‹ Collection de mémoires et de relations sur l'histoire ancienne du Canada, d'après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en FranceChapitre 22 sur 45 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

Pourquoi a-t-on laissé l'ennemi débarquer à la Pointe de Lévy, et établir des Batteries ?

Un léger détachement que nous avions, fut surpris, ne fit aucune résistance ; mais, quelques habitants firent paroître beaucoup de courage. M. de Vaudreuil employa plus de six heures de temps à persuader les Sauvages d'aller donner un coup de main. Cependant, ce Général avoit pris des mesures avec M. le Marquis de Montcalm, pour aller attaquer le soir même le camp de l'ennemi au même endroit ; d'autant plus, qu'on voyait à la Pointe de Lévy un nombre considérable d'ennemis. Malheureusement, le même jour, 30 Juin, on fit des prisonniers dans l'aprèsmidi, à la Pointe de Lévy, parmi lesquels on trouva un Irlandois Catholique, qui paroissoit sincère, et qui peut-être l'étoit en effet : il assura que les Anglois n'étoient que 400 hommes ; que toute l'armée devoit attaquer la nuit même. On le crut d'autant plus facilement que le Général Anglois

étoit un homme vif et brouillon, et voilà ce qui fit manquer le projet de la Pointe de Lévy. Nos troupes passèrent toute la nuit sous les armes ; l'ennemi fit débarquer beaucoup de monde à la Pointe de Lévy, d'où il lui étoit aussi facile d'attaquer notre camp que de l'Isle; l'on jugea que c'étoit une feinte pour nous attirer, nous diviser et prendre nos retranchemens de Beauport, que nous avions toujours crus imprenables. L'ennemi profita du temps, fut bientôt retranché et établit des batteries à la Pointe de Lévy. Ils y étoient, suivant les prisonniers, 3,000. Québec vit bien que l'ennemi alloit le bombarder, et le 2 Juillet les Notables allèrent demander qu'on l'attaquât ; ils pensoient qu'il n'y avoit que 600 hommes, ce qui n'étoit pas juste. Et comment attaquer un ennemi retranché? N'y avoit-il pas à craindre qu'il n'eut abandonné la Pointe de Lévy pour fondre avec ceux de l'Isle d'Orléans sur nos retranchements ? D'ailleurs, point de bateaux pour traverser. On avoit depuis plusieurs années mandé à la Cour qu'il n'étoit pas possible de s'opposer aux descentes du côté de la Pointe de Lévy, et empêcher que la Ville ne fût bombardée. Cependant, à force de sollicitations de la part de la Ville, M. Dumas fut commandé avec 1,000 hommes; mais il fut découvert, et quelques uns des nôtres tirèrent sur les autres. Je suis assuré, cependant, que M. de Vaudreuil et quelques autres Officiers auroient souhaité qu'on eût fait une tentative avec un parti considérable à la Pointe de Lévy ; mais M. de Montcalm et les principaux de l'armée craignoient de dégarnir le retranchement de Beauport; d'autant plus, que le 9 Juillet, des Frégates ennemies allèrent du côté du Sault Montmorency.

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