‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 39 sur 206 · RAPPORT DE MESSIEURS DE VAUDREUIL ET BEUON AU MINISTRE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE MESSIEURS DE VAUDREUIL ET BEUON AU MINISTRE

Québec, le 8 octobre 1721.

Le Père Rälé, missionnaire à Narantsouak, a informé les Sieurs de Vaudreuil et Begon, le printemps dernier, que sur les représentations qu'il avoit faites aux Sauvages de sa mission de ne pas souffrir que les Anglois continuassent de s'établir au bas de leur rivière, ils avoïent tuë il y a deux ans un grand nombre de bestiaux appartenant aux Anglois et depuis les avoient menacé que s'ils ne se retiraient ils augmenteraient les actes d'hostilité pour les y forcer ; que l'automne dernier il s'est formé deux partis dans ce village dont la moitié a été d'avis de continuer de s'opposer aux établissements des Anglois, et l’autre gagné par eux dans la volonté de souffrir qu'ils s’y établissent, Le sentiment de ces derniers a prévalu ; et quatre ôtages ont été envoyés à Baston.

Il icur a aussi donné avis que les Anglois leur ayant indiqué un pourparler pour engager le reste du village à souffrir leur établissement, il était nécessaire que dans ce pourparler le parti des Kauvages bien intentionné fut le plus nombreux, afin de faire revenir à leur sentiment ceux qui avoient été gagnés par les Anglois, et qu'ils fussent tous ensemble parler avec fermeté à l'Anglois pour l'obliger à se retirer de dessus leurs terres.

Comme il y a à craindre que les Sauvages de ce village parlant seuls à l'Anglois ceux qui avoient tenu bon jusques à présent ne se laissent gagner par les présents, caresses, menaces et mensonges des Anglois pour parvenir à leur fin, il a engagé six des Nauvages de venir ici inviter les Abénakis et les Hurons de Lorette de se trouver au pourparler.

Pour faciliter le succès de cette invitation, le Nieur de Vaudreuil les a mené aux villages de Nt Frauçois et de Becancourt où ils ont expliqué combien l’entreprise des Anglois étoit préjudiciabie aux intérêts de la nation. Le Sieur de Vaudreuil leur a aussi fait connaitre qu'il étoit important que l’Anglois juge par lui même qu'il se les attiroit tous contre lui.

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{ | 16 | Ces deux villages convinrent d'envoyer à ce pourparler trois canots de | St François et trois de Bécancourt auxquels s'est joint un canot de Hurons | de Lorette,

Il a cru aussi devoir engager avec eux le Père La Chasse, Supérieur des Jésuites, qui ayant été pendant 20 ans missionnaire des trois villages Abénaquis de l'Acadie les connaît bien.

IN Ce Père a été d'abord à Narantsouak, et après avoir réuni les esprits de fi tous les Sauvages de cette nation, ilinvita les Sauvages du village de Re Panaouamské d'où il a fait aussi avertir ceux de Medocteh et de Penondaky.

Il est revenu ensuite à Narantsouak accompagné de plus de 100 Sauvages de Panouamské et des députés des villages de Medocteh et de Pemondaky. Il a fait venir aussi ceux de Pegvouaky qui sont les plus ji proches des Anglois du côté de Baston.

l Ces Sauvages ainsi rassemblés et au nombre de 250 qui représentoient toute la nation Abénaquise et leurs alliés, après avoir tenu Conseil, se sont rendus le 28 juillet dernier, armés devant le Fort Anglois de Menaskous où

M: le pourparler étoit indiqué.

Le Gouverneur de Baston informé du grand nombre de Sauvages qui

Rs vouloient lui parler, n'ayant pas osé s’y trouver après s'être fait attendre

pendant 50 jours, les Sauvages sommèrent les principaux office 's des cinq forts et environ 50 des habitants anglois les plus considérables de s'y trouver au défaut du Gouverneur, et y étant venus, ils leur dirent qu'ils eussent à se retirer de leurs terres, leur jettèrent les 200 castors par eux promis pour les bestiaux tués et en même temps leur demandèrent où étoient les quatre hommes qu'ils avoient amenés à Baston pour sûreté de ce paiement.

Les Anglois répondirent qu'ils ne pouvoiïent se retirer des terres sans l'Ordre du Gouverneur qui les y avoit envoyés ; que pour les ôtages ils ne croyoient pas que le Gouverneur les rendit à moins qu’ils n’en envoyassent

ir quatre autres pour gage de leur fidélité à la Couronne d'Angleterre.

ÿ | Sur quoi les Sauvages se recrièrent protestant que c'étoit une im

ture ; qu’ils n’avoient donné ces ôtages que pour sûreté des 200 castors, el qu'ils n’avoient jamais consenti de donner des hommes pour quelques bêtes

a on qu'ils avoient eu le droit de tuer pour les obliger de se retirer sur leurs ï terres. ï Après de grandes contestations les Sauvages prièrent le Père de la Chasse de lire leurs paroles déclarant aux Anglois qu'ils les avoient mis en écrit pour envoyer au Gouverneur de Baston puisqu'ils ne pouvoient pas À lui parler.

Ouaourné et Pehouaret dirent cette parole, le premier en Sauvage et le second en Anglois. Elle fut dite aussi en latin par le père de la Chasse à | ministre qui l’expliqua en Anglois ; après ça le Sieur Penhalo un des prin- R cipaux officiers du Fort de Menaskouk et d'autres officiers reçurent cet écrit signé des marques des Abénakis et des Sauvages leurs alliés dont \ | copie est ci jointe; ils promirent de l'envoyer au Gouverneur de Baston, ï : ce qu'ils ont fait.

Quoique par cet écrit les Sauvages menacent que si on y répond dans trois semaines, ils n'auront point de bonnes pensées, ce gouverneur ny a fait aucune réponse ; il leur a fait dire par un des quatre ôtages, exigeant un autre en sa place, que ce n'étoit pas la parole des Sauvages, et qu'il croyait toujours que c'étoit celle des missionnaires qui ne cherchoient qu'à troubler la paix; que mêine quelques Sauvages de Panaouamské s'en étaient dédit depuis ce pourparler.

En effet quatre ou cinq chefs de ce village, craignant que les Anglois ne fussent irrités par la fermeté avec laquelle ils s'étoient expliqués allèrent dans un des forts et dirent qu'ils ne vouloient point se brouiller avec eux.

Cependant ce gouverneur appréhendant les suites de ce pourparler a F4 fait mettre les forts en état et ordonné aux habitants établis sur tes terres ï | te de ces sauvages de se retirer dans ces forts, et a fait venir à Baston leurs femmes et leurs enfants.

Depuis ce temps là les Sauvages ne vont point librement commercer . dans ces forts, se méfiant les uns des autres. . |

Quoiqu'ils voient avec peine les établissements que les Anglois font, : Mi ils ne laissent pas de rester dans l’inaction, se sentant trop faibles pour les : | attaquer et connoissant la difficulté qu’ils auroient de trouver leurs besoins s'ils se brouilloient avec eux.

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Is demandent depuis plusieurs années que les François se joignent à eux comme ils se sont joints aux François dans les guerres passez, ce qui est expliqué par la parole qu'ils adressent à Sa Majesté.

L'article 15 du traité d'Utrecht porte que les habitants de Canada et autres sujets de la France ne molestront point les cinq nations Iroquoises, et que pareillement les sujets de la Grande-Bretagne se comporteront pacifiquement envers les amis de la France.

Les Anglois contreviennent à cet article à l'égard des Abénakis nos alliés puisque depuis cette paix ils ont fait cinq forts sur les terres de ces Sauvages et y ont envoyé près de 800 familles, ne s'étant établis sur ces terres que depuis Ia paix.

Ils ont été chassés deux fois. La première il y a environ 40 ans par les Sauvages seuls qui leur firent la guerre sur le refus que les Anglois leur avoient fait de leur fournir de la poudre. Cette guerre dura deux ans pendant lesquels les Sauvages ruinèrent les habitations et les forts au bas de la rivière Kinibeky et ne firent la paix avec les Anglois qu'à condition qu'ils ne s'établiroient plus sur leurs terres.

Lo seconde pendant la guerre de 1688 que les Sauvages joints aux François commandés par le Sieur d'Héberville ruinèrent le fort de Pemkuit, celui de Naxiganek et toutes les habitations que les Anglois avaient encore faites en temps de paix.

Les suites de cette tolérance seroient que s'ils y étaient bien établis, ils seroient à portée en temps de guerre de venir en trois jours sur les habitations du fleuve St Laurent, ce qu’il est important de prévenir.

En conséquence du traité d’Utrecht les Anglois seraient en droit de soutenir les Iroquois. Il doit en être de même à l'égard des Abénakis que les François ne peuvent se dispenser de tenir contre les Anglois pour les maintenir dans la possession de leurs terres.

Le Sieur de Vaudreuil est persuadé que Na Majesté lui permettant de joindre des François aux Abénakis, les Anglois seront forcés d'abandonner tous les établissements qu'ils ont sur les terres de ces Sauvages. Si au

contraire ces Sauvages restent dans l’inaction, il y a à craindre que par les

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ménagements des Anglois ils ne se los attirent entièrement, et qu'en cas de guerre au lieu de compter sur eux ils ne s'unissent aux Anglois contre nous,

voyant qus nous les avons abandonnés.

LETTRE DE MONSIEUR VAUDREUIL AU CONSEIF

À Québec, le 10 Novembre.

Je viens de recevoir par le Sieur de St Castin le Jeune, qui arrive de Pentagouët, ‘une lettre du Père Lauverjat, jésuite missionnaire à lPanaouanské, par laquelle ce missionnaire me donne avis que le Kieur de Labadie de St Castin qui est à présent l'âme de cette famille qui a été pris en trahison par les Anglois qui étaient au nombre de cinquante hommes. Lesquels en l’amenant à Baston lui ont fait entendre que ce n'étoit que pour aller parler au Gouverneur qui souhaitait le voir afin de savoir s’il étoit vrai que j'eusse donné ordre au dit Nieur de Labadie de faire la guerre aux Anglois, et pourquoi les Abénakis lui avoient écrit des lettres si peu respectueuses et dans lesquelles ils ne gardoient aucun ménagement, et qu'ensuite ils ont dit qu'ils promettaient de les ramener sans dire quand.

Ce missionnaire me marque aussi que ces Anglois dat rapporté que les quatre ôtages Abénakis qui sont à Baston, ayant voulu se sauver, on les avoient arrêtés et resserrez plus étroitement, et que l’un d'eux avant déjà gagné le bois avoit été rencontré par des chasseurs qui ayant tiré sur lui à balle l’avoient blessé à la hanche, et il ajoute que les Sauvages connaissant les artifices de l'Anglois cachés sous les belles paroles qu'il leur dit, se défient maintenant de lui.

Il me prie aussi de vouloir travailler à la délivrance du dit Kieur de Labadie qui, quoique jeune, ne laisse pas d’être fort utile au service de Sa Majesté. J'y travaillerai en effet en poussant les Abénakis à faire des pri-

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