VI. — De l amalgame d)or et de sa préparation
Pour préparer l'amalgame , l'ouvrier pèse l'or réduit en lames trèsminces. Il le met dans un petit creuset brasqué ou non avec du blanc d'Espagne gommé , qu'il fait rougir légèrement au milieu d'un feu de charbon de bois, sur la paillasse de la forge ; il y verse alors le mercure, et agite avec une baguette de fer. Après quelques minutes , il sent la combinaison achevée, retire le creuset du feu et jette l'amalgame dans l'eau froide , sans doute pour en rendre la cristallisation confuse; enfin, il le lave en séparant à la main par pression et par écoulement, l'excès de mercure.
Cet amalgame est pâteux ; on le garde à l'abri de la poussière. Ordijiairement on emploie 8 de mercure et i d'or. J'ai trouvé divers amalgames de doreurs composés de :
Or 9^11
Mercure 91 à 89
avec un peu d'argent et de cuivre.
Le mercure est donc en excès, car l'amalgame en projjortion définie qui reste dans la peau de chamois, quand on l'y passe, est composé de :
Mercure 33
Or 67
Quelques ouvriers chauffent le mercure avant de le verser sur l'or; ce que j'approuve. D'autres y mêlent de l'eau.
Le mercure séparé de l'amalgame contient beaucoup d'or , et sert à une nouvelle opération, ou pour les pièces qui n'ont besoin que d'être très-peu dorées.
Cette opération est dangereuse pour les ouvriers. Il faut la faire sous
le manteau de la forge , au plus fort courant d'appel. L'ouvrier ne
devrait aussi comprimer l'amalgame qu'avec des gants de vessie, au lieu
de la main, et se laver les mains avec du savon, après cette opération.
YII. — De la préparation de la dissolution mercurielle.
L'amalgame d'or s'applique sur le bronze au moyen de l'acide nitrique, soit pur, soit contenant un peu de mercure.
J'ai trouvé que dans cette dernière composition faite avec l'acide nitrique impur du commerce, la quantité de mercure , beaucoup trop faible, présente presque autant d'inconvénients que l'acide pur, et qu'elle sert seulement à purifier celui-ci de tout acide muriatique et sulfurique, ce qui cause ime perle notable aux doreurs.
La dissolution mercurielle saturée et très-étendue d'eau m'a , au contraire, donné les meilleurs résultats.
lo grammes de mercure se dissolvent complètement dans lo grammes d'acide nitrique pur à 36° ou 1 333 de densité. Une seule goutte d'acide muriatique ou sulfurique rendrait la dissolution imparfaite et trouble.
Pour préparer une bonne dissolution de mercure, il faut employer de l'acide nitrique pur, opérera froid , et étendre ensuite assez sa dissolution encore un peu acide pour qu'elle ne cristallise pas par le refroidissement.
Premier procédé. — On met dans un matras , sous le manteau de la forge au plus fort tirage, loo grammes de mercure et iio grammes d'acide nitrique pur à 36° jusqu'à complète dissolution. On les verse dans une bouteille propre avec 5 kil. 5oo grammes ou 5 litres et demi d'eau de pluie ou d'eau distillée, en agitant fortement. Toute autre eau donnerait un dépôt.
Second procédé. — On prend une grande bouteille de verre blanc de 6à 7 litres de capacité. On y met 5 kil. 6oo gr. d'eau, et on marque à demeure, sur le verre, la hauteur à laquelle l'eau s'élève. On prend une fiole qui puisse contenir 120 grammes d'acide nitrique. On en met i 10 , et on marque sur le goulot la hauteur à laquelle s'élève l'acide. On vide la bouteille et la fiole.
Puis on pèse 100 grammes de mercure que l'on met dans la grande bouteille jaugée, on y verse 1 10 grammes d'acide nitrique pur mesuré dans la fiole. Quand la dissolution, qui a lieu à froid sur la forge, est com-
— lo — plète, on remplit la grande bouteille d'eau jusqu'à la marque, en ayant soin de rincer la fiole avec cette eau, pour ne perdre aucune portion du nitrate de mercure. On bouche, on agite, et la dissolution, qui ne coûte que i5 ou i8 centimes le litre, est prête à employer, assez acide pour attaquer le cuivre, mais pas assez pour donner les vapeurs nitreuses si dangereuses aux ouvriers, et pour attaquer la peau des mains. C'est lin perfectionnement très-important sous le rapport de la salubrité.