MEMOIRE DU ROI AUX SIEURS MARQUIS DE BEAUHARNOIS ET DUPUY
À Versailles, le 29 Avril.
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Sa Majesté leur a fait expliquer l’année dernière le commerce de chevaux, bois à bâtir, planches et salaisons que la Colonie pourrait faire aux isles du vent de l'Amérique, dont les Anglois de la Nouvelle Angleterre profitent, Sa Majesté a si fort à cœur de faire cesser ce commerce des étrangers et de le faire tourner au profit de ses sujets, qu'Elle a rendu un arrêt le 81 décembre dernier, par lequel elle a ordonné que les marchandises du crûe des dites isles du vent qui seront destinées pour être transportées à
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l'Isle Royale seront exemptes pendant 10 années du droit de poids d’un pour cent, de 8 par cent du domaine d'Occident, et du droit de 40 s. par quintal sur le sucre.
Ces avantages doivent exciter les négocians à s'attacher à ce commerce, et Louisbourg deviendra un entrepôt aussi important que Baston.
Sa Majesté souhaite que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy mettent tout en usage pour l'exécution des projets qu’on pourra former sur cela.
Sa Majesté a appris avec plaisir la disposition cù sont les Abénakis de Saint François et de Bécancourt de continuer la guerre contre les Anglois et de ne point écouter aucune proposition de paix que les Anglois n'aient razé les forts qu'ils ont construits sur les terres des Abénakis. Cela est si important pour le Canada que le Sieur de Beauharnoïs ne peut prendre de trop justes mesures pour fomenter cette guerre et empêcher tout accommodement, sur quoi Sa Majesté n’a rien à ajouter à ce qu'elle a prescrit par sa dépêche du 14 mai de l’année dernière.
Le Père du Parc, supérieur des jésuites en Canada, a écrit que quoique les Abénakis de Panaomské parussent souhaiter la paix, ils ne tarderaient pas à se réunir aux autres Abénakis pour marcher contre les Anglois, et que ceux de Narantsouak se joindraient à ceux de Bécancourt.
Ces nouvelles, jointes à ce que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy ont marqué donnent lieu de croire que ces nations continueront la guerre, ce qui est fort à souhaiter.
Sa Majesté a appris avec plaisir que les ordres qu'Elle avait donnés pour couvrir le corps du Père Raslé aient été exécutés et que le Père de la Chasse s'en soit chargé.
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LETTRE PU MINISTRE A MONSIEUR LE MARQUIS DE BEAUHARNOIS. À Brest, le 13 mai, 1726.
Monsieur,
Le Père Davaugour, Procureur des Missions des Jésuites, m'a envoyé l'extrait d’un mémoire qu'il a reçu, l’année dernière, du lère Aubry, missionnaire du village abénakis de St François, contenant que ce village qui est le plus considérable de tous ceux de cette nation est le seul qui soutienne la guerre contre les Anglois, que les autres ne se battent plus, et sont sur le point de conclure la paix pour la raison qu'étant allés à Québec au temps de la maladie de feu Monsieur de Vaudreuil, ils y furent reçus fort cavalièrement.
J'ai été informé que s'ils n’ont point eu un accueil favorable dans cette visite, ils se le sont attiré par la manière arrogante avec laquelle ils avaient
annoncé qu'ils allaient faire la paix avec les Anglois.
Ce missionnaire marque aussi que cette guerre est cependant très nécessaire si on ne veut pas s’exposer à perdre dès à présent toute la côte du Sud du fleuve St Laurent, parce que les Abénakis en faisant leur paix avec les Anglois, les laisseront empiéter sur leurs terres, et s'attacheront à cette nation qui n’y souffrira plus de missionnaire, et que n’y ayant que la religion qui retienne ces Sauvages dans notre parti, ils deviendront bientôt Anglois, et seront seuls capables de mettre les Anglois en possession de
tout le pays à la première guerre ;
Que les Iroquois à leur exemple se rangeront aussi du parti des Angois ;
Que le moyen de prévenir un si grand mal est que les Abénakis forcent les Anglois à demander la paix au moyen des secours qu’ils recevront des François, et qu'il est nécessaire d'augmenter ce secours des 2000 I. que le Roy donne par an à ces Sauvages étant à peine suffisante pour faire
subsister les femmes et les enfants pendant que les hommes sont en
guerre.
Je suis surpris que ce religieux ne parle que de 2000 1. pendant qu'il
est accordé par le Roi 6000 1. pour ces Sauvages : savoir, 2000 1. sur la Marine pour des présents et 4000 1. employées sur l'Etat du Domaine, sous le nom des Jésuites.
Il me semble que ce secours doit être suffisant pour faire vivre les familles de ces Sauvages s’il est bien employé comme je n'en doute point.
J'écris au Père Du Parce, Supérieur des Missions, de recommander à ses confrères de fomenter le plus qu'ils pourront la guerre contre l'Anglois. Je vous prie de leur accorder toute la protection dont ils ont besoin, et de ne laisser échapper de votre part aucune occasion pour exciter ces Sauvages à ne point discontinuer leurs courses.
Vous ferez de ce que le Père Aubry a écrit au Père Davaugour l'usage que vous jugerez à propos.