‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 1 sur 77 · NOTICE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

NOTICE PRELIMINAIRE

La plupart des travaux de M. D'Arcet, publiés isolément pendant trente années, dans des recueils périodiques, et au milieu de mémoires divers, sont difficiles à trouver pour les hommes qui les veulent consulter, peu connus de ceux qui auraient besoin d'en faire leur étude, et quelquefois encore mal jugés, faute d'un lien qui permette d'en saisir la pensée commune et la portée. Les réunir en un corps d'ouvrage, c'est donc répondre à de nombreux besoins : c'est en même temps leur assurer l'estime et l'influence qui leur sont dues : c'est enfin montrer comment on peut inventer, exécuter beaucoup, et devoir cependant presque autant de succès que de tentatives nouvelles, à une méthode vraiment scientifique, à la sûreté du coup d'œil manufacturier, et à cette persévérance qui marche toujours en avant dans une voie ouverte, et ne s'arrête pas, aussi longtemps qu'il y reste quelque chose à trouver.

Parmi ces mémoires , luie importante série comprend les questions d'assainissement d'ateliers, d'habitations particulières et d'établissements publics. Traitées, soit au nom du comité consultatif, du conseil de salubrité de la ville de Paris, ou de la société d'encouragement, soit comme étude personnelle, elles forment un Manuel à l'usage des conseils de salubrité, organisés aujourd'hui dans la France entière , des ingénieurs et des architectes, à l'usage surtout des architectes qui, honorés de la confiance des administrations départementales et municipales, et appelés chaque jour à se prononcer sur des objets de ce genre , remplissent les fonctions d'ingénieurs, et en doivent posséder les connaissances. Ils trouveront là les plus sûrs principes de l'application des sciences à l'industrie et aux travaux publics, et de nombreux et utiles exemples.

Si l'on nous disait que ce recueil renferme seulement des exemples et que les préceptes y manqtient, ce serait l'avoir mal étudié; car les principes scientifiques et les préceptes s'y trouvent toujours implicitement: et taudis que les lois générales, qui résument tous les faits, sont l'objet d'autres ouvrages, comme les écrits de MM. Péclet et Combes, et les hantes leçons de physique appliquée du conservatoire des arts et métiers, ou trouvera dans celui-ci ce qui a été exécuté avec succès, et les moyens de réussir aussi heureusement. Dans les appareils de chauffage et d'assainissement, les dispositions varient avec les circonstances locales. L'étude d'exemples particuliers et de bons modèles, est donc indispensable pour compléter l'instruction pratique des jeunes ingénieurs.

Ajoutons que les travaux de cette série ont été exécutés par M. D'Arcet sans intérêt personnel , et publiés à l'instant pour être employés librement par tous.

Nous réunissons tous ces mémoires relatifs au chauffage, et à l'assainissement, en deux volumes, accompagnés de planches nombreuses et tracées à de grandes échelles, pour en rendre l'exécution facile (i). Ils formeront ainsi un ouvrage spécial, entièrement séparé des autres travaux (ie M. D'Arcet. Ces derniers seront publiés, plus tard, en un second recueil, où l'on trouvera rassemblés les industries qu'il a créées, les procédés nouveaux et les perfectionnements qui lui sont dus dans les arts chimiques et économiques.

Nous avons adopté l'ordre chronologique dans cette publication. Des questions trop diverses y sont examinées, pour permettre une classification méthodique. Cependant M. D'Arcet avait senti l'importance de cette classification , quand il proposa à l'administration de faire un travail complet sur l'assainissement des industries comprises dans les trois classes de l'ordonnance du i4 janvier i8i5, relative aux établisse-

(i) Nous devons ici exprimer nos remercimenls au conseil général Hes hôpitaux de Paris, et au comité datlMiiiiislration de la société d'encouragement, qui ont bien voulu concourir à celle publication, en nous permettant de nous servir d'un assez grand nombre de planches relatives à divers travaux de M. D'Arcet, et qui leur appartiennent.

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nients dangereux, insalubres ou incommodes; mais ce projet, à la fois utile et honorable, n'a pas été agréé, et n'a pas pu recevoir son exécution. Nous avons pris soin cependant de grouper ensemble les mémoires qui ont entre eux un rapport direct.

Un système d'applications aussi variées, a besoin d'être résume pour être bien compris. Nous en donnerons luie analyse succincte, en montrant la marche suivie par M. D'Arcet dans ses recherches, les services qu'elles ont rendus à l'industrie, et leur influence sur l'hygiène publique. Nous ferons enfin précéder celte analyse par quelques mots sur l'état de la science de la ventilation, avant l'exécution des travaux dont se compose ce recueil.

Nous donnerons aussi, au commencement du Recueil des iiiémoires relatifs aux arts chimiques, tout ce qui concerne l'histoire de ces recherches, et particulièrement la fabrication de la soude ffictice, des savons, etc. Lorsqu'en 1812 M. d'Arcet s'occupa pour la première fois de l'assainissement d'uiie industrie, celle des appareils à fabriquer le bleu de Prusse, et qu'en même temps il trouva les dispositions, qui ont rendu si complètement salubre le laboratoire des essais des monnaies, rien de réellement pratique n'avait été fait dans cette route nouvelle. Les procédés de ventilation, soit naturelle par un judicieux emploi des forces physiques que développent les variations atmosphériques, ou par le seid échauffement d'utie capacité, soit artificielle par l'emploi d'une puissance motrice étrangère à la ventilation même, n'étaient connus que dans un petit nombre de circonstances, dont on n'avait tiré aucune conséquence générale.

Dans le ci'eusement et l'assainissement des puits, par exenq^le, divers moyens étaient employés à renouveler l'air rendu irrespirable par une longue clôture, par des matières infectes et plus souvent par les sources d'acide carbonique, si abondantes dans les terrains crayeux ou volcaniques.

Toutefois, la plus importante de ces applications était la ventilation des mines, qui avait déjà fait, surtout en Angleterre, des progrès remarquables. C'est en effet là une véritable ventilation forcée, oii un foyer

particulier échauffe une cheminée d'appel, et contraint l'air extérieur à descendre par le pnils d'aérage jusque dans les galeries, et à parcourir celles-ci, pour venir satisfaire au vide produit dans le puits de tiiage.

La ventilation mécanique dont parle Agricola , ne nous paraît avoir été adoptée dans les mines que depuis le commencement de ce siècle, pour éviter les explosions trop fréquentes dans les cheminées des fosses où le grisou se développe en quantité considérable.

Ainsi, la ventilation forcée n'était réellement jamais sortie des mines pour entrer dans les ateliers, et dans les usages ordinaires de la vie publique et privée.

Vitruve nous apprend seulement, que les Grecs employaient un jet de vapeur d'eau dégagé d'une sphère de bronze fortement chauffée, et qu'ils nommaient eolipyle, pour soumettre à un bon tirage la fumée de leurs foyers.

En 1736, Desaguliers, après avoir traduit en anglais la Mécanique du feu de Gauger, et fait beaucoup d'essais sur les moyens de renouveler l'air dans les salles des séances des communes et des lords, à Londres, au moyen de foyers qui échauffaient des tuyaux d'appel, inventa pour remplacer ces foyers, le venlilateur àjorce centrifuge^ déjà proposé en France en 1728 par le mécanicien Teral, employé précédemment dans l'agriculture, et indiqué par Agricola en i5/|6 pour le service des mines.

En 1741? Ig docteur Haies proposa des soufflets en bois, pour renouveler l'air dans les mines, les hôpitaux, les prisons et les vaisseaux, pour conserver les grains, sécher la poudre, la drèche, etc.

Ses nombreuses expériences n'ont pas été sans résultats, et ses principes de dessiccation par un courant d'air forcé, sont adoptés aujourd'hui dans diverses industries, entr'autres pour le séchage de la poudre de guerre.

Samuel Sutton, en 1749, pour faire circuler l'air dans les vaisseaux, mit en communication la capacité à ventiler avec le cendrier fermé d'un fourneau.

Quelques principes justes sur les courants d'air chaud dans les che-

minées, font un bon livre de la Caniinologie publiée en 1756; mais son seul but est d'empêcher les cheminées de fumer, par l'application d'appareils divers à leur sommet.

Duhamel Du Monceau, en 1759, reprit la question d'assainissement des vaisseaux et des hôpitaux : il discuta en savant leurs causes d'insalubrité, et y démontra la nécessité d'un grand renouvellement d'air. Il passa en revue les appareils mécaniques inventés pour atteindre ce but, se prononçant pour ceux deHales ; et proposant ensuiteles procédés de Sutton, dont il s'était aussi occupé. Il termina enfin par d'excellents conseils, et quelques essais faits à l'Hùtel-Dieu de Paris pour l'assainissement des hôpitaux, au moyen de cheminées partant du plafond, et chauffées au besoin par le tuyau de fumée d'un petit poêle.

Rumford, en 1785, parle de l'action fâcheuse de la fumée sur les tempéraments délicats; mais il cherche seulement l'économie du combustible et la suppression de la fumée dans les dispositions de la cheminée et du foyer. Lui, si fécond en idées neuves, quand il s'agit de chauffage, il nie l'utilité de la ventilation :

rt Une chambre échauffée par une cheminée est, dit-il, toujours assez « grande et assez aérée. En Allemagne, même dans les pièces fermées de « doubles portes et dédoubles croisées, chauffées par des poêles allumés « à l'extérieur, et par conséquent, complètement privées de renouvelle- « ment d'air, l'atmosphère devient rarement insalubre, et la population « est toujours saine et vigoureuse. »

Les cuisines, à son avis, ne doivent être ventilées que par l'ouverture des fenêtres et par les foyers.

D'autres auteurs se sont aussi livrés à des recherches sur le même sujet; mais si quelques principes obscurs, si quelques idées sans développement se trouvent disséminés dans des livres, si des tentatives incomplètes ont été faites à différentes époques, il n'en est resté presqu'aucun résultat : et il n'en est pas moins vrai, que M. D'Arcet n'avait aucun exemple à suivre, en entrant dans cette carrière. Seul, il a fait sortir nettement de ses premiers travaux, ces deux principes, la base de tout ap-

pareil de ventilation, \ appel forcé, d'un côté, et de l'autre, la distribution régulière de l'air, et régalisation de la température par Je< ouvertures graduellement croissantes.

Le mot même de ventilation, a été détourné par lui de son acception ancienne, dans son instruction sur les soufroirs salubres, et il a pris rang dans la technologie comme le nom d'une science nouvelle.

Celui qui suit les leçons du maître, celui surtout qui partage ses travaux , qui recueille chaque jour ses principes, le répertoire scientifique de sa mémoire et des faits longuement amassés, celui-là se pénètre sans peine de sa manière de faire, pour l'appliquer ensuite à ses propres recherches. Mais quand, privé de ces avantages, on étudie des écrits qui font autorité dans une science , on aime à y chercher le développement raisonné des idées de l'auteur, et le passage de la conception à l'exécution, faculté qui donne tant de puissance à ceux qui la possèdent; on aime à reconnaître dans l'édifice les moyens de construction, et comme la trace des instruments du travail. Il y a là intérêt philosophique et enseignement pratique.

On nous pardonnera de parler peut-être trop chaudement des méthodes de travail de l'auteiu' de ces mémoires. Accoutumés depuis long temps à en apprécier la certitude , nous croirions manquer à un devoir, si nous n'exposions pas ce qu'elles sont, et par quels procédés a été fait ce que nous publions ici. Ce sont des choses que l'on, ne trouve guère dans les livres, ou qu'il faut en faire sortir par des efforts individuels : et cependant, de quelle utilité peut être un pareil enseignement, pour les jeunes gens qui entrent dans la carrière!

L'un des caractères particuliers des travaux de M. D'Arcet est, en effet, la méthode qui y a présidé, et qu'il a demandée à la science à laquelle il s'est consacré : la chimie. C'est par l'analyse qu'il attaque toujours une question , qu'il se rend un compte rationnel des conditions à remplir, des avantages à atteindre, des moyens de solution, et qu'il en calcule d'avance les résultats avec les éléments scientifiques connus : il ne s'engage pas sur une route nouvelle, sans s'y être préparé par l'étude des travaux antérieurs, les conseils de la science, et les résultats d'une

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pratique longue et varice. li ne veut pas faire ce qu'ont déjà fait les autres : il veut savoir ce qu'ils ont fait, pour tenter de faire mieux.

Dans son travail sur le bleu de Prusse, M. D'Arcet analyse d'abord les causes d'insalubrité de cette fabrication : ce sont des gaz et des vapeurs dont il fixe la nature; puis il cberche le moyen le plus simple de les faire disparaître, et il le trouve dans leurs propriétés combustibles.

En même temps qu'U combinait ce petit appareil, il rencontrait des causes d'insalubrité , beaucoup plus graves, dans le laboratoire des essais des monnaies. Sous l'action fatale des vapeurs nitriques et nitreuses, de l'acide carbonique, de l'oxide de carbone, et de la haute température des fourneaux à coupelle, trois fonctionnaires sur cinq, avaient péri ; les deux autres étaient menacés dans leur santé et leur vie. M. D'Arcet, devenu chef de ce service, y créa cet eiisenil)le de procédés de ventilation, dont il a fait depuis des applications multipliées ; bientôt, les santés altérées se rétablirent, et le travail le plus actif des essais, s'opère aujourd'hui dans le laboratoire, avec autant de propreté et d'aisance qu'il se ferait dans le cabinet d'études le mieux disposé.

J'insiste sur ces deux travaux, parce qu'ils sont les premiers, et que, cependant, la méthode s'y montre toute faite : puis, parce que M. D'Arcet a su voir dans ces recherches, une source abondante d'améliorations, et une grande question d'inlérêt général et d'hygiène publique à développer; parce qu'il a conçu de suite la pensée de rendre salubres toutes les industries qui sont dangereuses ou incommodes, et qu'il a rempli cette mission avec constance, pendant une longue carrière, et au milieu de travaux nombreux.

Les moyens de venfilalion jusque-là employés, devinrent donc pour lui l'objet d'un examen mélhodique, et il reconnut, qu'un procédé est toujours défectueux, quand on ne peut pas le gouverner à volonté; qu'il n'y a pas de bonne ventilation quand elle est soumise à des variations atmosphériques, à l'action des vents, à des conditions d'ouverture ou de fermeture de portes et de fenêtres, indépendantes du procédé même.

Il comprit qu'il fallait adopter des moyens assez réguliers, assez puissants, pour que le grand courant d'air à établir, dominât, sans variation

et sans interruption , tous les courants accidentels, et les influences atmosphériques trop souvent contraires, dont il voulait se dégager. Il se plaça dans des circonstances pareilles à celles des mines, où la force de ventiîation est toujours en excès, et peut exercer à l'instant son action sur les galeries les plus reculées avec lesquelles on la met en communication.

En un mot M. D'Arcet a compris, dès le premier instant, la nécessité et la puissance de V appel forcé. Cet appel existait là tout créé dans îes fourneaux à coupelle, allumés chaque jour pour le travail, et par les- 'qnels la ventilation continue encore après leur extinction. Il sut obtenir ainsi , sans dépense additionnelle de combustible , la force nécessaire à l'assainissement du laboratoire: et de ce résultat bien observé, sortit ce principe qu'il réalisa depuis sous tant de formes : Utiliser pour produire l'appel forcé., la chaleur perdue ., et la fumée encore chaude des foyers employés h des usages industriels.

Un fourneau d'appel fut néanmoins établi, pour conserver la ventilation entière, dans le cas où le fourneau à coupelle serait momentanément éteint.

Telle fut la conception de ces procédés. Mais si bons qu'ils pussent être, il fallait à leur adoption une condition de plus, des dispositions d'un service facile : c'est là ce qui constitue l'esprit d'application , rarement uni à celui d'invention, et qui arrive, comme par instinct, au moyen le plus pratique, à la forme qui reste définitivement dans l'industrie.

On n'a pas cependant tout fait encore pour le succès, quand on a conçu et exécuté des appareils ou des procédés meilleurs que les procédés et les appareils ordinaires; il reste encore à traverser la grande épreuve de la mise en activité.

Jusque là tout marche, sans difficultés graves, sous une bonne direction ; mais alors la question change. Eu présence d'un travail industriel à réaliser avec ses conditions de temps, de qualité, d'économie; en présence d'appareils nouveaux à faire opérer, où le moindre défaut se montre en relief, et suffit pour en arrêter les fonctions; en présence d'habitudes à changer, de main-d'œuvres quelquefois malveillantes à instruire,

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l'homme qui n'aurait jamais quitté son cabinet, viendrait infailliblement échouer au but. Celui même qui , fort de son expérience pratique , confierait néanmoins à d'autres mains les soins de cette mise en activité, rencontrerait bientôt de nombreux revers.

Au jour de la mise en activité, le succès n'est accordé qu'à l'expérience de l'inventeur, aux ressources d'un esprit prompt à lever les difticultés, à corriger les défauts , et surtout, nous ne saurions le dire trop haut pour les jeunes gens qui abordent la carrière du génie civil, à la surveillance patiente qui assure une première réussite, et la défend de tout mal, jusqu'à ce qu'elle soit adoptée dans les habitudes de l'atelier, et passée pour ainsi dire dans le sang des ouvriers.

C'est la plus difficile condition de succès dans la carrière des choses nouvelles; les hommes de pratique savent qu'ils n'ont rien fait quand ils ne l'ont pas remplie, et ils dirigent eux-mêmes la mise en activité, et la première et délicate époque du service de leurs appareils. Or, la nécessité de cette marche n'a pas été mieux démontrée à M. D'Arcet par ses succès, quand il a pu suivre ses travaux, que par les difficultés rencontrées, quand il s'est vu obligé de les confier à des soins étrangers.

Le but était donc nettement posé, les principes et les moyens trouvés, les sujets d'application ne pouvaient pas manquer.

Dans l'appareil à bleu de Prusse , M. D'Arcet recueille les gaz et les vapeurs , en couvrant d'un chapiteau le vase où s'opère le mélange, et les envoie dans le cendrier d'un foyer, ou dans une cheminée, pour les brûler ou les perdre.

Au Laboratoire des essais des monnaies , il utilise d'abord les analyses d'air brûlé qu'il faisait alors dans les fourneaux d'usines, pour donner de bonnes proportions à sa cheminée générale : il y établit ensuite un appel puissant au moyen du fourneau à coupelle. 11 dirige vers cette cheminée, par des conduits convenablement disposés, tous les gaz, toutes les vapeurs dégagées par chacune des opérations variées, de l'art de l'essayeur; et il soumet ainsi ces opérations à une ventilation énergique, et graduée suivant leur degré d'insalubrité.

L'air même des salles se trouve ainsi activement renouvelé : et depuis

trente ans, pas nne variation de marche, pas une dépense de réparation , n'a eu lieu dans ces appareils.

En même temps qu'il assainissait le laboratoire des essais, il rendait, d'accord avec M. Anfrye, les essais plus économiques aux essayeurs du commerce, en leur donnant \e petit fourneau à coupelle.

Bientôt après, sur la demande du comité consultatif, il employait, encore , pour assainir \ incinération des lies de vin , le principe de la combustion des gaz, et de la fumée fétide que produit cette opération. Dans le nouveau fourneau qu'il fit construire, ces gaz et cette fumée sont brûlés sur un foyer spécial, alimenté d'abord par la houille, puis par la combustion même des gaz. Il sauva ainsi, à Lyon, un établissement important, de la nécessité d'une translation ruineuse, impérieusement exigée jusque-là par les justes plaintes des voisins, et déjà ordonnée par le conseil d'état.

Peu de temps après, chargé par M. de Chabrol, préfet de la Seine, de diriger, avec une commission spéciale, l'établissement d'un appareil d'éclairage au gaz à l'hôpital Saint-Louis, le premier appareil de ce genre qui ait fonclionné régulièrement à Paris, M. D'Arcet apporte en même temps aux hôpitaux les plus utiles améliorations.

Le traitement des galeux est lent et incomplet pour les malades, onéreux pour l'administration. Des essais de fumigations, faits par M. Gales, sont si mal dirigés, que, par le vice des appareils employés, l'administration se voit contrainte d'abandonner un excellent procédé.

]\L D'Arcet fait exécuter des boîtes Jumigatoires à une et à douze places, et le résultat d'un simple appareil de bains, est une révolution dans le traitement des maladies cutanées, l'adoption de ce procédé par tous les hôpitaux, quarante raille malades guéris en quelques années, et une économie de plus d'un million pour l'administration. Là , encore, c'est l'appel forcé donné par un foyer utilisé pour brûler le soufre, et les substances aromatiques destinées aux bains, qui commande les boîtes, les ferme à toute odeur qui s'en pourrait échapper, et emporte au dehors les vapeurs et les gaz dégagés dans le service, avec la fumée des divers foyers.

La question de l'assainissement de Voit du doreur, est posée par l'académie (les sciences, sur la demande de Ravrio. Les essais tentés jusque-là étaient restés sans résultat.

M. D'Arcet étudie cet art par lui-même , et il y applique la ventilation forcée. Non content de créer des dispositions d'appareil d'un usage facile, il apporte dans chacune des opérations de la dorure par le mercure, des perfectionnements remarquables. Le prix lui est accordé, et l'administration ordonne l'application de ses procédés dans toutes les forges de doreur, où, depuis cette époque , malgré l'incomplète exécution des mesures prescrites, le tremblement mercuriel est presque inconnu.

L'année 1821 voit assainir trois industries nouvelles.

Vient d'abord \e fourneau de cuisine salubre, où domine la pensée toute pratique d'enlever aux cuisines les odeurs, et les gaz qui les rendent malsaines, eu y établissant une ventdation forcée au moyen dos petits foyers que l'on y emploie, et en même temps de ne modifler que peu les habitudes faites. M. D'Arcet était en effet convaincu, que des dispositions entièrement nouvelles rencontreraient trop d'opposition chez les cuisinières. Cependant, la réunion des meilleurs appareils sous une seule hotte, un bon four à rôtir, auquel nous avons depuis ajouté le bain-marie pour la confection du bouillon , un excellent emploi du combustible, la propreté, et surtout l'assainissement de la cuisine, donnent à ce fourneau un caractère particulier d'économie et de progrès.

Immédiatement après, nous trouvons l'assainissement des soufreurs, opéré sur la demande du conseil de salubrité, et disposé avec tant de simplicité, et sur des échelles différentes si avantageuses pour l'opération , que ces procédés ont été reçus par les ouvriers mêmes, avec le plus vif empressement.

Enfin, la petite étuve à quiiiquet est im élégant exemple de ventilation obtenue, en utilisant, pour déterminer l'appel, le quinquet employé à échauffer l'étuve et à éclairer le laboratoire.

En 1822, M. D'Arcet rédigea, au nom du conseil de salubrité, une instruction sur les latrines. Il contraignit un courant d'air régulier, à passer dans la fosse du dehors au dedans, par l'ouverture du siège, au moyen

de l'appel des cheminées de cuisine toujours échauffées, des poêles, des qiiinquets ou d'un jet de vapeur d'eau, et fit ainsi disparaître la source la plus puissan!e d'infection, des hôpitaux, des théâtres et des habitations particulières.

Il traça bientôt, en commun avec des membres du conseil de salubrité, les mesures à prendre pour opérer, sans inconvénient, la 'vidange des fosses d'aisances. Cette opération alors redoutée, s'exécute depuis les recherches de MM. Laurent et Filière , et le rapport du conseil de salubrité, avec rapidité et sécurité pour tous.

Avant de quitter cette question, M. D'Arcet publia encore deux notes. L'une d'elles donne une manière nouvelle de rendre salubre, le fossclatrine employé dans les camps et les grands travaux, et quelquefois si dangereux pour le soldat ou le travailleur. Il fait recouvrir chaque jouiles matières avec de la terre fraîche , et prépare ainsi un excellent engrais.

L'autre note est la description d'un cabinet d^ aisances destiné à un château, et placé sous un colombier, de façon à être ventilé par l'action de la chaleur des couveuses sur les tuyaux d'appel, et à obtenir également des engrais très-économiques.

Dans la même année, les principales dispositions du laboratoire des essais des monnaies, et celles que l'expérience avait enseignées à l'auteur de ces procédés, pour rendre plus faciles ses recherches chimiques, ont été exécutées sur ses plans au laboratoire de chimie de l'école de la garde, à Fincennes.

Les hôpitaux réclament de nouveau les conseils de M. D'Arcet. Il applique deux fois au dégrai'ellertient des conduites d'eau engorgées de carbonate de chaux, les procédés chimiques et l'action dissolvante de l'acide chlorhydrique, affaibli, et envoyé dans It-s tuyaux, en courant lent et interrompu : et il obtient ainsi, avec une très-fiiible dépense, un dégorgement complet, sur plus de deux cents mètres de longueur, sans renouveler ni démonter ces tuyaux: opération répétée depuis avec un égal succès, et dans différentes circonstances.

Peu de temps après. Gros est arrêté dès le commencement de son grand tableau de la coupole du Panthéon. Il craint avec raison de voir son

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œuvre périr par la mauvaise préparation du plafond qui doir la recevoir. MM. Thenard et d'Arcet, si souvent unis dans leurs recherches, et guidés par ce que l'on sait delà peinture des anciens, créent à l'instant des procédés qui garantissent le tableau du grand maître contre l'humidité extérieure, en pénétrant à chaud la pierre à^un enduit hjdrofuge, préparé avec de la cire et do l'huile de lin lilhargirée.

Ces deux chimistes se servent aussi de ce procédé, pour conserver les statues de plaire exposées à l'air, sécher les murs humides, etc.

Après avoir complété son travail sur les latrines, M. d'Arcet aborde, dans la même année, la question plus grande de V assainissement des théâtres.

Il y avait là deux questions à résoudre :

Celle des procédés de chauffage et de ventilation les plus convenables à un théâtre;

Cille des mesures à prendre jjour diminuer la gravité des incendies.

M. D'Arcet avait préparé ces solutions d'accord avec plusieurs membres du conseil de salubrité; les mesures proposées à l'administration, rendues à l'instant obligatoires, et qu'il a publiées avec ses propres observations, ont reçu leur exécution dans presque tous les théâtres.

Il emploie d'abord l'appel du lustre pour opérer la plus large ventilation dans la salle, pendant les représentations , en établissant audessus de ce lustre une cheminée d'aérage qui dépasse le comble. L'air nécessaire à la ventilation est ensuite amené dans les corridors, chauffé en hiver par des appareils, refroidi en été dans les caves; il est de là versé dans la salle, en courant insensible, de manière à assainir les parties les plus reculées des loges, sans gêner en rien les spectateurs. Une cheminée d'appel semblable à celle de la salle, est établie audessus de la scène, toutes deux fermées de ventaux, qui se manoeuvrent de manière à établir le courant d'air, le plus ordinairement au-dessus du lustre, ce qui porte la voix de l'acteur vers les spectateurs, et, au besoin, au-dessus de la scène, pour enlever les odeurs ou la fumée de la poudre, produites pendant les représentations à grand spectacle.

Les procédés proposés jusqu'à ce jour pour la ventilation des théâtres.

consistaient dans l'emploi de moyens mécaniques compliqués et inutiles. L'auteur a utilisé là, comme il l'a fait partout, la chaleur du lustre, dégagée dans le service d'éclairage du théâtre, et jusqu'alors perdue, pour obtenir, sans dépense, la puissance mécanique nécessaire à sa ventilation.

Pour sauver, en cas d'incendie, la partie du théâtre dans laquelle le feu n'a pas éclaté, un gros mur, percé seulement par l'ouverture de la scène et quelques baies de service , sépare la scène de la salle. On ferme la première de ces ouvertures au moyen d'un rideau mobile, en toile métallique et à grandes mailles, que l'on descend immédiatement lorsqu'un incendie se déclare. Ce rideau livre ainsi passage au grand courant d'air qui est appelé par l'action des flammes vers le côté du théâtre où l'incendie a lieu , vers la scène par exemple , et s'oppose à ce que les bois enflammés tombent dans la salle , et y portent le feu , sans empêcher les pompiers de lancer de l'eau, delà salle même sur la scène embrasée.

Les puissants moyens de désinfection des latrines, dont nous avons déj;i parlé, ont été aussi appliqués utilement aux salles de spectacle, par leur inventeur.

L'organisaiionde bous procédés de chauffage dans les théâtres, a été, pour M. D'Arcet, l'objet de longs travaux. Comme membre d'une commission spéciale , il a concouru aciivement à créer à l'Opéra un système complet d'appareils à vapeur. Là des boîtes en fonte, établies dans le foyer, servent a chauffer les pieds des spectateiu's; d'autres chauffent le foyer, les corridors , et l'air non altéré que l'on verse dans ces corridors pour alimenter la ventilation de la salle.

Voici le principe fondamental de ces grands appareils , les meilleurs que l'expérience nous ait donnés pour les édifices publics :

Jle.it impossible de chaujfer convenablement, sans des dépenses excessives et inutiles de combustible, la capacité entière des grands édifices , comme les Bourses , les foyers des théâtres , les grands amphithéâtres, etc. Il su/ fit de chaujfer les pieds des personnes qui s'y trouvent réunies, et lorsque les pieds sont maintenus à un degré suffisant de

chaleur, le reste du corps peut se trouver, sans souffrir, plongé daru une atmosphère à une température bien moins éleç'ée.

Un autre élément de ces procédés, se trouve dans le chauffage de l'air sur des tuyaux remplis de vapeur, ou d'eau chaude en circulation, pour ne pas altérer cet air, comme cela arrive dans presque tous les calorifères.

Plusieurs théâtres ont reçu des appareils semblables. M. Talabot, qui, aidé des conseils de M. D'Arcet, avait chauffé et ventilé celui de la place de la Bourse à Paris, a établi, dans la grande salle de spectacle de Lyon, un bel ensemble de dispositions de ce genre.

C'est encore au moyen de ces combinaisons, que M. D'Arcet a concouru j avec une commission spéciale, à organiser le chauffage de la Bourse. Des promenoirs en fonte, chauffés directement et indirectement par la vapeur, ont été installés dans le dallage de la grande salle, et on a versé ensuite au pied des colonnes, l'air chaud nécessaire à une suffisante ■ventilation. Plusieurs salles sont aussi portées à une température convenable par des récipients en fonte; mais le projet de la commission, qui comprenait le service entier de la Bourse, par une ou deux chaudières à vapeur, n'a été exécuté que par fractions, et complété seulement depuis peu de temps, en étendant l'ancien système d'appareils dans le reste de l'édifice.

Sous la même direction, et par des procédés analogues, ont été chauffés plusieurs établissements publics.

L'un est le Dépôt de la préfecture de police , où il a fallu toute la persévérance de M. D'Arcet , toute la fermeté de l'habile architecte, M. Jay, pour vaincre enfin l'opposition d'obscurs et honteux intérêts, ligués un moment avec succès contre im excellent appareil, auquel cette prison insalubre a dû son complet assainissement.

L'autre est le chauffage an palais de l Institut, auquel a présidé une commission de l'Académie des sciences, l'appared le plus complet de chauffage et de ventilation qui existe en France. Sa construction nous a été confiée, et depuis dix ans il marche sans interruptions ni réparations.

Une chaudière, placée au rez-de-chaussée, envoie sa vapeur dans la

salle des séances ordinaires, dans des salles nombreuses, et dans la bibliothèque, la seule qui soit chauffée à Paris, sans danger d'incendie, et avec économie. Des piédestaux en fonte et des chaufferettes, distribuent partout la chaleur nécessaire. Un coffre rempli de tuyaux à vapeur, sert à élever la température de l'air destiné à la ventilation, et un petit ^'ohinet doit y injecter la quantité de vapeur d'eau indispensable à sa complète salubrité. Cet air est ensuite versé dans la salle par des chaufferettes percées de trous gradués. Une cheminée d'appel, avec un foyer spécial, est placée sous les combles, et renouvelle puissamment l'air de cette salle par l'intermédiaire de gaines et de tuyaux qui débouchent dans le plafond. Nous avons monté le même système aux Néothermes.

Nous avons encore, en i83i, construit sur les plans de M. D'Arcetle chauffage de Xhôtel des Monnaies, par la chaleur peidue d'un four à coke, procédé déjà employé par lui pour le chauffage d'une étuve, et depuis pour d'importantes industries. Un four à coke établi dans les caves, et dont la fumée passe sous des plaques de fonte dans le dallage du musée monétaire, porte une température égale jusqu'aux parties les plus éloignées de l'édifice, avec une faible dépense d'établissement, et sans dépense journalière : le coke obtenu payant la houille employée. L'inventeur de ce procédé s'en est aussi servi pour le chauffage d'une grande étuve montée à Neuilly, destinée à sécher les bois de menuiserie et d'ébénisterie, et où trois fours à coke, en croisant leur fumée, versent gratuitement l'air chaud, nécessaire à la dessiccation lente des bois.

Il est à regretter que cette belle application de la science théorique, qui réalise, par la combustion de la fumée autrefois perdue, toute la chaleur que la physique et la chimie réunies avaient promise , ne soit pas employée à chauffer sans dépense les diverses Bourses de France, les salles des pas-perdus des tribunaux, tous les édifices à grand vaisseau, et surtout les églises, dont les administrateurs, après avoir employé la houille à produire du coke, en utilisant la chaleur ainsi développée, pourniient distribuer ce coke aux pauvres au lieu de bois, en quantité plus grande, et obtenir ainsi gratuitement le chauffage de leurs églises.

La substitution du coke à la houille dans les foyers industriels, concourt aussi aujourd'hui à l'assainissement des villes.

M. D'Arcet prit part, principalement pour les questions chimiques, au travail exigé par le beau rapport de Parent-Duchâtelet sur Yécarrissage des chevaux.

Un projet Ae salle de bains, montre comment doivent être appliqués à ce genre de construction les perfectionnements de la science. L'auteur avait déjà fait établir les appareils de bains de Vhôpital Saint-Louis, où ses dispositions de foyers et de chaudières, ont donné des résultats, rarement obtenus ailleurs, pour le produit du combustible en chaleur utilisée.

Un travail très-important, comme réalisation d'une donnée théorique, est la construction d'un appareil établi dans deux des bains Figitr sur la Seine, pour remplacer l'appel que produit la haute température, à laquelle s'échappe la fumée, par un procédé mécanique de tirage, le tarare, mu à bras d'homme, ou par une machine. Cet emploi du tarare pour produire le tirage dans un fourneau, a permis à l'auteur de faire passer la fumée dans une série de tuyaux en cuivre qui traversent le réservoir à eau froide, et par conséquent de la refroidir complètement, ce qui a donné une économie constatée de quarante pour cent du combustible précédemment consoinmé.

M. D'Arcet fit aussi construire, sur la demande de l'administration des tabacs, un fourneau faniivore, destiné à brûler les côtes de tabac, sans odeur, et au milieu des ateliers du Gros-Caillou, opération si infecte, que, ' faite jusque là hors de Paris et à distance de ses muis, elle avait été successivement repoussée de toutes les localités de la banlieue.

En 1829, M. D'Arcet s'occujia de l'art ôl affiner for et l'argent.

Il fit construire, dans les ateliers de MM. Poisat et Saint-André, des appareils qui condensent les gaz et les vapeurs dégagés dans la dissolution de ces matières par l'acide sulfurique, et il rendit cette fabrication si complètement salubre , qu'elle exécute aujoiud'hui les plus grandes opérations sans que les voisins puissent, non pas s'en plaindre, mais même s'en apercevoir.

Deux instructions furent alors rédigées relativement aux appareils

xvin

d'assainissement exécutés pour cette industrie. M. D'Arcet y analyse les travaux antérieurement faits sur l'affinage de l'or et de l'argent. Il donne les dispositions d'un atelier complet, muni de tous ses moyens de salubrité; il y ajoute enfin d'utiles conseils sur les conditions de fabrication et les procédés les plus avantageux à suivre.

Sous la hotte où s'opère la dissolution des matières d'or et d'argent, il établit un tirage très-fort au moyen d'une grande cheminée échauffée par les flammes des fourneaux de fusion et d'évaporation. Il conduit ensuite les vapeurs d'acide sulfurique, et le gaz sulfureux produits, dans une série de caisses en plomb, placées dans une cave au-dessous de l'atelier, et enfin dans un tonneau, également en plomb, tournant sur son axe, et où l'acide sulfureux, et celles des vapeurs qui n'auraient pas été détruites dans les premières caisses, sont agitées avec de l'hydrate de chaux et complètement absorbées; de là, un tuyau de plomb porte dans la cheminée générale les gaz non condensés, et établit ainsi l'appel qui amène les vapeurs et les gaz successivement dans les différentes caisses.

Rarement un succès plus complet, est venu délivrer des plaintes des voisins, une industrie forcément placée au milieu des villes les plus populeuses.

Nous voyons bientôt, en i83o, M. D'Arcet faire un travail sur l'a*sainissement des salles iV exhumation et d'autopsie, et des amphithéâtres de dissection. La base du procédé, est toujours Y appel forcé d'un i poêle, qui contraint un courant d'air, modéré à volonté, à envelopper le cadavre placé sur la table, et à se précipiter ensuite dans le pied creux de cette table.

Nous avons construit, sur le même principe, deux tables de dissection, en fonte, pour l'Hôtel-Dieu de Paris.

Peu de temps après, sur la demande du comité consultatif, M. D'Arcet proposa de renAre fumivoresXç.?, fours de 'verrerie, au moyen de petites cheminées qui doivent maintenir la flamme à la température nécessaire pour sa complète combustion.

Il rédigea aussi sur l'assainissement des fondoirs de suif et pour le conseil de salubiité, une instruction où sont discutés et améliorés les

divers procédés de fusion des graisses. H y donne les précautions à prendre dans le service de ces ateliers, et la description d'un fourneau, où les vapeurs produites pendant la fonte des suifs, vont se brûler dans le foyer même.

Quelques observations sur Yexcessù'e combustibililé du zinc, et les dangers de son emploi comme couverture dans les édifices publics et les maisons particulières, ont pour but d'appeler l'attention des hommes spéciaux, sur une question d'imhaut intérêt.

Une disposition ingénieuse, et qui ne gène en rien leur travail, est destinée à empêcher les ouvriers savonniers de tomber dans les chaudières, comme cela a Heu de temps à autre, pendant la marbrure des savons.

M. D'Arcet a fait aussi construire une hotte avec appel forcé, pour la ventilation des pots employés à Tétaniage du fer-blanc.

Enfin, Xélablissement de silos salubres et économitjues , poiu' la conservation des grains et des poudres de guerre, est un nouvel emploi de l'enduit hydrofu^e, trouvé avec M. Thenard, et appliqué par imbibition à la surface des pierres qui servent à la construction de ces silos.

De nombreux essais ont été faits pour établir la ventilation dans les hôpitaux et les prisons; mais la plupart ont eu lieu en perçant de simples ouvertures au plancher et au plafond, et en confiant à la température intérieure des salles, et souvent même à la chaleur vitale des détenus, le soin de les faire fonctionner. Howard a depuis longtemps fait adopter ce procédé dans les prisons et les hôpitaux de l'Angleterre, et les maisons pénitentiaires des États-Unis, qui sont toutes ventilées, ne connaissent pas d'autres dispositions. C'est un premier pas dans la carrière de l'assainissement; mais ce sont là des appareils irréguliers et insuffisants.

Un mémoire de G.-O. Pôle, publié dans les Annales des Arts et Manufactures en i8i8, en fait la juste critique, et constate la nécessité d'un appel forcé, qu'il trouve dans un poêle ou fourneau de cuisine placé à l'étage supérieur, et mis en communication par des gaines, avec le plafond des salles à ventiler. Au lieu toutefois de distribuer l'air néces-

saire à la ventilation dans le bas de la salle, et par des ouvertures assez multipliées pour ne pas nuire aux malades, il le prend par des vasistas établis au haut des fenêtres, ce qui laisse la partie inférieure de ces salles privée de renouvellement d'air. Un bien-être notable en est cependant déjà résulté pour les malades.

Le même procédé est, dit-il, employé par le capitaine Meynne, pour renouveler l'air dans les navires.

M. D'Arcet, dans le cours de ses recherches, a dû souvent réfléchir aux dispositions les plus favorables à la ventilation des hôpitaux, l'un des problèmes les plus beaux de la science : variété des conditions à remplir, puissance des moyens, importance du but, tout s'y trouve. Aussi avait-il saisi avec empressement l'occasion de combiner un système général de chauffage et de ventilation, pour un hôpital projeté à Paris; mais ce travail n'a pas eu de suite.

Il a écrit depuis une iettie sur cette question, à M. Delahante, président de l'administration des hôpitaux de Lyon, occupé en 1842 à introduire ces procédés dans les établissements de la seconde ville du royaume, la seule en France où reçoivent leur application des méthodes contrôlées par l'expérience d'un grand nombie d'ateliers, et notamment des magnaneries salubres. Cette lettre contient de sages conseils sur la nécessité de faire diriger par des hommes spéciaux, l'établissement des procédés de ventilation : les conditions à remplir, et les moyens d'exécution variant, comme nous l'avons observé, avec chaque circonstance particulière.

Nous avons nous-mêmes établi à l'hospice de Bray-sur-Seine, un système de chauffage et de ventilation forcée.

Quant aux prisons, M. D'Arcet avait déjà organisé un chauffage, avec des procédés de ventilation , pour le dépôt de la Préfecture de police, tl a depuis , au nom d'une commission de l'Académie des sciences , fait un rapport sur le^jj/ojets de construction et cT assainissement des cellules de la maison centrale de détention de Limoges. Après une réfutation des moyens de ventilation proposés, la commission se prononce pour les procédés artificiels d'appel forcé, et, à défaut de ceux-ci, elle donne les

meilleures dispositions à adopter pour diminuer les inconvénients du système de ventilation naturelle.

Entin, M. D'Arcet a fait récemment, avec M. le professeur Orfila, les éludes nécessaires à l' assainissement des ateliers iCétamage des glaces. Ce. travail, préparé sur la demande de la compagnie de Saint-Gobain, va bientôt être publié par ses deux auteurs; il doit ensuite être mis à exécution par la compagnie.

J'ai interverti l'ordre des dates dans ces derniers mémoires, afin de ne plus avoir à parler que des magnaneries, le plus grand travail d'assainissement de M. D'Arcet, sous le triple rapport de l'étendue de l'industrie, de l'importance de la solution demandée et de la grandeur des résultats obtenus, et l'un de ceux où le succès a été le plus rapide et le plus complet.

Ce n'est pas que la méfiante prudence, les préjugés, les amours-propres soulevés partout contre les procédés nouveaux, ne soient venus entraver ici la marche des améliorations. En effet, avant que le succès ne soit constaté, on le nie : on se refuse ensuite à l'évidence, on résiste aux faits; puis, quand on en est débordé, on veut alors faire autrement et mieux, sans avoir souvent les connaissances préalables et l'expérience qui assurent seules la réussite des inventions ; et cependant, ne rien faire ou vouloir bon gré mal gré faire du neuf, sont des obstacles aussi graves l'un que 1 autre à la marche des choses. Mais dans la question des magnaneries, l'intérêt individuel, trop fréquemment opposé au progrès, el trop égoïste pour lui faire le moindre sacrifice, l'intérêt individuel eut bientôt jugé et adopté ces procédés sur la balance de leurs résultats pécuniaires.

L'appui de l'administration, qui avait plus d'une fois manqué à -M. D'Arcet dans d'autres affaires, l'a d'ailleurs soutenu vigoureusement dans celle-ci.

Une autre circonstance vint encore donner à ce mouvement une nouvelle impidsion. C'est le besoin d'activité industrielle, développé depuis quelques années chez les hommes qui appartiennent à l'ancienne noblesse, et qui , avec de solides connaissances et de larges capitaux, se sont jetés

dans l'industrie de la soie, parce qu'elle est semi-agricole, qu'elle peut donner de beaux bénéfices, et que cependant elle ne porte pas avec elle le travail incessant, les inquiétudes, et souvent les graves conséquences de la plupart des grandes industries.

M. D'Arcet fut envoyé en i835 à Lyon par le comité consultatif, pour étudier la question de la condition des soies.

Toutes les soies, vendues sur la place de Lyon, étaient soumises par des employés de la ville à des essais incertains, pour les dessécher, constater leur poids réel, et par conséquent la quantité d'eau qu'elles contiennent. C'est ce que l'on nomme le conditionnement des soies. Ces essais forment un important revenu pour la ville de Lyon.

M. D'Aicet avait à déterminer le poids réel de la soie amenée à un état de siccité absolue, à vérifier si les nouveaux moyens proposés par M. Talabot donnaient réellement ce poids, ou à trouver au besoin d'autres procédés. A l'aide d'une expérience ingénieuse, en chauffant la soie dans la graisse fondue, il obtint sa dessiccation complète : il en sépara d'une manière nette et précise, toute la quantité d'eau étrangère à sa composition chimique , qu'elle peut contenir , et arriva ainsi exactement aux résultats donnés par l'appareil de M- Talabot, où les soies étaient exposées à l'action de l'air sec, et à i3o'' de température.

Ce qui était plus important encore, il porta par ce moyen simple et évident à l'œil même, la conviction la plus complète dans les esprits jusque là incertains, et il fut démontré, que l'état de dessiccation auquel les soies sont ramenées quand on les expose un temps suffisant à l'action de l'air sec et chauffé à i3oo, n'est pas un état d'équilibre hygrométrique, mais bien réellement un état de siccilé absolue : ce qui donna ainsi toute garantie au commerce des soies, pour la certitude du poids déterminé dans un bon appareil de conditionnement.

M. D'Arcet proposa alors des procédés faciles, qui auraient permis aux fabricants d'essayer eux-mêmes leurs soies dans la petite étuve à quinquet : ce mode d'opération ne fut pas agréé. On persista dans l'essai légal fait pir la ville; mais la dessiccation à i3o° dans l'appareil de M. Talabot , fut définitivement adoptée par une ordonnance du roi.

Pendant qu'il démontrait les résultats de ce travail aux producteurs de soie du midi de la France, M. D'Arcet visitait leurs magnaneries, et se préparait à leur payer, suivant son expression, le prix de sa visite : une question particulière d'essai devint ainsi l'occasion d'un grand accroissement dans la proiluction nationale.

Il reconnut bientôt, que les maladies diverses dont la culture du ver à soie est affligée, et qui rendent cette industrie plus incertaine encore que la culture de la vigne, sont dues à l'insalubrité des magnaneries, infectées par la respiration et la transpiration des vers, leurs excréments, leurs changements de peaux, les cadavres et la fermentation de la litière, et en même temps aux grandes et brusques variations de température presque toujours mortelles aux élèves.

Lui demander des remèdes contre ces maladies, c'était lui poser la question sous sa forme favorite ; c'était appeler une solution toute faite d'avance.

Olivier de Serres et Dandolo avaient déjà compris la nécessité de la ventilation; mais la ventilation naturelle par de simples ouvertures au plancher et au plafond, comme ils l'avaient établie, donne lieu à des courants qui s'élèvent, en eftet, de bas en haut, et assainissent quoique imparfaitement la magnanerie, quand la température intérieure est plus élevée que la température extérieure; mais qui s'arrêtent lorsqu'il y a équilibre entre ces deux températures, et se meuvent enfin de haut en bas, quand au contraire la température extérieine est supérieure à la température intérieure.

La ventilation forcée pouvait seule donner un renouvellement complet, rapide, et dans toutes les circonstances possibles. C'est à elle que M. D'Arcet s'adressa.

Accoutumé aussi à réclamer à l'industrie qu'il veut assainir un collaborateur éclairé et avide comme lui de bien faire, il trouva cet ardent besoin du bien, les lumières nécessaires pour le voir et le comprendre, et l'expérience des magnaneries, dans M. Camille Beauvais, qui a donné une haute impulsion à l'amélioration des méthodes et à la culture du ver à soie dans le nord de la France.

La question principale était donc de renouveler à volonté et avec rapidité l'air des salles, et en même temps de les chauffer ou de les rafraîchir suivant les variations atmosphériques extérieures.

Voici quel est le système de construction de M. D'Arcet.

Un calorifère établi dans une chambre , à un niveau inférieur à celui du plancher de la magnanerie , sert à chauffer de l'air, que l'on charge d'une quantité d'eau convenable pour qu'il ne nuise pas à la santé des vers. Cet air est ensuite distribué dans la salle par des gaines en bois construites sous les claies où sont placés les vers, et percées de séries croissantes de trous inégaux, de manière à donner partout à volonté une température et un renouvellement d'air parfaitement réguliers.

On peut aussi, en été, introduire de l'air frais dans la chambre à air, ou l'y refroidir par divers procédés, et rafraîchir ainsi la magnanerie.

En haut de cette salle sont fixées sous le plafond des gaines d'appel, semblables à celles de distribution d'air, et percées de trous symétriques et croissants à mesure qu'ils s'éloignent de l'appareil d'appel forcé. Ces gaines sont en communication par une de leurs extrémités avec un tarare ou une bonne cheminée, dans laquelle le tirage est produit par le tuyau de fumée du calorifère, et qui servent à établir dans la salle un appel énergique, et à renouveler ainsi dans un temps très-court tout l'air de la magnanerie.

Cette dégradation en progression arithmétique des ouvertures pratiquées aux gaines de chauffage et de ventilation, à mesure qu'elles se rapprochent, soit du tuyau d'arrivée d'air chaud, soit du tarare et de la cheminée d'appel, est une découverte de M. D'Arcet, et le seul moyen de distribuer l'air et la température dans une longue salle, avec une parfaite égalité.

Il est évident que si les ouvertures d'une gaîne d'appel étaient égales entre elles, et le tarare placé à un bout de cette gaîne, l'air prendrait une vitesse plus grande dans les ouvertures les plus rapprochées de l'appel, que dans les plus éloignées: et si la quantité d'air à débiter était hmitée, tout cet air pourrait passer par la première moitié des ouvertures, par exemple, et rien par la dernière; d'où résulterait une grande

inégalité de chauffage et de ventilation. Ce principe forme, comme nous l'avons dit, avec l'appel forcé, la base nécessaire d'une bonne distribution d'air, et par conséquent , de tout chauffage, et de toute ventilation.

En définitive, les travaux de M. D'Arcet sur les magnaneries, qui ont eu pour objet la partie manufacturière de la culture du ver à soie, et les conseils persévérants qu'ont trouvés chez lui les hommes qui ont voulu monter ou réorganiser des ateliers, ont opéré une révolution complète dans l'industrie séricicole, et les résultats sont tels, que, dans la plupart des départements du midi , pendant que les magnaneries anciennes sont infectées de maladies, les magnaneries salubies à la D'Arcet, que l'on compte aujourd'hui par centaines, bien que trop souvent incomplètement montées, obtiennent cependant, avec la même quantité de feuilles, deux ou trois fois plus de soie que précédemment.

Parlons maintenant brièvement des ouvrages les plus importants qui aient traité la question spécialede la ventilation, depuis le commencement des recherches de M. D'Arcet. Ce sont : Wért de chauffer et de ventiler les habitations, de Tred^o\d, pyblié en 1824; le Traité de la chaleur, de M. Péclet, en 1828, et les recherches de M. Combes sur la ventilation, de 1837 à ce jour.

Trcdgold, chez qui la science des constructions avait pour base les connaissances mathématiques, développe les dispositions à adopter pour ventiler les divers genres d'édifices ; mais partout il s'adresse à la ventilation naturelle, en fixant, par l'expérience et le calcul, les meilleures proportions à établir entre le nombre des personnes présentes, et les dimensions des salles et des passages d'air. On ne trouve dans son livre que quelques mots vagues sur l'emploi de la ventilation mécanique, pour renouveler l'air des hôpitaux et des théâtres.

Il aurait cependant appliqué heureusement la ventilation forcée, produite par un foyer extérieur, pour désinfecter les fosses d'aisances, s'il avait, comme M. D'Arcet, retourné et fait entrer dans ces fosses son courant d'air assainisseur, au lieu de l'en faire sortir.

M. Péclet marche appuyé sur la physique mathématique et la chimie.

Seul , il a créé , loin de Paris et des sources de lumières qui y fécondent les intelligences, le Traité de la chaleur, ouvrage tracé sur un large cadre , et riche en bons principes. S'aidant d'expériences théoriques et pratiques, il résume , avec précision, les principes les plus sains de la physique et de la mécanique, pour les appliquer aux phénomènes de la combustion et du chauffage, que l'on pourrait appeler les phénomènes généraux de l'industrie, car on les trouve partout dans les ateliers; il en déduit alors des formules, abordées moins heureusement par Clément Desormes, quand il introduisait, pour la première fois, les calculs économiques dans ses leçons de chimie appliquée aux arts.

Le travail de M. Péclet sur les mouvements de l'air chaud dans des tuyaux , sert aujourd'hui à calculer rigoureusement les appareils de ventilation, aussi bien que les cheminées, et, ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il conduit aux mêmes résultats que la méthode pratique de M. D'Arcet.

M. Péclet a proclamé les vrais principes du séchage par \ appel forcé , sans cependant fixer aussi nettement la nécessité de cet appel pour la ventilation des édifices publics et privés ; il parle toutefois des salles de spectacle, déjà ventilées par M. D'Arcet.

Dejjuis cette époque, il a développé ces principes, par la comparaison de faits nouveaux, dans son professorat de l'École centrale des arts et manufactures, et il a lui-même concouru à l'établissement de divers appareils de ce genre. La seconde édition du Traité de la chaleur est impatiemment attendue par les maîtres et par les élèves.

M. Combes a soumis le ventilateur des magnaneries à des expériences scientifiques et à l'analyse mathématique, qui lui ont donné des formes nouvelles. Il a inventé un instrument assez délicat pour mesurer directement la vitesse des courants d'air, et a introduit ainsi la rigueur des expériences de physique dans la ventdation.

Enfin, dans un travail sur l'aéragedes mines, il a fait sortir de cette question spéciale des règles, qui s'appliquent aux questions de ventilation, et aux moyens de développer les courants d'air, soit par l'action d'un foyer d'appel, soit par l'emploi des procédés mécaniques.

xxvrr

La révolution que MM. Dumas et Boussingault ont opérée dans les procédés analytiques, par leur beau travail sur la composition de l'air, a été, pour la chimie , l'occasion de nouvelles recherches, relativement à la ventilation.

Ces procédés, qui donnent avec certitude des variations d'un dix-millième dans la composition de l'air, ont été appliqués récemment, par M. Leblanc, à l'analyse de ïair confiné.

Les conclusions de son mémoire sont : que la proportion d'acide carbonique dans les lieux habités peut être assez exactement regardée comme la mesure de leur insalidirité; qu'à la dose de i p. loo, la ventilation devient indispensable pour éviter des désordres organiques; qu'un renouvellement de 6mètrescubes d'air par heureet par tête, fixé par les principaux auteurs, et qui résulte d'expériences diverses faites avec l'anémomètre de M. Combes, est confirmé par l'analyse chimique comme complètement suffisant, et ne laissant pas dépasser à l'acide carbonique le rapport de a millièmes , rapport qui peut sans inconvénient s'élever au maximum à 5 millièmes; que quelquefois dans les salles de cours ou d'hôpitaux, totalement privées de ventilation, la proportion d'acide carbonique atteint à 8 ou lo millièmes; que i8 mèires cubes d'air par heure, sont nécessaires à la santé du cheval. Enfin le travail est terminé par quelques expériences sur les atmosphères asphyxiantes.

Deux omissions cependant se trouvent dans cet intéressant mémoire.

L]une est relative à un des principaux éléments de la ventilation et des conditions de salubrité de l'air confiné, je veux parler de son état hygrométrique; on doit regretter de ne pas le trouver constaté avec la même et rigoureuse méthode dans chacune des analyses de M. Leblanc : la science aurait obtenu ainsi la détermination directe du degré hygrométrique de l'air, le plus avantageux pour la sauté des divers êtres qui y vivent plongés.

L'excès de vapeur d'eau dans une atmosphère confinée, est certainement une cause d'insalubrité pour tous ces êtres, excepté pour quelques espèces de plantes; mais l'absence d'eau hygrométrique, ou une quantité insuffisante, sont des conditions bien plus grandes encore d'insalubrité;

ce sont des conditions de mort pour les plantes comme pour les animaux et pour l'homme. L'air sec ou chargé d'une trop faible proportion d'eau pour la température à laquelle il se trouve, tend à prendre l'eau qui lui manque aux corps chargés d'humidité qu'il enveloppe, avec d'autant plus de puissance qu'il est plus éloigné de son degré de saturation. Il exerce donc une action absorbante sur les êtres vivants, leur enlève, par la surface de la peau et par les organes respiratoires ; une portion de l'eau qui leur est nécessaire, et les tue en peu de temps. Les exemples abondent.

Nous examinerons cette question en détail en parlant du chauffage du palais de l'Institut, et des procédés employés par M. D'Arcet, pour corriger ce défaut grave de l'air échauffé.

Nous regrettons encore de ne pas trouver dans des recherches scientifiques sur la ventilation, le nom de M. D'Arcet, qui a donné pour fondement à cette science la chimie et la physique, qui a assaini tant d'industries, et d'après les conseils duquel ont été construits les appareils de ventilation des théâtres où M. Leblanc a fait une partie de ses expériences.

Mais si la science de la ventilation est née en France, si des exemples pleins d'autorité ont été donnés par quelques savants, si le professorat en a répandu les principes, la pratique est cependant bien éloignée de s'en être emparée. Les procédés de ventilation ont été laissés à quelques édifices publics et aux maîtres qui les y ont établis : et peu d'hommes, parmi les plus éclairés dans l'art des constructions, y sont venus chercher des modèles.

En Angleterre, au contraire, non-seulement presque tous les monuments publics, les églises, les prisons, les hôpitaux, les collèges, les nombreuses salles de réunion, mais encore les maisons d'habitation où des soins particuliers sont donnés à la construction, les vaisseaux même de guerre reçoivent depuis longtemps des appareils de ventilation. Bien que quelques édifices soient assainis par de grandes cheminées que chauffent des foyers d'appel, cependant un grand nombre de ces appareils reposent, je l'avouerai, sur le principe de la ventilation naturelle , comme celle des pénitenciers américains ; mais enfin à peine peut-on citer une ou

deux prisons en France où soit appliqué même un défectueux système de ventilation.

C'est qu'en Angleterre, à la différence de ce qui se fait en France, les questions de chauffage et de ventilation sont puissamment traitées, parce qu'elles sont traitées par les premiers professeurs de chimie et de physique, par les plus habiles ingénieurs.

Qui a dirigé le chauffage de la douane de Liverpool et d'autres grands établissements? C?est M. A. Wilson, secrétaire de la Société des ingénieurs civils.

Par qui a été amélioré et complété, sur la demande des Communes, le chauffage et la ventilation de leur salle temporaire? Par le docteur Reid, professeur de chimie et de physique. C'est encore à lui que l'on a confié le soin de ventiler les bateaux à vapeur destinés à la navigation du Niger, et où il a établi des méthodes chimiques pour épurer l'air dans certaines circonstances atmosphériques, qui pourraient devenir dangereuses pour les équipages.

C'est le même professeur Reid, qui dirige aujourd'hui l'organisation des procédés de chauffage et de ventilation du nouveau palais du Parlement, et des sommes considérables ont été mises à sa disposition, pour construire les appareils les plus parfaits qui aient encore été établis. La ventilation forcée en est la base.

C'est le docteur Robison , secrétaire de la Société d'Edimbourg, qui a fait construire pour hii-mème ime maison particulière, ventilée dans toutes ses parties, modèle complet de ce genre de construction, et quia eu de nombreux imitateurs.

Aussi, avec ces hommes de talent, et la générosité des dépenses faites, le succès est-il assuré à tout appareil de cet ordre, avec d'autant plus de certitude , qu'il est toujours construit dans les meilleurs ateliers de mécanique. On sait , en Angleterre , que le travail de la fonte et du fer, et l'établissement d'instruments compliqués, ne peuvent être confiés qu'aux ouvriers les plus habiles et aux outils les plus parfaits.

En x\ngleterre aussi , l'architecture et les travaux du génie civil, sont dans les mêmes mains : beaucoup d'habiles ingénieurs sont des archi-

tectes distingués, et il n'est pas un architecte, spécial même dans sa carrière, qui n'ait trempé son talent dans les connaissances scientifiques. Le journal de la Société des ingénieurs civils, est en même temps un journal d'architecture.

Sans doute l'architecture en Angleterre se ressent de cette influence, et porte le cachet de la nature de ses études: elle est plus savante, plus hardie dans l'art des constructions matérielles, qu'elle n'est heureuse dans les combinaisons et les formes extérieures; elle est plus guidée parla froide raison et l'utilité, qu'elle n'est fécondée par l'inspiration poétique et le goût.

Loin de nous donc la pensée de méconnaître le génie propre de l'architecture française, la passion de l'art qui l'anime, et le sens du beau ravivé chaque jour aux sources antiques. Nous savons qu'à ces facultés artistiques, largement répandues dans notre pays, se joignent, chez beaucoup d'hommes dont nous nous honorons, ime grande science de construction , et la pensée de l'utilité par qui l'imagination est dirigée.

Mais il n'en est pas moins vrai, qu'en France, les architectes sont trop étrangers aux études des ingénieurs, aux sciences mathématiques et physiques , à toutes les questions de chauffage et de ventilation qui y sont liées.

Comment potu'rait-il en être autrement? Cet enseignement spécial manque totalement à l'école des Beaux-Arts, et les jeunes élèves auxquels il n'en serait pas tenu compte dans le cours de leurs études, n'ont aucun intérêt à le chercher au dehors. Peu d'hommes dailleurs ont, à vingt-un ans, la vue assez longue, l'expérience assez faite pour deviner la nécessité de connaissances qu'où ne leur donne pas. Que si quelques esprits plus torts viennent à comprendre cette nécessité, lancés de bonne heure à la suite des maîtres, dans la pratique des constructions, les heures du jour et de la nuit y sont absorbées; ou bien, entraînés à Rome au sortir de l'école, ils se trouvent éloignés de plus en plus des hautes sciences. A leur retour, le besoin des grands travaux et les longues études qu'ils exigent, ne leur laissent plus un moment pour une instruction scientifique, dont la jeunesse seule a le temps de s'enrichir.

Si cependant, en conservant toujours soigneusement distinctes la carrière de l'architecte et celle de l'ingénieur, l'enseignement de l'école d'architecture était relevé de quelques degrés par l'addition des éléments des sciences physiques et chimiques appliquées à l'art des constructions, comme l'a été celui des écoles de médecine et de droit, comme le commande le développement rapide de l'instruction générale, le goût, certes, et l'imagination, n'en seraient pas altérés; mais quelle puissance nouvelle acquerraient ceux de nos enfants qui se consacreraient à l'architecture, et qui entreraient dans celte difficile carrière, reconnaissants envers leurs pères pour ne leur avoir refusé aucune science, et assez richement approvisionnés pour se faire encore de beaux noms à côté de ceux de nos grands maîtres.

Soyons donc justes: de l'isolement de ces deux carrières, de ce défaut de connaissances scientifiques dans l'éducation de l'architecte, il ne faut pas accuser les architectes eux-mêmes : c'est à l'organisation des études architecturales qu'il faut rapporter la cause du mal, et la haute administration peut seule y porter remède. C'est elle qui donne l'instruction, et qui, lorsque des cours de chimie et de physique sont créés de toute part dans les villes et les collèges, ne voudrait pas les refuser à l'une de nos premières écoles, où elle puise chaque année tant de chefs pour ses constructions. C'est elle qui fait exécuter les grands travaux publics ; elle qui n'a pas assez senti jusqu'à ce jour, l'importance des graves questions dont nous parlons, et les a trop abandonnées à l'étude exclusive des architectes.

Les architectes, trop souvent, faute d'éléments suffisants d'appréciation, sont forcés de se confier aux seuls hommes qu'ils aient sous la main, aux fumistes.

Ceex-ci, nous parlons des plus capables, venus en France sans aucune trace d'instruction , arrivent quelquefois, à force d'intelligence, de travail, d'ordre et d'économie, à se créer un élat, et à réussir plus ou moins complètement dans les questions courantes de chauffage.

Mais ce que ces hommes intelligents et formés d'eux-mêmes pourraient faire si on le leur avait enseigné, ne l'ayant jamais appris, ils

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ne le peuvent pas. L'activité, la persévérance, la faculté des affaires, sont des dons de la nature développés par la pratique. Les connaissances générales et spéciales et la science ne s'acquièrent qu'au prix de longues études. Aussi, dans des questions aussi difficiles que celles des chauffages et de la ventilation surtout, les fumistes sont-ils entièrement incompétents : lorsqu'ils ont voulu toucher à ces appareils, ou même les exécuter sous d'autres directions, ils les ont presque toujours mal exécutés.

Ce que nous disons n'est pas une vaine parole ! Que l'on demande au conseil de salubrité, quelles sont les causes qui ont le plus retardé, ou rendu incomplet l'assainissement d'uii grand nombre d'industries; le conseil répondra: C'est avant tout, l'intervention des fumistes, dont on ne sait comment se défendre, et contre laquelle le seul remède est le concours d'hommes spéciaux.

Comment l'architecte, qui met sa confiance dans les fumistes, ne s'égarerait-il pas? Comment la conséquence de ces erreurs ne retomberait-elle pas sur le propriétaire, qui ne les reconnaît, pour s'en plaindre, que quand il n'est plus temps : ou sur l'administration, par qui elles sont trop souvent dissimulées? C'est ainsi que la plupart des chauffages d'édifices publics ont été manques; c'est ainsi que, presque partout, la ventilation est entièrement oubliée; et qu'à ces fautes il n'y a bien souvent aucune ressource à trouver, tant les dispositions matérielles sont imprévoyantes et mauvaises.

C'est ainsi que, jusqu'à ce jour, les appareils de chauffage et de ventilation ont été appliqués à des monuments complètement terminés, comme on y applique les peintures et les papiers de tenture; et que, tantôt forcés de se plier à contre-sens aux constructions faites, tantôt les fatiguant, les déshonorant honteusement, fouillant jusque dans leurs fondations, les appareils ainsi établis, se sont trouvés altérés dans leur organisation, et ont été nuisibles à l'édifice.

Si, au contraire, les architectes savaient d'avance ce qui est nécessaire pour bien juger ces questions, ils s'adresseraient directement à ceux qui possèdent les connaissances réunies à l'expérience; ils provoqueraient

le concours éclairé des ingénieurs: ils le feraient; car, clans toutes les questions qu'ils possèdent, c'est ainsi qu'ils agissent.

Si l'administration, qui paraît avoir reconnu aujourd'hui la nécessité d'introduire dans les constructions publiques les grands chauffages, la ventilation, et les améliorations que peuvent donner les sciences physiques, était convaincue qu'il lui faut, comme en Angleterre, prendre les plus hauts conseils; que les connaissances les plus étendues, appuyées de l'expérience, ne sont pas de trop pour des sujets aussi difficiles; alors l'administration déclarerait que toutes ces questions doivent être décidées, et les dispositions et plans entièrement arrêtés avant le commence ment des constructions, seul moyen de faire remplir aux appareils les conditions d'installation et de service que réclament la destination locale et la distribution de l'édifice préparé d'avance à les recevoir, sans reprise ni démolition.

Alors l'administration, désireuse de faire bien, désireuse aussi de développer, d'utiliser tous les talents, toutes les bonnes méthodes, et de les faire concourir au bien général, l'administration aurait à suivre une marche simple, et féconde en résultats.

De même qu'elle choisit un architecte d'après les preuves de capacité qu'il a données, pour faire un projet, qui est soumis ensuite à la discussion de diverses commissions, et amélioré jusqu'à ce qu'il ne donne plus lieu à une observation sérieuse, de même un ingénieur, choisi par elle, serait chargé de préparer, concurremment avec l'architecte, le projet de chauffage et de ventilation, et toutes les questions qui se lient à la science de l'ingénieur.

Ce projet serait aussi discuté et amélioré par diverses commissions, parmi lesquelles devrait se trouver une commission spéciale composée des premiers maîtres.

Enfin, l'exécution de ce projet ainsi perfectionné, avec toutes ces garanties, serait confiée à l'homme qui l'aurait étudié.

Il s'élèverait ainsi des hommes spéciaux, des ingénieurs, que M. D'Arcet réclame dans sa lettre à M. Delahante, et qui manquent encore aujourd'hui. Les travaux à exécuter sont nombreux, et la voie est large pour

former et utiliser les talents qui se montreraient. Il y aurait là place pour tous, et les questions dont nous parlons, trouveraient pour leur solution des intelligences exercées, comme celles que trouvent les diverses questions d'architecture posées par l'administration.

La carrière de l'ingénieur civil, si large, si nettement faite en Angleterre, est encore embarrassée et difficile en France, où les grands travaux d'art appartiennent presque exclusivement aux ponts-et-chaussées, et où les habitudes industrielles, à tort, nous en sommes convaincus, portent directement les travaux de mécanique, du manufacturier au mécanicien, et ceux de chauffage au chaudronnier ou au fumiste, sans l'intervention de l'ingénieur.

Ce n'est pas ici le lieu de dire combien , cependant , cette intervention de l'ingénieur serait avantageuse au manufacturier, pour le guider dans le choix du constructeur, dans la disposition, le choix et l'achat de ses machines, dans leur montage et leur mise en activité.

Toujours est-il qu'on ne s'adresse aujourd'hui aux ingénieurs civils que quand on se trouve dans l'embarras, pour réparer des fautes, aplanir des difficultés, trouver des procédés nouveaux. Forcés d'étudier sans cesse des questions différentes, les ingénieurs sont soumis alors aux difficultés des inventions, par lesquelles temps, travail, dépenses, tout est mis largement à contribution.

Les chances de succès sont variables aussi pour eux. Ils peuvent, comme quiconque travaille, s'égarer un moment de la route, ils peuvent se tromper. Pour eux les études et l'expérience d'une chose, son succès même, ne sont pas une expérience ou des succès tout faits pour l'avenir, ainsi que l'éprouvent les hommes qui se livrent à un travail particulier, sans cesse répété.

Mais aussi, ces études variées, cette habitude de lutter contre les difficultés, donnent aux ingénieurs civils une grande expérience pratique. Ils ont beaucoup vu , ils peuvent beaucoup faire , et ils se trouveront formés pour les questions qui leur seront confiées dans un avenir trèsprochain.

Quand, en effet, par le progrès des choses, la carrière qu'ils suivent

aura pris rang dans l'ordre social, entre les ponts-et-chaussées et l'architecture, les manufacturiers les choisiront pour leurs conseils, comme les propriétaires prennent les architectes. La loi sans doute leur ouvrira, dans un certain rapport, les travaux des ponts-et-chaussées : l'administration et les villes auront leurs ingénieurs comme elles ont leurs architectes, chargés de missions parallèles, souvent liées entre elles pour se prêter un secours mutuel , mais toujours spéciales.

Les travaux publics se trouveront enfin complétés dans une partie importante de leur ensemble , et l'impulsion donnée par le conseil de salubrité et par M. D'Arcet à l'assainissement de toutes les industries, réagira utilement sur les établissements publics, où cette grande amélioration est urgente, les hôpitaux, les prisons, les collèges, les écoles, etc.

Nous espérons que la publication des mémoires de M. D'Arcet appellera l'attention des esprits éclairés, des maîtres de l'art des constructions, appellera surtout l'attention de la haute administration sur un ordre de questions d'un intérêt général, et d'où dépendent le bien-être et la vie d'un grand nombre d'hommes.

L'examen qu'ils provoqueront montrera l'urgence de ces questions, leurs difficultés, et la seule route à suivre pour les résoudre. Le bien déjà fait produira un bien plus grand encore.

En les étudiant, on se rendra compte de l'influence qu'ils ont déjà exercée et des grands résultats obtenus : tant d'industries créées sur de nouvelles bases, tant d'arts assainis en peu d'années, tant de vies préservées, tant de désagréments, de procès ruineux, évités entre voisins, tant d'établissements que le classement de l'ordonnance du 1 4 janvier i8i5 expulsait des lieux habités, et qui aujourd'hui y sont restés sans inconvénient , et ont souvent été sauvés de leur ruine.

On verra le conseil de salubrité, tout composé d'hommes de science, unis dans un dévouement commun , non pas s'armer comme un juge pour frapper l'industrie qui nuit à ses voisins, et la repousser loin des villes , mais exercer les fonctions d'arbitre amiable entre ses intérêts et ceux des diverses propriétés; la soutenir de tous ses efforts, lui apporter paternellement le fruit de ses lumières et de ses travaux, pour l'assainir et

l'améliorer, lui donner gratuitement tout ce qu'il sait, tout ce qu'il trouve.

On le verra provoquer, par la haute influence de son exemple, la formation de conseils semblables au centre de tous les départements, et répandre dans la France entière ses méthodes et ses services.

On le verra enfin veiller à la fois sur les établissements publics et privés, et remplir, pour la ville industrielle de Paris, la haute mission que l'administration générale doit embrasser dans son étendue, celle de faire présider la science à tous les travaux qu'il dirige.

Les mémoires d'assainissement et de ventilation qui composent ce recueil, forment une partie importante des archives du conseil de salubrité , et les services rendus ainsi à l'hygiène publique sont un des titres dont s'honore le plus M. D'Arcet.

Ph. g.

A L'ASSAINISSEMENT DES ATFIAERS

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