‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 14 sur 77 · VIII. — Du recuit des pièces destinées à être dorées · texte numérisé non relu

VIII. — Du recuit des pièces destinées à être dorées

La pièce à dorer doit être recuite en sortant des mains du tourneur ou du ciseleur.

Pour cela , on pose la pièce sur la forge , au milieu de charbons de bois allumés ou de mottes à brûler, on la chauffe au rouge cerise, puis on écarte le combustible , et on laisse refroidi:- lentement au plus fort tirage de la forge. Cette opération, qui dégage des oxides de cuivre et de zinc en vapeur, et des gaz délétères, est très-insalubre.

Il serait bon de mieux envelopper la pièce de charbons, pour diminuer l'oxidation qui altère le fini des pièces.

De plus, le recuit affine la surface du métal en enlevant du zinc, et met à nu du cuivre plus pur qui donne une belle couleur à la dorure, sans changer sensiblement la densité et les qualités qui en résultent.

Les doreurs croient que le recuit nettoie seulement la pièce. S'il est vrai, comme on le pense, que le recuit augmente la beauté de la cou» leur, en affinant le cuivre, on obtiendrait de bons résultats en trempant les pièces quelques minutes dans la potasse caustique fondue, qui dissoudrait le zinc à la surface, et sans doute l'étain et le plomb.

IX. — Du dérochage ou décapage de la pièce de bronze recuite.

Pour enlever la couche d'oxide formée à la surface de la pièce par le recuit, on la trempe dans un baquet rempli d'acide nitrique ou sulfurique très-étendu, dit eau seconde, on l'y laisse quelque temps pour attaquer l'oxyde, et on la frotte avec une brosse rude; on lave à l'eau et on sèche. La surface est encore irisée. On trempe ensuite la pièce dans de l'acide nitrique à 36", et on frotte avec un pinceau à longs poils, dans une terrine. Le métal est alors blanc et parfaitement décapé; on le passe dans un bain d'acide nitrique à 36°, mêlé de suie et de sel marin.

Enfin , on lave à grande eau et on sèche à la sciure de bois. Quelques ouvriers couvrent la pièce d'acide nitrique plus concentré avec un pinceau, jusqu'à parfait dérochage, puis passent au bain de suie et de sel. La pièce doit être d'une belle teinte jaune pâle, nette, et grenue, pour bien prendre l'or.

Avec l'acide sulfuriqne on n'a pas de vapeurs nuisibles aux ouvriers, et on ne risque pas de perdre des pièces par une action trop vive et trop prolongée. Ainsi, quand on décape à l'acide nitrique, procédé qui marche plus vite, il faut le faire sous le manteau de la forge, ou sous une hotte particulière communiquant à la cheminée générale qui y établit un appel suffisant.

L'acide sulfurique est très-bon pour commencer le dérochage, mais non pour le finir. Il dissout le zinc et le cuivre oxydés , mais non pas les oxydes d'étain et de plomb. L'acide nitrique concentré, agit troj)vite et trop fortement, et dissout mal les oxydes d'étain et de plomb. Il faut y mêler du sel matin qui donne de l'eau régale et les dissout alors parfaitement. On pourrait essayer l'acide muriatique seul. Un bon procédé consiste à faire bouillir la pièce dans l'acide svilfurique faible, la passer dans de l'acide nitrique, à 35 ou 36°, mêlé de sel marin, de suie de bois; laver et sécher.

X. — De T application de V amalgame sur le bronze bien décapé.

Pour cette opération, l'ouvrier met l'amalgame d'or dans un plat de terre sans couverte, et d'un grain grossier. Il trempe la gratte-bosse à dorer dans de l'acide nitrique pur étendu d'eau, ou dans la dissolution mercurielle dont j'ai parlé. Puis il l'appuie sur l'amalgame que contient le plat, en la tirant à lui. Les fils de cuivre de la gratte-bosse se chargent facilement d'amalgame, que l'on étend sur la pièce à dorer (i); on renouvelle cette opération jusqu'à ce que la pièce entière soit couverte, en couche bien égale , si la pièce ne doit avoir qu'une couleur, en couches variées si diverses parties doivent être mises au mat, etc.

On lave la pièce, on la sèche, et on la porte au feu pour en volatiliser le mercure. On met de même plusieurs couches successives de dorure, en ajoutant un peu d'acide nitrique à la dissolution mercurielle pour augmenter son action.

(i) L'ouvrier appelle buU, l'application de l'amalgame. 11 dit -.faire «,2,3, etc. buiswx une pièce; dorer une pièce à i, z, 3, etc., buis.

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Cette opération est des plus dangereuses pour l'ouvrier.

Quand il emploie l'acide nitrique sur la pièce qu'il tient à la main, il est placé dans une atmosphère de gaz nitreux, et ses mains sont couvertes de dissolutions mercurielles et cuivreuses. Avec la dissolution mercurielle que j'ai conseillée, il n'y a pas de vapeurs nitreuses.

Ainsi, pour rendre cette opération salubre, il faut rejeter l'emploi de l'acide nitrique sans mercure, et en tout cas ne travailler que sur une table surmontée d'une hotte communiquant avec la cheminée de la forge, et au milieu de laquelle on placerait un quinquet si le tirage n'était pas suffisant. L'ouvrier doit porter des gants de vessie ou de taffetas ciré , au moins des gants sans doigts, se laver la bouche, la figure et les mains en sortant de l'atelier, n'y jamais manger, etc.

Les plats de biscuit, avec couverte inattaquable aux acides, éviteraient aux doreurs bien des pertes, et aux ouvriers le contact trop fréquent des liqueurs qui filtrent à travers la mauvaise poterie des plats.

Ce serait une bonjie opération que de laver à l'eau pure les pièces couvertes d'amalgame, pour enlever les sels de cuivre que le feu décompose et qui tendent à salir la dorure.

XL — De la volatilisation du mercure^ en exposant à la chaleur la pièce de bronze couverte d'ajnalgame.

La pièce couverte d'amalgame est chauffée lentement sur des charbons ardents, jusqu'au point convenable, pour éviter toute perte d'amalgame, puis prise au moyen de la pincette à longues branches dite moustache, placée dans la main gauche sur un gant épais; frottée et frappée à petits coups a l'aide d'une brosse à longs poils qui répartit également la couche d'amalgame.

On la remet au feu et on la traite de même jusqu'à la complète volatilisation du mercure, qui se reconnaît au bruit que fait une goutte d'eau projetée sur la pièce chaude.

On recouvre ensuite d'une nouvelle couche d'amalgame les endroits faibles ou inégaux , et on repasse au feu. Si l'on veut ime dorure plus riche, on répète les opérations qui viennent d'être expliquées.

On lave alors la pièce en la frottant avec la gratte-bosse et de l'eau acidulée par le vinaigre; on lave à l'eau et on sèche à la sciure de bois.

Si la pièce doit avoir des parties brunies et d'autres mises au mat, on couvre les premières d'un mélange de blanc d'Espagne, de cassonade et de

gomme, délayées dans l'eau, ce qu'on nomme épargner. On sèche la pièce et on la chauffe jusqu'au point de noircir l'épargne et d'enlever ainsi le reste du mercure. On laisse refroidir un peu et on passe au mat.

Si la pièce doit être toute brunie, on ne la couvre pas d'épargne : on la plonge encore chaude dans l'acide sulfurique étendu d'eau, on lave, on essuie et on donne le bruni.

L'opération du passage à la forge est une des plus dangereuses pour les ouvriers, qu'un mauvais tirage de la cheminée, ou un courant descendant, comme cela a souvent lieu, tieni plongés dans l'acide carbonique, l'azote, l'oxide de mercure, les vapeurs de mercure, d'acide nitrique et d'acide nitreux, etc. (i).

Pour perfectionner ce procédé de manipulation, il faut d'abord que la forge ait un bon tirage ; ensuite le gant doit être doublé de vessie ou de taffetas ciré, pour éviter la pénétration du mercure.

Il faut passer \iis pièces couvertes d'amalgame sous le manteau de la hotte sans les en sortir, et en brossant de droite à gauche au lieu de ramener les vapeurs en tirant la brosse à soi. Il faut aussi y laisser refroidir les pièces.

Le travail terminé, l'ouvrier doit de suite prendre toutes les précautions indiquées plus haut.

XII. — Du bruni, du mat, de la couleur d'or moulu et de la couleur

d'or rouge.

La pièce séparée de tout le mercure, doit recevoir l'une de ces préparations.

Le bruni s'obtient en frottant la pièce avec des brunissoirs d'hématite ou pierre sanguine, trempés dans du vinaigre étendu d'eau et toujours dans le même sens ; on lave à l'eau froide et on essuie au linge fin ; puis on sèche lentement sur de la braise.

Le mat. On épargne les parties qui doivent être brunies, s'il y en a ; puis on attache la pièce à une tringle de fer, on chauffe à brunir l'épargne. La pièce prend une belle teinte d'or. On la couvre d'un mélange de sel

(i) Les vapeurs de mercure même à basse température causent de graves accidents. Du mercure laissé sur un poèle occasionna une abondante salivation à Achard et à d'autres personnes. Ces accidents furent plus graves parmi l'équipage d'un navire qui contenait du mercure dans son chargement, etc. Beaucoup d'autres accidents de ce genre ont été depuis constatés par le conseil de salubrité.

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marin, de nitre et d'alun liquéfiés dans leur eau de cristallisation (i). On chauffe la pièce de manière à fondre la couche saline, et on la plonge subitement dans l'eau qui enlève les sels et leur dépôt, on passe à l'acide nitrique faible, on lave à grande eau et on fait sécher avec soin.

Le mat agit sans doute en dissolvant une partie de l'or par la combinaison d'acide nitrique et d'acide muriatique qu'il forme. Pour éviter les dangereuses vapeurs de cette opération, il faut placer sous le manteau de la cheminée à grand tirage, le fourneau en forme de mouffle où l'on chauffe la pièce au mat ; il faut placer de même le petit fourneau ou poêlon à fondre le mat, et le tonneau plein d'eau où se plongent les pièces. Les vapeurs de la forge au mat sont très-dangereuses, car ce sont en partie des vapeurs de sublimé corrosif mêlées de vapeurs de mercure et d'acide nitrique.

Or moulu. Pour cette couleur la pièce est gratte-bossée moins que pour les autres, chauffée plus fortement, refroidie, puis couverte au pinceau de couleur d'or moulu délayée dans du vinaigre. C'est un mélange de sanguine, d'alun et de sel marin. On chauffe à brunir la couleur et on trempe à l'eau froide ; on lave enfin et on sèche à un feu doux.

De la couleur cTor rouge.

La pièce, sortant de la forge, dorée sur huis et chaude, est trempée avec un fil de fer dans la cire à dorer, formée de cire jaune, d'ocre rouge, de vert-de-gris et d'alun. On la chauffe fortement en enflammant le mélange bien également partout. Quand la flamme s'éteint, on plonge dans l'eau, on lave et on gratte-bosse avec du vinaigre pur. On lave à l'eau, on brunit, on lave et on sèche. Dans cette opération, le zinc du bronze précipite le cuivre du vert-de-gris, et se combine à l'or, dont il diminue le titre et lui donne la couleur de l'or des bijoux à 760 millièmes; tout ce qui attaque l'un des éléments du bronze doré change la nuance de la dorure. La constance de composition du bronze importe donc très-hautement à la constance des nuances de la dorure.

Toutes ces opérations exigent l'observation rigoureuse des précautions de salubrité que j'ai précédemment indiquées.

(i) Ce mélange se trouve dans le commerce , composé à peu près de :

Salpêtre 4o

Alun 25

Sel marin 35

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