RAPPORT
Fait à la société d'encouragement pour F industrie nationale, au nom du Comité des arts chimiques, sur un ouvrage de M. ff Arcet , ayant pour titre : Mémoire sur fart de dorer le bronze, au moyen de l'amalgame dor et de mercure, par M. Mérimée.
Messieurs, il ne m'a pas été possible, jusqu'à ce jour, de m'acquitter de l'obligation contractée, il y a quelques mois, de vous rendre compte de l'ouvrage dont notre collègue, M. d'Arcet, vous a fait hommage, sous le titre de Mémoire sur l'art de dorer le bronze, au moyen de Caniali^nme d'or et de mercure. Ce relard, indépendant de ma volonté, a été heureusement réparé par l'insertion dans le bulletin n° clxix, dix-septième année, page 207, du rapport de notre président (M. le comte Chaptal) sur le mémoire de notre collègue.
D'après un pareil rapport vous avez été à portée d'apprécier tout le mérite d'un travail entrepris dans des vues philanthropiques, et couronné de la manière la plus honorable par l'Académie des sciences. Ainsi, sous ce point de vue, ma tâche se trouve remplie; mais depuis l'époque du rapport, depuis même la pubHcation de l'ouvrage, on a obtenu des résultats importants aux progrès de notre industrie; et, d'après cette considération , je crois devoir vous les faire connaître.
Vous savez mieux que personne, Messieurs, qu'il est souvent plus difficile de faire adopter un procédé nouveau ou un perfectionnement utile, que d'en faire la découverte. Cette observation est vérifiée d'une manière frappante dans la circonstance présente. La question qui fait le sujet du prix proposé par feu M. Ravrio, était depuis longtemps résolue par notre collègue.
Au moyen d'une disposition très-simple, il avait fait disparaître du laboratoire d'essais, à la Monnaie, les vapeurs délétères qui le remplissaient auparavant, et avaient gravement compromis sa santé.
Ainsi, un pareil concours, qui ne lui présentait aucunes nouvelles recherches à fane, devait lui paraître fort au-dessous de ses talents; mais en se pénétrant mieux de l'intention du testateur, il vit que, pour la remplir complètement, il fallait non-seulement trouver les moyens propres à conserver la santé des ouvriers, mais qu'il fallait surtout les faire adopter
dans tous les ateliers de doreurs. Prévoy:mt alors les difficultés qu'il aurait à surmonter dans une pareille entreprise, il a eu besoin , pour s'y dévouer, de tout son courage et de sou amour de l'humanité.
J'ai été, ainsi que plusieurs de nos collègues, témoin d'une des expériences les plus concluantes en faveur des moyens préservatifs de M. D'Arcet.
M. Delaunay, fabricant de bronzes, rue du Faubourg-du-Temple, n° i, avait à dorer une pièce d'une dimension extraordinaire : s'il eût été réduit à opérer suivant les anciens procédés, il eût établi son opération en plein air, et relayé ses ouvriers le plus souvent possible. Ainsi, en supposant que le vent eût soufflé constamment dans la même direction, et que les vapeurs n'eussent pas atteint les travailleurs, elles eussent été nécessairement poussées vers quelques maisons voisines, et les habitants en auraient été plus ou moins incommodés.
Avec l'appareil de M. D'Arcet, l'opération s'est faite, comme à l'ordinaire, dans l'atelier, sans incommoder personne, et il était si évident pour les ouvriers qu'ils ne pouvaient respirer les vapeurs meurtrières, que tous s'offrirent à l'envi pour un travail auquel ils n'auraient participé qu'avec une extrême répugnance, parce que, de quelque manière qu'il eût été conduit, la plupart de ceux qui l'auraient suivi en auraient reçu de fâcheuses atteintes.
Dans la joie qu'ils ressentirent de se voir délivrés d'un danger jusqu'alors inséparable de leur profession , ils résolurent de célébrer à l'instant même, par un toast à leur liljéraleur, cet événement inespéré, et prièrent leur maître d'écrire à M. D'Arcet pour lui rendre compte du succès de l'opération et lui exprimer leur reconnaissance.
Il est aisé de concevoir combien notre collègue dut être sensible à cet élan de reconnaissance. Il méritait, par son dévouement et sa constance, de rencontrer partout les mêmes dispositions; dès-lors la tâche qu'il s'était imposée ne lui eût offert qu'une succession de jouissances; mais il n'en a pas été ainsi; il a eu souvent à lutter contre la prévention, l'ignorance, l'avarice, ou l'égoïsme, et la lutte n'est pas terminée; car, il faut le dire, il se trouve encore de grands établissements où l'on semble ignorer qu'il existe des moyens de préserver les ouvriers des dangers auxquels ils sont journellement exposés.
Il serait trop pénible de croire que l'indifférence des fabricants pour la santé de leurs ouvriers , tient à ce qu'ils n'en partagent pas les dangers, et qu'ils peuvent aisément remplacer les hommes qui succombent.
Cependant , on ne trouve aucune bonne excuse à cette coupable négligence. Faudra-t-il recourir à l'autorité pour les contraindre à ménager la santé de leurs semblables , puisqu'ils paraissent sourds à la voix de l'humanité?
Malgré ces obstacles , la tâche que M. D'Arcet s'est imposée , et qu'il poiusuit avec persévérance, sera bientôt achevée. On compte déjà plus de soixante ateliers de doreurs où les moyens de salubrité sont en usage; et probablement, d'ici à quelques mois, on ne verra plus dans nos hôpitaux un seul ouvrier atteint de l'affreuse maladie produite par les émanations mercurielles.
L'appareil imaginé pour assainir les ateliers de doreurs se rattache à un principe fécond en applications utiles. C'est le même que notre collègue a employé dans la construction de l'appareil fumigatoire établi à Saint-Louis. C'est aussi par ce moyen qu'il a rendu inodores les lieux d'aisances de la rue des Filles Sainl-Thomas, vis-à-vis la rue des Colonnes, et une des fosses de l'hôpital Saint-Louis. Ces applications si utiles ne peuvent manquer de perfectionner l'art du fumiste.
J'ai vu une construction semblable à celle de la cheminée des ateliers de doreurs , employée avec le plus grand succès dans une cuisine , et je regarde cette application comme une des plus heureuses , parce qu'elle tourne au profit de la classe moyenne de la société, dont il est important d'augmenter le bien-être. Les riches ne sont jamais embarrassés de se prociu'er letirs aises.
Dans beaucoup d'habitations, la cuisine se trouve près de la pièce où l'oîi mange , ou si elle est éloignée , le service en devient plus embarrassant. Au moyen de l'appareil de M. D'Arcet , jamais l'odeur de la cuisine ne peut se répandre au dehors des fourneaux. Il serait dans la salle à manger même, qu'on ne s'en apercevrait pas.
Vous croirez sans peine, Messieurs, que M. Lenoir-Ravrio, héritier du nom et de la fortune de M. Eavrio, son bienfaiteur et son ami, et dont les beaux magasins, établis rue des Filles-Saint-Thomas, excitent l'attention générale par la richesse des objets qu'ils renferment , n'a pas manqué d'adopter les procédés de M. D'Arcet. Aussi a-t-il fait construire chez lui la forge de doreur la plus complète qu'on connaisse, et la plus propre à servir de modèle à toutes celles que l'influence de son exemple pourrait faire adopter par la suite. Cette considération nous engage à vous proposer de faire lever les plans de cet appareil , et d'en publier la gravure dans votre bulletin, accompagnée d'une description détaillée.
— 9> — Une pareille publication sera sans doute accueillie avec intérêt. Je crois aussi , Messieurs, entrer pleinement dans vos vues, en vous proposant non-seulement de remercier notre collègue d'avoir enrichi la bibliothèque de la Société d'un ouvrage éminemment utile, mais surtout d'applaudir au zèle persévérant qu'il a développé pour faire adopter ses moyens préservateurs; car c'est particulièrement à ce zèle qu'on devra l'accomplissement du vœu philanthropique de M. Ravrio.
Adopté en séance, le i8 novembre 1818.
Signé: Mérimée, rapj^orteur.
Assainissement des ateliers de dorure par la voie humide. (i84'i.)
Depuis l'époque du travail qui précède, l'art du doreur siirbronze a éprouvé une immense révolution.
Les procédés de dorure par la voie humide , et les procédés galvaniques qui servent à argenter, dorer, plaiiner les autres métaux , ont réduit d'une manière si extraordinaire les prix de revient de la dorure, multiplié et varié si largement les ressources et les produits de cette industrie, qu'elle envahit, au moins en très-grande partie, l'ancien travail par le mercure, mais sur une échelle bien autrement grande.
On avait espéré , dans les premiers moments, que les procédés par la voie humide et sans mercure reiiflraieut désormais cette industrie tout à fait salubre; ou a reconnu promptement qu'il en était autrement, et que les vapeurs nitreuses dégagée-j dans le dérochage des pièces et dans la dissolution des métaux, au nii'icu de la fabrication la plus active, étaient plus dangereuses encore que celles du mercure (1).
M. D'Arcet, dans un rapport lait à M. le préfet de police , en 1842, sur
(i) L'on verra, par ce qui suit, que M. Mérat qui, en iSiS , avnir hien voulu joinctre un trèsbon chapitre d'iijgiène à mon ménioii e sur l'ait ilu doreur, pensait déjà , ainsi (|ue moi , que l'iusalubrité de cet art devait être attribuée plutôt à l'action des vapeurs acides qu'au mercure vaporisé : voici, en effet, la phrase qui se trouve dans \;t lettre de M. Mérat, faisant partit: du volume imprimé il y a vingt-quatre ans, page a8 , et dont un extrait se trouve page 6i de ce volume.
• Les autres accidents qu'éprouvent les doreurs sont passagers; cependant les vapeurs acides
• qu'ils respirent dans le dcrochage sont fort insalubres et attaquent la poitrine de beaucoup de
• ces ouvriers, surtout de ceux qui l'ont délicate; elles causent de la toux , de la sécheresse, de
• l'irritation à la gorge et aux poumons; en un mot, elles sont peut-être plu$ nuisibles encore que les « vapeurs Tnercurïelles f quoinu'e/les effraient moins ces artisans. •
Voici , en outre, la note que j'ajoutai au bas de la même page et au sujet du passage qui vient d'être cité.
- Ce que j'ai dit à ce sujet dans les chapitres o, lo et 16 , et surtout à la page i45 , prouve com-
-ç)6 l'assainissement des ateliers de dorure par la voie humide , et enparticulier de celui de M. Élambert, dit :
« T>e procédé de dorure par la voie humide a pris un grand développement depuis deux ans ; les ateliers oîa on le pratique et les ouvriers qui en font usage se multiplient; ce nouveau procédé reçoit chaque jour des perfectionnements , et tout annonce que ses produits , par leur variété, par leur bel aspect et par leur bas prix , lutteront avec grand avantage contre ceux des ateliers où l'on dore au moyen du mercure. L'introduction du procédé de dorure par la voie humide, dans la pratique de l'art du doreur sur métaux , opère donc une véritable révolution dans cette industrie, et, comme il est certain, maintenant, que ce nouveau procédé l'emportera, dans la plupart des cas, sur l'ancien, il est utile d'examiner, dès à présent, quelles seront les conséquences de celte innovation, sous le rapport de la salubrité, afin de pouvoir, dès l'origine, prendre s'il en est besoin, les meilleures mesures pour l'assainissement des nouveaux ateliers de doreurs.
« Les publications où il a été rendu compte des premiers succès obtenus dans l'application de la dorure par la voie humide ont été faites sous l'influence de sentiments généreux, inspirés par la contemplation des produits nombreux et brillants d'une nouvelle industrie; mais en étudiant les procédés de celte industrie plus froidement, ou en s'en rapportant à l'expérieuce acquise, on est forcé de reconnaître que l'on avait été trop loin en proclamant que le nouveau procédé de dorure faisait tout naturellement , en faveur de la santé des doreurs, bien plus que n'avait pu faire l'application de la ventilation forcée pour l'assainissement des ateliers où la dorure est opérée par le moyen du mercure. Ce qu'a obtenu la noble conduite de M. Ravrio , pour la conservation de la santé des ouvriers doreurs, n'est point devenu inutile pour ceux de ces ouvriers qui adoptent les nouveaux procédés , et je pense qu'il est au contraire vrai de dire, qu'en faisant abstraction de tout moyen d'assainissement, les procédés de dorure p:ir la voie humide sont plus insalubres que celui où l'on emploie le mercure, et par conséquent tout ce qui est fait
« bien j'avais senti l'importance des précautions dont parle M. le docteur Mérat. L'expérience « m'a prouvé que les gaz délétères provenant du dérochage , de l'application de l'amalgame et du ■ réchaud à sécher, étalent la cause Je maladies bien plus dangereuses ijtte ne l'est le tremblement mer' « curlel; aussi ai-je fortement insisté dans mon mémoire, et auprès des ouvriers, pour qu'on fit « toujours ces opérations sous la forge et sous l'influence d'un bon courant d'air. »
(Aoff de M. D'Arcet. — 184».)
pour assainir les anciens ateliers de doreurs devra être, à plus forte raison, ordonné et appliqué dans les ateliers où l'on voudra dorer par la voie humide.
J'espère que ce qui suit ramèneratout lecteur à cette opinion.
On avait exagéré le mal que produirait l'emploi du mercure dans les ateliers de doreurs; des recherches suivies, faites dans les hôpitaux, m'avaient prouvé ce fait, que j'ai signalé, en i8ai, dans mon mémoire sur la construction des cuisines salubres : aussi est-il arrivé que l'assainissement de ces ateliers a été en très-grande partie obtenu, bien qu'on n'y ait adopté que fort imparfaitement les moyens de salubrité que j'avais indiqués dans mon Art du doreur, couronné par l'Académie des Sciences en 1818 : en effet, la substitution du nitrate de mercure à l'acide nitrique, autrefois employé, pour appliquer l'amalgame d'or sur le bronze; le rétrécissement de l'ouverture antérieure des forges à passer et à mettre au mat; quelques faibles moyens d'appel, et quelques soins de propreté, ont suffi poiu* rendre le tremblement mercuriel si rare, qu'en quatre années de service à la Charité et à ITiàtel-Dieu, en qualité d'interne, mon fils n'en a observé que deux cas qui ne présentaient même pas de gravité.
Les anciens ateliers de doreurs étaient rendus bien plus insalubres par les vapeurs acides provenant, soit de l'opération du dérochage, soit de l'application de l'amalgame sur le bronze, et de la mise au mat, que par le contact du mercure et des vapeurs mercurielles; or, dans le procédé de dorure par la voie humide, l'ouvrier a non-seulement à recuire et à dérocher les pièces plus fortement que dans l'ancien procédé, mais il faut aussi qu'il les mette au mat, et il doit , en outre, par la nature de son travail, opérer très en grand, et surtout employer l'eau régale et l'acide nitrique à haute dose pour dissoudre l'or, le platine et l'argent dont il doit recouvrir les surfaces du bronze; aussi est-ce un fait déjà reconnu par les ouvriers, que les nouveaux ateliers de doreurs sont plus insalubres que les anciens. L'on était, il est vrai, plus frappé par la vue de quelques ouvriers atteints presque subitement, et tremblant de tous leurs membres, que par l'altération graduelle de la santé, et la mort lente des hommes obligés de vivre dans des ateliers peu spacieux, et continuellement remplis de vapeurs acides très -délétères : voilà d'où vient que l'emploi du mercure a été présenté comme étant presque la seule cause de l'insalubrité des anciens ateliers de doreurs. C'était là une erreur, et il fallait la réfuter dans l'intérêt de l'adoption des nou-
veaux procédés de dorure, car sans cela il aurait fallu attendre pour assainir les nouveaux ateliers de doreurs , qu'une fatale expérience vînt en démontrer l'absolue nécessité : mais tout est prêt pour obtenir l'assainissement de ces ateliers à leur origine et lors de leur construction , car les travaux faits pour répondre aux vœux philanthropiques de Ravrio, loin de devenir inutiles, comme cela a été dit, suffiront et au-delà bien certainement pour détruire l'insalubrité des opérations qu'ont à pratiquer les doreurs par la voie humide : j'ai cru devoir saisir l'occasion qui se présentait ici de publier ces observations et de rétablir les faits, afin d'empêcher l'opinion de s'égarer dans une question où il s'agit d'un art nouveau et de la santé d'une classe nombreuse d'ouvriers. »
En conséquence , M. D'Arcet proposa et il a été arrêté, que l'emploi des appareils de ventilation prescrit pour les ateliers de dorure par le mercure seraient exigés dorénavant pour les ateliers par la voie humide.
M. Élambert les a déjà appliqués complètement dans ses grands ateliers, avec les plus heureux résultats pour les ouvriers et aussi pour les voisins, dont les plaintes unanimes d'abord, ont aujourd'hui complètement cessé.
Description de la forge de doreur, construite dans T atelier de M. Lenoir- Piai'rio, rue des Filles-Saint-Thomas , n° 19.
PI. 12, fig. I. Élévation générale de la forge de doreur, vue de face.
a, forge à recuire.
h, baquet à dérocher.
c, forge à passer. On y volatdise tout le mercure qui a servi à dorer.
J, forge où l'on met au mat les pièces dorées. En enlevant la plaque de fonte qui sépare ces deux dernières forges, on a le moyen de pouvoir dorer sans danger de très-grandes pièces.
e, tonneau dans lequel se trempent les objets mis au mat,
/, forge où l'on fait sécher les pièces de bronze dorées, lorsqu'elles sont achevées et lavées avec soin.
gg, cases réservées sous la forge à dorer, pour y mettre en magasin, du charbon, du bois, ou tout autre objet.
hhh, rideaux servant à fermer, en tout ou en partie, l'ouverture de la forge à recuire a, la niche où se trouve placé le tonneau au mat, et la forge à sécherai
«, châssis vitrés fixes, destinés à rétrécir, par le haut, l'ouverture
de la forge a, et la forge à sécher/; les rideaux hhh, servent à couvrir le reste de l'ouverture de ces forges et à enfermer, à volonté, le tonneau e.
k, fourneau à mettre au mat.
/, partie du fourneau d'appel, où l'on met chauffer le poêlon au mat.
m, foyer de ce fourneau.
n, cendrier.
La fig. 5 représente une coupe verticale du fourneau /, et la fig. 6 une coupe hoiizontale, prise au-dessus de la grille r; s est la grille du fourneau d'appel.
On voit que le charbon placé sur la grille r, brûle à flamme renversée, comme dans les alandiers des fours à porcelaine; tandis que le bois, le coke ou le charbon de terre, se brûlent sur la grille s par le procédé ordinaire^ Les gaz produits par la combustion sur ces deux grilles, se réunissent dans le passage voûté t, et se rendent dans la cheminée du fourneau d'appel u, d'où ils passent dans la cheminée générale de la forge : de là ils vont en jc, fig. /[, porter de la chaleur et déterminer le tirage qui rend tout l'appareil salubre.
o, bouches de tôle fermant une ouverture réservée dans le bas du fourneau d'appel : cette ouverture sert à introduire le col du matras dans lequel on prépare la dissolution mercurielle, nommée g^az, employée pour dorer. On prépare aussi au-dessous de cette fente l'amalgame d'or et de mercure, et on évite ainsi les vapeurs délétères qui se dégagent dans le cours de ces deux opérations. Ces vapeurs sont rapidement entraînées au dehors par suite de la grande aspiration qui s'établit dans la cheminée du fourneau d'appel.
p, fourneau destiné à chauffer une plaque de fonte placée horizontalement sous la forge/; C'est sur cette plaque que l'on fait chauffer l'eau pour laver les pièces dorées, et que l'on fait sécher les mêmes pièces après le lavage, en les plaçant entre deux feuilles de papier, ou de carton mince, etc.
La fig. 7 est une coupe verticale , et la fig. 8 une coupe horizontale de ce fourneau ; elles suffisent pour en bien indiquer le système de construction. Le fourneau à sécher sert aussi de fourneau d'appel, puisqu'il est construit de la même manière que celui /, où l'on fait chauffer le poêlon au mat. Les lettres o', u', x' désignent, dans les fig. 4» 7 et 8, les mêmes objets que les lettres o , u, .x dans les fig. 1 , 2 et 3.
z z , grands châssis mobiles verticalement, et tenus en équilibre par les contre-poids v. Ces châssis ferment plus ou moins, et même tout-à-fait,
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les ouvertures des forges c et d. On a ainsi le moyen d'y accélérer, autant qu'on le désire, le courant d'air, et, en abaissant entièrement les châssis, on peut rendre extrêmement rapide le passage de l'air à travers les autres forges , ce qui est utile lorsqu'on y pratique des opérations dangereuses.
On voit , fig. 4 1 que les cinq forges sont séparées les unes des autres par des languettes qui s'élèvent au-dessus du plafond de l'atelier ; on y voit aussi que les tuyaux uu! des fourneaux à' appel montent un peu plus haut que ces languettes , et qu'ils commandent ainsi le tirage des forges lorsqu ils portent dans la grande cheminée de la chaleur, laquelle, en dilatant l'air, établit le courant ascendant dont on a besoin.
Fig. 1. Plan général de la forge de doreur, pris au-dessus de l'àtre. On y voit, enj', la petite cheminée qui entraîne, sous la hotte de la forge a et de la cheminée commune, les vapeurs qui se dégagent pendant le dérochage des pièces de bronze recuites , opération qui se pratique dans le baquet b, fîg. i. La lettre l indique ici la grille /•, fig. 5, du fourneau sur lequel se pose le poêlon au mat.
Fig. 3. Plan de la forge , pris à a centimètres au-dessus du sol de l'atelier.
Fig. 4i 5,6, 7 et 8. La description de ces figures est comprise dans l'explication de la fig. i , à laquelle elles servent de complément ; les mêmes lettres y désignent les mêmes objets.
Nous allons terminer cette description en indiquant le principe sur lequel repose la construction des nouvelles forges de doreur, et la manière de s'en servir avec avantage.
L'ouverture des forges ordinaires est presque toujours hors de proportion avec la largeur de la cheminée ; tout l'air qui entre dans cette ouverture ne pouvant sortir par la cheminée, une partie est refoulée dans l'atelier et y ramène les vapeurs mercurielles dont il s'est chargé.
Les anciennes forges fument aussi très-souvent, parce que les ateliers renferment d'autres cheminées ou d'autres ouvertures qui, aspirant l'air plus fortement que la cheminée de la forge, obligent l'air extérieur à descendre par cette cheminée et à entrer dans l'atelier en passant à travers la forge, où il se charge encore de vapeurs mercurielles.
Enfin , il existe des ateliers trop exactement clos, où le courant d'air ascendant ne peut pas bien s'établir, faute d'air extérieur pour l'alimenter.
Il se forme alors dans la cheminée deux courants, l'un ascendant, qui
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entraîne l'air de l'atelier, et l'autre descendant, qui ramène par la cheminée de l'air extérieur chargé de vapeurs délétères.
Voici les différents procédés employés pour remédier à ces inconvénients : Il faut d'abord rétrécir autant que possible, au moyen des châssis vitrés fixes ou mobiles ii, zz,et des rideaux hhh, l'ouverture de la forge; on doit ensuite élargir la cheminée, dont on débarrassera l'extrémité supérieure en enlevant les mitres, les gueules de loup, les tuyaux de tôle que l'on a l'habitude d'y placer, et en les remplaçant par inie simple tôle posée horizontalement, de manière à garantir la cheminée de la pluie.
Il faut faire établir à l'une des fenêtres de l'atelier un ou deux bons vasistas à soufflet, prenant autant qu'il est possible l'air au nord, et le portant au haut de l'atelier et près du plafond. La grandeur de ces vasistas devra être proportionnée à la surface de l'ouverture de la forge ; plus il seront grands , plus la forge tirera.
Ces précautions étant prises, il suffit pour assurer le tirage constant de la forge, de porter un courant d'air chaud, à une certaine hauteur, dans la cheminée , surtout les jours où, par des dispositions atmosphériques particidières , le tirage est trop faible ou même incertain. On produit à volonté cet effet, au moyen du fourneau à' appel dont nous avons parlé en détail dans la description des figures.
Lorsqu'une forge de doreur est construite d'après ce principe , l'ouvrier doit, le matin, avant de commencer son travail, examiner si la cheminée tire bien, ou si le tirage est faible, nul ou incertain, il l'établit de suite en allumant le fourneau à' appel , et il peut alors travailler à la forge sans danger. Le fourneau d'appel est donc, pour ainsi dire, le gouvernail de cet appareil. On reconnaît s'il faut y faire du feu, en présentant à la forge un cigare allumé, ou un corps combustible donnant de la fumée et de l'odeur. La direction de la fumée indique alors quel est le tirage de la forge, et s'il faut ou non avoir recours au vasistas et au fourneau Rappel. L'expérience a prouvé qu'en se servant de ces moyens, il n'est pas de forge qu'on ne puisse rendre salubre , de cheminée qu'on ne puisse empêcher de fumer, et de latrine qu'on ne puisse complètement désinfecter.