‹ Collection de mémoires et de relations sur l'histoire ancienne du Canada, d'après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en FranceChapitre 17 sur 45 · M. L'ABBE DE BELMONT · texte numérisé non relu

M. L'ABBE DE BELMONT

L'an 1608 M. Champlain fonda la Ville de Québec, et fit alliance avec les Algonquins qui y habitoient. Il les mena à la guerre contre les Agniers dans la Rivière de Richelieu : il les défit par ses mousquetiers au Lac Champlain.

Il fit durant vingt ans la découverte des Hurons, Athistarëronnons, Neutres, etc. ; fut plusieurs fois en France ; en fut Lieutenant du Roy sous MM. de Soissons, Montmorency, Ventadour. Il fit venir les Récollets en 1615; puis les Jésuites furent fondés en 1625 par un homme qui, entrant dans la compagnie, donna 1625. 16,000 écus.

Québec fut assiégé en 1629 par trois bâtimens anglois, et capi- 1629. tula après avoir attendu secours pendant un an ; et selon la capitulation se rendit. Deux ans après, c'est-à-dire en 1632, il fut

rendu, avec accord que le païs serait aux François depuis

méridien, et au En 1640 les Hollandois s'établirent sur la

Rivière d'Orange dit Ohioye, donnant des armes aux Iroquois. Les Pênes Lanoue, Le Jeune, Lemoine, Brébœuf, Lallemant et Buteux furent aux Hurons, et composèrent une Grammaire huronne.

M. de la Doversière, Trésorier, à La Flèche, homme d'une grande sainteté,eut une vision de l'Isle de Montréal,avec mouvement

1636-1640. (l'y établir une Colonie ; il consulte le Père la Chaise qui approuve ce dessein; le dit à M. le Baron de Fancamp et se lie avec luy. M. de la Doversière va à Paris pour ce dessein, rencontre M. Ollier au Luxembourg, lequel l'embrasse, luy dit son dessein, l'encourage; lui donne cent louis d'or, et s'unit avec eux: va négocier avec M. de Lauzon, à qui l'isle appartenoit, accompagné du Père Lallemant. Le Traité entre M. de Lauzon et la Compagnie de Montréal ^se passe à Vienne. A son retour, M. de la Doversière logea dans une auberge où il fit rencontre d'un gentilhomme Champenois qui venoit de la guerre de Hollande, nommé M. de Maisonneuve qui, entendant parler d'un embarquement qu'on faisoit pour Montréal, vint s'offrir au Père Lallemant, qui le donna à M. de la Doversière.

Tous les Ducs, Princes, et toute la Cour, fournirent ou donnèrent des privilèges d'indépendance au Gouverneur, etc. Le premier embarquement fut de 75,000 francs et de 45 hommes. Mademoiselle Manse, native de Langres, entendant parler avec zèle à un Chanoine de Madame de la Peltrie qui avoit amené des Ursulines en Canada, et des Hospitalières fondées par Made. D'Aiguillon, sentit un désir de venir en Canada; elle le communiqua, vint à Paris, parler au Père Lallemant, au Père le Jeune qui, à la seconde visite, approuva sa vocation qui se divulgue, enfin qui est approuvée par le Père Rapin, Provincial des Récollets.

Madame de Villevoisin, et Madame de Bullion luy proposent le gouvernement de l'Hospital, lui donnent 22,000 Ibs. Elle part pour la Rochelle, y prend par le moyen du Père la Place la connoissance de MM. de la Doversière et Fancamp; s'embarque en un navire, séparée de M. de Maisonneuve, qui relâcha trois fois et perdit son chirurgien.

Mademoiselle Manse arriva la première. On fut fort surpris à Québec du pouvoir et de l'indépendance de M. de Maisonneuve. On voulut détourner Mademoiselle Manse. M. de Maisonneuve arriva à Tadousac où il trouva M. Carron, Amiral de la flotte de Canada, qui lui donna un chirurgien. M. de Montmagny, Lieute-

histoire; du canada. 3

nant du Roy, voulut détourner AI. de Maisonneuve de venir à Montréal, et lui offrit l'Isle d'Orléans. Il lui dit qu'il ne venoit pas pour délibérer, et quand tous les arbres seroient changés en Iroquois il froit sa commission. M. de Montmagny changea de pensée, et l'accompagna à Montréal au mois d'Octobre.

Au retour M. de Maisonneuve, M. de Puiseaux, vieillard, lui donna sa belle maison d'habitation et s'associa à la Compagnie ; il fit bâtir une bagarre, deux barques, avec quoy il partit le 8 May. M. de Montmagny vint à Montréal, et l'on y dit la première messe le 18 May, 1641. On choisit un angle de terre que fait une rivière qui entre dans le fleuve vis-à-vis un petit islet, pour bastir un Fort, à quoy on s'employa toute l'année sans estre apperçu des Iroquois.

On eut nouvelle que la Compagnie étoit de 45 personnes de quahté: MM. de Liancourt, Barreau, Marguerite, Gofreventy, Morangis, Chodebonne, Plessis, Mombart, St. Frémin, Orval, Drouart, Le Prestre, M. de Bretonvilliers, de Kélus, Madame la Princesse, la Chancellière, Villeclavin, surtout Madame de Bullion.

Le 19 Mars, 1642, la charpente fut levée; on mit le canon 1642, dessus. On avoit amené 12 hommes entre lesquels estoient M. Minime, charpentier.

En 1643 M. de Maisonneuve fut en France, et Madlle. Manse 1643 consentit que les 22,000 Ibs. qui estoient en dépost des bienfaits de Made. de Bullion, fussent employés à engager cent hommes, Isquels défricheroient cent arpens de terre qui seroient le payement des 22,000 livres, et qui sauveroient le pays et l'hospital ; ce qui fut fait.

Dix Algonquins aiant tué un Iroquois en leur pays, furent poursuivis par la rivière jusqu'au Fort. Les Iroquois qui ne connaissoient point ce poste le reconnurent.

Au mois de Juin 1643, les Hurons descendant en traitte, ayant trouvé les Iroquois à la Chine, leur dire notre poste et notre

nombre. Quarante Iroquois montent et surprennent six hommes qui scioient dans les bois, en tuent deux, emmènent le reste, et le lendemain les Hurons furent eux-mêmes taillés en pièces ; il ne s'en sauva que 30 qui furent reçus au Fort. Les Iroquois passèrent à la Prairie et ne purent emporter tout le castor. L'un des François se sauva et vint reprendre le castor abandonné, et passa la rivière sur un méchant canot.

nn 1645 M. Daillebout, gentilhomme de Champagne, sa femme et sa belle-soeur, vinrent s'habituer icy. Le Roy Louis Treize donna un Navire de 250 tonneaux à la Compagnie, du Canon, etc. Madame de Bullion fait une donation de 2000 Ibs. de rente pour l'Hospital, 12,000 Ibs. pour bastir, 2000 Ibs. à Mlle. Manse pour faire des aumosnes, et on mit le tout entre les mains du procureur de la Compagnie. M. de Puiseaux se répent de sa donation ; on la luy rend. Madame de la Peltrie descend à Québec. M. de Maisonneuve, avec 30 hommes fait un combat contre les Iroquois et fait une belle retraite, faisant passer devant tout son monde, et, restant seul, il se battit contre le commandant des Iroquois et le tua d'un coup de pistolet. L'un de ses pistolets, ayant raté, le corps du défunt amusa les Iroquois, et donna lieu à la retraite : c'étoit dans les neiges, audessus de chez La Vigne.

En 1646 Made. de Bullion envoya 20000 livres ,troiî Chanelles. M. de la Barre, grand hypocrite, amena 60 hommes ; on bastit l'Hospital. Un Iroquois monte sur un arbre ; on place par mégarde un corps de garde au pied : on fit une paix fourrée. Il fit achever le Fort, faire des boutiques ; les pieux estoient de deux brasses, et il y avoit quatre bastions.

M. de Maisonneuve repasse en France pour la mort de son père. Madame de Bullion met vingt mille livres en rente entre les mains de la Compagnie, et envoyé deux mille livres à Madlle. Manse. M. Daillebout demeure Commandant en 1646. M. Lemoine qui avoit servy les Pères fut envoyé demeurer icy pour estre l'interprète ; en 1641, il vint de France.

En 1647 M. de Maisonneuve revint, ayant trouvé son beaufrère ^^47. assassiné, avec sa mère remariée. La guerre recommença. Les Iroquois brûlent le Richelieu, tuent les Algonquins et Hurons qui voulaient trahir les Français, les attirant hors du Fort.

M. de Maisonneuve pouvoit estre Gouverneur du Canada, mais il fit donner le Gouvernment à M. Daillebout, et le fit repasser en France.

En 1648 les Iroquois saccagent le pays des Hurons qui se firent 1648. Iroquois, et grossyrent leur party. Ils viennent à Montréal, font mille trahisons, demandent à parler de paix. Lemoine et Normanville sortent ; ils enveloppent Normanville. Lemoine couche en joue deux Iroquois qui estoient près de luy, ce qui fait ramener Normanville. On fit un Moulin, un Fort. Ils ne tuèrent qu'un seul homme, en blessèrent beaucoup.

M. Daillebout vient Gouverneur. M. Gofré avoit légué 80,000 Ibs. pour un Evesché : elles furent perdues pour n'avoir diligemment poursuivy l'affaire. On augmente la Garnison de six soldats, et les appointemens qui n'estoient que de 3,000 Ibs. sont augmentés de hiille francs. Il se fit une grande Compagnie des Indes qui détruisit celle de Montréal.

En 1649 M, Daillebout envoya un camp volant de 40 hommes 1649. sous M. Demousseau son neveu. Le Père Rapin mourut. M. de la Doversière qui avoit tout ce que Madame de Bullion avoit donné à l'Hospital fait banqueroute. La Compagnie se dissippe. Mlle. Manse apprenant ces nouvelles, passe en France en 1650, pour rendre compte à Madame de Bullion. Les Hurons furent entièrement saccagez. Les Pères Lallemant et Brébeuf bruslés. Tous les Iroquois défiloient chez les François. De 3,500, il n'en resta que 600 qui furent icy, et quelques 500 qui rôdèrent en divers lieux vers le Lac Supérieur, toujours poursuivis, et enfin s'arrêtèrent chez les Kipakous. Mlle. Manse fait réunir les Messieurs de la Compagnie par acte dans le Chastelet. M. Ollier est fait Directeur.

D histoire: du canada.

Chicot, M, Boudart et sa femme sont attaqués par dix Iroquois ; Boudart estoit sauvé, mais entendant la voix de sa femme, voulant la sauver, il se fit tuer pour la sauver. M. Lemoine, Archambault, et un autre, les voulant secourir, furent coupez par 40 Iroquois et essuyèrent leur décharge qui fut sans effet; ils s'enfuyrent dans l'Hospital dont ils trouvèrent la porte ouverte, avec Mlle. Manse seule, qui assurément auroit été prise et l'Hospital bruslé sans leur fuite. Chicot s'étoit caché; ils le trouvèrent et le vouloient amener, mais il se défendit si fort qu'ils lui levèrent la chevelure ; ils bruslèrent cruellement la femme.

Quatre François furent attaqués le 18 Juin, et s'estant jettes dans une méchante redoute à la Pointe St. Charles, commencèrent à fusiller. Le nommé La Vigne qui estoit proche, entendant le bruit, s'en va à travers les fredoches essuyant le feu des ennemis. Le combat recommença, M. Lemoine y accourut, et les ennemis perdirent 30 hommes; une partie du reste fut blessé, deux des nostres tués et deux blessés.

i6sz En 1652 M. de Lauzon fut Gouverneur à la place de M. Daille-

bout; persécuta Lemoine ,et retrancha mille livres à M. de Maisonneuve que la Compagnie lui donnoit, dont il fut puny, en ce que les Iroquois prirent dans cette année le reste des Hurons réfugiés à l'Isle d'Orléans, tuèrent l'aisné et une partie de la famille du Sieur de Lauzon; le tout à la vue de Québec. Le Montréal étoit dans un grand péril. Mademoiselle Manse et M. de Maisonneuve convinrent qu'il repasseroit en France, et prendroit les 22,000 livres que Madame de Bullion avoit données pour un secours, à condition que l'Hospital auroit la moitié de la métairie de la Seigneurie, quoiqu'elle ne valut pas la dite somme, afin de sauver et l'Hospital et le Pais, Made. de Bullion approuva ce traité et donna encore 2,000 livres. M, de Maisonneuve laissa M. de Mousseau en sa place.

1653. Le 14 Octobre 1653, des aboys de chiens font connoistre que les

ennemis sont proches. M. Closse, Major, fut commandé avec 24

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hommes. Il détacha Bostom et Lagachetière ; ce dernier fut tué et tua son ennemi en tombant ; l'autre se sauve en une maison de terre. M. Closse fut investy par 200 Iroquois, passe à travers ileur feu et se jette dans la maison avec ses 24 hommes. La poudre manque à M. Closse. Bostom sort à la faveur du feu de nos gens, passe à travers les dits ennemis assiégeant la maison, va au château, revient avec 10 hommes et 2 pièces de campagne qui viennent à la faveur d'un petit radeau, tire tout d'un coup ses deux pièces de canon. M. Closse fait une sortie et fait entrer le secours. Les Iroquois perdirent 20 hommes, et plus de 50 estropiés de bras et de jambes.

M. de Lauzon envoya, malgré luy, 10 hommes sans armes et sans vivres, dont l'un estoit M. de St. Ange. La bonne femme Parmanda se défendit vaillamment ; elle eut trois coups de hache, et donna un soufflet à un Français. M. du Plessis fut tué avec quinze hommes ; il étoit Gouverneur des Trois-Rivières : il venoit de conduire Mademoiselle Manse.

M. de Maisonneuve demeura encore en France. M. de Lauzon envoyé une barque qui eut peur que le château ne fût rendu, et s'en retourna sans rien faire.

Les Trois-Rivières sont bloquées. Madlle. Manse estant à Québec, apprend que M. de Maisonneuve venoit avec 150 hommes. Le Père Poncet fut pris prosche Québec ; il laissa au lieu de sa prise un papier qui donna connoissance que les Trois-Rivières estoient investies ; quelques François qui le voulurent aller secourir ne l'ayant pu joindre, allèrent aux Trois-Rivières et se jettèrent dedans à la faveur de la nuit. Pendant que les Trois-Rivières estoient bloquées, les Hurons qui estoient à Montréal découvrirent un party d'Iroquois ; ils en donnèrent nouvelle aux François ; ils firent deux partys, et prirent les Iroquois par devant et par derrière ; ils en tuèrent, et leur prirent quelques uns de leurs principaux Capitaines captifs. Le Capitaine des Hurons s'appeloit Kanontaga ; il descendit aux Trois-Rivières, avertit les Iroquois de la prise de

leurs gens, et qu'on les rendroit s'ils levoient le siège des Trois- Rivières, et fesoient la paix. Les Iroquois y consentent. Kanontaga failli être pris luy mesme au Lac St. Pierre.

léw- ]5n 1653 la Soeur Bourgeois arrive; elle est de Troyes; elle

estoit âgée de 35 ans. Préfète de la Congrégation. M. de St. André, leva 105 hommes que M. de Maisonneuve fit des 22,000 livres de Madame de Bullion, en Poitou, Maine et Bretagne. M. de Lauzon, envieux, ne peut pas laisser monter les 105 hommes à Montréal.

Une troupe de François travaillant, avoit posé une sentinelle sur une souche, qui se laisse emporter et prendre par les jambes. Le Major fit courir aux armes ; un Iroquois nommé La Barrique, commandant la troupe se présente ; on tire dessus avec du plomb â canard, il tombe et est amené vif ; son frère vint quelques mois après, donne quatre attaques à Montréal, mais La Barrique l'appelle de dessus les murs, et lui fait promettre de faire faire la paix.

Les Iroquois saccagèrent l'Isle aux Oyes à douze lieues de Québec ; tuent toutes les familles de Moyen et de Macart, emmènent les enfans dont Mlle. Dugué étoit ; repassent à Montréal, y donnent quelques attaques. La Barrique pourparle ; les dits Iroquois tuent un nommé Daubigeon, puis veulent pourparler. M. Lemoine venoit d'escorter un Ambassadeur Iroquois, raconte le sac de l'Isle aux Oyes; on fait dessein de surprendre les pourparleurs. M. Lemoine les prend, allant seul à eux avec ses pistolets. Le Capitaine de la troupe des pourparleurs Iroquois, nommé La Plume, vint le lendemain pour délivrer ses gens, et est encore pris par M. Lemoine avec quatre autres.

Les Agniers, sous la conduite d'un nommé La Grande Armée, viennent en guerre à Montréal, apprennent la prise de ces six Capitaines Iroquois, font faire la paix où l'on rendit Trottier, St. Michel, Le Moyen et La Treille.

Mademoiselle Moyen a épousé AI. Dugué; Mademoiselle Maur M. de Grandville.

histoire; du canada. y

La paix dura toute cette année, et l'habitation avança. Les 1656. Iroquois tuèrent pourtant au dessus de l'Isle, une troupe de Hurons, et parmi eux le Père Gareau qui vient mourir à Montréal, et y est enterré.

M. de Maisonneuve va en France demander à M. OUier, direc- ' ^''' teur et premier associé de la compagnie, des ecclésiastiques : les Jésuites lui ayant dit plusieurs fois que sans estre fondez ils ne pouvoient venir servir ce lieu au préjudice des Missions. Madlle. Manse se démit et se rompit un bras.

M. Ollier choisit M. l'Abbé de Kélus, M. Souard, M. Gallinier et M. Dalet qui partirent en caresme; et M. Ollier mourut à pasques, ces Messieurs estant encore à Nantes.

Le Père de Quen, supérieur des Jésuites, et M. Daillebout viennent au devant à l'Isle d'Orléans. M. d'Argenson est nommé au Gouvernement ; il ne vint que l'année suivante. Cette année M, de Charny commanda à la place de M. de Lauzon, son père ; et luy s'en estant allé, M. Daillebout reprit le Gouvernement. En ce temps le Canada dépendoit pour le spirituel de l'Archevêché de Rouen; M. de Kélus avoit des lettres de Grand-Vicaire; il en exerça la fonction à Québec.

Les Iroquois commencèrent la guerre le 27 Octobre 1657, par '^s8. l'assassinat d'un menuisier, nommé Nicolas Gode, qui couvroit une maison, et de son gendre nommé Jean St. Pair. On dit que la teste parla estant coupée. Madlle. Manse ayant le bras cassé, et toujours plus mal, demande permission à M. de Kélus de repasser pour aller trouver Made. de BuUion, et faire venir par son moyen des Religieuses de la Flèche. M. de Kélus dit à M. Souard qu'une hospitalière de Québec avait besoin de changer, et de l'amener icy ; elle y vient avec sa compagne, Madlle. Manse, et M. de Maisonneuve n'en sachant rien, le trouva mauvais à cause que M. Ollier avoit fait un contrat avec les Hospitalières de la Flèche.

Mlle. Manse part, va à la Flèche. M. de la Doversière 1659. entendant dire qu'il y avoit des Religieuses à Montréal, jugea

témérairement qu'elle s'opposoit à ce qu'il y vint des Religieuses, et qu'elle venoit rendre compte et se retirer : il s'éclaircit. Madlle. Manse va à Paris, fait faire la fondation pour les Hospitalières de la Flèche, recouvre sa santé sur le tombeau de M. OUier par miracle, et par un second miracle, estant tombé de cheval sur le bras, à huit lieues de la Rochelle, elle ne fut aucunement incommodée du bras qu'elle avoit eu rompu et disloqué avec une vieille luxation.

La soeur Marguerite Bourgeois avoit accompagné Mlle. Manse en ce voyage, et amena 32 filles pour le Montréal, trois Religieuses de la Flèche, savoir: les soeurs BrussoUe, Masse et Moillac. Monseigneur d'Angers refusoit son obédience. M. de la Doversière fut malade à la mort, et le peuple d'Angers se mutina; M. de St. André les écarta l'épée à la main, et elles partirent. MM. Vigne et Lemaître viennent aussi, mais à la veille de partir ils avoient tant acheté de denrées qu'ils n'avoient pas de quoy payer le fret; et 110 personnes qui venoient se virent sur le point de rester; enfin, le capitaine se fia à leurs promesses.

Le navire avoit servi d'hospital à l'armée navale. Dix personnes moururent d'abord de la peste ; les Religieuses s'exposèrent ; deux Huguenots se convertirent à la mort.

M. l'Abbé de Kélus reçut l'ordre de retourner en France, qu'on luy fit signifier à Montréal par un commandant et une escouade de soldats. M. de Bellestre vint cette année.

Il y eut cette année 22 hommes de tués, et huit morts. Le 21 May dix-sept François estant partis furent attaqués par 800 Iroquois. Un nommé Daulac débaucha 17 François pour aller en guerre aux Iroquois ; au pied du Long Sault il trouve un méchant Fort de pieux commandé d'un costeau, il se jette dedans. Onontaga, Huron, ayant fait def fy à un Algonquin sur le fait du courage aux Trois-Rivières, vient à Montréal ; on lui dit où étaient les François ; il demande d'y aller aider aux François.

Ils saccagent d'abord deux canots. Quelques Iroquois vont avertir trois cens guerriers qui voulurent enlever le Fort, qui furent repoussez et perdirent bien du monde ; ils envoyèrnt quérir un renfort de 500 hommes de Richelieu qui descendoient pour enlever Québec. Les Iroquois crièrent aux Hurons de se rendre, qu'ils auroient la vie. Les lâches se rendirent, hors Onontaga et 4 Algonquins, et dirent aux Iroquois que les François n'estoient que 17. Les 500 hommes de renfort arrivèrent enfin : les Iroquois, au nombre de 600, durant trois jours, donnèrent de continuels assauts au Fort, abattant les arbres.

Daulac s'avise de charger un mousquet de poudre jusqu'à la gueule, afin de le faire éclater comme une grenade; mais une branche le fit retomber dans le Fort. Les ennemis perdirent le tiers de leur nombre au rapport de Taondechoren. Les 17 François furent tués, hors 4 dont trois moururent d'abord et le quatrième fut bruslé. Les ennemys furent effrayés de cette résistance et se retirèrent; sans cela tout estoit perdu. M. Daillebout meurt à Québec, et M. de la Doversière en France.

En 1661, au mois de Février, les Iroquois prirent treize i^'personnes tout d'un coup ; en Mars six, et en tuèrent quatre. En Février, nos gens travailloient sans armes. Mlle. Duclos courut à M. Lemoine toute chargée de fusils, et empescha un plus grand mal, car les Iroquois qui estoient 250 s^enfuyrent. Un nommé Baudoin et Lachapelle furent pris, et Monsieur Lemaître, prestre du Séminaire, fut tué à St. Gabriel par Outréouhati. Onnontagué, le jour de la décollation de St. Jean-Baptiste ; comme il disoit son Bréviaire, il vit les Iroquois venir sur nos gens, et pour leur donner le temps il se mit entre deux avec un coutelas : son image demeura imprimée dans son mouchoir en traits de sang.

En 1662, environ le temps de la mort de Monsieur Lemaître, M. l'Abbé de Kélus revint en Canada incognito, venant de Rome ; ce fut pour lors qu'on l'obligea de repasser. Le 25 Octobre 1661, M. Vignal fut tué à l'Isle à la Pierre, où étant abordé, les Iroquois

12 iiistoirî; du canada.

firent une huée; les François se jettent en canot hors Monsieur Brysat qui, ayant tué le capitaine, et ayant le bras cassé, fut pris. M. Vignal fut blessé; MM. Moyen et Duchesne tués, et M. René pris. M. Vignal, fort blessé, fut bruslé et mangé; René et Brysat menez à Onneyouth, où Brysat fut horriblement bruslé, estant guerry. Le 7 Février 1662, fut tué. Monsieur Closse, major du Fort, abandonné de son valet flamand, avec trois hommes qui furent tuez. Le 6 May, à Ste. Marie, Roulier, Trudeau, Langevin et le soldat, essuyèrent la décharge de 50 Iroquois, et, s'estant jettez dans la redoute, ils furent secourus de M. de Bellestre ; une autre fois, à Ste. Marie, on prit onze Iroquois.

ï^3- Mademoiselle Manse passe en France pour avoir les vingt mille

livres que Madame de BulHon avoit mises entre les mains de M. de la Doversière pour la fondation de l'Hospital qu'on a trouvé moyen de faire perdre ; elle demeure deux ans en France.

'^4. I^a Compagnie donna cette Isle et la Seigneurie aux Messieurs

de St. Sulpice; on leur voulut ôter la justice. Les Iroquois tuèrent deux hommes aux Isles de St. Thérèse, revenant en canots de bois chargés de viande. M. de Bellestre secourut le reste de leur troupe. Deux François furent tués à la porte de Montréal, allant en canot terre à terre. Un Iroquois fut tué.

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