2. service.
Nous avons l'honneur d'être trés parfaitement,
Messieurs,
Vos très humbles et très obéissants serviteurs,
DUQUESNE, B1&oT.