‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 41 sur 206 · RESUMÉ D'UN MEMOIRE DE MONSIEUR DE VAUDREUIL · texte numérisé non relu

RESUMÉ D'UN MEMOIRE DE MONSIEUR DE VAUDREUIL

| «ii Le Sieur de Vaudreuil est persuadé que si Sa Majesté lui permet de joindre les François aux Abénakis, les Anglois seront forcés d'abandonner

l tous les établissements qu'ils ont sur les terres de ces Sauvages, il se croit {o assuré de l’évenement par la longue expérience qu'il a que les Abénakis soutenus par les François ont toujours fait trembler les Anglois qui ont été à nl obligés dans la dernière guerre d'abandonner près de cent lieues de pays. Ni au contraire les Sauvages restent dans l'inaction, ce qu'ils feront ‘ | ti s'ils ne sont pas soutenus par les François, il y a tout lieu de craindre que | Si par les ménagements que les Anglois continueront d’avoir pour eux ils ne Lil se les attirent entièrement, et qu'en cas de guerre, au lieu de compter sur eux comme nous avons fait par le passé, ils ne s'unissent aux Anglois cantre

nous, voyant que nous les avons abandonnés.

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LETTRE DE MONSIEUR DE VAUDREUII AU CONSEIL

À Québec, le 6 octobre, 1721.

J'ai reçu la lettre que le Conseil m'a fait l'honneur de m'écrire le 20 juin dernier, dans laquelle j'ai trouvé les douze médailles ayant le portrait du Roi, dont quatre grosses et huit petites que le conseil m'a envoyées au lieu des 36 que j'esptrais recevoir et qui avoient été destinées pour m'être envoyées l’année dernière alin de les distribuer aux Sauvages Abénakis qui sont les plus affectionnés à la nation; j'aurai toujours beaucoup d'attention à ne faire ces sortes de grâces qu'avec choix et à ne les donner qu'à ceux qui les ont méritées par leurs services et leur attachement. Mais comme ces douze médailles ne suffiront pas pour en donner à tous les chefs Sauvages à qui j'en ai fait espérer, et qu'il est nécessaire qu'il m'en reste afin d'en pouvoir donner dans les occassion qui se présenteront, j» supplie le Conseil de vouloir bien m'envoyer l’année prochaine les ving quatre qui

sont restées en France.

VAUDREUIL

LETTRE DE MONSIEUR DE VAUDREUIL AU GOUVERNEUR SHUTE, À Québee, le 22 décembre, 1721.

Monsieur,

| Il parait que vous avez été mal informé, lorsque vous m'avez fait l'hon-

neur de m'écrire que Son Altesse Royale Monseigneur le Régent m'a

ordonné de renvoyer tous les prisonniers anglois que j'avois ici à la fin de

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la dernière guerre, puisque j2 les ai tous renvoyés dès le temps du feu Roy par un bâtiment anglois commandé par Ie capitaine Cyprien que le Gouverneur de Baston envoya ici en 1714.

Pour remettre ces prisonniers à ce capitaine, je les fis tous assembler devant Jui, et je lui donnai la liberté d'amener tous ceux qui voulurent s’en aller. Il ne peut pas dire le contraire sans déguiser la vérité. Il est vrai qu'il y en eût quelques uns qui ayant embrassé notre religion, aimèrent mieux rester dans ce pays que de s en retourner à Baston ; mais ils ont agi en cela de leur propre mouvement et sans que personne les ait gênés, et une preuve que je leur ai donné à cet égard uneentière liberté, c'est que plusieurs d’entr'eux m’ayant demandé des permissions pour aller voir leurs parents dans les colonies angloises, je n'ai point fait difficulté de les leur accorder, et que tous eeux qui en ont eu n'ont point manqué de revenir en ce pays. Ainsi, Monsieur, vous voyez que j'ai bien rempli mon devoir de ce côté là.

Vous me portez vos plaintes contre les Abénakis que vous dites être entrés en ennemis au nombre de 200 dans une viile angloise, et d'y avoir insulté les habitants, Je sais pourtant de bonne part qu'ils n’ont point fait d'autre mouvement que de se rendre dans un endroit de leurs terres où les Anglois ont construit un fort et fait de nouveaux établissements contre la volonté de la natirn Abénaquise et où vous leur avez donné rendez-vous

pour avoir l'été dernier un pourparler avec eux.

Plusieurs chefs de cette nation sont venus iei cet automne m'informer de ce qui s’est passé à ce rendez-vous, et ils m'ont dit qu'à cette occasion on avait assemblé des hommes de tous les villages Ab6nakis afin de s’y trouver assez forts pour être en état de résister à l'Anglois s’il vouloit les contraindre de souscrire à des propositions préjudiciables aux intérêts de leur nation.

Qu'ils ont pris cette précaution pour ne pas tomber dans les mêmes inconvénients où sont tombés quelques uns de leur nation en pareille occasion où les Anglois se trouvaient plus forts qu’e::, et, les faisant entourer de soldats armés avec menace de les arrêter, les ont contraints de souscrire à

tout ce qu'on a voulu exiger d'eux, ce qui n’a été d'aucun avantage pour

les Anglois, puisque la nation à tout désavoué ; et afin qu’en allant à ce

rendez-vous qui leur avait été indiqué de votre part où vous ne vous êtes pas trouvé, ce qui fait qu'ils se plaignent que vous leur avez manqué de parole.

Ils avaient principalement eu en vue de vous faire connaître qu’il falloit que les Anglois se retirassent de dessus leurs terres, et qu'ils ne souffriraient point qu'ils s’en emparassent, puisqu'ils n'ont aucun titre qui puisse leur donner droit de se mettre en possession d’un pays qui a été de tous les temps celui de leurs pères et dont aucune nation ne peut disposer sans le consentement général de tous les villages Abénakis.

Ils m'ont dit aussi qu’ils se sont expliqués hautement là dessus en présence des Anglois qui se sont trouvés à ce pourparler, et que comme vous n’y étiez pas, ils ont été bien aise de vous faire savoir leurs sentiments par une lettre qu'ils vous ont adressé.

Ils ne m'ont point dit qu'ils y aient fait aucune insulte ; ainsi je vois que celle que vous prétendez qu'ils ont faite à votre gouvernement, ne consiste que dans la fermeté qu'ils ont fait connoître à vouloir se maintenir dans l'indépendance.

Il me parait que cette nation veut avoir raison des ôtages que vous lui retenez et des usurpations que les Anglois font sur leurs terres. Ils ne cessent point depuis trois ans de me faire des plaintes des entreprises que l’on fait sur eux, et protestent d'en avoir fait aucun traité par lequel ils se soient soumis à la domination angloise. Ils désavouent tous ceux que des particuliers de la nation peuvent avoir fait avec vous, puisqu'ils n’avoient aucun pouvoir pour cela.

Les particuliers déclarent que ce qu'ils ont fait leur a été extorqué par surprise et par violence. J'ai pourtant jusqu’à présent arrêté les effets de leur ressentiment ; mais je ne puis vous assurer de le faire à l'avenir, Ainsi, Monsieur, c'est à vous à prendre les mesures que vous jugerez les plus convenables pour adoucir cette nation, car si vous commencez la guerre contre elle ainsi que vous l'en menacez, je ne sais comment vous vous en tirerez.

Vous savez sans doute ce que le peuple de votre gouvernement a souf-

fert dans la dernière guerre ; soyez donc bien persuadé que celle que vous j

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commencerez ne vous sera pas plus avantageuse. Vous voyez bien que h c'est leur bien que vous voulez avoir et que quand même quelques particuliers auraient fait les traités que vous me marquez, n'étant pas maîtres de || donner des terres qui appartiennent à la nation, ces traités sont nuls dès que le corps de la nation les désavoue.

Au reste, Monsieur, vous devez savoir que de tout temps les Abénakis sont sous la protection de la France, et qu'ainsi je serois fort blâmé du Roy mon maître si je laissois molester et détruire cette nation à qui Sa Majesté a donné tous les ans des marques de sa bienveillance.

Vous ne devez pas être surpris que les Abénakis aient paru avec un fl) pavillon françois au pourparler de l'été dernier, puisque cette nation en a 1h toujours eu un depuis qu’elle nous est alliée.

1h Je sais, Monsieur, que vous avez ordre de ne rien entreprendre sur ce qui appartient à la France ou aux Sauvages nos alliés. J'en ai un semfl blable à votre égard et à celui de vos alliés ; ainsi je vous prie de vouloir bien vous y conformer, sans quoi je serai obligé de soutenir les Abénakis, et d'informer le Roy mon maître des molestations que vous leur faites afin 1 que Sa Majesté en puisse demander justice au Roy votre maitre.

A l'égard du Sieur de Bellisle que vous me marquez avoir accompagné les Sauvages au pourparler, il n’est point officier ; c’est un particulier qui s'étant retiré du Port Royal que les Anglois ont pris, s’est établi à Pentak gouët, et comme il habite avec les Sauvages de Pennaouanské, je m'imagine

Al: qu'il aura eu la curiosité d’aller à ce pourparler avec les gens de ce village. | Je ne trouve pas qu'il y ait en cela aucune infraction au traité de paix, ni qu'il puisse être répréhensible d’avoir accompagné ces Sauvages.

Pour le Père Raslé et les autres missionnaires que vous souhaitez que | FAR je rappelle, trouvez bon, Monsieur, que je vous dise que je ne sache pas

‘à qu'i y en ait aucun dans les terres de la domination de la Grande-Bretagne, Li et comme les Abénakis, parmi lesquels sont les missionnaires qui vous 4 portent ombrage, n’ont jamais que des prêtres catholiques Romains pour les À: instruire depuis qu'ils ont été éclairés des lumières de l'évangile, ils auront À ël lieu de se plaindre de moi avec justice, et je croirais que Dieu me deman: | ; |; derait compte de leurs âmes et que le Ray me blâmerait fort si je privois ' ces Sauvages malgré eux des secours spirituels qu’ils reçoivent de leur | MR | Ke .

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pasteur, et dont ils ont besoin pour se conserver dans la Religion dans laquelle ils ont été élevés.

Voilà, Monsieur, tout ce que je puis répondre à vos plaintes, mais j'en ai une bien plus juste à vous faire au sujet de l'enlèvement du Sieur de St Castin fait à Pentagouët par cinquante Anglois,

Je ne sais pas ce que vous pensez de cette action, pour moi, je la regarde comme une infraction téméraire et violente faite au traité de paix et d'union qui est entre les Roys nos maîtres.

Le Sieur de St Castin est François, homme de condition, et officier à la solde de Sa Majesté très chrétienne, quoiqu'il soit né d'une Abénaquise que son père avoit épousée et qu’il fasse sa demeure parmi les Abénaquis de Pannaouamské.

J'ai de la peine, Monsieur, à croire que l'enlèvement de ce gentilhomme a été fait par votre ordre, ne pouvant pas m'imaginer qu’une personne de votre rang puisse être capable de faire faire de pareilles violences.

Ainsi je me flatte que s’il a été mené à Baston, vous l'aurez renvoyé d’abord à Pentagouët, ou au moins, si vous l'avez retenu, que vous ne manquerez pas de le faire ramener dès que vous aurez reçu cette lettre.

Je compte là-dessus ; mais s’il arrive que vous n'ayez point égard à la demande que je vous fait, vous pouvez compter aussi que je vous rendrai responsable auprès de mon Roy des suites d’un pareil attentat, et que je prendrai des mesures pour ravoir ce gentilhomme dès que le temps auquel Jespère recevoir votre réponse sera passé.

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