‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 11 sur 77 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Le prix considérable fondé par feu M. Ravrio, fabricant de bronze distingué, et proposé par l'Académie royale des Sciences, exercera une heureuse influence sur l'hygiène des professions insalubres , et servira d'exemple à tant d'artistes qui, comme Ravrio, emploient leur vie entière à perfectionner laborieusement les procédés de leur art, où les sciences apporteraient bientôt les plus utiles lumières s'ils en réclamaient le concours.

J'ai longtemps souffert des funestes effets des mauvais appareils, et je serai heureiix si, en propageant les résultats d'une longue expérience, je parviens à joindre mon nom à celui de Ravrio, et si l'opinion favorable de l'Académie des Sciences, et l'estime pulilique, sont le prix de mon travail.

Le sujet spécial de ce mémoire est la branche de l'art du doreur qui a pour objet d'appliquer l'or, au moyen du mercure, sur le cuivre ou plutôt sur quelques-uns de ses alliages (i).

L'Académie a tracé la marche à suivre : décrire les diverses opérations de l'art du doreur, parler des matières premières employées, examiner ensuite chaque opération, et particulièrement celles qui nuisent le plus à la santé des ouvriers, et y proposer des moyens pratiques de salubrité,

(i) J'appellerai bronze l'alliage empiové ordinairement par les doreurs.

— C3 — tel est mon programme. J'y ai ajouté la description des procédés à employer pour tirer parti de tous les déchets d'ateliers.

L'art du doreur n'a pas encore été décrit, et manque à la belle collection des arts et métiers de l'Académie.

Voici la série de ses procédés.

L'objet à dorer, fondu et coulé en bronze, ciselé ou tourné, est recuit, puis déroché par l'ouvrier doreur, qui dissout ainsi la surface oxydée, avec de l'acide nitrique ou de l'acide sulfurique faibles; complètement décapé et rendu partout d'un éclat métallique, on le lave à grande eau et on le sèche dans du linge, de la sciure de bois et du son, etc.

L'amalgame d'or et de mercure est ensuite appliqué partout à l'aide d'un pinceau en fils de laiton, dit gratte-bosse, mouillé d'acide nitrique pur ou contenant un peu de mercure.

On charge davantage les endroits destinés au mat ou à l'or moulu, et moins ceux que l'on doit brunir.

On lave, on sèche et on chauffe pour volatiliser le mercure sans faire rougir la pièce que l'on brosse souvent pour égaliser l'amalgame devenu plus fluide.

L'opération est recommencée autant de fois que l'exige la richesse de la dorure demandée.

On lave dans le vinaigre faible, puis dans l'eau; on sèche à la sciure de bois, et la pièce est prête à recevoir le mat , l'or moulu , le bruni ou l'or rouge.

I. — De V alliage employé pour la fonte des pièces qui doivent être dorées. Détermination de l'alliage le plus convenable pour cet objet.

L'alliage destiné à la dorure est composé par les fondeurs sans principes certains, en suivant seulement les conseils de leur expérience.

Ils y emploient de la mitraille pendante, c'est-à-dire des vieux bronzes non dorés ou dédorés, et des débris de cuivre jaune, et ils y ajoutent ce qu'ils croient pouvoir l'améliorer. A défaut de vieux bronzes, on le compose avec environ ^5 pour cent de cuivre jaune et ib de cuivre rouge chargé de soudure et d'étamage.

L'alliage, pour être bon, doit être aisément fusible et bien se mouler sans vents, m piqûres, ni gerçures, facile à tourner, à ciseler et à brunir. Il doit donner une bonne couleur avec h patine de vert antique, rece-

voir facilement la dorure sans trop en absorber, et présenter de belles nuances au mat, au bruni, à l'or moulu et à l'or rouge. Il faut donc un alliage. Les métaux purs se moulent, se cisèlent et se tournent mal, et absorbent trop d'or [voir au tableau n" i, à la suite de ce mémoire). L'alliage du cuivre et du zinc vaut mieux (expérience 2 du même tableau), mais il se moule mal, se gerce, est trop gras au tour et prend trop d'amalgame; avec plus de zinc il perdrait sa belle couleur jaune.

L'alliage de 20 d'étain et de 80 de cuivre {Expér. n° "i et n ° [^) &(; moule très-bien : mais il se déroche mal, est trop dur au tour , et se dore difficilement.

L'alliage n° 5, de 90 cuivre et ro étain, qui sert pour les canons, fond aisément, mais se moule moins bien; facile à travailler au tour et au brunissoir, mais d'une couleur trop pâle (i).

Il faut donc des alliages plus compliqués, plus fusibles, plus denses, et prenant moins de retrait que les alliages binaires.

L'expérience n° 6 prouve qu'en ajoutant de l'étain et du jilomb à l'alliage de cuivre et de zinc, qui a une belle couleur et se déroche bien, on arrivera à composer, par synthèse , l'alliage auquel les fondeurs tendent presque toujours sans succès.

En effet, les fondeurs emploient ordinairement 75 p. 100 de cuivre jaune composé de :

Cuivre pur 63, 70

Zinc . ... 33, 55

Étain 2,5o

Plomb 0,25

Et 2 5 0/0 de cuivre rouge chargé d'étamage et de soudure composé à peu près de :

Cuivre pur 97

Etain 2,5o

Plomb 0,5

(i) Les alliages binaires de cuivre et d'étain se dérochent mal par les procédés actuels où l'acide nitrique oxide i'etain à leur surface. La trempe rendrait ici les alliages moins denses et trop perméables à l'amalgame.

D'où le bronze des fondeurs est composé de environ :

Cuivre pur 72

Zinc 25, ao

Etain 2,5o

Plomb o, 3o

Dans un grand nombre de bronzes dorés anciens et modernes j'ai trouvé l'alliage quaternaire, et même plus compliqué, et d'autres métaux accidentels seulement.

Les frères Keller employaient aussi un alliage composé de :

Cuivre 9i)4o

Zinc 5, 53

Etain i» 70

Plomb 1,37

L'alliage quaternaire est donc le plus avantageux.

Pour déterminer ses meilleures proportions , j'ai étudié le beau travail que le chef de bataillon, Dussaussoy a fait dans le but de trouver l'alliage à employer pour les garnitures d'az'mes. Il est arrivé à celui de

Cuivre 80

Zinc 17

Étain 3

Comme réunissant le plus la ténacité, la malléabilité, la dureté et la densité; mais, la densité étant surtout importante pour le doreur, j'adopte l'un des alliages suivants :

Cuivre 82

Zinc 18

Étain 3

Plomb 1,5

ou Cuivre 82

Zinc 18

Étain I

Plomb 3

qui donne plus de densité et un peu moins de ténacité (i).

La pièce que j'ai coulée avec le premier de ces alliages ( n° 7 ) remplit toutes les conditions voulues.

Les fondeurs devront donc composer leur bronze de toutes pièces avec les métaux purs, puis composer un lingot d'échantillon qu'ils feront analyser et qui leur servira de point de comparaison dans tout leur travail.

IL — De V or employé pour préparer V amalgame.

L'or employé ordinairement par les doreurs comme or fin n'est guère qu'au titre de ggS à 998 millièmes, et même quand ils prennent du ducat de 976 à 983 , d'où naissent beaucoup de difficultés. L'or allié à l'argent s'amalgame bien, mais donne une teinte verte que l'on rejette. Allié au cuivre, l'amalgame est grenu, difficile à étendre , et la dorure rougeâtre et pâle.

Il faut employer l'or pur en feuilles ou en lingot, en l'achetant dans les maisons de confiance , et le réduire au marteau en feuilles trèsminces, pour en faciliter la dissolution.

La poudre d'or des affinages serait très-bonne, mais en l'achetant on

pourrait être trompé sur son titre (a).

III. — Du mercure qi£ emploient les doreurs. Le mercure employé pour préparer l'amalgame d'or doit être parfai-

(i) M. TournoD a trouvé un alliage qui emploie un quart de moins d'or que les autres. Il est composé de :

Cuivre 82,257

Zinc. , 17,481

Etain o,238

Plomb. ..... 0,024

100, (3) On trouve aujourd'hui de l'or à t,ooo millièmes dans le commerce.

tement pur. Sans cela, les métaux étrangers se déposeraient avec l'or à la surface du bronze, et altéreraient la dorure.

Le mercure pur est brillant , ne fait pas la queue, c'est-à-dire ne laisse pas de traces après lui en roulant sur du papier, ne donne pas de résidu à la peau de chamois, et passe en entier à la distillation.

S'il est impur, on le passera plusieurs fois à la peau de chamois, en séparant les résidus. On le lavera et on le séchera. Il vaut même mieux le distiller dans une cornue de verre ou de fonte , le laver , le sécher, puis le conserver dans une bouteille bien bouchée.

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