MEMOIRE DE LA GUERRE CONTRE EES IROQUOIS
C'est une chose également utile et agréable que de conserver la mémoire des maux passés: c'est ce qui me pousse à la fin de cett cannée 1698, qui sera probablement la fin de la guerre, d'écrire d'un style simple et raccourcy l'histoire de la dernière guerre que nous avons eue contre les Iroquois.
Il y avoit huit ans que M. le Comte de Frontenac estoit Gouverneur du Canada, où il avoit fait faire le Fort de KatarokSy, par
HISTQIRE DU CANADA, 13
M. de la Salle, à l'entrée du Lac Ontario. Tout ce temps s'estoit passé dans une paix profonde avec les Iroquois et HoUandois ; et les plus considérables aventures du pays avoient été trois ou quatre démêlez domestiques. Le premier, entre Mgr. L'Evesque, les Pères Jésuites et le Clergé d'une part, soutnus par M. Talon, Intndant; et de l'autre part, M. de Frontenac, M. De la Salle, la Compagnie et les Pères Récollets, touchant l'eau-de-vie traitée et donnée à emporter aux Sauvages ; ce que Mgr. L'Evesque traitoit de péché réservé. Le second différend fut entre M. de Frontenactenac et M. Perrot, soutenu de M. Desenclos, au sujet de M, Bizar, lieutenant des gardes de M. de Frontenac, emprisonné par M. Perrot, qui, ayant été pris par adresse et tenu un an en prison, fut envoyé en cour. Le troisième entre M. Talon et M. de Frontenac pour la présidence du conseil ; enfin le quatrième fut une petite révolte de la Justice de Montréal qui vouloit se soustraire à la Jurisdiction du Séminaire.
Les RR. PP. Jésuites Bruyas, Vaillant, Millet, Lamberville, Carheil et Garnier, gouvernoient avec bénédiction les cinq missions Iroquoises d'Agniers, Onneyouths, Onontagués, Oiengouens et Tsonnontouans, outre celles des Hurons, Staois, Ilinois, du Sault Ste. Marie, et Miamis, des Abénaquis et de l'Acadie.
Il y avoit deux missions auprès de Montréal ; l'une du Sault, fondée au commencement du gouvernement de M. le comte de Frontenac en 1672, par le R. P. Fremin, et une autre à la Montagne, fondée en 1677.
Le gouverneur d'Orange s'appeloit Major Andros ; plusieurs coureurs de bois avoient découvert aux Flamands les grands profits qu'il y avoit à faire à aller traiter aux nations
M. de Frontenac voulant, selon les ordres de la cour, empescher que les François n'allassent dans les bois et aux nations éloignées
14 histoire; du canada.
en traite, donna aux Iroquois permission de piller ceux qui n'auroient pas une permission par écrit; ce qu'ils exécutèrent depuis avec grande licence.
Les Iroquois ayant attaqué le village des Ilinois, au temps que les hommes n'y estoient pas, prirent mille femmes, enfans, ou vieux. M. de Tonty y fut blessé.
Les Iroquois estoient fiers de leurs victoires sur les Ilinois ; les Anglois de la Virginie hayssoient les François à cause de leur cherté, animez par les Flamands qui envoyoient au sud et au nord du Lac Ontario des canotées de hardes gratuitement, pour les attirer à eux.
Quelques particuliers estant irrités par des querelles particulières, comme La Chaudière Noire qui fut maltraité par M. Perrot à qui il ramenoit Staois. Horchouasse qui avoit pillé le Père Carheil; Hannonsache, tué par un Ilinois à Missilimimakina ; pour toutes ces choses, dis-je, les Iroquois cherchoient querelle aux François; ils ne faisoient autre chose dans leurs festins, danses ou sueries, que de mettre Onontio à la Chaudière, et pour en venir aux effets ils commencèrent cette année à piller, à Tcseyagon, trois Français: Le Duc, Abraham, et Lachapelle ; ensuite, la barque de KatarokSy estant mouillée dans la rivière de Niagara sous la conduite du Sieur Lamarque, les Tsonnonthouans y estant entrés lièrent le pilote, battirent les François, et pillèrent pour 1300 livres de marchandises Peu après, La Chaudière Noire avec sa bande, au Fort de KatarokSy, se fit donner de force une grande quantité de hardes. Tegannissorens vint faire ici quelques sortes d'excuses à M. le Comte. Sur ces entrefaites M. le Comte est rappelé et a pour successeur M. le Fêvre de la Barre, premier Intndant d'Auvergne, Capitaine de vaisseau, qui avoit donné un beau combat aux Isles, et se fait appeler M, le Général.
M. le Général commence par envoyer trois de ses gardes, avec leurs casaques, aux Iroquois leur dire de le venir voir au printemps à Montréal pour faire conseil.
Ensuite, il envoyé le nommé Salvage aux Flamands leur dire, de 1683. n'assister point les Iroquois d'armes.
Les Flamands allèrent, nonobstant, en traite aux Staois avec quatre fugitifs François pour débaucher les dits Staois ; et le nommé Arrathio, frère d'Aria, passa à KatarokSy, descendit les Rapides, vint reconnoistre Montréal, donna un collier aux Sauvages du Sault, et s'en retourna par le Lac Champlain avec une canotée de pelleteries.
Pour les Iroquois ils avoient résolu de ne point venir ; mais on envoya M. Lemoine avec Ondotionnens, capitaine de la Montagne, qui, ayant couru risque d'être tués des séditieux de Tsonontouans, s'estoient réfugiés chez le Père Garnier, firent enfin venir les anciens des Tsonontouans qui se joignirent à ceux des quatre nations et vinrent à Montréal, tenir une diète générale, où se trouvèrent aussi les Hurons, Staois, Algonquins et le strois missions d'icy bas, assemblés dans la grande Eglise non encore bénite.
Le premier discours fut pour la mort d'Hannonsache ; on essuya les larmes des morts par huit capotes blanches, autant de chemises ; autant pour les Ayandés, et quatre fusils pour les guerriers ; on fit un trou pour enfouir ce discours qu'on couvrit de quatres justes-aucorps galonnés pour chaque cabane ; on fit passer la rivière dessus par un collier ; on leur osta la hache par un deuxième collier ; on la jetta dans le lac par un troisième collier.
2^^- discours. On leur oste le pouvoir de piller les Franois traitant sans permission, par cinq colliers.
S'"^- discours. Qu'il punira M. de la aile d'avoir armé l'Ilinois.
4me. discours. Il reconnoit pour enfans l'Huron, l'Staois, l'Algonquin, par 5 colliers..
5me. discours. Il leur demande quel sujet ils ont de faire la guerre à l'Ilinois et au Miamis.
5me. \^ç^ p^j-g Bruyas iette le collier de la Foi.
Novembre.
7'"^- Les GannaSaqties et Gannensatagués, ne faisant qu'une terre, jettent un collier, puis les Algonquins, enfin les Hurons, pour confirmer la parole d'Onontio. Ces présens montèrent à plus de deux mille écus.
Teganissorens, orateur, chef et interprète des Iroquois, répondit à tous ces colliers par autant d'autres colliers. Pour la question de rilinois il dit fièrement : il mérite la mort ; il m'a tué : on n'osa point répondre.
Le Général envoyé en traitte pour 16000 livres de marchandises.
Les vaisseaux nous amenèrent trois compagnies de la Marine: MM. D'Hosta, Chevalier, et Aubry, capitaines.
Monseigneur de Laval s'en va en France.
M. Perrot s'estant brouillé avec les dits capitaines et fait quelque faux pas dans ce procédé, est interdit.
La maison des Soeurs de la Congrégation fut bruslée, et deux
Décembre. Socurs dedans.
Teganissorens, estant descendu de Tsonnontouan à Montréal, visite toutes les costes. Cependant le Père Potier descend des Outaoîs, apport les nouvelles que les Iroquois avoient pillé les 16,000 livres de M. de la Barre; de plus, qu'ils avoient assiégé le Fort de Contrecoeur o ùestoit le Chevalier de Baugy, ce qui mit M. de la Barre en fureur et tous les marchands intéressez ;sur ces entrefaites, Teagnissorens arrive à Québec ; sa présence irrite les Français. On conclut une guerre à la hâte, sans préparatifs; on assemble 800 hommes de costes ; ceux de Lorette s'y joignyrent, et la nouvelle en estant venue icy, tous les Sauvages se préparent à la guerre. Teganissorens est arrêté.
M. de la Barre fait M. Perrot Maréchal de Camp, mais ayant mis en prison les tambours des capitaines, il est cassé et se bat contre M. de Ste. Hélène,
Cette guerre fut particulièrement excitée par l'avarice des marchand, lesquels avoient, sous M. de la Barre, toute licence d'acheter de luy autant de congez qu'ils vouloient, y ayant cette année icy 150 canots aux Staouais, On faisoit encore des desseins de commerce à Niagara, à Toucharenton, aux IHnois et ailleurs. M. de la Barre et eux vouloient obliger l'Iroquois de laisser paisible le commerce, et, le premier, de se faire rembourser les 16000 Hvres pillées.
Cependant cette armée part au nombre de 1200 hommes, parmy lesquels estoient 350 Sauvages : elle manquoit de vivres. M. le Général très-embarrassé ne donnoit que peu d'ordres pour la marche et pour le reste désirant fort la paix.
Les RR. PP. Lamberville et Milet apportèrent dans le Lac St. Franois trois colliers qui disoient que le Tsonnontouan, guerrier, f esoit le maistre ; que l'Onnontagué désiroit faire la paix, et qu'on envoya OkSouessen. (M. Lemoine.)
Ces colliers furent présentés publiquement à KatarokSy. OkSouessen part après la mi- Août de KatarokSy, et quatre jours après on partit pour la Famine où le mauvais air, le poisson corrompu, et surtout l'infection des ordures du campement qui ne changea point, donnèrent la fièvre à l'armée ; enfin, Ouréouhati y vint faire excuse et la révérence à Ononthio pour le Tsonnontouan qui n'y estoit pas, et il se fit ainsi une satisfaction en effigie.
M. Demeules, intendant, s'en retourne. M. Champigny vient. '684. Au retour de la guerre arrivèrent les vaisseaux, M. de Callières, M. Hénault des Rivaux, gouverneur de Montréal, et trois capitaines de vaisseau. On avoit commencé en May le bastiment du nouveau Séminaire.
Au mois de May nous eûmes nouvelles par l'arrivée des vaisseaux 1685. 1°- de l'élection de M. l'Abbé de St. Valier à l'Episcopat de Québec, malgré tous ses parens qui le vouloient retenir, et toute la Cour, où sa sainteté estoit très-distinguée ; 2'^- du rappel de M. de la
Barre, duquel le procédé avec les Iroquois avoit déplu à M. de Seignelay qui l'appela la paix honteuse du Sieur de la Barre; 3°. Que M. le Marquis de Denonville, mestre de camp des dragons de la Reine, luy succède et amène 600 hommes, avec ordre de subjuguer l'Iroquois. Enfin, de la mort du Roy d'Angleterre et de sa conversion.
L'Espérance fut tué le 15e Décembre.
Le Gouvernement de M. de Denonville a duré quatre ans.
L'an 1686, il se prépara à la guerre et demanda des troupes.
L'an 1687, il alla à Tsonnontouan.
L'an 1688, il fit la paix.
L'an 1689, il fut battu à Lachine, et rappelé.
L'hyver, M. Denonville fit faire des présens aux Sauvages du Sault et de la Montagne ; ils eurent 200 livres pour leur part en couvertes.
Au mois de Février les Tionnontatés furent conduits à la chasse par le traistre Astolach à Katoge ou Saxina, où il avoit donné rendez-vous aux Tsonnontouans qui en enlevèrent, moitié de gré, moitié de force, 120.
Sept Anglois allèrent le printemps en traitte à Missilimaginac, et firent 200 robbes ; ils furent pris des Miamis à leur retour ; lesquels Miamis furent repris par les Iroquois qui ensuite attaquèrent le village des Miamis en l'absence des hommes et y prirent 200 femmes et enfans. Les Iroquois firent leurs cruautés ordinaires, rôtirent les enfans, les firent manger à leurs mères ; bruslèrent une fille à la broche, — ^sa mère la défendit en désespérée. Les guerriers des Miamis réunis et avertis, poursuivirent les Iroquois, en tuèrent 127, et reprirent partie des captifs.
Cependant Turcot, Rolland et Grandmaison, traitteurs François, sont pillez des Iroquois ; et d'un autre costé trois frères. St. Hélène,
d'Iberville et Maricour, avec leur cousm St. Aiiclré. prennent deux Forts à la Baye d'Hudson : Kichichouan, et Fort Rupert, assistez de M. de Troyes, commandant un détachement de la marine ; ils dégradent le gouvernevir en une Isle.
M. de St. Vallier visite l'Acadie, et estant de retour passe en France.
On fait l'enceinte de Ville-Marie, de pieux. Cependant Dongan, 1687. Gouverneur de Manhatte, catholique, mais très-méchant homme, persuadé par les nommez Du Plessis, Lafontaine, Marion, francs fugitifs du profit qu'il y a à faire à Missilimakinac, y envoyé un nommé Grégoire avec un gros party de 60 hommes, et 3000 livres d'effets, et qui ayant eu avis que M. Du Luth gardoit le passage de Toncharontio qui communique du Lac Erie au Lac Huron, passèrent par Taronte, et estoient conduits par les Lafontaine, Marion, le nommé Gaustassy et Tegannenstet. Ils arrivèrent au voisinage de Missilimakinac, vers le mois de May au nombre de 60. M. de la Durantaye, très-brave et très-sage officier qui y commandoit, jugeantqu'ilfalloit prévenir l'entrevnue des Staouais et des Flamands sort au devant de luy avec sa compagnie ; tous les Sauvages sortent en mesme temps avec leurs armes, et font un grand party dans les bois à une portée de fusil des François. Chose admirable, tous les Sauvages estoient partis pour favoriser les Flamands à cause de leur bon marché. Cependant, Grégoire crut infailliblement qu'ils venoient escorter et soutenir les François. M. de la Durantaye sans leur donner le temps de s'esclaircir, estant entre les Sauvages et les Flamands, s'avance avec sa compagnie le fusil en joue; fait mettre bas les armes aux 60 Flamands et les lie, et en même temps donne le pillage de leurs marchandises aux Sauvages et aux François, s'acquérant par là ceux qui se seroient peut-être révoltés.
Cependant, AL le Marquis de Dénonville qui songeoit sérieusement à la guerre avoit, dès l'automne précédente, envoyé des présens aux trois capitaines. Du Luth, capitaine de Toncharontio,
Tonti, capitaine des Ilinois, et la Durantaye, capitaine de Missilimakina, comme aussi à tous les chefs des coureurs de bois, comme Nicolas Perrot, chef des Poux, Micheloque, etc., de se trouver à Ganientaragouet au commencement de Juillet.
Rien ne fut mieux et plus secrètement conduit que cette affaire. Les préparatifs de vivres et les ordres pour les missions d'en haut furent si secrets que ny le Père Lamberville qui vint d'Onontaguez, ni les Sauvages ne s'en doutèrent. Il avoit demandé des troupes ; on lui envoya 1500 hommes des recrues de la marine, sous la conduite de M. de Vaudreuil, Mareschal des Logis des Mousquetaires.
Il est vrai que le Roy avoit voulu donner un détachement de vieilles troupes, mais comme elles dépendoient de M. de Lopvois, la jalousie de M. de Seignelay fit qu'il aimât mieux cette misérable recrue de milice ; enfin elses arrivèrent à temps, avec la promesse de la Cour d'en donner d'autres. On partit le lie Juin. L'armée étoit de toutes les quatres missions : 100 hommes du Sault ; 60 de la Montagne; 40 de Lorette; 60 Abénaquis et quelques Algonquins, et 1800 hommes, troupes et milices, en quatre bataillons, commandés par Sugué, Berthier, Verchères, et Longueuil: M. de Callières, lieutenant-général.
M. l'intendant de Champigny arriva le premier, et ayant fait appeler les Sauvages de KatarokSy, on envoya prendre tous les Ganneyousses et les Kentés qu'on pilla et enchaisna dans le Fort pour n'avoir pas ces Sauvages contre nous dans la campagne. Il y avoit environ 40 hommes et 80 femmes et enfans.
En vérité, cela f aisoit pitié que des Sauvages qui estoient comme sous notre protection fussent ainsi pris, pillés et enchaînez, et pris par l'appât d'un festin; ce qui fut de pis, l°- c'est qu'on envoya les hommes à la fin de la campagne aux galères en France. 2°- que la plupart des femmes et enfans moururent de tristesse et de la maladie pestilentielle qui se mit dans l'habitation Horchouasse, Ouiongouen et Onnonouaragon, Onnontagué, qui venoient au Montréal dans le temps que l'armée montoit, furent aussi pris, et le
premier mené en France. Enfin tout ce procédé a esté d'autant plus blâmé qu'on ne l'a point soutenu, et que si on a été trop rude au commencement, on a esté trop mol et trop humble à la fin.
Cependant cette armée florissante, ces troupes venues au premier May si justement ; cette marche si heureuse à ses premiers commencemens, enfin l'abondance générale fesoit concevoir les plus belles espérances du monde. Elles furent augmentées par un canot qui vint du costé de Toncharontio pour dire que les trois capitaines Tonty, Du Luth et la Durantaye venoient par le Lac Eriê, amenant les nations et les coureurs de bois, et, en outre, ce dernier capitaine amenant les 60 Flamands prisonniers.
Pour profiter de ces heureuses conjonctures et commencemens, on partit le trojs Juillet, ayant envoyé trois barques par le Lac Ontario chargées de vivres, qui dévoient mouiller devant Ateniatarontagué. Nous y arrivâmes heureusement en sept jours de marche, et par une aventure et conjoncture qui ne s'est jamais vue, le 10 au soir, comme nous arrivions, arrivoient aussi les secours des nations, et les trois capitaines avec six cents hommes.
Jamais le Canada n'avoit vu et ne verra peut-estre jamais un pareil spectacle : trois barques mouillées vis-à-vis un camp, dans lequel il y avoit un quartier de troupes réglées de France, avec la Cour du général ; le quartier des habitans en quatre bataillons, avec la nobleses du pays ; le quartier des Sauvages chrestiens, et ensuite une cohue de toutes ces nations barbares, nues, mattachées et peintes par le corps de toutes sortes de figures, portant des cornes à la teste, des queues au dos, armées de flèches. On oyait (entendoit) la nuit une infinité de toutes sortes de langues, et des chants et des danses en toutes sortes de langues. Les Tsonnontouans nous vinrent reconnoistre, et ensuite allèrent brusler leur village et s'enfuirent.
L'on fit entrer et l'on enfonça en l'eau du petit lac d'Aténiatarontagué les bateaux ; on fit un Fort, et l'on partit le 12e Juillet sur le soir.
22 HISTOIRi; DU CANADA.
M. de Callières, lieutenant-général, menoit l'avant-garde composée de 300 Sauvages chrestiens à droite, commandés par M. de Ste. Hélène. Les Sauvages payens à gauche, avec trois compagnies. 100 8tois 30 Poux, 100 Chaouanons ou Ilinois, et 50 Hurons, commandés par les interprètes Nicolas Perrot, Micheloque et Penar, avec les coureurs et volontaires au milieu, faisant huit à neuf cents hommes.
A quelque distance de l'avant-garde, marchoit le corps de bataille de quatre bataillons de troupes, et de quatre de milices ; M. le Marquis estoit à la teste des troupes, et M. Dugué de la milice.
La marche fut un peu précipitée ; les troupes fatiguées mouraient de soif ; le jour fort chaud. Les deux corps se trouvèrent trop éloignés l'un de l'autre. Les découvreurs aussy furent trompés, car estant arrivés jusques dans les déserts de Gaensera ils trouvèrent cinq à six femmes qui cercloient dans les champs, ce qui estoit un leurre que les Iroquois donnoient aux François pour leur faire croire qu'ils estoient tous dans le village. En effet, ce fut la cause de la marche précipitée de M. le Marquis qui vouloit faire une circonvallation avant leur départ. Mais ce qui fut la principale cause de tout ce qui arriva ensuite, fut que Garistatsi et Gannagenroguen, Agniers, s'emparèrent la nuit de la barque, et passant aux Tsonnontouans leur dirent notre nombre, notre dessein, et surtout que les Sauvages portoient à la teste des tours de testes rouges.
D'abord, tous les guerriers quittèrent leurs brayets pour passer pour des Staouais qui n'en portent point, et en firent des tours de testes, ce qui leur réussit, afin d'estre pris pour estre de nos alliés. Ensuite les femmes et vieillards, chargés de ce qu'ils avoient de meilleur, s'enfuyrent à Ouiongouen. Tous les guerriers au nombre de 800, ayant bruslé leur village, résolurent de dresser une embuscade.
Le teritoire de Gaensera est très-montueux. Ce village est sur
une haute colline ; on y monte par trois tertres ; au bas est une vallée, et vis-à-vis, d'autres grands coteaux, entre lesquels passe un gros ruisseau couvert, pendant et rapide, qui dans la vallée fait un petit marais couvert d'aunages ; c'est là le lieu qu'ils choisirent pour leur embuscade. Ils se séparèrent en deux ; ils postèrent 300 hommes dans le ruisseau pendant entre deux costeaux, dans un gros buisson de hestres, et 500 dans le bas des dits coteaux, dans ce marais, et entre les dits aunages dans la pensée que la première embucade de 300 hommes laissroit passer l'armée, et après feroit leur décharge par derrière ; ce qui l'obligeroit de se jetter dans la deuxième embuscade qui estoit cachée au bas de ces deux costeaux, dans le marais.
Ils se trompèrent pourtant, car comme l'avant-garde que commandoit M. de Callières estoit fort éloignée du corps que commandoit M. le Marquis, ils crurent que c'estoit toute l'armée ; c'est pourquoi comme la dite avant-garde passa près de la hestrière où ils estoient cachés, après avoir fait un horrible sakakSa. (sakaqua) ils firent une décharge.
Inévitablement, il est toujours désavantageux d'estre surpris et tomber dans une embuscade. Les Staouais et Sauvages nonchrestiens s'enfuirent tous ; ils estoient à la gauche de l'avant-garde françoise, composée des trois compagnies de Du Luth, La Durantaye, et Tonti, laquelle ils laissèrent découverte. Les Sauvages chrestiens de la Montagne et du Sault et les Abénaquis tinrent bon, et firent deux décharges.
M. le Marquis s'avança avec 1-e corps de batailles composé des troupes du Roy, pour ocuper le haut du coteau où il y avoit un petit Fort de pieux ; mais la terreur et le désordre de la surprise fit, qu'il n'y eut que M. de Valrenne qui s'y distingua, et M. Dugué qui, menant l'arrière-garde, rallia le bataillon de Berthier qui fuyoit, et estant à la teste de celui de Montréal fit tirer deux cents coups. M. le Marquis, en chemise, l'épée à la main, fit tirer le corps de bataille, et battre les caisses lorsqu'on ne voyoit presque plus per-
sonne ; cela épouvanta les 300 Tsonnontouans de l'embuscade qui s'enfuyèrent d'en haut vers les 500 qui estoient embusqués en bas. La crainte que toute la terre estoit là les fit enfuir avec tant de précipitation qu'ils laissèrent leurs couvertes en un monceau, et on ne les vit plus.
On tint conseil ; on résolut, comme il estoit tard, de coucher sur le champ de bataille, de peur d'autre surprise. On alla dans le lieu de l'embuscade ; on trouva 14 Iroquois morts ou mourans ; on coupa les testes qu'on apporta, et un encore en vie dit, qu'ils estoient 800, 300 en haut et 500 en bas, et que les Ouiongouens dévoient venir le lendemain; ce qui fit qu'on s'arrêta où l'on estoit. On a trouvé en divers lieux, les jours suivans des vivres, et d'autres Sauvages morts, ou qu'on tua.
Pour notre perte, le Père Angelran, missionnaire célèbre des Staouais, eut les hanches percées ; parmi les Franois furent tués Nantara, Filliatro, et d'autres.
Parmi nos Sauvages fut tué Tégaretouan ; Le Soleil, de la Montagne, brave chrestien en toute façon ; Oyenratarihen ; La Cendre Chaude, du Sault ; Gonhiagou ; Le Ciel des Tionnontatés, Huron. On emporta trois Sauvages blessés, et beaucoup de François qui souffrirent beaucoup, portés sur des branches par quatre hommes qui se relevoient plusieurs fois par jour.
Le lendemain on marcha en bataille, s'attendant à des attaques. On descendit du coteau par une petite vallée pendante, ou gorge, par laquelle couloit un ruisseau bordé de halliers et qui se déchargeoit au bas du coteau, dans un marais plein d'une vase profonde, mais plantée d'aunages si épais qu'on se voyoit à peine; c'est là où ils avoient posé leurs deux embuscades et où nous aurions peut-estre donné s'ils n'avoient pas pris notre avant-garde pour toute l'armée, et ne se fussent pas tant pressés de tirer. M. le Marquis fit très-prudemment de ne pas poursuivre ; car c'est une ruse de l'Iroquois de s'enfuir pour attirer dans une plus grosse embuscade. Le marais qui a vingt arpens environ de large estant
passé, nous trouvâmes environ deux ou trois cens méchantes couvertes, plusieurs méchans fusils, et commençâmes à apercevoir la fameuse Babylonne des Tsonnontouans, ville ou village d'écorce, situé au haut d'une petite montagne de terre où l'on monte par trois tertres ; elle nous parut de loin couronnée de tours rondes ; mais ce n'estoit que des grandes caisses d'écorce ! de quatre pieds environ de haut, enchâssées les unes dans les autres, de la largeur de quinze pieds environ de diamètre où ils mettent leur blé d'Inde. L,e village avoit été brûlé par eux mesmes, il y avoit huit jours. Nous ne trouvâmes dans le village rien d'entier que le cimetière et des tombeaux — le tout fort peuplé de serpens et d'animaux ; un grand masqueavec des dents et des yeux de cuivre jaune, et une peau d'ours dessus avec laquelle ils jonglent dans leurs cabannes ; il y avoit aux quatre coins de grandes caisses de blé qu'ils n'avoient point pu brusler ; ils avoient outre ce poste leur blé d'Inde dans un fort de pieux au haut d'une petite montagne escarpée de tous côtés, où il y on avoit jusqu'au genou partout le fort. Les Tsonnontouans avoient quatre grands villages qu'ils changeoient de dix en dix ans pour s'approcher du bois, et lui donner le temps de recroître. Ils s'appelloient Gaensera, Tohaiton, qui estoient les deux plus grands ; Onnontagué, Onnenaba, moindres ; dans ce dernier demeuroit Ganonketahoui, le premier chef. On coupa le blé qui estoit sur pied, déjà bon à manger, et on brusla le vieux. On fait état qu'on brusla cent mille minots de blé vieux, et cent cinquante mille minots de celui qui estoit sur terre, sans les fèves, et les cochons qu'on assomma. Il mourut 60 personnes des coups reçus dans le combat ; mais une infinité périrent de misère ; plusieurs s'enfuyrent au-delà des grandes montagnes d'Onnontagué qui les séparent de la Virginie, et allèrent habiter le pays des Andastoez ; la plupart des esclaves se dispersèrent, et depuis ce temps la nation Tsonnontouanne qui estoit au moins de huit à neuf cens guerriers et dix mille âmes en tout, fut réduite à la moitié.
De là, contre l'attente des Sauvages qui croyaient qu'on irait à Ouienguien, Onnontagué, et aux autres Iroquois, on alla établir un
fort à Niagara où nous fûmes après trois joursdemarche. C'est une pointe qui est formée par le Lac Ontario, et la Rivière de Niagara de l'autre pointe, de 60 pieds de haut, à dix lieues de la fameuse chute du Lac Erie dans cette Rivière, et après dix lieues dans le Lac Ontario.
Désormais, je ne parlerai ni de la description des lieux, ni des actions, mais bien de la chronologie des faits.
AL de Troye y fut laissé commandant; c'est lui qui avoit été à la Baie d'Hudson avec 60 hommes.
Nous traversâmes le Lac Ontario, du Sud au Nord, qui en cet endroit a quatre lieues de large, avec un petit vent qui fesoit faire des lames comme en mer. Nous trouvâmes en abordant un agréable spectacle qui est, que pendant un quart de lieue tous les arbres du rivage avoient un chevreuil écorché, pendant à leurs branches. Là mourut M. de Troye, de la dissenterie. La nourriture avoit donné à tous la dissenterie, qui s'estoit mise au camp à cause des porcs frais et des fèves qu'on mangea. Après avoir côtoyé Téhiâgon, et qu'on vint passer à Kenté et Ganeyousse, par la Rivière de Tannahouté on orriva à KatarokSy le lendemain d'une grosse 15 Août, i687.|-ej^-,pête qui nous fit coucher sur un Rocher ou petit Islet. Nous arrivâmes à KatarokSy, où M. le Marquis estoit en peine de nous, non sans raison, car nous avions esté suivis par des Iroquois. Nous arrivâmes de là à Montréal en quatre jours de marche.
ao Août. Niagara, KaratokSy, et la Rivière, furent le camp de la guerre
en 1687.
Cinq cens Iroquois vinrent à KatarokSy, où commandoit M. d'Orvilliers. Quatre cens Iroquois descendirent la Rivière. Dix soldats, de Duclos, capitaine, s'estoient égarés dans les bois à KatarokSy, huit hommes estant allés moissonner des pois en avertirent le fort ; trois soldats furent pris, avec Mademoiselle d'Alonne qu'on fit monter sur une souche, avec le chapeau de la Chaudière Noire.
Deux soldats furent tués dans les guérittes qui étaient de pin.
La barque, chargée de vivres, partit pour Niagara avec le Père 24 Sept. Lamberville. Le fort de KatarokSy fut assiégé un mois ; celui de Niagara fut assiégé par 40 canots, et on coula bas quelques canots.
Des 400 Iroquois qui descendirent la Rivière, 60 prirent à la Galette neuf monteurs, ou les eaux estoient basses, avec tous les habits et vivres des soldats. Duclos commandoit ce détachement. Les Iroquois tuèrent Vincent au bout de l'Isle, et Fournier dans l'Isle.
Beau combat de l'Evitier, enseigne, qui sauva Amiconti, arracha une épée et tua le Sauvage qui l'avoit, sauva le capitaine Basque, et eut son chapeau percé.
Le 4 Octobre, 150 Agniers assiègent Chambly où commandoit M. Du Plessis. Ils prirent un soldat, sa femme et son enfant.
Les Agniers bruslèrent Verchères, tuèrent 80 bêtes ; et l'Etang, Décembre, officier, gendre de Verchères, fut tué en la Rivière de Richelieu.
Grégoire qui avoit été pris à Michilimakina par La Durantaye, puis amené par la barque à KaratokSy, après avoir travaillé à KatarokSy descendit à Montréal et renvoyé, vient en ambassade avec Onnaské, le crapaud. Le Père Vaillant retourne aux Iroquois assemblés à Orange pour tenter une négociation, et revient de même sans effet.
Le 18 Février au matin, on apporte pour nouvelle de Katarok8y, 1688. que les Tsonnontouans ont jeté des colliers au Père Lamberville à KatarokSy, pour faire la paix à Niagara.
M. de Ste. Hélène va quérir le Père Lamberville qui avoit le scorbut, et avitailler le Fort de KatarokSy. 20 soldats y sont malades. M. de Villeneuve, commandant, y meurt, aussi M. de Troye ; M. de la Durantaye meurt à Niagara, et presque toute la garnison, du scorbut qui ne manque point aux garnisons nourries uniquement de salé, et assiégées sans pouvoir sortir, ni avoir des herbes.
Le Père Vaillant revient avec Mademoiselle d'Alonne, et
30 Mars. Qastari, Mari d'Aratable de la Montagne. M. de Ste. Hélène,
capitaine, en ramenant 80 Français ou soldats de Katarok8y, est
attaqué à Tonihata. Il a quatre homme de tués, et un fait
prisonier.
Des Agniers viennent débaucher la mission du Sauut, et assurer que les François estoient perdus : trente hommes et vingt femmes quittent la mission du Sault.
Dongan, après le départ du Père Vaillant, assemble les Gouverneurs de Maryland, Boston, Virginie, Baltimore et de Pensylvannie, et les Iroquois à qui il donne des paquets de corde pour lier les François, et se venger de ce que Grégoire avoit été pris et pillé par M. de la Durantaye à Michilimakinac.
Le 2 Juin, le Chevalier d'Eau apporte des nouvelles que plusieurs Sauvages, entre autres la Chaudière Noire, Outréouhati, autrement dit Grand Gueule, et Gagniêgoton, venoient en paix : on verra que c'estoit pour tromper. Combien la crédulité de ce qu'on souhaite aveugle ! Enfin, ils viennent et font un conseil ou négociation de paix sous la direction du Père Lamberville, plénipotentiaire en ce traité.
l^"" Article. On rase Niagara où il étoit bien morts 100 hommes, et qu'on ne pouvoit avitailler. 2^ On ôte la hache aux Outaouais. 3^ On rend 91 esclaves que le Sault et la Montagne avoient.
Cette année le scorbut ou autre maladie populaire enleva 100 hommes à Niagara ; autant à KatarokSy ; autant aux Abénaquis, et 1400 au Canada.
s Juillet. Les Abénaquis que nous avions, après avoir bien fait des dettes aux Trois-Rivières, vont s'establir près d'Orange, et viennent brusler un François ; le six et le neuf brûlent Sorel, St. Louis et Boucherville. Le 18, Larivé et Nicolas ramènent treize prisonniers, François ou Sauvages. M. de Callières monte avec mille hommes à KatarokSy.
2 Juin.
Le 15 Août, cinq de nos Sauvages de la Montagne furent attaqués par les Onnontagués à Orakonenton ;deux furent tués, dont un nommé Haratsion, beau jeune homme, fort pleuré.
Les Abénaquis qui étoient dans la Colonie vont contre les Anglois, lèvent dix chevelures Iroquoises et six Angloises.
Le Rat, Huron de Téonontaté, prend Téganissorens afin d'empêcher la paix. Pionontio traitoit, et dit, J'ai tué la paix. Il avoit intérêt qu'Onnontio ne fit la paix de peur que l'Iroquois ne tombât sur lui.
Monseigneur vient de France.
Onnonchiagon vient épier Onnontouac. Trois grands Chefs Mars. viennent nous abandonner et tromper. Ondechio, mari de Sagoguenchon, vient et s'en retourne. Tiontoragué vient aussi assurer la paix et trahir.
Le 14 Juillet, nouvelles de la révolution d'Angleterre, et de la guerre.
Jean-Baptiste Honnentarionni trouva les Iroquois dans l'Isle qui lui prirent sa chemise et son bracelet disant, qu'ils luy rendoient s'il persuadoit au village de venir trouver l'Iroquois, et que nous étions perdus. Honanderon dit que cela estoit vrai ; ni nous, ni personne voulut le croire.
Cependant, Attérihata revint ou s'enfuit du village d'Onnontagué, rapportant que tous étoient partis. En effet, 1400 Iroquois, plusieurs femmes habillées en hommes, estoient partis. La femme de Garatolan donna l'alarme.
Cela fut cause que M. le Marquis ordonna qu'on se retirât dans juin, les forts, et il envoya le Père Lamberville et M. de Longueuil en J"'iiet. ambassade pour rencontrer les Iroquois et les adoucir.
Enfin, le 24 Août, au milieu de la nuit, les 1400 Iroquois passèrent le Lac St. Louis dans une tempête de grêle et de pluie. Ils se placèrent par pelotons, en corps de garde à toutes les maisons,
durant sept lieues, et commencèrent un massacre général d'hommes, de femmes et de maisons.
Suit une liste de noms, la plupart indéchiffrables.
La nouvelle de cet étrange massacre arrive ; — M, le Marquis fait partir M. de Vaudreuil avec 300 hommes qui arrivèrent à leur camp au haut de ri sle, oiî on les trouva presque tous saouls. C'étoit là une belle occasion d'en tuer cinq ou six cents, et ravoir les prisonniers ; mais par une conduite dont je laisse le jugement à d'autres, il défendit de tuer, disant qu'il avoit des ordres contraires. On en prit pourtant trois dans le fort de la Présentation, qu'on assomma dans la cave.
Il se sauva un chirurgien du Lac des Iroquois qui dit, que le Père Milet avoit été pris, attiré par les Iroquois pour confesser un chrestien moribond.
M. le Comte ramena le parti au fort Roland. Le lendemain, 5 Août, un gros parti descendit de leur camp au haut de l'Isle, et se vint poster entre le fort Roland et celui de l'Eglise de Lachine, partie dans le bois, partie au bord des bleds qui estoient hauts, s'envoyant du secours selon le besoin par des sentinelles posées sur les arbres.
L'Arabelle, capitaine réformé, fut commandé pour amener 40 hommes de renfort à M. de Vaudreuil; M. le Marquis restant pour garder la ville où étoit sa femme et sa famille. A l'Arabelle, se joignit une troupe du Sault et de la Montagne ; mais les Iroquois laissant les Sauvages, tirèrent sur le gros des soldats dont ils mirent la plus grande partie par terre, et se jettèrent sur L'Arabelle qu'ils prirent avec La Plante et Villedonné. Sept Sauvages du Sault voyant cette déroute, voulurent gagner le fort de l'Eglise où étoit M. d'Ollier, mais comme ils étoient vieux et lassés, ils furent tous tués à la montée du moulin; la face de Lahaie eut des coups de sabre, et il fut détruit.
Après cette victoire complette, cette malheureuse troupe de prisonniers essuya toute la rage que la vengeance la plus cruelle peut
inspirer à des Sauvages. Elle fut transportée au delà du Lac St- Louis par l'armée victorieuse qui fit, en passant le Lac 90 cris, pour marquer le nombre de prisonniers ou chevelures qu'ils avoient ; disant : on nous a trompés, Ononthio ; on te trompes aussy. Etant abordés, d'abord ils allumèrent des feux, plantèrent des poteaux, firent brusler cinq François, firent rôtir six enfans, et d'autres griller sous les cendres et les mangèrent. Ils emmenèrent les autres pour être immolés au gré de leur vengence, à Onnontagué, où on les fit promener longtemps sur un chemin de charbons ardents.
Peu de temps après, la peur s'étant emparée des Sauvages, on fit venir demeurer en ville tout le village du Sault, avec leur blé qu'on mit sous les voûtes de l'Eglise.
On envoya des ordres à KatarokSy que la garnison abandonna ; et l'on fit sauter les bastions et les courtines en partie ; etau commencement d'Octobre, M. de Frontenac vint reprendre le Gouvernement.
MM. Du Luth et Mantet donnèrent le plus beau combat qui se soit donné de cette guerre. Vingt-sept Tsonnontouans contre environ autant de François s'étant découverts et rencontrés dans le Lac des Deux Montagnes, M. Du Luth fit mettre ses canots à la queue l'un de l'autre, et eut l'adresse de mettre le soleil aux yeux des Iroquois et commanda à ses gens d'essuyer le feu ennemi. Ils ne blessèrent personne ; alors M. Du Luth commande de prendre chacun le sien, se mettant en travers et en flanc, — ce qui s'exécuta si heureusement, que tous tombèrent dans le Lac blessés, hors deux, dont un fut bruslé sur le champ par les Algonquins, l'autre à la Montagne par ordre de M. Dénonville.
Le 13 Novembre, les Iroquois firent encore un horrble massacre, dans un jour de poudrerie de neige à Lachenaye, où ils massacrèrenc la nuit vingt François, dont ils dispersèrent les membres et les boyaux sur la neige.
Le 15, Pagnet, marchand, fut assassiné chez lui.
Le 27, le magasin du Séminaire fut bruslé, plein de galettes et de bardes.
3 Fél°rier ^^^^- cl'Iberville et de Ste. Hélène, avec 120 François, et autant de Sauvages, arrivent près de Corlar, trouvent les portes ouvertes, bruslent le fort, pardonnent aux femmes et aux enfans et à trente Iroquois. D'Iberville prend le devant, et le 30 Mars vingt-cinq soldats, menant des cbevaux des Flammands, furent coupés par les Iroquois à qui on avoit donné la vie, et qui en prirent 14. Le 8 Mars, Gagniegoton vint avec des colliers.
Le 8 Juillet, un party d'Iroquois estant descendu par la Rivière des Prairies à Repentigny, fit encore un grand massacre. Il y eut 20 hommes tues, et 30 Iroquois.
Pierre Milet, tué; sa fille, bruslée. Trois Lajeunesse, bruslés. La fille de la Meunière emmenée. Le sergent Dumoulin, tué, Daillot et Colomb, lieutenants, tués. Charles Pouliot, aussi tué dans risle Ste. Thérèse. Planchau, Gervais, Baudry et Desroches tués, et Lamour pris.
La Gémeraye et d'Hosta tuèrent 10 Iroquois, et perdirent cinq hommes. Le Chevalier de Clermont recouvre cinq garçons. Ensuite, MM. St. Hélène et Valrenne laissent échapper les Iroquois.
i8 Août. Tous les blés furent brumes, et il y eut une famine.
Il y eut un combat à St. François où 20 soldats furent tués ; 30 Iroquois furent aussi tués.
Le Chevalier d'Eau, estant envoyé à Onnontagué, est arrêté. Colin, l'un de ses canoteurs est bruslé, et Bouviat tué.
On eut nouvelles que trente-deux voiles venoient assiéger Québec, commandées par William Phipps. M. Prévost, major, avoit fait gabionner. M. de Callières amena mille hommes de son gouvernement. M. le comte de Frontenac se trouva avec 3000 hommes. Il fut sommé par une trompette de se rendre, avec
espérance de pardon s'il le faisoit dans une heure. La réponse fut fière comme elle le devoit. Les Anglais descendirent à Beauport. On leur fit la guerre à la Sauvage, en chemise, les harcelant sans cesse ; s'enfuyant, ils leur tuèrent 100 hommes et en blessèrent 300. Ils se retirèrent, laissant leurs canons en désordre. Estant rembarques, on fit eschange de MM. Trouvé, Joliette et Lalande. Les gros vaisseaux qui estoient criblés de coups de canon périrent, avec cinquante hommes qu'on trouva gelés le printemps suivant. Le pavillon de la Ste. Vierge qui flottait au clocher de Québec fut victorieux du canon.
Les Agniers prennent vers les montagnes de Chambli 6 Gan- 2e'^aL neyousses ; puis 13 qui sont ramenés, par Onnonouagaren, pour entretenir l'intelligence secrète.
Le 7 Mai, les Iroquois bruslent le moulin de M. le Bert, à la Rivière des Prairies. La femme de Guillon ; Grégoire* sa femme ; Goulet, le fermier de Lachenaye, et quelques autres défendent une brèche de quarante pieds contre 300 Iroquois. Verchères, et un soldat fu-rent tués.
Le 17 Mai, 70 Iroquois s'embusquent la nuit à la Montagne, en trois bandes, donnent sur les Sauvages qui, à quatre heures du soir, dormaient. Nous perdîmes Tondiharon. On tira trente fois, mais on tira trop bas. Ils perdirent sept hommes.
Suivent plusieurs noms, mais qui ne sont pas lisibles.
Le 17 Juin, M. de Bienville commande un party pour poursuivre les Iroquois. On les rencontre ; on les prend et amène 80 en nombre . On ne leur fait point de mal ; et ils achètent de la poudre et des fusils.
Ayant avis que les Flamands dévoient donner à Laprairie, M. i°^ -^""^ de Callières y alla. Les habitans campèrent d'un côté du fort, les soldats de l'autre, au nombre en tout de 1200. La débauche fut extrême en toute manière. Cependant, avant le jour, 80 Loups st glissèrent par le fossés, derrière le moulin, tuèrent la sentinelle
endormie, levèrent la chevelure à six Outaouais, et tuèrent vingt habitans. Les capitaines qui estoient au fort accoururent; trois furent tués à la porte, par une embuscade qu'on y avoit dressée exprès, savoir: St. Cirq, Hosta et De Cairac. On envoie l'Evitier et Domergue ; ce dernier fut tué avec douze hommes, et trois prisonniers.
Les Flamands commandés par Peter Schuyler n'osèrent pourtant pas s'engager, à la face de tant de monde, à entrer dans le fort, et ils s'en retournoient en victorieux. Mais Valrennes et Demuy, qui avoient été envoyés précédemment pour les chercher avant qu'ils fussent arrivés, rencontrèrent les découvreurs : chacun s'embusqua. Les Agniers de Peter Schuyler, reconnus vis-à-vis de l'embuscade, essuyent le feu des Hurons et des soldats de Valrennes, et les Flamands aussi. Les ennemis eurent cent et un homme de tués, mais ils enfoncèrent notre embuscade. Les Sauvages qui combattoient de notre côté plioient ; M. Guay les rallie et ramène. Les ennemis s'enfuyrent. On manqua, en ne les suivant pas.
Le 12 Octobre, on fit un party sous le commandmeent de M. de Vaudreuil. M. Guay y alla, mais on relâcha à Sorel.
Dix-sept hommes du Sault, et leurs femmes, furent attaqués par 30 Agniers derrière St. Michel ; huit se sauvèrent. On trouva deux ennemis morts. On suivit les ennemis, on les joignit; quinze furent tués. Gaxari et Garistatsi furent pris, on les massacra.
Cent vingt hommes du Sault, 40 de la Montagne, 20 de Lorette, et 100 François firent le party d'Onneyouth : M. Guay, menant les Sauvages ; Beaucourt, Auberville et Beaubassin, commandant les François.
1692. On surprit Tateguenondahi, chef des Tsonnontouans, dans une
Isle de la Rivière Keutsagué, au bout du Lac St. François. Il avoit 60 hommes dont 24 furent tués, et 20 pris. Six Sauteurs tués; trois chefs de la Montagne. M. Guay vint dans l'eau gelée jusqu'aux genoux, couchant sur la neige, jeûnant le caresme, avec une grosse fluxion sur les dents et la joue.
20 janvii
En Mai. huit jours après la Fête-Dieu, nos gens qui avoient quatre heures par jour pour escorter, tardèrent au bas du rapide Bruslé, et furent surpris par les Iroquois. La Valterie fut tué, Ononari pris, Oganontara sauvé et blessé. Ononari fut ensuite délivré par Babouchi qui tua 7 Iroquois à KaratokSy. Il y eut sept François tués au rapide Bruslé.
Six cents hommes, savoir : cinq cents François et cent Sauvages ^693. menés par M. Guay, entrent dans les trois villages des Onnontagués qu'on brusla. On prit 150 Agniers ; mais on s'amusa. Les Iroquois assemblés à Onneyouth, joints aux Flamands, poursuivirent l'armée jusqu'au Lac St. Sacrement qu'on passa heureusement, car le lendemain il dégela, sans quoi on se seroit battu désavantageusement. Les gens du Sault virent échapper 100 de leurs parens. pris par les Flamands ; on en amena que 50 tout transis de froid.
Trente-six François, accompagnés des Têtes de Boules, peuple du Long Sault, furent attaqués par soixante Iroquois. Quatorze François pris ; entre autres Artel, et huit autres furent tués ; Labuissière, sergent, et Lagorgendière se sauvent, sautant le Sault avec la moitié d'un canot.
Sagenouara, Vincent, Faucher, et neuf autres à la Chine, furent tués; trois enfans de la Montagne furent pris à l'Isle Ste. Thérèse. Villedenné se sauve ; il avoit été pris avec l'Arabelle cinq ans auparant, par la Chaudière Noire qui commandoit 60 Iroquois. On fit un party de 550 hommes commandés par MM. de Vaudreuil, Crisasy et Mantet. On les conduisit à la Rivière des Outaouais au-dessus du Sault. Quoiqu'on fit bien du bruit, comme ils avoient le soleil aux yeux, ils ne nous virent pas. On les surprit comme ils traversoient. La Chaudière Noire alloit arriver quand nous fondîmes sur eux. On en prit, on tua 40, mais le reste se sauva. Nous perdîmes La Potherie, Montesson, Labrosse, gentilhommes ;
ce dernier estoit débauché, et avoit amené une Il
vouloit lier un Sauvage qui lui donna un coup de sabre au visage. Il estoit parent de M. de Champigny. Outre celui-ci, Joachim
36 histoire; du canada.
Lavallée, avec deux Sauvages, fut tué. Le lendemain on alla pour chercher leur cache ; nous allâmes debout dans des canots et à découvert. Ils nous tirèrent une volée de coups de feu qui tua Urbain, et rompit le genou d'un autre. On baptisa un enfant au feu. Taréha ramène St. Amour, pris en 1690.
Orbouche, avec les Ouiengiens, ramène 13 esclaves; entre autres, M. de Hertel et M. de Joncaire.
Le party de M. de Louvigny va au Long Sault. M. Guay marche pour la troisième fois. De Louvigny ne voulut pas traverser le bois à Onderakontera ; il revient avec les Sauvages faire un coup de huit tués ; ses prisonniers furent bruslés à Montréal. Charleville fut tué.
La Durantaye tue 10 Iroquois à Boucherville.
M. le Comte monte à Onnontagué à l'âge de 74 ans, et brusle Onneyouth ;M. Guay menant les Sauvages pour la quatrière fois. Un âne fit peur aux Iroquois, car il se mit à brailler la nuit.
i69x- Naissance de StaSennah, nommé Sorel. Retour du Père Milet
pris à KatarokSy. en 1689.
1698. La Chaudière Noire tue trente François. Mort de M. le comte
de Frontenac.
1699- 'M. de Callière succère à M. le comte, et fait la paix.
1700. Nous avons eu six cens personnes de tuées, ou pris ; plusieurs
de ces derniers sont revenus.
Les Iroquois en ont eus autant réellement, et tous de bons hommes.
Les Outaouais, et autres alliés, leur en ont tués autant. Ils sont diminués de moitié.
FIN
RELjATION
tu
D'APRÈS UN MANUSCRIT RECEMMENT OBTENU DE FRANCE
[L'original du Manuscrit, d'après lequel cette Relation a été imprimée, appartient maintenant au Séminaire de Québec]
D'après un passage que l'on voit à la page 24e de cette Relation, il est évident qu'elle a dû être écrite en 1765.
Relation de ce qui s'est passé au Siège de <^^uébec, et de la prise du Canada ; par une Religieuse de l'Hôpital Général de Québec: adressée à une Communauté de son Ordre en France.
Mes Très Révérendes Mères,
Comme nos Constitutions nous obligent de consulter les Maisons de notre Congrégation sur les difficultés qui pourroient y naître, elles vous doivent donner le même droit, je pense, quand il s'agit de l'édifier. Le récit simple que je vais vous faire de ce qui s'est passé depuis l'année 1755, que les Anglois se sont déterminés à mettre tout en oeuvre pour s'emparer de cette Colonie ; la part que nous y avons eue par les travaux immenses que cela nous a procurés, en seront l'objet. L'incendie que nos Mères de Québec viennent d'essuyer ne leur permettant plus de se charger des malades, M. Bigot, Intendant de ce Pays, nous proposa de les recevoir dans notre Hôpital ; ce que nous acceptâmes avec plaisir, dans le désir de rendre service, et de remplir avec zèle les devoirs de notre vocation. Elles ne tardèrent pas à se mettre en œuvre. Sa IVIajesté, attentive aux besoins de ses sujets et instruite des préparatifs que faisoit l'Anglois, ne manqua pas d'envoyer au secours de ce pays des vaisseaux en nombre, chargés de munitions et de vivres dont il étoit tout à fait dépourvu, et plusieurs régiments qui composoient de bonnes troupes que l'on débarqua hors d'état de servir, puisque l'on en perdit un grand nombre. Ils étoient infectés de mauvaises fièvres. Ils
furent tous apportés, officiers et soldats, dans notre Hôpital qui ne fut pas capable de les contenir. Il fallut en remplir les lieux les plus réguliers de notre Maison; nous fûmes obligées de les mettre jusque dans l'Eglise, avec la permission de feu Mgr. de Pontbriand, notre illustre Prélat, à qui nous devons le témoignage d'un zèle et d'une charité immenses, ayant voulu partager avec les Aumôniers les travaux de leurs fonctions, passant les jours entiers à leur administrer les sacrements, et prodiguant sa vie au milieu de l'infection qu'il ne pouvoit éviter ; ce qui a contribué à altérer sa santé et à abréger des jours que nous aurions souhaité bien longs. Il eut la douleur d'y perdre quatre Aumôniers qu'il assista lui-même, que la contagion et le mauvais air qu'ils respiroient auprès des malades nous enleva en très peu de jours. Sa charité ne fut pas moins grande pour son troupeau chéri. L'accablement où il nous vit, toucha son grand coeur; la perte de dix de nos plus jeunes Religieuses, lui fut sensible ; il les vit cependant mourir avec consolation. Elles demandèrent au Seigneur d'être des victimes capables d'appaiser son courroux; mais ce n'étoit encore qu'une ébauche du calice qui nous étoit préparé. Cette perte nous mit hors d'état de pouvoir secourir seules tous les endroits qu'occupoient les malades. Le Saint Evêque nous fit venir dix Religieuses de l'Hotel-Dieu de Québec, qui pleines de l'esprit de leur vocation nous ont édifiées par leur régularité et secourues avec un zèle infatigable, tant de de jour que de nuit, à tous les services qu'il falloit rendre aux malades. Notre reconnaissance n'a fait qu'augmenter pour cette Communauté, et renouveler le désir que nous avons toujours eu de bien vivre avec elle. La pauvreté de notre Maison ne nous a pas permis, à la perte de la leur, de faire pour elles tout ce que nous aurions souhaité; le peu que nous leur avons donné a été d'un grand cœur.
RELATION DU SlÈGK DE QUEBEC EN 1759. 3
Revenons, mes chères Mères, à vous faire un petit détail d'une guerre et d'une captivité que nos péchés nous ont attirées. Le Ciel,jusqu'ici favorable à nos vœux, nous avoit préservées plusieurs fois. La très Sainte Vierge, patrone de ce pays, avoit renversé les chariots de Pharaon et fait passer nos vaisseaux à la vue de nos ennemis, sans craindre les flots ni la tempête qui n'étoient excités que pour eux ; mais notre peu de reconnaissance ne nous a pas mérité la continuation de sa protection. Nous en jouissions encore aux premières attaques que nous ont faites nos ennemis ; partout oti ils ont paru, ils ont été battus et repoussés avec
perte considérable des leurs. La prise de 1»
du fort St. George et de plusieurs autres que nous avons pris sur eux, en sont la preuve. Les victoires que nous avons remportées à la Belle Rivière et à Carillon éloient des plus glorieuses ; nos guerriers revinrent chargés de lauriers ; ils n'en firent peut-être pas l'hommage au Dieu des armées, à qui ils les dévoient : car elles tenoient du miracle ; leur petit nombre, sans le secours du Ciel, n'auroit pu les leur donner si complettes. Pour lors, désespérant de nous vaincre, la honte de reculer leur fit prendre la résolution d'armer une flotte formidable, munie de toute l'artillerie que l'Enfer a inventée pour la destruction du genre humain ;ils arborèrent le pavillon Anglois à la rade de Oué])ec le 24 Mai 1759* ; nos troupes et nos milices descendirent à la nouvelle de leur arrivée. M M. nos Généraux laissèrent des garnisons dans les postes avancés, que nous avions en grand nombre, au dessus de Montréal, pour
-j- Du Fort de Chouagen probablement.
* Erreur. — Le 26 Juin 1759, la première Divisiou de l'Escadre Anglaise jeta l'ancre vis-à-vis l'Eglise de St. Laurent, de l'Ile d'Orléans. Le ler. Juillet suivant, plusieurs Frégates parurent à la vue de Québec; et ce ne fut que le4dumême mois, que toute l'Escadre se trouva mouillée à l'entrée du Bassin.
empêcher la jonction de leurs armées de terre que l'on disoit en marche par Orange. Nos Généraux ne manquèrent pas de s'emparer de tous les endroits où ils pouvoient faire des descentes, mais il fut impossible de les garder tous. La maladie que nos troupes avoient essuyée à leur arrivée de l'ancienne France, et les pertes que nous avons faites en deux ou trois actions que nous sortions d'avoir avec eux, quoique vainqueurs, nous avoient fait perdre bien du monde. Il fallut abandonner la Pointe de Lévi qui donne directement sur Québec. Ils s'en emparèrent, et y dressèrent leurs batteries; ils commencèrent à les faire jouer le 24 Juillet, de façon à faire trembler toutes nos pauvres Communautés de filles.
La Révérende Mère de Ste. Hélène, Supérieure des Hospitalières, nous écrivit le même jour, et nous supplia de vouloir bien la recevoir avec toutes ses filles. Quoique nous ne puissions douter que notre Mission s'alloit rempUr de tous les blessés du siège, nous reçûmes à bras ouverts nos chères Soeurs de Québec. Les larmes que nous versâmes et la tendresse que nous leur témoignâmes leur firent voir que nous étions charmées de partager avec elles le peu qui nous restoit. Nous leur donnâmes nos chambres pour les mettre plus à leur aise, et nous nous mîmes dans les dortoirs. Nous ne fûmes pas longtemps sans déloger encore. Le lendemain, à six heures du soir, nous vîmes dans nos prairies les Révérendes Mères Ursulines qui vinrent à pied, saisies de frayeur que les bombes et les boulets qui avoient percé en plusieurs endroits leurs murailles, leur avoient donnée ; il fallut trouver place pour trente et quelques filles que nous ne reçûmes avec pas moins de tendresse et d'affection que nous avions reçu nos chères Hospitalières.
Pour lors, il fallut chercher à nous loger; on avoit fait monter, à l'arrivée de la flotte ennemie, dans les Villes de Montréal et des Trois-Rivières, toutes les familles de distinction, marchandes et bourgeoises, en état de se soutenir par elles-mêmes, et par là débarrasser la Ville de tout ce qui pourroit lui être à charge pendant le siège. Plusieurs de nos familles et d'autres à qui nous ne pouvions refuser, demandèrent à se retirer chez nous, se trouvant plus à portée de secourir leurs maris et leurs enfants blessés. Il fallut encore trouver place pour eux. Comme notre Maison était hors de la portée de l'artillerie ennemie, le pauvre peuple de Québec ne manqua pas de s'y réfugier ; toutes les dépendances en furent remplies, maison domestique, étable, grange et tout ce qui s'en suit ; les greniers même, malgré les fréquentes lessives que nous étions obligées de faire continuellement pour les blessés, étoient pleins de grabats de ces pauvres malheureux.
L'unique consolation que nous goûtions étoit celle de voir presque tous les jours, quoique mourant, Mgr. notre Evêque venir nous exhorter et nous encourager à ne nous point relâcher dans nos travaux. ..on l'avoit engagé à se retirer de sa Capitale, l'Evêché et la Cathédrale étant presque réduits en cendres. Il ne voulut jamais se retirer d'auprès de son troupeau tant qu'il eut l'espérance de le sauver; il se logea chez le Curé de Charlebourg, à une lieue de Québec ; il permit aux Aumôniers, que nous avions en nombre, de dire la Sainte Messe dans notre choeur, l'Eglise étant occupée par les blessés. Tout le peuple des environs, qui n'avoient plus d'autres ressources pour le spirituel, y assistoit avec nous, ce qui faisoit que nous avions grande peine à y trouver place aux heures destinées pour l'office. Nous y trouvions (à peine) la facilité pour nous y ranger ; c'étoit le
seul endroit que nous avions de vuide. Nous eûmes la consolation d'y réciter l'office, tant que dura le siège, les Ursulines d'un côté et les Hospitalières de l'autre, sans que cela préjudiciât aux services qu'il fallait rendre jour et nuit aux malades. Le seul temps de notre repos étoit celui de l'office divin, encore étoit-il bien interrompu par le bruit des bombes et des boulets, toujours dans la crainte que l'ennemi les dirigeât sur notre Maison. Les pots-à-feu et les boulets rouges saisissoient de frayeur celles qui veilloient. Elles avoient la douleur de voir réduire en cendres les maisons de nos citoyens; il y en eut, dans une seule nuit, à la Basse- Ville, plus de 50 des plus magnifiques. Les voûtes où l'on avoit enfermé les marchandises, et ce que l'on avoit de plus précieux, ne furent point à l'abri du feu. Dans cet affreux incendie, nous n'avions pour nous y opposer que les gémissements et les larmes que nous répandions au pied des autels dans des moments que nos pauvres blessés nous donnoient.
Nous avions, avec cela, plus d'un ennemi en tête; la famine, toujours inséparable de la guerre, nous menaçoit de nous réduire aux extrémités. Plus de six cents personnes dans notre Maison et aux environs partageoient avec nous le peu de vivres qu'on nous faisoit passer des magasins du Roi, qui. étoient à la veille d'en manquer pour nos troupes. Au milieu de cette désolation, le Seigneur, qui nv^ vouloit que nous humilier et nous faire perdre des biens que nous avions peut-être amassés contre son intention, et avec trop d'empressement, travailloit à nous conserver la vie que nous aurions pu perdre par les circonstances dans lesquelles s'est trouvé le pays à son entière réduction.
RELATION DU siège; DE) QUEBEC EN 1759. 7
Nos ennemis, instruits de notre triste situation, se contentèrent de battre nos murailles, désespérant de ne nous vaincre qu'à l'extrémité. Comme la rivière étoit l'unique fortification que nous eussions à leur opposer, elle nous étoit aussi un obstacle pour les aller attaquer. Ils furent longtemps sous nos yeux à méditer une descente ; ils résolurent de la faire du côté de Beauport ; notre armée, qui étoit toujours sur les ailes, avertie par une garde avancée, s'y transporta avec l'ardeur naturelle à la nation Françoise de courir au péril sans prévoir les causes qui arrachent la victoire.
Nos ennemis, plus lents à la poursuite, ne se pressèrent pas de descendre tout leur monde à la vue de notre armée. On les chassa de nos redoutes, dont ils s'étoient emparés. Ils se trouvèrent accablés, et ne laissèrent sur le champ que morts et blessés ; cette seule action, si elle avoit été ménagée, nous délivroit pour toujours de leurs funestes entreprises. Il ne faut pourtant pas en charger seuls nos Généraux. Les Nations sauvages, souvent nécessaires à notre secours, nous sont préjudiciables dans ces occasions. Leurs cris et leurs défis intimidèrent nos ennemis, qui, au lieu de soutenir la charge à la quelle ils s'étoient exposés, retournèrent précipitamment à leurs vaisseaux et nous laissèrent maîtres du champ de bataille. On fit transporter avec beaucoup de charité leurs blessés à notre Hôpital, malgré la fureur des sauvages qui vouloient leur lever la chevelure suivant leur usage. Notre armée étoit toujours à leur vue. Ils n'osèrent jamais tenter une seconde descente ; la honte de rester dans l'inaction leur fit prendre le parti de brûler nos campagnes. Ils montèrent leurs vaisseaux à la faveur de la sonde, à sept ou huit lieues au dessus de Québec. C'est là qu'ils firent un grand nombre de prisonniers, tant femmes qu'enfants qui s'y étoient
réfugiés; c'est là où ils essuyèrent encore le courage et la valeur d'une petite garnison de soldats invalides commandés par un Officier qui n'avoit qu'un bras, que l'on avoit posée pour garder les effets de l'armée. A force de monde qu'ils y perdirent, ils s'en emparèrent mais ils avouèrent qu'il leur avoit coûté cher.
Après avoir été près de trois mois à l'ancre, à se morfondre au port, sans oser s'exposer à une seconde attaque, ils prenoient le parti de s'en retourner, n'espérant plus réussir dans leur entreprise; mais le Seigneur, dont les vues sont inpénétrables et toujours justes, ayant résolu dans son conseil de nous livrer, inspira au Général Anglois de faire encore une tentative avant son départ. Il la fit de nuit, par surprise. On devoit, cette même nuit, envoyer des vivres à un corps de troupes qui gardoit un poste sur une hauteur proche de la Ville. Un malheureux déserteur les en instruisit, et leur persuada qu'il leur seroit facile de nous surprendre et de faire passer leurs berges sous le Qui vive de nos François qui dévoient s'y rendre. Ils profitèrent de l'occasion, et la trahison réussit. Ils débarquèrent à la faveur du Qui vive; l'Officier qui commandoit s'apperçut de la surprise, mais trop tard. Il se défendit en brave, avec son peu de monde, et y fut blessé. L'ennemi se trouva par cette entreprise aux portes de Québec. Mr. De Montcalm, Général, s'y transporta à la tête de ses troupes en diligence; mais — une demi lieue de chemin qu'il fallut faire, donna le temps aux ennemis de faire ranger leur artillerie et de se mettre en état de recevoir les nôtres. Nos premiers bataillons ne se donnèrent pas le temps d'attendre que notre armée fût arrivée et en état de les seconder ; ils donnèrent, à leur ordinaire, avec impétuosité sur l'ennemi qu'ils tuèrent en grand nombre; mais ils furent bientôt accablés
RELATION DU SlÈGt DE QUEBEC EN 1759. 9
par leur artillerie. Ils perdirent de leur côté leur Général, et grand nombre d'Officiers. Notre perte n'égala par la leur en nombre, mais elle ne fut pas moins douloureuse. Mr. De Montcalm, Général, et ses principaux Officiers y perdirent la vie.* Plusieurs Officiers Canadiens, chargés de famille, eurent le même sort. Nous vîmes de nos fenêtres ce massacre. C'est là où la charité triompha et nous fit oublier nos propres intérêts et les risques que nous courions à la vue de l'ennemi ; nous étions au milieu de morts et de mourants que l'on nous amenoit par centaines à la fois, dont plusieurs nous touchoient de très près — il fallut ensevelir notre juste douleur et chercher à les placer. Chargées de trois Communautés et de tous les Faubourgs de Québec que l'approche de l'ennemi avoit fait déserter, jugez de notre embarras et de notre frayeur. L'ennemi, maître de la campagne et à deux pas de notre Maison; exposées à la fureur du Soldat, nous avions tout à appréhender. Ce fut alors que nous expérimentâmes la vérité de cette parole de l'Ecriture, "que celui qui est sous la garde "du Seigneur n'a rien à craindre." Mais, sans manquer de foi ni d'espérance, la nuit qui approchait redoubla nos inquiétudes. Les trois Communautés, à l'exception de celles qui étoient répandues dans la Maison, se prosternèrent au pied des autels pour implorer la Divine miséricorde — semblables à Moyse, nous ne faisions parler que notre coeur,
*I1 est question ici du Combat mémorable qui eut lieu sur les Plaines d'Abraham, le 13 Septembre 1759. Voici un état officiel de la perte qu'éprouva l'Armée Anglaise dans cette circonstance:
Officiers, Sous-Officiers, Canonniers et Soldats, tués 61
Officiers, Sous-Officiers, Tambours, Canonniers et Soldats,
blessés 598
Soldats, manquants S
Total 664
Après la Bataille, plusieurs Officiers de l'Armée Française avouèrent que leur perte s'élevoit à près de 1500 hommes tant en tués et blessés, qu'en prisonniers, dont il y avait près de 300.
Le silence et la consternation qui régnoient parmi nous, nous donnèrent lieu d'entendre les coups violents et répétés que l'on donnoit dans nos portes. Deux jeunes Religieuses qui portoient des bouillons aux malades se trouvèrent, sans pouvoir l'éviter, à l'ouverture. La pâleur et l'effroi dont elles furent saisies, touchèrent l'Officier et il empêcha la garde d'entrer ; il ordonna aux trois Supérieures de se présenter ; il sçavoit qu'elles s'étoient retirées chez nous; il leur dit de nous rassurer toutes, qu'une partie de leur armée alloit investir et se saisir de notre Maison, craignant que la nôtre, qu'il savoit n'être pas loin, ne vînt les forcer dans leurs retranchements ; ce qui n'auroit pas manqué d'arriver ; si nos troupes avoient pu se rejoindre avant la capitulation. Nous vîmes dans un instant leur armée rangée en bataille sous nos fenêtres, et la perte que nous avions faite la veille, nous fit craindre, et avec raison, qu'elle ne décidât de notre malheureux sort — les nôtres n'étant plus en état de se ralHer. Mr. De Lévi, second Général des troupes et devenu le premier par la mort de Mr. De Montcalm, étoit parti depuis quelques jours du Camp, et avoit emmené près de 3,000 hommes pour renforcer les garnisons des postes d'en-haut qui étoient harcelés journellement par nos ennemis.
La perte que nous venions de faire et l'éloignement de ceux-ci firent prendre le parti àM.leMarquisdeVaudreuil, Gouverneur Général de la Colonie, d'abandonner Québec, qu'il n'étoit plus en état de sauver : les ennemis ayant formé leurs retranchements et dressé leur camp à la principale porte, et leurs vaisseaux fermant l'entrée du côté du port, il étoit impossible d'y porter secours. Mr. De Ramsay, Lieutenant du Roi, qui commandoit avec une foible garnison, sans vivres et sans munitions, y tint ferme jusqu'à l'extrémité.
RELATION DU STÈGf; DË QUEBEC KN 1759. 11
Les Bourgeois lai représentèrent qu'ils avoient sacrifié de grand coeur leurs biens et leurs maisons, mais que pour leurs femmes et leurs enfants, ils ne pouvoient se résoudre à les voir égorger ; l'on étoit à la veille d'être pris d'assaut, il fallut donc se résoudre à capituler.
Les Anglois accordèrent sans difficulté les articles que l'on avoit demandés, tant pour la religion que pour l'avantage du citoyen. La joye qu'ils eurent de se voir en possession d'un Pays où ils avoient échoué plus d'une fois pour en faire la conquête, les rendit les plus modérés de tous les vainqueurs. Nous ne pourrions sans injustice nous plaindre de la façon dont ils nous ont traités, et il se pourroit faire que l'espérance de se le conserver y aurait contribué. Quoi qu'il en soit, leur bon traitement n'a point encore tari nos larmes. Nous ne les versons point comme ces bons Hébreux sur les bords du Fleuve de Babylone, puisque nous sommes encore sur la terre promise ; mais nous ne ferons retentir nos Cantiques que quand nous serons purgés du mélange de ces nations, et nos temples rétablis : c'est alors que nous célébrerons, pleines de reconnaissance, la miséricorde du Seigneur.
Tout ce qui étoit resté de familles et de personnes de distinction, suivirent l'armée à Montréal après la Capitulation. Mgr. notre saint Evêque fut forcé de prendre ce parti, n'ayant plus où se retirer.
Avant son départ, il mit ordre à tout ce qui regardoit son District; il nomma pour Vicaire Général Mr. Briand, un des premiers membres de son Chapitre, et que l'on pouvoit appeler l'homme de la droite de Dieu, et d'un mérite si prouvé et si connu que nos ennemis n'ont pu lui refuser leur approbation, et je puis ajouter leur vénération. Depuis qu'il gouverne une partie du Diocèse, il a sçu c 2
maintenir ses droits et ceux de ses Curés, sans jamais trouver d'obstacle de leur part. La Religion n'a rien perdu par sa vigilance et son attention.
Il fut encore chargé des trois Communautés de filles, en qualité de Supérieur. Mgr. qui depuis son arrivée dans ce Pays nous avoit toujours protégées, et je pourrois dire, préférées, le chargea plus particulièrement de notre Maison et l'engagea à y fixer sa demeure. Il nous voyoit chargées d'un peuple infini et sans ressources ; exposées à tous les dangers ; il ne nous crut en sûreté que sous ses yeux ; il ne se trompa pas. La suite de ma narration vous apprendra tout ce que nous lui devons.
La réduction de Québec du 18 Septembre 1759, ne nous rendit pas la tranquillité ; elle ne fit qu'augmenter nos travaux. MM. les Généraux Anglois se transportèrent à notre Hôpital pour nous assurer de leur protection, et en même temps nous charger de leurs blessés et autres malades.
Quoique notre Maison n'eût rien à craindre au milieu du théâtre de la guerre, par les droits respectifs que les Rois s'étoient imposés à l'égard des Hôpitaux situés hors des villes, ils nous obligèrent à recevoir et loger une garde de trente hommes. Il ne nous restoit plus qu'une petite décharge, au bas de notre choeur dont ils s'emparèrent, que l'on n'avoit pas occupée, parcequ'elle étoit remplie d'effets appartenants aux parents de nos Religieuses. Les soldats s'en saisirent, et prirent à ces pauvres affligés le peu qui leur restoit. Il fallut se charger à leur faire à manger, et leur donner des lits. A chaque garde, ils emportoient bien des couvertures, sans que l'Officier y voulût mettre ordre. Notre plus grand chagrin étoit de les entendre parler pendant la Sainte Messe.
Les Communautés qui s'étoient retirées chez nous, prirent le parti de s'en retourner chez elles. Ce ne fut pas sans verser des larmes que se fit ce départ. L'estime, la tendresse, l'union que cela avoit renouvelée, par le long séjour qu'elles avoient fait avec nous, rendit cette séparation des plus sensibles. La Révérende Mère de Sainte Hélène, Supérieure des Hospitalières, touchée de nous voir accablées sous le faix du travail qui augmentoit tous les jours, nous laissa douze de ses chères filles qui restèrent jusqu'à l'automne, et qui nous furent d'un grand secours.
La Révérende Mère de la Nativité, Supérieure des Ursulines, nous offrit de nous en laisser plusieurs des siennes, ce que nous aurions accepté, avec reconnaissance, si les ouvrages dont nous les savions surchargées, nous avoient permis sans indiscrétion de les garder. Les soins et les fatigues qu'elles avoient voulu partager avec nous auprès des malades, leur avoient donné, sous un habit d'Ursuline, un cœur d'Hospitalière. Elles eurent, à leur départ, la douleur de laisser deux de leurs chères Soeurs de Choeur qui terminèrent leurs jours dans nos dortoirs, n'étant plus en pouvoir de les mettre mieux. Les incommodités et les maladies qu'elles ont supportées avec une patience édifiante, leur auront mérité, je l'espère, une éternelle récompense. Nous fûmes dans l'obligation de leur donner pour sépulture un petit jardin enfermé dans notre Cloître, étant impossible d'ouvrir notre Choeur. Le départ de ces chères Mères ne laissa rien de vuide, qu'un petit dortoir, où elles étoient bien resserrées. Il fallut y placer les malades Anglois que le Général nous envoya aussitôt qu'il se vit maître.
Revenons à nos François. Nos Généraux, ne se trouvant pas en état de revenir prendre sitôt leur revanche, prirent le parti de faire construire un fort à cinq lieues au dessus
de Québec, et d'y mettre une garnison capable de s'opposer aux entreprises des ennemis, et les empêcher de pénétrer plus avant; elle n'y demeura pas oisive, il y eut sans cesse des camps volants pour inquiéter l'ennemi. Ils n'étoient pas en sûreté aux portes de Québec. Mr. Murray, Gouverneur de la place, s'y trouva plus d'une fois à la veille de perdre sa liberté; et sans les faux frères, on ne l'auroit pas manqué. En outre, on leur faisoit souvent des prisonniers, ce qui fit le Gouverneur de si mauvaise humeur, qu'il envoya des soldats brûler et piller nos pauvres habitants.
Le désir de reprendre ce pays c d'acquérir de la gloire coûta cher aux citoyens. On ne vit tout l'hyver que combats ; la dureté de la saison ne fit point mettre les armes bas ; partout où paroissoit l'ennemi, on le poursuivoit à toute outrance : ce qui leur fit dire "qu'ils n'a voient jamais vu de "nation si attachée et fidèle à leur Prince que les Canadiens."
Les Anglois n'avoient pas manqué d'exiger le serment de fidélité pour leur Roi ; mais, malgré cette sorte d'engagement forcé, que nos habitants ne se croyoient pas dans l'obligation de garder, ils se joignoient à nos camps volants, partout où ils en trouvoient l'occasion.
Nos François ne faisoient pas moins de dégâts dans nos campagnes; ils vivoient aux dépens de qui il pouvoit en appartenir. Nous y perdîmes considérablement, à une Seigneurie que nous avions à six lieues au-dessous de Québec. L'Officier qui y commandoit s'empara de tous les bestiaux de notre métairie qui étoient en grand nombre, (a) et des
(a) Nota. Qu'indépendamment de ce que le Sieur Cadet, Munitionnaire, a fait prendre et enlever dans la métarie dont il est parlé ci-dessus, le nommé Grandmaison y a fait prendre et enlever cinq vaches et huit bœufs dont le Munitionnaire ne se seroit pas cru obligé de tenir compte, attendu que le Sieur Grandmaison les a fait prendre pour l'approvi-
RELATION DU siège; DE QUÉBEC EN 1759. 15
bleds de nos moulins, et cela pour faire vivre sa troupe. Le Munitionnaire ne nous en a pas tenu compte. Malgré cette perte, il falloit soutenir plus de trois cents blessés qui nous étoient venus de la bataille du treize.
Les magazins du Roi de France qui étoient au pouvoir des Anglois, ne pouvoient plus rien ; il fallut avoir recours à l'ennemi ; ils nous donnèrent des farines et des bardes ; mais, quelles nourritures pour des pauvres blessés ! nous n'avions ni vin, ni autres rafraîchissements à leur donner ; épuisées depuis longtemps par le grand nombre, il ne nous restoit que la bonne volonté ; mais, cela ne les contentoit pas. Nos Officiers firent représenter au Gouverneur Anglois qu'ils n'avoient pas coutume d'être traités de cette façon à la solde du Roi de France. Le Gouverneur, piqué de ce reproche, rejeta la faute sur nous, et nous obligea de faire un mémoire de tout ce qui étoit nécessaire pour le soulagement de ces Messieurs, qvi'il nous a fait, après, payer de nos deniers, (b) Nous espérions que la Cour de France, plus judicieuse, se feroit gloire de nous rembourser amplement tous les faux frais qu'on ne peut éviter en pareille conjoncture. Le désir de rentrer dans nos droits, et de reprendre le pays, nous fit seconder de notre mieux l'idée qu'on en avoit conçue.
Comme nous avions à notre Hôpital beaucoup de soldats de la garnison de Québec, et de la bataille qui s'étoit don-
sionnement des Sauvages du bas du Fleuve, qu'ils avoient monté, pour venir au secours de Québec.
(b) Nota. Rafraîchissements accordés aux Officiers François. Le Gouvernement Britannique les fit fournir, et en répéta le montant sur la Communauté; objet de trois mille livres, dont la Communauté n'a pas seulement eu la distribution, puisque les Officiers François s'en sont emparés, et les ont distribués comme ils l'ont jugé à propos ; mais il
née pour en empêcher la prise, ils nous demandoient en grâce, quand ils se voyoient rétablis, de les laisser sauver pour aller rejoindre l'armée; nous le faisions de grand cœur, et à nos dépens, leur fournissant des vivres et hardes pour les mettre en état de le faire ; ce qui nous attira les reproches et les menaces les plus dures, de la part de l'ennemi, qui nous menaçoit de nous laisser mourir de faim.
Comme notre Maison étoit encore pleine de malades, M. le Grand Vicaire, qui veilloit de près à nos intérêts, renvoya un grand nombre d'Aumôniers qui ne pouvoient que nous être à charge, par la cherté et la rareté des vivres. Il se chargea, avec M. de Rigauville, Chanoine du Chapitre de Québec, et Aumônier de notre Alaison, Prêtre d'un mérite et d'une vertu distinguée, d'administrer les sacrements aux malades et de veiller jour et nuit auprès des moribonds. Ils avoient encore tous les habitants des environs à confesser et à assister dans le besoin. Ce qui occupoit et affhgeoit infiniment M. notre Grand Vicaire, étoit de ne pouvoir remettre la clôture. Nous eûmes alors plus de deux cents Anglois qui occupoient nos salles et nos dortoirs, et autant de François dans notre Communauté et dans nos infirmeries, et nous n'avions pour nous retirer qu'un petit appartement. C'est là où toutes ensemble, abimées dans nos réflexions, nous ne savions que penser. La communication étant interdite, nous ne savions ce qui se passoit dans le pays d'en-haut. Nos ennemis, mieux instruits que nous, nous annonçoient tous les jours l'arrivée de notre armée ; les mesures qu'ils prenoient et les fortifications qu'ils faisoient dans Québec, soutenu d'une garnison nombreuse, nous faisoient craindre pour la
n'en est pas moins vrai que le Gouvernement Britannique en a exigé le payement.
réussite. Nous avions de notre côté de faux prophètes, et des femmes qui formoient un siège en peinture, et qui, sans mortiers et sans canons, prenoient la ville d'assaut. II n'en fallut pas d'avantage pour ranimer ceux qui ne demandoient qu'à combattre.
Aussitôt que la saison parut propre à se mettre en campagne, on suivit les glaces, peu muni de vivres, en encore moins d'artillerie propre à former un siège. Nos Généraux ne doutaient point de la valeur de leurs troupes ; mais ils ne se flattoient de réussir qu'à la faveur d'un secours promis de la part de la France ; ce qui n'auroit pas manqué d'arriver, si quelques uns de nos vaisseaux avoient paru à la rade de Québec dans le temps que l'on battoit ses murailles. Quoi qu'il en dût arriver, notre armée se mit en marche ; elle arriva près Québec, le 26 Avril. Le 27 fut employé à faire passer le peu de canon que l'on avoit de Montréal. Un canonnier, en voulant monter la côte, tomba sur une glace qui le porta directement vis-àvis de la maison qu'occupoit le Gouverneur. La voiture extraordinaire de cet envoyé frappa les sentinelles. Ils avertirent; le Gouverneur ordonna qu'on lui donnât un prompt secours. Il se le fit amener et le questionna. Le pauvre homme saisi et effrayé des risques qu'il venoit de courir, ne fut pas en état de dissimuler; il dit avec franchise, qu'il étoit un des canonniers de l'armée qui étoit à deux lieues de Québec ; qu'en voulant monter un canon, le pied lui avoit manqué ; que la glace l'avoit emporté et fait dériver malgré lui ; jusque là, la marche de l'armée avoit été secrette. Pour le moment, ce secret développé, nous parut de mauvais augure, et dirigé par une puissance à laquelle on ne put s'opposer. Le Gouverneur, instruit par cette voye, ne perdit pas un instant. Il com- D
18 RELATION DU SIÈGK DE QuÉBEC EN 1759.
mença par retirer une forte garnison qu'il avoit mise à une lieue de Québec pour s'opposer aux courses des nôtres ; il emporta ses canons et fit sauter l'Eglise de Ste. Foye qui servoit de retraite à sa troupe; après quoi, il assembla son conseil et fut presque seul d'avis de sortir de la Ville, de s'emparer d'une poste avantageux, d'y dresser des batteries et d'atteidre de pied ferme notre armée. Sa proposition ne fut pas du goût du grand nombre, mais cependant, elle fut exécutée comme il l'avoit projettée.
Notre armée, ignorant le trait de providence qui venoit de se passer à l'avantage de l'ennemi, continua sa marche. La nuit du 27 au 28, fut des plus terribles. Le Ciel seriibloit vouloir combattre contre nous. Le tonnerre et les éclairs, peu communs dans cette saison, en ce pays, nous annonçoient par avance les coup-^ de foudre auxquels les nôtres alloient être exposés. La plnye qui tornbait à seaux, et les chemins impraticables par la fonte des neiges, ne leur permettoient point de marcher en ordre. ^I. de Bourglamarque, second Général des troupes de terre, se trouva à la vue des ennemis, à la tête des premiers bataillons, et sans avoir eu le temps de les ranger. L'artillerie de l'ennemi ne manqua pas, en les voyant paroître, de faire une décharge qui en mit beaucoup hors de combat. M. de Bourglamarque fut blessé et obligé de se retirer. Le fort de l'armée étoit encore à plus d'une demi-lieue de l'endroit où commença le premier feu. Nos troupes de la Marine et nos Milices, plus au fait des chemins, arrivèrent à temps pour soutenir un régiment qui se faisoit tailler en pièces plutôt que de reculer. Ce fut alors que le combat devint furieux et des plus sanglants. Comme l'Anglois avoit été à même de se choisir le terrain le plus avantageux, il ne le manqua pas. Notre armée en arrivant ne s'attendoit pas à trouver l'ennemi rangé en ba-
taille ; elle fut obligée de faire halte, et ne trouvant pas le terrain propre à se déployer, il n'y eut que la première colonne qui fut en pouvoir de combattre. Le choc se donna à quelques pas de Québec, sur une hauteur vis-àvis de notre Maison. Il ne se tira pas un coup de canon ni de fusil qui ne vînt retentir à nos oreilles. Jugez par là de notre situation; l'intérêt de la nation et celui de nos proches qui étoient du nombre des combattants ; cet état de souffrance ne se peut peindre. M. notre Grand Vicaire (aujourd'hui notre Evêque), qui ne souffroit pas moins que nous, nous exhortoit à soutenir cet assaut avec résignation et soumission aux ordres de Dieu; après quoi, il alla se renfermer dans l'Eglise, pénétré de la plus vive douleur, où, comme le Grand Prêtre Aaron, il courut au pied des Autels, e" où faisant monter l'encens de sa prière jusqu'au trône du Tout-Puissant, il demandoit avec confiance au Dieu de toute miséricorde d'arrêter ses coups et d'épargner le troupeau qu'on venoit de lui confier. Il se leva plein d'espérance, au milieu de l'action, pour se transporter sur le champ de bataiMe, malgré notre opposition qui n'étoit pas sans raison ; car il y courut des risques. Ce qui lui fit prendre ce parti étoit, nous disoit-il, qu'il n'y eût pas assez d'Aumôniers pour assister les mourants qu'il croyait être en grand nombre.
Mr. de Rigauville, notre Aumônier, plein de zèle, l'y voulut suivre. Il n'étoit pas sans inquiétude ; M. son unique frère, et plusieurs de ses proches, étoient dans l'armée. Ils eurent la consolation de voir l'ennemi tourner le dos et prendre la fuite. L'action avoit duré deux heures. La valeur et l'intrépidité du François et du Canadien repoussèrent l'ennemi de la position avantageuse où il se trouvoit. Cependant, on le menoit toujours battant sous le canon de
la Ville; nous demeurâmes maîtres du champ de bataille, et de toute leur artillerie, et fîmes quantité de prisonniers. L'ennemi, renfermé là, n'osant plus paroître, nous pouvions bien chanter victoire. Nous l'avions bien gagnée. Mais qu'elle nous coûta cher, et qu'elle fut arrosée de larmes !
Mr. De Lévi, aux approches de Québec, avoit assemblé son Conseil. On y met en délibération de faire sauter notre Maison, de crainte qu'elle ne fût une ressource pour l'ennemi ; mais le Seigneur eut pitié de nous et d'eux ; il leur ouvrit les yeux et leur fit voir qu'elle étoit un bien plus grand pour eux. Il prit le parti de nous écrire pour nous signifier de faire partir de chez nous toutes les personnes dont nous étions chargées et qui s'étoient réfugiées chez nous, ne voyant que nous de capables de se charger des blessés du siège qu'il alloit entreprendre ; qu'il nous les recommandoit par avance. Nous ne manquâmes pas de lui répondre que nous allions travailler à vuider notre Maison, à l'exception de deux cents Anglois que nous avions malades, et que nous n'étions pas en pouvoir de renvoyer; et que du reste, nous étions toujours prêtes à seconder ses intentions, et à rendre tous les services dont nous étions capables.
Après le gain de la bataille, il nous envoya un Officier, avec une garde Françoise, sans que cela nous délivrât de l'Angloise. Il fallut encore trouver à la loger. Mais, ce n'étoit là que le prélude de ce qui nous alloit arriver. Il faudroit une autre plume que la mienne pour peindre les horreurs que nous eûmes à voir et à entendre pendant vingtquatre heures que dura le transport des blessés, les cris des mourants et la douleur des intéressés. Il faut dans ces moments une force au-dessus de la nature pour pouvoir se soutenir sans mourir.
RE;LATI0N du SIÈGK de QUÉBEC EN 1759. 21
Après avoir dressé plus de cinq cents lits que nous avions eus des magasins du Roi, il en restoit encore autant à placer. Nos granges et nos étables étoient remplies de ces pauvres malheureux. Il nous auroit été, aussi, difficile d'en trouver le temps. Nous avions dans nos infirmeries soixante et douze Officiers, dont il en mourut trente trois. On ne voyait que bras et jambes coupés. Pour surcroît d'affliction, le linge nous manqua ; nous fûmes obligées de donner nos draps et nos chemises. Ce n'est point qu'on n'ait pris des précautions pour en apporter de Montréal ; mais, le vaisseau qui l'apportoit fut pris (en se battant et défendant bien) par les Anglois qui le guettoient.
Il n'en étoit pas de cette bataille comme de la première ; nous ne pouvions espérer de secours des Hospitalières de Québec — les Anglois s'étant emparés de leur Maison, ainsi que de celles des Ursulines et des particuliers, pour loger leurs blessés qui étoient encore en plus grand nombre que nous. Il nous vint encore une vingtaine d'Officiers qu'ils n'eurent point le temps d'enlever, et dont il fallut aussi se charger; en outre, plusieurs Officiers des leurs nous avoient été envoyés pour les loger.
Mes Révérendes Mères, comme je n'ai fait cette Relation qu'en rappelant dans ma mémoire ce qui s'est passé sous nos yeux, et pour vous donner la consolation de voir que nous avons soutenu avec courage et rempli avec édification les devoirs que nous imposait notre vocation, je ne vous ferai point le détail de la reddition entière du Pays ; je ne pourrois le faire qu'imparfaitement, et sur le rapport d'autruy ; je vous dirai seulement, que le plus grand nombre de nos Canadiens se sont fait ensevelir plutôt que de céder, et que le peu de troupes qui nous restoient, manquant de munitions et de vivres, ne se sont rendues que pour sauver la vie aux
femmes et aux enfants exposés au dernier malheur où l'assaut ne manque pas de plonger les villes.
Hélà ! M. R. M., il est bien malheureux pour nous que l'ancienne France n'ait pu nous envoyer au printemps quelques Vaisseaux, des vivres et des munitions ; nous serions encore sous sa domination. Elle perd un pays immense, un peuple fidèle et attaché à son Roi, perte que nous ne pouvons trop regretter tant pour la Religion que pour la différence des loix auxquelles il faut se soumettre. Nous nous flattions, mais en vain, que la paix nous remettoit dans nos droit, et que le Seigneur nous traiteroit en père et ne nous humilieroit que pour un temps; mais son courroux dure encore. Nos péchés sont sans doute montés à leur comble; ce qui nous fati appréhender que cela soit pour longtemps, c'est que l'esprit de pénitence n'est pas général dans le peuple, et que Dieu y est encore offensé, malgré le désir et l'espérance qu'il conserve de rentrer dans peu sous la domination de ses anciens maîtres.
Vous aurez sans doute appris, mes chères Mères, que l'Anglois, touché et lassé de nos poursuites, accorde un Evêque à cette infortunée Colonie ; et leur choix, ainsi que celui des François, est tombé sur un sujet qui a pris naissance dans notre Province de Bretagne : cela ne doit pas vous être indifférent: , puis, le seul mérite d'un homme a fait quelquefois le bonheur et la gloire de sa patrie; je ne vous ferai point le détail du mérite et des vertus de celui qui va faire le nôtre.
Le choix que l'on en fait, dans un temps aussi critique, en dit assez. Je dirai seulement, qu'ayant été choisi par feu Mr. De Pontbriand, qui le connoissoit parfaitement, l'ayant toujours eu auprès de lui, il le chargea de la conduite de son Diocèse pendant sa maladie. Il s'en acquitta
si dignement qu'à la mort de ce saint Evêque, le Chapitre le nomma Vicaire Général, à la satisfaction des François et de l'Anglois, qui l'ont fait passer l'année dernière à Londres pour le faire sacrer dans quelque Province, et revenir prendre possession de son Diocèse.* Joignez donc, mes très Révérendes Mères, vos prières aux nôtres, pour avancer notre retour. Nous nous flattions que son absence ne dureroit que sept à huit mois, et voilà bientôt l'année expirée sans sçavoir le temps que la Providence a destiné pour combler nos vœux et assurer le salut de ce pauvre peuple, qui n'a d'espérance que dans son Evêque, pour le renouvellement et la continuation de ses mystères. Pour nous autres, l'intérêt général, outre que nous en avons un particulier, la perte de ce pays auroit entraîné la nôtre sans sa charité et sa protection qui nous a mérité celle des Anglois. Notre Monastère et nos biens seroient vendus pour payer les dettes que nous ont fait contracter les troupes du Roi de France, et nos créanciers n'ont arrêté leurs poursuites que par ordre du Gouverneur, à qui notre Maison est redevable de subsister encore.
Pour Mr. Briand, nous lui devons la gloire d'avoir sçu nous maintenir dans notre clôture ; ce qu'il nous auroit été impossible de faire, s'il n'avoit pourvu par sa charité et par des moyens que la Providence lui fournissoit pour subvenir à notre indigence ; se refusant son nécessaire pour subvenir au nôtre. Nous lui faisons d'autant plus de pitié, qu'il étoit témoin que le dérangement de notre temporel ne venoit pas de notre faute, mais bien de la part de la Cour,
*Mgr. Henri Marie Dubreuil de Pontbriand, étant mort à Montréal le 8 Juin
1760, son successeur Mgr. Jean Olivier Briand, passa en Angleterre sur la
fin de l'année 1764; et après avoir reçu l'agrément du Roi d'Angleterre,
obtint ses Bulles du Pape Clément XIII, datées du 21 Janvier 1766, et fut
sacré le 16 Mars de la même année, à Paris, dans la Chapelle de Sainte
Marie de Merry. Il repassa ensuite en Angleterre, et arriva à Québec le 28 Juin 1766.
par laquelle il nous est dû cent vingt mille livres, des avances que nous avons faites pour la nourriture des troupes du Roi de France. Nous ne demandons ni récompenses ni gratification de nos services ; celui pour qui nous avons travaillé saura bien nous récompenser et nous rendre au centuple. On nous menace de nous mettre au taux du public, ce que je ne peux croire, qu'à la vue de la Cour d'Angleterre, qui, témoin des dépenses que nous avons faites, plaide notre cause, la France veuille nous faire un tort si considérable ; si cela arrive, nous serons obligées de nous abandonner à la Providence.
FIN