‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 2 sur 77 · APPAREIL A BLEU DE PRUSSE · texte numérisé non relu

APPAREIL A BLEU DE PRUSSE

Description de l'appareil au moyen duquel on peut éviter toute mauvaise odeur dans la fabrication du bleu de Prusse (i).

Les fabriques de bleu de Prusse répandent au loin deux espèces de mauvaise odeur. La première , qui est celle que donne la combustion des matières animales , est facilement évitée en couvrant le creuset avec un dôme au sommet duquel se trouve placée la cheminée du fourneau, et en mettant le feu aux vapeurs qui se dégagent du creuset aussitôt qu'elles sont assez chaudes pour pouvoir s'enflammer.

La seconde source de mauvaise odeur se trouve dans l'emploi des potasses du commerce , qui contiennent plus ou moins de sulfate de potasse. Lorsqu'on calcine le mélange de sang et de potasse, la température est assez élevée pour que le sulfate soit décomposé et converti en

(i) Ce travail a été fait en i8ia, et imprimé dans les Annales de chimie, t. 8î, p. i65.

sulfure au moyen du charbon animal qui s'y trouve mêlé ; d'où il suit que la liqueur prussique contient toujours de l'hydrosulfure de potasse en dissolution, et que lors du mélange de cette liqueur avec la solution d'alun et de sulfate de fer, il se dégage une grande quantité de gaz hydrogène sulfuré qui est extrêmement fétide, se répand au loin, noircit l'argenterie et corrompt les aliments.

Voici l'appareil au moyen duquel on pourra éviter ces inconvénients, et utiliser même le gaz hydrogène sulfuré qui se dégage au moment du mélange des deux liqueurs.

Fig. i". Pi. i""^. a est un cuvier en bois blanc bien cerclé et solidement établi sur deux pièces de bois qui l'éloignent de terre, et empêchent le fond de pourrir.

b, est une demi-sphère en cuivre mince, de même diamètre que le cuvier, eX qui lui sert de couvercle ; elle s'y ajuste en entrant jusqu'au collet qui estinciqué sur la figure. Avant de poser ce couvercle, on enduit le bord du cuvier et le tour du collet avec de la terre glaise bien délayée qui sert à rendre la jonction parfaite.

c, est une tubulure en cuivre : on y fait passer le manche du rabot d avant de placer le couvercle sur le cuvier.

d, élévation du rabot : on voit dans le haut du manche le morceau de peau qui y est attaché. Quand le rabot est placé dans le cuvier, et que le manche passe à travers le couvercle, on attache la partie inférieure de la peau au rebord de la tubulure, et on empêche ainsi la communication de l'air, sans gêner le mouvement de l'outil ; la peau que l'on emploie doit être bien imbibée d'huile pour qu'elle ne soit point altérée par les liqueurs qui sont portées et mélangées dans le cuvier.

e, plan de la palette du rabot.

f, entonnoir par lequel on verse les différentes dissolutions dans le cuvier.

gf tige de bois qui sert à boucher le goulot de l'entonnoir.

h, robinet ou cannelle par laquelle on retire le bleu de Prusse du cuvier après que les dissolutions y ont été bien mélangées.

i, petit baquet enfoncé en terre , dans lequel coule le résultat du mélange : le bleu de Prusse liquide y est puisé avec une cuiller à mesure qu'il y arrive ; on le verse dans des sceaux , et on le porte dans des tonneaux où il doit être lavé à grande eau.

A-, tube recourbé qui est fixé au dôme.

/, tube du même diamètre fixé en terre : les lignes ponctuées qui se

terminent en m, indiquent la position de ce tube qui est placé parallèlement au sol, et qui aboutit dans le cendrier et près de la grille du fourneau où se prépare le prussiate de potasse. Lorsque l'on abaisse le couvercle sur le cuvier, le tube k doit entrer dans le tube /, et on achève de les réunir en lutant la jonction avec un peu de terre glaise.

La ûg. 1 représente l'appareil monté et prêt à servir : lorsque les dissolutions sont préparées, on ferme exactement la porte du cendrier où se rend le tube, on ôte le bouchon g de l'entonnoir, et on y verse la dissolution d'alun et de sulfate de fer : un ouvrier monte sur une petite banquette, prend le manche du rabot d et commence à agiter la liqueur qui se trouve dans le cuvier; deux autres ouvriers versent doucement la liqueur prussique dans l'entonnoir /, et l'ouvrier qui tient le rabot l'agite en tous sens, pour rendre le mélange bien intime. On retire de temps en temps un peu de liqueur par le robinet h; on la fait filtrer à travers un papier-Joseph et on examine s'il y a assez de prussiate de potasse ; on ajoute ce qui y manque, et lorsqu'on est arrivé au point de saturation, on cesse de verser de la liqueur prussique, et on continue d'agiter le mélange en soutenant le jeu du rabot pendant environ dix minutes.

La porte du cendrier du fourneau étant fermée , le tirage du fourneau fait entrer l'air extérieur par le tube de l'entonnoir/; cet air se mêle aux gaz qui se dégagent du mélange , et le tout est entraîné par le tube k l sous la grille du fourneau où l'hydrogène sulfuré s'enflamme, perd ainsi sa mauvaise odeur, et sert encore à entretenir la chaleur du creuset.

Lorsqu'on cesse d'agiter , on peut vider le cuvier par le robinet h et commencer de suite un nouveau mélange.

Il ne faut enlever le couvercle du cuvier que lorsqu'il s'agit de faire quelques réparations à l'appareil : et avoir soin de le tenir plein d'eau quand on reste quelque temps sans travailler ; cette eau peut servir ensuite à lessiver le résidu de la calcination du sang et de la potasse.

J'ai fait exécuter l'appareil dont nous donnons ici la description et le dessin, dans la fabrique de papiers peints de MM. Jacquemart frères : cet appareil a complètement réussi , et son emploi n'a présenté aucun inconvénient; il a débarrassé tout à fait les ateliers et le voisinage de la mauvaise odeur qu'y répandait le mélange de la liqueur prussique et des dissolutions d'alun et de sulfate de fer.

Au lieu de faire aboutir le tuyau m dans le cendrier du fourneau, comme cela a été dit plus haut, il vaudrait mieux, pour éviter toute crainte de détonnation , le diriger vers la cheminée et l'y introduire en

4 ayant soin de l'y terminer par un coude et un bout de tuyau posés verticalement.

Si , cependant , il était nécessaire de brûler l'hydrogène sulfuré pour détruire la mauvaise odeur de ce gaz, il faudrait alors donner un grand diamètre au tuyau ttz, et placer perpendiculairement à son axe et à divers endroits de sa longueur quatre ou cinq rondelles en toile métallique, de même diamètre que le tuyau. Ces tissus métalliques s'opposeraient à l'inflammation d'un mélange détonnant, si , malgré la ventilation continuelle, il venait à s'en former dans l'intérieur du cuvier a. 1842.

Une instruction relative aux manufactures de bleu de Prusse , a été publiée par le conseil de salubrité, le ii avril 1 8 1 2, of< le précédent appareil de M. D'Arcet est gravé et décrit, avec invitation aux manufacturiers de t employer pour éviter le dégagement des vapeurs nuisibles ou au moins très-incommodes que donnent leurs procédés de fabrication.

ETUVE A QUINQUET

Description dune étu\>e à quinquet.

Nous donnons ici la description d'une étuve simple, commode et peu coûteuse. Nous l'avons vue dans le laboratoire de M. D'Arcet, où elle sert à faire sécher non-seulement les filtres et les différents résidus d'analyse , mais encore à faire évaporer lentement des dissolutions salines pour favoriser la cristallisation des sels , à vernir des objets de carton ou de ferblanc, et à différents autres usages.

Cette étuve se compose d'une boîte en bois de sapin, dans le fond de laquelle le verre d'une lampe à double courant d'air se trouve engagé. Nous allons entrer dans de plus grands détails en donnant l'explication des figures.

PI. i"^^, Fig. 5. Elévation latérale de l'étuve. La lampe se trouve à sa place ; l'étuve est censée en activité.

a a, trous qui sont percés dans le haut de la boîte, sur le côté, et qui se bouchent à volonté avec des bouchons de liège b b ; ces bouchons , comme on le voit, sont fixés à la boîte au moyen de ficelles c qui les empêchent de s'égarer quand les trous sont ouverts.

Fig. 3. Élévation de face de la boîte. On suppose la porte enlevée. On voit en ddcld quatre grillages en fil de fer, ayant des mailles de o^jOi carré, et servant à supporter les différen ts objets que l'on veut exposer à la chaleur de l'étuve.

e est l'élévation du champignon en tôle qui traverse le fond de la boîte. Nous en donnerons plus bas la description.

Fig. 4- Coupe verticale de l'étuve suivant xy de la fig. 5.

(i) La description de cette étuve a été publiée en premier lieu en i8ia, dans le tome I, p. 53 de la traduction des ElJments de chimie de Henry, et depuis dans les annales de l'industrie, novembre 1821. Ce petit appareil fort commode se trouve maintenant dans presque tous les labo ratoires de chimie.

m, crampon qui fixe l'étuve entière à un clou solidement enfoncé dans un mur.

n, feuillures de la porte.

Fig. 6. Plan du fond de la boîle, vu en dessous. I^es deux cercles concentriques qui sont tracés au centre, représentent le plan des deux tuyaux du champignon. Le tuyau intérieur/" est celui dans lequel entre le verre de la lampe; et l'espace vide qui se trouve entre ce tuyau et le tuyau extérieur g', est destiné à introduire dans la boite, lorsqu'on le désire, un courant d'air moins chaud, mais plus rapide.

Fig. 7. Coupe verticale du champignon en tôle e dont il a été parlé plus haut. Il se compose de deux tuyaux de tôle de diamètres différents et qui sont fixés l'un dans l'autre. Le tuyau intérieur/^, qui est plus étroit mais plus long, porte, à sa partie supérieure, une capsule renversée h faite en tôle et qui y est fixée au moyen de trois fils de fer arqués.

Ce couvercle sert à distribuer également l'air échauffé dans toute la largeur de la boîte, et à recevoir le peu de noir de fumée que donnent les lampes à double courant d'air. La température est si élevée dans le centre de la calotte que le noir de fumée s'y brûle complètement.

Fig. 9. Élévation du couvercle / qui s'ajuste au bas du tuyau extérieur, et qui sert à boucher l'espace libre qui se trouve entre les deux tuyaux. En le mettant , on supprime à volonté le courant d'air froid qui pénétrait par là dans la boîte.

Fig. 10. Plan du même couvercle vu en dessous. Le trou qui est au centre correspond au dedans du tuyau intérieur/; c'est par ce trou que passe le verre de la lampe, comme on le voit dans les fig. 3 et 5.

Le petit trou k qui se trouve marqué sur ce plan à côté de celui dont nous venons de parler, sert à donner passage à la crémaillère, qui conduit la mèche circulaire du quinquet /. Cette crémaillère, lorsque la mèche est presque usée, passe à travers ce trou, et joue dans l'espace qui sépare les deux tuyaux.

De l'usage de cette étuve.

On voit que c'est une nouvelle application du quinquet. Lorsqu'il fait nuit, on profite de la lumière qu'il donne, et on utilise continuellement le courant d'air échauffé qui sort de la cheminée. Cet air, à la vérité, n'est pas de l'air pur ; une portion a servi à la combustion de l'huile et du coton de la mèche ; mais il en est de même de toutes les étuves qui se

chauffent directement avec des poêles remplis de poussier ou de braise allumée; et il n'y a que quelques cas rares où l'acide carbonique pourrait être nuisible, et changer la nature des substances que l'on ferait sécher dans cette étuve.

Un quinquet brûle à peu près 34 grammes d'huile et coûte environ 5 centimes par heure. La température que l'on obtient en se servant d'un quinquet ordinaire et d'une boîte ayant environ i hectolitre de capacité s'élève jusqu'à 70° centigrades. Si l'on ferme dans le haut les quatre trous qui sont sur les côtés de la boîte, et dans le bas l'obturateur pour supprimer le courant d'air froid qui passe entre les deux tuyaux de tôle, le peu de jour qui se trouve autour de la porte suffit alors pour entretenir le courant d'air et alimenter la combustion de l'huile.

On voit qu'en ôtant plus ou moins de bouchons , en ôtant ou mettant l'obturateur, et en baissant plus ou moins la mèche du quinquet , on peut obtenir dans cette étuve le degré de chaleur que l'on désire. On peut placer au dedans la boule d'un thermomètre^, faire passer la tige à travers le dessus de la boîte, et savoir toujours ainsi, sans l'ouvrir, à quel degré de chaleur se trouvent exposés les filtres que l'on veut faire sécher.

On peut faire évaporer promptement des liquides, en posant les capsules sur la calotte de tôle h qui se trouve dans le bas de l'étuve. Pour y faire des dissolutions à une douce chaleur, il suffit de placer les matras o sur le grillage d'en haut d (comme on voit, fig. 3 ) et d'en faire passer le col à travers un des quatre trous a qui sont sur les côtés, pour que les vapeurs qui sortent des matras n'altèrent pas les autres objets placés dans l'étuve.

Un grand filtre double ayant o'",375 de diamètre, contenant 5o grammes de sulfate de plomb, mis tout mouillé dans l'étuve, se trouve parfaitement séché en moins de six heures.

Un filtre moyen double ayant o'°,207 de diamètre et contenant 20 grammes de sulfate de plomb peut s'y sécher complètement en moins de quatre heures.

Cette étuve a l'avantage de n'exiger que peu de soin : on peut même laisser le quinquet allumé pendant la nuit, et ne pas interrompre ainsi la dessiccation des filtres que l'on veut faire sécher. Un long usage a démontré à M. D'Arcet toute la commodité de cette étuve, et il assure n'y avoir jusqu'ici trouvé aucun inconvénient.

CENDRES GRAVELEES.

Description d'un fourneau fumivore servant à V incinération des lies de vin^ pour la fabrication de la cendre gravelée, construit à Ljon, dans les ateliers de MM. ^Xsiucfrères , sur les dessins et d'après les renseignements donnés par lA. D'Arcet (i).

Le résidu salin provenant de la combustion de la lie de vin est connu dans le commerce sous le nom de cendre gravelée. Cette substance alcaline est moins riche que ne le sont les différentes espèces de potasse ; mais elle a l'avantage d'être moins caustique, et surtout à un titre plus constant, ce qui la fait employer de préférence dans un grand nombre d'opérations de teinture (2).

(i) Ce travail, exécuté en iSi5,aélé publié la même année dans le UiilUlin de la sociale d'encouragement, n" t3o. — Avril, p. S;.

(j) Je crois néanmoins qne les fabricants qui emploient cette substance alcaline dans leurs opérations, auraient souvent beaucoup de béuélice et d'avantage à y substituer les bonnes potasses du commerce.

Les titres de la cendre gravelée et des potasses ne sont nullement en rapport avec les prix auxquels se vendent ces alcalis, et à titre égal, il serait sans doute indifférent d'employer l'un ou l'auire.

Le litre niovcn des potasses qui se trouvent aujourd'hui sur la place, est environ de 5o degrés; cest-a dire, que loo parties de ces potasses saturent au plus 5o d'acide sulfurii]uc concentré; elles coûtent 120 francs les 5u kilogrammes, d'où il suit que le degré alcalimélrique resient à 2 francs 40 centimes.

Le titre moyen de cinq échantillons de cendres gravelées , pris à Lyon et à Paris, s'est trouvé de 3o degrés alcalimélriques : le prix courant de la cendre gravelée étant de 98 francs les 5o Kilogrammes, le degré alcalimélrique, ou la quantité d'alcali pur nécessaire pour saturer un demi-kilogramme d'acide sulfuriquc concentré, re\ient à 3 francs 26 centimes ; on aurait donc, dans le momenl actuel, 36 centimes de bénéfice par degré, on Sfi fr. par quintal melriqueàsubstuuer la potasse à la cendre gravelée dans les oi)érations où cette substitution serait possible.

J ai dii que la cendre gravelée était à un titre plus constant que les potasses : et en effet les cinq échantillons essayés se sont tous trouvés entre 29 et 3 1 degrés ; mais cette régularité dans

lO —

Pour pouvoir opérer la combustion de la lie de vin, il faut commencer par la dessécher convenablement. Cette première opération s'exécute, soit par le moyen d'une pression très-forte, qu'on exerce sur la lie de vin enfermée dans des sacs de toile, soit par sa simple exposition à l'air ou au soleil. Lorsque la lie est assez sèche, on en forme des pains, afin d'en faciliter la combustion. Quelquefois on fait sécher les pains dans des étuves ; mais en général on en opère la combustion avant leur entière dessiccation.

Elle se fait ordinairement dans un fourneau approprié à cet usage. On y allume d'abord un peu de feu , et on y jette de la lie ; dès qu'elle est enflammée, on la laisse brûler lentement sans la remuer, et on alimente le feu en ajoutant de nouveaux pains de lie , de manière à empêcher la flamme de paraître, et à entretenir le feu au degré convenable , jusqu'à ce que le fourneau soit plein du résidu poreux de la combustion, ou jusqu'à ce que l'on ait usé toute la lie que l'on avait à brûler. On laisse ensuite refroidir le fourneau. La cendre gravelée, qui est le résultat de cette opération , forme une masse légère , spongieuse, qui se brise facilement , et qui a ordinairement une couleur verdâtre mêlée de bleu. Le feu doit être conduit de manière à opérer l'entière combustion de la

les titres n'est un avantage que pour les fabricants qui n'essaient point les alcalis qu'ils emploient; car, lorsqu'on en détermine le titre, on peut toujours doser juste, et introduire dans les opérations de teinture, par exemple, la quantité d'alcali pur cNncleuient nécessaire, puisqu'il ne faut pour cela qu'augmenter ou diminuer la dose de la potr.sse employée, selon que son litre est plus ou moins haut.

La cendre gravelée contient au cent:

Résidu insoluble dans l'eau 44

Alcali, eau et sels étranfrers 56

Le résidu insoluble est presque entièrement composé de carbonate de chaux, qui ne doit pas être considéré comme nul; car, lorsqu'on emploie la cendre gravelée à l'état où elle se trouve dans le commerce, cl c'est ce qui se pratique presque toujours , le carbonate de chaux qui se trouve ainsi porté dans le bain de teinture, décompose, à la température de l'eau bouillante, la portion des sels métalliques ou de l'alun qui n'a pas été décomposée par l'alcali et qui était destinée à servir de mordant, etc. Je laisse aux gens de l'art à examiner ce fait, à déterminer l'influence que doivent avoir sur les nuances des teintures , l'acide carbonique qui se dégage , les sels à base de chaux qui se forment et qui restent dans le bain, et à chercher, ces effets étant reconnus bons, si l'on ne pourrait pas les reproduire en ajoutant aux potasses du commerce la quantité proportionnelle de carbonate de chaux qui y manque, pour les rendre pareilles à la cendre gravelée. Il ne serait peut-être pas impossible de substituer même le carbonate de chaux pur aux alcalis , et surtout à la cendre gravelée, dans quelques opérations de teinture; c'est au moins une économie présumable, et qui se trouve indiquée par ce qui a été dit plus haut.

partie charbonneuse, sans fondre la substance saline. Si on brûlait la lie devin à une température trop élevée, le charbon enveloppé par Talcali en fusion serait privé du contact de l'air et ne brûlerait plus. On aurait en outre le grand inconvénient de convertir en sulfure de potasse le sulfate de potasse qui se trouve dans les lies de vin , ce qui rendrait l'emploi de la cendre gravelée tout à fait nuisible dans les opérations de teinture.

Pour que la cendre gravelée jouisse de toutes les propriétés que l'on désire , il faut que la combustion de la lie soit complète; si elle est imparfaite, la cendre gravelée colore l'eau en jaune, et verdit la couleur bleue de l'indigo , ce qui la rend impropre à la dissolution de cette matière colorante.

La cendre gravelée ne doit pas présenter de points noirs dans sa cassure ; et lorsqu'on la retirant du fourneau on y aperçoit des plaques noires ou mal brûlées , on doit les séparer avec soin pour les lepasser au feu.

Le nouveau fourneau que MM. Blanc frères ont fait construire dans leurs ateliers à Lyon, est principalement destiné à brider la fumée épaisse et désagréable produite par la combustion de la lie de vin. Cette fumée qui est presque froide en sortant du fourneau, et qui contient beaucoup d'huile empyreumatique et de vapeur aqueuse presque condensée , est fort pesante et retombait dans le voisinage de la fabrique, ce qui donnait lieu à des plaintes fort graves , et avait même décidé l'autorité à suspendre les travaux de cette manufacture. Dans l'ancien fourneau, la fumée désagréable qui se dégageait lors de la combustion de la lie de vin, suivait le tuyau vertical de la cheminée, et se répandait au dehors; dans le nouveau, cette fumée se brûle en passant à travers un foyer chauffé au bois , et qui sert en même temps à faire évaporer ou à distiller des liquides. Nous allons donner la description du nouveau fourneau ; nous parlerons ensuite de son service et des avantages que présente son emploi.

Explication des figures de la planche 2.

La fig. i''^ représente la coupe verticale de l'appareil entier, selon la la ligne A' B' du plan, fig. 6.

Y, coupe verticale du fourneau où se brûlent les lies de vin ; c'est une espèce d'âtre sans grille ni chenets; la partie inférieure du devant du fourneau est fermée par des portes en tôle forte , dont on voit la coupe

en 3 ; elles s'ouvrent à charnières et sont à recouvrement. La partie supérieure se ferme plus en avant, au moyen d'avitres portes de tôle qui se lèvent et se baissent à coulisses , à l'aide de contre-poids, comme on le voit en 4 et 5. C'est dans l'espace vide, qui sépare ces deux fermetures, que pénètre l'air extérieur nécessaire pour entretenir la combustion de la lie de vin; cet air est amené du dehors par le canal souterrain, dont on voit la coupe en t, et arrive en c, à l'endroit où se croisent les deux parties de la fermeture du devant du fourneau.

Q, tuyau de la cheminée.

S , coupe d'une des ouvertures que l'on voit de face, en SS, fig. 4 et 5. Ces ouvertures établissent à volonté une communication entre le cendrier du fourneau fumivore B et la cheminée; elles se ferment au moyen des coulisses dont on voit la coupe en H, et que l'on voit de face en ii ^

Q', coupe du tuyau de la cheminée, dans l'endroit où il se recourbe en forme de voûte au-dessus de la grille du fourneau fumivore.

R , fourneau fumivore.

e, porte de ce fourneau; elle sert à y introduire le combustible.

u, grille.

/", porte du cendrier; elle doit pouvoir se fermer exactement lorsque le service du fourneau l'exige.

g, fente verticale, à travers laquelle on introduit de l'air neuf sous la voûte x'.

x' , passage voûté, sous lequel la fumée de la lie de vin se brûle en totalité, au moyen du feu du fourneau fumivore et de l'air neuf qui arrive en g.

A, chaudière chauffée au moyen de la chaleur dégagée dans le fourneau fumivore , par le combustible que l'on y brûle et par la combustion de la fumée de la lie de vin.

B, seconde chaudière placée au-dessus de la chaudière A; elle est chauffée par l'excédant de chaleur, et contient le liquide qui sert à alimenter la chaudière A.

z, cheminée verticale de l'appareil: on place en 8, 9, une soupape destinée à conserver la chaleur sous les chaudières A et B, lorsqu'on suspend le travail des fours.

La fig. 2 représente la coupe verticale du fourneau fumivore, suivant une ligne passant par le milieu du foyer, ou par la ligne 1) C, fig. 6; cette coupe est vue deB', fig. 6.

kk, sont Içs canaux qui servent à nettoyer le fourneau ; on en voit une coupe en k, fîg. i*^*^; on les tient boucliés pendant le travail.

x' x', voûtes sous lesquelles se brûle la fumée.

o, mur de refend, qui sert à supporter le milieu du fond de la chaudière A, fîg. i'^*^; on en voit inie coupe plus distincte en o, fig. 3.

A' k', trous servant à nettoyer les écouloirs de droite et de gauche de la chaudière A, fîg. i et 3.

b' b\ passages par lesquels les gaz, produits de la combustion, arrivent sous le fond et sur les côtés de la chaudière B.

ce, carneaux qui entourent cette chaudière.

B , chaudière préparante.

ee , portes du foyer fumivore.

u , grille de ce fourneau.

/y, portes du cendrier.

La fig. 3 représente une coupe verticale du fourneau fumivore ; elle est faite selon une ligne qui passerait en travers et au milieu de la chaudière A, fig. i''^ ou selon la ligne E'F', fig. 6.

A, coupe transversale de cette chaudière. c' c', coupe des carneaux qui l'entourent.

k' /(', trous ménagés dans les parois du fourneau pour le nettoyer.

/.: /(, trous destinés à nettoyer le dessous de la chaudière A.

x' x', voûtes par lesquelles l'air échauffé passe du fond de la chaudière sur les côtés, et dans les conduits latéraux c' c'.

n, épaisseur de la voûte que l'on voit en n, fig, i""".

b, dessous de cette voûte.

La fig. 4 est la coupe verticale du fourneau fumivore, suivant un plan passant transversalement par le milieu de ce fourneau, ou selon la ligne D' C , fig. 6; cette coupe est vue de A', fig. 6.

B, coupe transversale de la chaudière préparante B, fig. i". c' c' , conduits de chaleur latéraux , entourant la chaudière B.

b' b' , passages voûtés que l'on voit fig. i"; ils servent à conduire l'air chaud sous le fond de la chaudière B, et dans le grand tuyau de la cheminée.

k' k' , trous pour nettoyer les conduits de chaleur qui entourent la chaudière A, fig. i""^.

Q', vue de face de l'ouverture Q', fig, i''*', par laquelle la fumée, provenant de la combustion de la lie, entre dans le fourneau fumivore.

u , grille de ce fourneau.

ee, portes du foyer.

H, feuille de tôle formant toit, pour empêcher les cendres de tomber par les ouvertures S, S, sur la cendre gravelée. On voit la disposition de cette tôle en H, fig. i"^".

S,S, ouvertures par lesquelles on peut, à volonté, introduire la fumée des lies en combustion sous la grille ii du fourneau fumivore.

ii, registres en tôle destinés à fermer les ouvertures S, S.

y/j portes du cendrier du fourneau fumivore.

Fig. 5. Vue d'une coupe verticale du fourneau fumivore, selon un plan passant transversalement par le milieu de la grande cheminée Q z , fig. i", ou selon la ligne H' G' , fig. 6. Cette vue est prise en B', fig. 6.

z, tuyau supérieur de la cheminée.

b b', c'c', ouvertures par lesquelles les gaz produits par la combustion, s'échappent dans la cheminée z, après avoir passé sous le fond et autour des deux chaudières A et B, fig. i'''^.

h , porte pratiquée au bas de la grande cheminée z, pour la nettoyer lorsqu'elle en a besoin ; on la voit de face en h , fig. 7.

Âk, trous qui servent à nettoyer les conduits de chaleur qui entourent la grande chaudière A.

Q' , vue de l'ouverture par laquelle la fumée des lies de vin en combustion entre dans le fourneau fumivore.

SS , ouvertures par lesquelles la même fumée pénètre à volonté sous la grille de ce fourneau.

I^a fig. 6 est une coupe horizontale de l'appareil prise selon la ligne i, 2 de la fig. 1'^'=.

A, grande chaudière d'évaporation. On voit en ooo, la banquette qui soutient le milieu et les bords du fond de cette chaudière, et en ccc, les conduits de chaleur qui l'entourent.

d, est le dessous de la chaudière préparante B, fig. i , 2, 3, 4- Les lettres x'x', h'b' indiquent la manière dont l'air chaud circule autour et au-dessous de cette chaudière.

z, plan du fond de la cheminée verticale.

h , porte servant à nettoyer cette cheminée.

C, coupe du grand mur contre lequel sont appuyés le fourneau à brûler les lies, et le fourneau fumivore, comme on le voit en C, fig. i'^

P, mur opposé ; on voit en / le plan de l'escalier qui sert à communiquer d'un côté de la chaudière A à l'autre.

La fig. 7 est une élévation latérale de l'appareil fumivore.

P et C sont les deux murs entre lesquels il est construit.

/, est la vue latérale de l'escalier qtii sert à communiquer d'un côté de l'appareil à l'autre.

72, dessous du fourneau; il est voûté pour le rendre moins lourd et pour y ménager un bûcher où le bois se sèche avant d'être employé,

/c, trou par lequel on nettoie le conduit de chaleur qui entoure la grande chaudière A, fig. 6.

g, fente par laquelle l'air neuf s'introduit sous la voûte x', fig. i""® du fourneau fumivore.

e, porte du foyer du fourneau fumivore.

m, fente dans laquelle joue le registre i, fig. 4- /, porte du cendrier du fourneau fumivore.

h, porte servant à faciliter le ramonage de la cheminée verticale z.

La vue latérale de l'autre côté de l'appareil serait en tout semblable à celle-ci, la porte h est la seule qui n'y soit pas répétée.

La fig. 8 représente la coupe verticale d'un foyer fumivore à flamme renversée, que l'on aurait fait exécuter, si la première construction dont nous venons de donner les détails n'avait pas complètement réussi : nous ne ferons qu'indiquer en peu de mots la marche de l'opération telle qu'elle aurait eu lieu si ce fourneau avait été construit.

La fumée épaisse que produit la combustion des lies de vin, arrivant de l'étage inférieur par la cheminée Q , passe en R. et s'y mélange avec de l'air neuf qui entre dans le fourneau par la fente g; le mélange d'air et de fumée passe à travers le bois ou le charbon de terre épuré qui est allumé sur la grille u du fourneau fumivore: la fumée s'y consomme, et la flamme pui'e, qui est renversée, passe, avec les gaz produits dasn la combustion, par la voûte x, sous laquelle pénètre encore un peu d'air neuf par la fente g', pour achever de brûler les dernières portions de fumée qui auraient échappé à la première combustion. L'air chaud passe ensuite sous la grande chaudière A, revient par les côtés entourer la chaudière préparante B, et va de là se perdre dans la grande cheminée z.

e, porte du foyer fumivore.

f, porte du cendrier de ce fourneau.

d, soupape qiû est placée dans la grande cheminée.

C, coupe du gros mur contre lequel est appuyé tout l'appareil.

A", vue de face d'une des ouvertures qui servent à nettoyer les carneaux de la chaudière A.

Du service du nouveau fourneau.

Lorsqu'on veut commencer l'incinération des lies de vin, on prépare la lie comme nous l'avons indiqué an commencement de cette note: on met une couche de copeaux ou de bois sec fendu en petits morceaux, sur le sol du fourneau Y, fig. i", et on y arrange les pains de lie; on ouvre la soupape 8, 9 de la grande cheminée z, on remplit les chaudières A et B, et on allume le feu dans le fourneau fumivore. Lorsque ce fourneau est bien chauffé , on met le feu au lit de copeaux sur lequel se trouve placée la lie, et on continue l'opération comme il a été dit plus haut.

Il faut alors avoir soin de tenir les portes e et /"du fourneau fumivore bien fermées ; on abaisse en 4 î» porte à coulisse destinée à fermer le devant du grand fourneau Y, on soigne bien le feu du fourneau fumivore, et ou conduit convenablement la combustion de la lie de vin , jusqu'à ce qu'on ait employé toute celle que l'on avait à convertir en cendre gravelée.

11 ne faut ouvrir la porte e du foyer du fourneau fumivore que pour alimenter le feu, et la porte a coulisse du grand fourneau que pour y mettre, soit du bois, soit de nouveaux pains de lie, et pour examiner la marche de l'opération. Dans une nouvelle construction on devrait placer des carreaux de verre dans la porte à coulisse du grand fourneau, afin de pouvoir examiner ainsi à tout moment, sans peine et sans enlever cette porte, ce qui se passe dans ce fourneau.

Au commencement de l'opération il est utile d'ouvrir en entier les deux coulisses zi, fig. 4? afiii d'obliger presque toute la fumée à passer par les soupiraux SS, fig. i et 4» et à aller se brûler en traversant le feu qui est allumé sur la grille u du fourneau fumivore; mais lorsque la voîite de ce fourneau commence à rougir, et est assez chaude pour brûler la fiunée, alors il est avantageux de fermer presque entièrement les coulisses ii, afin d'obliger la fumée à monter en Q', fig. 1'% pour se brûler en R, ce qui diminue la dépense faite en combustible dans le fourneau fumivore; il faut, en un mot, introduire assez d'air et de fumée sous la grille pour que la combustion du bois s'opère bien, mais n'en pas introduire trop, afin de ne point accélérer inutilement cette combustion.

L'air nécessaire pour opérer la combustion de la lie de vin, arrive der-

— '7 — rière la porte à coulisse l\,fig- i", par le canal souterrain tv; c'est la portion non décomposée de cet air qui favorise en R la combustion de la fumée; dans le cas où la fumée manquerait d'air et ne serait pas entièrement brûlée en R, elle en trouverait en g, et se brûlerait complètement en passant sous la voiite x', dont la température est très-élevée.

Tous les gaz produits par la combustion, circulent autour des deux chaudières A et B, et perdent leur chaleur en échauffant et faisant évaporer les liqueurs qui ont été mises dans ces chaudières.

Des avantages que présente ce fourneau , et des applications que l'on

peut en/aire.

On conçoit aisément qu'en faisant une opération accessoire dans les chaudières A et B, de manière à utiliser toute la chaleiu' dégagée dans le fourneau fumivore, soit par le bois que l'on y brûle, soit par la fumée du grand fourneau qui s'y consomme, on doit avoir pour rien , et comme bénéfice, l'avantage de brûler cette fumée. On doit donc sentir combien la construction que nous venons de décrire est utile; car la fumée qui se dégage lors de l'incinération des lies de vin, est éi)aisse et infecte : la grande quantité d'huile et d'eau qu'elle renferme, la fait retomber en brouillard dans les environs de la fabrique, et en rend le voisinage insupportable. C'est ainsi que la fumée qui sortait de l'ancien fourneau de MM. Blanc frères, infectait à Lyon le faubourg de Vaise, les campagnes environnantes, et se répandait même au-delà de la Saône, sur la rive opposée; aussi ces fabricants étaient-ils continuellement en procès avec leurs voisins, et se trouvaient-ils forcés d'abandonner leur fabrique, qui, depuis la nouvelle construction , a totalement cessé d'être insalubie et désagréable, comme le constate le rapport fait à M. le préfet du département du Rhône, par la commission qu'il avait chargée d'examiner cette affaire (i).

(i) Nous croyons devoir ciler en entier le rapport fait par oelte commission, parce qu'il donne (les renseignements utiles sur le fourneau dont il est question, et qu'il est en outre un modèle de sagesse et de justice. La commission avait à prononcer entre un individu et un parti nombreux, riche et puissant, qui sollicitait depuis longtemps la destruction de la fabrique, et qui la demandait toujours, malgré les nouvelles constructions qu'avaient fait exécuter MM. Blanc frères.

La commission n'a pas hésité à rendre justice à ces fabricants, et a ainsi conservé à la ville de Lyon un modèle en grand de fourneau fumivore, qui, appliqué dans d'autres manufactures,

Il est peu de manufactures où l'on ne puisse appliquer avec avantage les principes qui nous ont guidés dans la construction du fourneau ftimivore que nous venons de décrire. Les manufacturiers peuvent au moins, en les appliquant chez eux, cesser de nuire ou d'être désagréables à leurs voisins, et ce serait un grand bien, que d'obliger les fabricants à en faire usage dans leurs constructions, toutes les fois qu'il leur serait possible de le faire, et qu'ils voudraient rester dans le voisinage des lieux habités.

Nous avons déjà vu réussir complètement à brûler la fumée dans des fourneaux de formes différentes, et nous ne doutons pas qu'avant peu ces procédés si simples soient généralement adoptés. On sait que le principe dont il est question a donné naissance à la lampe d'Argand, une des

doil contribuer à débarrasser la ville des nuages de fumée qu'elle doit tant redouter, pour ses ateliers de tissages , de broderies , d'apprêts , de teinture , de blanchimeot, etc. v

Rapport sur le fourneau fumivore établi par les frères Blanc, dans leur fabrique de

cendres gravelées.

Nous soussignés, commissaires nommés par M. le comte de Bondy, préfet du département du Rlione, par sa lettre du 24 août i8i3, à l'effet d'examiner et reconnaître si les nouveaux procédés mis en usage par les frères Blanc sont propres à neutraliser l'odeur incommode et insalubre qui sortait des foyers de la fabrique qu'ils ont élevée dans le faubourg de Vaise, pour faire la cendre gravelée au moyen de l'incinération de la lie de vin, nous sommes rendus le mardi 3i août, à neuf heures du matin, jour et heure indiqués par la lettre de convocation , dans les bâtiments de la fabrique des sieurs Blanc, à l'extrémité nord du faubourg de Vaise; nous v avons trouvé JI. le préfet qui nous a rappelé l'objet et les niotils de noire mission. H. Cochet, architecte des frères Blanc, nous a représenté et remis les plans de la fabrique et de ses nouvelles constructions, ainsi que les instructions et explications qui y sont relatives; les frères Blanc nous ont également remis toutes les pièces, mémoires et correspondances propres à nous fournir les documents nécessaires sur l'objet qui devait nous occuper.

Les frères Blanc nous ont fait parcourir successivement les différentes parties de leur fabrique, soit au rez-de-chaussée où se trouve le fourneau de brûlerie des lies de vin, soit au premier étage où est placé le fourneau propre à brûler la fumée. Le premier venait d'être allumé d'après les ordres de M. le préfet, le second l'avait été une heure auparavant.

Nous avons examiné en détail la construction des deux fourneau.\, leur correspondance, la manière de charger l'un de matières à brûler, laulre de combustible; nous nous sommes assurés de leur effet, et, attendu que l'opération commencée devait durer sans discontinuer pendant sept à huit jours, nous avons jugé convenable de nous séparer, de visiter chacun en particulier, et à différentes heures de la journée, la fabrique autant de fois que nous l'aurons jugé nécessaire, de faire chacun séparément nos observations, et de ne nous rassembler qu'après la fin de ladite opération.

Notre seconde réunion s'est faite le 10 du courant, et c'est après avoir de nouveau examiné les plans, vérifié leur conformité avec l'exécution dans les parties essentielles, nous être communiqué nos observations, les avoir discutées ainsi que nos avis particuliers, que nous avons arrêté de rédiger notre rapport de la manière suivante.

Sans entrer, sur la construction et les dispositions des fourneaux, dans de grands détails,

— If) —

plus belles inventions du siècle dernier, et qu'il a été appliqué depuis , dans un grand nombre de fabriques , par différentes personnes ; nous l'avons nous-mêmes souvent recommandé et fait exécuter dans diverses circonstances. Nous ne citerons pour exemple que les fourneaux des bains Vigier, sur la Seine , à Paris ; ceux de quelques-unes de nos raffineries de sucre; le four de M. Cerf, fabricant de noir d'ivoire, rue Saint- Victor; les nouveaux fours de la boulangerie de Scipion, à Paris; les fourneaux de M. Aubert , distillateur, rue Tliévenot, etc., etc. : tous exemples différents, qui, réunis à celui qui fait le sujet de cette note, et à ceux qui ont déjà été donnés par plusieurs fabricants, prouvent l'utilité de ces procédés.

qu'on ne pourrait d'ailleurs bien comprendre qu'avec les plans sous les yeux, nous nous réduisons à dire que nous avons reconnu :

1° Que les Iles de vin se brûlent dans un fourneau inférieur dont le tirage se fait par un courant d'air extérieur; que le feu est établi exactement sur le sol; qu'on commence à mettre en combustion un Ht de bûches de bois blanc refendues très-mince; que ce n'est que quand la combustion est bien établie qu'on jette, à distance les unes des autres, des pelotes de lie de vin encore humides; qu'on ménage cette distribution de manière à ne pas étouffer le feu; qu'on ajoute des morceaux de bois successivement dans les points où la combustion languit; qu'enfin on se dispense de mettre du bois lorsqu'elle est bien également établie, et que la température est assez élevée pour qu'elle puisse être entretenue par les seuls principes inflammables que contiennent les lies de vin; que pendant tout le travail , ce fourneau est entièrement fermé par de grandes portes en tôle et à coulisses, qui garnissent toute la face extérieure, et qui ne s'ouvrent partiellement que pour entretenir le feu et le garnir de pelotes de lie suivant le besoin ; que , quelque abondante que soit la fumée , il n'en reflue point hors du fourneau, si ce n'est quand on ouvre ces portes: inconvénient auquel il sera facile de remédier en faisant construire au-dessus des portes une hotle se terminant par une languette qui dirigera la fumée dans la gaine principale;

a° Que la fumée abondante qui s'élève de ce premier fourneau par la gaine qui le surmonte, parvenue à la hauteur du fourneau du premier étage, est dirigée par une ouverture latérale de manière à être forcée de passer en partie dans le cendrier de ce même fourneau, de traverser le brasier où elle se brûle nécessairement ; que l'autre portion de cette fumée , suivant le contour de la gaine, passe entre la flamme qui s'élève du foyer et la voûte qui le termine (laquelle est chauffée au rouge comme celle d'un four à réverbère), et s'y brûle également; que ce qui pourrait avoir échappé à ce double moyen de combustion par défaut d'oxygène, rencontre un courant d'air neuf fourni par une languette qui se trouve placée à la naissance des tuyaux conducteurs de la fumée. Tous ces effets sont faciles à concevoir; car on sait que la fumée n'est autre chose qu'une portion de combustible qui a échappé à la combustion par défaut d'élévation de température, ou par défaut d'air propre à l'opérer: ces deux conditions se trouvent remplies, soit par la chaleur du second fourneau , soit par le courant d'air de la languette dont il a été parlé;

3o Que pour obtenir cette combustion complète de la fumée, il est essentiel que la température de ce fourneau supérieur soit toujours très-élevée, et qu'il ait été allumé quelque temps d'avance pour obtenir cette élévation de température avant le passage de la fumée. Cette condition, recommandée d'ailleurs aux frères Blanc par les instructions qu'ils nous ont communiquées, nous parait tellement de rigueur, que, dans la possibilité qu'elle fût omise, soit dans la

Nous terminerons en indiquant quelques arts dans lesquels nous croyons qu'il serait utile et facile de brûler la fumée. On devrait y obliger les brasseurs, et tous les fabricants qui font usage de chaudières ovoïdes, consommant plus de 200 kilogrammes de charbon de terre par jour, tels que les salpètriers, les buandiers, les savonniers, etc. , etc. Les fabricants de noir d'ivoire, ceux qui distillent les matières animales, devraient établir dans la cheminée de leur four un fourneau fumivore, pour consommer l'huile, qui, portée avec la fumée dans l'atmosphère, rend si désagréable le voisinage de ces fabriques. Les côtes de tabac qui se brillent annuellement dans les manufactures impériales; les débris des animaux que l'on brîile journellement dans les voiries, devraient l'être loin

vue de l'économie du combiislible , soit p.ir l'effet de la négligence des ouvriers, il pourrait y avoir lieu à prendre quelque mesure administrative, telle que celle d'assujettir les frères Blanc à prévenir l'administration locale toutes les fois qu'ils commenceront une opération de brûlerie, afin que cette adminislralion puisse la faire surveiller pendant sa durée;

4° Que le courant de flamme, de calorique et de vapeurs qui s'élè\edu fourneau supérieur et dont on aperçoit la naissance par les languettes dont nous avons parlé, après avoir parcouru des conduits horizontaux pratiqués dans un massif de maçonnerie en briiiue, vient aboutir à une gaine perpendiculaire qui se termine au-dessus du toit : qu'en ouvrant les portes en lole pratiquées aux faces latérales de cette gaine, on est plutôt averti du passage de ces courants par la sensation de chaleur que l'on éprouve, par la vue de quelques bluelles enflammées et rapidement emportées, qu'on ne l'est par celle d'aucune fumée ou vapeur sensible; que la lempiralure de l'intérieur de celte gaine est telle que ses parois ne sont pas sensiblement noircies comme celles des feux ou fourneaux domestiques;

50 Que, lorsque nous sommes montés sur le toit, la température du courant qui s'élevait de la cheminée était tellement élevée, qu'on allumait facilement un papier présenté à son ouverture, comme on le fait au haut de la cheminée d'un quinquet; que le courant différait si peu de la ténuité et de la transparence de l'air, qu'il ne projetait pas d'ombre sensible sur la partie du toit opposée au soleil.

D'après les dispositions de ces fourneaux, et les résultats que nous avons observés, il est constant qu'il ne s'élève pas un atome de fumée du fourneau où l'on brûle les lies, qu'il ne passe par le foyer du fourneau fumivore supérieur, ou ne traverse la flamme qui s'en élève, que tous les principes combustibles qu'elle renferme ne soient brûlés, parce que toutes les conditions propres à opérer une combustion parfaite se trouvent réunies, et (|u'er){in il ne saurait en rester une quantité sensible dans le courant qui s'échappe par la cheminée au-dessus du toit. Or, il est reconnu que, parmi les vapeurs qui s'élèvent de la combustion des lies de vin, l'huile empyreumatique et le gaz hydrogène carboné ou oxycarboné , sont les seules capables, par leur odeur, d'être incommodes et d'affecter les organes désagréablement; ce sont aussi celles qui sont susceptibles de combustion. Il ne peut donc s'échapper au dehors que des gaz azoleou acide carbonique et de la vapeur aqueuse , dont la dissémination dans la masse de l'atmosphère n'est pas plus nuisible que le produit de toute autre combustion. Si l'on allait jusqu'à craindre que ces derniers principes ne fussent capables de retenir une portion des premiers, par une sorte de combinaison qui n'est rien moins que prouvée, il faudrait convenir qu'elle ne peut s'y trouver qu'en quantité tellement n.inime qu'elle ne saurait exciter aucune crainte fondée. 11 nous paraît donc dirnootré que les procédés employés par les frères Blanc, sont propres et suffisants pour

— ai — des villes, ou dans des foyers funiivores. On arriverait facilement à employer les mêmes moyens pour détruire la fumée épaisse qui se dégage dans le commencement de la cuisson de la chaux, du plâtre , des briques, etc., etc. Il en serait de même, quoique plus difficilement, pour les machines à vapeur, à chaudière prismatique, et pour les fours à réverbère. On appliquerait encore avec succès la construction que nous venons de décrire, à la dessiccation des poissons, au saurage des harengs, à la cuisson des vernis, aux fonderies de suif à feu nu, etc. , etc.

Il est à désirer que l'application de ces moyens devienne générale j alors les manufactures cesseront de nuire ou de déplaire à leurs voisins, et le fabricant, n'étant plus tracassé, pourra employer tranquillement son temps et ses moyens pécuniaires à donner tout le développement possible à son industrie. Le gouvernement a bien senti cette vérité, et le décret du i/i janvier i8i5, en rangeant la même fabrique dans la pre-

détruire les effets incommodes ou insalubres des vapeurs qui s'élèvent de la combustion des lies de vin , et (jue le but est entièrement rempli.

On n'a brûlé que du bois dans le fourneau supérieur, pendant toute la durée de l'opéralion dont nous avons été témoins; mîiis'si le motif d'économie ou tout autre motif de convenance faisait préférer le charbon minéral ou ses divers produits , nous estimons qu'on peut, sans inconvénient, V brûler des escarbilles, du <oke ou charbon dit épuré, ou enfin du charbon de terre brut. Les résultats seront toujours les nièines, quand la température sera assez élevée pour opérer la combustion de la fumée provenant du fourneau inférieur.

La forte chaleur que nous avons reconnu se propager dans la cheminée au-dessus du toit, ainsi que la sortie de quelques blueltes enflamuiées ([ue nous avons aperçues la nuit, pouvant donner lieu à quelques inconvénients , ou occasionner des plaintes de la part du voisinage , nous pensons qu'il serait à propos de donner plus d'élévation a celte cheminée, et de pratiquer des ventouses dans ses diverses faces.

Quoique dans les visites que nous avons faites à la fabrique pendant les huit jours qu'a duré l'opération, et en y arrivant par des directions différentes, nous n'ayons jamais été frappés d'aucune odeur ni fumée sensibles, nous devons dire cependant ipie quelques personnes habitant les environs, dans diverses positions et à d'assez grandes dislances, nous ont assuré que plusieurs fois, à des jours et heures diliérents, elles avaient ressenti la même odeur désagréable dont elles se plaignaient précédemment. Ue leur côlé, les frères Blanc nous ont fait observer qu'ils étaient environnés de deux fours à chaux, de fours à plâtre, de tanneries, de fabriques de colle, et que la malveillance se plaisait à mettre sur le compte de leur fabrique toutes les mauvaises odeurs que produisaient ces dernières. Sans entrer dans aucune discussion sur la valeur de ces allégations respectives, discussion qui serait étrangère;! notre mission, nous n'en persistons pas moins à déclarer et à répeler que les procédés des frères Blanc remjdiront constamment leur effet tant qu'ils seront suivis avec exactitude.

Délibéré à Lyon, le la septembre iSi3.

Signe Mollet , professeur de physique ; GiLIBERT, médecin; Thibiere, architecte; DE NâVK, arcltitecte ; Eynird, méilecin.

mière, la deuxième ou la troisième classe, selon la perfection des procédés qu'on y emploie, contribuera sans doute fortement au perfectionnement de notre industrie, et à rendre moins insalubre et moins désagréable le voisinage de nos grandes manufactures. Il ne nous reste plus qu'à désirer voir les architectes chargés de la construction des fourneaux dans les fabriques, se mettre au courant des procédés dont il vient d'être parlé, et savoir appliquer convenablement à tous les cas particuliers le principe qui leur sert de base.

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