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fl | çois et les Anglois. Et parce qu'ils trouveront bien mieux leur compte avec | ceux-ci qu'avec ceux là pour le commerce, ils ne seront pas longtemps sans être tous attachés aux derniers.
Il y en a déjà plus de la moitié qui penchent plus de ce côté là que du nôtre ; et si ce n'était la religion qui les retient nous les aurions bientôt ï pour ennemis. C’est ce dont personne doute en Canada, et qu'il n’y a que |les missionnaires qui aient le pouvoir de les faire condescendre aux volontés du Gouverneur Général. 4 Que pour peu qu'on laisse encore les choses
if ! aller le train qu'elles vont depuis quelque temps la Nouvelle France n'aura plus de limite «u sud que le fleuve St Laurent ; par conséquent qu'il
faudra abandonner tous les postes et les habitations que nous avons le long
1 de cette côte, et que rien n’empêchera les partis Anglois et Iroquois de faire J A | irruption jusques dans le centre de cette colonie.
50 Que si on objecte le traité d'Utreckt, nous répondrons que ce traité ne 108 parle point du pays qui est entre la Baie Françoise et Kaskebé, ce continent n'ayant jamais été censé être l’Acadie comme nous l'avons démontré ailleurs.
Mais n’y a-t-il pas à craindre qu'il faille en venir à une guerre contre
(ls les Anglois ? Non, les Anglois n'ont jamais pu résister aux Abénakis ri soutenus des François. Dès qu'ils seront sûrs de cette jonction ils se tien-
dront au repos. C’est de quoi ceux qui ont quelque connaissance du pays croient pouvoir répondre. Les missionnaires qui sont parmi les Abénakis, et le Père de Ia Chasse, supérieur général des missions, et qui a été près de 20 ans parmi ces Sauvages, sont même d'avis qu’il n’y a point de temps à 1 perdre pour régler avec le Gouverneur de Baston jusques où il peut
F5 ; s'étendre en vertu du traité d'Utrecht, et que le moindre délai peut avoir
des suites qu'on ne pourra jamais réparer.
qi Pour donner encore plus de poids à ce qui vient d'être exposé, il est bon ll de rapporter ce qui s’est passé parmi les Abénakis depuis le traité Utrecht,
LA Ce fut par les Anglois que ces Sauvages en eurent connoissance. On nr 1!
commença par leur dire d'un air insultant qu’on avoit eu bien raison de les avertir que les François se moqueroïent d'eux et les abandonneroient après avoir fait la guerre à leur dépens. Que le Roy de France venoit de faire avec leur Reine une paix dont une des conditions étoit que tout leur pays { leur appartiendroit.
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Les Sauvages eurent de la peine d’abord à croire ce qu’on leur disoit et répondirent que leurs missionnaires les assuroïient du contraire. Les Anglois repliquèrent qu'ils n’avoient rien avancé qu'ils ne fussent en état de prouver, et que quand les missionnaires voudroient, ils leur montreroient le traité par écrit. Alors les Abénakis s'emportèrent et demandèrent de quel droit le François donnoit un pays qui ne lui appartenoit pas ? Leur emportement eut même été plus loin si les missionnaires ne les eussent apaisés en disant qu'on les trompoit par un équivoque, et que leur pays n'entroit point daus ce qui étoit cédé aux Anglois par le Roy de France.
Sur ces entrefaites on eut par Monsieur le Marquis de Vaudreuil qui étoit en France, des nouvelles directes de la paix. Ce général mandoit en même temps que l'intention de la Cour étoit qu'on fit passer tous les Abénaquis dans l'Isle Royale qu’on vouloit établir.
Le Père de la Chasse à qui on s’adressa pour porter cette parole aux Sauvages, représenta qu'il ne falloit pas connoître ces peuples pour faire une semblable proposition, qu'ils n'chéiraient pas, qu'on les effaroucheroit inutilement. qu'on les perdroit sans doute, et que peut être d'amis qu’ils avoient été jusques là, et qu'ils n’étoient plus qu’à cause de la Religion, ils deviendraient ennemis d'autant plus irréconciliables qu'ils croiraient qu'on les auroit joué. Que son sentiment étoit que bien loin de leur proposer cette transmigration à laquelle on ne les engageroit jamais, il falloit au plus tôt faire un règlement avec les Anglois, qui, fixant les limites des deux nations, tirât les Sauvages de peine, et les assurer même que si pour conserver leur pays ils étoient contraints d'en venir à la guerre, on se joindrait à eux.
Cet avis donné par un homme qui connait mieux que personne les Abénaquis, qui a été dans tous les postes qu’ils occupent, qui a un grand ascendant sur leur esprit, et à qui dans le temps de la dernière tentative des Anglois et des Jroquois sur le Canada, Monsieur le Marquis de Vaudreuil et Monsieur Randot le père, alors Intendant à Québec, reconnurent qu'on devait principalement le zèle que firent paroître les Abénaquis pour la conservation de la colonie—cet avis, dis-je, fut trouvé judicieux et l'on s’y tint,
Les missionnaires furent chargés à remettre l'esprit à leurs Sauvages, mais ils n’ont pu empêcher que plusieurs de ces Sauvages n'aient fait et ne fassent fous les jours des liaisons avec les Anglois.
Depuis ce temps 1à Monsieur Begon, qui a succédé à Monsieur Randot, he cesse point de presser le règlement des limites dont il connaît l’imporportance parce qu'il ne juge pas des Abénaquis d'aujourd'hui sur les Abénakis d'autrefois, En effet, il y a quelques années qu'un bon nombre de familles angloises ayant paru au bas de la Rivière de Quinebequi, au haut de laquelle les Abénakis ont un village qu'on appelle Naransoak, on ne leur dit mt, ou on ne leur dit pas grand chose, et elles s’y établissent. On y a même déjà bâti deux forts.
Le Père Raslé, missionnaire de Narantsoak, se donna bien quelques mouvements pour empêcher cet établissement dont il prevoyoit les suites ; mais il ne crût pas pouvoir employer toute son autorité, parce que c’eût 6té exposer inutilement sa vie. Les Anglois ne se seraient pas moins établis, et sachant ce qu’auroit fait le jésuite pour les en empêcher, ils n’auroient pas manqué de mettre sa tête à prix comme celle du Père Aubry y fut au commencement de la guerre pour le même sujet. Mais il était venu à bout
d’éloigner les Anglois, et il n’avoit rien à craindre d'aucun Abénakis, cir-
constances qui ne sont pas les mêmes.
Cependant l'an passé les Sauvages de Narantsoak, commençant à prendre quelqu’ombrage de leurs nouveaux hôtes, voulurent savoir si au cas qu’il en fallüt venir à la guerre pour les déloger, ils pourroient compter sur le secours des François. Ils députèrent quelques uns d’entre eux à Monsieur le Marquis de Vaudreuil pour lui exposer la situation où ils se trouvoient, et lui demander si lui qui se disait leur père, et qu'ils avoient toujours regardé comme tel, étoit disposé à les secourir contre les Anglois en cas de rupture, comme ils l'avaient secouru au péril de leur vie en pareille occasion.
Monsieur le Gouverneur leur répondit qu'il ne leur manqueroit jamais au besoin. Et quel secours nous donnera-tu, repliqua le Chef de la Députation ? Mes enfants, répondit Monsieur de Vaudreuil, je vous envoierai sous mains des hâches, de la poudre et du plomb. Est-ce donc ainsi, reprit le Sauvage, qu'un père secours ses enfants, et t'ayons nous secouru de la
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| sorte? Un père ajouta-t-il, quand il voit son fils aux prises avec un ennemi zh | plus fort que lui, s'avance, fait retirer son fils et déclare à l'ennemi que j | c’est à lui qu'il a affaire. Hé bien, mes enfants, dit Monsieur le Gouver- it neur, j'engagerai les autres nations Sauvages à vous secourir. À ces mots : les Députés avec un ris mocqueur :—$Sachez, repliquèrent ils, que quand “| nous voudrons tous, tant que nous sommes de nations sur ce vaste continent, sl nous nous réunirons pour en chasser tous les étrangers quels qu'ils soient. , | Cette déclaration surprit Monsieur de Vaudreuil qui, pour les appaiser, 1 leur protesta que plutôt de les abandonner à la merci des Anglois, il mar- 4 : cheroit lui-même à leur secours. Ilne parait pas qu'ils aient été bien à ÿ persuadés de la sincérité de cette promesse. Ils ont répandu dans tous les \ L villages ce qui s'est passé chez Monsieur le Général, et les missionnaires à assurent que toute la nation est mécontente, et qu’il ne leur faut rien pour fi leur faire prendre quelque résolution fâcheuse. Ne Monsieur le Marquis de Vaudreuil assure qu'il a parmi les Abénakis de î Narantsoak un homme accrédité qui lui est tout dévoué, et par le moyen E, f duquel il fera faire aux autres tout ce qu'il voudra. Ceux qui connaissent À
le mieux ces Sauvages sont convaincus qu'il ne faut pas s’y fier. Monsieur ‘4 Begon d'un autre côté est dans le sentiment qu'il faut que quelqu'étourdi
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de Sauvages fassent sur les Anglois un coup qui engage la guerre. Mais si
on ne veut pas secourir d'hommes les Sauvages, peut on en honneur et en s
conscience les précipiter dans une guerre contre un ennemi de beaucoup supérieur à eux ? Que deviendrons-nous nous-mêmes s'ils avoient du pire, et
que les Anglois fussent maitres de leurs villages dont quelques uns sont à
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notre porte ? Et si on est dans la disposition de les assister, n'est il pas bien
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plus naturel de faire dire au Gouverneur de la Nouvelle Yorck que si les Anglois ne se retirent d'un pays qui appartient à nos alliés et qu'on n’a pu
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ni entendre leur céder par aueun traité, ils auroient affaire aux François qui
ne pourront refuser leurs secours à ceux dont ils en ont reçu dans le besoin, PR) 4 et qui ne les ont assisté qu'à condition qu'ils rendroient le réciproque. “HR h #4 ! | Il paraît d'autant plus nécessaire de faire cette démarche et de la. faire 5% ñ : . . . . . . ti \ au plus tôt, qu'on est bien instruit que les Froquois sollicitent sous main les Be‘ 2 Q . . \ , . i Abénaquis par des colliers qu'ils leur envoyent à s'unir avec eux contre |
nous, et que depuis trois mois les Anglois sont encore venus se poster vers
Pemquit, que les Abénaquis de Pamouské y ont consenti malgré le Père Lauverjat (?) leur missionnaire qui a cru faire beaucoup que d'obtenir que cet établissement se réduiroit à une maison de traite. On peut voir par là que ces deux nations, dont l'inimitié réciproque avoit jusqu'ici fait notre sûreté, commencent à se réunir. D'où il ne peut s’en ensuivre que la perte de la colonie.