LETTRE DU GOUVERNEUR SHUTE A MONSIEUR DE ST OVIDE
Baston, le 24 août, 1718.
Monsieur,
Il m'a été fait des plaintes par plusieurs bons sujets de Sa Majesté Britannique, de cette province, qui ont entrepris la pêche au Cap Canceau à cause du tort que des particuliers François qui sont sous votre gouvernement font sur les terres du Roy mon maître. Comme j'espère que telles irrégularités n'auront point de suite de votre côté, j'ai cru devoir vous en
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prévenir et vous en demander justice avant d'agir auprès du Roy de la Grande Bretagne pour lequel je dois travailler à maintenir les droits qui lui ontété réservés par le traité de paix qui a été fait à Utrecht, et pour continuer une bonne intelligence entre les deux couronnes.
J'ai été informé par des lettres de plusieurs marchands résidant présentement à Canceau, qu'il y a déjà un nombre de François établis, lesquels ont bâtis chaffaux et maisons, et outre ce un navire de la même nation mouillé dans le dit havre, et qu’on en espère d'autres.
Je n'ai que faire, monsieur, de vous dire que ce procez n’est pas juste puisque par le traité de paix d'Utrecht, cet endroit n'appartient pas à votre gouvernement et que cela fait une brèche aux articles 12 et 18 du mème traité.
Dans le 12° article il est dit que les sujets de la Grande Bretagne seront possesseurs de la Nouvelle Ecosse suivant l'ancienne limite, laquelle prend 80 lieues à l'Est de l’isle de sable tirant vers le Sud-Ouest ce qui comprend toute la Nouvelle Ecosse.
Ainsi il n’est donc point permis aux sujets de Sa Majesté Très Chrétienne de faire aucune pêche dans cette baïe ni aucun autre port en dépendant.
Dans le 13° article il est dit que l’isle appelée le Cap Breton et autres dans l'embouchure de la Rivière de St Laurent et celle du Golfe appartiendront aux François si bien qu'aucune autre terre que les isle mentionnées dans le 13° article du traité accordé aux François ne peuvent leur appartenir sous quelque couleur ou prétexte que ce soit. Par conséquent ils ne peuvent s'établir au Cap Canceau, ni sur aucune isles adjacente à la terre de la Nouvelle Ecosse ; ce droit n’appartenant qu'au Roy de la Grande Bretagne aussi judicieusement qu'aucune partie de sa domination.
J'ai pour cet effet envoyé le Capitaine Thomas Lissart, commandant le raisseau de Sa Majesté Britannique nommé l'Ecureuil, et avec lui le Capitaine Cyprien Sondrieq, pour vous demander au nom du Roy qu'ordre soit immédiatement donné aux François qui ont été au Cap Canceau pour y
faire la pêche et sècherie, de s'en retourner sur les terres de France, égale- ”
ment ordonner aux navires mouillés dans le havre de Na Majesté Britannique de se retirer, et que nos sujets ne souffrent point le prétendu privilège des François, étant les sentiments de Sa Majesté sous laquelle je sers et me trouve obligé d'agir conformément à ses ordres.