AVANT-PROPOS
Quand j'eus connaissance de ce programme, j'étais loin de croire l'art du doreur aussi insalubre qu'il l'est réellement. Je m'étonnais de la demande faite par Ravrio. J'ai vu de près ces ateliers, et j'ai compris qu'il ne fallait pas seulement à un mal aussi profond de bons procédés, mais une persévérance puissante pour arriver à le détruire. Les ateliers de doreurs sont rangés dans la troisième classe des établissements insalubres, et peuvent rester sans inconvénient près des habitations particulières. Jusqu'à présent, à défaut de plaintes des voisins, on accordait toutes les autorisations demandées, la plupart même des doreurs travaillaient sans autorisation ; mais dès aujoind'hui on n'accorde de permission nouvelle qu'à la condition de construire des appareils salubres :
Bien des résistances toutefois ont entravé mes efforts; malgré des essais
tentés à diverses époques, les ouvriers, quoique gravement malades, se refusent encore à des améliorations qu'ils ne comprennent pas (i).
M. de Tingry proposa les gants de vessie, la préparation de l'amalgame envases clos, la dissolution mercurielle au lieu d'acide nitrique, et construisit un petit appareil qui n'a pas eu de résultats, parce que la ventilation y manquait. On a laissé de côté les procédés de MM. Gosse et Robert Guedin, de Genève, pour une raison semblable; d'autres dispositions inventées par Maquart, Brizé-Fradin et Gosse fils, sont très-incommodes pour les ouvriers. Les moyens que je propose, le vasistas, le rétrécissement de l'ouverture de la forge, surtout le ^fourneau d'appel, sont simples, ne changent rien au mode de travail habituel, et doivent donc, il faut l'espérer, être avec le temps partout adoptés.
3'ai en outre donné une description complète|de l'art du doreur, et proposé quelques procédés plus sûrs ou nouveaux. J'espère que mon mémoire sera compris par les chefs d'ateliers et les déterminera à propager l'emploi de ces procédés d'assainissement. !|
Extrait d'une lettre adressée à M. D' Ai cet par le docteur Merat, ancien médecin à V hôpital de la Clinicjue, sur les maladies des doreurs.
Le docteur Merat reconnaît toute l'importance des appareils employés par M. D'Arcet à l'assainissement de l'art du doreur, qui feront cesser les accidents graves, et parfois mortels, qu'éprouvent les ouvriers doreurs, et en particulier le tremblement mercuriel. Quelques détails sur ces maladies et leur traitement compléteront, clit-il, le beau travail de M. D'Arcet.
Le plus grave de ces accidents est le tremblement mercwiel, les autres sont passagers : cependant les vapeurs acides du dérochnge attaquent fortement la poitrine de beaiicuup d\turriers, et nous paraissent plus dangereuses que les vapeurs mêmes du mercure. J'ai vu beaucoup de tremblements mercuriels à la Cliarité.
L'invasion du tremblement est quelquefois subite , quelquefois il commence lentement par les bras, et devient général et convulsif, accompagné d'évanouissements, de délire, etc. La cause unique en est le mercure; tous les ouvriers qui se servent de mercure en sont plus ou moins
(i) Nous rappelons que ce passage a été impiimé en iSi8 , époque à laquelle M. D'Arcet n'avait pas encore acquis une connaissance parfaite du digré réel d'insalubrité que présentent les ateliers de doreurs au mercure.
affectés. La maladie est presque toujours longue. Il faut plusieurs mois à la guérison généralement assurée; quelquefois on guérit en cessant seulement tout travail.
A la Charité, on le traite par la tisane de salsepareille, de gayac, de sassafras ; le soir, de l'extrait de genièvre ou de thériaque : si le tremblement est fort, une potion antispasmodique de tilleul, de menthe et de laudanum.
Des tisanes sudorifiques , des bains chauds , les pilules de musc, réussissent très-bien; avec beaucoup d'exercice au grand air, et la condition surtout de ne pas rentrer à l'atelier avant une guérison complète , on peut aussi guérir.
Une nourriture bonne et saine, le changement de vêtements en quittant le travail, une extrême propreté, sont des précautions indispensables pour éviter toute rechute.