RAPPORT DE MONSIEUR DE ST-OVIDE
Novembre 14, 1732.
Dans la tournée que Monsieur de St-Ovide a fait au port Toulouse, il y a trouvé 200 et quelques Sauvages Misliqueche et d’Artigouche qui l’attendaient pour recevoir leurs présens.
Le lendemain de son arrivée, il fit assembler les chefs et les anciens au nombre de 82. Il leur fit connaître son mécontentement sur la conduite déréglée qu'ils avaient tenue pendant son absence. Il leur reprocha le voyage que quelques uns d’entre eux avaient fait à Canceau pour y recevoir des présens. |
Il leur rappela la perte qu'ils avaient faite d’un de leurs canots dans ce voyage pour l'ivrognerie de ceux qui le conduisaient, et il leur fit sentir à cette occasion que les Anglois ne cherchaïient à les envoyer que pour les détruire par ce moyen, n'osant l’entreprendre ouvertement par rapport à la protection des François.
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11 leur protesta que s’il leur arrivait de tenir à l'avenir une pareille conduite, non-seulement leur père les abandonnerait, mais qu'il les ferait punir très sévèrement et à la prière du Sieur Couslin (?) missionnaire il finit son discours par des reproches sur leur dérangement par rapport à la religion.
Ils demandèrent du temps pour répondre, et dès le lendemain un de leurs chefs portant la parole, ils avouèrent que leur jeunesse avait fait malgré eux plusieurs voyages à Canceaux d'où ils avaient apporté beaucoup de boisson. Ils lui offrirent de lui remettre trois ou quatre de ceux qui avaient conduit les autres pour en faire tel châtiment qu'il jugerait à propos. Ils l’assurèrent qu'ils étaient dans un grand repentir de leur faute, qu'ils avaient tous le cœur François, qu'ils seraient toujours prêts à répandre leur sang pour leur Père et qu'ils donneraient des preuves réelles de leurs dispositions par la conduite qu'ils tiendraient à l'égard des Anglois.
Par rapport à la religion ils convinrent que plusieurs d'entre eux avaient mené une vie libertine ; mais ils représentèrent que le peu de secours qu’ils avaient depuis longtemps des missionnaires causait ce dérangement ; que le Sieur Courtin qui se trouve seul ne pouvait pas être partout et qu'ils le priaient de leur donner ce missionnaire pour passer l'hiver avec eux, ce qu'il leur accorda.
Il leur fit faire ensuite le festin et leur distribua les présents ordinaires ; mais ils parurent peu satisfaits de la petite quantité qui en revint à chacun. En eflet, la nation des Micmass qui n'allait pas, il y a 9 ou 10 ans, à 400 Sauvages, se monte aujourd'hui suivant le recensement qu'il en a fait et dont il en envoie copie, à 635 hommes.
Monsieur de St-Ovide ayant passé le Port Toulouse à l'isle St-Jean, il y trouva un nombre au moins aussi considérable de Sauvages assemblés. Il eut avec eux à peu près les mêmes conférences qu'avec les autres ; mais comme il avait eu avis que Monsieur Armstrong, gouverneur de l’Acadie, était dans le dessein de faire bâtir des magasins aux Mines, et qu'il devait les faire entourer de gros pieux avec un fossé, il leur demanda ce qu'ils pensaient de ces établissements, et ces Sauvages lui ayant répliqué qu'ils étaient persuadés que c'était des forts qu’on voulait bâtir pour les empê:her d'aller en chasse dans ce canton et de tirer du secours des habitans, il les
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confirma dans cette idée, et il leur fit sentir qu'il était de leur intérêt de s'y opposer.
Ils lui promirent qu'ils s'y opposeraient et ils lui ont en effet tenu parole. Car, suivant une lettre qu'il a reçu du Kieur de Ja Gondaly (?) missionnaire, du 12 septembre, 4 chefs ont été trouver deux officiers chargés de la conduite de cet ouvrage, pour lui défendre d'y faire travailler.
Cette démarche a causé beaucoup de murmure entre les Anglois, les habitants et les Sauvages. Les Anglois soupçonnent les habitans d'avoir fait agir les Sauvages ; mais quoiqu'il en soit il est certain que l'ouvrage est suspendu et qu'un officier est allé au Port Royal pour rendre compte de tout à Monsieur Armstrong.
On saura, le printemps prochain, le résultat de cette affaire.
Au surplus, dans le Conseil qu'il eût avec ces Sauvages, ils lui représentèrent qu'ils étaient abandonnés du côté de la religion, qu'ils n'avaient plus de secours spirituels, pas même pour baptiser leurs enfans, moins encore pour enterrer leurs morts; que dans le plus fort des guerres passies, ils avaient toujours eu des missionnaires parmi eux, et qu'ils ne savaient point pourquoi leur père ne leur en envoyait plus.
Il leur répondit que leur père avait donné des ordres en France et en Canada pour leur en envoyer et que dans peu il leur en viendrait.
Demande qu'il y soit pourvu
Il trouva aussi au Port Lajoie 4 canots d'Amalécites du bas de la rivière St-Jean qui y étaient venus comptant d'y trouver leurs présens, comme ils Jui avaient demandé il y a 4 ans, ne leur étant presque pas possible de les aller chercher en Canada.
11 s’informa de ces Sauvages de l'établissement que les Anglois font à Peymecuit (?) ; et ils lui dirent qu'ils avaient appris par des Sauvages Abénakis que depuis 3 ans que cet établissement était commencé, il est aujourd'hui fort considérable.
Il a appris depuis par les habitans de l'Acadie qui y ont été faire leur commerce au mois de juin dernier, que les Anglois ont en effet retabli le fort de Péméquit, que Messieurs d'IHiberville et Bonnaventure avaient pris et détruit en 1696; qu'ils y ont une compagnie de 100 hommes, qu'il y a